Guerre d'indépendance - Introduction: origines de la Révolution américaine

La guerre d'indépendance américaine, appelée aux Etats-Unis "Independence War", "Revolutionary War" ou encore "American Revolution", est une période de profonds bouleversements politiques qui aboutiront à la naissance des Etats-Unis d'Amérique. Cette guerre, qui débute en 1775 et se termine en 1783, oppose l'Empire Britannique à ses Treize Colonies d'Amérique du Nord.



Guerre de Sept Ans (1756-1763).

La Guerre de Sept Ans, appelée "French and Indian War" aux Etats-Unis et "Guerre de la Conquête" par les Canadiens francophones, a opposé les Empires coloniaux britannique et français, avec chacun leurs alliés indiens, en Amérique du Nord. Ensuite, par le jeu des alliances, d'autres nations (Prusse, Autriche, Russie, Portugal, Espagne, ...) se sont retrouvées impliquées et le conflit s'est étendu à l'Europe.


1° Déroulement du conflit.

En Amérique du Nord, la Guerre de Sept Ans débute en 1756 et se déroule principalement dans les Treize Colonies, entre la Virginie et la Nouvelle-Ecosse. Elle oppose les territoires françaises de la Louisiane (Pays de l'Illinois) et du Canada (Pays Supérieur), alliés aux Indiens Algonquin, Ojibwa, Ottawa Et Shawnee, à l'Empire britannique et ses alliés Cherokee et de la Confédération iroquoise (Mohawk, Oneida, Seneca, ...).

Il s'agit avant tout d'une lutte de territoire pour le contrôle des fleuves Allegheny et Monongahela, dans l'actuelle Pennsylvanie, et de la vallée de l'Ohio, revendiqués par les deux adversaires.


En juillet 1757 arrive un nouveau Secrétaire d'Etat au Département du Sud, William Pitt dit "le Premier" ou "l'Ancien" (Elder Pitt). Le ministre anglais est assez proche idéologiquement des Américains et s'est beaucoup documenté sur leurs préoccupations. Il décide de ne pas brusquer les Treize Colonies et affirme sa volonté d'établir un véritable partenariat. Il promet ainsi que l'effort de guerre sera remboursé, et abolit la distinction d'honneur entre les troupes britanniques (Red Coats) et les troupes de la Milice. Jusqu'alors, cette distinction exige qu'un officier américain obéisse à un officier britannique, quel que soit le grade de ce dernier.

L'effet des mesures prises par Pitt est rapide: un vaste élan patriotique envers la Métropole s'empare des Colons américains. Plus de 60000 d'entre-eux s'engagent dans l'armée britannique et joueront un grand rôle dans le succès final de la Grande-Bretagne.

En septembre 1759, le nouveau commandant des troupes britanniques en Amérique du Nord, le général James Wolfe, s'empare de la ville de Québec. En septembre 1760, il prend Montreal et contrôle tout le Canada français.

Après des premiers pourparlers de paix en 1761, interrompus par l'entrée en guerre de l'Espagne aux côtés de la France, il faut attendre 1762 et l'épuisement militaire et économique des protagonistes pour voir de vraies négociations s'engager.

Ainsi, à cette date, le prestige de la Métropole est à son comble aux Amériques. Elle est bien la puissance protectrice souhaitée par les Colons. "Elder" Pitt est devenu extrêmement populaire. De nouvelles relations de confiances semblent possibles. Mais en octobre 1761, tout est remis en question: Pitt démissionne. Le gouvernement de George III opte alors pour la fermeté.


2° Conséquences du conflit.

La paix est signée en deux fois. Le premier traité, le traité de Paris, concerne la Grande-Bretagne, la France et l'Espagne. Il est signé le 10 février 1763 et la Grande-Bretagne, en position de force, obtient d'énormes gains. Le Canada français, la Floride et tous les territoires à l'est du Mississipi passent sous son contrôle. La Louisiane est cédée par la France aux Espagnols en dédommagement de guerre.


Du point de vue politique et diplomatique, la victoire finale des Britanniques dans la Guerre de Sept Ans leur permet de s'imposer comme puissance dominante en Amérique du Nord. Mais du point de vue économique, le conflit a vidé les caisses de la Couronne britannique. Alors que les Treize Colonies prospèrent sur le plan économique, la Grande-Bretagne subit une crise économique. Pour les renflouer, Londres décide qu'une partie des frais de guerre serait supportée par les Colons américains.

Les années 1763-1774 voient la montée des oppositions coloniales face aux prétentions britanniques, marquées par une série de lois, rapidement abrogées par le pouvoir central. Les résistances américaines au mercantilisme et à la politique fiscale de Londres dégénèrent parfois en émeutes et révoltes épisodiques encore peu menaçantes.

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Modifications territoriales et présence armée.

En mars 1763, le Premier Ministre britannique John Stuart décide de maintenir une armée dans les colonies, par mesure de sûreté vis-à-vis de l'attitude des Français du Canada et des Espagnols de Floride, sans oublier les Indiens (révolte de Pontiac).

Une armée somme toute modeste, comptant 10000 hommes et commandée par le général Thomas Gage, est laissée sur place. Mais les Colons américains se montrent extrêmement hostiles à cette "Armée permanente" (Standing Army).


Proclamation royale de 1763.

La Proclamation royale de 1763 a pour objectif d'établir et d'organiser l'Empire colonial britannique dans cette région du monde. Il est également question pour la Couronne de pacifier les relations avec les Amérindiens. La Proclamation a pour but d'apaiser les craintes indiennes d'une arrivée massive de paysans blancs sur leurs terres.

En effet, les Treize Colonies sont bien plus peuplées que la Nouvelle-France. Les migrants européens, arrivés en nombre important, réclament de nouvelles terres pour vivre. La "Frontière" attire les migrants comme les Ecossais, suivis par les Allemands. L'épuisement des sols à l'est des Appalaches et la pression démographique accentuent la faim des colons.

Cette Proclamation créé trois nouvelles colonies britanniques: Québec, Floride orientale et Floride occidentale. Elle interdit aux habitants des Treize Colonies de s'installer et d'acheter des terres à l'ouest des Appalaches. La Couronne britannique se réserve par ailleurs le monopole dans l'acquisition des terres indiennes et le Roi garantit la protection des peuples indiens.

Londres prévoit la construction de forts britanniques le long de la limite de colonisation. Ce dispositif doit permettre le respect de la Proclamation mais aussi favoriser le commerce des fourrures avec les Indiens. Le gouvernement britannique estime que ces avant-postes assurent la défense des Treize colonies, et que leur financement reviennent donc aux Colons.


Réaction des Colons américains.

La Proclamation royale de 1763 provoque le mécontentement des Colons américains qui se sont déjà implantés dans ces territoires indiens. Ils doivent rendre la terre et revenir dans les Treize Colonies. Certains colons sont persuadés que le roi souhaite les cantonner sur la bande littorale afin de mieux les contrôler.

Par ailleurs, les Colons américains refusent de financer la construction et l'entretien des avant-postes britanniques sur la ligne définie par la Proclamation royale. L'éviction des Français du Canada en 1763 assure la sécurité des Treize Colonies qui estiment ne plus avoir besoin de la protection militaire anglaise.


Lois fiscales.

Le 5 avril 1764, le Parlement britannique vote le Sugar Act qui maintient les taxes sur le sucre et les étend à d'autres produits: certains vins, café, piments, batiste, indiennes. Il est également question d'imposer une réglementation stricte sur les exportations de bois et de fer, ainsi que de renforcer le contrôle britannique sur le commerce colonial américain. Il provoque une crise dans la production de rhum et dans le commerce des colonies. Il est très impopulaire auprès des colons.

Quelques jours plus tard, le Parlement britannique instaure le Currency Act qui permet à la métropole de mettre la main sur le système monétaire colonial.

Le Stamp Act, voté en 1765, institue un timbre fiscal obligatoire pour tous les documents officiels, permis, contrats commerciaux, journaux, testaments, livres et cartes à jouer. Elle affecte tous les colons et non plus seulement les marchands, et ne sera guère appliquée en raison des pressions et des résistances des Américains: menaces et intimidation sur les collecteurs de taxe, destruction des timbres.

A Boston, on pend et brûle une effigie d'Andrew Oliver, un agent du timbre. Sa maison est pillée et son bureau incendié. La demeure du gouverneur du Massachusetts, Thomas Hutchinson, est également vandalisée.

De nombreuses associations voient le jour afin d'organiser la protestation. Elles seront bientôt connues sous le nom de "Fils de la Liberté" (Sons of Liberty) et menées par Samuel Adams. Les représentants de ces mouvements s'appellent Paul Revere, Thomas Young, Joseph Warren, Patrick Henry, John Hancock, James Otis, Thomas Crafts Jr, John Adams, le cousin de Samuel. Des "Comités de correspondance" (Committees of Correspondence) se constituent pour unir les opposants et relayer les appels au boycott des marchandises britanniques.

La Chambre des Bourgeois de Virginie adopte les résolutions de Patrick Henry sur le Stamp Act (Stamp Act Resolves). Elles déclarent que les Américains possèdent les mêmes droits que les sujets britanniques, en particulier celui de ne pas être taxé sans le consentement de leurs représentants. Ceux qui soutiennent la prétention britannique de taxer les Virginiens sont considérés comme ennemis de la colonie. Le gouverneur, Francis Fauquier, préfère dissoudre la Chambre des bourgeois de Virginie en réaction à ces propositions radicales.

A l'instigation de James Otis, le Massachusetts réclame la tenue d'une assemblée générale intercoloniale: le Stamp Act Congress qui se tint au Federal Hall de New York du 7 au 25 octobre 1765.

Les vingt-sept délégués des Colonies adoptent une "Déclaration des Droits et des Griefs" (Declaration of Rights and Grievances) et envoient des lettres ainsi que des pétitions à Londres. L'accent était mis sur le Stamp Act mais aussi sur le fait que les Colons n'ont pas le droit de participer à l'élection des députés qui siègent à Londres. Seules les assemblées coloniales ont le droit de lever de nouvelles taxes en Amérique.

Sous l'effet du boycott, la loi est finalement abrogée le 18 mars 1766. Mais la question de la représentation politique des Américains n'est pas réglée. Et la détermination du Parlement anglais de faire payer des taxes aux colons reste intacte.

Le 24 mars 1765, ce Parlement édicte un premier Quartering Act qui exige des assemblées coloniales de pourvoir aux besoins des troupes armées britanniques. La résistance est la plus forte à New York: l'assemblée refuse de financer les troupes et est suspendue en représailles.

Les Townshend Acts, votés en 1767, instituent une taxe sur les matières premières importées dans les colonies américaines. L'objectif est de gagner 40000 livres chaque année pour financer l'administration coloniale. Les troupes britanniques reçoivent des renforts pour maintenir le calme à Boston. Mais Londres doit faire marche arrière devant le boycott des marchandises et les lois sont abrogées, même si la taxe sur le thé est maintenue.


Le 5 mars 1770, au cours d'une violente manifestation dans le centre de Boston, des soldats britanniques tirent sur les émeutiers. Sept personnes trouvent la mort dans ce que l'on appelle le "Massacre de Boston". Les journaux américains de la ville mettent en valeur cet événement et en font le symbole de la tyrannie anglaise.

Le Tea Act est voté en mai 1773 afin de permettre à la Compagnie anglaise des Indes orientales de vendre son thé aux colonies d'Amérique du Nord sans acquitter de taxes. Elle a pour but de rétablir les finances de la compagnie en renforçant son monopole.

Le 16 décembre 1773, des Colons déguisés en Indiens jettent plusieurs centaines de caisses de thé par dessus les quais: c'est la célèbre Boston Tea Party. En représailles, les Britanniques décident de fermer le port de Boston en mars 1774, d'étendre le Quartering Act, d'imposer une lourde indemnité aux Bostoniens et de réformer la procédure judiciaire. Ces quatre mesures sont appelées Intolerable Acts par les Américains et Coercive Acts ou Punitive Acts par les Britanniques.



Organisation de l'opposition américaine.

Tout au long des années 1760-1770, les colons américains organisent la résistance et la protestation à la politique britannique. Des réseaux de solidarité se mettent en place, malgré la diversité et l'étendue des colonies. Les principaux foyers de rébellion sont Boston, New York, Philadelphie et la Virginie.

Les "Fils de la Liberté" (Sons of Liberty), une organisation secrète d'opposants américains formée en 1765 et menée par Samuel Adams, mène différentes actions allant de la rédaction de pamphlets, à la plantation d'arbres de la liberté, de réunions politiques à la violence urbaine. Le profil sociologique des Fils de la Liberté n'est pas uniforme: on trouve aussi bien des avocats que des ouvriers. Les représentants les plus importants de ce mouvement sont Paul Revere, Thomas Young, Joseph Warren, Patrick Henry, John Hancock, James Otis, Thomas Crafts Jr., John Adams et son cousin, Samuel, qui est le meneur de la rébellion en Nouvelle-Angleterre.

Les actions entreprises contre le pouvoir britannique prennent des formes de plus en plus radicales et organisées. Le recours au boycott dès 1764 à Boston, est l'une des solutions les plus efficaces.

Les manifestations se succèdent pour réclamer l'abrogation des lois fiscales britanniques. Les violences, au départ sporadiques et limitées, se multiplient contre les représentants de l'autorité britanniques. Les émeutes urbaines s'en prennent le plus souvent aux gouverneurs, mais également aux agents de douanes et des impôts.

Progressivement, les acteurs de la contestation politique cherchent à se fédérer et à coordonner leurs actions. A la fin de l'année 1772, après l'affaire du Gaspée, Samuel Adams réfléchit à la mise en place des comités de correspondance, Committees of Correspondence. Ils permettent d'établir un réseau entre les associations des "Patriotes" dans les Treize Colonies. Au début de l'année suivante, la Virginie se dote du premier comité, auquel participent Patrick Henry et Thomas Jefferson. Des "comités de sécurité" (Committee of Safety) sont créés par la suite afin d'assurer l'exécution des résolutions prises par les comités de correspondance et le Congrès continental.

Les Treize Colonies envoient des députés pour former des assemblées illégales: d'abord le Stamp Act Congress, puis les "Congrès Provinciaux" (Provincial Congress).

En 1774, la Continental Association cherche à renforcer la campagne des boycotts des produits britanniques. L'ultime étape, qui fait définitivement passer la contestation en Révolution, est celle du Premier Congrès continental, acte éminemment illégal du point de vue de la métropole, car il crée une assemblée politique indépendante.


Article modifié le 4 juillet 2014.


Sources principales:
History of the United States (Wikipedia.org)
• Elise Marienstras, Naomi Wulf, "Révoltes et révolutions en Amérique", Atlande, 2005.
• Jacques Binoche, "Histoire des Etats-Unis", Paris, Ellipses, 2003.