Opération Noah: retour sur la célèbre affaire des "Frégates de Cherbourg"

L'Affaire des frégates de Cherbourg est un évenement qui a défrayé les médias et ébranlé le gouvernement français. Le 25 décembre 1969, la nuit du réveillon de Noel vers 2h30 du matin, cent cinquante marins israéliens s'emparent de cinq frégates pratiquement terminées, à quai dans les chantiers de construction de Cherbourg, appareillent et quittent la rade, alors qu'une tempête fait rage au large, et pratiquement sans être détectées. Dans la journée, les autorités portuaires ne s'aperçoivent même pas de leur disparition. C'est l'opération Noah ("Noé"), planifiée par le Mossad et la marine israélienne, et exécutée par le capitaine Binyamin "Bini" Telem.

Cette action est la conséquence de l'embargo sur les armes décrété par le président Charles de Gaulle en 1968, et maintenu par son successeur, Georges Pompidou. Deux jours plus tard, alors que les cinq navires ont pénétré en Méditerranée et dépassé le Détroit de Gibraltar, le scandale éclate dans la presse internationale, et le soir de la Saint-Sylvestre, les vedettes et les marins israéliens sont accueillis triomphalement dans le port d'Haifa. Le gouvernement et le Ministère français de la Défense sont humiliés, ce qui entraine toute une cascade de démissions et de limogeages. Et ce n'est pas tout: Israel, échaudée par le revirement de de Gaulle puis de Pompidou, se tourne maintenant vers les Etats-Unis pour ses livraisons d'armes et de technologies. Pour l'Etat français, c'est un double pied de nez. Pour les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) de Cherbourg et son président Félix Amiot, qui a négocié en secret avec Israel le livraison du reste de cette commande, déjà payée en partie et qui portait sur un total de douze exemplaires, c'est un beau cadeau de Noel: 10 millions de dollars.




Contexte historique de l'opération Noah.

Pour comprendre cette action, il faut se replacer dans le contexte politique de cette époque. Après la Guerre des Six Jours, pour ne pas froisser ses nouveaux "amis" arabes (Libye, Egypte, Syrie, Liban et Irak), les relations entre la France et Israel se dégradent fortement. Le président Charles de Gaulle doit choisir entre continuer son soutien à Israel, ou se tourner vers les pays arabes du Moyen-Orient. Il décide finalement de soutenir et d'armer les seconds, et décrète, après un raid mené à la fin de l'année 1968 par les forces de défense d'Israel contre l'Aéroport de Beyrouth, un embargo sur les livraisons d'armes à l'Etat hébreu. Dès lors, mis au pied du mur, les Israéliens n'ont d'autre choix que de se tourner vers les Etats-Unis, en 1971.

Photo ci-dessous: Boeing B707 d'El Al, similaire à ceux visés par les attaques palestiniennes de 1968.



Raid israélien contre l'aéroport international de Beyrouth (1968).

Le 26 décembre 1968, sur l'aéroport grec d'Athènes, deux activistes du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), un mouvement terroriste d'extrême-gauche, arrosent à l'arme automatique le Boeing B707 du vol El Al 253 sur le tarmac, alors que celui-ci embarque ses passagers à destination de Tel-Aviv. Un passager israélien de 50 ans est tué par une rafale, et plusieurs autres blessés grievement. Cette attaque survient cinq mois après un détournement d'un autre B707 d'El Al assurant la liaison Rome-Tel-Aviv, vers Alger et toujours mené par le FPLP.

Israel décide de riposter à ces attaques et met sur pied une opération visant la capitale libanaise, d'où sont partis les terroristes palestiniens dans les deux cas. Le 28 décembre, Tsahal déclenche l'opération Cadeau. Une équipe de parachutistes des forces spéciales mène un raid de commandos sur l'Aéroport International Raffic Ariri de Beyrouth, où le FPLP a installé son QG et plusieurs camps d'entrainement. Les commandos israéliens détruisent au sol, sans faire une seule victime civile, une douzaine d'avions commerciaux appartenant à la compagnie libanaise Middle East Airlines (MEA).

Une partie des actifs (30%) et du chiffre d'affaire de MEA étant détenus par Air France, Charles de Gaulle est furieux et considère cette action comme inqualifiable. Les relations entre la France et Israel, qui tournait déjà au vinaigre depuis la fin de la Guerre des Six Jours, se dégradent encore un peu plus. Le président français décide dès lors d'imposer un embargo total des armes contre Israel, et les contrats d'armement en cours sont dénoncés et stoppés. Ce revirement à 180° est sans doute motivé en partie par le fait que la France, en septembre 1969, s'apprête (discrètement) à signer un important et juteux contrat de livraison d'armement, portant sur des dizaines de chasseurs-bombardiers Mirage 5 et d'hélicoptères Aérospatiale Gazelle et Super Frelon, au nouvel homme fort et au "Gardien de la Révolution Libyenne", le colonel Muammar Al-Kadafi, qu'il ne faut surtout pas mécontenter!


Déclenchement de l'opération Noah.

1° Préparatifs.

Pour la marine israélienne, qui remplace ses vieux navires datant de la Seconde Guerre mondiale, l'embargo français ne pouvait pas plus mal tombé. Un de contrat de livraison en particulier, signé en 1963, est sensible. C'est la livraison de douze frégates lance-missiles de classe Sa'ar 3, construites par les CMN de Cherbourg, société dirigée par Félix Amiot, un ancien constructeur aéronautique des années trentes. Israel a déjà payé une partie (4 millions de dollars) de cette livraison en acompte, et demande que la France honore ses engagements. Lorsque de Gaulle s'apprête à déclarer l'embargo contre Israel, cinq de ces frégates ont déjà été livrées, deux sont en cours d'essais en mer et d'homologation, et les cinq derniers encore en construction dans les docks.

Photo ci-dessous: frégate lance-missile de classe Sa'ar 3 à quai à Cherbourg en mai 1969. L'armement et les systèmes radios ne sont pas encore installés.


Les frégates rapides Sa'ar 3, surnommées "Starboats" par les employés et ouvriers des CMN, jaugent 220 tonnes à vide, et 250 tonnes à pleine charge avec armement complet. Elles mesurent 45 mètres de long et 7.65 mètres de large. Elles sont équipées chacune de 4 moteurs diesel développant une puissance totale de 12800 chevaux (9500 kWatts), ce qui leur assure une vitesse de pointe de 40 noeuds (74 mk/h). Elles sont équipées d'un système radar Thompson et de quatre ou six tubes lance-missiles, recevant soit quatre missiles anti-navires SGM-84 Harpoon, soit six missiles anti-navires Gabriel II, de fabrication locale israélienne.

Avant même que l'embargo français ne devienne officiel, les services secrets israéliens prennent connaissance des intentions de Charles de Gaulle. Sans perdre un seul instant, le Chef d'Etat-Major de la marine israélienne ordonne aux équipages israéliens des deux navires en cours d'essai d'appareiller immédiatement de Cherbourg. Arpès avoir obtenu l'autorisation de départ, ces deux navires appareillent donc, en toute légalité, de l'Arsenal Naval. Lorsqu'il apprend cela, le nouveau président de la République, Georges Pompidou, en fonction depuis le 20 juin 1969, est furieux et décide de déplacer les cinq frégates restantes de l'Arsenal Naval vers en endroit moins facile d'accès et plus long pour sortir de la rade, un endroit placé juste en face de l'immeuble QG des CMN et des fenêtres de bureau de Félix Amiot, au dernier étage. Ce choix, plus tard, sera lourd de conséquences.

La livraison des cinq frégates restantes étant bloquée, l'Etat hébreu élabore plusieurs scénarios visant à contourner cela. En premier lieu, pour ne pas alerter les autorités françaises, le Représentant de la Marine israélienne à Paris et Chargé des Achats militaires d'Israel, le contre-amiral Mordechai "Mokka" Limon, imagine un plan complexe et ingénieux. Les israéliens font semblant de se désinteresser des frégates, et créent le 15 octobre 1969 une société fictive panaméenne, c'est-à-dire une simple boite postale, la "Starboat Oil And Shipping", dirigée par Ole Martin Siem et dont le siège social est implanté à Oslo, pour tenter d'acheter les navires. C'est Louis Bonté, Directeur des Affaires Internationales à la Délégation Militaire pour l'Armement, qui se charge de la vente. Selon la version officielle, ces navires seraient destinés à ravitailler les plates formes de forage norvégiennes en Mer du Nord. En réalité, Siem est un agent du Mossad et son intention est de remettre les cinq vedettes à Israel dès leur réception. La supercherie de Limon est un franc succès: le gouvernement français, séduit par l'appât du gain, tombe dans le panneau...

En parallèle à cette opération d'intox, Israel assure l'arrivée discrète de 150 "touristes", en fait des marins de la Marine militaire israélienne, à Cherbourg, soit une trentaine d'homme pour chaque navire, et de leurs accueil dans divers hotels de la ville. Fin décembre 1969, les cinq frégates israéliennes, pratiquement construites et terminées, sont rangées bord à bord le long d'un quai, à l'endroit prévu juste devant les fenêtres de bureau d'Amiot. Le secret sera gardé pendant plus de quarante ans, mais on sait aujourd'hui qu'Amiot traite et négocie en secret avec Israel pour livrer ces navires. Pour ravitailler en carburant et en vivres les cinq navires sans éveiller de soupçons, les marins achètent dans de nombreux magazins toujours en petite quantité. Le 24 décembre en soirée, les vedettes sont en ordre d'appareiller et ravitaillées pleinement. Limon dirige en personne l'opération.


2° Exécution (25-31 décembre 1969).

Dans la soirée du 24 décembre 1969, inquiet de l'état des conditions météo et de la tempête qui fait rage au large de Cherbourg, Limon pense cependant qu'une telle occasion ne se représentera pas. Il donne l'ordre final d'appareiller et ses dernières instructions aux équipages israéliens. Ainsi débute la phase d'exécution de l'opération Noah ("Noé" en français). A 2h30 du matin le 25 décembre, les cinq frégates commencent à appareiller l'une après l'autre. Felix Amiot observe l'appareillage aux jumelles depuis la fenêtre de son bureau. Alain Corbinel, son bras droit, et Mordechai Limon sont sur le quai et assistent également aux manoeuvres. Lorsque les frégates ont toutes appareillées, les deux personnes entrent dans l'immeuble de SMN, et l'Israélien tend le chèque du montant du contrat (moins l'acompte) au Français: 10 millions de dollars, avant de rentrer à l'ambassade israélienne à Paris pour faire son rapport.

Carte ci-dessous: 1° Les frégates rangées bord à bord (2+3) à Cherbourg en décembre 1969. 2° Départ de Cherbourg dans la nuit du 25 décembre.




Le 25 décembre, c'est le Jour de Noel, et la plupart des employés et ouvriers des chantiers sont absents. En fait, l'appareillage des navires a été si discrète que pendant la journée, personne ne s'aperçoit de leur absence. Ce n'est que deux jours plus tard, alors qu'ils ont dépassé le Détroit de Gibraltar et sont entrés en Méditerranée, que Félix Amiot lance le pavé dans la marre et avertit les médias. Dès lors, ceux-ci vont se déchainer... Le voyage des frégates s'effectuent sans problème et, le 31 décembre vers 23h, elles sont accueillies triomphalement à Haifa.

Carte ci-dessous: trajet suivi par les cinq frégates israéliennes (25-31 décembre 1969).



3° Répercussions et conséquences.

Le 27 décembre 1969, lorsque le Président de la République française prend connaissance de l'Affaire à la Une de tous les médias français et internationaux, il entre dans une fureur noire. Le gouvernment français est profondément humilié et désappointé. Les réactions du gouvernement ne tardent pas à se fair sentir, et les sanctions tombent: Louis Bonté et le Secrétaire Général de la Défense Nationale, le général Bernard Cazelles, sont limogés. Et tous les Ministères, en particulier Maurice Schumann, aux Affaires Etrangères, sont ébranlés. Le "fabuleux" contrat d'armement de la Libye se concrétise. Paradoxalement, la publicité faite autour de l'affaire et son retentissement médiatique favorise énormément les CMN et la Ville de Cherbourg, la société est dopée et ses carnets de commande ne désempliront pas dans les années suivantes.

Le Ministre français de la Défense, Michel Debré, furieux, ordonne que les frégates soient bombardées et coulées, mais le Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'Air refuse d'obéir à cet ordre. Ce dernier est limogé. Le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas, annule ensuite l'ordre de Débré, pour ne pas jetter de l'huile sur le feu et franchir un pas supplémentaire dans l'escalade entre les deux pays. De son côté, Limon est considéré comme un héros, est décoré et promu vice-amiral. Il devient après cette affaire le Chef d'Etat-major de la marine israélienne. l'Eat hébreu, après le lâchage de la France, se tourne désormais vers les Etats-Unis pour ses fournitures d'armes et de technologie. Mordechai Limon est expulsé du territoire français et déclaré persona non grata. Au début des années septantes, l'aviation israélienne commence à réceptionner ses premiers A-4 Skyhawk et F-4 Phantom II, pour remplacer ses Dassault Mirage, Mystère et Ouragan.

Photo ci-dessous: conséquences de l'embargo français sur les armes, Israel se tourne irrévocablement vers les Etats-Unis. L'aviation israélienne (Hel'A'Avir) reçoit ses premiers chasseurs McDonnell Douglas F-4E Phantom II en 1971. Ceux-ci s'illustreront par la suite lors de la Guerre du Yom-Kippour.



Documentaires et vidéos sur l'opération Noah.

Reportage diffusé sur France 3. Collection "Etranges affaires". Emission Docs Interdits. Un documentaire de Olivier Brunet. Produit par Antoine Martin et Jean-François Le Corre, présenté par Sasha Maréchal. Une coproduction: Antoine Martin production, Vivement Lundi! et France Télévisions.

Les "Frégates de Cherbourg" (en anglais "Starboats of Cherbourg") sont des navires qui furent l'enjeu d'une des affaires les plus surprenantes de détournement de matériel militaire français. Le détournement eut lieu au départ de Cherbourg, dans la nuit de Noël 1969, quand les navires commandés par Israël furent dirigées vers cet Etat malgré l'embargo sur les armes qui le visait. Source: wikipedia.org.



Article modifié le 26 octobre 2014.


Sources principales:
Cherbourg Project (Wikipedia.org)

Opération Urgent Fury: l'intervention américaine sur l'île de la Grenade

Urgent Fury est le nom de code de l'intervention américaine sur l'île de la Grenade, située dans la Mer des Caraïbes à environ 160km au nord-est du Vénézuela. Faisant suite à un coup d'Etat en 1983, ayant placé à sa tête un Comité Révolutionnaire marxiste, cette intervention permet de libérer des centaines d'otages (essentiellement des étudiants) occidentaux et de restaurer un gouvernement constitutionnel légitime. Malgré le fait que les Etats-Unis ont agit après une demande d'assistance des Etats Américains (Organisation of American States, OAS), les médias européens ont propagé une image négative, la comparant à une "invasion", car elle était critiquée par l'Assemblée Générale des Nations-Unies, le Canada, et la Grande-Bretagne. En outre, les Etats-Unis voyaient d'un très mauvais oeil la présence dans l'île de "conseillers militaires" cubains et leur projet d'agrandissement de l'aéroport de Pointe Salines.

La Grenade gagne son indépendance de la Grande-Bretagne en 1974. Après un coup d'Etat en 1979, mené par le marxiste Maurice Bishop et son Mouvement New JEWEL (NJM), pour "Joint Endeavour for Welfare, Education, and Liberation", un "Gouvernement Révolutionnaire du Peuple de la Grenade" prend le pouvoir. En 1983, Bishop est lui-même renversé (et exécuté) par une branche dissidente et extrêmiste de son parti, dirigée par Hudson Austin, lequel fait arrêter et emprisonner des centaines de ressortissants et d'étudiants étrangers, dont une majorité de citoyens américains.

La Force de déploiement rapide de l'US Army (82ème Division aéroportée, 1er et 2ème Bataillons de Rangers), la Force Delta et des Navy SEALs, ainsi que la 22ème Unité Amphibie de Marines et diverses unités de soutien et de logistique, sont engagées, soit au total 7600 hommes. 353 soldats et policiers jamaïcains et du Système de Sécurité Régional (RSS), selon un accord de défense et de sécurité communes des Etats Caraïbes, prennent également part à l'intervention. La dictature d'Hudson Austin est renversée et remplacée par un gouvernement de transition constitué par le Gouverneur-Général Paul Scoon, en attendant les élections de 1984.

La date de l'intervention américaine, le 25 octobre 1983, est célébrée dans l'île comme jour de fête et désignée Thanksgiving Day ("Jour de Grâce") par ses habitants. L'aérodrome de Pointe Salines est rebaptisé en l'honneur du Premier ministre Maurice Bishop assassiné. Cette intervention a notamment permis de développer une plus efficace coopération et coordination entre les différents services des forces armées des Etats-Unis, et aboutit à une réorganisation du Département de la Défense grâce au Goldwater-Nichols Act, du nom des deux sénateurs qui ont initié le projet de loi.




Localisation géographique.

La Grenade est une île de la Mer des Caraïbes, située au sud-ouest de Saint-Vincent et les Grenadines, et à environ 160km au nord-est des côtes vénézueliennes et de Trinadad et Tobago. Elle couvre une superficie de 344km² et compte une population d'environ 110000 habitants. Sa capitale est Saint-George. Elle est également surnommée l'"Ile aux Epices", car elle est l'un des principaux exportateurs mondiaux de fleurs et de noix de muscade. Ell fait partie du groupe d'îles Grenadines. Celui-ci fait lui-même partie d'un ensemble plus vaste encore, les Iles Windwards.



Un peu d'histoire.

1° Période coloniale française (1649-1763).

Le 17 mars 1649, une expédition navale de 203 hommes, venant de la Martinique et dirigée par Jacques du Parquet, fonde une colonie permanante sur l'île de la Grenade. En quelques mois, ils entrent en conflit et chassent les insulaires. En 1654, l'île est entièrement occupée et soumise par les Français. Les indigènes qui ont survécu fuient et s'installent sur les îles voisines, ou dans des lieux reculés de la Grenade, où ils sont marginalisés et persécutés. La dernière communauté indigène disparait au début du 18ème siècle.

L'économie de l'île est initiallement axée sur la cane à sucre et l'indigo. Les colons français fondent la capitale Fort Royal (plus tard Saint-George) en 1650. Pour se protéger des ouragans, les navires profitent du port naturel de la ville et y font très souvent escale.

Les Britanniques s'emparent de la Grenade en 1762, au cours de la Guerre de Sept ans.


2° Période coloniale britannique (1763-1974).

La Grenade est formellement cédée à l'Empire britannique selon les termes du Traité de Paris en 1763. La France capture l'île durant la Guerre d'Indépendance américaine, après la Bataille de la Grenade en 1779. Cependant, la Grande-Bretagne en reprend le contrôle après le Traité de Versailles en 1783. Les Anglais répriment ensuite une révolte pro-française en 1795-1796, dirigée par Julien Fedon.

La noix de muscade est introduite sur la Grenade en 1843, lorsqu'un navire marchant mouille dans le port de Saint-George, lors de son périple ente les "Indes occidentales" (Antilles) et l'Angleterre. C'est le début de l'industrie des épices, qui représente aujourd'hui 40% des exportations mondiales de muscade.

En 1877, la Grenade devient une "Colonie de la Couronne britannique" (Crown Colony) membre du Commonwealth. Le "Gouverneur-Général" de l'île représente la Couronne et la Reine d'Angleterre. Theophilus A. Marryshow fonde l'"Association du Gouvernement Représentatif" (RGA) en 1917, pour mener une campagne d'agitation et obtenir la création d'une participation constitutionnel de la population grenadine. Il en résulte le "Groupe de pression" (Lobbying) Marryshow, la Commission Wood (1921-1922) concluant que l'île est prête pour une réforme constitutionnelle et un remaniement du gouvernement colonial local. Ces modifications garantissent aux Grenadins leurs droits pour élire 5 des 15 membres du Conseil législatif, une franchise restreinte de la propriété établissant le droit de vote pour les 4% d'habitants les plus riches.

Photo ci-dessous: Saint-George en 1890.



3° Vers l'indépendance (1763-1974).

En 1950, Eric Gairy fonde le "Parti des Travailleurs Unis de la Grenade" (GALP), qui se bat pour de meilleures conditions de travailk. C'est le début d'une vague de contestations, de manifestations populaires et de grèves générales, d'une période d'instabilité politique appelée "Jour du Ciel Rouge". Les autorités britannique de tutelle renforcent leur présence militaire pour rétablir l'ordre.

Le 10 octobre 1951, la Grenade organise sa première élection au suffrage universel. Le parti de Gairy obtient 6 des 8 sièges du Conseil Légeslatif. De 1958 à 1962, l'île est membre de la "Fédfération des Indes Occidentales".

Le 3 mars 1967, elle obtient son entière autonomie sur les affaires intérieures, en tant qu'"Etat associé". Herbert Blaize, du Parti National Grenadin (GNP), devient "Premier" de l'Etat Associé de la Grenade en août 1967. Eric Gairy (GALP) lui succède à ce poste jusqu'en février 1974.


4° Indépendance et révolution (1974-1983).

L'indépendance entière de la Grande-Bretagne est obtenue en 1974, sous le gouvernement d'Eric Gairy, qui devient dès lors le premier Premier ministre de la Grenade. Des conflits sociaux et des affrontements éclatent entre Eric Gairy et une partie de l'opposition radicale, dont le New Jewel Movement (NJM), un parti d'obédience marxiste-léniniste. Gairy remporte les élections de 1976, mais l'opposition n'accepte pas les résultats, l'accusant de fraudes.

En 1979, le NJM, dirigé par Maurice Bishop, déclenche une révolution armée contre le gouvernement de Gairy, qui entraîne le chute de ce dernier, suspend la constitution et établit le "Gouvernement Révolutionnaire du Peuple" (PRG), sous l'autorité de Bishop qui se déclare lui-même Premier ministre. Son gouvernement marxiste établit aussitôt des relations diplomatiques et commerciales avec Cuba, le Nicaragua et les autres pays du bloc communiste.

Le 14 octobre 1983, une lutte de pouvoir à l'intérieur du gouvernement entraîne l'arrestation de Maurice Bishop, sur ordre de son vice-Premier ministre, Bernard Coard, lequel est soutenu par l'armée grenadine. Après ce second coup d'Etat, Coard devient le nouveau chef du gouvernement. Bishop parvient à s'évader, mais il est bientôt repris. Il est exécuté, avec sept autres membre de son cabinet ministériel, le 19 octobre.

Ce 19 octobre 1983, l'armée commandée par le général Hudson Austin fomente un troisième coup d'Etat, renverse Bernard Coard et installe une dictature militaire. Pendant quatre jours, il instaure la loi martiale, en déclarant que quiconque arrêté à l'extérieur durant le couvre-feu sera passible d'une exécution sommaire. Enfin, il fait arrêter des centaines de ressortissants étrangers (essentiellement des étudiants), les regroupe et les fait garder sur le campus de l'Université américaine de Saint-George.

La réponse et la riposte des Etats-Unis et des Etats Caraïbes ne se fait pas attendre. Le 25 octobre 1983, les forces américaines et alliées envahissent la Grenade, où les militaires et des travailleurs cubains présents dans l'île ont commencé à renforcer l'aérodrome de Pointe Salines, à l'extrêmité sud-ouest de l'île.


Déclenchement de l'opération Urgent Fury.

Suite à la série de coups d'Etat qui se sont succédés dans l'île de la Grenade entre 1979 et 1983, à l'instabilité politique et au climat de guerre civile, mais surtout après l'instauration de la dictature militaire du général Hudson Austin le 19 octobre 1983, l'Organisation des Etats Caraïbes de l'Est (OECS), ainsi que la Barbade et la Jamaïque, adressent formellement une demande d'assistance aux Etats-Unis (1). Selon un reporter du New York Times, cette demande est adressée au gouvernement américain, qui a déjà pris la décision d'intervenir. Washington se sert du prétexte du meurtre de Maurice Bishop et de l'arrestation et la sequestration de citoyens américains dans l'Université de Saint-George pour lancer une opération militaire, visant à renverser Austin et libérer les otages. Le journaliste révèlera plus tard que le "Gouverneur-Général" de la Grenade, Sir Paul Scoon, a requis l'intervention militaire américaine au travers de canaux diplomatiques secrets.

Le 25 octobre 1983, la Grenade est donc "envahie" par une force combinée des Etats-Unis et du "Système de Sécurité Régional" (RSS) des Etats Caraïbes, partie de la Barbade. L'opération a reçu le nom de code d'"Operation Urgent Fury" (Fureur Urgente). Les Etats-Unis déclarent que ce déploiement de forces se fait également avec l'approbation des Premiers ministres de la Barbade et de la République Dominicaine, respectivement Tom Adams et Dame Eugenia Charles. Cependant, l'intervention est sévèrement critiquée par le Canada, le Royaume-Uni et Trinidad et Tobago. L'Assemblée Générale des Nations-Unies la condamne le 2 novembre en tant que "violation flagrante des lois internationales" (2), par un vote de 108 en faveur contre 9, avec 27 abstentions. Le Conseil de Sécurité tente d'émettre une Résolution en ce sens, mais son vote est bloqué par les Etats-Unis.

Photo ci-dessous: des policiers et des militaires de la Force de Défense des Caraïbes occidentales se déploient sur l'île de la Grenade le 3 novembre 1983.



(1) Cole, Ronald (1997). "Operation Urgent Fury: The Planning and Execution of Joint Operations in Grenada" Retrieved 9 November 2006.

(2) United Nations General Assembly Resolution 98/7. United Nations. 2 November 1983.



1° Aéroport international de Pointe Salines.

Au cours des années précédentes, le gouvernement de Maurice Bishop a entrepris la construction de l'Aéroport International de Pointe Salines, à l'extrémité sud-ouest de l'île, avec l'aide de la Grande-Bretagne, de Cuba, de la Libye, de l'Algérie et d'autres pays. L'idée même de cet aéroport est proposé par le gouvernement britannique en 1954, lorsque la Grenade était encore une de ses colonies. Après 1979, le gouvernement américain accuse la Grenade de l'intention d'établir ou de renforcer la présence ou l'influence soviétique et cubaine dans les Caraïbes. L'allongement de la piste (2700 mètres) servant aux avions Antonov An-12, An-22 et An-124 pour acheminer des armes aux divers mouvements de guerilla communistes en Amérique Centrale. Bishop rétorque que l'aéroport de Point Salines ne sert et ne servira que pour l'aviation de transport commercial, pour le tourisme, en faisant remarquer que les longs-courriers ne peuvent actuellement pas se servir de l'aéroport de Pearl, dont la piste (1200m) est trop courte et le relief montagneux au nord de l'île trop dangereux.

En mars 1983, le président Ronald Reagan commence à tirer la sonnette d'alarme, en attirant l'attention sur une menace potentielle contre les Etats-Unis, sur une "militarisation" des Caraïbes par l'Union Soviétique et Cuba, l'aéroport de Pointe Salines mettant potentiellement le territoire américain à portée de leurs bombardiers lourds. Il déclare que l'allongement de piste et la construction de nouveaux réservoirs de carburant n'est pas nécessaire à l'aviation civile, et qu'à l'évidence l'aéroport deviendra une base militaire cubaine et/ou soviétique.

Photo ci-dessous: la piste de l'aéroport de Pointe Salines (Punta Salinas) en mars 2010.



2° Invasion.

L'Opération Urgent Fury débute le 25 octobre 1983 à 5h du matin, lorsque le corps expéditionnaire américain quitte la Barbade et fait route vers la Grenade. C'est la première opération militaire majeure américaine depuis la fin de la Guerre du Vietnam, une décennie plus tôt. Le vice-amiral Joseph Metcalf III, le commandant de la 2ème Flotte US assignée à cette partie du globe, assume le commandement de la Joint Task Force 120, une force combinée qui comprend des éléments des quatre services des forces armées américaines: US Army, US Air Force, US Navy et US Marine Corps. Au total un effectif de 7600 hommes. 353 soldats et policiers des Etats Caraïbes s'y joignent. 1500 soldats grenadins et 700 Cubains sont présents dans l'île.


Les Marines de la 22ème MEU (en provenance du Liban) et la Task Force TF.20.5, autour du groupe de bataille de l'Independence (CV-62), interviennent à partir de 6h. Les hélicoptères AH-1 Cobra, partis du navire d'assaut amphibie Guam (LPH-9), élimine d'abord les positions de défenses aériennes (mitrailleuses lourdes et canon AA d'origine russe) dans le secteur Pearl-Granville. Interviennent ensuite les hélicoptères de transport CH-53 Stallion et les barges de débarquement du Guam (LPH-9), du Barnstable County (LST-1197), du Manitowoc (LST-1180), du Fort Snelling (LSD-30) et du Trenton (LPD-14). En deux heures, après une résistance modérée de l'"Armée Révolutionnaire Populaire" (PRA), les Marines occupent et sécurisent Pearl et Grenville. Le troisième jour, alors que la 22ème MEU ne représente que 25% des forces américaines engagées, elle contrôle déjà les trois quarts de l'île: c'est-à-dire le nord et le centre.

Sur la cote occidentale de la Grenade, les Navy SEALs "Team Six" sont parachutés au nord de la capitale Saint-George, avec pour mission de s'emparer de la station radio de la ville et de la résidence du Gouverneur Général, où ils rencontrent une opposition armée notable.

A partir de 5h40, à l'extrêmité sud-ouest de l'île, la 82ème et les 1er et 2ème Bataillons de Rangers interviennent par assaut aéroporté à partir de C-130 Hercules de l'US Air Force. 800 parachutistes et les Rangers s'emparent de l'aérodrome de Pointe Salines, et à la tombée du jour, ils atteignent Saint-George, où la 82ème Division aéroportée libère les otages occidentaux détenus sur le campus de l'université.

Photos ci-dessous: 1° l'assaut aéroporté du 2ème Bataillon de Rangers sur l'aéroport de Pointe Salines, à l'aube du 25 octobre 1983. 2° Des étudiants américains, après leur libération, attendent leur rapatriement vers les Etats-Unis.




A l'aube du troisième jour, les Marines et le 2ème Bataillon de Rangers, qui ont effectué leur jonctions, prennent d'assaut les positions (très bien défendues) de la PRA à Fort Adolphus, Fort Matthew et sur la Colline de Richmond. La 82ème Division s'empare des casernes de la PRA à Calivigny. Au cours de ces combats, trois AH-1 Cobra de la 2ème MEU sont abattus.

Au cours des jours qui suivent, les Américains éliminent les quelques poches de résistance qui subsistent. Le 2 novembre 1983, tous les objectifs militaires ont été sécurisés et la dictature du général Hudson Austin renversée. Les Etats-Unis ont affrontés environ 1200 soldats grenadins de la PRA ainsi que 780 Cubains. Leurs pertes s'élèvent à 19 tués et 106 blessés.

Le lendemain 3 novembre 1983, les troupes américaines entament leur retrait de l'île et sont remplacés par les 353 policiers et militaires de la "Force de Paix des Caraïbes" (ECPF). Celle-ci y restera jusqu'en juin 1985.

Photo ci-dessous: bombardement des casernements de la PRA à Calivigny.


Au cours des combats, Cuba a perdu 25 tués, 59 blessés et 638 prisonniers capturés. Les Américains capturent également 49 Soviétiques, 24 Nord-Coréens, 16 Allemands de l'Est, 14 Bulgares et 4 Libyens.

Photo ci-dessous: un A-7E Corsair II de l'Independence en mission de soutien aérien au-dessus de Pointe Salines. Octobre 1983.





3° Ordre de bataille américain.

Liste non exhaustive des unités américaines ayant participé à l'opération Urgent Fury:

• US Army:

- 1er Bataillon de Rangers, 75ème Régiment de Rangers. Hunter Army Airfield, Géorgie.
- 2ème Bataillon de Rangers, 75ème Régiment de Rangers. Fort Lewis, Washington.
- 1er Bataillon, 505ème Régiment de parachutistes, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- 2ème Bataillon, 505ème Régiment de parachutistes, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- 1er Bataillon, 508ème Régiment de parachutistes, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- 2ème Bataillon, 508ème Régiment de parachutistes, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- 325ème Régiment d'infanterie aéroportée, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- 320ème Régiment d'artillerie aéroportée, 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.
- Unité de soutien (médical, police militaire, ...) 82ème Division aéroportée. Fort Bragg, Caroline du Nord.

Photo ci-dessous: l'interverntion américaine représente la première mission opérationnelle du nouvel hélicoptère utilitaire UH-60 Black Hawk. Ici des UH-60A au-dessus de l'aérodrome de Pointe Salines, le 25 octobre 1983.



• US Air Force:

- US Air National Guard (soutien aérien). A-7E Corsair II.
- 23ème Wing Tactique Aérien (chasse/interception). F-15 Eagle.
- 33ème Wing Tactique Aérien (soutien aérien). A-10 Thunderbolt II.
- 437ème Wing de Transport Aérien. C-141 StarLifter.
- 317ème Wing de Transport Aérien. C-130 Hercules.
- 16ème Wing des Opérations Spéciales. AC-130 Spectre.
- 63ème Wing de Transport Aérien. Unités de police et de sécurité aérodrome.
- 19ème Wing de Ravitaillement Aérien. KC-135 Stratotanker.


• US Navy:

- Task Group 20.5 (Independence Battle Group): USS Independence (CV-62). Norfolk, Virginie.
- Wing Aéronaval Six (CVW-6): VF-32 et VF-34 (F-14A Tomcat), VA-15 et VA-87 (A-7E Corsair II), VA-176 (A-6E Intruder).
- Groupe Amphibie Quatre: USS Guam (LPH-9), USS Trenton (LPD-14), USS Fort Snelling (LSD-30).
- US Navy SEALs Team 4. Little Creek, Virginie.
- US Navy SEALs Team 6. Virginia Beach, Virginie.


• US Marine Corps:

- 22ème Unité Expéditionnaire de Marines (22 MEU). Camp Lejeune, Caroline du Nord.
- Marine Medium Helicopter Units (USS Guam): CH-53D Sea Stallion.
- Marine Attack Helicopter Units (USS Guam): AH-1 Cobra.

Photo ci-dessous: un CH-53D Sea Stallion du Marine Medium helicopter Squadron HMM-261 (USS Guam) se pose à côté d'un canon AA ZU-23 abandonné dans l'île de la Grenade, en octobre 1983.



L'île de la Grenade après 1983.

Les troupes américaines entament leur retrait dès le 3 novembre 1983, les derniers soldats (des policiers militaires intégrés au sein de la Force de Maintien de la Paix des Caraïbes) quittant la Grenade le 15 décembre. Le 25 octobre, jour du début de l'intervention, est déclarée "jour de fête férié" par la population de l'île, et baptisé Thanksgiving Day ("Jour de Grâce"). Sur le campus True Blue de l'université de Saint-George, est érigé un monument commémoratif à mémoire des 19 Américains tués durant l'opération Urgent Fury, marquant chaque année depuis, la célébration du souvenir.

Photo ci-dessous: monument commémoratif de l'intervention américaine sur le campus universitaire de Saint-George.


En 2008, la Grenade annonce son intention d'ériger un monument commémoratif des soldats cubains tués durant l'opération Urgent Fury. Mais jusqu'à présent, les gouvernements cubain et grenadin ne se sont encore pas décidé sur l'emplacement exact de ce monument.

Après le retrait américain, Sir Paul Scoon constitue et prend la tête d'un gouvernement de transition, en attendant les premières élections législatives démocratiques, en décembre 1984. Ces élections sont remportées par le Parti National Grenadin, et Herbert Blaize devient le nouveau Premier ministre. Il reste à ce poste jusqu'en décembre 1989. Ben Jones lui succède jusqu'aux élections de mars 1990, qui voient la victoire du Congrès Démocratique National de Nicholas Braithwaite. Ce dernier occupe le poste de Premier ministre jusqu'au terme de son second mandat, en février 1995. George Brizon lui succède jusqu'en juin de cette année.

Scoon occupe le poste de Gouverneur-Général (représentant de la Couronne britannique) du 30 septembre 1978 jusqu'au 6 août 1992. Lui succèdent Sir Reginal Palmer (6 août 1992 - 8 août 1996), Sir Daniel Williams (9 août 1996 - décembre 2008) et Dame Cécile La Grenade (décembre 2008 - Présent), la première femme désignée à ce poste.

Photo ci-dessous: Sir Paul Scoon en 1983.


Pendant les treize années qui suivent (un record de longévité dans cette île), le poste de Premier ministre est occupé par Keith Mitchell, du Nouveau Parti National. En 2008, les élections sont remportées par le Congrès Démocratique National et Thillman Thomas. En 2013, celui-ci cède son poste au Nouveau Parti National de Keith Mitchell, qui remporte tous les 15 sièges du Conseil législatif.

Le général Hudson Austin, arrêté en octobre 1983, est jugé par la Justice grenadine pour le meurtre de Maurice Bishop et l'instauration d'une dictature militaire, et pour sa répression contre le peuple grenadin. Il est condamné à mort en 1986, mais cette sentence sera plus tard commuée en prison à vie. Il est cependant relâché le 18 décembre 2008. Bernard Coard est jugé pour avoir ordonné l'exécution de Bishop, en août 1986. Il est lui-aussi condamné à mort, et en 1991 sa peine est commuée en prison à vie. Lui aussi est libéré, quelques mois plus tard.

Le 7 septembre 2004, pour la première fois depuis quarante-neuf ans, la Grenade est touchée par un ouragan (Ivan) de catégorie 3 (des vents soufflant jusqu'à 250 km/h), qui détruit ou endommage 90% des maisons et des bâtiments de l'île, les dommages étant estimés à 110 millions de dollars. L'industrie agricole, et en particulier les récoltes de noix de muscade, souffrent énormément de ses dommages.
Le secteur du tourisme, grâce à la construction d'hôtels et de nouvelles infrastructures, est lui en plein essort.


Article modifié le 22 janvier 2014.


Sources principales:
Invasion of Grenada (Wikipedia.org)

Opération Neptune Spear: la traque et l'élimination de Ben Laden

Osama Ben Laden, le fondateur et le dirigeant de l'organisation terroriste islamiste Al Qaida, est tué au Pakistan dans la nuit du 2 mai 2011 peu après 1h du matin, heure locale PKT, ou le 1er mai vers 20h (GMT), par une équipe des Navy SEALs désignée DEVGRU (US Naval Special Warfare Development Group) ou plus communément "Team Six", chargée des opérations de contre-terrorisme, une mission similaire à celle de son homologue de l'armée de terre, la Delta Force, au sein du commandement interarmes SOCOM.

La mission d'élimination, désignée sous le nom de code d'Opération Neptune Spear (le "Trident de Neptune"), en référence au trident sur le badge des SEALs, est menée en coopération avec des opérateurs/coordinateurs de la CIA et des hélicoptères de l'US Army. Elle vise la résidence où est supposé se trouver Ben Laden à Abbottabad, une petite ville située à environ 65km au nord-est de la capitale Islamabad. Après le raid, des échantillons d'ADN sont prélevés pour identification, et le cadavre est immergé en mer vingt-quatre plus tard, par le porte-avions Carl Vinson et dans le respect des rites funéraires musulmans, la localisation étant gardée secrète pour éviter que des djihadistes ou des islamistes ne s'en servent comme lieu de recueillement ou de dévotion.

Al Qaida confirme la mort de son chef historique quatre jours plus tard, le 6 mai, et jure de se venger. D'autres groupes islamistes, comme les Talibans opérant au Pakistan, font des déclarations similaires à la presse. L'annonce de sa mort au peuple américain, déclenche aux Etats-Unis une explosion de joie, mais elle est condamnée par plusieurs pays, dont Cuba et le Vénézuela, ainsi que par le président de l'Autorité palestinienne, Ismail Haniyeh, et l'administration du Hamas dans la Bande de Gaza. La question de la légalité de cette opération est également remise en question par plusieurs organisation non-gouvernementales dans le monde entier, dont Amnesty International et la Ligue Internationale de Défense des Droits de l'Homme de l'ONU. La décision prise par le gouvernement américain de ne pas publier les photographies du corps ou les résultats des tests ADN, entraîne presque aussitôt toute une série de controverses et de théories de complot fantaisistes.

Le rapport d'enquête et d'investigation des autorites pakistanaises, sous l'égide de la "Commission Abbottabad" menée par le ministère de la Justice et le Premier ministre de ce pays, Hawaz Sharif, chargée de mettre en lumière les zones d'ombre et les circonstances exactes de la mort de Ben Laden, rend ses conclusions deux ans plus tard. Et malgré les tentatives d'Islamabad de le garder secret et de l'enterrer dans un tirroir de la bureaucratie, ce rapport est publié par la chaine Al Jazeera le 8 juillet 2013.




Contexte historique.

Deux jours après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush déclare: "Le plus important pour nous est de chercher et de trouver Ben Laden." Il ajoute: "C'est notre priorité absolue, et nous ne nous arrêterons pas avant de l'avoir retrouvé."

Le 3 juillet 2006, la CIA annonce qu'elle a constitué, fin de l'année précédente, une équipe chargée exclusivement de cette tâche, et désignée sous le nom de code Alex Station. L'agence de renseignement déclare que cette traque est classée "hautement prioritaire".

En 2008, lors d'un débat de la campagne présidentielle l'opposant au candidat républicain John S. McCain, Barack Obama déclare: "... Et si nous localisons Ben Laden au Pakistan et que le gouvernement pakistanais se montre incapable de l'arrêter et de nous le livrer, alors j'estime que nous nous passerons d'eux et que nous irons le chercher nous même. Nous allons éliminer Ben Laden et écraser Al Qaida." Dans les faits, Obama fait remarqué qu'il est disposé, s'il y est forcé, de se passer des autorisations du gouvernement pakistanais et d'intervenir sur son territoire sans son accord. En clair, d'accomplir "un acte de guerre envers un pays supposé allié ou ami". C'est une déclaration singlante qui peut entrainer des graves conséquences politiques.


Objectif: localiser Ben Laden.

Les efforts de la communauté américaine du renseignement pour déterminer l'emplacement d'Osama Ben Laden, qui conduiront finalement à l'opération Neptune Spear, débute en 2002 avec diverses informations fragmentaires obtenues lors d'interrogatoires (et parfois de séances de tortures) de membres d'Al Qaida ou de Talibans détenus au Camp Delta, dans la base navale de Guantanamo Bay, à Cuba. Ces renseignements finissent par aboutir, en août 2010, à la localisation d'une résidence suspectée d'abriter l'ennemi public n°1 des Etats-Unis, à Abbottabad, une ville provinciale située à environ 65km au nord-est d'Islamabad. Dès lors, ce domaine est placé sous haute surveillance constante.



1° Identifier le messager personnel de Ben Laden.

L'identification des messagers d'Al Qaida est une priorité pour les interrogateurs de la CIA dans le camp de détention de Guantanamo, tout simplement parce que les communications entre Ben Laden et ses principaux lieutenants ne s'effectuent plus que de cette manière basique. Depuis 1998, quand des missiles américains avaient éliminés des cibles en Afghanistan et au Soudan grâce à l'interception et le repérage de leurs conversations par téléphones satellites, Ben Laden ne les utilise plus.

En 2002, les interrogateurs obtiennent, à partir des aveux de Mohammed al Qahtani, un membre d'Al Qaida arrêté à Tora-Bora le 21 novembre 2001, le nom de guerre d'un de ces messagers: Abu Ahmed al-Kuwaiti (à ce moment les Américains ignorent encore sa véritible identité), qui fait également partie, semble-t'il, des proches du Saoudien au sein du cercle intérieur de son organisation.

En 2003, Khaled Sheik Mohammed (arrêté à Rawalpindi le 1er mars), le Chef des Opérations d'Al Qaida, affirme qu'il connait lui aussi al-Kuwaiti et lui sert pour transmettre des courriers jusqu'à Ben Laden, tout en déclarant que le messager n'est pas membre actif d'Al Qaida.

En 2004, un autre prisonnier détenu à Guantanamo, Hasan Ghul, membre d'Ansar al-Islam opérant en Irak, révèle et confirme aux interrogateurs américains que Ben Laden se sert exclusivement d'un messager de confiance surnommé al-Kuwaiti. Celui-ci sert essentiellement d'intermédiaire entre Ben Laden et le successeur de Sheik Mohammed, Abu Faraj al-Libbi. Ghul révèle, comme les Américains le suspectent fortement, qu'al-Kuwaiti vit dans la même maison que Ben Laden. Mais confronté aux déclarations de Ghul, Sheik Mohammed maintient sa version originale. Ce dernier et al-Libbi, arrêté à son tour à Mardan, au nord de Peshawar, le 2 mai 2005, minimisent l'importance et la place d'al-Kuwaiti au sein d'Al Qaida. Face à ces versions contradictoires, les Américains se mettent à douter que le messager fait bien partie du cercle intérieur de l'organisation terroriste.

En 2007, enfin, la CIA prend enfin connaissance de la véritable identité d'al-Kuwaiti, information qui sera en 2011 confirmée par le Pakistan: Ibrahim Saeed Ahmed, originaire de la Vallée du Swat, près de la frontière afghane. Lui et son frère vivraient avec leur famille respective dans la résidence de Ben Laden, quelque part dans cette région.

En 2010, grâce aux interceptions de conversations téléphoniques d'al-Kuwaiti, la CIA parvient, après presque huit ans de recherches et d'échecs, à le localiser. Les opérateurs de la CIA le surveillent et le suivent discrètement pendant plusieurs mois, si bien qu'il finit par les mener à une résidence d'Abbottabad, une ville de moyenne importance à environ 65km au nord-est de la capitale, Islamabad. La superficie inhabituelle de la propriété, sept ou huit fois plus importante que celles des habitations voisines, et les mesures strictes de sécurité qui y règnent, mettent tout de suite la puce à l'oreille des analystes de la CIA, à Langley en Virginie. En août de cette année, ce domaine est placé sous haute surveillance constante, à la fois par des moyens humains (visuels) et photographiques (satellites et drones d'observation). Une série de tentatives pour identifier avec précision les personnes présentes n'aboutissent pas, bien que les Américains soient sûrs à plus de 80% que Ben Laden s'y trouve. Et cette situation n'évolue plus pendant les mois suivants.

Ci-dessous: trois des membres d'Al-Qaida, dont les interrogatoires ou la surveillance conduiront les Américains jusqu'à Ben Laden. De gauche à droite, 1° Abu Faraj al-Libby. 2° Khalid Sheik Mohammed. 3° Abu Ahmed al-Kuwaiti.



2° La résidence de Ben Laden à Abbottabad.

La CIA utilise des photos de surveillance venant de drones ou de satellites, des observations visuelles et des rapports de renseignement pour déterminer avec exactitude l'identité des habitants de la résidence d'Abbottabad où l'a conduit le messager d'Al Qaida. En septembre 2010, l'Agence parvient à la conclusion, avec plus de 85% de certitude, qu'elle abrite Ben Laden. Celui-ci y vivrait avec sa plus jeune femme et sa famille.


Construit en 2004 et comprenant trois étages, la résidence est située au bout d'un chemin de campagne difficilement praticable en voiture, à environ 4km au nord-est du centre-ville. En outre, à 1.3km au nord-est, se trouve l'Académie Militaire Pakistanaise (PMA). Abbottabad est localisée à 160km de la frontière afghane, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-est du pays, et est la capitale du district portant le même nom. Elle est entourée de collines.


La superficie de la propriété est sept ou huit plus importante que celle des maisons voisines. Le domaine est entouré d'un mur d'enceinte de 3.7 à 5.5 mètres de hauteurs, surmonté par des fils barbelés. Il comprend deux portes d'entrée, la terrasse et les fenêtres du troisième étage de l'immeuble étant dissimulés par un mur de béton de 2.1m de haut. L'immeuble n'a ni l'accès à Internet, ni relié à un réseau téléphonique fixe. Les résidents brûlent eux-mêmes leurs déchets et le contenu de leurs poubelles, et n'ont pratiquement aucun contact avec leurs voisins. Après le raid américain et la mort de Ben Laden, les autorités pakistanaises détruiront cette propriété en février 2012.

Ci-dessous: 1° Photo d'un drône de la CIA de la propriété de Ben Laden à Abbottabad. 2° Photo du domaine prise le 4 mai 2011, deux jours après le raid américain.





Operation Neptune Spear: l'élimination de Ben Laden.

Le nom de code officiel donné à cette mission est "Opération Neptune Spear" (Trident de Neptune), en référence au trident représenté sur le badge des Navy SEALs, les trois piques symbolisant les capacités Mer, Air et Terre (SEa, Air & Land) de leur nom. Son objectif initial est de "tuer ou de capturer" Osama Ben Laden. Le conseiller en contre-terrorisme de la Maison-Blanche, John O. Brennan, déclare après le raid: "Si nous avions l'opportunité de le prendre vivant, si à cet instant il ne représentait aucune menace, alors nous ne devions pas écarter cette possibilité." Le directeur de la CIA, Léon Panetta, déclare sur PBS: "L'ordre est clairement de tuer Ben Laden... Selon les règles d'engagements des militaires américains, si vous levez les bras, avez l'intention de vous rendre et ne représentez aucune menace, alors l'ordre est de le capturer vivant. Mais les commandos ont bien reçu l'autorisation de le tuer."

Un membre de la Sécurité Nationale, anonymement, déclare à Reuters: "C'est clairement une opération d'élimintation", marquant bien par là l'intention manifeste de ne pas essayer de le capturer vivant. "C'est bien un ordre d'élimination (Kill Order) et non un ordre de capture qui est donné. Et les SEALs se sont conformés à cet ordre."


1° Planification et décision finale.

En janvier 2011, la CIA expose la situation et donne des informations sur la résidence de Ben Laden au vice-amiral William H. McRaven, le commandant du Joint Special Operations Command (JSOC), le Commandement interarmes des Opérations Spéciales, qui comme son nom l'indique regroupe et coordonne toutes les forces spéciales de l'US Army, de l'US Navy, de l'US Air Force et de l'US Marine Corps. McRaven déclare qu'un raid de commando pourrait très bien être envisagé et privilégie cette option. Il donne l'ordre à un capitaine de l'US Naval Special Warfare Developtment Group (DEVGRU), nom de code "Brian", de travailler en collaboration avec une équipe de la CIA à Langley, en Virginie, pour concevoir une maquette de la résidence, préparer et planifier une intervention héliportée ou aéroportée sur zone.

Parallèlement à cela, l'option aérienne n'est pas écartée non plus. Un plan d'intervention de bombardiers furtifs B-2 Spirit est mis au point. Les membres du JSCO impliqués dans la préparation envisagent une opération conjointe avec l'armée pakistanaise. Mais Barack Obama rejette cette option, par crainte des fuites éventuelles, d'alerter Ben Laden et de le laisser disparaître une fois de plus.

Le 14 mars 2011, Obama se réunit avec le Conseil National de Sécurité pour récapituler toutes les options envisageables. Le président est préoccupé par le fait que cette mission devra être planifiée et exécutée en un laps de temps assez court, et dans le plus grand secret. Pour cette raison, il décide de ne pas avertir ou d'impliquer le gouvernement pakistanais dans l'affaire. Le Secrétaire à la Défense, Robert Gates, et plusieurs militaires expriment leurs doutes sur la présence effective de Ben Laden dans sa propriété, et sur le fait qu'un raid commando est une opération très risquée. A la fin de cette réunion, le président américain semble préférer l'option du bombardement aérien. Deux officiers de l'US Air Force sont donc chargés d'approfondir et de préparer une telle mission.

La CIA est incapable de s'assurer qu'un bunker souterrain existe sous la résidence. Envisageant le cas, des bombes de 910kg à fort pouvoir de pénétration sont équipées avec des systèmes de guidage JDAM pour être larguées à partir de B-2 Spirit ou de F-22 Raptor. Cependant, cette option a l'inconvénient des pertes collatérales que cela entraineraient (une douzaine de civils) et le fait qu'il serait impossible de prouver la mort de Ben Laden. Conscient de ces problèmes, lors de la réunion du Conseil de Sécurité du 29 mars, Obama range cette option de côté et la met en sommeil. Le Président charge alors le vice-amiral William McRaven de concevoir un assaut héliporté. La communauté américaine du renseignement, de son côté, étudie l'option d'un tir d'un missile ou d'une bombe guidée par laser de 227kg, à partir d'un drône.

McRaven rassemble donc des soldats provenant du Red Squadron (Escadron Rouge), l'un des quatre composant le DEVGRU "Team Six". Ces hommes, qui opèrent sur ce théâtre d'opérations depuis plusieurs années, ont été habitués aux coutumnes tribales et aux languages/patois de la région frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan. Ils sont transférés discrètement et individuellement, pour ne pas attirer l'attention, jusqu'aux Etats-Unis. Le 10 avril, ils commencent un entrainement rigoureux et intensif en Caroline du Nord, grâce à une reconstition en grandeur nature du domaine d'Abbottabad. Le 18 avril, pour les habituer au climat, à la haute altitude et à la nature du terrain où ils opéreront, ils déménagent pour la Zone 51, dans le Névada. Là, ils se familiarisent également au transport d'assaut héliporté de nuit et aux capacités particulières de leurs montures.

Pour progresser jusqu'à Abbottabad sans être détecter par les Pakistanais, deux hélicoptères UH-60 Black Hawk du 160th Special Operations Aviation Regiment Night Stalkers de l'US Army ont en effet été profondément modifiés à cette occasion. Redésignés MH-X, ils sont équipés d'un revêtement furtif similaire à celui du B-2, de nouvelles pales de rotors en matériaux composites, de réducteurs de bruits ou de signature thermique.

Photos ci-dessous: 1° Hélicoptères MH-X spécialement modifiés pour cette mission. 2° Membre des Navy SEALs du "Red Squadron" assignés à cette opération.




Les planificateurs pensent que les SEALs seront capables de voler jusqu'à Abbottabad et de revenir sans avoir été détectés, grâce aux capacités furtives des MH-X. Depuis que les Etats-Unis équipent et entraînent le Pakistan, ses capacités de détection, de défense ou de riposte sont parfaitement connus de Washington. L'armée de l'air pakistanaise est essentiellement composée de chasseurs F-16 Fighting Falcon et d'hélicoptères UH-1 Iroquois et UH-60 Black Hawk, et l'emplacement de ceux-ci sont sous surveillance des Américains 24h/24. Au cas où malgré tout, ils décolleraient en urgence, les Etats-Unis en seraient immédiatement informés, et la mission avortée.

Si Ben Laden est capturé vivant, il devra être évacué sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan, où il attendra son transfert aux Etats-Unis. Si les SEALs sont découverts et menacés au sol par les militaires pakistanais, ils ont l'ordre formel de ne pas résister et de se rendre. Dans ce cas, le chef d'état-major interarmes des forces armées américaines, l'amiral Mike Mullen, se tient prêt à négocier leur libération avec son homologue, le général Ashfaq Parvez Kayani.

Lorsque le Conseil National de sécurité (NSC) se réunit de nouveau le 19 avril 2011, le président Obama donne son autorisation pour l'option du raid héliporté. Le 26 avril, McRaven et les SEALs décollent à bord d'un C-17 d'Oceana, en Virginie, pour l'Afghanistan. Après une escale de ravitaillement à Ramstein, en Allemagne, ils atterrissent à Bagram, où à l'aide d'une maquette grandeur naturelle de la résidence de Ben Laden, ils suivent un ultime entraînement dans un secteur de la base bouclé et sévèrement contrôlé, désigné "Camp Alpha".

Le 28 avril 2011, Mullen expose le plan d'opération final au NSC. Pour appuyer et seconder l'Escadron Rouge principal, deux MH-47D Chinook des Night Stalkers resteront en retrait, prêts à intervenir. La plupart des conseillers présents à cette réunion sont d'accord pour lancer l'opération, mais le vice-président Joe Biden y est opposé. Robert Gates plaide pour son plan alternatif de bombardement par drône, mais il changera d'avis le lendemain et se raliera à l'option de l'assaut héliporté. Barack Obama annonce qu'il veut s'entretenir personnellement, par téléphone, avec McRaven en Afghanistan, avant de donner son feu vert. McRaven lui annonce que ses hommes sont entièrements prêts et impatients, et que les prochaines nuits seront sans lune, une condition idéale pour le raid.

Le 29 avril 2011, à 8h20 EST, le fuseau horaire sur la Côte Est des Etats-Unis (GMT-5), Obama donne l'ordre final d'exécution. Le raid débutera le 1er mai dans la soirée (heure locale). Le président est informé que cet horaire pourra être repoussé d'une journée, en cas de conditions météorologiques défavorables.

Le 30 avril 2011, Obama téléphone à McRaven pour lui donner sa bénédiction et le remercier. Dans la soirée, aux Etats-Unis, pour donner le change et ne pas alerter la presse, il participe à un gala à la Maison-Blanche, et s'entretient avec plusieurs acteurs de cinéma.

Le 1er mai 2011, peu après 15h à Washington DC, Obama gagne la Salle de Crise (Situation Room) de la Maison-Blanche, et rejoint divers représentants du NSC pour suivre le déroulement du raid sur un écran géant. Léon Panetta, depuis son QG de Langley, commente les images dans un cadre dans le coin supérieur gauche de l'écran. La zone de la cible est filmée en vision nocturne par un drône Sentinel. Par ordinateur portable, le commandant adjoint du Joint Special Operations Command (JSOC), le brigadier-général Marshall Webb, s'entretient avec son état-major à Fort Bragg, en Caroline du Nord. Deux autres centres de crise observent les images du raid sur moniteurs: le Pentagone et l'ambassade américaine d'Islamabad.

Photo ci-dessous: le soir du 1er mai 2011, dans la Situation Room, Barack Obama et son vice-président Joe Biden (assis à gauche), ainsi que plusieurs membres de son Cabinet et du Conseil National de Sécurité, observent le déroulement du raid des Navy SEALs sur grand écran de télévision. Sont présents le Secrétaire d'Etat Hillary Clinton (la main sur la bouche), le brigadier-général Marshall Webb (assis au centre) et le Chef d'Etat-Major Interarmes américain, l'amiral Mike Mullen (débout à gauche, derrière Webb).



2° Déroulement de la mission "Geronimo".

Le groupe d'assaut principal compte 12 commandos SEALs DEVGRU de l'Escadron Rouge, transportés par les deux MH-X Black Hawk modifiés. Ils décollent de Jalalabad vers 23h heure locale (GMT+5) le 1er mai. Pour des raisons légales, ils sont placés temporairement sous l'autorité de la CIA. Ce groupe opèrera au sol en deux sections, les SEALs sont dotés de fusil d'assaut Heckler & Koch HK416, une variante allemande du Colt M4, plus compacte et légère que le célèbre M16A2, de pistolets mitrailleurs Heckler & Koch MP7, tous équipés de silencieux, d'armes de poing automatique, de grenades lachrymogènes, de lunettes de vision nocturne et de gilets blindés de protection. Le groupe d'assaut comprend également un chien, un Berger Malinois nommé Cairo, chargé d'intercepter quiconque s'échepperait de l'enceinte et tenterait d'alerter les forces de sécurité pakistanaises dans la ville. Un total de 79 commandos, en comptabilisant les quatre hélicoptères et leur équipage, sont impliqués dans ce raid. Les deux MH-X et les deux MH-47D font partie du 160th Special Operations Aviation Regiment (SOAR) de l'US Army.

Les Chinook sont équipés de mitrailleuses M134 Minigun et de réservoirs de carburant supplémentaires pour les Black Hawk, et transportent 24 autres SEALs. Ils restent en soutien en retrait, en tant que Quick Reaction Force (QRF), ou "Force de Réaction Rapide". Leur mission est d'interdire à des militaires pakistanais d'interférer avec le raid. Enfin, 25 SEALs du DEVGRU attendent au sol, le long de la frontière afghane, en tant que renfort en cas de nécessité.

Les hélicoptères du SOAR sont appuyés par une dizaine d'autres machines: deux avions d'attaque F/A-18E Super Hornet et deux MV-22 Osprey du porte-avions Carl Vinson en couverture, un satellite d'observation et un drône Sentinel chargés de filmer la mission en vision nocturne. Un E-3C AWACS Sentry et un EA-6B Prowler sont chargés de surveiller l'activité aérienne et électronique des Pakistanais. Un AC-30 Gunship ("Cannonière Volante") et un avion de ravitaillement en vol MC-130 Hercules se tiennent également prêt à intervenir, en cas de besoin.


Les hélicoptères doivent voler en rase-mottes sous la couverture radar pakistanaise. Dans une région au relief accidenté et montagneuse, cela n'est pas une mince affaire. Mais tout se déroule relativement bien, le vol entre Jalalabad et Abbottabad prenant une heure et demie.

Les deux hélicoptères arrivent au-dessus de l'objectif à 1h03 du matin. D'après le plan, le premier MH-X doit se poser dans le périmètre à l'intérieur de la propriété, déposer ses SEALs puis redécoller aussitôt. Mais destabilisé par les remous d'air, le rotor de queue accroche le mur d'enceinte et l'hélicoptère se crashe, puis s'immobilise renversé sur son côté droit. Ses occupants, secoués et blessés à divers degrés, sont saufs, l'évacuent d'urgence et poursuivent leur mission. Le second hélicoptère se pose à l'extérieur de l'enceinte, et les SEALs doivent pour entrer, pratiquer des brêches dans le mur à l'explosif.

Lorsque les SEALs du premier hélicoptère tentent de pénétrer dans l'annexe secondaire, ou "pièce des invités", une fusillade éclate. Al-Kuwaiti, le messager de Ben Laden, est tué. Sa femme Mariam est légèrement blessée au bras gauche.

Au rez-de-chaussée de l'annexe principale, la seconde équipe tombe sur un couple d'adulte et leurs enfants. Abrar, un des frères d'Al-Kuwaiti, est tué, ainsi que sa femme Bushar.

Ben Laden et des membres de sa famille occupent les deux autres étages. Au premier, un des fils de Ben Laden, identifié plus tard comme Khalid, est abattu lorsqu'il tente de fuir par l'escalier. Ben Laden, sa jeune femme (la troisième) Khairiah et la fille de 12 ans de celle-ci, Safia, occupent l'appartement du second étage. C'est dans la chambre qu'ils se sont retranchés. Après avoir fait sauter la porte, un SEAL pénètre dans la pièce et abat le chef d'Al Qaida. Sa femme est blessée aux jambes lorsqu'elle tente de s'interposer, et sa fille est atteinte aux pieds par les débris de l'explosion de la porte. Le commando annonce alors à la radio: "For God and Country ("Pour Dieu et la Patrie") - Geronimo, Geronimo, Geronimo!" Lorsque McRaven demande confirmation, il répète: "Geronimo E.K.I.A." (Enemy Killed In Action). Regardant le déroulement du raid depuis la Situation Room de la Maison-Blanche, Obama prononce les mots: "We got him" (On l'a eu), puis quitte la pièce.

Deux armes sont présentes dans cette chambre: un AKSU (une Kalashnikov à crosse repliable) et un pistolet automatique Makarov, que Ben Laden n'a pas eu l'occasion de saisir. La sécurisation, La fouille et la saisie du matériel informatique et de documents dans différentes pièces prend une quinzaine de minutes. L'épave de l'hélicoptère écrasé est détruite pour éviter que les Pakistanais ou Al-Qaida mettent la main sur la technologie. Puis le corps de Ben Laden et les SEALs sont évacués par le MH-X et un des Chinook. Le raid, qui devait s'effectuer en maximum 40 minutes, en a pris 38 minutes en tout. Il se termine avec deux minutes d'avance sur l'horaire programmé. Au cours de ce raid, 22 résidents étaient présents dans la propriété. 5 adultes, 4 hommes et 1 femme, ont été tués. Les 4 autres femmes et 13 enfants et petit-enfants sont saufs, ils sont tous regroupés dans une pièce du rez-de-chausée et laissés là.

L'engagement proprement dit contre les résidents a duré 18 minutes. Il faut un quart-d'heure supplémentaire pour que les SEALs collectent et rassemblent ce qu'ils peuvent emportés en un minimum de temps: courrier personnel, clés USB, DVD et CD-ROM, disques durs, etc. A l'extérieur de la propriété, un secouriste effectue des prélèvements d'ADN sur le corps de Ben Laden, avant que celui-ci ne soit chargé à bord d'un des MH-47D Chinook.

A 1h42 du matin, les trois hélicoptères du SOAR quittent Abbottabad et retournent vers la base de Bagram, où ils atterrissent à 3h30. Là, le corps de Ben Laden est chargé à bord d'un MV-22 Osprey pour être acheminé sur le porte-avions Carl Vinson. Aucun pays ne désirant accueillir sa dépouille, elle sera immergée en mer, en un lieu gardé secret pour éviter tout recueillement ou marque de dévotion, après avoir obtenu l'accord des autorités saoudiennes et selon les rites funéraires musulmans.

Photo ci-dessous: des militaires pakistanais inspectent et tentent de dégager le retor de queue du MH-X détruit dans la journée du 2 mai 2011.


Conséquences politiques américaines et internationales.

1° Identification formelle de Ben Laden.

Plusieurs méthodes sont pratiqués ou pris en compte pour l'identification formelle de Ben Laden:

1. Mesure de la taille: Ben Laden mesurait 1.93m. Les SEALs n'ayant pas de moyens de mesure sur eux, mais connaissant sa taille, ils procèdent par comparaison avec sa dépouille.

2. Reconaissance faciale: à partir de photographies prise pendant le raid. Accomplie par ordinateur au siège de la CIA à Langley, en Virginie, elle donne un résultat positif à 95%.

3. Identification visuelle: demandée aux membres de sa famille pendant le raid. Le corps est formellement identifié par sa femme Khairiah.

4. Identification ADN. C'est la méthode scientifique la plus sûre, et la plus incontestable. Selon l'Associated Press et le New York Times, des tests comparatifs ont été effectués, entre d'une part des prélevements de sang et de tissus, d'une soeur de Ben Laden, soignée et décédée au Etats-Unis d'un cancer du cerveau. Et d'autres part, des échantillons prélevés sur sa dépouille, sur place à Abbottabad. L'écart d'erreur est pratiquement nul (1 chance sur 11.8 * 10e15).

5. Méthode par déduction, ou "inférence". A partir des documents saisis à Abbottabad: lettres, courrier personnel, CD ou DVD vidéos enregistrés, etc.

Le 1er mai 2011, à 21h45 EST (heure de la côte Est des Etats-Unis), la Maison-Blanche annonce que le président "s'adressera à la nation" un peu plus tard. A 23h35, Obama apparaît sur toutes les grandes chaines de télévision des Etats-Unis, et fait une déclaration: "Good evening. Tonight, I can report to the American people and to the world that the United States has conducted an operation that killed Osama bin Laden, the leader of al-Qaeda, and a terrorist who was responsible for the murder of thousands of innocent men, women, and children...".

Il relate les attentats du 11 septembre 2001 et ses milliers de victimes, les dix années de guerre contre le terrorisme, la longue et pénible traque de Ben Laden, les projets d'attentats déjoués, la puissance et la volonté du peuple américain d'aller jusqu'au bout de son combat, la chute des Talibans, la capture ou l'élimination des principaux chefs d'Al Qaida, etc. Il réaffirme que les Etats-Unis ne sont pas en guerre contre l'Islam et qu'ils demeurent l'Allié des pays arabes (en particulier du Pakistan, de l'Afghanistan et de l'Arabie Saoudite). A cette nouvelle, les Américains laissent éclater leur joie et un peu partout, célèbrent sa mort.



2° Justification légale.

Le 14 septembre 2001, le Congrès américain adopte la Pub. Law 107-40 "Authorization for Use of Military Force" (AUMF), autorisant l'utilisation des forces militaires des Etats-Unis contre les responsables des attentats du 11 septembre. Cette autorisation garantit au président (chef suprême des armées) l'autorité pour utiliser toute "force appropriée et nécessaire" contre quiconque a "planifié, autorisé, commis ou aidé" les attaques terroristes sur le territoire américain, ou des pays qui les abritent. Dans ce cas, le décret présidentiel (Executive Order) 12333, qui interdit formellement aux Etats-Unis de mener des opérations d'assassinat politique (signé par Ronald Reagan en 1981), n'entre pas en application. Parce qu'il s'agit dans ce cas d'une action militaire, et qu'il est autorisé de tuer des commandants ennemis.

Comme témoigne l'Attorney Général Erich Holder: "L'opération contre Ben Laden est légale et comparable à une action de guerre." Il rappelle que l'élimination d'un commandant ennemi est légal, que la mort de Ben Laden est une justice pour les 3000 personnes qui ont perdu la vie le 11 septembre 2001.



3° Réactions.

Au Pakistan, le raid américain provoque une cascade de protestations, et parfois quelques commentaires mitigés. Le premier ministre Yousuf Raza Gilani, au cours d'un entretien avec le président Asif Ali Zardari, déclare: "Nous ne pouvons permettre que notre pays serve pour mener des attaques terroristes contre d'autres pays, par conséquent je pense que cette opération est un succès, une grande victoire." Mais dans l'ensemble, la classe politique pakistanaise condamne le raid américain, certains avec plus de véhémences que d'autres. Selon un sondage d'opinion, 72% de la population le désaprouve, et 66% ne croient pas à la mort de Ben Laden à Abbottabad.

Le rapport d'enquête et d'investigation des autorites pakistanaises, sous l'égide de la "Commission Abbottabad" menée par le ministère de la Justice et le Premier ministre de ce pays, Hawaz Sharif, chargée de mettre en lumière les zones d'ombre et les circonstances exactes de la mort de Ben Laden, rend ses conclusions deux ans plus tard. Et malgré les tentatives d'Islamabad de le garder secret et de l'enterrer dans un tirroir de la bureaucratie, ce rapport est publié par la chaine Al Jazeera le 8 juillet 2013. (1)

Partout dans le monde entier, la grande majorité des pays approuvent cette opérations. Seuls quelques pays comme l'Iran, Cuba ou le Vénézuela, désapprouvent le raid américain. Parmi la population palestinienne, les avis sont partagés: Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Palestinienne, dans les Territoires Occupés, l'approuve. Ismail Haniyeh, à la tête du Hamas dans la Bande de Gaza, la condamne, comparant Ben Laden à un "Guerrier Saint Arabe".


(1) Al Jazeera, "Document: Pakistan's Bin Laden Dossier", 8 July 2013.


L'élimination de Ben Laden au cinéma: Zero Dark Thirty.

En 2012, la réalisatrice Kathryn Bigelow relate les dix ans de traque et l'élimination d'Ossama Ben Laden dans son film Zero Dark Thirty ("Zero Heure Trente"), dont voici quelques extraits vidéo:







Article modifié le 22 janvier 2014.


Sources principales:
Death of Ben Laden (Wikipedia.org)