Guerre d'indépendance - Histoire et organisation des Treize Colonies britanniques

Les Treize Colonies d'Amérique du Nord sont les colonies fondatrices des Etats-Unis d'Amérique. Elles sont situées entre la Nouvelle-Ecosse et la Floride, et entre l'Atlantique et les Appalaches. Unies en 1775, elles signent la "Déclaration d'indépendance" des Etats-Unis d'Amérique en 1776 et se séparent définitivement de la Grande-Bretagne. Cet évènement provoque la Guerre d'indépendance et aboutit en 1783 à l'émergence de la République américaine, les "Etats-Unis d'Amérique".

Aux 17ème et 18ème siècles, l'histoire de ces Treize Colonies est partie liée avec celle des colonies européennes du Nouveau Monde, et plus particulièrement des autres territoires britanniques en Amérique du Nord ("Indes Occidentales" ou West Indies). Différenciées quant à leur statut et leur origine politique, elles sont marquées par une grande hétérogénéité.





Fondation des colonies britanniques d'Amérique.

A la fin du 16ème et au début du 17ème siècle, la Grande-Bretagne se lance dans une politique de conquêtes coloniales. Les rivalités avec la France et l'Espagne, la volonté de devenir une puissance maritime et de découvrir le passage du Nord-Ouest vers l'océan Pacifique encouragent Londres à explorer puis coloniser l'Amérique du Nord.


Treize colonies britanniques d'Amérique du Nord:

1° Virginie, fondée 1607 par la "Compagnie de Londres". Devenue colonie royale en 1624.

2° Massachusetts, fondée en 1620 par les Puritains du Mayflower. Devenue colonie royale en 1691.

3° New Hampshire, fondée en 1623 par John Mason. Devenue colonie royale en 1679.

4° Maryland, fondée en 1634 par Lord Baltimore. Devenue colonie royale en 1688-1715.

5° Connecticut, fondée en 1635 par Thomas Hooker.

6° Rhode Island, fondée en 1636 par Roger Williams.

7° Delaware, fondée en 1638 par Peter Minuit.

8° Caroline du Nord, fondée en 1653 par des Virginiens. Devenue colonie royale en 1729.

9° Caroline du Sud, fondée en 1663 par des nobles britanniques. Devenue colonie royale en 1729.

10° New Jersey, fondée en 1664 par Lord Berkeley et Lord Carteret. Devenue colonie royale en 1702.

11° New York, fondée en 1664 par le Duc d'York. Devenue colonie royale en 1685.

12° Pennsylvanie, fondée en 1682 par William Penn.

13° Géorgie, fondée en 1732 par James Edward Oglethorpe. Devenue colonie royale en 1752.



1° Virginie.

En 1584, Sir Walter Raleigh (1554-1618) explore les côtes de la Virginie, qu'il baptise en l'honneur de la reine Elizabeth Ière.

En 1585, une colonie est fondée sur une île de la côte est, mais elle échoue dans des conditions non élucidées. Le mathématicien Thomas Harriot qui accompagne Raleigh dresse une première carte de la région.

Le roi Jacques Ier (1603-1625) hérite du territoire compris entre le 34ème et le 45ème degré de latitude nord, qu'il partage entre la "Compagnie de Londres" et la "Compagnie de Plymouth".

Ces deux dernières espèrent découvrir des mines d'or et d'argent. C'est finalement la pêche à la morue au nord et la culture du tabac au sud qui deviendront les bases de l'économie coloniale.

La fertilité du sol attire de nouveaux colons, et l'émigration est favorisée par les troubles politiques et religieux. La ville de Jamestown est fondée en 1607 par les envoyés de la Compagnie de Virginie, sur les terres d'un chef Potomac Powathan: elle compte à cette époque une centaine d'habitants. L'agriculture et les conditions de vie sont mauvaises pour les colons car les terres sont insalubres.



2° Massachusetts.

A partir de 1605, Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain explorent la côte au sud du Canada jusqu'au cap Cod.

En novembre 1620, une centaine de puritains débarquent du HMS Mayflower et fondent Plymouth (Massachusetts). Le mode d'organisation de la colonie est discuté à bord du navire: c'est le Mayflower Compact. Les Pères pélerins nouent des relations de voisinage distant avec les indigènes, qui leur permettent de survivre, en leur donnant du maïs, des potirons et des dindons: en 1621 est célébré le premier Thanksgiving.

Photo ci-dessous: arrivée du Mayflower sur la côte du Massachusetts, en novembre 1620.


Les querelles religieuses en Angleterre renforcent l'arrivée de nouveaux puritains dans cette région. Mais il y a aussi de nombreux protestants allemands qui fuient la misère et les persécutions religieuses - on compte ainsi 10000 Allemands avant l'indépendance.

Les puritains de Boston et de Providence se lancent dans le commerce triangulaire. Ils achètent des esclaves en Afrique et les revendent en Virginie, au Maryland ou sur les marchés antillais.

Au milieu du 17ème siècle, Boston est devenue avec ses 3000 habitants le centre de la Nouvelle-Angleterre. Des missionnaires tentent d'évangéliser les Indiens. De nouveaux groupes de protestants arrivent en Nouvelle-Angleterre: Anabaptistes et Quakers, qui sont persécutés au Massachusetts et qui finiront par s'établir dans des colonies voisines.


3° New York et les Colonies du Centre.

D'abord exploré par Giovanni da Verrazano pour le compte de la France en 1524, le site de New York est ensuite reconnu par Henry Hudson en 1609. Le navigateur britannique reconnaît la baie de New York puis baptise le fleuve en sa nom, l'Hudson River.

Les Hollandais occupent ensuite la Nouvelle-Amsterdam dès 1614. En 1626, le directeur de la colonie Peter Minuit achète l'île de Manhattan aux Amérindiens.

En 1664, le roi Charles II d'Angleterre offre la Nouvelle-Amsterdam à son frère, le Duc d'York. Les Britanniques s'emparent de New York au cours de la même année, chassant les colons hollandais et suédois qui s'y étaient installés.

Les fondations se multiplient dans les années 1630-1640: Sir George Calvert, "Lord Baltimore", crée la colonie du Maryland en 1632. Elle accueille les Catholiques persécutés en Angleterre. Le Rhode Island apparaît en 1638 par l'action d'Anne Hutchinson.


4° Pennsylvanie.

Plus au sud, l'exploration de la vallée du Delaware commence au début du 17ème siècle. Les premiers colons suédois, hollandais et britanniques revendiquent tour à tour les rives du fleuve: la Nouvelle-Suède, fondée en 1638, est annexée aux Nouveaux-Pays-Bas en 1655. Puis la région passe définitivement sous domination britannique en 1674.

En 1681, le Roi d'Angleterre Charles II octroie une charte au Quaker William Penn (1644–1718), en échange de l'annulation d'une dette que le gouvernement devait à son père. Par ce document, la colonie de Pennsylvanie est officiellement fondée.


5° Caroline du Nord et Caroline du Sud.

Découverte en 1512 par l'Espagnol Juan Ponce de Leon, cette région est concédé en 1584 par Elisabeth à Walter Raleigh, qui tente, mais sans succès, d'y former un établissement.

En 1562, le Français Jean Ribault, envoyé par Charles IX, s'établit dans la Caroline du Sud, et donna au pays le nom de Caroline, en l'honneur de ce roi. Mais en 1565 les Espagnols surprennent la colonie française et la massacent.

Quelque temps plus tard, Dominique de Gourgues est envoyé contre les Espagnols avec trois vaisseaux pour venger le massacre des Français, mais il n'essaie pas de rétablir la colonie.

En 1663, en remerciement de leur soutien lors de la Première révolution britannique, Charles II d'Angleterre donne les terres à huit propriétaires: le chancelier Edouard Hyde, 1er comte de Clarendon, le général George Monck, duc d'Albemarle, lord Craven, lord John Berkeley, lord Anthony Ashley Cooper, comte de Shaftesbury, sir George de Carteret et sir William Berkeley.

En 1729, leurs descendants cédent la propriété au gouvernement britannique. La Couronne britannique divise tout le pays en deux colonies. Le philosophe anglais John Locke donne en 1670 une constitution à la Caroline du Nord, mais celle-ci ne pourra être appliquée.


6° Géorgie.

Avec l'établissement de la ville de Savannah en 1732, la colonie de Géorgie est établie par James Edward Oglethorpe pour contrer l'expansionnisme espagnol depuis la Floride. elle doit également accueillir des migrants emprisonnés en Angleterre pour dette. Son nom est un hommage au Roi George II d'Angleterre.

A cette date, l'esclavage est interdit, jusqu'en 1749. En 1775, elle comptera quelque 35000 habitants.

Carte ci-dessous: En bleu, territoires ayant été à un moment ou un autre contrôlés par la France, de 1534 à 1803. En rouge: Treize Colonies britanniques originelles.



Suppression des Chartes.

A partir de 1686, l'Angleterre change de politique coloniale et supprime les chartes octroyées au colons d'Amérique. La Nouvelle-Angleterre devient dominion (Commonwealth) de la Couronne, administrée par un gouverneur nommé et révocable par le Roi.

La glorieuse révolution en Angleterre provoque des soulèvements parmi les colons américains qui ne reconnaissent pas la nouvelle dynastie en Angleterre.

Le Connecticut gardera ainsi sa charte royale jusqu'en 1818.

En 1700, douze des treize colonies ont été fondées. La treizième, la Géorgie, rejoindra les possessions britanniques en 1733.


Colonies britanniques au 18ème siècle.

1° Caractéristiques géographiques générales.

Les Treize colonies britanniques s'étendent sur plusieurs centaines de kilomètres le long de la côte atlantique. A cette époque, il faut plusieurs semaines de navigation pour rejoindre l'Europe. Les communications entre les colonies sont lentes et souvent difficiles: les routes existantes sont en mauvais état et il existe peu de ponts.


2° Description.

Selon l'usage et par commodité, on dénombre du Nord au Sud, trois sous-ensembles parmi ces colonies et provinces. Nous indiquons les colonies qui les composent, suivies entre parenthèses du nom de l'actuel ou des actuels Etats correspondants.

1. La Nouvelle-Angleterre (New-England):

• Province du New-Hampshire (New Hampshire).

• Colonie, puis Province, de la baie du Massachusetts (Massachusetts, Maine).

• Colonie de Rhode Island et des plantations de Providence (Rhode Island).

• Colonie du Connecticut (Connecticut).

Photo ci-dessous: Old State House, construit en 1713 à Boston. Ce bâtiment accueillait les assemblées de la colonie du Massachusetts.


Les colonies du nord forment la Nouvelle-Angleterre, dont la capitale et la ville la plus peuplée est Boston. Les premiers colons européens de la Nouvelle-Angleterre sont des puritains anglais en quête de liberté religieuse. Ils donnent à l'organisation politique régionale son trait distinctif, les Town Meetings, réunions des habitants de chaque ville, souvent annuelles, pour y discuter les sujets politiques locaux et voter les décisions.

Le peuplement des colonies est relativement homogène, pour l'essentiel constitué d'habitants des îles britanniques. En l'absence de terre fertile pour l'agriculture, la région s'est tournée vers l'artisanat et le commerce, notamment maritime, avec une importante flotte de commerce, et la pêche, notamment celle à la baleine, qui sont devenues les industries dominantes.

2. Colonies médianes ou du Centre (Middle Colonies):

• Province de New York (New York, Vermont).

• Province du New Jersey (New Jersey).

• Province de Pennsylvanie (Pennsylvanie).

Les colonies du centre ont connu un peuplement d'origines diverses: dès le 17ème siècle se sont installées des communautés scandinaves, hollandaises, allemandes. L'agriculture y était diversifiée et l'élevage omniprésent.

3. Colonies du Sud (Southern colonies):

• Province de Nouvelle-Hollande (sous domination néerlandaise), puis trois comtés du Delaware, sous la juridiction de la province de Pennsylvanie, et enfin province du Delaware.

• Colonie et dominion (Commonwealth) de Virginie
(Virginie, Virginie-Occidentale et Kentucky).

• Province du Maryland (Maryland).

• Province de Caroline du Nord (Caroline du Nord et Tennessee).

• Province de Caroline du Sud (Caroline du Sud).

• Province de Géorgie (Géorgie).

Photo ci-dessous: Mount Vernon, propriété et plantation de George Washington en Virginie.


Marquées par un climat subtropical, les colonies du sud ont une économie dynamique tournée vers l'agriculture commerciale, destinée à l'exportation: tabac, indigo, céréales, ... Elles utilisent une main d'oeuvre servile travaillant sur de grandes exploitations aux mains des riches planteurs.

L'aristocratie blanche vit sur ces grands domaines et se fait construire de belles demeures. Le Sud est majoritairement rural, les villes comme Charleston et Norfolk y sont rares et relativement peu peuplées. La population d'origine africaine (esclaves) est plus nombreuse que dans les autres colonies du centre ou en Nouvelle-Angleterre.

Certains ouvrages évoquent un quatrième ensemble, les colonies dite "de la baie de Chesapeake", ou Cheasapeake Colonies, pour désigner les provinces de Maryland et de Virginie.


Organisation politique.

1° Pouvoir central.

L'organisation politique des colonies britanniques est radicalement différente de celle dans l'empire colonial espagnol à la même époque: il n'existe pas de vice-roi, mais une autorité centralisée à Londres.

Le pouvoir exécutif revient au Conseil privé qui comprend le "Secrétaire d'Etat au département du Sud" (Secretary of State for the Southern Department), ce dernier s'occupant plus spécifiquement des colonies américaines. Il devient en 1768 le "Secrétaire d'Etat aux colonies de la Grande-Bretagne".

Le "Bureau du Commerce" (Board of Trade), créé en 1696 comme auxiliaire du Conseil privé pour les affaires coloniales, compte une quinzaine de membres. Après 1752, il exerce une autorité grandissante sur la politique coloniale en envoyant ses instructions aux gouverneurs.


Le Parlement britannique s'occupe de la politique commerciale, militaire et monétaire de même qu'une partie des affaires criminelles. Les lois qui en émanent et qui s'inspirent des théories mercantilistes, régulent l'activité commerciale avec les colonies.

La législation coloniale est donc votée par le Parlement britannique et doit recevoir l'approbation du Conseil Privé. Elle ne peut être abrogée que par les parlementaires ou le Roi d'Angleterre.


2° Différents statuts.

Chaque colonie possède un statut propre qui dépend de son histoire mais au-delà des différences institutionnelles on peut distinguer trois catégories:

• "Colonies à Chartes": dont le statut dépend de chartes octroyées par le souverain à des compagnies maritimes privées. La charte définit les règles politiques de la colonie. Dans les années 1770, seules les colonies du Rhode Island et du Connecticut bénéficient de ce statut. Ces deux colonies sont sans doute celles qui jouissent de la plus grande autonomie du fait de l'existence de corps constitués. Le gouverneur et les principaux administrateurs, comme le "Lieutenant-gouverneur", sont élus par une assemblée coloniale. Aux yeux des contemporains, comme pour Filippo Mazzei, ces colonies sont proprement démocratiques.

• "Colonies de Propriétaires": leurs statuts politiques ont été définis lors de la reconnaissance par Londres de la fondation de la colonie. Ils reposent donc sur l'initiative d'un grand personnage, que l'on nomme le "Propriétaire", en anglais Lord Proprietor. L'exemple le plus connu est celui de la Pennsylvanie, quand, en 1681, Charles II cède à William Penn, les territoire qui correspondent aux provinces de Pennsylvanie et du Delaware et lui accorde en 1683, une Frame of Government. A l'origine, le fondateur fait office de gouverneur. Avec le temps, le gouverneur est désigné par les héritiers du fondateur de la colonie et leur choix doit être ratifié par Londres. En 1776, John Penn (1729-1795), petit-fils du propriétaire William Penn, exerce les fonctions de lieutenant-gouverneur de la Pennsylvanie. Les provinces comprises entre la Nouvelle-Angleterre et le Maryland ont originellement pour propriétaire le duc d'York. La Géorgie, les Carolines et le New-Jersey bénéficient d'un statut similaire mais à la veille de l'Indépendance, les colonies à Charte sont au nombre de trois: la Pennsylvanie, le Maryland et le Delaware.

• "Colonies de la Couronne ou royales": le New-Hampshire, le Massachusetts, la province de New-York, le New Jersey, le dominion ou Commonwealth de Virginie, les deux Caroline du Nord et du Sud, et la Géorgie. Elles bénéficient d'une constitution rédigée par la couronne. On entend par "Constitution", une somme des textes fondateurs, d'instructions successives données aux gouverneurs, modérées par l'expérience et la tradition. Pour autant, l'idée de constitution au sens "moderne" fait son chemin. Ce sont les Colonies où le contrôle et l'influence de la métropole sont par nature les plus réduits: le gouverneur nomme les administrateurs et dispose d'un droit de veto sur les discussions des assemblée locales. Un droit de veto renforcé par celui du Conseil Privé qui peut rejeter les décisions du gouverneur. Ce dernier peut enfin dissoudre ou ajourner l'"Assemblée coloniale" (Colonial Assembly). Une exception, celle de la province de la Baie du Massachusetts, qui bien que titulaire d'une charte (1691) est une colonie de la Couronne britannique.

A la veille de la Révolution américaine, seules les colonies du Connecticut et du Rhode Island maintiennent leur statut de colonie à charte. Les onze autres disposent alors de régimes similaires, même si la terminologie des institutions pouvait varier d'une colonie à l'autre.

En somme, les provinces et colonies jouissent d'organisations profondément diverses. L'existence de nombreux privilèges imposent leur marque au système institutionnel colonial. La présence et l'influence d'assemblées coloniales, l'éloignement de la métropole entraînent de fait une large autonomie judiciaire et même politique au sein des colonies. L'historien Gordon S. Wood caractérise ce système comme un "conglomérat de privilèges locaux et de libertés".


3° Gouverneurs.

Le rôle du gouverneur évolue tout au long de la période coloniale. Au temps des premières fondations, ce personnage dirige la colonisation et l'organisation du territoire. Ensuite, les gouverneurs furent souvent absents de leur poste: la fonction était considérée alors comme une source de revenus. Au 18ème siècle, les gouverneurs sont appointés par le Secrétaire d'Etat responsable des colonies. Il reçoit des instructions du Board of Trade.

Les pouvoirs du gouverneur sont larges: il doit apporter son approbation à chaque loi. Il nommait les juges, commande la milice et peut dissoudre l'assemblée coloniale. Il dispose des forces armées, de la marine britannique et des forces régulières de la colonie. Ils sont secondés dans leurs tâches par les agents des douanes ou encore les enquêteurs des revenus royaux. Leur mode de désignation dépendait du statut de la colonie:

• Ils étaient choisis et révocables par le conseil privé dans les colonies royales.

• Par les propriétaires dans les colonies de propriétaires.

• Par les citoyens dans les colonies à chartes.


4° Conseil du gouverneur.

Le conseil du gouverneur (Governor's Council ou Governor's Court) possède des attributions judiciaire, administrative et législative. Equivalent d'une chambre haute, il joue un rôle consultatif. Son personnel est choisi par le gouverneur, comme il l'entend, même si le choix était théoriquement soumis à l'accord de la métropole. Lorsqu'un gouverneur entre en fonction, il peut garder ou changer les membres de son conseil. Ces derniers ne sont pas rémunérés et exercent souvent une activité professionnelle en parallèle: la plupart sont des avocats, mais on troue également des marchands, surtout dans les colonies du nord, et des planteurs, dans le sud.

En l'absence du gouverneur ou pendant les périodes d'intérim, c'est le Conseil qui assurait le pouvoir exécutif. Il siège en permanence. Il est dirigé par un "Président du Conseil" (President of the Council) ou "Lieutenant-Gouverneur" (Lieutenant Governor). Les lois élaborées par l'assemblée sont soumises à l'approbation du conseil.


5° Assemblée générale.

L'"Assemblée générale" (General Assembly), est élue par les citoyens des towns et de comtés. En vertu du suffrage censitaire, le droit de vote n'est accordé qu'aux hommes blancs le plus souvent propriétaires ou appartenant à une Eglise particulière, ce qui représente les trois quarts des habitants.

Les femmes, les esclaves et les plus pauvres sont exclus du corps électoral. L'assemblée discute et règle les problèmes locaux, mais aussi le budget et l'équipement de la milice. Elle peut envoyer des agents afin de présenter des pétitions et des requêtes à Londres. Contrairement au Conseil, sa session n'est pas permanente et elle est renouvelée chaque année.


6° Evolution politique.

L'éloignement et l'immensité du territoire colonial permet aux Américains de disposer d'une relative autonomie locale. Le pouvoir législatif des colonies, confirmé par le Roi d'Angleterre, demeure cependant inférieur à celui de la métropole: les lois britanniques priment sur les lois locales.

Pourtant, au cours de la période coloniale, on constate un renforcement du pouvoir des assemblées locales. Celles-ci n'hésitent pas à empiéter sur les prérogatives des gouverneurs en usant de leur droit de regard sur les finances: il s'agit d'une montée en puissance du "régime d'assemblées".

Après 1763, Londres cherchera à renforcer son autorité face à cette relative indépendance des assemblées coloniales.


Population et démographie des Treize Colonies.

1° Démographie générale.

Vers 1770, la population totale des Treize Colonies s'élève à environ 2.1 millions d'habitants. Depuis leur fondation, les colonies ont connu une forte croissance démographique liée à l'immigration mais aussi à une importante natalité.

En 1790, date du premier recensement des Etats-Unis, on compte quelque 3.8 millions d'habitant, dont 700000 esclaves. La densité de population est relativement faible. La plupart des colons vivent à la campagne et la population se concentre sur le littoral, où se trouvent les principales villes. La Pennsylvanie et le Massachusetts représentent alors les territoires les plus peuplés.


2° Composition ethnique.

Au 17ème siècle, les colonies sont essentiellement composées de populations anglaises. Mais dès la fin du siècle on note l'arrivée de populations serviles noires et de migrants européens, principalement des Irlandais presbytériens, des Gallois, des Ecossais, des Français protestants et des populations germanophones.

A la veille de l'indépendance, 30% de la population des Treize Colonies seront non-anglaises.

L'importance numérique des Afro-américains est notable: entre 1750 et 1780, leur nombre passe de 236000 à 575000. La plupart des Noirs et des métis se concentrent dans les colonies du Sud et sont esclaves. Les Colonies du sud ont un fort pourcentage de populations serviles, noires ou métis, qui avoisinent les 40% dans les années 1770 quand les pourcentages pour la Nouvelle-Angleterre et les Colonies du Centre sont respectivement de 3% et 6% à la même date. Cependant, une minorité de Noirs affranchis vivent dans les villes.

Dans les limites du territoire américain de 1790, le nombre d'Amérindiens est évalué entre 100000 et 200000 personnes. La plupart sont des Indiens des Forêts, parfois organisés en Confédérations. Pendant les guerres entre Européens, puis la guerre d'indépendance, les Amérindiens ont su jouer des rivalités européennes.


3° Rapports entre Blancs et Amérindiens.

Pocahontas épouse l'Anglais John Rolfe en 1613. Les traiteurs des Carolines se sont mariés avec des Amérindiennes. Au 18ème siècle, sir William Johnson, surintendant des affaires indiennes de la colonie de New York, s'habillait comme un Indien et avait pris pour compagne une Iroquoise dont il eut huit enfants. Les Mountain Men et autres aventuriers s'établissent dans les communautés indiennes.

Les relations entre Amérindiens et Colons ne sont pas toujours conflictuelles: en 1621, les colons du Mayflower sont sauvés de la famine par le chef Massasoit. C'est l'origine de Thanksgiving. Les Quakers et William Penn en Pennsylvanie ont des relations amicales avec les Indiens, suivant les principes d'égalité et de paix, jusqu'au milieu du 18ème siècle.

Dans le Massachusetts, John Eliot cherche à évangéliser et éduquer les populations locales. Thomas Paine part vivre dans une communauté d'Iroquois et apprend leur langue. Certains puritains tentent de limiter la diffusion de l'alcool chez les indigènes.


4° Urbanisation.

Quelques dates de fondation de villes: Jamestown (Virginie) 1607, Plymouth (Massachusetts) 1620, Philadelphie (Pennsylvanie) 1681.

Les colonies ne connaissent en 1770 qu'une faible urbanisation, principalement concentrée en Nouvelle-Angleterre et dans les colonies médianes.

Dans la deuxième moitié du 18ème siècle, Philadelphie est devenue la cité la plus peuplée des Treize colonies: 45000 habitants en 1780, dépassant Boston. Elle disputait même à Dublin la place de deuxième ville de l'empire britannique, en dehors de l'Angleterre.

En 1770, New York compte 21000 habitants et Boston 15000: ce sont les plus grandes agglomérations après Philadelphie.


5° Treize Colonies en quelques chiffres.

• Evolution de la population coloniale,

- Nouvelle-Angleterre: 90000 (1700), 360000 (1750), 581000 (1770).
- Colonies du Centre: 55000 (1700), 296000 (1750), 556000 (1770).
- Colonies du Sud: 105000 (1700), 514000 (1750), 1.01 million (1770).
- Ensemble des Colonies: 250000 (1700), 1.17 million (1750), 2.15 millions (1770).

• Population par colonie en 1775,

- Maryland: 200000
- Caroline du Nord: 200000
- Caroline du Sud: 130000
- Géorgie: 35000
- Massachussetts: 250000
- Connecticut: 190000
- New Hampshire: 70000
- Rhode Island: 60000
- New York: 175000
- New Jersey: 125000
- Pennsylvanie: 300000

Ci-dessous: densité de population des Treize Colonies en 1775.



Article modifié le 4 juillet 2014.


Sources principales:
History of the United States (Wikipedia.org)
• Elise Marienstras, Naomi Wulf, "Révoltes et révolutions en Amérique", Atlande, 2005.
• Jacques Binoche, "Histoire des Etats-Unis", Paris, Ellipses, 2003.