Opération Orchard: la fin du programme nucléaire de Bachar al-Asad

L'Opération Orchard (en français: Verger, en hébreu: Mivtza Bustan) est une attaque aérienne israélienne contre des installations soupçonnées d'être un réacteur nucléaire dans la région de Deir ez-Zor, en Syrie. Cette opération est exécutée un peu après minuit (heure locale) le 6 septembre 2007. Les gouvernements américain et israélien imposent le blackout total des infos des médias pendant les sept mois qui suivent le raid. La Maison Blanche et la CIA confirment que les services de renseignement américains ont classé le site comme une installation nucléaire militaire, bien que la Syrie démente ces affirmations.

En 2009, les investigations de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) rapportent la présence sur place d'uranium et de graphite, et concluent que le site était bien un réacteur nuclaire. Ce rapport publié est cependant incapable de préciser la nature exacte de ce réacteur et l'objectif des autorités syriennes, celles-ci ayant refusé de coopérer avec les inspecteurs internationaux. En avril 2011, trois ans et demi après les faits, l'AIEA confirme officiellement et publiquement qu'il s'agissait bien d'un réacteur nucléaire.

Le raid de l'aviation israélienne est menée après des entretiens secrets avec l'administration Bush et le Pentagone. Après avoir constaté que les Etats-Unis sont à cette période incapables d'agir militairement en Syrie, le Premier ministre Ehud Olmert décide de mettre en application la "Doctrine Begin" de 1981, et de mener unilatéralement une attaque préemptive visant à neutraliser tout développement futur d'un programme nucléaire syrien.

Contrairement à ce qui s'est passé avec le réacteur Osirak en juin 1981, le raid mené contre les installations syriennes ne provoquent pas de remous, de critiques véhémentes de la communauté internationale ou de tollé général. Une des raisons pouvant expliquer cela est le silence complet décrété par Israel après cette opération. Cette absence de réactions peut-être considéré comme une reconnaissance tacite de l'"attaque préventive menée contre un programme nuclaire clandestin et illicite".

Les informations confidentielles, déclassifiées par la suite, indiquent que l'opération a été menée par des F-16I Sufa, escortés par des F-15I Ra'am du Squadron 69, et soutenu par un RC-135 (B707) ELINT, un avion spécialement chargé de la guerre électronique, du brouillage ou de la neutralisation des communications et des systèmes radars ennemis. Les chasseurs-bombardiers désignés pour mener l'attaque étaient équipés de missiles AGM-65 Maverick, de bombes guidées par laser (LGB) Mk82 Paveway et de réservoirs de carburant auxiliaire externes. Une équipe de commandos d'élite des forces spéciales Sayerat Matkal, désignée "Unité 5101 Shaldag", était également présente sur zone. Déposée à proximité la nuit précédente par des hélicoptères MH-53 Super Stallion et disposée autour du réacteur, elle était chargée d'"éclairer" et de "verrouiller" la cible avec des désignateurs laser.


F-16I-Orchard


Contexte politique et préliminaires.

En 2001, le Mossad, ou "Service de renseignement extérieur" israélien, établit le profilage de Bashar al-Asad, le nouveau président de la Syrie qui a succédé à son père, Afez al-Asad, l'année précédente. A cette occasion, les services secrets israéliens découvrent que des dignitaires nord-coréens se sont rendus à Damas, très probablement pour négocier des ventes d'armes. L'Aman, le "Département du Renseignement Militaire" israélien, soupçonne que des pourparlers sont en cours pour la livraisons de technologies et/ou d'armes nucléaires au régime allaouite. Mais le Mossad ne croit pas trop à cette théorie. Au printemps 2004, les Services de renseignement américains rapportent de multiples communications entre la Syrie et la Corée du Nord, et parviennent à tracer l'origine des appels dans une zone désertique appelée "Al-Kibar". L'Unité 8200, le service de renseignement israélien chargé de l'interception et du décodage des communications syriennes, ajoute cette localisation à la liste des sites à surveiller plus attentivement.




Le 22 avril 2004, une explosion de grande ampleur, qui d'ailleurs sera enregistrés par des sismographes jusqu'au Japon et en Chine, dévaste la petite localité de Ryongchon. L'onde de choc est ressentie à plusieurs dizaines de kilomètres. Son épicentre est déterminée comme ayant été un train de marchandises se dirigeant de la capitale vers le port de Namp'o, au sud-ouest de Pyongyang. Selon l'écrivain britannique Gordon Thomas, un spécialiste de l'univers des services secrets, le Mossad a pris connaissance que des techniciens en énergie nucléaire étaient présents dans ce train, et sont tous morts dans l'explosion qui a secoué la région. Toujours selon Thomas, le train transportait des matières fissibles. Les corps de ces techniciens ont fait l'objet de mesures de sécurité très élevées et ont été rapatriés par avions militaire syriens jusqu'à Damas, où ils ont été réceptionnés par des dizaines de personnes ayant revêtues des tenues de protection anti-contaminations, et acheminés secrètement vers un endroit indéterminé. Dans la zone dévastée autour de l'explosion, les soldats chargés d'interdire l'accès aux curieux et aux journalistes, étaient également équipés de tenues de protection. Les analystes israéliens supposent que ces soldats étaient en fait chargés de recueillir des armes au plutonium ou leurs débris. Depuis cette explosion, le Mossad suit de très près les déplacements d'une douzaine de militaires et de scientifiques syriens vers Pyongyang, où ils s'entretiennent avec des officiels de haut-rang du gouvernement nord-coréen.

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US Air Force - Lockheed Martin F-35 Lightning II


Le Lockheed Martin F-35 Lightning II est un chasseur multirôle furtif, monoplace et monomoteur, toujours en phase de tests et d'expérimentation à l'heure actuelle. La "Cinquième Génération" est conçue pour mener des missions d'attaques au sol, de reconnaissance et de défense aérienne. Le F-35 se décline en trois versions principales. Le F-35A, à décollage et atterrissage conventionnels, ou Conventional Take-Off and Landing (CTOL). Le F-35B, à décollage court et atterrissage vertical, ou Short Take-Off and Vertical Landing (STOVL). Et enfin le F-35C, destiné aux porte-avions de l'aéronavale américaine, et désigné Catapult Assisted Take-Off Barrier Arrested Recovery (CATOBAR).

Le F-35 est issu du prototype X-35, lequel est déclaré vainqueur du programme Joint Strike Fighter (JSF). Il est construit par la firme Lockheed Martin, mais plusieurs autres partenaires prennent également part à son développement, comme Northrop Grumman, Pratt & Whitney et BAE Systems. Le F-35 a effectué son premier vol expérimental le 15 décembre 2006. Il doit à terme former l'essentiel de la future puissance aérienne de l'US Air Force, de l'US Navy et de l'US Marine Corps au cours du 21ème siècle. Les Etats-Unis prévoient l'achat de 2,457 exemplaires de cet avion, les livraisons devant se poursuivre jusqu'en 2037.

Le développement du F-35 JSF est financé principalement par les Etats-Unis, mais en partie également par d'autres partenaires étrangers, comme le Royaume-Uni, l'Italie, l'Australie, le Canada, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et la Turquie. Et d'autres pays encore, comme Israel et le Japon, sont intéressés par l'acquisition de F-35.




Historique du développement.

1° Exigences et sélection du Programme JSF.

Le programme Joint Strike Fighter, ou JSF, est désigné pour trouver un successeur aux F-16 Fighting Falcon, A-10 Thunderbolt II, F/A-18 Hornet (excepté sa variante E/F Super Hornet) et AV-8B Harrier II. Pour rentabiliser et optimiser les coûts de développement, de production, d'entretiens et des opérations, une conception commune des trois variantes partage 80% de ses composants:
  • F-35A. Variante à décollage et atterrissage conventionnels, ou Conventional Take-Off and Landing (CTOL).
  • F-35B. Variante à décollage court et atterrissage vertical, ou Short Take-Off and Vertical Landing (STOVL).
  • F-35C. Variante "navalisée" destinée aux porte-avions de l'US Navy, ou Catapult Assisted Take-Off Barrier Arrested Recovery (CATOBAR).
George Standridge, vice-président des ventes et des affaires pour Lockheed Martin, et lui-même ancien pilote de l'US Navy sur F/A-18, prédit en 2006 que le F-35 sera quatre fois plus efficace que les chasseurs actuels en combat aérien, huit fois plus en mission d'attaque au sol, et trois fois plus en mission de reconnaissance ou de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD), qu'il possédera en outre un rayon d'action plus important et nécessitera moins de soutien logistique et de temps de maintenance et d'entretien. Les objectifs de sa conception sont que le Lightning II devienne le plus important et performant avion de chasse d'attaque au sol d'ici 2040.

Le contrat du JSF est signé le 16 novembre 1996, et le contrat pour le "Système de Démonstration et de Développement" (SDD) le 26 octobre 2001 par Lockheed Martin, après que son prototype X-35 ait battu son adversaire le Boeing X-32. Bien que les deux avions en lice présentent les mêmes caractéristiques et capacités, la conception du X-35 est considérée comme présentant moins de risque et un plus grand potentiel. La désignation du nouveau chasseur sélectionné devient par conséquent F-35.

Le développement du F-35 est inhabituel, en ce sens qu'aucune variante biplace d'entrainement ne voit le jour, les avancées technologiques dans les simulateurs de vol rendant ce besoin inutile. C'est le F-16 qui est utilisé pour l'entrainement avancé et pour assurer la transition entre le T-38 Talon II et le F-35. Le programme T-X a été mis en œuvre pour remplacer les T-38 dans le futur entrainement des pilotes de F-35, mais a par la suite été annulé en raison des restrictions budgétaires alloués à l'US Air Force.

Photos ci-dessous: les deux candidats du programme JSF en lice. 1° Prototype X-35C CTOL de Lockheed Martin en vol, lors des tests à partir d'Edwards AFB, en Californie, en 2001. 2° Boeing X-32B exposé au musée de l'air de l'US Navy de Patuxent River, en janvier 2006.




2° Phase de conception.

Se basant sur des essais en soufflerie, Lockheed Martin agrandi légèrement la cellule du F-35. La partie avant du fuselage est allongée de 130mm pour permettre l'installation de l'avionique. Pour contrebalancer cela et corriger la stabilité, les stabilisateurs horizontaux sont déplacés de 51mm vers l'arrière. La partie supérieure du fuselage est surelevée de 25mm le long de sa ligne médiane. En outre, il est décidé d'agrandir le volume de la soute interne du F-35B STOVL, pour être à l'identique de celle des deux autres variantes. La construction du premier prototype F-35 de présérie commence en novembre 2003.

Photo ci-dessous: les tests de soufflerie du F-35 sont menés au Arnold Engineering Development Center, sur la base d'Arnold AFB, dans le Tennessee.

Famille des véhicules de transport M2/M3/M5/M9 Half-Track

Le Half-Track est un véhicule de transport blindé de l'US Army, produit en grande série et abondamment utilisé par les Etats-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des pays alliés l'ont également employé pendant cette période. Avec sa traction semi-chenillée caractéristique, d'où son nom, il est un véhicule tout-terrain devenu célèbre et s'est adapté à tous les théâtres d'opérations du conflit et à tous les environnements possibles et imaginables: dans le cercle polaire arctique et climat sibérien, dans le désert, en Europe au climat tempéré, ainsi que dans les jungles et l'humidité du Pacifique et d'Asie du Sud-Est. Les forces américaines l'emploient durant la Guerre de Corée. Dans certains pays d'Amérique Latine (Salvador, Argentine, Brésil et Chili), il termine sa carrière opérationnelle à la fin des années septantes. Au Moyen-Orient, Israel l'emploit dans les conflits successifs avec les pays arabes, en 1948, 1956, 1967 et 1973. En 1982, quelques dizaines d'exemplaires sont encore présents dans l'Armée libanaise et dans les forces de réserve d'Israel.

Le M2, destiné à l'origine à la traction des obusiers de l'US Army dans les unités d'infanterie mécanisée, est construit à environ 13,500 exemplaires par les firmes Autocar Company, White Motor Company et Diamond T Motor Company. Le M9, pratiquement identique, est assemblé par la firme International Harvester Company à plus de 3,500 exemplaires. Le M3, pour sa part, est une variante au châssis allongé, destiné prioritairement au transport de troupes et aux missions d'appui-feu ou de reconnaissance, et construite à presque 41,000 exemplaires, en parallèle au M2/M9 et par les mêmes industries. Environ 5,000 autres Half-Track, destinés prioritairement à la Loi Prêt-Bail (Lend-Lease Act), sont fournis aux autres pays alliés en guerre contre l'Axe: Grande-Bretagne et membres du Commonwealth, Union Soviétique, France, Brésil, etc, sous la désignation "M5 Armored Personnel Carrier (APC) Half-Track". Toutes variantes confondues, à l'exception de la Jeep et du camion GMC, il est le véhicule utilitaire le plus prolifique de la Seconde Guerre mondiale.




Historique de la conception et production.

1° M2/M9 Half-Track.

Le nom générique "Half-Track" désigne dans la nomenclature militaire américaine les véhicules basés sur la traction "semi-chenillée", elle-même inspirée des Citröen Kégresse fabriqués depuis la Première Guerre mondiale.

Photo ci-dessous: l'"ancêtre" du Half-Track, le Citröen Kégresse d'origine française, ici employé par l'Union Soviétique dans les régions polaires pendant les années trentes.


La cavalerie des Etats-Unis voit en lui le véhicule blindé idéal pour servir dans des conditions météorologiques défavorables (pluies, neiges, boue) et les types de terrain difficiles. En 1938, la firme White Motor Company de Cleveland, dans l'Ohio, choisit le système de boogie arrière à quatre roulettes Timken, à partir du camion T9 Half-Track, et l'adapte au véhicule à roues M3 Scout-Car. Ce qui donne naissance au prototype T7 Half-Track. Ce véhicule est cependant sous-motorisé et inadapté au rôle de tracteur d'obusier de 105mm dans les unités d'artillerie de l'US Army. Un véhicule équipé d'un moteur plus puissant est donc conçu, sous la désignation "Half-Track Scout-Car T14". La conception utilise plusieurs composants ou ensemble répandus dans le commerce, pour accroître son rythme de production.

Photo ci-dessous: le véhicule à roue M3 Scout-Car d'origine, rééquipé d'un système de boogie arrière "Timken", donne naissance au prototype T14 Half-Track.


A la fin de l'année 1940, le véhicule commence à être produit en série, sous la désignation M2 Half-Track Car, par les firmes Autocar Company, d'Ardmore en Pennsylvanie, White Motor Company, de Cleveland dans l'Ohio, et Diamond T Motor Company, de Chicago dans l'Illinois. Le M9, pour sa part, est pratiquement identique au M2 et construit par la firme International Harvester Company de Chicago. L'utilité du Half-Track pour l'emploi dans les unités d'infanterie mécanisée étant reconnue et appréciée, la décision est prise de créer une version agrandie, le M3, dont la production se fait en parallèle par les mêmes industries. Les premiers M2 sont réceptionnés et testés par l'US Army en 1941. Le Half-Track est destiné en priorité aux unités d'artillerie pour tracter l'obusier de 105mm et transporter ses munitions. Mais il sert également au sein des unités d'infanterie mécanisées, en particulier pour le transport des pelotons d'appui-feu, équipés de mitrailleuses lourdes ou de mortiers. Plus tard, des dérivés destinés à des usages "spéciaux", comme le M2/T1E1 équipé de quatre mitrailleuses AA jumelées de cal .50 (12.7mm), sont développés. En 1942 et 1943, à l'instar du M3, les M2/M9 reçoivent des modifications et améliorations, dont un moteur plus puissant et un compartiment agrandi et une capacité de transport plus importante.

Photo ci-dessous: M2 Half-Track de l'US Army à Fort Benning, en Géorgie, en 1942.


La production totale des M2 et de ses dérivés s'élève à environ 13,500 exemplaires, construits pendant toute la durée du conflit. Une partie de ceux-ci, selon les termes de la Loi Prêt-Bail (Lend-Lease Act), sont fournis aux autres pays alliés comme la Grande-Bretagne et les membres du Commonwealth (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, ...), l'Union Soviétique, la Chine nationaliste, la France et le Brésil, etc. Le M3, pratiquement identique au M2 exceptés quelques détails mineurs comme les portes du compartiment arrière, est assemblé à plus de 3,500 exemplaires par la firme International Harvester Company de Chicago, dans l'Illinois, ceux-ci destinés en priorité au Prêt-Bail.


2° M3/M5 Half-Track Armored Personnel Carrier (APC).

Offrant le choix du moteur, soit un White 160AX, soit un Red Diamond 450, le M3 est équipé d'une transmission manuelle à engrennages, d'une conduite manuelle non-assistée, d'une boite de vitesses avec 4 vitesses avant et une vitesse arrière. De deux roues avec suspension à ressort à lames à l'avant, et d'un système chenillé avec ressorts à volute et boogies à quatre roulettes à l'arrière. Un système de freins hydrauliques et un circuit électrique 12-Volts.

Le châssis est agrandis tant en longueur qu'en largeur, et l'aménagement du compartiment passager arrière complètement modifié, pour recevoir une escouade de 12 hommes entièrement équipés. Dans ce compartiment, cinq sièges sont montés de chaque côté, ainsi que trois sièges (un conducteur et deux autres passagers) dans la cabine avant. Des racks sont disposés entre chaque siège pour recevoir soit des rations individuelles, soit des munitions supplémentaires. Des racks sont également installés à l'extérieur du châssis, juste au-dessus des chenilles. Au combat, la plupart des unités estiment nécessaire d'installer de l'équipement, des sacs ou des filets de camouflage à l'extérieur. Et souvent, d'autres racks pour des bagages supplémentaires sont ajoutés dans l'habitacle ou sur ses parois externes.

Photo ci-dessous: M3 Half-Track lors du Thunder Over Michigan 2006, 5 août 2006.


Les véhicules de début de série reçoivent un système de pivot, entre la cabine avant et le compartiment arrière, pour l'installation d'une mitrailleuse défensive Browning M2 .50 cal (12.7mm). La variante M3A1 est équipée en plus de plaques de blindage pour le poste de tir de la 12.7mm, et de deux autres mitrailleuses de cal .30 (7.62mm) montées sur des pivots, un sur chaque flanc du compartiment arrière, et servies par les passagers. La plupart des M3 de début de production sont par la suite modifiés pour être mis à ces standards. Le châssis est entièrement protégé par du blindage.

Mais au début de sa carrière, le Half-Track est extrêmement impopulaire et surnommé "Purple Heart Box", en référence aux médailles décernées aux blessés au combat, par les troupes américaines. Malgré le blindage, les équipages et les passagers se plaignent souvent de leur épaisseur insuffisante et du manque de protection contre les éclats d'obus et les shrapnels d'artillerie, et même contre le tir de mitrailleuses lourdes ennemies.

Un total de presque 41,000 exemplaires du M3 et de ses dérivés sortent des chaînes de montage. Pour équiper les autres pays alliés, en vertu de la Loi Prêt-Bail, la firme International Harvester Company de Chicago, dans l'Illinois, produit à partir de décembre 1943 environ 5,000 autres véhicules similaires, redésignés M5 Half-Track Armored Personnel Carrier (APC).

Photo ci-dessous: M5 Half-Track APC de l'Armée britannique, 7 juillet 2012.



Carrière opérationnelle du Half-Track.

Les premiers Half-Track sont mis en service par l'US Army en 1941, et utilisés d'abord dans les îles Philippines (Décembre 1941 - Avril 1942), puis en Afrique du Nord (Novembre 1942 - Mai 1943). Ils sont ensuite employés en Sicile, en Italie, et finalement sur le front de l'Ouest, par la plupart des pays alliés (Grande-Bretagne, France, Pologne, Belgique, Brésil, ...), jusqu'à la capitulation inconditionnelle du Troisième Reich, le 8 mai 1945. En vertu de la Loi Pret-Bail, l'Union Soviétique en utilise également sur le Front de l'Est. Des véhicules de ce type sont employés par l'US Army et l'US Marine Corps dans le Pacifique, et par les membres du Commonwealth britannique et la Chine nationaliste en Extrême-Orient.

Photo ci-dessous: M3 Half-Track APC de l'US Army, exposé au Musée d'Ursel, près de Gand en Belgique. 9 août 2008.


L'US Army emploit des Half-Track durant la Guerre de Corée. L'Armée française en utilise également en Indochine (1945-1954). Certains d'entre-eux, laissés sur place après les Accords de Genève de juillet 1954, sont récupérés par l'Armée Sud-Vietnamienne, qui les emploit dans sa lutte contre le Vietcong et les troupes nord-vietnamiennes au moins jusqu'en 1972.

Photo ci-dessous: M16 Half-Track Multiple Gun Motor Carrière (MGMC) de l'US Army, équipé de quatre mitrailleuses jumelées Browning M2HB calibre .50 (12.7mm), employé durant la guerre de Corée. 21ème Bataillon d'artillerie blindée AA (21 AAA), janvier 1953.


Au Moyen-Orient, au cours des conflits israélo-arabes successifs (1948, 1956, 1967 et 1973), le Half-Track est autant utilisé par Israel que par ses adversaires, l'Egypte, la Syrie et la Jordanie. Israel met en ligne ses derniers M3/M5 pendant la Guerre du Yom-Kippour, en octobre 1973. Certains Half-Track équipent encore les forces de réserve de Tsahal et l'Armée libanaise, ainsi que certaines factions de l'OLP et des Milices chrétiennes, lors du déclenchement de l'opération Paix en Galilée, en juin 1982.

Photo ci-dessous: M3 Mk. A Zacklam israélien utilisé dans le désert du Sinaï lors de la Guerre des Six-Jours, en juin 1967.


Des pays d'Amérique du Sud comme le Honduras, le Nicaragua, l'Argentine ou le Chili emploient des Half-Track. La Garde Nationale nicaraguayenne les utilise jusqu'en 1978-1979, lors de la Révolution des Sandanistes. L'Armée argentine retire du service actif ses derniers M9 en 2005, et les cède à la Bolivie.

En Europe en 1947, le constructeur finlandais Vanajan Autotehdas achète aux surplus militaires britanniques et français situés en Allemagne de l'Ouest, 425 M2 Half-Track. Ces véhicules sont dépouillés de leurs plaques de blindage. 359 d'entre-eux sont convertis pour la lutte anti-incendie en forêt, sous la désignation Vanaja VaWh. Les derniers d'entre-eux sont retirés du service en 1952.


Récapitulatif des variantes et dérivés du Half-Track.

1° M2/M9 Half-Track.
  • M2. Version initiale de série, équipée d'un moteur White 160AX de 148 chevaux (110kW). Par la suite, montage d'un système de pivot, situé en le compartiment arrière et la cabine avant, pouvant recevoir une mitrailleuse Browning M2 cal .50 (12.7mm), et de deux postes de tir latéraux sur les côtés du compartiment arrière, équipés de mitrailleuses Browning M1919 de cal .30-06 (7.62mm).

    Photo ci-dessous: M2 Half-Track Personnel Carrier.

  • M2E5/M9. M2 Half-Track construit par la firme International Harvester Company. Variante développée en complément du M2 pour le Prêt-Bail. Châssis allongé et sans porte d'accès du compartiment passagers arrière. Très similaire au M5, excepté l'aménagement interne.
  • M9A1. Identique au M9, à l'exception du système pivot M49, avec deux portes d'accès arrière.
  • M2E6/M2A1. M2 équipé d'un poste de tir principal M49 amélioré (12.7mm), et trois postes de tir M1919 (7.62mm) sur les flancs et l'arrière du compartiment passagers.

    Photo ci-dessous: M2A1 Half-Track de l'US Army.



2° M3/M5 Half-Track APC.
  • M3 Half-Track Armored Personnel Carrier. Half-Track avec châssis du M2 agrandi, équipé du moteur White 160AX de 147 chevaux, d'une mitrailleuse Browning M2HB cal. 50 (12.7mm) à l'avant, et deux mitrailleuses AA M32-33 Maxim ou une M1919 de calibre .30 (7.62mm) en positions latérales.
  • M3A1. M3 équipé d'un poste de tir avant amélioré M49, pour la M2HB de 12.7mm. En 1942 et 1943, toute la série des M3 et M3A1 sont continuellement améliorés et modernisés. Ces modifications incluent un moteur plus puissant, un train chenillés de suspensions mieux adapté, et un volume de stockage plus important.
  • T29/M3A2. Prototype développé en 1943 pour réunir les caractéristiques des M2 et des M3 en un véhicule commun. Projet abandonné et non produit en série.
  • M3E2/M5 Half-Track Lend-Lease. Half-Track APC produit par la firme International Harvester Company, pratiquement identique au M3, exceptés le moteur Red Dimaond RD-450, une conduite manuelle et un système électrique différents. Variante destinée en priorité aux bénificiaires de la Loi Prêt-Bail: Grande-Bretagne, Canada, France et Union Soviétique.

    Photo ci-dessous: M5 Half-Track APC fournit à l'Union Soviétique. Les premiers exemplaires de ce véhicule arrivent dans le port de Mourmansk en novembre 1942. Ils prennent part à la fin de la bataille de Stalingrad en janvier 1943, puis à la bataille du Saillant de Koursk (Opération Citadelle) en juillet 1943. Ensuite à toutes les campagnes et engagements de l'Armée Rouge qui suivent, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, en mai 1945. Mais malheureusement, le moteur américain du M5 n'est pas très adapté au carburant à faible indice d'octane couramment employé par les Soviétiques, et nécessite des entretiens ou des réparations fréquentes.

  • M5A1. Similaire au M3A1, mais avec châssis M5.
  • T31/M5A2. Similaire au M3A2, pour réunir les caractéristiques du M5 et du M9 en un véhicule commun. Et tout comme le M3A2, projet abandonné.


3° Variantes mortier et canon automoteur.
  • M4/M4A1 81mm MMC. Motor Mortar Carriage, équipé d'un mortier M1 de 81mm, avec 97 obus.

  • M2 w/ M3 37mm. M2 dans les unités d'infanterie mécanisée américaines. Variante supposée recevoir le Gun Motor Carriage M6 antichar de 37mm du camion léger Dodge.
  • T12/M3 75mm HMC. Howitzer Motor Carriage sur châssis M3, équipé d'un obusier de 75mm ou de 105mm. Variante destinée à l'US Marine Corps.

    Photo ci-dessous: T12/M3 Half-Track Howitzer Motor Carriage (HMC) de l'USMC, équipé d'un obusier de 75mm, sur Bougainville dans les îles Salomon, en novembre 1943.

  • T48 57mm GMC. Gun Motor Carriage sur châssis M3, équipé d'un canon antichar M1 de 57mm, la version américaine du QF-6 Pounder britannique, avec 99 obus. 962 exemplaires sont produits au cours de ce conflit, dont 650 destinés à l'Union Soviétique, qui sont redésignés SU-57.

    Photo ci-dessous: T48 GMC SU-57 de l'Armée Rouge exposé au Musée de la Grande Guerre Patriotique, sur la colline Poklonnaya de Moscou. 21 septembre 2014.

  • T30 75mm HMC. Howitzer Motor Carriage sur châssis M3, équipé de l'obusier M1A1 de 75mm dans une casemate, avec 60 obus. Variante utilisée par l'US Army et les Forces Françaises Libres au cours de la Seconde Guerre mondiale, puis plus tard pendant la Guerre d'Indochine.
  • T38 105mm HMC. Howitzer Motor Carriage sur châssis M3, équipé d'un obusier M3 de 105mm. Projet abandonné en faveur du T19 105mm HMC.
  • T19/M21 81mm MMC Similaire au M4A1, mais sur châssis M3.
  • T19 105mm HMC. Howitzer Motor Carriage sur châssis M3. Equipé d'un obusier M2A1 de 105mm, avec 8 obus.
  • T21 MMC. Motor Mortar Carriage sur châssis M3, équipé d'un mortier 4.2 inch (107mm). Projet abandonné.


4° Variantes de défense anti-aérienne.
  • T1E1. Variante de défense anti-aérienne équipée d'un système pivot avec deux mitrailleuses Browning M2HB cal .50 (12.7mm). Projet abandonné en raison des résultats décevants des tests. Un seul prototype construit.
  • T28 CGMC. Combinaison Gun Motor Carriage sur châssis M2, équipé d'un canon antichar M1A2 de 37mm, flanqué de deux mitrailleuses M2HB de 12.7mm. Projet abandonné en 1943, au profit du T-28E1.
  • T28E1 CGMC. Similaire au T28 CGMC, mais sur châssis M3. Un canon antichar M1A2 de 37mm avec 240 obus, et deux mitrailleuses AA M2WC de 12.7mm avec 3,400 cartouches.

  • T10. Prototype avec châssis M2 pour tester la faisabilité de monter une version américaine du canon Hispano-Suiza HS.404 de 20mm monté sur tourelle Maxton M45 modifié. Projet abandonné en faveur du T10E1.
  • T10E1. Similaire au prototype T10, mais sur châssis M3. Deux canons AA Hispano-Suiza HS.404 installés dans une tourelle Maxton M45D. Projet abandonné en faveur du M16 Half-Track AAA.
  • T1E4/M13 Half-Track MGMC. Multiple Gun Motor Carriage sur châssis M3, équipé d'un tourelle Maxton M45 avec 2 mitrailleuses AA M2HB de 12.7mm et 5,000 cartouches. Les parois latérales du compartiment arrière peuvent être démontées ou abaissées, pour faciliter les manœuvres des servants.

  • M14 Half-Track MGMC. Similaire au M13, mais avec châssis M5, et destiné aux bénéficiaires de la Loi Prêt-Bail, en particuliers la Grande-Bretagne.
  • M16 Half-Track MGMC. Multiple Gun Motor Carriage sur châssis M3, équipé d'une tourelle Maxton M45D Quadmount, pouvant recevoir quatre mitrailleuses AA jumelées Browning M2WC de 12.7mm et 5,000 cartouches.

    Photo ci-dessous: M16 Half-Track MGMC de l'US Army.

  • M17 Half-Track MGMC. Similaire au M16 MGMC, mais sur châssis M5. Variante Prêt-Bail destinée en priorité à l'Union Soviétique.


5° Variantes israéliennes de l'après-2GM.
  • M3 Mk. A. M5 Armored Personnel Carrier (APC). Remarque: tous les Half-Track israéliens sont redésignés M3 Zacklam, y compris les variantes M2/M5/M9. Le Mk. A est caractérisé par un moteur International Harvester Red Diamond RD-450.
  • M3 Mk. B. M5 reconvertis en poste de commandement mobile, avec système de communication radios.
  • M3 Mk. C. Essentiellement un T19/M21 avec mortier M1 de 81mm, et propulsé par un moteur White 160AX.
  • M3 Mk. D. M3 Motor Mortar Carriage, rééquipé avec un mortier Soltam de 120mm. Entré en service en 1960.
  • M3 TCM-20. M3/M5 Multiple Gun Motor Carriage MGMC désigné Hatzerim, équipé de deux canons AA Hispano-Suiza HS.404 de 20mm dans une tourelle Maxton M45D.

    Photo ci-dessous: TCM-20 Hatzerim de l'Armée israélienne.



Article rédigé le 27 décembre 2014.


Sources principales:
M2 Half-Track Car (Wikipedia.org)
M3 Half-Track (Wikipedia.org)
M5 Half-Track APC (Wikipedia.org)