Stop Fake: les mensonges et la propagande de guerre de Poutine sur l'Ukraine

Le site de vérification des faits StopFake.org a été lancé le 2 mars 2014. Les initiateurs du Projet sont des enseignants, anciens diplômés ainsi que des étudiants de l'école de journalisme de l'Académie Mohyla et du programme "Futur digital du journalisme" destiné aux journalistes et rédacteurs. Nombre des personnes ayant rejoint le Projet, journalistes, rédacteurs, programmeurs et interprètes, sont préoccupées par l'avenir de l'Ukraine et de son peuple depuis l'occupation de la Crimée suivie des actions militaires dans le Donbass.



STOP Fake: Qui sommes nous?

Au début, le but principal du Projet StopFake.org était de vérifier et de réfuter les informations falsifiée liées à l'actualité, souvent diffusées par la propagande. Avec le temps le projet a évolué et a pris la forme d'un "hub" d'information qui analyse tous les aspects et toutes les manifestations de la propagande issue du Kremlin. Au-delà de l'influence de la propagande sur l'Ukraine, nous étudions les méthodes de son influence sur les autres pays et régions –de Syrie et Turquie jusqu’aux pays de l'Union Européenne et l'ex-Union Soviétique.

Notre équipe est en pleine croissance, nous avons récemment été rejoint par des professionnels des médias chargés de la vérification, l'édition, la traduction et la diffusion de l'information en cinq langues: russe, anglais, espagnol, roumain et bulgare. Ainsi qu'en français, italien et néerlandais depuis la rentrée 2016. Notre contenu est disponible sur notre site internet mais il est également diffusé toutes les semaines sur la chaîne de télévision ukrainienne Ukraine Today. Retrouvez-y nos podcasts et nos programme radiophoniques et suivez nous sur les réseaux sociaux pour communiquer avec nous.


Nous attirons votre attention sur le fait que le Projet StopFake.org n'est pas associé et ne reçoit aucune aide financière de la part des institutions gouvernementales ukrainiennes. Nous sommes une association de journalistes avec pour objectifs principaux de vérifier l'information, d'améliorer le système médiatique et de lutter pour une distinction claire entre le journalisme des faits et la propagande. Pour mener notre travail à bien, nous mettons à jour les "fake" isolés, nous avons aussi créé des archives de la propagande, nous analysons l'information, nous conduisons des entraînements de vérification de l'information pour les professionnels intéressés et nous participons régulièrement à des conférences et séminaires.

A la naissance du projet, nous fonctionnions sur la base du volontariat, puis nous avons continué nos activités grâce au "crowdfounding", dons de nos lecteurs. En 2015 une aide financière a été attribuée par le Fond International "Renaissance", "Fondation nationale pour la démocratie", du Ministère des affaires étrangères Tchèque, de l'Ambassade du Royaume-Uni en Ukraine et du Sigrid Rausing Trust. Les membres de l'équipe Stopfake: Artem Babak, Anna Chornous, Yevhen Fedchenko, Vadim Geshel, Margo Gontar, Ruslan Deynychenko, Sonya Dymytriva-Martynyuk, Anastasiya Iskrytska, Maria Kovalchuk, Oleh Leshko, Alina Mosendz, Alexandra Novitchkova, Taras Nazaruk, Iurii Panin, Oksana Pinsker, Mykhailo Purish, Alina Sugonuako, Artem Vitkovskyi, Olga Yurkova (à l’initiative du projet) et Kira Zalitok, ainsi que les traducteurs et nos nombreux "lecteurs-démystificateurs" de "fake".

L'équipe du projet remercie les collègues qui ont participé à la création et au développement du Projet lors des différentes étapes: Guy Archer, Denys Avramenko, Ekaterina Venzhyk, Igor Voronov, Diana Dutsyk, Kseniya Karpenko, Mykhailo Koltsov, Nikita Kukluevskyi, Liudmila Kushnir, Jan Lepetun, Tetiana Matychak, Dariya Mykhailiv, Nina Mischenko, Lisa Morfett, Oleg Shankovsky, Helga Starova et Olga Churina.


Présentation du site STOP Fake en anglais.

1° StopFake.org: Home page.


"StopFake.org (English)"


2° Russia's top 100 lies about Ukraine.

Les rédacteurs de StopFake.org regroupent et analysent ici le Top 100 des mensonges de la propagande russe contre l'Ukraine...

"Russia's propaganda machine shows no signs of slowing down. To the contrary, it seems to have reached a new hysterical level of blatant disinformation, since Russian and pro-Russian terrorists in Ukraine are rapidly losing ground.

"To attract reluctant "volunteers" into the trap of a misguided war machine, Russia wages twisted information war through its mainstream media, useful fools in the West and a legion of paid trolls. Russian disinformation locomotive twists the facts and invents entirely false stories, accompanied by deceptive imagery. When exposed, it attacks the debunkers, questioning their motives.

"Russia's mainstream media doesn't operate according to the journalistic standards of the civilized world. It often uses social media as their sole sources for breaking news stories. Most of the time, Russian publications fail to retract falsified or entirely made up stories, even after they have been thoroughly debunked. Kremlin trolls operate the same way, intentionally spreading falsehoods to infect public opinion, propagate war-mongering and hatred. It’s important to recognize the information war in all of its ugly manifestations."

"You can review previous installments of the series of articles exposing these falsehoods by visiting the following links:


"Russia's top lies about Ukraine. Part 1"

"Russia's top lies about Ukraine. Part 2"

"Russia's top lies about Ukraine. Part 3"

"Russia's top lies about Ukraine. Part 4"

"Here is a collection of 20 additional fabrications and intentional misrepresentations." (81-100)


Présentation du site STOP Fake en français.

"StopFake.org (Français)"

Depuis le début de l'année 2016, un portail de StopFake.org est également disponible en français...


1° Exemple à la "Une": la dernière actualité.

Fake: Kerry a loué les efforts de la Russie pour la réussite du cessez-le feu en Syrie (4 mai 2016).

L'agence de presse russe RT a publié un article affirmant que le secrétaire d'Etat américain John Kerry a salué les efforts de la Russie ayant permis la réussite du cessez-le feu en Syrie...

"Mensonge: Kerry loue les efforts de la Russie pour la réussite du cessez-le-feu en Syrie."


Article rédigé le 12 mai 2016.


Sources principales:
StopFake.org (Français)
StopFake.org (English)

Opération Orchard: la fin du programme nucléaire de Bachar al-Asad

L'Opération Orchard (en français: Verger, en hébreu: Mivtza Bustan) est une attaque aérienne israélienne contre des installations soupçonnées d'être un réacteur nucléaire dans la région de Deir ez-Zor, en Syrie. Cette opération est exécutée un peu après minuit (heure locale) le 6 septembre 2007. Les gouvernements américain et israélien imposent le blackout total des infos des médias pendant les sept mois qui suivent le raid. La Maison Blanche et la CIA confirment que les services de renseignement américains ont classé le site comme une installation nucléaire militaire, bien que la Syrie démente ces affirmations.

En 2009, les investigations de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) rapportent la présence sur place d'uranium et de graphite, et concluent que le site était bien un réacteur nuclaire. Ce rapport publié est cependant incapable de préciser la nature exacte de ce réacteur et l'objectif des autorités syriennes, celles-ci ayant refusé de coopérer avec les inspecteurs internationaux. En avril 2011, trois ans et demi après les faits, l'AIEA confirme officiellement et publiquement qu'il s'agissait bien d'un réacteur nucléaire.

Le raid de l'aviation israélienne est mené après des entretiens secrets avec l'administration Bush et le Pentagone. Après avoir constaté que les Etats-Unis sont à cette période incapables d'agir militairement en Syrie, le Premier ministre Ehud Olmert décide de mettre en application la "Doctrine Begin" de 1981, et de mener unilatéralement une attaque préemptive visant à neutraliser tout développement futur d'un programme nucléaire syrien.

Contrairement à ce qui s'est passé avec le réacteur Osirak en juin 1981, le raid mené contre les installations syriennes ne provoquent pas de remous, de critiques véhémentes de la communauté internationale ou de tollé général. Une des raisons pouvant expliquer cela est le silence complet décrété par Israel après cette opération. Cette absence de réactions peut-être considéré comme une reconnaissance tacite de l'"attaque préventive menée contre un programme nuclaire clandestin et illicite".

Les informations confidentielles, déclassifiées par la suite, indiquent que l'opération est menée par des F-15I Ra'am du Squadron 69, escortés par des F-16I Sufa de la même unité, et soutenu par un EC-135 (B707) ELINT, un avion spécialement chargé de la guerre électronique, du brouillage et de la neutralisation des communications et des systèmes de défense aérienne ennemis. Les chasseurs-bombardiers F-15I désignés pour mener l'attaque sont équipés de missiles AGM-65, de bombes guidées par laser de 1,000 lbs (454kg) et de réservoirs de carburant auxiliaire externes. Une équipe de commandos d'élite des forces spéciales Sayerat Matkal (Unité 269), baptisée "Shaldag 13", est également présente sur zone. Déposée à proximité la nuit précédente par hélicoptères et disposée autour du réacteur, elle est chargée d'"éclairer" et de "verrouiller" la cible avec des désignateurs laser.


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Contexte politique et préliminaires.

En 2001, le Mossad, ou "Service de renseignement extérieur" israélien, établit le profilage de Bashar al-Asad, le nouveau président de la Syrie qui a succédé à son père, Afez al-Asad, l'année précédente. A cette occasion, les services secrets israéliens découvrent que des dignitaires nord-coréens se sont rendus à Damas, très probablement pour négocier des ventes d'armes. L'Aman, le "Département du Renseignement Militaire" israélien, soupçonne que des pourparlers sont en cours pour la livraisons de technologies et/ou d'armes nucléaires au régime allaouite. Mais le Mossad ne croit pas trop à cette théorie. Au printemps 2004, les Services de renseignement américains rapportent de multiples communications entre la Syrie et la Corée du Nord, et parviennent à tracer l'origine des appels dans une zone désertique appelée "Al-Kibar". L'Unité 8200, le service de renseignement israélien chargé de l'interception et du décodage des communications syriennes, ajoute cette localisation à la liste des sites à surveiller plus attentivement.




Le 22 avril 2004, une explosion de grande ampleur, l'équivalent d'un séisme de 3.6 sur l'échelle de Richter, qui d'ailleurs sera enregistré par des sismographes jusqu'au Japon et en Chine, dévaste la petite localité de Ryongchon. Le bilan est d'environ 700 morts et disparus, et l'onde de choc est ressentie à plusieurs dizaines de kilomètres. Son épicentre est déterminée comme ayant été un train de marchandises se dirigeant de la capitale vers le port de Namp'o, au sud-ouest de Pyongyang. Selon l'écrivain britannique Gordon Thomas, un spécialiste de l'univers des services secrets, le Mossad a pris connaissance que des techniciens en énergie nucléaire étaient présents dans ce train, et sont tous morts dans l'explosion qui a secoué la région. Toujours selon Thomas, le train transportait des matières fissibles. Les corps de ces techniciens ont fait l'objet de mesures de sécurité très élevées et ont été rapatriés par avions militaire syriens jusqu'à Damas, où ils ont été réceptionnés par des dizaines de personnes ayant revêtues des tenues de protection anti-contaminations, et acheminés secrètement vers un endroit indéterminé. Dans la zone dévastée autour de l'explosion, les soldats chargés d'interdire l'accès aux curieux et aux journalistes, étaient également équipés de tenues de protection. Les analystes israéliens supposent que ces soldats étaient en fait chargés de recueillir des armes au plutonium ou leurs débris. Depuis cette explosion, le Mossad suit de très près les déplacements d'une douzaine de militaires et de scientifiques syriens vers Pyongyang, où ils s'entretiennent avec des officiels de haut-rang du gouvernement nord-coréen.

Photo ci-dessous: destruction occasionnées à la petite localité de Ryongchon, le 22 avril 2004, après l'explosion d'un train transportant des matières nuclaires dans la gare ferroviaire.

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Le Daily Telegraph, citant des sources anonymes, rapporte qu'en décembre 2006, un officiel de haut-rang syrien s'est rendu à Londres sous une fausse identité. Le Mossad découvre sa réservation dans un hôtel et décide d'envoyer des agents sous couverture dans la capitale britannique. Ces agents opèrent en trois équipes. La première est chargée d'identifier l'officiel à sa descente d'avion à l'aéroport d'Heathrow. La seconde surveille l'hôtel et ses environs. Et enfin la troisième opèrent à l'intérieur même de l'hôtel et est chargée de suivre les mouvements de la cible ainsi que ses visiteurs éventuels. Plusieurs de ces Israéliens sont membres de la Division Kidon, une unité du Mossad spécialisée dans les assassinats, et de la Division Néguev, spécialisée dans l'effraction de résidences, d'ambassades ou de chambres d'hôtels, pour la mise en place de dispositifs d'écoutes ou de surveillance.

Le premier jour, le Syrien se rend à son ambassade puis se promène dans les rues commerciales de la capitale britannique. Les membres du Kidon le suivent discrètement à la trace, tandis que ceux du Néguev en profitent pour entrer et mettre en place leur équipement. Dans la chambre, ils découvrent un ordinateur portable, et un expert en informatique installe un programme espion permettant de suivre les activités et la messagerie de l'ordinateur. Le Mossad parvient aussi à relever les empreintes digitales sur les touches du clavier, et sa correspondance privée électronique. Plusieurs photos en particulier, parmi celles stockées sur le disque dur, intéressent les Israéliens: une d'entre-elles où on voit un des principaux responsables du programme nucléaire nord-coréen, Chan Chibu, discutant avec Ibrahim Othman, le Directeur de l'Agence Syrienne d'Energie Nucléaire, et les autres montrent des installations nucléaires en construction d'Al Kibar, dans la région de Deir ez-Zor.

Bien que la mission originelle du Mossad est de tuer le Syrien à Londres, les ordres changent et les agents sur place sont désormais chargés de le suivre et de le surveiller plus attentivement. Le mois suivant, le Premier ministre israélien Ehud Olmert forme une équipe restreinte de trois personnes spécifiquement et exclusivement chargée de s'intéresser au programme nucléaire syrien. Six mois plus tard, le brigadier-général Yaakov Amidror, un des membres de ce trio, informe Olmert que des techniciens et ouvriers nord-coréens et iraniens travaillent désormais sur le site syrien en construction. Les services secrets israéliens découvrent également que l'Iran investit un milliard de dollars dans ce projet, et que Téhéran et Pyongyang prévoient de se servir de ces installations pour compléter et renforcer leur propre programme d'enrichissement d'uranium.

En juillet 2007, une explosion se produit à Musalmiya, dans le nord de la Syrie. L'Agence de presse syrienne SANA annonce que l'accident a causé la mort de 15 personnes et que 50 autres ont été blessés. La presse nationale indique juste que cette catastrophe a été causée par l'incendie de matières explosives. Le 26 septembre suivant, le journal Jane's Defense Weekly annonce que l'explosion s'est en fait produite lors du remplissage d'un missile Scud-C avec du gaz moutarde.

Un officiel du gouvernement américain annonce au journal ABC News qu'au début de l'été 2007, Israel a découvert une installation nucléaire non répertoriée par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) près de la ville de Deir ez-Zor, le "Complexe Al-Kibar", et que le Mossad tente d'introduire des agents infiltrés parmis les employés et les ouvriers du site. Ceux-ci seront chargés de prendre des photos de la cible à partir du sol. Deux mois avant le raid aérien final, Israel lance sur orbite terrestre un satellite d'observation Ofek-7 en position géo-synchronisé pour surveiller les activités sur le site syrien.

Dans la nuit du 15 août 2007, des commandos de reconnaissance Sayeret Matkal (Unité 269), baptisés "Shaldag 13", effectuent une incursion héliportée, avec deux CH-53D Super Stallion, sur le site suspecté d'être un réacteur nucléaire, et reviennent avec des matériaux et divers pièces du site, ainsi qu'avec des échantillons du sol et d'eau. Cette mission est un succès et les commandos rentrent à leur base sains et saufs, en ayant remplis tous leurs objectifs. Les analyses effectués sur les échantillons montrent qu'il s'agit bien d'une installation nucléaire. De plus, les pièces et matériaux confirment leur origine nord-coréenne. Dès lors, le gouvernement israélien prend la décision irrévocable de bombarder et de détruire cette installation. Les Etats-Unis soutiennent et approuvent cette décision. Bien que les forces armées américaines ne prennent pas part à l'opération, le gouvernement américain sera tenu informé des préparatifs et de l'exécution de la mission. Dans ses mémoires Decision Points, le président George W. Bush écrit que le Premier ministre israélien Ehud Olmert a demandé que l'aviation américaine bombarde le site, mais Bush a refusé, indiquant qu'il n'y avait pas encore de certitude absolue que la centrale d'Al-Kibar serve à un programme de développement d'armes nucléaires. Désormais, c'est à Israel d'intervenir militairement.

Les préparatifs de l'aviation israélienne ont débuté un mois auparavant, le 14 juillet, mais les officiels américains, dont alors partie la Secrétaire d'Etat Condoleazza Rice, préfèrent une condamnation publique, et demandent à Israel de retarder l'opération jusqu'à ce que l'affaire soit relatée dans le presse internationale. Le journal Sunday Times rapportera également après le raid, le 18 novembre, que le Ministre israélien de la Défense, Ehud Barack, était chargé personnellement de la préparation et de l'exécution de l'Opération Orchard.

Photos ci-dessous: F-16I Sufa du Squadron 69 "Hammer" prenant part à l'opération Orchard.

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Trois jours avant l'attaque, un navire cargo battant pavillon sud-coréen, mais identifié comme étant nord-coréen, chargé de caisses de matériaux officiellement cataloguées comme de la cimenterie, accoste dans le port syrien de Tartus. Gordon Thomas écrit que ce navire a rapidement déchargé sa cargaison, un agent du Mossad photographiant les manœuvres avec une caméra cachée. Les services de renseignement américain et israélien soupçonnent fortement ce navire de transporter en fait des matières nucléaires (uranium) destiné au programme nucléaire syrien. Dès lors les évènements vont se précipiter: Israel fixe définitivement l'horaire de l'attaque dans la nuit du 6 septembre 2007, un peu après minuit (heure locale). A Tartus, aussitôt après ce déchargement, le navire nord-coréen appareille et disparaît en Méditerrannée. Il réapparaitra le 25 avril 2008 dans l'océan Indien, battant pavillon comorien.

Les équipages israéliens prenant part à la mission sont personnellement sélectionnés et briefés par le général Eliezer Shkedy, le commandant en chef de l'Armée de l'air israélienne (Zroa HaAvir). Ils s'entraînent sur de petites cibles, sous un angle de plongée de 30 degrés. Durant les exercices, qui sont effectués dans le plus grand secret dans le désert du Néguev, ils utilisent des bombes à chutes libres avec du phosphore blanc fumigène, pour déterminer la précision de leur largage. Les aviateurs israéliens ignorent tout de la véritable nature de leur objectif, qui ne leur sera révélée que quelques heures avant le début de la mission. Durant le briefing final, l'après-midi du 5 septembre, Shkedy affirme que les systèmes de défense aérienne syriens seront brouillés et neutralisés par un RC-135 (B707) ELINT. L'opération s'effectuera de nuit, de manière à minimiser les pertes civiles.

Photo ci-dessous: F-15 Ra'am (F-15E Strike Eagle) du Squadron 69 "Hammer" prenant part à l'opération Orchard.

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Objectif.

CNN rapporte en premier, le jour même suivant l'attaque, que celle-ci a visé des installations et un camp d'entrainement du Hezbollah en Syrie. Une semaine plus tard, le Washington Post indique que les services de renseignement américain et israélien ont fourni des infos sur une installation nucléaire syrienne construite avec l'aide de la Corée du Nord, et que ce site était capable de produire des armes non-conventionnelles. Selon le Sunday Times, il s'agissait d'une cache de matériaux nucléaires provenant de Corée du Nord.

Le Vice-président syrien Fariq Al Shara annonce le 30 septembre qu'Israel a bombardé le "Centre Arabe pour l'Etude des Zones Désertiques et des Lacs Asséchés", mais le Centre lui-même réfute immédiatement cette déclaration. Le jour suivant, le président Bachar al-Asad décrit l'objectif comme "un complexe militaire vide toujours en construction", et ne fournit aucun autre détail sur la nature des installations de ce site.

Le 14 octobre 2007, le New York Times, citant des sources des services de renseignement militaire américain et israélien, écrit dans un article que l'objectif était un réacteur nucléaire en construction par des techniciens et ouvriers nord-coréens, et qu'une partie de ces personnes ont été tué lors du raid. Le 2 décembre, le Sunday Times, citant Uzi Even, un professeur de l'Université de Tel-Aviv et le fondateur du Centre de Recherche Nucléaire du Néguev, annonce que le site était destiné à la production du plutonium et à l'assemblage d'armes nucléaires. Toujours selon Even, les Syriens ont, après le raid, enterré le site sous une couche de terre, par peur des radiations.

Le 19 mars 2009, Hans Rühle, l'ancien responsable du comité d'état-major pour la Planification, au sein du Ministère allemand de la Défense, écrit dans le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung que l'Iran finançait la construction d'un réacteur nucléaire syrien. Rühle ne précise par la sources de ses informations. Il indique que les services de renseignement américain avaient détecté la livraison par navires de matériel et d'équipement nucléaire nord-coréen à la Syrie, dès 2002, et que la construction du réacteur d'Al-Kiber avait été détecté par les satellites américains en 2003. Il conclut que "le réacteur était de type nord-coréen, d'un modèle "Uranium naturel graphite gaz" (UNGG) et qu'"Israel estime que l'Iran a payé la Corée du Nord un montant entre 1 et 2 milliards de dollars pour ce projet". Il précise également que juste avant l'attaque aérienne, un navire cargo nord-coréen avait été intercepté et arraisonné par la marine israélienne en Méditerranée, avec à son bord du combustible nucléaire (uranium, plutonium).

Photo ci-dessous: le site du Complexe d'Al-Kiber, avant et après l'attaque israélienne du 6 septembre 2007.


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Phase du raid aérien.

La nuit précédente, l'équipe des forces spéciales désignée "Shaldag 13" est déposée à proximité par deux hélicoptères CH-53D Super Stallion, et prend position autour du site d'Al Kiber. Son objectif est de guider l'attaque aérienne en "illuminant" les cibles grâce à des désignateurs laser. Les Shaldags sont une unité d'élite spécialement entrainée pour mener des missions de sabotage et de renseignements à l'intérieur des lignes ennemies, c'est l'équivalent israélien des Navy SEALs de la marine américaine.

Photo ci-dessous: à l'instar de leur homologues Navy SEALs américains, les Shaldags 13 sont une unité d'élite des forces spéciales israéliennes, particulièrement entraînés pour mener des missions derrières les lignes ennemies.

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Le 5 septembre 2007, peu après 18h30, 10 chasseurs-bombardiers F-15I Ra'am (version israélienne du F-15E Strike Eagle) du Squadron 69 "Hammer", l'unité qui avait déjà détruit le réacteur Osirak en 1981, escortés par 4 F-16I Sufa de la même unité. Les F-15I et F-16I sont équipés de missiles guidés AGM-65 Maverick, de bombes guidées par laser (LGB) Mk83 Paveway de 1,000 lbs (454 kg) et de réservoirs de carburant auxiliaires. Ils sont soutenus par un avion de guerre électronique EC-135 ELINT, décollent de Ramat David, au sud-est d'Haifa. Trois des F-15I reçoivent l'ordre de faire demi-tour et de rentrer à leur base, les 7 autres poursuivant la mission. Pour éviter le gros des défenses anti-aériennes syriennes, le groupe survole la Méditerranée vers le nord, avant de tourner vers la droite et de longer la frontière turque.

A Tall al-Abuad, ils détruisent un radar syrien, avant de poursuivre au sud-est vers leur objectif. A 1h30 du matin, le 6 septembre, ils s'approchent des cibles et effectuent leur attaques en piquée sous un angle de 30 degrés. Tous les F-15I atteignent leurs cibles. Les bâtiments du complexe sont tous détruits. La mission est un succès complet.

Photo ci-dessous: réacteur nucléaire syrien d'Al-Kiber, près de la ville de Deir ez-Zor, photographié par un satellite israélien quelques semaines avant l'attaque.

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Le commando Shaldag plie bagages et est exfiltré sans difficultés particulières. Les 11 chasseurs retournent à leur base sans dommages, en survolant le territoire turc, où ils se débarrassent de leurs réservoirs auxiliaires. La mission est un succès complet.

Immédiatement après le bombardement, le Premier ministre israélien Ehud Olmert appelle son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, pour lui expliquer en détail la situation, et lui demander de relayer un message au président syrien Bachar al-Asad, lui annonçant qu'Israel ne tolèrera pas la construction d'un autre réacteur nucléaire, et que pour l'instant, Israel ne prévoit plus d'actions de représailles en Syrie. Israel cherche l'apaisement et la paix avec le gouvernement syrien.

Photos ci-dessous: 1° Plan de vol de la mission. 2° F-15I Ra'am (F-15E Strike Eagle) du Squadron 69 "Hammer" ayant pris part à l'opération Orchard.

english version - DER SPIEGEL 45/2009 Seite 118

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US Air Force - Lockheed Martin F-35 Lightning II


Le Lockheed Martin F-35 Lightning II est un chasseur multirôle furtif, monoplace et monomoteur, toujours en phase de tests et d'expérimentation à l'heure actuelle. La "Cinquième Génération" est conçue pour mener des missions d'attaques au sol, de reconnaissance et de défense aérienne. Le F-35 se décline en trois versions principales. Le F-35A, à décollage et atterrissage conventionnels, ou Conventional Take-Off and Landing (CTOL). Le F-35B, à décollage court et atterrissage vertical, ou Short Take-Off and Vertical Landing (STOVL). Et enfin le F-35C, destiné aux porte-avions de l'aéronavale américaine, et désigné Catapult Assisted Take-Off Barrier Arrested Recovery (CATOBAR).

Le F-35 est issu du prototype X-35, lequel est déclaré vainqueur du programme Joint Strike Fighter (JSF). Il est construit par la firme Lockheed Martin, mais plusieurs autres partenaires prennent également part à son développement, comme Northrop Grumman, Pratt & Whitney et BAE Systems. Le F-35 a effectué son premier vol expérimental le 15 décembre 2006. Il doit à terme former l'essentiel de la future puissance aérienne de l'US Air Force, de l'US Navy et de l'US Marine Corps au cours du 21ème siècle. Les Etats-Unis prévoient l'achat de 2,457 exemplaires de cet avion, les livraisons devant se poursuivre jusqu'en 2037.

Le développement du F-35 JSF est financé principalement par les Etats-Unis, mais en partie également par d'autres partenaires étrangers, comme le Royaume-Uni, l'Italie, l'Australie, le Canada, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et la Turquie. Et d'autres pays encore, comme Israel et le Japon, sont intéressés par l'acquisition de F-35.




Historique du développement.

1° Exigences et sélection du Programme JSF.

Le programme Joint Strike Fighter, ou JSF, est désigné pour trouver un successeur aux F-16 Fighting Falcon, A-10 Thunderbolt II, F/A-18 Hornet (excepté sa variante E/F Super Hornet) et AV-8B Harrier II. Pour rentabiliser et optimiser les coûts de développement, de production, d'entretiens et des opérations, une conception commune des trois variantes partage 80% de ses composants:
  • F-35A. Variante à décollage et atterrissage conventionnels, ou Conventional Take-Off and Landing (CTOL).
  • F-35B. Variante à décollage court et atterrissage vertical, ou Short Take-Off and Vertical Landing (STOVL).
  • F-35C. Variante "navalisée" destinée aux porte-avions de l'US Navy, ou Catapult Assisted Take-Off Barrier Arrested Recovery (CATOBAR).
George Standridge, vice-président des ventes et des affaires pour Lockheed Martin, et lui-même ancien pilote de l'US Navy sur F/A-18, prédit en 2006 que le F-35 sera quatre fois plus efficace que les chasseurs actuels en combat aérien, huit fois plus en mission d'attaque au sol, et trois fois plus en mission de reconnaissance ou de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD), qu'il possédera en outre un rayon d'action plus important et nécessitera moins de soutien logistique et de temps de maintenance et d'entretien. Les objectifs de sa conception sont que le Lightning II devienne le plus important et performant avion de chasse d'attaque au sol d'ici 2040.

Le contrat du JSF est signé le 16 novembre 1996, et le contrat pour le "Système de Démonstration et de Développement" (SDD) le 26 octobre 2001 par Lockheed Martin, après que son prototype X-35 ait battu son adversaire le Boeing X-32. Bien que les deux avions en lice présentent les mêmes caractéristiques et capacités, la conception du X-35 est considérée comme présentant moins de risque et un plus grand potentiel. La désignation du nouveau chasseur sélectionné devient par conséquent F-35.

Le développement du F-35 est inhabituel, en ce sens qu'aucune variante biplace d'entrainement ne voit le jour, les avancées technologiques dans les simulateurs de vol rendant ce besoin inutile. C'est le F-16 qui est utilisé pour l'entrainement avancé et pour assurer la transition entre le T-38 Talon II et le F-35. Le programme T-X a été mis en œuvre pour remplacer les T-38 dans le futur entrainement des pilotes de F-35, mais a par la suite été annulé en raison des restrictions budgétaires alloués à l'US Air Force.

Photos ci-dessous: les deux candidats du programme JSF en lice. 1° Prototype X-35C CTOL de Lockheed Martin en vol, lors des tests à partir d'Edwards AFB, en Californie, en 2001. 2° Boeing X-32B exposé au musée de l'air de l'US Navy de Patuxent River, en janvier 2006.




2° Phase de conception.

Se basant sur des essais en soufflerie, Lockheed Martin agrandi légèrement la cellule du F-35. La partie avant du fuselage est allongée de 130mm pour permettre l'installation de l'avionique. Pour contrebalancer cela et corriger la stabilité, les stabilisateurs horizontaux sont déplacés de 51mm vers l'arrière. La partie supérieure du fuselage est surelevée de 25mm le long de sa ligne médiane. En outre, il est décidé d'agrandir le volume de la soute interne du F-35B STOVL, pour être à l'identique de celle des deux autres variantes. La construction du premier prototype F-35 de présérie commence en novembre 2003.

Photo ci-dessous: les tests de soufflerie du F-35 sont menés au Arnold Engineering Development Center, sur la base d'Arnold AFB, dans le Tennessee.