Opération Overlord - Terrible bataille de Normandie

Avec le succès du débarquement allié le 6 juin 1944, commence la bataille de Normandie et la libération de la France, après quatre longues années d'occupation nazie. Mais cette bataille va malheureusement se révéler beaucoup plus longue, cruelle et coûteuse que les Alliés l'ont imaginé...



Renforcement des têtes de pont alliées (7-18 juin 1944).

Avec la réussite du débarquement de la veille, commence la terrible "Bataille de Normandie". Bien qu'ils aient réussi à prendre pied sur le sol normand, les Alliés n'ont atteint aucun de leurs objectifs fixés pour le Jour J. Leurs têtes de pont sont encore fragiles et les Allemands, d'abord surpris, n'ont pas tardé à réagir: la 21ème Division panzer a contre-attaqué dès l'après-midi du 6 juin et atteint la plage à Luc-sur-Mer aux environs de 20h, mais de peur d'être isolée, elle s'est ensuite retirée. Commence alors les opérations pour la consolidation et l'extension des têtes de pont, encore séparées entre-elles. Les jours à venir vont se révéler tout autant décisifs que le Jour J lui-même. Pour les Anglo-Américains, il s'agit de renforcer leurs forces et de faire débarquer le maximum de troupes et de matériel le plus rapidement possible, tout en retardant l'arrivée des renforts allemands vers le front normand.

Photo ci-dessous: des GIs traversent la Manche à bord d'un LCT, le 12 juin 1944. On remarque que plusieurs d'entre-eux porte les écussons de manche de la 101ème Division aéroportée.


Dans un rayon de 300km autour de la tête de pont alliée, la Wehrmacht dispose de vingt-sept divisions, dont quatre panzers, qu'elle peut engager dans la bataille en quelques jours, et bénéficie encore d'un incontestable avantage numérique. Réduits à se battre à un contre deux, les Alliés risquent fort, dans ces conditions, d'être brutalement rejetés à la mer. Mais l'action conjuguée et terriblement efficace de l'aviation alliée et de la Résistance française va brouiller les cartes.

Sur les routes, les convois allemands sont la proie des bombardiers légers, chasseurs et chasseurs-bombardiers alliés qui s'abattent impitoyablement sur eux, ne laissant que carcasses calcinées et cadavres après leur passage. Pour échapper au carnage, les Allemands sont rapidement contraints de se déplacer exclusivement la nuit. Mais celle-ci est propice aux actions de harcèlement des Résistants, qui retardent davantage encore l'arrivée des renforts ennemis vers la côte normande.

De son côté, la Résistance française entame l'opération Tortue. Elle retarde par tous les moyens, c'est-à-dire le sabotage ou la destruction des ponts, des routes, des voies ferrées, des gares et des carrefours, la progression des unités allemandes.

Dans les deux semaines qui suivent le Jour J, les Alliés débarquent de nouvelles troupes, au rythme journalier de 30,000 hommes, 7,000 véhicules et 30,000 tonnes d'approvisionnements. A l'abri des brise-lames appelés Gooseberries, mis en place devant chacune des cinq plages de débarquement en sabordant de vieux navires, des embarcations de tous genres et de toutes tailles se livrent à un incroyable ballet. En mer, de gros cargos déchargent du matériel sur des bacs métalliques, les Rhinos Ferries, ou des camions amphibies DUKW qui assurent les navettes jusqu'au littoral. D'autres navires, à fond plat, les Landing Ship Tank (LST) et Landing Ship Infantry (LSI), déposent directement leur chargement en hommes et véhicules directement sur les plages.

Pour encore augmenter ce rythme infernal, en face d'Arromanches et de Saint-Laurent-sur-Mer, les Alliés entament le montage de deux ports artificiels, les Mulberries. A Port-en-Bessin comme à Sainte-Honorine-des-Pertes, le dispositif Pipe-Line Under The Ocean (PLUTO) permettra bientôt, grâce à un système de pipelines flexibles et de stations de pompage, de transférer directement le carburant des pétroliers jusqu'aux dépôts aménagés à terre.

Photo ci-dessous: des paysans français déposent une gerbe de fleurs sur le corps d'un soldat américain tué pendant la Bataille de Carentan, le 10 juin 1944.


La brèche laissée ouverte entre Sword Beach et Juno Beach est fermée dès le 7 juin. Le lendemain 8 juin, à Port-en-Bessin, le contact est établi entre la 50ème Division britannique, débarquée sur Gold Beach, et la 1ère Division américaine, débarquée sur Omaha Beach. Les Britanniques s'enfoncent à l'intérieur des terres vers le sud jusqu'à Caumont-l'Eventé, à 30km de la côte. De l'autre côté de la tête de pont alliée, les V et VII Corps américains établissent leur jonction le 10 juin à Auville-sur-le-Vey et attaquent Carentan, un important noeud routier entre Omaha Beach et Utah Beach défendu par la 17ème Division de panzergrenadiers-SS. La ville tombe aux mains de la 101ème Division aéroportée le lendemain, le 11 juin 1944.

Vidéo ci-dessous: prise de Carentan, le 11 juin 1944, par la 101ème Division aéroportée, illustré dans l'épisode 3 de la série "Band of Brothers".



Le 13 juin 1944, une contre-attaque est menée par des élements de la 17ème Division de panzergrenadiers-SS et du 6ème Régiment de parachutistes allemands, l'objectif étant de reprendre Carentan au 506ème Régiment américain. Cet assaut est finalement brisé grâce à l'intervention de chars Sherman de la 2ème Division blindée, venant d'Isigny. Cet affrontement est connu sour l'appellation Gloody Gulch ("Ravin Sanglant"). (1)

Les Alliés contrôlent désormais une unique tête de pont homogène, large d'une centaine de kilomètres, allant de Quinéville, à l'ouest, jusqu'à la Dives, à l'est. Le 18 juin, 600,000 soldats et 100,000 véhicules alliés ont débarqué. Leur montée en puissance s'est révélée nettement plus rapide et plus souple que celle des Allemands.


(1) Voir la mini-série TV de Steven Spielberg et Tom Hanks Band of Brothers, en particulier l'épisode 3 Carentan.


A l'Ouest: bataille du Cotentin et prise de Cherbourg (7-30 juin 1944).

Pour les Alliés, le port de Cherbourg est un objectif stratégique essentiel à la réussite du plan Overlord. Il est en effet d'accueillir les navires et paquebots arrivant directement des Etats-Unis, chargés des hommes et des armes nécessaires à la reconquête de l'Europe.


Le 7 juin, la première offensive de la 4ème Division d'infanterie à partir de Utah Beach, en suivant la route nationale RN13, est bloquée par une défense allemande acharnée dans Montebourg. L'objectif de Joseph "Joe" Collins, commandant du VII Corps américain, est d'abord d'isoler les Allemands au nord de la péninsule. Son attaque est lancée là où l'ennemi ne l'attend pas, en direction de l'ouest, vers la côte occidentale du Cotentin. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, la 9ème Division d'infanterie atteint la côte ouest du Cotentin dans la région de Barneville. La péninsule est coupée en deux. Environ 40,000 soldats allemands du LXXXIV Korps se retrouvent pris au piège au nord.

Réorganisant ses troupes, Collins repart de l'avant vers le nord et Cherbourg. Progressant rapidement avec trois divisions de front. De gauche à droite, les 9ème, 4ème et 79ème Divisions d'infanterie. Il libère Bricquebec et Valognes, qui n'est plus qu'un morne et triste désert de gravats en raison des bombardements aériens alliés. Au cours de leur marche en avant, les Américains découvrent en outre un très grand nombre de rampes de lancement de V1 à Brix.

Le général Karl von Schlieben, commandant de la 709ème Division d'infanterie, assure le commandement des forces allemandes retranchées dans la "Forteresse Cherbourg", au total 21,000 hommes, mais une grande partie de ses effectifs sont composés de personnel non-combattants de la Kriegsmarine ou d'auxiliaires.

Le 21 juin 1944, le VII Corps butte sur les lignes de défenses extérieures allemandes de la ville. Sommé de se rendre, von Schlieben refuse et donne des ordres pour détruire de fond en comble toutes les installations portuaires.

Le 22 juin 1944, Collins lance un assaut général, mais l'avance est lente et meurtrière, face aux solides fortifications de la ligne de défense extérieure.

Photo ci-dessous: un blockhaus allemand constituant la ceinture de défense extérieure allemande autour de Cherbourg.


Le 23 juin 1944, cette ligne de défense extérieure est percée.

Photo ci-dessous: l'infanterie américaine progresse dans Cherbourg, au prix de terribles combats de rues.


Deux jours plus tard, le 25 juin 1944, les Américains s'engouffrent dans les rues de la ville, alors qu'au large, cuirassés et croiseurs de l'US Navy et de la Royal Navy entament des échanges d'artillerie avec les batteries côtières allemandes.

Photo ci-dessous: l'artillerie côtière allemande vise les cuirassés américains Texas et Arkansas, le 25 juin 1944.


Le 26 juin 1944, le Fort du Roule tombe. Karl von Schlieben, commandant de la 709ème Division et de la garnison de Cherbourg, et l'amiral Walter Hennecke, commandant maritime du secteur, capitulent. Les derniers soldats allemands retranchés dans l'Arsenal tiendront encore jusqu'au lendemain. Lorsqu'Adolf Hitler apprend la nouvelle de la capitulation de von Schlieben, il entre dans une fureur indescriptible.


Le 27 juin 1944, dans la ville, les cloches sonnent à toute volée. La population en liesse réserve à ses libérateurs un accueil d'autant plus enthousiaste que la ville a peu souffert des combats. Jusqu'alors, les GIs n'avaient traversé que des cités en ruines et à peu près désertes. Ici, l'atmosphère est tout autre et la fraternisation va bon train, autour de bonnes bouteilles. Des milliers de Cherbourgeois acclament les vainqueurs.

Malheureusement, les installations portuaires n'ont pas eu la même chance. Les bassins sont remplis de mines et d'épaves de bateaux sabordés, les rails arrachés, les grues renversées, les quais truffés de pièges, le pont tournant saboté. La gare maritime n'est plus qu'un amas de ruines. Sans désemparer des équipes de spécialistes se mettent aussitôt à l'ouvrage. Même s'il faudra attendre plusieurs mois encore avant que le port de Cherbourg ne redevienne totalement opérationnel, il pourra, dès la fin juillet, accueillir les premiers Liberty Ship en provenance des Etats-Unis.

Quelques jours plus tard, PLUTO remettra en fonction le terminal pétrolier de Querqueville et assurera le ravitaillement en carburant des Alliés depuis l'île de Wight.

La "Bataille du Cotentin" a coûté chère au VII Corps: 2,800 tués, 5,700 disparus et 13,500 blessés. Du côté allemand, la 7ème Armée du général Max Dollmann a perdu entre 7,000 et 8,000 tués ou disparus, et plus de 30,000 prisonniers capturés. Dollman, en apprenant ce désastre, meurt d'une crise cardiaque le 28 juin, juste avant qu'il soit informé qu'Hitler a ordonné une court martiale à son encontre pour la perte de Cherbourg.


Sur ce sujet, voir également:

- Battle of Cherbourg (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2169 "Prise de Cherbourg"



A l'Est: bataille pour Caen (7 juin - 18 juillet 1944).

Sur le flanc gauche des Alliés, à l'Est, dès le soir du 6 juin, les chars de la 21ème Division panzer, renforcés dans la nuit par ceux de la 12ème Division Panzer-SS Hitler Jugend, ont dressé devant Caen un barrage de feu et d'acier qui a stoppé net l'avance des Britanniques et l'espoir d'une rapide délivrance pour les milliers de civils qui n'ont pas fuit la cité après les premiers bombardements.

Le commandement allemand va engager là ses meilleures divisions, notamment l'essentiel de ses unités blindées, en particulier les division panzer-SS.

Britanniques et Canadiens sont cloués sur place dans les champs de blé autour de la ville. Caen deviendra le pivot de la bataille de Normandie.

Renonçant momentanément à un assaut frontal, jugé trop coûteux, le maréchal Bernard L. Montgomery lance l'opération Perch, une offensive pour tenter d'envelopper la ville par l'ouest et de la prendre à revers.

Le 9 juin 1944, ses troupes sont bloquées devant Tilly-sur-Seulles par la Division Panzer Lehr du général Fritz Bayerlein. Le bourg, réduit en ruines par les combats, finira par tomber une dizaine de jours plus tard aux mains des Anglo-Canadiens. Mais une nouvelle ligne de résistance allemande se reconstitue immédiatement quelques kilomètres plus au sud.

Photos ci-dessous: 1° Char Sherman du Régiment blindé des Royal Marines dans Tilly-sur-Seulles, le 13 juin 1944. 2° Camions et chenillettes Brent de la 7ème Division blindée anglaise détruits à Villers-Bocage, le même jour.



Montgomery engage alors en avant la 7ème Division blindée britannique, un peu plus à l'ouest, dans ce qui semble être un angle mort du front. Les fameux Rats du désert (Desert Rats), auréolés de leurs victoires en Afrique du Nord, sont sévèrement étrillés le 13 juin 1944 dans Villers-Bocage par un détachement de chars Tigre de l'Abteilung (Bataillon) 101, commandé par le SS-Hauptsturmführer (capitaine) Michael Wittmann, des mastodontes d'acier de 55 tonnes équipés d'un redoutable canon de 88mm.


Le 25 juin 1944, Montgomery lance une offensive de grand style en direction de l'Odon, entre Tilly-sur-Seulles et Caen, en vue d'encercler la ville par le sud-ouest. C'est l'opération Epsom. Il engage 90,000 hommes et 600 chars du VIII Corps britannique, commandé par le général Richard O'Connor. L'attaque vise à percer le front allemand entre Tilly-sur-Seulles et Caen, à isoler Caen par le sud-est et à capturer des ponts sur la rivière Odon. Cette partie du front est défendu par la 12ème Division Panzer-SS Hitlerjugend et la Division Panzer Lehr, toutes deux intégrées au 1er Panzerkorps SS.

La 49ème Division d'infanterie britannique attaque Fontenay-le-Pesnel, à 15km à l'ouest de Caen, mais la Panzer Lehr encaisse le choc et ne lache pas de terrain. Situation analogue à Rauray, au sud-ouest de Tilly-sur-Seulles, face à la Hitlerjugend, où de violents combats s'engagent pour le contrôle de cette localité.


La rivière Odon est franchie le 27 juin. Mais le lendemain l'avance des Britanniques est stoppée net par l'arrivée du II Panzerkorps-SS, avec les 9ème et 10ème Divisions panzers-SS Hohenstofen et Frundsberg, commandé par Paul Hauser et engagé dans le secteur de la cote 112, une modeste colline où des combats acharnés, aussi indécis que meurtriers, auront lieu pendant près d'un mois.

Le 30 juin 1944, Montgomery arrête les frais. La bataille de Caen paraît s'enliser. Les combats se transforment en guerre de position. De part et d'autre, les soldats s'enterrent au fond de tranchées. Les attaques succèdent aux contre-attaques, sans résultat tangible. L'ombre des hécatombes de 1914-1918 plane sur le front de Normandie.

L'opération Epsom a attiré autour de la ville de nombreuses divisions blindées allemandes. Le II Panzerkorps-SS, rameuté d'urgence d'Ukraine, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, auparavant stationnée en Belgique, et la 2ème Division panzer, d'Amiens.

Adolf Hitler refuse d'abandonner la capitale du Calvados et remplace la plupart de ses généraux à la tête des unités défendant le secteur environnant Caen. Von Kluge remplace von Rundstedt, limogé après avoir proposé de faire la paix avec les Alliés. Rommel reste toujours à la tête du Heeresgruppe (Groupe d'armée) B, mais Eberbach remplace Geyr von Schweppenburg, blessé, à la tête du Panzergruppe West.

La ville de Caen se retrouve encerclée au nord par les parachutistes de la 6ème Division aéroportée, en position depuis le Jour J, et à l'ouest par le VIII Corps britannique sur l'Odon.

Début juillet 1944, Montgomery revient au principe d'une attaque directe sur Caen. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, il déclenche l'opération Charnwood: dans le secteur de la 2ème Armée britannique, à l'est du dispositif allié, 283 Lancaster, 164 Halifax et 20 Mosquito du RAF Bomber Command déversent 2,500 tonnes de bombes sur Caen, en vue de l'offensive finale de la 3ème Division d'infanterie canadienne qui doit débuter le lendemain, détruisant les faubourgs nord et le centre de la ville.

Dans la zone d'opération du II Corps canadien, la 3ème Division d'infanterie canadienne attaque vers Buron, à 5km au nord-ouest de Caen. Solidement retranchés dans ce village, la Hitlerjugend résiste avec fermeté face aux troupes canadiennes qui progressent avec difficulté.

Le combat dure toute la journée, et les pertes d'un côté comme de l'autre sont impressionnantes. Le soir, Buron n'est toujours pas entièrement sous contrôle canadien. L'artillerie britannique prend le relais et pilonne les positions allemandes de la localité en fin de soirée.

La 3ème Division d'infanterie canadienne (II Corps canadien) déloge les SS de Buron et d'Authie. La 3ème Division d'infanterie britannique (I Corps britannique) brise les dernières résistances ennemies devant Lébisey. Le soir, les Allemands commencent à décrocher.

Le 8 juillet 1944 au matin, les Canadiens prennent Carpiquet, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Venoix, la Maladrerie et pénètrent enfin dans les ruines au nord de Caen. Plus à l'est, les Britanniques avancent péniblement dans les rues rendues méconnaissables par les bombardements effectués depuis le 6 juin.

Photos ci-dessous: 1° soldat britannique en couverture d'une section, dans Caen, 9 juillet 1944. 2° Deux chars Sherman et un canon anti-char de 6 pouces (57mm) dans le centre ville, 10 juillet 1944.



Mais la 12ème Division panzer SS Hitler Jugend et la 272ème Division d'infanterie, détachées de la 19ème Armée allemande et rameutée du sud de la France, se retranchent à la lisière sud de la ville, sur la rive droite de l'Orne, où elles tiendront encore une dizaine de jours encore avant qu'une nouvelle offensive britannique, l'opération Atlantic, ne les en déloge.

Le 18 juillet 1944, le II Corps canadien, guidé par les FFI, investit les quartiers de la rive droite de l'Orne. Caen est cette fois entièrement libérée. Mais l'ennemi est encore à ses portes.

L'opération Goodwood, lancée le même jour à l'est de la ville pour dégager l'entrée de la plaine, s'achèvera quelques jours plus tard par une "victoire" à la pyrrhus, malgré les énormes moyens engagés par les VIII Corps britannique et II Corps canadien.


Sur ce sujet, voir également:

- Battle for Caen (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2177 "A Caen, rien de nouveau"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2178 "L'échec d'Epsom"



Massacres de Tulles et Oradour-sur-Glane (9-10 juin 1944).

Le 7 juin 1944 la 2ème Division panzer-SS Das Reich quitte sa base de Montauban, au nord de Toulouse, dans le sud de la France. Commandée par le général Heinz Lammerding, elle doit rejoindre le front de Normandie, en détruisant, au passage, les éventuels maquis français rencontrés.

Ce même jour, à l'annonce de la réussite du débarquement allié, une unité de FFI libère Tulle, dans le département de Corèze (Limousin), occupé par une garnison du 95ème Régiment de Sécurité allemand et des miliciens français du Groupe Mobile de Réserve (GMR), et massacre plusieurs dizaines de prisonniers.

Le 8 juin 1944, avec l'aide de la Milice, les panzers-SS de Lammerding reprennent la ville. En représaille du massacre des prisonniers la veille, les SS et les miliciens arrêtent 600 habitants.

Le lendemain, le 9 juin 1944, 99 d'entre-eux sont pendus aux balcons et réverbères dans les rues de la ville, et 149 autres envoyés en déportation. Seuls 48 de ces derniers en reviendront.

Le 10 juin 1944, les panzers-SS poursuivent leur route sanglante vers le front normand. 50km plus loin, la 3ème Compagnie Diekmann du 1er Bataillon du 4ème Régiment de panzergrenadiers-SS Der Führer, fait son entrée dans Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne (Limousin), que les Allemands ont confondu avec Oradour-sur-Vayres, un autre village dans le même département.

Comme toutes les unités allemandes remontant vers le front normand, la Das Reich est constamment harcelée par des groupes de FFI (opération Tortue). Le Régiment Der Führer a reçu l'ordre d'Heinz Lammerding, le commandant de la division, de "faire un exemple", et a choisi de frapper à Oradour-sur-Vayres, où a été détectée une activité FFI. C'est l'Opération Oradour.

Le Sturmbannführer (major) Adolf Diekmann fait rassembler dans des granges 189 hommes adultes du village, dans l'église 240 femmes et 213 enfants. Une section mitraille les femmes et les enfants rassemblés dans l'église, puis met le feu à l'édifice. Il n'y aura qu'une seule survivante dans ce groupe: Marguerite Rouffanche. Simultanément, d'autres Panzergrenadiers-SS mitraillent les hommes, rassemblés dans les granges. Puis tout le village est incendié.

Sur les 642 otages, il n'y aura que seize survivants: Marguerite Rouffanche, Roger Godfrin, Armon Senon, Mathieu Borie, Daniel Senon, Clément Broussaudier, Joseph Beaubreuil, Robert Besson, Paul Doutre, Martial Machefer, Marcel Darthout, Robert Hébras, Hubert et André Désourteaux, Aimé Renaud et Maurice Beaubreuil.

Photo ci-dessous: Oradour-sur-Glane est aujourd'hui une commune de 2025 habitants. Transformé en monument du souvenir, le village d'origine n'a jamais été reconstruit.


Le 12 janvier 1953, dans le tribunal militaire de Bordeaux, s'ouvre le procès, très médiatisé pour l'époque, du massacre d'Oradour-sur-Glanes. Mais aucun officier de haut rang de la Das Reich n'est présent: seuls sept Allemands et treize Alsaciens, incorporés de force, tous des hommes de troupes, sont jugés pour crimes de guerre et condanmés.

Le procès prend fin le 12 février 1953. Les jugements sont prononcés après trente-deux heures de délibération du jury. Un Allemand est acquité, et deux autres condamnés à mort. Neuf Alsaciens écopent d'une peine de prison allant de 5 à 12 ans de travaux forcés. Les quatre autres Alsaciens et quatre Allemands, de 5 à 8 ans de prison. Ce jugement provoque un tollé général dans le tribunal.

Le 19 février 1953, une semaine plus tard, les treize Alsaciens sont amnistiés et relaxés par la Justice militaire. Les quatre Allemands, qui ont déjà effectué leur peine en attente du procès, ne tardent pas, selon la loi française, à être également libérés.

En 1954, les deux condamnations à mort sont commuées en peine de prison à perpétuité. Mais en 1958, ils seront tous deux libérés grâce au plan d'Amnistie générale du président de la République française. Au sommet de la hiérarchie, le général Heinz Lammerding, qui a donné l'ordre fatidique, meurt paisiblement à Dusseldorf en 1971 sans jamais avoir été inquiété par la justice française ou allemande.

Photo ci-dessous: le "Centre de la Mémoire d'Oradour", inauguré par Jacques Chirac en 1999.



Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2161 "la Das Reich ensuite"



Tirs des premiers V1 contre l'Angleterre (13 juin 1944).

Le 13 juin 1944, à partir de 3h30 du matin, les premiers V1, pour Vergeltungswaffen ("Armes de représaille"), sont lancés sur l'Angleterre, à partir de nombreuses rampes fixes, situées partout sur les côtes de la Manche.


La nouvelle arme, construite dans la base ultrasecrète de Peenemünde, est une bombe volante non pilotée, semblable à un petit avion, longue de 8m avec une envergure de 5.3m, un poids de 2,150kg, y compris une charge explosive d'Amatol pouvant aller jusqu'à 850kg. Lancé à partir d'une rampe légèrement inclinée, le V1 vole à une altitude d'environ 1,000m et à une vitesse maximale de près de 630km/h.

Sur les dix V1 lancés cette journée, quatre seulement atteignent le sol britannique, et un seul tombe sur Londres, tuant six personnes. Jusqu'au 6 septembre 1944, environ 8,000 V1 environ seront lancés contre l'Angleterre. Et plus tard, 1,200 autres, à partir de nouvelles rampes de lancement installées sur les côtes de la Mer du Nord.


Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2164 "Vergeltungswaffen"



Allocution mémorable de Charles de Gaulle à Bayeux et rôle de l'AMGOT (14 juin 1944).

Le 14 juin 1944, le général Charles de Gaulle débarque du destroyer français La Combattante et foule le sol métropolitain pour la première fois depuis le 17 juin 1940, à Graye-Courseulles.

Après avoir discuté avec le maréchal Bernard Montgomery à son PC de Creuilly, il défile à pied dans les rues de Bayeux, première grande ville libérée, prise intacte, et y prononce une célèbre allocution.

Avant d'évoquer la monnaie issue de l'AMGOT, il convient d'expliquer quel est le rôle de cet organisme. L'AMGOT est l'acronyme de Allied Military Government of Occupied Territories, en français "Gouvernement militaire allié pour les territoires occupés".

AMGOT est une unité spéciale d'officiers anglo-saxons, préalablement formée à l'administration des affaires civiles dans des écoles spécialisées, notamment à Charlottesville et à Yale. Ce groupe a donc pour mission d'assurer l'administration des territoires libérés ou occupés par ses forces armées, en Europe comme en Asie.

Selon les pays libérés, sa tâche sera plus ou moins aisée. Ainsi les difficultés sont moindres en Norvège, aux Pays-Bas, au Luxembourg ou en Belgique. Le Danemark et la France ont cependant refusé cette "administration militaire anglo-saxonne", arguant du fait que leurs gouvernements étaient légitimes mais prisonniers de la présence allemande sur leurs territoires.

En revanche, l'AMGOT a très bien fonctionné en Sicile et par extension dans toute l'Italie, en Belgique et aux Pays-Bas. Des officiers américains étaient désignés pour exercer les fonctions administratives des territoires libérés: maires, préfets, etc.

Une monnaie a été émise en principe pour chaque pays. Concernant le type de billet à fabriquer pour la France, l'inscription République française y est initialement prévue. Mais Roosevelt s'est insurgé du projet avec sarcasme: "Comment savez-vous quel type de gouvernement en France il y aura après la guerre? Peut-être sera-ce un empire ou encore une monarchie. Fidèle à mes principes, je ne veux en aucune façon indiquer le type de gouvernement qu'il y aura." En revanche figura sur ces billets la devise républicaine: Liberté, Egalité, Fraternité.


Ce sont donc ces billets, que de Gaulle qualifie de "fausse monnaie" et refuse avec énergie lorsqu'il débarque en France le 14 juin 1944! Il l'évoque d'ailleurs dans ses Mémoires de guerre: "Les troupes et les services qui s'apprêtent à débarquer sont munis d'une monnaie soi-disant française, fabriquée à l'étranger, que le Gouvernement de la République ne reconnaît absolument pas." Quoi qu'il en soit, cette monnaie débarque bien avec les soldats alliés le 6 juin 1944. La polémique sur la monnaie est alors déclenchée pour plusieurs semaines.

Le 8 juin 1944, le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) adresse une sévère mise en garde aux gouvernements américain et britannique, en précisant qu'"il ne reconnaît aucune valeur légale aux vignettes qui ont été mises en circulation sans son avis".

Malgré ces véhémentes protestations, les billets AMGOT seront utilisés dans les premières semaines de la Libération par la population normande, cependant avec une certaine méfiance.

François Coulet, premier Commissaire de la République, qui qualifie ces billets de "drôles de dollars décorés d'un drapeau tricolore", cite un exemple dans un rapport destiné au général Pierre Koenig, commandant des FFL, fin juin: "les contribuables adoptent une grande méfiance à l'égard de cette monnaie d'occupation et cherchent à s'en débarrasser à la première occasion, notamment en payant leurs impôts."

Ainsi sur les 130,000 Francs d'impôts encaissés par la recette-perception de Bayeux, 55,000 le furent avec des billets AMGOT! François Coulet propose aux banques locales d'accepter cette monnaie supplémentaire, sans la remettre en circulation. Puis il s'en émeut, le 9 juillet 1944, auprès de Montgoméry, qui s'exclame alors: "Qu'est-ce que c'est que cette histoire concernant les billets de banque que nous avons apportés? On me dit que la population n'en veut pas? Il faut qu'ils acceptent. Il faut les forcer. C'est du bon argent. C'est notre argent!"

Les Alliés utilisent ces billets, par exemple, pour dédommager les paysans pour leurs champs ou leur maison réquisitionnés, ou pour rétribuer les personnes embauchées comme "employé civil" par l'armée pour différents services. Les billets AMGOT circuleront en France jusqu'à la fin août 1944.


Sur ce sujet, voir également:

- Wikipedia (anglais): AMGOT

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2114 "Désentente cordiale"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2115 "AMGOT"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2116 "Allez! Faites la guerre avec votre fausse monnaie"



Début de la terrible "Bataille des Haies" dans le bocage normand (3 juillet 1944).

Début juillet 1944, à l'Ouest, les Américains entament la "Bataille des Haies" dans le bocage normand, qui va se révéler très pénible et meurtrière pour les Américains.

Après la prise de Cherbourg, à l'extrêmité nord de la péninsule du Cotentin, le commandant de la 1ère Armée américaine, le lieutenant-général Omar N. Bradley, ramène les divisions de Joe Collins vers le sud sur la ligne Carentan-Portbail, en vue de relancer son offensive, arrêtée le 13 juin, vers Saint-Lo et Coutances.


C'est maintenant le VIII Corps du lieutenant-général Troy Middleton qui est chargé de fournir l'effort principal. Les divisions de Middleton donnent l'assaut aux positions du LXXXIV Korps, commandé par le général Dietrich von Choltitz. L'Américain met en ligne, de droite à gauche, les 79ème, 8ème et 90ème Divisions d'infanterie.

Dans cette partie du front de Normandie, les Allemands ont reçu de substantiels renforts. Notamment le II Korps de parachutistes du général Eugen Meindl, les 1ère et 2ème Divisions panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler et Das Reich. Des unités expérimentées et très redoutables.

Après le limogeage du maréchal Gerd von Rundstedt la veille, le général Gunther von Kluge lui succède au poste de commandant en chef des forces allemandes sur le front occidental (OB-West).

L'attaque américaine, déclenchée le 3 juillet 1944 sous une pluie battante, piétine très vite. Au prix de combats sanglants et de lourdes pertes, la 8ème Division d'infanterie enleve la cote 131, au nord-est de La Haye-du-Puits, sur la route de Coutances.

Dans leurs plans, les stratèges alliés n'ont pas porté assez d'attention à la configuration particulière du bocage normand. La lourde machine de guerre américaine, mécanisée à outrance, s'adapte mal à ce labyrinthe de petits champs clos et de chemins creux et étroits, plus davantage propices à la guérilla et aux embuscades dans les taillis, les tireurs équipés d'armes antichars et les blindés camouflés des Panzer-SS vont faire un massacre et détruire comme à l'exercice les chars Sherman incapables de manoeuvrer pour se mettre à couvert. Le moral des soldats américains s'effondre.


L'appui d'ordinaire si décisif de l'artillerie et de l'aviation tactique est inefficace, compte-tenu de l'impossibilité d'identifier les positions adverses. La "guerre des haies" sera avant tout une bataille de fantassins dans laquelle le défenseur est en position de force. Plongés dans cet enfer, les combattants américains tombent par dizaines pour nettoyer une seule haie, en tout point semblable à celle qu'ils viennent de prendre, désespérément semblable à celles qu'il leur reste à conquérir.

En une semaine de combats, d'embuscades et d'escarmouches sanglantes, les Américains vont ainsi perdre 20,000 tués et blessés et 400 chars. 7,000 GIs hors de combat (tués et blessés) avant d'enlever la modeste bourgade de Sainteny, entre Carentan et Périers. 10,000 autres avant de conquérir la Haye-du-Puits. Encore 2,000 pour atteindre les abords de Lessay, distante de seulement 8km de leur point de départ.

Une progression de 8km en une semaine! Les pertes américaines arrivent au chiffre éffarant d'un homme perdu pour chaque mètre de terrain gagné! Certaines compagnies sont réduites à 10% de leurs effectifs initiaux. Elles seront encore plus terribles pour prendre Saint-Lo, âprement défendue par les parachutistes allemands qui tiennent les collines au nord de la ville.

Lorsqu'il pénètre dans la "Capitale des ruines", le 18 juillet 1944, derrière les avant-gardes de la 29ème Division d'infanterie, un correspondant de guerre évoque "la vallée de l'ombre de la mort".

"Nous progressons à une vitesse d'escargot", reconnaît Bradley, "l'Allemand nous fait payer un prix exorbitant les misérables mètres que nous pouvons gagner". Et un autre général américain d'ajouter: "Cette foutue guerre peut bien durer dix ans!"

Ce mois de juillet 1944 est incontestablement le plus difficile et le plus noir pour les Américains en France. Selon les prévisions, à J+60, ils devaient déjà avoir libéré la Bretagne et atteint la Loire. Or, à la fin du mois, ils peinent toujours sur la ligne Saint-Lo-Caen. En trois semaines de combats effroyables, le front américain n'aura progressé que de... 11km. Au prix de pertes terribles: 31,000 tués et blessés. A ce rythme, les Américains estiment qu'il leur faudra bien encore un mois avant d'atteindre Coutances.


Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2166 "Bataille des Haies"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2172 "Quinze haies au kilomètre"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2194 "le problème..."



Char Rhino: l'ingénieuse trouvaille de Curtis Culin (4 juillet 1944).

Le sergent Curtis Culin, du 102ème Escadron de cavalerie de la 2ème Division blindée, bricole et soude sur l'avant de son blindée un système de pieux metalliques, récupérés à partir des obstacles et des cheveaux de frise de Rommel sur les plages de débarquement, destiné à défoncer et passer à travers les haies du bocage normand.

Sa trouvaille, le char Sherman Hedgerow Cutter, surnommé Rhino, va rapidement faire le tour du front, et dans les semaines suivantes délivrer progressivement les unités blindées américaines de l'enfer du bocage et rendre Culin célèbre.

Photos ci-dessous: 1° Char Sherman Rhino britannique. 2° Le dispositif Culin dit Hedgerow Cutter ("Coupeur de Haies") est soudé à l'avant d'un char M5A2 Stuart, photo prise le 25 juillet 2010.




Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2195 "... la solution du problème"



Préparatifs de l'opération Cobra (13 juillet 1944).

Le 13 juillet 1944, l'état-major du général Omar Bradley approuve le plan d'opération Cobra. Plus d'un million de soldats alliés piétinent en Normandie et sont "hasphixiés" dans leur tête de pont. Le but de Cobra sera de permettre la rupture du front allemand, puis la percée vers Avranches et Pontaubault, la libération de la Bretagne, puis celle du reste de la France.


Le coup d'envoi est programmé pour l'aube du 24 juillet 1944. Y participeront toutes les divisions de la 1ère Armée américaine. Sur le front, le VIII Corps continue d'avancer lentement vers le sud et à marquer péniblement le pas dans le bocage.

Dans la zone d'opération du VII Corps, seule la 9ème Division d'infanterie progresse ce jour. Toute activité étant pratiquement suspendue sur le reste de la ligne de front. Le XIX Corps lutte toujours aprêment pour Saint-Lo.

Dans la zone d'opération du V Corps, la 5ème Division d'infanterie relève sur le front la 1ère Division d'infanterie. Cette dernière est envoyées au repos à Colombières, à une dizaine de kilomètres au sud-est d'Isigny, où elle attend sa mutation au sein du VII Corps. Les mauvaises conditions météorologiques et les pluies persistantes limitent fortement les sorties des bombardiers et chasseurs-bombardiers tactiques de la 9th Air Force.


Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2196 "la morsure du Cobra"



Prise de St Lo, "Capitale des Ruines" (18 juillet 1944).

Le 18 juillet 1944, le 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie du XIX Corps libère enfin Saint-Lo, surnommée la "Capitale des Ruines", détruite à 95%, après d'énormes sacrifices. La prise de la ville a coûté aux Américains, en deux semaines de combats sanglants, 11,500 tués et blessés. Depuis le 6 juin, les Alliés ont déversé sur la localité 28,000 tonnes de bombes et d'obus.


"Major of St.-Lo": en tête de ce régiment qui pénètre dans les ruines de la ville le premier, une jeep transporte sur son capot la dépouille du major Thomas Howie, commandant du 3ème bataillon tué la veille, recouvert de la bannière étoilée. Il avait juré quelques jours plus tôt qu'il serait le premier officier américain à entrer dans Saint Lo. Ses hommes ont tenu à respecter son serment.


Opération Goodwood (18-21 juillet 1944).

Le 18 juillet 1944, dans le secteur de la 2ème Armée britannique, à l'est du dispositif allié, le maréchal Bernard Montgomery, le commandant du XXIème Groupe d'armées alliées, déclenche l'opération Goodwood, une offensive dans la plaine au sud-sud-est de Caen.


L'offensive terrestre est précédée par un terrible bombardement aérien de trois heures: 2,500 bombardiers lourds, moyens, légers, et chasseurs-bombardiers du RAF Bomber Command et des 8th et 9th Air Forces américaines déversent 11,000 tonnes de bombes sur les positions allemandes, alors que l'artillerie de campagne de la 2ème Armée britannique tire près de 250,000 obus, dans une vaste région située entre la partie orientale de Caen et le village de Troarn, sur un corridor long d'environ quinze kilomètres et large d'environ quatre kilomètres.

A l'aube, 644 B-24 Liberator de la 8th Air Force bombardent les lignes avancées allemandes devant la 2ème Armée britannique, à Solier (249), Frenouville (146), Troarn (139), Hubert-la-Folie (23), ainsi que le centre de triage ferroviaire de Mezidon (12). Au total 5,000 tonnes de bombes. Ils sont suivis par 450 B-26 Marauder, B-25 Mitchell et A-20 Havoc de la 9th Air Force.

Pour finir, 667 Lancaster, 260 Halifax et 15 Mosquito du RAF Bomber Command larguent 6,000 tonnes de bombes à l'est de Caen, sur les positions des 21ème Division panzer et 15ème Feld Division de la Luftwaffe.

Selon l'idée Montgomery, Goodwood est une attaque de diversion des Britanniques, dans le but de fixer et d'attirer le maximum d'unités allemandes faisant face à la 1ère Armée, de manière à faciliter l'opération Cobra, programmée pour le 24 juillet.

L'attaque est confiée au VIII Corps britannique, composé des 3ème et 51ème Divisions d'infanterie, des 7ème et 11ème Divisions blindées et de la Division blindées des Guards, et au II Corps canadien, avec les 2ème et 3ème Divisions d'infanterie et la 4ème Division blindée canadiennes.

Les bombardement aériens alliés sont par endroits très dévastateurs. Les positions avancées allemandes autour de Colombelles sont complètement anéanties. Mais les Allemands se sont très bien préparés, ils ont organisé plusieurs lignes de défense en profondeur et camouflé très efficacement leurs blindés et l'artillerie antichars.

Photo ci-dessous: patrouille allemande devant l'usine metallurgique de Colombelles, juillet 1944.


Les Anglo-Canadiens ont en face d'eux des unités redoutables et très agueries: le I Panzerkorps-SS de Joseph "Sepp" Dietrich, avec les 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, 2ème Division panzer-SS Das Reich, 12ème Division panzer-SS Hitlerjugend, la 21ème Division panzer et la 272ème Division d'infanterie allemande, le 503ème Bataillon de Chars Lourds, équipés de Tigre Royal de 68 tonnes.

A 8h05, quand le VIII Corps britannique s'élance à partir de Bénouville, avec la 11ème Division blindée en tête, il ne rencontre tout d'abord aucune résistance, la première ligne allemande ayant été littéralement pulvérisée par l'aviation stratégique alliée. Mais rapidement, l'attaque s'enlise face à la seconde ligne de défense, aux blindés et à l'artillerie antichars allemande, très habilement camouflés et dissimulés.


Après de durs combats, il atteint la ligne Hubert-Folie-La Hogue-Cagny, au sud de Caen. Devant Cagny, la 7ème Division blindée et la Division blindée des Gardes se heurtent aux pièces de 88mm antiaériens de la Luftwaffe, transformées en canons antichars, qui détruisent de nombreux blindés britanniques.

De son côté, le II Corps canadien a pour objectif la traversée de l'Orne de part et d'autre de Caen, dans un large mouvement de prise en tenailles de la 272ème Division d'infanterie allemande, retranchée depuis une dizaine de jour dans la partie sud de Caen, sur la rive opposée de l'Orne. La 3ème Divison canadienne enlève Colombelles et Giberville, au nord-est de la ville. Après de furieux combats avec la 12ème Division panzer-SS Hitlerjugend et la 21ème Division panzer, la 2ème Division canadienne emporte Louvigny, au sud-ouest. Le soir, les Anglo-Canadiens ont perdu plus de 2,500 hommes et 170 chars, et n'ont progressé que de 7km.

Au crépuscule du 19 juillet 1944, les Allemands lancent des contre-attaques autour de Hubert-Follie pour tenter de reprendre le terrain perdu, mais ils subissent de lourdes pertes en raison de l'intervention des chasseurs-bombardiers Typhoon équipés de roquettes.

Le 21 juillet 1944, le commandant de la 2ème Armée britannique, le lieutenant-général Miles Dempsey, considérant que ses objectifs (attirer le maximum de forces allemandes) sont accomplis, au prix cependant de lourdes pertes en blindés (environ 300 chars perdus), il stoppe son offensive et ordonne à l'infanterie de sécuriser le terrain gagné.


Sur ce sujet, voir aussi:

- Operation Goodwood (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2180 "Goodwood"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2181 "Une nouvelle guerre d'attrition"



Opération Valkyrie: putsch manqué contre Adolf Hitler (20 juillet 1944).

A 12h42 précise, la Wolfsschanze ("Tanière du loup"), le Quartie-Général du Führer à Rastenburg, dans une foret de Prusse-Orientale, est secouée par une forte explosion.

Des flammes et de la fumée s'élèvent de la baraque en bois où, chaque jour, l'état-major allemand se réunit en sa présence. Au moment de l'explosion, la réunion n'a commencé que depuis douze minutes. Certains des personnes présentes sont projetés à l'extérieur par les fenêtres. Cris des blessés et appels au secours retentissent. Des corps jonchent le sol. Et Adolf Hitler?


Il est blessé très superficiellement, mais manifestement commotionné. Sa première réaction est: "Mon pantalon neuf!" A part son visage noirci, son pantalon en lambeaux et quelques égratignures, il n'a absolument rien, si bien qu'à 16h, il sera en état de recevoir la visite de Benito Mussolini, prévue pour 13h.

Il ne s'agit pas de considérer l'épisode comme un attentat ordinaire, mais de démasquer l'auteur, ou les auteurs, qui ne peuvent être bien loin et doivent sûrement être recherchés parmi les membres présents à la conférence.

En dehors des victimes, il manque à l'appel un jeune colonel de 37 ans, le comte Claus Schenk von Stauffenberg, que l'on croit d'abord hospitalisé avec les blessés.


C'est sur lui que vont se porter les premiers soupçons des enquêteurs, lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il a quitté la pièce où se tenait la réunion quelques minutes avant l'explosion. Leurs soupçons se transforment en certitude après le témoignage de certains officiers et soldats SS de garde à Rastenburg. L'auteur de l'attentat ne peut être que lui.

Qui est réellement ce colonel Claus Schenk von Stauffenberg? A-t-il agi seul ou est-il simplement l'exécutant d'une conspiration plus vaste destiné à éliminer Hitler?

Pour répondre, il nous faut revenir chronologiquement en arrière. Le 7 avril 1943, lorsque le colonel Claus von Stauffenberg, descendant d'une famille noble de l'Allemagne du Sud, est grièvement blessé en Tunisie en sautant avec sa voiture sur une mine. Il perd son oeil gauche et l'usage du bras droit, et est contraint à une longue convalescence durant laquelle il a tout loisir de méditer sur la situation militaire catastrophique de son pays, parvenant à des conclusions d'une extrême gravité.

"Je sens que je dois faire quelque chose pour sauver l'Allemagne", écrit-il à sa femme. Dans une autre lettre, il se montre encore plus explicite: "Même si l'entreprise est vouée à l'échec, il faut la tenter. L'essentiel est de prouver au monde et à l'histoire que le mouvement de Résistance allemande existe et qu'il a osé passer aux actes, au prix de sa vie."

Stauffenberg fait partie d'un groupe d'opposants qui se proposent d'éliminer le dictateur et de mettre fin à la guerre en sauvant ce qui peut encore être sauvé de l'Allemagne.

On trouve notamment parmi eux le général Ludwig Beck, le chef du groupe des conjurés, Karl Goedeler, ancien bourgmestre de Leipzig, Ulrich von Hassel, ancien ambassadeur allemand à Rome, le général Friedrich Olbricht, le maréchal Erwin von Witzleben, le général Hans Henning von Tresckow, chef d'état-major du Heeresgruppe Centre sur le front russe, le général Erich Fellgiebel, responsable des transmissions à Rastenburg, Friedrich Werner von der Schulenbourg, l'ancien ambassadeur allemand à Moscou, le pasteur Dietrich Bonhoeffer et le jésuite Alfred Delp, le social-démocrate Julius Leber, le comte Helmuth von Moltke, ainsi que d'autres jeunes descendants d'illustres maisons prussiennes.

Stauffenberg fait partie du dernier groupe, il est d'ailleurs lui-même arrière-petit-fils du comte August von Gneisenau, héros national allemand contre Napoléon Bonaparte. Erwin Rommel, l'ancien commandant du Heeresgruppe B, blessé sur le front de Normandie le 17 juillet, le maréchal Gunther von Kluge, son successeur, l'amiral Hans Wilhelm Canaris, le chef de l'Abwehr, les services secrets de l'armée allemande, font partie du complot, mais n'y prennent pas part activement.

Le général Fritz Fromm, chef des armées allemandes de l'Intérieur, comprenant l'armée territoriale et la garnison de Berlin, a quant à lui une position plus ambiguë dans cette affaire. La veille, dans l'après-midi du 19 juillet, von Stauffenberg a été convoqué par Hitler à Rastenburg pour participer, en qualité de chef d'état-major du général Fritz Fromm, à la réunion des principaux représentants militaires du Troisième Reich, dont le début était prévue pour le lendemain 20 juillet à 13h.

C'est l'occasion inespérée qu'attendait von Stauffenberg, et il en informe les autres conjurés. Le plan des conjurés, appelé opération Walkyrie, ne doit en principe pas échoué. Il est réglé dans ces moindres détails, et les alliances et complicités sont à toute épreuve.

Dans la matinée du 20 juillet 1944, von Stauffenberg s'envole de Rangsdorf, un des aérodromes de Berlin. Il emporte avec lui une serviette bourrée de documents, au milieu desquels est cachée une bombe confectionnée par le général Helmuth Stieff avec un explosif spécial d'origine britannique, muni d'un détonateur à retardement.

Peu après 10h, l'avion atterrit à Rastenburg. La réunion, avancée d'une demi-heure, car Hitler attend l'arrivée de Mussolini, commence donc à 12h30 précise.

A 12h34, von Stauffenberg franchit le périmètre de sécurité de la Wolfsschanze. A 12h36, von Stauffenberg pénètre dans la salle de réunion en même temps que le maréchal Wilhelm Keitel. Il vient de briser la capsule du détonateur, et d'ici six minutes, sauf imprévu, la bombe explosera.

Dans la salle, mesurant environ 9m sur 4.5m, Hitler et son état-major ont pris place autour d'une longue table ovale reposant sur deux socles massifs. Adolf Hitler est assis le dos tourné à la porte, sur le grand côté de la table. Il est entouré de vingt-deux officiers supérieurs appartenant aux trois armes et à la SS. A sa gauche se tient le maréchal Wilhelm Keitel, commandant supreme de la Wehrmacht (OKW).

Von Stauffenberg prend place à droite d'Hitler, entre le général Günther Korten, chef d'état-major de la Luftwaffe, et le colonel Heinz Brandt, chef des opérations de l'OKW. En s'asseyant, von Stauffenberg pose sa serviette sur le sol, à environ deux mètres des pied d'Hitler, non loin d'un socle sur lequel repose la partie droite de la table.

Lorsque von Stauffenberg s'assoit, à 12h37, le général Adolf Heusinger, chef d'état-major adjoint de la Wehrmacht, parle de la situation militaire sur le front soviétique, en se penchant fréquemment sur la carte géographique placée sur la table. Et les minutes s'écoulent inexorablement.

A 12h40, von Stauffenberg sort de la pièce sans être remarqué. Tous sont absorbés par le speech d'Heusinger. Heinz Brandt, qui semble particulièrement interessé, se penche sur la table pour mieux voir la carte, et heurte du pied la serviette de von Stauffenberg, puis se baisse et la pousse contre le bord extrême du socle droit.

C'est ce geste qui a probablement sauvé la vie de Hitler. Lorsque la bombe explose, à 12h42, von Stauffenberg se tient à 200m de là, voit la barraque de bois littéralement "souflé en l'air" et, convaincu que l'attentat a réussi, quitte les lieux. Profitant de la confusion, il passe devant devant le batiment en bois refranchit les posts de garde en sens inverse.

A 13h, convaincu d'avoir réussi sa mission, von Stauffenberg embarque dans son avion et redécolle pour Berlin, afin d'aller y recueillir les fruits de son geste. En vol, il ignore que l'attentat a échoué et, surtout, que le général Erich Fellgiebel, chef des transmissions de Rastenburg, n'a pas exécuter l'ordre qui lui avait été donné de transmettre aussitôt la nouvelle aux conjurés à Berlin, ni celui, encore plus important, de bloquer toute communication entre le quartier général de Hitler et la capitale.

Les conjurés, qui l'attendent sur l'aérodrome de Berlin, restent donc dans l'ignorance de tout, ne sachant que faire. Entretemps, le complot est découvert, et Himmler est déjà parti pour Berlin avec ordre de tuer dans l'oeuf toute révolte éventuelle.

Lorsque von Stauffenberg, croyant toujours au succès de l'attentat, atterrit à Berlin à 15h30, la nouvelle qu'Hitler en a réchappé est déjà parvenue aux commandants militaires suprême de la ville.

Friedrich Fromm, commandant en chef de l'Armée de l'Intérieur, qui n'avait souscrit que formellement au complot, apprenant qu'Hitler est toujours en vie, se précipite dans le bureau d'Olbricht, chef de la section approvisionnements de l'armée territoriale. Il y trouve von Stauffenberg, en train de téléphoner à tous les chefs militaires allemands en Europe, et lui déclare sans ambages qu'il doit se suicider. Pour toute réponse, von Stauffenberg et Olbricht l'arrêtent.

Le ministre allemand de la Propagande, Goebbels, n'a pas été dérangé dans son bureau de la Wilhelmstrasse. Le commandant de la garnison de Berlin, Karl von Hase (autre conjuré), ordonne au Wachtbataillon Grossdeutschland, commandé par Otto Ernst Remer, de protéger les conjurés et d'encercler les ministères allemands dans la capitale.

Mais Goebbels réussit à parler au téléphone avec Remer et à le mettre en communication directe avec Hitler. Le bataillon Grossdeutschland arrive à la Bendlersblock, où se trouve le QG des conjurés, et arrête les colonel Albrecht Mertz von Quirnheim et Claus von Stauffenberg, et le général Friedrich Olbright. Le général Ludwig Beck, qui a tenté de se suicider, est achevé.

A 0h15, dans la nuit du 20 au 21 juillet, Fromm, libéré entre-temps, pour se débarasser de ces témoins dangereux, les fait fusiller dans la cour de la Bendlersblock, à la lueur des phares d'un camoin. Mais en dépit de son "zèle expiatoire", il sera lui aussi exécuté. Jugés par des "tribunaux du peuple", 5,000 Allemands environ seront fusillés dans les mois à venir.

Parmi eux: le maréchal Erwin von Witzleben, les généraux Paul von Hase et Helmuth Stieff, ainsi que de nombreux autres officiers subalternes et haut fonctionnaires, d'anciens diplomates tels que Ulrich von Hassell et Friedrich Werner Graf von der Schulenburg, anciens ambassadeurs allemands à Rome et à Moscou, le conseiller de légation Adam von Trott zu Solz, des hommes politiques tel que Carl Friedrich Goerdeler, l'ancien ministre des Finances de Prusse Johannes Popitz, les sociaux-démocrates (SD) Wilhelm Leuschner et Julius Leber, les religieux Alfred Delp et Dietrich Bonhoeffer.

Soupçonnés d'avoir pris part à la conjuration, les maréchaux Günther von Kluge et Erwin Rommel seront poussés au suicide, respectivement les 18 août et 14 octobre. Les parodies de procès et les condamnations à mort se pousuivront jusqu'en avril 1945. Parmi les victimes, les généraux Eduard Wagner, Erich Fellgiebel, Hans Oster, et l'amiral Wilhelm Canaris. Henning von Tresckow se suicidera à la grenade dans un bois de Prusse-Orientale.

En revanche, comme leur procès n'auront pas le temps de se dérouler, le ministre de l'Agriculture Andreas Hermes et Schacht, l'avocat Berthold von Stauffenberg [le frère de Claus], et les généraux Franz Halder, Alexander von Falkenhausen et Hans Speidel, futur commandant suprême de l'OTAN, se tireront d'affaire.

Liste des conjurés du 20 juillet 1944.

Emplacement des personnes présentes dans la salle lors de l'attentat.


1. Adolf Hitler.
2. Maréchal Wilhelm Keitel.
3. Général Alfred Jodl.
4. Général Walter Warlimont.
5. Franz von Sonnleithner.
6. Major Herbert Buchs.
7. Stenographe Heinz Buchholz.
8. Hermann Fegelein.
9. Colonel Nikolaus von Below.
10. Contre-amiral Hans-Erich Voss.
11. Otto Gunsche.
12. Général Walter Scherff [blessé].
13. Général Ernst John von Freyend.
14. Capitaine Heinz Assman [blessé].
15. Stenographe Heinrich Berger [tué].
16. Contre-amiral Karl-Jesco von Puttkamer [blessé].
17. Général Walther Buhle.
18. Lieutenant-Colonel Heinrich Borgmann [blessé].
19. Général Rudolf Schmundt [tué].
20. Lieutenant-Colonel Heinz Waizenegger.
21. Général Karl Bodenschatz.
22. Colonel Heinz Brandt [tué].
23. Général Günther Korten [tué].
24. Colonel Claus von Stauffenberg.
25. Général Adolf Heusinger [blessé].


Sur ce sujet, voir également:

- Wikipedia (anglais): July 20 Plot

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2184 "l'Utopie"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2185 "Walkyrie"



Opération Cobra: la percée d'Avranches (25-31 juillet 1944).

Le 24 juillet 1944, dans le cadre des ultimes préparatifs de l'opération Cobra, le pilonnage intensif des positions allemandes commence par un bombardement de bombardiers lourds et moyens des 8th et 9th Air Force, sur la ligne de front alliée entre St-Lo et Coutances.

Malheureusement, vu la proximité des lignes de front, plusieurs bombes tombent trop court sur les positions de la 30ème Division d'infanterie (XIX Corps) et provoque une totale confusion. 150 soldats américains, dont le général Leslie J. McNair, chargé de coordonner l'offensive, sont tués, et plus de 340 autres blessés.

A la suite de cette bavure, le bombardement aérien est interrompu et reprendra le lendemain matin, et l'offensive terrestre est reportée dans la soirée du 25 juillet.

Le lendemain, 25 juillet, l'opération Cobra débute par un formidable bombardement aérien des positions allemandes: 1,600 B-17 Flying Fortress et B-24 Liberator de la 8th Air Force, accompagnés par 500 P-38 Lightning, P-51 Mustang et P-47 Thunderbolt, déversent en moins d'un quart d'heure 3,500 tonnes de bombes sur un front de 6km de large et 1.5km de profondeur, dans la zone Marigny-Saint-Gilles, à l'ouest de St-Lo, sur l'axe Périers-St-Lo, devant les positions de la 1ère Armée américaine. C'est le plus grand bombardement en tapis allié de la Seconde Guerre mondiale.


L'offensive terrestre du général Omar Bradley a pour but de réaliser une percée décisive dans le dispositif de la 7ème Armée allemande et de transformer la guerre de position en guerre de mouvement. Car depuis le 6 juin, 1.3 million de soldats alliés "étouffent" dans leur petite tête de pont normande. La Guerre des Haies, déclenchée le 3 juillet, a déjà coûté très chère aux Américains: 31,000 tués et blessés. Pour des résultats décevants ou quasi nuls: en trois semaines, ils n'ont avancé que de 11km. Bradley a devant lui des unités aguerries et redoutables: la 2ème Division panzer-SS Das Reich, la 17ème Division panzergrenadiers-SS Götz von Berlichingen, la Division Panzer Lehr, la 3ème Division de parachutistes, les 91ème, 243ème, 326ème, 352ème, 353ème et 343ème Divisions d'infanterie allemandes.

Photo ci-dessous: les généraux américains Omar Bradley (à gauche) et Joe Collins sur le front de Normandie, en juillet 1944.


La tragique méprise de la veille se reproduit de nouveau. 46 B-26 de la 9th Air Force larguent leurs bombes sur des positions des 9ème et 30ème Divisions d'infanterie, tuant 113 soldats américains en blessent 494 autres.

Une nouvelle fois, les GIs sont durement éprouvés. Mais cette fois, les Allemands n'ont pas été épargnés, bien au contraire. Si bien que Bradley décide de ne rien changer à l'horaire fixé. L'intensité des bombardements aériens américains est telle que la première ligne de défense allemande, en particulier celle de la Panzer Lehr, disparaît complètement cans ce mälstrom. Les rares survivants, ébétés et en état de choc, n'opposeront pratiquement aucune résistance.

La phase terrestre débute en fin d'après-midi. Bradley engage initialement six divisions: la 9ème Division d'infanterie, sur le flanc gauche de l'offensive américaine, doit se diriger vers le sud de Montreuil, repousser les contre-attaques des 2ème et 17ème Divisions panzers-SS. La 1ère Division d'infanterie attaquera en direction de Marigny, et poursuivra la 5ème Division de parachutistes allemands en fuite. La 3ème Division blindée se dirigera vers Cerisy-la-Salle. La 4ème Division d'infanterie vers Canisy. La 2ème Division blindée attaquera Saint-Gilles. Et la 30ème Division d'infanterie se dirigera vers le sud de Saint-Lo, attaquant la 352ème Division d'infanterie allemande.

A la tombée de ce premier jour, la pénétration maximale américaine ne dépasse pas 2.5km de profondeur, plus gênée par les destructions occasionnées par les bombardements aériens que par la résistance ennemie.

Le 26 juillet 1944, quatre divisions d'infanterie et une division blindée américaines supplémentaires passent à l'offensive: les 8ème, 79ème, 83ème et 90ème Divisons d'infanterie, et la 4ème Division blindée, du VIII Corps du lieutenant-général Troy Middleton. Ce qui fait maintenant un total de dix divisions américaines engagées. Le VIII Corps attaque suivant deux axes: les routes Lessay-Coutances et Périers-Coutances. En fin de matinée, la 8ème Division d'infanterie atteint la route Lessay-Périers, sur la côte ouest de la presqu'île du Cotentin. La 90ème Division d'infanterie établit une tête de pont au-delà de la Sèves.

Dans la zone d'opération du VII Corps, la 1ère Division d'infanterie s'empare de Marigny, défendue par la 2ème Division panzer-SS Das Reich et des éléments de la 353ème Division d'infanterie allemande. Dans celle du V Corps, à l'est de St-Lo, la 2ème Division blindée s'empare de Saint-Gilles et de Canisy.

Le 27 juillet 1944, le front allemand s'écroule désormais un peu partout. A l'extrémité ouest du dispositif américain, dans la zone d'opération du VIII Corps, la 79ème Division d'infanterie libère et dépasse Lessay. La 90ème Division d'infanterie occupe Périers et traverse la Taute. La 8ème Division d'infanterie pousse au sud entre les deux localités. Plus à l'est, le VII Corps progresse également vers le sud. La 1ère Division d'infanterie et la 3ème Division blindée refoulent la 2ème Division panzer-SS Das Reich et la 17ème Division panzergrenadiers-SS Götz von Berlichingen jusqu'à Camprond.

Le 28 juillet 1944, après avoir balayé la veille les lignes de défense allemandes, les Américains obtiennent enfin leur percée éclair tant attendu. Bradley dispose de deux nouvelles divisions incorporées au VIII Corps, les 4ème et 6ème Division blindées. Ce qui fait un total de douze divisions américaines engagées dans la bataille. A 17h, la 4ème Division blindée pénètre dans les faubourgs de Coutances.


Dans la zone d'opération du XIX Corps, à l'est de Saint-Lo, la 30ème Division d'infanterie atteint la rive orientale de la Vire. Des unités allemandes entières sont encerclées, notamment dans la poche de Roncey. D'autres se débandent.

Des B-26 Marauder et A-20 Havoc du IX Bomber Command de la 9th Air Force harcèlent toute la journée les troupes allemandes en retraite, visent des dépôts de carburant et de munitions, des colonnes de véhicules, ponts, carrefours dans la Foret de Conches, à Dreux et dans la région du Mans.

Le poids de presque deux mois de combats d'usure s'abat brutalement sur des soldats bousculés et démoralisés. Des milliers d'Allemands sont capturés, désarmés et le plus souvent laissés sur place, faute de moyens ou de temps pour les escorter vers l'arrière. Le général Dietrich von Choltitz, commandant du LXXXIV Korps, tente vainement de reconstituer de nouvelle positions de défense, la Weisse Linie ("Ligne Blanche"). Mais elles sont systématiquement détruites par l'aviation américaine, la plupart avant même d'avoir être consolidées, ou en cours d'édification. Plus rien désormais ne peut stopper le rouleau compresseur américain.

Le 29 juillet 1944, la 1ère Armée du général Omar Bradley passe à la vitesse supérieure. Elle a progressé de plus de treize kilomètres à l'intérieur des lignes allemandes depuis le déclenchement de Cobra, le 25 juillet.


Dans la zone d'opération du VII Corps, trois principaux axes d'assaut se distinguent. A l'ouest, la 3ème Division blindée libère Coutances et progresse en direction du sud de la ville, atteinte la veille au soir. Au centre et à l'est, la 2ème Division blindée progresse vers Saint-Denis-le-Gest et Villebaudon.

Dans la zone d'opération du VIII Corps, les 4ème et 6ème Divisions blindées poursuivent leur progression sur Avranches.

Dans la zone d'opération du XIX Corps, la 29ème Division d'infanterie gagne la région située à l'est de Percy. La 30ème Division, malgré le feu nourri des Allemands, continue d'avancer vers le sud sur la rive occidentale de la Vire.

Le V Corps approche à vive allure de Torigni-sur-Vire, au sud-est de Saint-Lo.

Toute la 7ème Armée allemande du SS-Obertsgruppenführer Paul Hausser, le sucesseur du général Friedrich Dollmann, bat maintenant en retraite désordonnée.

Le 30 juillet 1944, le VIII Corps américain poursuit sa percée. La 6ème Division blindée traverse Bréhal et contourne Granville sans s'arrêter. La 4ème Division blindée pénètre dans les faubourgs septentrionnaux d'Avranches, enlèvant les ponts sur la Sée. Le VII Corps approche rapidement de Villedieu-les-Poêles, sur la route entre Granville et Vire. Le XIX Corps subit de violente contre-attaques allemandes près de Percy.

Ce même jour, sur le flanc gauche américain, le VIII Corps britannique déclenche l'opération Bluecoat. Les Anglo-Canadiens attaquent vers Villers-Bocage et Vire, défendus par le 2ème Panzerkorps-SS du SS-Obergruppenführer Wilhelm "Willy" Bittrich. En fin de journée, ils atteignent La-Ferrière-Harang, au sud-est de St-Lo, La Morichèse-Les Mares et Les Loges, au sud de Caumont, Cahagnes et Briquessard.

Le soir, au sud de Caumont, la 21ème Division panzer et la 326ème Division d'infanterie allemande contre-attaquent face aux 15ème et 43ème divisions d'infanterie britanniques. De durs combats s'engagent mais les deux divisions britanniques encaissent le choc et résistent.

Le 31 juillet 1944, la 4ème Division blindée du VIII Corps avance vers le sud, traverse la Sélune et pénètre dans les faubourgs nords de Pontaubault, défendue par la 91ème Division d'infanterie allemande. L'objectif de l'opération Cobra est atteint: l'accès à la Bretagne. Le VII Corps se porte sur Brécey. Dans la région de Tessy-sur-Vire, les Allemands bloquent toujours l'avance du XIX Corps. En moins d'une semaine, les troupes de Bradley ont réalisé une percée de 60 kilomètres, au prix de 1,800 tués et blessés. Les Allemands ont perdu 3,200 tués, 27,000 blessés et 12,800 prisonniers. A cette date, depuis le Jour J, les pertes alliées s'élèvent à 12,2000 tués, blessés et disparus, contre 11,4000 tués et blessés, et 40,000 prisonniers du côté allemand.

Sur ce sujet, voir également:

- Operation Cobra (Wikipedia.org)

- Wikipedia (anglais): Operation Bluecoat

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2196 "La morsure du Cobra"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2197 "Prélude en mineur"



Percée fulgurante de George Patton en Bretagne (1er-7 août 1944).

Le 1er août 1944, les Américains réorganisent complètement leurs forces. La nouvelle 3ème Armée américaine est activée en Normandie. Le lieutenant général George S. Patton, Jr en prend le commandement. Activation également des XII Corps (Manton Eddy), XV Corps (Waddet Haislip) et XX Corps (Walton Walker). Et le VIII Corps (Troy Middleton) de la 1ère Armée américaine asse désormais sous l'autorité de Patton. Les divisions de Blood and Guts ("Sang et Tripes"), surnom de Patton depuis la campagne de Sicile en juillet 1943, vont donner une nouvelle et phénoménale impulsion à la bataille de Normandie. En moins de trois jours, sept divisions, plus de 150,000 Américains et 12,000 véhicules, vont déferler à travers l'étroit goulet ouvert au sud d'Avranches, avant de se déployer en éventail.


Le VIII Corps a infléchit sa course et avance désormais vers l'ouest et le sud-ouest, direction Brest et Lorient, le XX Corps vers le sud et la Loire, direction Nantes et Angers. Enfin, le XV Corps pivote vers le sud-est et l'est, direction Le Mans et Alençon.

Pendant ce temps, la 1ère Armée américainez progresse plus difficilement vers l'est, en remontant les vallées de la Sée et de la Sélune. Son offensive est coordonnée avec celle du VIII Corps britannique, qui attaque à partir de Caumont-l'Eventé, en direction du sud-est, puis pivotant vers l'ouest dans le cadre de l'opération Bluecoat. Le relief tourmenté du Bocage, ses routes étroites et tortueuses, savégétation épaisse, ralentissent l'avance des Alliés. Les Allemands ne reculent que lentement, disputant le terrain avec acharnement.

Le 2 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée, le VII Corps entre dans Percy, libère Villedieu, Saint-Hilaire-du-Harcouët, et progresse en direction de Mortain, où des éléments du 84ème Korps fortifient leurs positions. Sur son flanc gauche, le XIX Corps, parti de la région de Tessy-sur-Vire, progresse rapidement vers le sud-est. En Bretagne, dans le secteur du VIII Corps américain, la 6ème Division blindée libère le Mont-Saint-Michel et parvient aux portes de Dinan. La 4ème Division blindée pénètre dans les faubourgs de Rennes. Le XV Corps poursuit son avance en direction de la route Vire-Argentan.

La 2ème Armée britannique poursuit l'opération Bluecoat, face aux divisions allemandes situées entre Villers-Bocage, au nord-est, et Vire, au sud-est. De farouches combats ont lieu dans les environs de la Forêt du Homme et au sud-est de la Forêt-l'Evêque. Dans la zone d'opération du VIII Corps britannique, la 21ème Division panzer, épaulée par la 326ème Division d'infanterie allemande, contre-attaque vers le nord et l'ouest, face aux 15ème et 43ème Divisions d'infanterie et à la 11ème Division blindée britanniques, qui progressent vers le sud en direction de Vire.

Le II Panzerkorps-SS de Wilhelm Bittrich, avec les 9ème et 10ème Divisions panzer-SS Hohenstaufen et Frundsberg, livre de violents combats pour stopper la 11ème Division blindée anglaise, et malgré de sévères pertes infligées aux Britanniques, les panzers-SS sont obligés de se replier au Sud.

Photo ci-dessous: pour les Américains, après six semaines de combats acharnés, la bataille de Normandie a maintenant véritablement des allures de victoire.




Sur ce sujet, voir également:

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2198 "Le retour de Blood 'n Guts"



Leclerc et la 2ème Division blindée française (1er août 1944).

Le 1er août 1944, les premiers éléments de la 2ème Division blindée française, commandée par le général Phillipe Leclerc de Hauteclocque, débarquent à l'aube à Saint-Martin-de-Varreville, sur Utah Beach. Les "Frenchies" sont incorporés d'office au XV Corps (Waddet Haislip), qui vient juste d'être constituée, au sein de la nouvelle 3ème Armée du lieutenant-général George Patton.


Après son regroupement à La-Haye-du-Puits, les 2 et 3 août, la Division Leclerc reçoit l'ordre d'avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers le Mans. Elle connaîtra son baptême du feu à Granville le 10 août, et se distinguera par l'héroïsme et la détermination de ses hommes, surtout ceux des M10 Tanks Destroyers menés par des équipages du RBFM, le Régiment blindé des Fusiliers Marins, constitué à partir des équipages de la flotte française sabordée à Toulon, et des chars Sherman du Régiment de Marche du Tchad, avec des volontaires espagnols.

En principe, les blindés allemands surclassent tous les chars alliés. Mais les Sherman et les Tank Destroyer français vont bouleverser toute logique et se payer des Panther et Tiger les uns après les autres, à un rythme d'enfer. Profitant de la percée d'Avranches que la 1ère Armée US vient juste de réaliser, Leclerc s'ébranle vers Vitré et Chateau-Gonthier.

A la fin de la bataille de Normandie (31 août), la division française sera crédité d'un tableau de chasse impressionnant: 117 chars, 79 canons et 750 véhicules motorisés ennemis détruits, 4,500 Allemands tués et 8,800 prisonniers capturés. En contre-partie, elle aura perdu 76 chars, 7 canons, 27 half-tracks et 133 autres véhicules, 133 tués, 648 blessés et 85 disparus.

Sur ce sujet, voir également:

- 2nd French Armored Division (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2202 "Et pendant ce temps-là, de Gaulle..."



Opération Luttich: contre-offensive allemande à Mortain (7 août 1944).

Le matin du 7 août 1944, survient un véritable coup de tonnerre pour les Alliés. Les Allemands lancent de part et d'autre de Mortain une contre-attaque blindée d'envergure. C'est l'opération Luttich, montée de toutes pièces par Adolf Hitler, à Berlin, et décidée contre l'avis de tous ses chefs militaires sur le terrain.

L'objectif, défini par le Führer en personne, est de percer les lignes américaines pour atteindre la baie du Mont-Saint-Michel, à 30km de là, en cisaillant au passage le goulot d'Avranches. Selon lui, "coupées de leur ravitaillement, les troupes de Patton seront isolées et tomberont comme des fruits mûrs."

Pour ce faire, quatre divisions panzers ont été déplacées dans le plus grand secret, renforcées par de l'infanterie. Bénéficiant de l'effet de surprise et du brouillard matinal, les blindés allemands balaient les positions avancées américaines et avancent dans certains secteurs sur une dizaine de kilomètres.

Mortain, sévèrement bombardée dans la nuit précédente par la Luftwaffe, est momentanément reprise. La 30ème Division d'infanterie du XIX Corps reçoit le choc de plein fouet et doit refluer en désordre. Certaines de ses unités se retrouvent ainsi encerclées, comme le fameux 2ème Bataillon du 120ème Régiment, le Lost Battalion ("Bataillon Perdu"). Assiégé au sommet de la cote 314, une colline à l'est de la ville, le bataillon américain résistera héroïquement durant six jours aux assauts répétés de la 2ème Division Panzer-SS Das Reich. Dégagé le 13 août, il aura perdu 300 tués, sur un effectif initial d'environ 700 hommes.

Photo ci-dessous: sommet de la Colline 314 en 2009.


Plus au nord, la Das Reich attaque la 35ème Division d'infanterie et pénètre de quelques kilomètres dans le dispositif américain, avant d'être stoppé par les chars Sherman de la 3ème Division blindée.

Mais c'est la réaction de l'aviation tactique alliée qui sera vraiment déterminante dans cette bataille. Elle est presque immédiate et sera dévastatrice: en début d'après-midi du premier jour, le brouillard se lève enfin et la bataille change de visage. Les 9th Air Force américaine et 2nd Tactical Air Force britannique vont s'en donner à coeur joie. Des nuées de chasseurs-bombardiers P-38 Lightning, P-47 Thunderbolt, P-51 Mustang, Spitfire, Mosquito, Tempest et Typhoon fondent vague après vague sur les colonnes blindées allemandes, attaquant au canon et à la roquette. Les divisions allemandes sont clouées sur place, perdant plus de 150 chars en quelques heures.

Le soir du 7 août 1944, l'échec des Allemands est consommé. Hitler vient de jouer son dernier coup de dé en Normandie. Et il a perdu! Cette contre-attaque désastreuse à Mortain va précipiter l'écroulement du front allemand et la fin de la bataille de Normandie. Bradley et Montgomery ont en effet décidé d'exploiter sans retard la situation nouvelle et inespérée qui s'offrent à eux. Ils prendront au piège les divisions divisions imprudemment avancées vers l'ouest, par un large mouvement d'encerclement. La réduction de la poche de Falaise, deux semaines plus tard, vera l'anéantissement d'une vingtaine de divisions allemandes.

Photo ci-dessous: véhicules allemands détruits par l'aviation dans la région de Mortain.



Sur ce sujet, voir également:

- Operation Luttich (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2203 "Opération Luttich"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2204 "Prier le ciel"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2205 "De la théorie à la pratique"



Opération Totalize: offensive anglo-canadienne vers Falaise (8 août 1944).

Une semaine après l'opération Bluecoat de la 2ème Armée britannique, c'est maintenant au tour de la 1ère Armée canadienne du général Henri Crérar de déclencher une offensive foudroyante au sud et au sud-est de Caen, vers Falaise. 614 Lancaster, 392 Halifax et 13 Mosquito du RAF Bomber Command pilonnent préalablement la ligne de front allemande de part et d'autre de la route Caen-Falaise.

Le II Corps canadien, après cette puissante préparation aérienne, déclenche son attaque terrestre à partir de May-sur-Orne et Fontenay à l'ouest, et La Hogue et Secqueville à l'est, vers Falaise, qui est déjà l'objectif final de Bluecoat. Quatre divisions participent à l'attaque: 2ème Division d'infanterie et 4ème Division blindée canadiennes, 1ère Division blindée polonaise et 51ème Division d'infanterie britannique. La 2ème Division d'infanterie canadienne attaque à l'ouest de la route Caen-Falaise. La 51ème Division d'infanterie britannique, à l'est. Les deux divisions blindées interviendront ultérieurement, en second échelon, pour l'exploitation de la percée.


En fin de journée, les Anglo-Canadiens, plus gênés par la fumée des bombardements, les obstacles et les cratères de bombes que par la résistance allemande, ont progressé de près de 9km et atteint Saint-Aignan-de-Cramesnil. La 5ème Panzerarmee est bousculée et doit se replier vers le sud.


Sur ce sujet, voir également:

- Operation Luttich (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2203 "Opération Luttich"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2204 "Prier le ciel"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2205 "De la théorie à la pratique"



Elimination de la poche allemande de Falaise (14-21 août 1944).

La contre-attaque désastreuse de Mortain, le 7 août 1944, imposée par Adolf Hitler contre l'avis de ses généraux, va précipiter l'écroulement définitif du front allemand et la fin de la bataille de Normandie. Omar Bradley et Bernard Montgomery décidèreront d'exploiter sans retard cette situation inespérée.

L'Américain et l'Anglais comptent prendre au piège les divisions panzers allemande qui se sont imprudemment avancées vers l'ouest, par un large mouvement d'encerclement, à laquelle participeront quatre armées alliées: les 1ère et 3ème Armées américaines, la 1ère Armée canadienne et la 2ème Armée britannique.

Des instructions sont immédiatement données aux forces alliées des XIIème et XXIème Groupes d'armées alliées.


Le XV Corps de la 3ème Armée américaine, auquel est rattâchée la 2ème Division blindée française, après avoir libéré Le Mans le 9 août 1944, reçoit l'ordre de remonter rapidement vers le nord, direction Alençon avec en pointe, la Division Leclerc, débarquée sur Utah Beach le 1er aout.

Le 12 août 1944, les Français s'empare d'Alençon, avant de foncer plein nord vers Ecouché et Argentan.

Dans le secteur de la 1ère Armée américaine, à l'ouest, le VII Corps franchit la Sélune et se dirige au sud-est vers la Mayenne. Les V et XIX Corps assurent avec la 2ème Armée britannique la branche nord-ouest de l'étau et s'installent sur des positions à l'est de Tinchebray.

Au nord, entre l'Orne et la Dive, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, le II Corps constituera la mâchoire nord de l'étau. La 1ère Division blindée polonaise libèrera les ruines de la ville de Falaise le 17 aout 1944.

Le 14 août, les restes des 7ème Armée et 5ème Panzerarmee (Armée blindée) allemandes, soit une vingtaine de divisions et 200,000 soldats, se retrouvent menacée dans une poche de 60km sur 20km, délimitée par Falaise au nord, Tinchebray à l'ouest et Argentan au sud. Des unités allemandes refluent en désordre en essayant de se frayer un chemin vers la Seine, à l'est et au nord-est. Le commandement allemand s'efforce surtout de sauver ce qui reste de ses divisions panzer. Le gros de l'infanterie, dispersée dans le Bocage et livrée à elle-même, se précipite dans un désordre croissant vers l'étroit passage restant ouvert entre Argentan et Falaise qui s'amenuisera les jours suivants.


Le 16 août 1944, Adolf Hitler lui-même, devant la gravité de la situation, donnera l'ordre de repli général, d'ailleurs déjà largement entamé depuis 48 heures sur le terrain.

Le 17 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, la conquête de Falaise par la 2ème Division d'infanterie (II Corps canadien) réduit la largeur du couloir par où les restes des 5ème Panzerarmee (Armée blindée) et 7ème Armées allemandes tentent d'échapper à l'encerclement. La 1ère Division blindée polonaise livre de durs combats dans la région de Chambois.


Dans le secteur de la 1ère Armée américaine, la 2ème Division blindée française, restée dans la région au nord d'Ecouché et maintenant intégrée temporairement au V Corps du général Leonard T. Gerow, participe également à la liquidation de la poche allemande de Falaise, face à la 116ème Division panzer. Ce 17 août, le "Chaudron de Falaise" poche ne mesure plus que 32 kilomètres de long sur 16 kilomètres de large.

Sous la pression conjuguée des Américains et des Français de la 3ème Armée de Patton au sud, de la 2ème Armée britanniques à l'ouest, de la 1ère Armée canadienne et des Polonais au nord, l'étau se resserre inexorablement entre Argentan et Trun, où se déroulera le dernier acte de la tragédie. Les longues colonnes de véhicules et de blindés allemands sont bombardés de tous les côtés par l'artillerie et l'aviation tactique alliée, sans interruption, de jour et de nuit. Les Alliés pilonnent un ennemi pris au piège et désemparé. La retraite, peu à peu, se transforme en fuite éperdue dans le "Couloir de la mort", entre les villages de Chambois, Saint-Lambert, Trun et Tournai-sur-Dives, où des meutes de chasseurs-bombardiers P-47, P-51, Spitfire et Typhoon se livrent à un impitoyable carnage.

Et malgré cela, le piège tardant à se refermer en raison d'une série de mésententes entre alliés américains, anglais, canadiens, français et polonais, un tier des forces allemandes encerclées réussit à sortir du Chaudron, en abandonnant le matériel sur place. Günther von Kluge, suspecté d'avoir participé à l'opération Valkyrie et à l'attentat du 20 juillet contre Hitler, est limogé et remplacé par le maréchal Walter Model au commandant du Heeresgruppe (Groupe d'armées) B.

Le 18 août 1944, von Kluge se suicide. Dans une lettre adressée à Hitler, il a écrit: "Je ne sais si le maréchal Model sera en mesure de rétablir la situation. Je l'espère de tout mon coeur. Mais s'il en était autrement et si les nouvelles armes, en lesquelles tant d'espoirs sont mis, ne mènent pas au succès, alors, mon Führer, prends la décision de mettre fin à cette guerre. Le peuple allemand a souffert des maux si indicibles qu'il est temps maintenant d'en finir avec ces horreurs."

Le 19 août 1944, le XV Corps, venant d'Argentan au sud, et la 1ère Division blindée polonaise, venant de Trun au nord, font leur jonction dans Chambois. La poche allemande de Falaise est désormais totalement verouillée.

Dans le "Couloir de la mort", la 1ère Division blindée polonaise prend position sur la colline 262. L'artillerie et les chars polonais tirent sans relâche sur les colonnes allemandes qui tentent de traverser entre Trun et Chambois. L'aviation tactique alliée bombarde également les colonnes de véhicules et soldats allemands se repliant vers la Seine. Pour l'Armée allemande de Normandie, c'est désormais la déroute totale et la course éperdue salvatrice vers la Seine.

Dans le secteur de la 1ère Armée américaine, la 2ème Division blindée française libère Exmes, à l'est d'Argentan. La 3ème Armée américaine poursuit les Allemands en retraite vers la Seine, et atteint sa rive gauche, dans la soirée, à Rosny.

Le 20 août 1944, une contre-attaque allemande est effectuée par des éléments des 2ème et 9ème Division panzer-SS Das Reich et Hohenstoffen, venant de l'est, contre les positions polonaises sur la colline 262. Les Allemands parviennent temporairement à réouvrir le couloir, et en fin de soirée, 10,000 hommes supplémentaires parviennent à s'échapper du Chaudron.

Dans la nuit du 20 au 21 août 1941, la poche de Falaise est définitivement éliminée. Quelques unités survivantes des 2ème et 116ème Divisions panzers, et de la 10ème Division Panzer-SS Frundsberg parviennent encore à traverser la Dives à hauteur de Saint-Lambert, échappant ainsi à leur anéantissement. Ce seront les dernières. Elles parviendront à rejoindre la Seine, malgré les attaques aériennes continuelles des Alliés.

Près de 20,000 Allemands, sur les 150,000 encerclés, réussirent à s'échapper du Chaudron entre le 12 et le 21 août. Les 5ème Panzerarmee et 7ème Armée allemandes y laissent la presque-totalité de leur matériel: 344 chars, 2447 véhicules motorisés et 252 pièces d'artillerie abandonnés ou détruits. Les pertes humaines de la Wehrmacht sont difficiles à estimer avec précision: 10,000 à 15,000 tués, entre 45,000 et 50,000 prisonniers capturés, et environ 60,000 blessés.


Visitant le champ de bataille ou s'entassent, pêle-mêle, cadavres d'hommes ou d'animaux et débris de véhicules carbonisés, le général Dwight D. Eisenhower écrira: "C'est une des plus grandes tueries de la guerre".

Photos ci-dessous: 1° Soldats polonais inspectant les carcasses de véhicules allemands dans le "Couloir de la Mort". 2° Dwight Eisenhower devant la carcasse d'un char Panther retourné à Chambois.




Sur ce sujet, voir également:

- Falaise Pocket (Wikipedia.org)

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2206 "En tenaille"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2207 "Grenouillage"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2208 "Le massacre de Falaise"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2209 "Ici commence l'enfer"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2210 "Mortellement efficace"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2211 "Toute la misère du monde"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2212 "La retraite de Normandie"

- D'Iberville: Saviez-vous que..., 2213 "Un nouveau Stalingrad?"



Dernier acte: course à la Seine et calvaire du Havre (26 août - 12 septembre 1944).

Les troupes allemandes qui ont réussi à échapper au désastre de la "Poche de Falaise-Argentan" franchissent la Seine, harcelées de toutes parts par des détachements de FFI, bombardées par l'aviation et poursuivies par les Alliés.

Avançant rapidement dans l'Auge, la 2ème Armée britannique libère Lisieux le 25 août. La ville a été très éprouvée par les bombardements dans lesquels ont péri un millier de ses habitants.

Plus au nord, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, la Brigade belge Piron et la 6ème Division aéroportée longent la côte et libèrent Cabourg, Dives, Deauville, Trouville et enfin Honfleur. Le II Corps canadien parvient à Bernay.

Dans le secteur de la 1ère Armée américaine, le XIX Corps libère Evreux, Louviers et Elbeuf.

Coincés entre l'avance des Alliés et la Seine dont les ponts ont été détruits, les Allemands vont pourtant parvenir à s'échapper. La tentative alliée pour les enfermer dans une nouvelle poche n'aboutit pas. Les Allemands vont utilisés tous les moyens imaginables pour franchir le fleuve: des bacs, des radeau, des voitures amphibies, des barques, voire parfois à la nage. Au total, et d'après un rapport officiel britannique, les Allemands auraient réussi l'incroyable exploit de faire traverser la Seine à 240,000 hommes, 30,000 véhicules et un peu moins de 150 chars. Leurs pertes en matériel se seraient élevées à 4,000 véhicules et une cinquantaine de chars, détruits par l'aviation ou tout simplement tombés en panne d'essence. Cependant, parvenus sur l'autre rive, toute résistance leur est désormais devenue impossible et les débris d'une armée exsangue n'ont plus d'autre solution que de se replier rapidement, soit à travers le Nord de la France et la Belgique vers les frontières du Troisième Reich et la Ligne Siegfried, soit sur les rives de la Moselle, sans se retourner.

La garnison allemande du Havre, forte de 18,000 hommes, est restée sur place. Le général Eberhardt Wildermuth en assure le commandement et n'entend pas se rendre sans combattre. Il a fait de la ville un formidable camp retranché, hérissé de lourdes batteries d'artillerie et truffé de casemates de béton. La forteresse est protégée sur trois côtés par la mer, la Seine et une vallée inondée.

La seule voie d'accès, au nord, est protégée par un impressionnant système défensif, bien étalé en profondeur, avec notamment un gigantesque fossé antichar et des dizaines de milliers de mines.

Fonçant sans s'arrêter vers la frontière belge, qu'il atteindra le 1er septembre, le maréchal Bernard Montgomery a laissé le soin au I Corps britannique de la 1ère Armée canadienne la mission d'enlever la ville.

Le 3 septembre 1944, le général John Crocker, le commandant du I Corps, adresse un ultimatum à Wildermuth. Ultimatum repoussé. Wildermuth demande à la place deux jours d'arrêt des combats pour évacuer la population civile. Les Britanniques refusent. Comme l'assaut terrestre risque d'être meurtrier, "Bomber" Harris donne l'ordre au RAF Bomber Command de se tenir pret à intervenir. Les 60,000 Havrais terrés dans les caves vont vivre l'enfer.

Le 5 septembre 1944, entre 18h et 20h, une première vague de plus de trois cents Lancaster déversent 1,820 tonnes de bombes explosives, dont des Tallboy de 5,500kg, et 60 tonnes de bombes incendiaires sur la zone portuaire et les fortifications allemandes dans et autour de la ville.

Le 6 septembre 1944, entre 18h et 19h30, une seconde vague similaire larguent 1,500 tonnes de bombes supplémentaires.

Le 7, 8 et 9 septembre 1944, des navires de la Royal Navy entament des bombardements d'artillerie navale. L'artillerie de campagne britannique se joint à la curée et pilonne sans relâche les quartiers de la banlieue.

Le 8 septembre 1944, un troisième raid de Lancaster avorte en raison de mauvaises conditions météos, et seuls une centaine d'entre-eux localisent leur objectif.

Le 9 septembre 1944, situation analogue pour 230 Halifax et 22 Lancaster.

Le 10 septembre 1944, c'est le coup de grâce: 521 Lancaster et 426 Halifax déversent 4,720 tonnes de bombes.

Le 10 septembre au soir, à 17h15, après un foudroyant pilonnage d'artillerie terrestre, le I Corps entame l'opération Astonia, l'offensive terrestre finale. Précédés par lesz chars spéciaux Fléaux et Crocodiles, deux divisions d'infanterie et trois brigades blindées britanniques donnent l'assaut.

Cette attaque restera légendaire par sa précision et sa rapidité. Les Fléaux, équipés de rouleaux de chaines fixés sur un tambour rotatif monté sur des bras articulés à l'avant, ouvrent des brèches dans les champs de mines. Les chars lance-flammes Crocodiles éliminent un par un les points d'appui allemands qui ont survécu au bombardement aérien dévastateur de la Royal Air Force.

Le 11 septembre 1944, 105 Halifax et 103 Lancaster effectuent le dernier raid aérien sur les ruines de la ville.

Le 12 septembre 1944, à 11h30, la garnison allemande capitule. Le I Corps britannique fait 12,000 prisonniers. Le Havre est libéré, mais à quel prix... 85% de la ville sont rasés! Le port n'est plus qu'un amas de ruines, encombré par 320 épaves sur les quais, dans les cales de radoub, dans les bassins et chénaux.

Du 4 au 11 septembre, le RAF Bomber Command, l'aviation stratégique britannique, a largué au total 11,000 tonnes de bombes sur la ville et sa périphérie, détruit ou endommagé 12,500 batiments ou immeubles, tué 2,200 Havrais. 31,000 autres habitants se retrouvent sans abris. La quasi-totalité du patrimoine historique anéantie.

Un soldat britannique écrira à sa famille: "Vous ne me croirez pas! La ville n'a plus qu'un mètre de haut!". "Ce n'est pas la guerre, c'est un meurtre", commente pour sa part le général John Crocker, responsable de l'assaut terrestre.

Photo ci-dessous: le Havre en 2005.



Bilan de la Bataille de Normandie.

La terrible bataille de Normandie se conclue par la libération du Havre et de Paris (dont je traite plus spécifiquement dans un article séparé), et la désastreuse retraite allemande au-delà de la Seine. Episode qui voit la Wehrmacht abandonné la quasi-totalité (exceptées quelques rares unités chanceuses) de son matériel lourd sur la rive gauche du fleuve.

Du Jour J au 21 août, les Alliés ont fait débarquer un peu plus de deux millions d'hommes dans le nord de la France. Au cours de cette campagne, les pertes alliées s'élèvent à 209,672 soldats hors-de-combat, soit 10% des effectifs terrestres engagés: 36,976 tués, 153,475 blessés et 19,221 disparus. Du côté américain, 125,847 pertes (20,838 tués, 94,881 blessés et 10,128 disparus). Du côté anglo-canadien, 83,825 pertes (16,138 tués, 58,594 blessés et 9,093 disparus). A cela viennent s'ajouter 4,101 avions détruits et 16,714 aviateurs tués ou disparus en opérations. 81 Français Libres enrôlés dans diverses unités britanniques ou américaines ont été tué du 6 juin à la fin août, et 195 autres blessés. Il n'existe aucune statistiques précises sur le nombre de chars alliés détruits, mais les estimations tournent autour de 4,000 blindés perdus, dont 2,000 chars Sherman ou Stuart américains.

Photos ci-dessous: 1° Cimetierre canadien de Beny-sur-Mer, près de Caen (septembre 2006). 2° Cimetierre américain de Colleville-sur-Mer, surplombant Omaha Beach.



Entre 13,632 et 19,890 civils et résistants français, suivant différentes sources, ont péri sous les bombardements alliés ou dans les combats. Pour sa part, le Centre d'information de l'Université de Caen établit le nombre de victime civiles française à 13,632 tués, dont 7,557 originaire du Calvados. A cela viennent s'ajouter entre 11,000 et 19,000 Normands tués dans les bombardements préliminaires alliés, au cours des quatre mois précédant le déclenchement d'Overlord. Des villes martyrs comme Saint-Lo, Coutances, Avranches et Caen ont été réduites en un tas de ruines. A la fin de la campagne de Normandie, le bilan total de victimes de guerre civiles françaises s'élève à environ 125,000 personnes, dont 76,000 sans-abris.

Du côté allemand, les pertes allemandes du 6 juin au 14 août s'élèvent à 158,930 tués, blessés, prisonniers ou disparus. A ce bilan viennent s'ajouter 100,000 pertes supplémentaires, enregistrées au cours de la réduction de la poche de Falaise: entre 10,000 et 15,000 tués, 40,000 et 50,000 prisonniers, et 60,000 blessés, entre le 14 et le 21 août 1944. Du Jour-J au 31 juillet, les pertes matérielles de la Wehrmacht s'élèvent à 481 chars perdus, d'après le Haut-Commandement OKW. Sur les 2,300 chars et canons d'assaut automoteurs allemands présents en Normandie à la veille du Jour-J, seuls 100 à 120 arrivent à retraverser la Seine, trois mois plus tard.


Aujourd'hui, les plaques commémoratives, les mémoriaux et les cimetierres militaires sont très nombreux. Certains endroits, théâtres de durs combats, comme par exemples La Pointe du Hoc, Sainte-Mère-Eglise ou Pegasus Bridge, ont été réaménagé en musées.

Photo ci-dessous: la Pointe du Hoc aujourd'hui.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La Bataille de Normandie.

La bataille de Normandie est l'une des grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre européen. Elle commence par l'Opération Overlord dont la première action est l'opération Neptune, c'est-à-dire le débarquement proprement dit des Alliés en Normandie le 6 juin 1944 (également appelé D-Day ou Jour J). Trois divisions aéroportées (deux américaines et une britannique) sont parachutées à chaque extrémité du secteur d'assaut, entre minuit et deux heures du matin. A l'aube, elles sont suivies par six autres divisions (trois américaines, deux britanniques et une canadienne) qui débarquent sur cinq plages désignées par les noms de code Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword, soutenues par une totale maîtrise de l'espace aérien et un puissant appui de l'artillerie navale, pour briser le "Mur de l'Atlantique". La bataille de Normandie se termine le 21 août par la fermeture de la poche de Falaise, ouvrant la voie à la Libération de Paris le 25 août.













Article modifié le 7 mai 2016.


Sources principales:
Saviez-vous que... (Blog D'Iberville)
D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie
Operation Overlord (Wikipedia.org)

1 comment:

flavien celerier said...

"Le 10 juin 1944, les panzers-SS poursuivent leur route sanglante vers le front normand. 50km plus loin, la 3ème Compagnie Diekmann du 1er Bataillon du 4ème Régiment de panzergrenadiers-SS Der Führer, fait son entrée dans Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne (Limousin), que les Allemands ont confondu avec Oradour-sur-Vayres, un autre village dans le même département."

Non, ils n'ont rien confondu du tout. Ce n'est qu'une rumeur balancée par les habitants d'Oradour sur Vayres quelques mois/années après l'évènement.

Les SS étaient très bien renseignés par la milice et par le Kommandatur de Limoges, il n'y a aucune raison qu'ils confondent les deux Oradours. Ce serait les prendre pour des idiots.

Pour source, je citerai principal l'excellent "arrêt sur la mémoire" de l'historienne américaine Sarah Farmer... mais aussi mon expérience professionnelle puisque j'ai travaillé au centre de la mémoire d'oradour pendant un an et demi.

Je ne vous tiens pas rigueur de ce genre d'erreur. La mémoire est une plaie pour l'historien !