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24-27 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: Marche et Rochefort, crise alliée devant la Meuse

Le 17 décembre 1944, Dwight Eisenhower donne l'ordre au lieutenant-général John C. Lee, commandant des services d'approvisionnement alliés, de défendre les ponts sur la Meuse entre Liège et Sedan. Pour accomplir sa tâche, ce dernier ne disposent que du 29ème Régiment d'infanterie indépendant et divers autres unités du génie pontonnier. Mais le 21 décembre, les divisions du VII Corps américain et du XXX Corps britannique commencent à arriver sur zone et se déploient entre la Meuse et la Salm.



Déploiement des VII Corps américain et XXX Corps britannique devant la Meuse.

Les premiers jours de l'opération Wacht am Rhein, plusieurs généraux américains, en particulier Troy Middleton, commandant du VIII Corps, craignent que l'axe d'attaque des Allemands ne pivote au sud vers Sedan puis Paris. Après avoir pulvérisé la 28ème Division d'infanterie et contourné Bastogne, la 5ème Panzerarmee se retrouve devant un front dégarni d'une cinquantaine de kilomètres de large, entre Neufchateau et Dinant. Les Alliés espèrent combler ce "vide" avec la 11ème Division blindée et la 17ème Division aéroportée, qu'Eisenhower, le 18 décembre, à ordonner de déplacer de Grande-Bretagne vers les Ardennes. Mais celles-ci ne seront pas disponibles avant plusieurs jours.

Par conséquent, le lieutenant-général John C. Lee, l'adjoint d'Eisenhower au SHAEF et commandant des services d'approvisionement alliés, ordonne au 29ème Régiment d'infanterie américain de couvrir les ponts sur la Meuse entre Liège et Sedan. A partir du 18 décembre 1944, ce régiment, une unité non-endivisionnée dépendante du VII Corps, envoie de petits groupes à tous les ponts et un peloton radio près à Jemelle, près de Marche, avec ordre de défendre la station radio contre des parachutistes ou des saboteurs de Skorzeny. Si ce peloton est menacé par une attaque allemande d'envergure, ordre lui est donné de détruire son matériel avant de se replier.

Le 20 décembre 1944, Eisenhower confie au maréchal britannique Bernard Montgomery les forces américaines sur le front nord du saillant allemand. La veille déjà, avant même de recevoir ce commandement, Montgomery a donné l'ordre au XXX Corps britannique, commandé par le lieutenant-général Brian G. Horrocks, cantonné en Hollande, de se déployer sur les rives de la Meuse entre Liège et Givet. La 29ème Brigade blindée, formée de trois régiments équivalent chacun à un bataillon américain, est chargé de défendre les ponts entre Givet et Huy.

Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1944, le 23ème Régiment de Hussards est en position à Givet, le 3ème Régiment Royal de Chars à Dinant et le 2ème Régiment de cavalerie Five and Forfar Yeomanry à Namur. Des patrouilles d'une autre unité britannique, le 2ème Régiment de cavalerie Houselhold, franchissent le fleuve et tâtent le terrain vers l'est jusqu'au carrefour de Marche. Le déploiement de ces unités du XXX Corps britannique relèvent le gros du 29ème Régiment d'infanterie américain, qui peut désormais faire mouvement vers Liège pour y garder les ponts et défendre les dépôts d'approvisionnement.

Grâce à ses dispositions de Montgomery, les chances des Allemands de s'emparer d'un pont sur la Meuse par surprise baissent considérablement. Néammoins, il reste la possibilité réelle que les blindés allemands d'Hasso von Manteuffel atteignent et franchissent la Meuse en force.



Défense de Marche (21-24 décembre 1944).

Le matin du 21 décembre 1944, le brigadier-général Alexander R. Bolling, commandant la 84ème Division d'infanterie, ayant établit son QG à Marche, apprend l'attaque allemande contre Hotton, sur l'Ourthe. S'étant entretenu avec le lieutenant-colonel Harvey R. Fraser, commandant du 51ème Bataillon du génie de combat, il sait que seuls les sapeurs américains se trouvent encore entre Marche et les Allemands. Bolling décide donc d'installer son régiment de tête en un arc de cercle pour défendre la ville. Au même moment, Collins arrive au QG de la 1ère Armée à Chauffontaine, et s'entretient avec Courtney Hodges. Il apprend au cours de cette réunion qu'elle est sa mission et les forces qui sont assignées à son VII Corps. La grande question que se posent les deux généraux est de savoir si, en se rassemblant aussi loin à l'est de Marche, les troupes de Collins ne risquent pas de se retrouver impliquées prématurément dans la bataille. Il en discutent encore, lorsque vers 11h, Bolling leur téléphone, pour leur indiquer qu'il pourrait bien être impliqué dans une bataille défensive pour Marche, et leur demander s'il doit se replier et attendre le reste de sa division, ou rester sur place et tenir la ville?

Hodges lui répond: "Oui, tenez bon!"

Dans la soirée du 21 décembre 1944, quand le reste de la 84ème Division d'infanterie arrive à Marche, Bolling réorganise sa défense en formant un front tenu par deux régiments et en gardant le troisième en réserve, à l'ouest de la ville. Le 334ème Régiment s'enterre devant la grand-route Marche-Hotton, tandis que la 335ème Régiment est chargé de se défendre à l'est et incurve son front vers l'arrière pour protéger le flanc sud-est de la division, laissé à découvert.

Le matin du 22 décembre 1944, des patrouilles motorisées de la 84ème Division d'infanterie cherchent le contact avec l'ennemi. Collins discute de nouveau avec Hodges, le premier craignant que les Allemands ne pénètrent dans le secteur non défendu, au sud de Marche, et arrivent derrière la ville, menaçant ainsi le rassemblement du VII Corps sur le plateau du Condroz. Pour pallier ce soucis, Hodges téléphone à Bolling et lui demande de prolonger son écran défensif au sud et au sud-ouest de Marche.

Ce déploiement augmente encore les risques que la 84ème Division d'infanterie se retrouvent impliquée dans la bataille défensive. Toutefois, quand Montgomery rend visite à Hodges en début d'après-midi, la mission du VII Corps ne change pas: éviter la bataille et se préparer à la contre-offensive. Cette attaque est retardée de quarante-huit heures pour donner aux dernières unités de la 2ème Division blindée et de l'artillerie de corps le temps d'arriver sur zone. La 2ème Division blindée formera l'aile droite et sera chargée d'attaquer au sud, la 84ème Division d'infanterie, au centre, et la 3ème Division blindée, l'aile gauche au nord. La 75ème Division d'infanterie, non aguerrie, constitue la réserve.

Comme le pense Bolling, le grand carrefour routier de Marche représente, à l'instar de celui de Bastogne, un besoin pour les Allemands. Les deux voies de communications les plus importantes sont une grand-route conduisant à Liège, au nord, et la Route Nationale N4 Bastogne-Marche-Namur. En outre, A partir de celles-ci, des routes moins importantes conduisent également vers la Meuse à Dinant.

C'est la N4 qui intéresse particulièrement le général Hasso von Manteuffel, commandant la 5ème Panzerarmee. Elle donne accès non seulement au plateau du Condroz, propice aux mouvements de ses chars, mais également à la Meuse, dans la courbe du fleuve, à Namur. C'est l'itinéraire le plus direct conduisant vers Bruxelles et Anvers.

S'il ne parvient pas à s'emparer de cet important noeud routier, von Manteuffel sera forcé d'emprunter un itinéraire beaucoup plus difficile pour atteindre la Meuse au voisinage de Dinant, un itinéraire longeant la limite sud du Condroz, à travers ce que l'on appelle la "Dépression de Famenne", une prolongation du terrain accidenté couvrant la majeure partie des Ardennes, avec des falaises et des rivières sinueuses coulant dans des vallées encaissées, comme la Lesse qui se jette dans la Meuse près de Dinant.


Pendant que la 2ème Division panzer détruit la Task Force Desobry à Noville, le 19 décembre 1944 (1), des patrouilles de son bataillon de reconnaissance explorent les routes à l'ouest de Bastogne.

Un peu avant l'aube du 20 décembre 1944, des troupes de reconnaissance allemandes appuyées par quelques chars légers et automitrailleuses s'approchent d'un pont sur l'Ourthe occidentale à Ortheuville. C'est un robuste pont Bailey que le général Walter Krüger, commandant du LVIII Panzerkorps, suppose que les Américains le détruiraient avant qu'il ne s'en empare.

Des éléments des 158ème et 299ème Bataillons du génie de combat, rattachés à la 1ère Armée américaine et dépêchés vers le pont après avoir fait écran devant Bastogne jusqu'à l'arrivée de la 101ème Division aéroportée, ont préparé la destruction du pont. Les sapeurs sont appuyés par 8 chasseurs de chars M18 Hellcat du 705ème Bataillon de Tank-Destroyers (TD) que leur commandant, le lieutenant-colonel Clifford D. Templeton, a laissé pour protéger les mouvements du reste de son bataillon vers Bastogne.

Quand les véhicules de reconnaissance de la 2ème Division panzer arrivent en vue du pont Bailey, les sapeurs américains actionnent les détonateurs mais rien ne se produit. Un char léger allemand qui s'engage sur l'ouvrage est détruits par les M18, bloquant le passage. Les Allemands se replient et le reste de la journée se passe tranquillement.

Après avoir dégagé l'épave allemande, un peu de traffic automobile reprend, de et vers Bastogne, et de réfugiers belge en profitent pour passer. Parmi-eux se trouvent l'abbé Musty et ses cinquante élèves du Séminaire de Bastogne.

Dans la nuit du 20 au 21 décembre 1944, les Allemands reviennent. Vers minuit, après un bombardement d'artillerie de deux heures, des panzergrenadiers franchissent à gué l'Ourthe occidentale, peu profonde à cet endroit. Là encore, les charges de démolition n'explosent pas. Les Allemands occupent les maisons autour du pont une après l'autre, et le commandant du 1128ème Groupe du génie de combat, auquel sont rattâchés les sapeurs américains sur place, donne l'ordre de repli. Mais à la surprise de la poignée de GIs du 51ème Bataillon du génie de combat qui montent la garde à un barrage routier à 6.5km de la là, au lieu-dit "Barrière de Champlon", les Allemands n'essaient pas d'exploiter immédiatement leur prise du pont Bailey. Les Américains l'ignorent, mais les véhicules de la 2ème Division panzer sont à court de carburant et attendent le ravitaillement.

C'est ce retard occasionné pendant les deux journées des 21 et 22 décembre 1944 qui donne à la 84ème Division d'infanterie le temps d'arriver et de se déployer autour de Marche. Après que les sappeurs du 51ème Bataillon aient renforcé leur barrage à la Barrière de Champlon avec des arbres abattus en travers de la route, le lieutenant-colonel Harvey R. Fraser, leur commandant, donne l'ordre de repli. Ce répit donne aussi le temps au brigadier-général Alexander R. Bolling d'envoyer une compagnie d'infanterie à Rochefort, 12km au sud-ouest de Marche, et à une Task Force du Combat Command A de la 3ème Division blindée de se déployer pour renforcer l'écran défensif de la 84ème Division d'infanterie.

Le 22 décembre 1944, au crépuscule, le bataillon de reconnaissance de la 2ème Division panzer, ayant refait le plein de carburant, reprend sa progression. Contournant les arbres abattus sur la route à la Barrière de Champlon, ses chars légers et automitrailleuses empruntent des chemins forestiers secondaires avant de regagner la Nationale N4, puis obliquant vers l'ouest pour éviter Marche par le sud. Sur la route reliant Marche à Rochefort, il tombe sur la Task Force du CCA/3DB et perdent cinq véhicules. Les Allemands empruntent ensuite une route latérale pour rejoindre la N4 au village d'Hargimont.

Entretemps, Bolling renforce encore son dispositif défensif au sud de Marche en envoyant deux bataillons d'infanterie blindée, l'un en renfort de la Task Force déjà présente à Rochefort, l'autre continuant vers l'ouest pour défendre un pont sur la Lesse. Les deux bataillons américains se heurtent au bataillon de reconnaissance allemand à Hargimont, reviennent sur leurs pas, puis font un détour à l'ouest et atteignent leurs objectifs sans rencontrer d'autres problèmes.

Le 23 décembre 1944, le gros de la 2ème Division panzer, recompleté en carburant, s'est à peine remis en mouvement que l'unité de tête s'arrête. Son commandant signale un barrage routier bien défendu. C'est la Barrière de Champlon. Le général Heinrich von Luttwitz, commandant du 47ème Panzerkorps, mettant en doute ce rapport, va constater lui-même et ne trouve qu'une petite barricade sans défenseurs et des troncs d'arbres abattus en travers de la route. Sur le champs, il relève l'officier responsable de son commandement. Il faut cependant encore quatre heures aux Allemands pour déblayer les obstacles sur la route.


(1) 19-26 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: siège de Bastogne.
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/11/19-26-decembre-1944-bataille-des.html



Celles et Foy-Notre-Dame: avance allemande vers la Meuse (23-26 déembre 1944).

Le 23 décembre 1944, se basant sur les rapports du bataillon de reconnaissance de la 2ème Division panzer, le général Heinrich von Luttwitz décide de ne garder un barrage routier au sud de Marche, occupé par un bataillon de panzergrenadiers, et de faire tourner le reste de la division vers l'ouest, dans le sillage des troupes de reconnaissance. Avant de s'arrêter pour la nuit, l'unité de tête de la 2ème Division panzer pénètre dans Buissonville, 8km au-delà de la route Marche-Rochefort. Le reste de la division allemande continuer d'avancer péniblement.

Tandis que la 2ème Division panzer se remet en mouvement, le gros de la 2ème Division blindée, surnommée depuis la bataille de Normandie Hell on Wheels, l'"Enfer sur Roues", se regroupe sur le plateau du Condroz. Son commandant, le major-général Ernest N. Harmon, est réputé pour sa voix rocailleuse et ses jurons. Le matin du 23 décembre, il se rend au QG du 7ème Corps US, au château de Bessines, à 16km au nord de Marche, pour y rencontrer Joe "Lawton" Collins. Celui-ci annonce à Harmon que la 84ème Division est rapidement entrée dans la bataille, mais qu'il espère encore garder secrète l'arrivée de la 2ème Division blindée assez longtemps pour lancer une contre-attaque surprise.



Destruction de la 2ème Division panzer (26-27 décembre 1944).


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.
Banques d'images de l'European Center of Military History (eucmh.com).

20-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: Hotton et Manhay, combats devant l'Ourthe

Le 17 décembre 1944, lorsque la 116ème Division panzer et la 560ème Division de volksgrenadiers du LVIII Panzerkorps, commandé par le général Walter Krüger, percent le front du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie américaine, elles se retrouvent devant un vide créé par le repli du 110ème Régiment vers l'ouest et Bastogne, et celui du 112ème Régiment vers le nord et Saint-Vith.

Les seules troupes alliées encore présentes entre les Allemands et l'Ourthe sont la 9ème Compagnie forestière canadienne et deux bataillons du génie de combat américain, en train de reconstruire des ponts à La Roche et en aval sur la branche occidentale de l'Ourthe, et quelques unités de soutien logistique et administratif de la 7ème Division blindée américaine. Le LVIII Panzerkorps s'interesse particulièrement à un carrefour routier situé à 17km au nord-ouest de La Roche: Hotton.




Combats pour le carrefour d'Hotton (20-25 décembre 1944).

L'Ourthe a deux sources. L'"Ourthe orientale" prend naissance dans les hauteurs de Saint-Vith et coule vers l'ouest, traverse Houffalize. L'"Ourthe occidentale" prend sa source sur le haut plateau, près de Bastogne et rejoint l'autre branche à huit kilomètres à l'ouest de Houffalize. De là, la rivière se creuse un sillon sinueux à travers le centre de l'Ardenne et se jettent dans la Meuse un peu avant Liège.

Photo ci-dessous: deux chars allemands Panzer-IV et Panther mis hors de combat à Hotton.


Bien qu'elle soit petite et, à beaucoup d'endroits, peu profonde, ses rives sont souvent escarpées. L'Ourthe occidentale et le cours principal de la rivière forment le dernier obstacle naturel avant la Meuse. Car elle marque la fin du relief accidenté de l'Ardenne, et au-delà se trouve le plateau du Condroz, couvert de terres agricoles et de pâtures en pente douce avec, en comparaison avec le massif des Ardennes, peu de fôrets et beaucoup d'axes routiers.

Le 17 décembre 1944, lorsque le LVIII Panzerkorps du général Walther Krüger, composé des 116ème Division panzer et 560ème Division de volkgrenadiers, perce le front du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie américaine, il se retrouve devant un vide créé par le repli du 110ème Régiment vers l'ouest et Bastogne, et celui du 112ème Régiment vers le nord Saint-Vith.

Les seules troupes alliées encore présentes entre les Allemands et l'Ourthe sont la 9ème Compagnie forestière canadienne, deux bataillons du génie de combat, en train de reconstruire des ponts à La Roche et en aval sur la branche occidentale de l'Ourthe, et quelques unités de soutien logistique et administratif de la 7ème Division blindée américaine. Le LVIII Panzerkorps s'interesse particulièrement à un carrefour routier situé à 17km au nord-ouest de La Roche: Hotton.

Le matin du 19 décembre 1944, le général Siegfried von Waldenburg a suffisamment réorganisé sa 116ème Division panzer pour envoyer un bataillon de reconnaissance vers l'ouest.

Quand le commandement allemand signale que Houffalize est solidement défendu, alors qu'en fait il ne s'y trouvent que les trains de la 7ème Division blindée, les troupes de reconnaissance de la 116ème Division panzer contournent la localité par le sud et, en début d'après-midi, parviennent sur l'Ourthe occidentale, où elles trouvent le pont démoli.

Lorsque des patrouilles allemandes signalent un pont Bailey américain à quelques kilomètres en amont, à Ortheuville, von Waldenburg saute sur l'occasion et donne aux troupes de reconnaissance l'ordre de s'en emparer.

Mais Krüger, pêchant par excès de prudence, donne un contre-ordre. Celui-ci se dit que les Américains auraient fait sauter le pont à la moindre alerte et qu'en outre, les troupes de reconnaissance de von Waldenburg empiétent sur la zone du XLVII Panzerkorps du général Heinrich von Lüttwitz. Il ordonne donc à von Waldenburg de faire demi-tour vers Houffalize, où entretemps, des patrouilles ont découvert que la ville n'est occupé que par un petit avant-poste américain, et de reprendre l'avance vers l'autre côté du cours principal de l'Ourthe, vers Samrée.

A cause de cette malheureuse décision, ce n'est que le 20 décembre 1944 aux environs de midi que la 116ème Division panzer reprend sa progression vers la Meuse. Une décision lourde de conséquence: elle donne au 18ème Corps aéroporté US du général Matthew Ridgeway, et plus particulièrement à la 82ème Division aéroportée US de James Gavin, le temps de faire mouvement vers Stoumont et Vielsalm (1).

Le matin du 20 décembre 1944,
  • Le Combat Command R (CCR) de la 3ème Division blindée commence à arriver du secteur d'Aix-la-Chapelle, et est articulée en quatre Task Forces, appellée TF-Hogan, TF-Tucker, TF-Orr et TF-Kane.
  • Le CCA/3AD reste en seconde ligne à Eupen, dans le cas où la 6ème Panzerarmee SS franchirait les hauteurs d'Elsenborn.
  • Le CCB/3AD est détourné sur Theux et Spa, pour aider la 30ème Division d'infanterie et la 82ème Division aéroportée contre le Kampfgruppe Peiper, dans la vallée de l'Amblève (1).
Le reste de la 3ème Division blindée, constitué d'un bataillon d'infanterie blindée, d'un bataillon de chars légers M24 Chaffee, d'un bataillon de chars moyen M4 Sherman, d'un bataillon d'artillerie blindée, d'une compagnie du génie blindé, de la logistique et de l'Etat-major du major-général Maurice Rose.

Avec cette dernière petite force, Rose doit défendre un front large de 22 kilomètres, du nord d'Houffalize, sur la grand-route Bastogne-Liège jusqu'au carrefour de Manhay, où la grande-route croise la route celle venant de Trois-Ponts.

Le carrefour de Manhay est assigné à la Task Force commandée par le lieutenant-colonel Matthew Kane (TF-Kane). La Task Force du lieutenant-colonel William Orr (TF-Orr) remonte la vallée de l'Aisne, un affluent de l'Ourthe, pour rejoindre la grand-route La Roche-Salmchateau à Samrée, et poursuivre ensuite jusqu'au carrefour de la N-15 à la Baraque-Fraiture. A droite, la Task Force du lieutenant-colonel Samuel Hogan (TF-Hogan) prend la direction de La Roche.

A Samrée, la TF-Orr tombe nez à nez avec la 116ème Division panzer et, après un bref combat, se replie sur Dochamps. Dans le village, les Allemands capturent un butin de guerre très appréciable de la 7ème Division blindée: 15,000 rations individuelles et 125,000 litres de carburant.

Le 21 décembre 1944, à Hotton, une compagnie de chars Panther de la 116ème Division se présente à 7h30 devant le village, défendu par 120 GIs des troupes logistiques, des secrétaires, des soldats des transmissions, des mécaniciens et des brancardiers, sous le commandement du major Jack Fickessen.

A l'aide d'armes antichars Bazooka, les Américains repoussent pourtant les blindés lourds allemands. Les Panther se retranchent ensuite sur la hauteur dominant la route venant de Soy, où est établit le QG et les réserves de Rose. Fickessen demande par radio des renforts de blindés. Sur ordre de Rose, le colonel Roberts Howze Jr, le commandant du 36ème Bataillon d'infanterie blindée, envoie des chars en renforts.

Mais les chars allemands contrôlant la portion de route Soy-Hotton, ce dernier doit attendre le crépuscule pour envoyer, par des voies détournées, deux peletons de chars et une compagnie d'infanterie blindée.

La compagnie de chars Panther qui se trouve devant Hotton attend également des renforts, mais à Dochamps, la résistance de la Task Force Orr est beaucoup plus forte que von Waldenburg ne le prévoit.

Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1944, la 116ème Division panzer reçoit en renfort la 560ème Division de volkgrenadiers à Dochamps, et la TF-Orr doit se replier sur le hameau d'Amonines, au nord-ouest.

A Marcouray, la Task Force Hogan, après avoir parcouru 7km, tombe sur une colonne de véhicules allemand près de Marcouray et s'arrête.

Le 22 décembre 1944, à Soy, Howze reçoit les renforts du 517ème Régiment de parachutistes, un régiment indépendant placé au repos en France lors du déclenchement de l'offensive allemande. Il tente une nouvelle fois, toujours sans succès, de réouvrir la portion de route Soy-Hotton, les Panther allemands occupant toujours la hauteur dominant la route.

Photo ci-dessous: char Panther mis hors de combat à Hotton, 23 décembre 1944.

A5

En fin d'après-midi, à Hotton, c'est au tour de la 560ème Division de volkgrenadiers d'attaquer, mais ils n'ont pas plus de chance, et sont reçus par "une pluie de projectiles", comme un officier allemand le fit remarquer. Des Panzergrenadiers réussissent à pénètrer dans des maisons de la périphérie, mais la réaction des deux peletons de Sherman maintiennent les Panther allemands à distance.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1944, les GIs de Fickessen constatent avec stupefaction que les Allemands abandonnent les maisons qu'ils ont occupé et se retirent du village. Ils se demandent ce qu'il se passe?

A la suite de la résistance tenace de Fickessen à Hotton, d'une présence américaine à Soy, des blindés de Orr à Amonines, des blindés de Hogan à Marcouray, le général Walter Krüger en est arrivé à la conclusion qu'il affronte des forces américaines bien supérieures à la réalité.

Krüger a appris la capture de La Roche et que, sur sa droite, la 2ème Division panzer-SS Das Reich s'est emparé d'un pont sur l'Ourthe orientale à Houffalize. Il estime qu'il est plus sage de progresser tout à côté d'une division panzer. Une fois de plus, l'Allemand, maître des contre-marches, donne l'ordre au général Siegfried von Weldenburg, commandant de la 116ème Division panzer, de rebrousser chemin.

Tandis que la 560ème Division de volksgrenadiers poursuit sa tentative de franchissement de l'Ourthe à Hotton, la 116ème Division panzer traverse l'Ourthe à La Roche et poursuit vers la Meuse. Rose dispose de beaucoup moins de forces que ne l'imagine Krüger. L'Américain espère pourtant l'envoi d'un renfort considérable quand le général Courtney Hodge, commandant de la 1ère Armée US, libéra le CCA/3AD de sa position en deuxième ligne à Eupen.

A l'aube du 23 décembre 1944, la plus grande partie de ce Combat Command A est arrivé dans la région d'Eupen, mais l'ordre suit bientôt de l'envoyer le long de l'Ourthe occidentale, de façon à protéger l'arrivée de la 84ème Division d'infanterie à Marche. Cette division d'infanterie était assignée au VII Corps du général Joe Collins, et est destinée à la contre-offensive générale de la 1ère Armée US.

Avec le départ de la 116ème Division panzer, la position critique de Rose s'améliore un peu. Mais comme lui-même et ses hommes s'en aperçoivent bientôt, la 560ème Division de volkgrenadiers est encore très combattive.

Il existe encore un risque réel que les Allemands puissent percer le flanc gauche de Rose. Et effectivement, au carrefour de la Baraque-Fraiture, dans le secteur de la 2ème Division panzer-SS, une nouvelle crise se développe.

Le 24 décembre 1944, à l'aube, Rose reçoit en renfort le 290ème Régiment de la 75ème Division d'infanterie US, une division non aguerrie qui vient juste de débarquer sur le continent. Il l'engage pour reprendre la portion de route entre Hotton et Soy. Cette veille de Noel, une force américaine encerclé cherche une issue: la TF-Hogan, prise au piège dans le village de Marcouray.

Dans la soirée, Rose donne l'ordre à Hogan de saboter son matériel et de rejoindre les lignes américaines à pied. De nuit, leur faces noircies au bouchon brûlé, ayant abandonné leurs casques d'acier pour éviter le bruit, une petite force que la presse américaine nommera bientôt "les 400 de Hogan" abandonne Marcouray. D'abord un peleton de reconnaissance, puis le reste des hommes, par groupes de vingt, avec un intervalle de trente secondes entre les groupes. Hogan fait partie du premier groupe.

Peu avant l'aube, Hogan ordonne à son groupe une halte de plusieurs heures. Ce n'est que bien après le levée du jour qu'il se remet en route. Il finit par rencontrer une unité de la 75ème Division d'infanterie, gagne ensuite en jeep le QG de Rose à Soy, et y découvre que tous ses hommes étaient sains et saufs.

Quand Rose reçoit Hogan, il veut savoir pourquoi il est arrivé le dernier. Hogan pensa à plusieurs réponses héroïques à donner mais décida finalement de s'en tenir à la vérité bien que, pour un robuste Texan habitué à la vie au grand air, ce fût difficile à l'avouer: "J'avais mal aux pieds."

Le 25 décembre 1944, Rose peut également disposer du CCB de la 3ème Division blindée, enfin libéré du combat contre le Kampfgruppe Peiper.


(1) Blogosphère Mara, "18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: guerre contre le Kampfgruppe Peiper"


Combats pour le carrefour de Manhay (23-25 décembre 1944).

Au carrefour de la Baraque-Fraiture, dans le secteur de la 2ème Division panzer-SS Das Reich, une nouvelle crise se développe. Ce carrefour se trouve à un point culminant, battu par les vents, où la couche de neige devait bientôt être épaisse. Situé à une altitude de 638 mètres, c'est le second point culminant de la Belgique. La plus grande partie du terrain aux alentours est boisée et marécageuse, tout comme les Hautes Fagnes. Il n'y a pratiquement aucun village, rien que deux ou trois fermes avec leurs dépendances.

Le village auquel le carrefour emprunte son nom se trouve au nord-est à environ un kilomètre. Les axes qui se croisent à la Baraque-Fraiture sont la grand-route Salmchâteau-La Roche, de direction générale est-ouest, et la route principale nord-sud, la nationale N-15, la grand-route Bastogne-Liège passant par Houffalize. Bien que le terrain près du carrefour soit dégagé, partout il est entouré d'épaisses forets de conifères.

Pour le commandement américain qui continue de considérer Liège comme un objectif primordial des Allemands, la Baraque-Fraiture et la nationale N-15 revêt une importance critique. Comme nous l'avons vu, la Task Force Orr assignée au carrefour par Rose ne dépasse pas Samrée.

Dans la matinée du 21 décembre 1944, il y a en tout et pour tout 110 soldats américains présents à la Baraque Fraiture, provenant du 589ème Bataillon d'artillerie de campagne et des services de la 106ème Division ayant échappé à la destruction dans le Schnee Eifel, d'une troupe du 87ème Escadron de reconnaissance de cavalerie blindée de la 7ème Division blindée. L'ensemble hétéroclique est commandé par le major Elliot Goldstein.

Le 22 décembre 1944, le colonel Charles Billingslea, commandant du 325ème Régiment d'infanterie planée de la 82ème Division aéroportée US, envoie la compagnie F du capitaine Junior Woodruff au carrefour, et le reste de son 2ème Bataillon, commadé par le major Richard Gibson, dans le village de Fraiture lui-même.

La grand-route N-15 et la Baraque-Fraiture se trouvent dans la zone d'opération du XVIII Corps aéroporté américain, qui avait à défendre un front large de 40 kilomètres, de Trois-Ponts à Grandmenil.

Conséquence indirecte de l'échec de la 6ème Panzerarmee SS à franchir les hauteurs d'Elsenborn et l'Amblève entre Stavelot et Vielsalm, la menace contre le carrefour de Barraque-Fraiture se contrétise.

En exécution de l'ordre du 20 décembre donné par le maréchal Walter Model, le II Panzerkorps SS de l'Obergruppenführer (2) Wilhelm Bittrich commença sa progression pour effectuer la nouvelle mission. Celle-ci consistait à protéger le flanc nord de la 5ème Panzerarmee qui, à ce moment, fournissait l'effort principal.

L'une des deux divisions de Bittrich est la 9ème Division panzer-SS Hohenstofen commandée par l'Oberführer Sylvester Städler. L'autre est la 2ème Division panzer-SS Das Reich commandée par le Brigadeführer Heinz Lammerding, réapprovisionnée en carburant et munitions. C'est cette dernière qui porte la responsabilité des 99 exécutions de Tulles, d'Oradour-sur-Glane et du massacre de ses 642 habitants, hommes, femmes et enfants, les 9 et 10 juin 1944.

Le 23 décembre 1944 à l'aube, la 2ème Division panzer-SS Das Reich commence par attaquer le 2ème Bataillon de Gibson dans le village de Fraiture. Les Panzer-SS de Lammerding chassent les GIs de plusieurs maisons, mais une contre-attaque de Gibson les en déloge, et les Américains rétablissent la situation.

Au carrefour, les Allemands pilonnent les défenseurs de Goldstein aux mortiers et aux canons. Cherchant de l'aide, Goldstein emmène avec lui un capitaine et un sergent SS prisonniers, comme preuve de ce qu'il affronte. Il se rend en jeep au carrefour de Manhay, où il trouve une Task Force commandée par le lieutenant-colonel Walter B. Richardson, du CCA de la 3ème Division blindée, venue d'Eupen, et une compagnie du 509ème Bataillon indépendant de parachutistes.

Peu après midi, alors que les chars Sherman et les parachutistes font route vers la Baraque Fraiture par la N-15, ils tombent sur un barrage établit par les Panzers-SS sur les arrières des défenseurs du carrefour. Pendant que les parachutistes luttent pour détruire le barrage, les chars américains poursuivent leur progression et arrivent à la Baraque-Fraiture vers 13h.

Les chars et l'infanterie de la Das Reich attaquent le carrefour à 16h. Contre des Tiger de 55 tonnes, les Sherman de 34 tonnes ne peuvent pas grand chose, et succombent tous l'un après l'autre.

A 9h30, après la tombée du la nuit, Woodruff signale par radio à Gibson que la défense du carrefour s'effrondre et demande l'autorisation de se replier sur le carrefour de Manhay. Demande relayée à Billingslea, qui refuse.

Un peu plus tard, Woodruff réitère sa demande: "Les chars allemands écrasent les trous de fusiliers". Cette fois Billingslea accepte. Il ne reste plus rien aux Américains pour stopper les Allemands entre Barraque-Fraiture et Manhay.

A Manhay, Rose ordonne l'ordre à Richardson d'envoyer un peleton d'infanterie blindé et un de chars Sherman, sous l'autorité du second de Richardson, le major Olin Brewster. Cette petite force s'enterre dans la forêt, de par et d'autre la route, à mi-chemin entre Barraque-Fraiture et Manhay, au lieu-dit la "Belle-Haie".

Photo ci-dessous: le carrefour de Manhay le 25 décembre 1944.


En outre, Ridgeway envoie en renfort le 3ème Bataillon du 325ème Régiment d'infanterie planée de la 82ème Division aéroportée dans le village de Regné, à trois kilomètres à l'est du carrefour, soutenir le 2ème Bataillon de Gibson retranché dans Fraiture.

Pour finir, le CCB de la 9ème Division blindée de Hoge envoie une de ses compagnie de chars Sherman et le 27ème Bataillon d'infanterie blindée à Malempré, un village à trois kilomètre au sud-est de Manhay.

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1944, pour couvrir sa progression vers Manhay, Lammerding envoie une compagnie de panzergrenadiers prendre le village d'Odeigne, défendu par un peleton de Sherman de la TF-Kane du CCB de la 7ème Division blindée, à l'ouest de la N-15, à peu près à la hauteur de la Belle-Haie et de la TF-Brewster.

Dans l'obscurité, les Allemands ont tôt fait de mettre en déroute les six Sherman américains. Toutefois, Lammerding ne peut pas exploiter ce succès tout de suite, avant que ses sapeurs ne rendent praticable un chemin de terre conduisant au village, pour permettre à ses chars de progresser. Le génie ne terminera cette tâche que dans 24 heures, la veille de Noel.

Pour le commandement américain, il devient de plus en plus regrettable que la Nationale N-15 représentât la limite entre la 82ème Division aéroportée et la 3ème Division blindée. Ridgway avait tenté de résoudre le problème en confiant la responsabilité de la grand route à la 3ème Division.

Mais le 23 décembre 1944 en fin d'après-midi, son supérieur, le général Courtney Hodges, commandant de la 1ère Armée américaine, complique encore plus cette situation. Puisque le gros de la 3ème Division blindée était rassemblé dans la zone d'opération du VII Corps du général Joe "Lawton" Collins, Hodges met le CCA de la 3ème Division blindée à sa disposition.

A ce moment, la N-15 est non seulement la limite entre deux divisions, mais également la limite entre deux corps d'armée.

Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1944, la responsabilité de la route N-15 passe au XVIII Corps aéroporté américain de Ridgway. Elle ne repose plus sur la 3ème Division blindée, mais sur les CCA et CCB de la 7ème Division blindée, dégagés du piège de Saint-Vith le 23 décembre.

Bien que la petite Task Force de Brewster appartient à la 3ème Division blindée, personne ne fait rien pour se retirer.

A l'aube du 24 décembre 1944, l'attaque principale de Lammerding débute à partir de la Baraque Fraiture sur la N-15 vers la Belle-Haie. Au même moment, un groupe de chars et d'infanterie de la Brigade Führer Begleit de Otto-Ernst Remer attaque Regné, où le 325ème Régiment d'infanterie planée ne s'est pas encore installé. Le seul peleton de fantassins qui défend le vilage se replie.

En début d'après-midi, James Gavin utilise l'infanterie planée du 325ème Régiment transporté sur les Sherman de Hoge pour reprendre Regné. Sur ordre du maréchal Model, Reimer abandonne Regné. Et peu après, la 82ème Division aéroportée abandonne le village à son tour. Les parachutistes de James Gavin préparent leur redéploiement sur la route Manhay-Trois-Ponts, pour contrecarrer la percée de la 9ème Division panzer-SS Hohenstofen.

A 21h, des chars Panther et des panzergrenadiers de Lammerding se mettent en mouvemant d'Odeigne sur la petite route menant à la N-15 et Manhay. Le groupe d'Américains qui se trouvent sur cette petite route comprennent les compagnies décimées à effectifs réduits du 48ème Bataillon d'infanterie blindée et sept chars du 40ème Bataillon de chars de la 7ème Division blindée.

Les Américains sont rapidement balayés et seul un char Sherman réussit à regagner Manhay. Entre les chars allemands, ayant contourné la Belle-Haie et Malempré, et le carrefour de Manhay, il n'y a plus aucune force américaine, la route leur est grand ouverte. Les sept Sherman qui défendent Manhay appartiennent au CCA de la 7ème Division blindée, commandés par le lieutenant-colonel Rosenbaum.

Ils ont combattus pendant six jours dans la saillant de Saint-Vith. Ils sont fatigués et éreintés. L'apparition des chars allemands provoque une belle confusion dans les rangs américains. Les chars Panther et Mark IV en profitent pour alligner les Sherman et les half-track américains présents comme au tir de foire. Les survivants fuient et abandonnent le carrefour.

La débâcle de Mahnay laisse désormais une petite force américaine isolée à La Belle-Haie, sur la nationale N-15, la Task Force Brewster. Brewster reçoit l'ordre d'abandonner la Belle-Haie et de se replier sur Malempré.

En dépit de la débâcle qui se produisit à Manhay dans la nuit du 24 au 25 décembre 1944, la situation était meilleure que ne le pensaient Hodges et son état-major.

La 82ème Division aéroportée s'est repliée sur de nouvelles positions en étant peu gênée par l'ennemi, la 7ème Division blindée commence à organiser un nouveau front au nord de Manhay, en travers de la N-15 menant à Liège. Un bataillon du 424ème Régiment de la 106ème Division est en cours de reconstitution sur cette ligne de front. Et en cas d'urgence, on peut faire appel au 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie et au CCB de la 9ème Division blindée, placés en réserve du 18ème Corps aéroporté US à l'arrière.

Sur la portion de route entre Manhay et Hotton, dans la zone du VII Corps américain, la 3ème Division blindée reçoit des renforts de la 75ème Division d'infanterie, une unité sans expérience venant tout droit des Etats-Unis. Rose reçoit en outre l'aide du 509ème Bataillon de parachutistes et de deux bataillons du 517ème Régiment de parachutistes, indépendants.


(2) Correspondance de grades Waffen-SS et Wehrmacht.
  • Oberstgrupenführer: général d'armée SS (Generaloberst dans la Wehrmacht).
  • Gruppenführer: général de corps d'armée SS (Generalleutnant).
  • Brigadeführer: général de division SS (Generalmajor).
  • Oberführer: général de brigade SS (Oberst).
  • Standartenführer: colonel SS (Oberst).
  • Obersturmbannführer: lieutenant-colonel SS (Oberstleutnant).
  • Sturmbannführer: major SS (Major).
  • Hauptsturmführer: capitaine SS (Hauptmann).
  • Obersturmführer: lieutenant SS (Oberleutnant).
  • Untersturmführer: sous-lieutenant SS (Leutnant).
  • Sturmcharführer: adjudant SS (Stabsfeldwebel).
  • Stabsschartführer: premier sergent-major SS (Hauptfeldwebel).
  • Hauptscharführer: sergent-major SS (Oberfeldwebel).
  • Oberscharführer: sergent quartier-maître SS (Feldwebel).
  • Scharführer: premier-sergent SS (Unterfeldwebel).
  • Unterscharführer: sergent SS (Unteroffizier).
  • Rottenführer: caporal SS (Gefreiter ou Obergefreiter).
  • Sturmmann: soldat de première classe SS (Oberschütze).
  • SS-Mann: soldat SS (Schütze).


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 3 octobre 2019.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.
Banques d'images de l'European Center of Military History (eucmh.com).

19-26 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: "Nuts!", le siège de Bastogne

Le 19 décembre 1944, Bastogne est menacée au nord et au sud par deux divisions panzers et une division de volksgrenadiers de la 5ème Panzerarmee. La ville, qui représente le plus important noeud de communication des Ardennes, est défendue par des unités des 28ème Division d'infanterie et 9ème Division blindée, un Combat Command de la 10ème Division blindée, détâchée du front de la Sarre, et la 101ème Division aéroportée, arrivée directement de Mourmelon par camions.

Le 22 décembre 1944, les Allemands présentent à la garnison encerclée une demande de reddition. La réponse du commandant américain, le brigadier-général Anthony McAuliffe, le fait entrer dans la légende: "Nuts!" Le 26 décembre, une avant-garde de la 4ème Division blindée de la 3ème Armée américaine du lieutenant-général George Patton, venue secourir les assiégés, brise l'encerclement allemand.




Avance allemande vers Bastogne (17-19 décembre 1944).

Le 17 décembre 1944, dans le secteur de la 5ème Panzerarmee, après avoir traversé l'Our en force la veille (1), l'avance des LVIII et XLVII Panzerkorps vers l'ouest se poursuit, bien que moins rapide que prévue suivant les prévisions allemandes. Les positions défensives de la 28ème Division d'infanterie et du CCR de la 9ème Division blindée succombent les unes après les autres.

Sur la Skyline Drive ("Route des Crêtes"), la 2ème Division panzer du XLVII Panzerkorps liquide les poches de résistance du 110ème Régiment d'infanterie du colonel Hurley Fuller à Marnach, puis se dirige vers Clervaux et Munshausen, sur la Clerve. La 28ème Division de volksgrenadiers fait de même à Hosingen et Bockholz, avant de se diriger vers Drauffelt.

Photo ci-dessous: les soldats allemands s'enfoncent dans les forets ardennaises les 16 et 17 décembre 1944.


Le 18 décembre 1944, la 28ème Division d'infanterie retarde par tous les moyens l'avance des deux panzerkorps de von Manteuffel vers l'ouest. Ce sont le sacrifice et les actions retardatrices de cette division qui permettent, dans la soirée, l'arrivée des parachutistes de la 101ème Division et du CCB de la 10ème Division blindée. L'arrivée de ces renforts va finalement sauver in-extremis les Américains du désastre.

Après de sanglants combats sur la Skyline Drive, trois divisions allemandes, les 2ème Division panzer et Division panzers, ainsi que la 26ème Division de volksgrenadiers, détruisent le 110ème Régiment commandé par le colonel Hurley Fuller, à Clervaux, Hosingen, Bockholz, Holzthum, Munshausen, Hoscheid et Consthum. Les Allemands traversent la Clerve à Drauffelt et Clervaux, direction plein ouest vers leur prochain objectif: Bastogne.


La 2ème Division panzer sur l'axe Clervaux-Donnange-Lullange-Bourcy-Noville. La Panzerlehr et la 26ème Division de volksgrenadiers sur l'axe Drauffelt-Eschweiler-Niederwampach-Longvilly-Mageret-Bizory.

Les réserves du SHAEF, placés en état d'alerte, commence à arriver sur zone. D'abord le Combat Command B de la 10ème Division blindée et le 705ème Bataillon de Tank-Destroyers, cédés par la 3ème Armée de George Patton et transférés des secteurs de Metz et de la Moselle, en France. Le XVIII Corps aéroporté du général Matthew B. Ridgeway, venant de Mourmelon et après avoir roulé en camions pendant trente-six heures sur plus de 500km, arrive également dans les Ardennes. Pendant que la 82ème Division aéroportée poursuit sa route vers l'Amblève et la Salm pour affronter le Kampfgruppe Peiper (2), dans la soirée du 18 décembre, les premiers éléments de la 101ème Division font une entrée discrète dans Bastogne, désormais menacé d'encerclement par l'avancée des XLVII et LVIII Panzerkorps, et se joignent au CCB de la 10ème Division blindée, tout juste arrivée de la Sarre, en France.

Photo: char M36 du 705ème Bataillon de Tank-Destroyers, détaché de la 3ème Armée américaine, fait route depuis Metz, en France, vers Bastogne. 17 décembre 1944.


En l'absence de Maxwell Taylor, parti en permission aux Etats-Unis, c'est le commandant de l'artillerie divisionnaire de la 101ème Division aéroportée, le brigadier-général Anthony C. "Terry" McAuliffe, qui assume le commandement général de Bastogne.

Le 19 décembre 1944, à 9h, MacAuliffe place le 501ème Régiment de parachutistes à Mageret et Longvilly, à l'est de Bastogne, le 506ème Régiment de parachutistes à Noville et Foy, au nord-nord-est, le 502ème Régiment de parachutistes à Recogne et Longchamp, au nord-ouest, et enfin le 327ème Régiment d'infanterie planée au sud et à l'ouest de Bastogne.


(1) Blogosphère Mara, 16 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: assaut initial allemand

(2) Blogosphère Mara, 18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: guerre contre le Kampfgruppe Peiper



Conférence alliée de Verdun (19 décembre 1944).

Ce même jour, se réunissent le général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces expéditionnaires alliées en Europe (SHAEF), le général George Marshall, Chef d'Etat-Major de l'Armée de terre américaine, le lieutenant-général Omar Bradley, commandant du XIIème Groupe d'Armées alliées, le lieutenant-général Georges Patton de la 3ème Armée, le maréchal de l'air anglais Arthur Tedder, du 2nd Allied Tactical Air Command, et le lieutenant-général Jacob Devers, du VIème Groupe d'armées alliées, au GQG de ce dernier à Verdun.

Eisenhower demande à Devers de suspendre les offensives de la 7ème Armée américaine en Alsace, de la 1ère Armée française contre la poche de Colmar, de redéfinir les zones des deux armées, afin de combler le vide laisser par la 3ème Armée américaine de Patton, déplacée dans le Luxembourg pour assurer la défense du flanc sud du saillant. C'est à ce dernier de déplacer dans le Grand-Duché de Luxembourg ses forces et ce, dans les temps les plus brefs possibles. Patton promet qu'il peut le faire en trente-six heures, et lancer sa contre-attaque au sud du saillant allemand, avec trois divisions, dont la 4ème Division blindée, le 21 décembre au matin. Les généraux alliés croient d'abord qu'il plaisante. Finalement, Eisenhower lui demande d'attendre le 22 ou même le 23 décembre pour être sûr d'attaquer de manière énergique avec les trois divisions complètes.

Photo ci-dessous: présents à la Conférence alliée de Verdun, le 19 décembre, de gauche à droite, George C. Marshall, Dwight D. Eisenhower et Omar N. Bradley.

Allied Conference Verdun 19 dec 1944

Dans l'esprit des stratèges alliés, c'est un pari insensé: faire pivoter de 90 degrés l'axe d'attaque de tout un corps d'armé de 100,000 hommes, et le déplacer, au contact de l'ennemi, sur une distance de plus de 200km de la Sarre au Grand-Duché de Luxembourg, est pratiquement impossible, humainement et logistiquement, en plein hiver, par des routes peu praticables. Pourtant, Patton "Le Fonceur" va réussir cet incroyable exploit, encore inégalé dans l'histoire militaire moderne.

Par ailleurs, Bradley ordonne au VII Corps de la 1ère Armée américaine de se préparer à être redéployer du secteur de la Roer et de la forêt de Hurtgen, en Allemagne, vers le secteur Grandménil-Hotton-Marche-Dinant, sur le flanc nord du saillant allemand, entre le XVIII Corps aéroporté américain et le XXX Corps britannique.

Au cours de cette réunion, il est donc pris plusieurs importantes décisions:
  1. Transfert du XXX Corps de la Hollande vers la Meuse, dans le secteur Givet-Dinant-Huy.
  2. Suspension de l'offensive de la 1ère Armée française contre la poche de Colmar, et extension du front tenu par le VIème Groupe d'armées, de manière à combler le vide laissé par le départ de la 3ème Armée dans la Sarre et en Alsace-Lorraine.
  3. Suspension de l'offensive du VII Corps dans la région de la Roer et de la Foret de Hurtgen, et déplacement de celui-ci sur le front nord du saillant, dans la zone Grandménil-Hotton-Marche-Dinant. Il viendra s'intercaler entre le XVIII Corps aéroportée américain et le XXX Corps britannique.
  4. Le front nord du saillant allemand des Ardennes, qui englobe la 9ème Armée américaine et les V Corps, XVIII Corps aéroporté et VII Corps de la 1ère Armée américaine, est désormais placé sous le commandement de Bernard L. Montgomery (XXIème Groupe d'armées alliées).
  5. Le VIII Corps, la garnison de Bastogne et le secteur sud du saillant allemand passent sous l'autorité de la 3ème Armée américaine (XIIème Groupe d'armées alliées).
A cette date, le nombre d'Américains présents dans les Ardennes s'élève déjà à 180,000 hommes, soit environ le triple de l'effectif au début de l'offensive allemande, deux jours et demi plus tôt. Et Patton se prépare à faire pivoter tout le III Corps d'armée, représentant un effectif d'environ 110,000 hommes, de 90 degrés et de le déplacer sur environ 200 kilomètres, de la Sarre jusqu'au Grand-Duché de Luxembourg.


Siège de Bastogne: le "Nuts!" de McAuliffe (19-22 décembre 1944).

Le 19 décembre 1944, entre Bastogne et la 5ème Panzerarmee de von Manteuffel, ne restent plus désormais que le CCR de la 9ème Division blindée, commandé par le colonel Joseph Gilbreth, et les débris de la 28ème Division d'infanterie.

Le commandant du VIII Corps, Troy Middleton, ordonne à Gilbreth de retarder par tous les moyens possibles l'avance de von Manteuffel. Gilbreth établit deux barrages routiers aux carrefours de Feitsch et de Antoniushaff, sur la nationale N-12, entre Longvilly et Trois-Vierges.

A Antoniushaff, la Task Force du capitaine Laurence Rose, composée de la compagnie C du 2ème Bataillon de chars, d'une compagnie du 52ème Bataillon d'infanterie blindé et d'une section du génie blindé. A Feitsch, la Task Force du lieutenant-colonel Ralph Harper, composée de la compagnie B du 2ème Bataillon de chars et d'une seconde compagnie du 52ème Bataillon d'infanterie blindée.

La Task Force Rose (TF-Rose) est la première à succomber aux assauts de la 2ème Division panzer. Ses débris se replient vers Houffalize. La Task Force Harper (TF-Harper) est décimée par la même division et se replie sur Longvilly.

La 2ème Division panzer prend ensuite la route de Bourcy et de Noville, où elle anéantit la Task Force du lieutenant-colonel William Desobry, du CCB de la 10ème Division blindée.

A Longvilly, les débris du CCR de la 9ème Division blindée et la Task Force commandée par le lieutenant-colonel Henry Cherry (TF-Cherry), du CCB de la 10ème Division blindée, succombent sous les assauts de la Division Panzer Lehr. Celle-ci, commandée par le général Fritz Bayerlein, prend ensuite la direction de Mageret.


Sûr des "informations" données par des civils belges, Bayerlein prend ensuite un petit chemin boueux vers Neffe. Et là, trompé par un paysan qui lui donne de faux renseignements sur des forces américaines imaginaires qui viennent de traverser Mageret, s'estimant dans une position vulnérable sur un chemin difficilement praticable pour ses blindés, et craignant d'avoir affaire à des forces ennemies sur ses arrières, au lieu de poursuivre vers l'ouest et Bastogne, il décide de retarder de plusieurs heures sa progression vers l'ouest.

Ce sont les sacrifices de la 28ème Division d'infanterie et des Task Force Harper, Desobry, Cherry et Rose, ainsi que probablement l'information donnée à Bayerlin par le fermier belge, dont on n'a jamais connu l'identité, qui ont certainement sauvé la ville, en accordant aux Américains le temps de se ressaisir et d'organiser des défenses plus efficace, et permit à la 101ème Division aéroportée d'arriver. Ceux-ci ont donc remporté "la course pour Bastogne" in-extremis. En gagnant cette course, ils forcent von Manteuffel à faire un choix critique: Bastogne ou la Meuse?

Selon l'horaire de l'offensive programmé initialement, en ce quatrième jour (Jour J+3), les divisions de von Manteuffel devraient déjà avoir atteint le fleuve.

Dans la soirée, le XXX Corps du général Brian Horrocks, venant des Pays-Bas, arrive sur la ligne Hasselt-Louvain, et lance des patrouilles avancées sur les rives gauches de la Sambre et la Meuse.

A la limite entre la 5ème Panzerarmee et la 7ème Armée allemande, la 26ème Division panzergrenadiers (XLVII Panzerkorps) et la 5ème Division de parachutistes (LXXXV Korps) convergent vers Wiltz et attaquent les défenses tenues par les restes du 3ème Bataillon du 110ème Régiment d'infanterie, quelques Sherman du 707ème Bataillon de chars, le 687ème Bataillon d'artillerie de campagne et le 44ème Bataillon du génie de combat.

Les survivants américains doivent se replier sur la route Ettelbrück-Bastogne, à cinq kilomètres à l'ouest de Wiltz, sur un carrefour appelé Café Schumann.

Le 21 décembre 1944, sur ordre d'Hasso von Manteuffel, la 2ème Division panzer et la Panzer Lehr contournent Bastogne et repartent vers l'ouest et la Meuse. La première par le nord sur le trajet Berthogne, Salle, Ourtheville, la seconde par le sud sur l'axe Wardin, Assenois, Sibret, Tillet.

Avant de repartir, la 2ème Division panzer, épaulée par la 26ème Division de Volksgrenadiers, expulse le 506ème Régiment de parachutistes de Foy, et les "Screaming Eagles" du colonel Robert Sink se replient dans le Bois Jacques, à la lisière sud du village.


Le Kampgruppe Kunkel de la 26ème Division de Volksgrenadiers (VGD) chasse la Task Force du lieutenant-colonel Barry D. Browne (TF-Browne) du CCB de la 10ème Division blindée de Sibret, puis avance vers Senonchamps. Mais là, les allemands sont repoussés par la Task Force Browne.

La 26ème VGD et le 78ème Régiment de volkgrenadiers de la Panzer Lehr attaquent également Bizory et en a chasse le 1er Bataillon du 501ème Régiment de parachutistes, commandé par le major Raymond V. Bottomly, Jr.

Forces américaines présentes dans la poche de Bastogne (History.army.mil)

Bastogne: the first eight days (History.army.mil)

La Panzer Lehr s'empare de Wardin, y détruit la compagnie B du 54ème Bataillon d'infanterie blindée (10ème Division blindée) du lieutenant John D. Devereaux et la compagnie I du 501ème Régiment de parachutistes (101ème Division aéroportée) du capitaine Claude J. Wallace. Puis c'est le tour de Marvie, défendu par le 2ème Bataillon du 327ème Régiment d'infanterie plané.

Les escadrons de reconnaissance de la 2ème Division panzer et de la Division Panzer Lehr poursuivent leur progression vers Dinant et Givet, sur la Meuse, où attend maintenant le XXX Corps. N'ayant plus aucune force alliée devant eux, ces deux divisions allemandes parcoureront ainsi plus de soixante kilomètres en deux jours.

Le LVIII Panzerkorps et le reste du XLVII Panzerkorps sont désormais chargés du siège de Bastogne. La 101ème Division aéroportée et le CCB de la 10ème Division blindée affrontent maintenant cinq divisions allemandes, dont la 9ème Division panzers.

Le 22 décembre 1944, vers midi, quatre parlementaires allemands, un major, un lieutenant et deux soldats d'accompagnement, se présentent avec un drapeau blanc devant les lignes de la compagnie F du 327ème Régiment d'infanterie planée, sur la route venant d'Arlon, au sud de Bastogne. Les deux officiers sont conduits les yeux bandés à la caserne pompiers de Bastogne, où est installé le QG du brigadier-général Anthony "Terry" MacAuliffe, chef de l'artillerie divisionnaire, qui assure le commandement intérimaire de la 101ème Division aéroportée. Le lieutenant allemand tend au colonel Ned Moore, le chef d'état-major de McAuliffe, une demande écrite:

"Au commandant américain de la garnison de Bastogne" exigeant une reddition sans condition. "En cas de refus, l'artillerie allemande était prête à éliminer les troupes USA à Bastogne et aux alentours".

"Les pertes civiles considérables qui en résulterait, concluait le texte, ne correspondrait pas aux sentiments d'humanité américain bien connu."

"Qu'est-ce qu'on y dit, Ned?" demande McAuliffe.

"Ils veulent que vous vous rendiez, mon général" répond Moore.

MacAuliffe ne peut alors s'empêcher de s'exclamer: "Ah Nuts!" (3)

Prenant la feuille et demandant conseil à son état-major sur la formulation de sa réponse écrite, le chef du G-3 (service de renseignement) de MacAuliffe, le lieutenant-colonel Harry W. Kinnard, lui répond:

"Mon général, il me semble que votre première réponse était la meilleure."

"Qu'est-ce que c'était?".

"Vous avez dit: Nuts!"

MacAuliffe écrit alors au verso de la feuille sa réponse:

"22 décembre 1944 - Au commandant allemand: Nuts! Du commandant américain."

Le colonel Joseph H. Harper, commandant le 327ème Régiment d'infanterie planée, présent lors de cette entretien, reconduit les deux Allemands dans les lignes de la compagnie F.

Arrivé là, le major allemand s'interroge sur la signification de la réponse de McAuliffe: "Was is Nuts?? Affirmativ oder negativ??"

Le lieutenant allemand Hellmuth Henke, traduisant la question de son supérieur, demande à Harper:

"Je parle anglais, mais je ne connais pas la signification de ce mot "Nuts!"

Harper lui répond: "C'est même foutrement négatif! Cela veut dire: Allez au diable! Si vous continuez cette attaque stupide, nous tuerons chaque maudit Allemand qui tentera de pénétrer dans cette ville."

Les Allemands n'ont probablement pas compris tous les mots de Harper, mais ont parfaitement compris le sens général du message. Ils se mettent au garde-à-vous et saluent Harper. "Nous tuerons aussi beaucoup d'Américains", répond Henke, "C'est la guerre." C'est ainsi que la réponse d'Anthony MacAuliffe entre dans la légende. Cette demande de reddition a été l'oeuvre du général Heinrich von Luttwiz, commandant du XLVII Panzerkorps, qui l'a envoyé s'en en avoir au préalable consulter son supérieur direct.

Quand Hasso von Manteuffel l'apprend, il devient furieux, car, manifestement, "il n'a pas l'artillerie nécessaire pour matérialiser la menace." Pour que l'absence de représailles ne ridiculise pas le commandement allemand, il demandera à la Luftwaffe d'effectuer un bombardement aérien massif de Bastogne.

Photo ci-dessous: un Foxhole ("Trou de fantassins") de la 101ème Division sur une route de Bastogne.



(3) "Nuts!" Littéralement: "Des noix!". Dans l'argot américain: "Des clous!", "Flûte!", "Merde!", "Allez au diable!", "Allez vous faire f***!"


Verouillage de la charnière sud (17-20 décembre 1944).

A l'extrêmité sud du saillant allemand, dans la région d'Echternach, après avoir progresser le premier jour de six kilomètres dans le dispositif de la 4ème Division d'infanterie et du CCA de la 9ème Division blindée, toute progression de la 7ème Armée allemande est maintenant définitivement stoppée.

Le 17 décembre 1944, la 5ème Division de parachutistes allemands du LXXXV Korps a traversé l'Our et percé le front du 109ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie à Vianden, sur la Skyline Drive, et pris la direction de Wiltz, où est établit le QG de la division américaine, profitant de l'avance de la Division Panzer Lehr sur son flanc droit, à la limite entre les armées de von Manteuffel et Brandenberger.


La 352ème Division de volkgrenadiers perce celui de la 9ème Division blindée à Fourhen, et pris Bettendorf et Diekirch, sur la Sûre. Sur le flanc sud du LXXXL Korps, le LXXX Korps avait pris Echternach le premier jour et progressé de par et d'autre de l'Ernz Noire jusqu'à Müllerthal.

Cependant, après avoir détruit deux bataillons américains à Berdorf et à Osweiler-Dickweiler, progressé de 5km, la 212ème Division de volkgrenadiers se retrouve désormais bloqué devant Consdorf et Scheidgen par le 12ème Régiment d'infanterie.

La 276ème Division de Volkgrenadiers, de son côté, se heurte aux défenses du CCA de la 9ème Division blindée à Waldbillig, Savelborn et Ermsdorf.

Le 18 décembre 1944, le commandant de la 4ème Division d'infanterie, le major-général Raymond Barton, reçoit en renfort le CCA de la 10ème Division blindée, détourné de Bastogne.

Le 19 décembre 1944, avec l'aide de son régiment le plus méridional, le 22ème, Barton lança quelques contre-attaques locales pour dégager de petites unités encerclées et renforça, à l'aide du CCA de la 10ème Division blindée, les défenses du 12ème Régiment.

Le 20 décembre 1944, la "charnière sud" (Southern Shoulder) est désormais totalement et définitivement verouillée. Par ailleurs, en Sarre, George Patton commence à faire déplacer son armée vers le Grand-Duché de Luxembourg. Les unités survivantes du VIII Corps passent sous son autorité. Il assure désormais le commandement du front sud du saillant allemand des Ardennes. Par ailleurs, il reçoit le commandement des unités britanniques dans la région de Beauraing (29ème Brigade blindée).

Après la réunion au sommet des chefs militaires alliés la veille, profond remianement de la chaine de commandement alliée. Le maréchal britannique Bernard Montgomery, le commandant du 21ème Groupe d'armées, se voit confier les forces américaines au nord du saillant allemand des Ardennes, soit les 1ère et 9ème Armées américaines.


Contre-attaque de Patton et levée du siège de Bastogne (23-26 décembre 1944).

Le 22 décembre 1944, au sud du saillant allemand des Ardennes, les III et XII Corps de la 3ème Armée américaine du lieutenant-général George Patton commencent à arriver dans le Grand-Duché de Luxembourg et à Arlon en Belgique, après avoir parcouru plus de 150km en moins de trois jours, comme il l'avait promis.

A Luxembourg-Ville, à la Villa Louvigny, Patton rédige une prière de Noel mémorable et ordonne à son aumônier de la lire pendant l'office religieuse:

"Seigneur, c'est Patton qui vous parle. Les quatorze derniers jours ont été terribles. Pluie, neige, encore de la pluie, encore de la neige... et je commence à me demander ce qui ne va pas à votre quartier général. De quel côté êtes-vous en fait?

[...]
"Donnez-moi quatre jours clairs et ainsi mes avions pourront voler, ainsi mes chasseurs-bombardiers pourront les bombarder, et leur donner une bonne correction, ainsi mes avions d'observation pourront indiquer les objectifs à ma splendide artillerie.

"Donnez-moi quatre jours de soleil pour sécher cette fichue boue, ainsi mes tanks pourront rouler, ainsi les munitions et les rations pourront arriver à mes fantassins affamés et mal équipés.

"J'ai besoin de ces quatre jours pour envoyer von Rundstedt et son armée de mécréants vers leur valhalla.

"Je suis malade de cette boucherie inutile de jeunes Américains, et en échange de ces quatre jours de temps propice au combat, je vous fournirai suffisamment de boches pour tenir vos comptables occupés pendant des mois à leur travail.

"Ainsi soit-il."


Son attaque pour dégager Bastogne est fixée au lendemain à l'aube. Les 4ème et 6ème Divisions blindées des majors-généraux Hugh Gaffey et Robert Grow sont désignées comme fer de lance.

Au centre du saillant allemand, dans le secteur de la 5ème Panzerarmee de Hasso-Eckard von Manteuffel, les avant-gardes de la 2ème Division panzer atteignent Bure et Celles, à 3km de Dinant, sur la Meuse, où attend le XXX Corps britannique. Saint-Hubert, Rochefort puis Ciergnon sont occupés par la Panzer Lehr, sur la route Dinant-Bastogne.

Les deux divisions allemandes sont à bout de souffle et à court de carburant, après avoir parcouru plus de 60 kilomètres en deux jours. Ce sera le point culminant de l'avancée allemande dans les Ardennes belges. On en est à J+7 et la Meuse, qui devait être franchit au plus tard à J+3 (19 décembre), ne sera jamais atteinte.

Dans Bastogne encerclé, le calvaire des Aigles Hurlants se poursuit. Le périmètre défensif américain se réduit inexorablement. Il semble Cependant que la prière de George Patton de la veille ait été entendue. Cette journée du 23 décembre voit une amélioration sensible des conditions météorologiques.

L'aviation américaine profite enfin de l'occasion pour effectuer de très nombreuses sorties de bombardement ou de ravitaillement: à partir de 9h30, 260 C-47 Skytrain du IX Troop Carrier Command de la 9ème US Air Force larguent 334 tonnes de ravitaillement aux assiégés.


Les quatre jours suivants, 947 C-47 Dakota largueront 850 tonnes de ravitaillement supplémentaires. Pour les parachutistes de la 101ème Division aéroportée, à court de munitions et de fournitures médiacales, se fut véritablement un "miracle" de Noel.

Sur le périmètre défensif américain, le Kampgruppe Kunkel de la 26ème Division de volkgrenadiers renouvellent sans succès ses attaques contre la Task Force Brown à Senonchamps, à l'ouest de Bastogne.

Comme prévu, la 3ème Armée américaine entame son attaque en vue de briser l'encerclement de Bastogne.

Dans la zone d'opération du XII Corps, la 5ème Division d'infanterie du général Stafford Irwin attaque la 276ème Division de volkgrenadiers des deux côtés de l'Ernz Noire. Les trois jours suivants, elle reprendra la plupart des villages que la 4ème Division d'infanterie avait cédé au début de l'offensive allemande: Müllarthal, Lauterborn, Berdorf, Waldbillig et Beaufort.

Le III Corps attaque sur un front de trente-huit kilomètres, de Neuchâteau à Ettelbrück. La 4ème Division blindée du général Hugh Gaffey se voie assigner la mission capitale: "foncer comme des diables" jusqu'à Bastogne. Elle attaque sur trois axe, avec ses trois Combat Command.
  • Le CCA à partir d'Arlon, en deux colonnes, la première sur la route Arlon-Bastogne, la seconde sur des routes secondaires, plus à l'ouest. Objectif: traverser la Sûre, sur l'axe Arlon-Mertalange-Warnach-Lutrebois.
  • Le CCB à partir de Habay-La-Neuve, Objectifs: Habay, Burnon, Chaumont et Hompré.
  • Le CCR à partir de Neufchâteau, sur la route Neufchateau-Bastogne. Objectifs: Vaux-les-Rosières, Remoiville, Remichampagne, Clochimont et Assenois.
Dans la soirée, le CCA s'approche de Martelange, sur la Sûre, défendu par une compagnie de la 5ème Division de parachutistes allemande. Au même moment, le CCB atteint Burnon, défendu par une autre compagnie de cette même division allemande, à 12km de Bastogne. Les 26ème et 80ème Divisions d'infanterie sont chargées de nettoyer le terrain entre la route Arlon-Bastogne et l'Alzette.

Les deux divisions américaines donnent l'assaut aux positions avancées du LXXXV Korps allemand, avec pour mission de couper la route Bastogne-Ettelbrück. La 26ème Division à partir d'Eschdorf et de Heinerscheid. La 80ème Division à partir d'Ettelbrück. Un régiment de cette division réussit à s'emparer d'un pont sur la Sûre.

Le 24 décembre, le CCA de la 4ème Division blindée poursuit sa progression et atteint Chaumont en fin de journée. Le CCR atteint Clochimont.

L'aviation américaine peut désormais intervenir massivement. Des P-38 Lightning et P-47 Thunderbolt équipés de roquettes attaquent maintenant systématiquement toutes les colonnes de véhicules et de blindés ennemis qu'ils découvrent. Les C-47 du IX Troop Carrier Command larguent la veille de Noel 160 tonnes de ravitaillement aux défenseurs.

La Luftwaffe profite elle-aussi de cette amélioration des conditions météorologiques pour intervenir. A partir de 20h30, des Junkers Ju-88 larguent 12 tonnes de bombes sur Bastogne. De nombreux civils belges sont tués.

Le 25 décembre 1944, le jour de Noel, Bastogne subit le plus terrible pilonnage d'artillerie du siège. Triste Noel pour les assiégés et les civils.

Au nord-ouest, à Longchamps, sur la route Bastogne-Bertogne, la 15ème Division de panzergrenadiers attaque les positions du 502ème Régiment de parachutistes de la 101ème Division aéroportée. Les parachutistes du lieutenant-colonel Robert Cole doivent se replier sur Hemroulle, à 2km du centre de Bastogne.

Les combats au corps-à-corps de Longchamps et d'Hemroulle seront les plus acharnés de la bataille des Ardennes. Le 502ème Régiment de parachutistes y perd 60% de ces effectifs.

Ci-dessous: Armée Patton envoyée au secours des "Battered Bastards of Bastogne", le 26 décembre 1944


Le 26 décembre 1944, à l'aube, le CCR du colonel Wendell Blanchard, composé du 37ème Bataillon de chars du lieutenant-colonel Creighton C. Abrams et du 53ème Bataillon d'infanterie blindé du lieutenant-colonel George Jacques, aidé par l'appui aérien des P-47 Thunderbolt du 362nd Fighter Group, s'empare du village de Remichampagne et font ensuite mouvement vers Clochimont et Assenois.

A 16h15, la Task Force du capitaine William Dwight, composé avec la compagnie C du 37ème Bataillon de chars et la compagnie C du 53ème Bataillon d'infanterie blindé, signale par radio à Jacques et Blanchard qu'il pénètre dans Assenois.

S'ensuit des combat au corps à corps avec une centaines de soldats allemands qui surgissent des maisons, un mélange de parachutistes et de volkgrenadiers. Les six chars Sherman de tête de la TF Dwight, commandés par le lieutenant Charles Boggess, traverse Assenois, pénètre dans le bois au nord et en sort une centaine de mètres plus loin, à un endroit où le chemin de campagne croise la route, tombant sur un fortin allemand.

Boggess remarque alors, tout près, des troupes américaines s'apprêtant à donner l'assaut au fortin. Les troupes en question, en apercevant l'apparition des chars, se jettent dans les fossées pour se protéger. Il sort la tête de la tourelle de son char et leur crie: "Relevez-vous! Venez! C'est la 4ème Blindée!"


Les fantassins américains, en fait des sapeurs du 326ème Bataillon du génie aéroporté commandés par le second lieutenant Duane J. Webster, sont d'abord éberlués et n'en croient pas leurs yeux, puis s'avancent vers les chars, et Boggess se penche sur la tourelle pour leur serrer la main. Il est exactement 16h50, en ce 26 décembre 1944: les six chars de Boggess viennent de briser l'encerclement de Bastogne.

A cette date, le siège de Bastogne a couté aux Américains la disparition complète du CCR de la 9ème division blindée, 503 tués au CCB de la 10ème Division blindée, 1,400 à la 4ème Division blindée, 1,641 à la 101ème Division aéroportée.

Photo ci-dessous: des chars de la 4ème Division blindée défendent le périmètre défensif de Bastogne, le 31 décembre 1944.


Mais comme les "Batards Battus de Bastogne" l'apprendront sans tarder, la fin du siège ne signifie pas la fin des combats. Bastogne n'est plus "un trou au milieu du beignet" mais "un ballon au bout d'une ficelle", avec la ficelle extrêmement mince et très vulnérable.


Dans les jours à venir, les Aigles Hurlants doivent encore affronter leur épreuve la plus dure, car l'échec allemand devant cette ville et des évenements ayant lieu ailleurs en Ardenne convainquent finalement Adolf Hitler de modifier l'objectif de son offensive. Dans le cadre de ce nouveau plan, pour les Allemands, s'emparer de Bastogne devient plus important que jamais. Ceux-ci se jettent désormais dans la bataille avec toutes les forces disponibles qui leur restent.

Photo ci-dessous: Mémorial du Mardasson, à Bastogne, avec l'inscription en latin sur la pierre: "LIBERATORIBVS AMERICANIS POPVLVS BELGICVS MEMOR IV.VII.MCMXLVI." (le Peuple Belge n'oubliera jamais ses libérateurs américains 4 juillet 1946).




Vidéo ci-dessous: 5 chars Sherman et un obusier automoteur Priest restaurés lors d'un défilé commémoratif, pour célébrer le 75ème Anniversaire de la Bataille des Ardennes, le 17 décembre 2019 à Bastogne.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 3 octobre 2019.


Sources principales:
Siege of Bastogne (Wikipedia.org)
Noel 44 - La bataille d'Ardennes, Charles B. MacDonald. Edition Luc Pire, 2004 - ISBN: 2-87415-468-7
Battle of the Bulge (US Army Center of Military History)
Bastogne: The First Eight Days (US Army Center of Military History)
Band of Brothers, de Stephen Ambrose. (Amazon.fr)

17-23 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: défense et chute de Saint-Vith

Saint-Vith représente, avec Bastogne, un des deux grands noeuds routiers des Ardennes. Située à la limite des 6ème et 5ème Panzerarmees, la ville est défendue par la 7ème Division blindée du major-général Robert Hasbrouck, ainsi que par un Combat Command de la 9ème Division blindée, et les restes des 28ème et 106ème Divisions d'infanterie. Ces diverses unités hétéroclites sont placées sous le commandement unique du brigadier-général Bruce C. Clarke. Les GIs résistent avec succès jusqu'au 21 décembre 1944.

Deux jours plus tard, leurs positions devenues intenables et menacés de débordement sur les deux côtés, ils reçoivent l'ordre d'abandonner la ville et de se retirer vers la Salm. Selon le planning établit par les Allemands, Saint-Vith devait tomber dans la soirée du 17 décembre. Les défenseurs ont tenu bon pendant six jours.




Anéantissement de la 106ème Division d'infanterie (17-19 décembre 1944).

A 6h30, le matin du samedi 16 décembre 1944, le barrage de l'artillerie allemande surprend complètement et désorganise les positions de la 106ème Division d'infanterie américaine, qui vient juste d'arriver (10 décembre) de Normandie et qui n'a encore aucune expérience du combat, sur le plateau du Schnee Eifel. Au nord de cette division, dans la trouée de Losheim, la destruction du 14ème Groupe de cavalerie par la 18ème Division de Volksgrenadiers (VGD) et la 1ère Division de panzer-SS, à la jonction des V et VIII Corps américains, créé une première brêche dans le dispositif américain, d'une dizaine de kilomètres de large entre Manderfeld et Auw. Les Allemands déferlent maintenant sans rencontrer d'opposition sur Schoenberg. Au sud de la 106ème Division, dans le secteur du LXVI Korps de la 5ème Panzerarmee, d'autres éléments de la 18ème VGD atteignent Bleiaf et convergent également vers Schoenberg.

Les Panzers-SS profitent des stocks de ravitaillement (en particulier du carburant) et du matériel américains, le 17 décembre 1944 à Honsfeld.


Le 17 décembre 1944, dans la zone d'opération du LXVI Korps allemands, la 18ème VGD de la 5ème Panzerarmee et la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH effectuent leur jonction à Schoenberg. Les 422ème et 423ème Régiments, commandés par les colonels Georges Descheneaux et Charles Cavender, ainsi que plusieurs autres unités de soutien de la 106ème Division d'infanterie, se retrouvent maintenant totalement encerclés sur les hauteurs du Schnee Eifel.

Au sud, l'effondrement de l'aile gauche du 424ème Régiment du colonel Alexander Reid, débordé par la 62ème VGD, laisse désormais un "trou" où les unités du général Walter Lucht (LXVI Korps) s'engouffrent. Direction Saint-Vith! Dans la soirée, la 18ème VGD est déjà à Wallenrode, la 62ème VGD à Steinebrück.


Au nord, dans la zone d'opération du 1er Panzerkorps-SS, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH, qui s'est engouffrée dans la Trouée de Losheim après la destruction du 14ème Groupe de cavalerie, prend Amblève, Ligneuville et Bom, se dirigeant maintenant vers Recht et Poteau.

Photo ci-dessous: des Panzers-SS de la Leibstandarte AH profitent d'un moment de détente à Poteau, devant un M-8 américain abandonné, le 19 décembre 1944.


Le 18 décembre 1944 à 2h du matin, le 2ème Régiment de panzers-SS de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hilter s'empare de Recht, défendu par le CCA de la 7ème Division blindée. Les Américains se replient sur Poteau. Les deux régiments d'infanterie encerclés dans le Schnee Eifel commencent à manquer de munitions.

Le 19 décembre 1944, les 422ème et 423ème Régiments, le 590ème Bataillon d'artillerie de campagne et divers autres unités de soutien de la 106ème Division d'infanterie, encerclés depuis deux jours dans le Schnee Eifel, à bout de force, se voient contraints de déposer les armes. Entre 8,000 et 9,000 GIs sont ainsi fait prisonniers en quelques heures. En Europe, c'est l'unique reddition en masse d'une division américaine presque au complet durant la Seconde Guerre mondiale.

La 106ème Division d'infanterie est maintenant virtuellement détruite. Les restes du 424ème Régiment de cette division, commandé par le colonel Alexander Reid, se sont repliés vers Burg-Reuland, poursuivis par la 62ème VGD. La route de Saint-Vith est désormais grande ouverte à la 5ème Panzerarmee au sud-est et à l'est de la ville.

Photo ci-dessous: prisonniers de guerre américains de la 106ème Division d'infanterie dans la région de Saint-Vith, le 19 décembre 1944.



Consolidation du front américain au nord du saillant allemand (18 décembre 1944).

Le 18 décembre 1944, deux divisions du VII Corps, en charge du secteur d'Aix-la-Chapelle, sont transférées et viennent renforcer le dispositif du V Corps dans la région du plateau d'Elsenborn. D'abord le 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie du major-général Clifton Andrus dans la zone Butgenbach-Weywertz-Robertville, le reste de la Big Red One devant arriver les jours suivants. Et la 9ème Division d'infanterie du major-général Louis A. Craig, qui s'installe sur le flanc nord de la 99ème, entre le village d'Elsenborn et Kalterherberg.

Photo ci-dessous: chars Sherman de la 7ème Division blindée en poste près de Saint-Vith, le 20 décembre 1944.


Dans la soirée, la 82ème Division aéroportée du major-général James M. Gavin, venant de Mourmelon en France et qui a roulé sans arrêt en camions pendant trente-six heures, commence à se déployer dans la région de Grandménil-Stoumont-Le Gleize. (1)

La 30ème Division d'infanterie du major-général Leland S. Hobbs, cédée par la 9ème Armée américaine, fait de même entre Malmédy et La Gleize.

Le retard des panzers-SS de Peiper occasionné par la résistance des Américains à Stavelot, permet au colonel Wallis Anderson et à son 1111ème Groupe du génie de combat de préparer les charges de démolition à Trois-Ponts, sur les deux ouvrages de l'Amblève et sur celui de la Salm. (1)

Le XVIII Corps aéroporté du lieutenant-général Matthew B. Ridgeway, avec la 82ème Division aéroportée et la 30ème Division d'infanterie, verouille désormais tous les accès de sortie face à la 6ème Panzerarmee-SS sur une trentaine de kilomètres, entre Malmédy et Grandménil.

Ainsi, les Américains allignent désormais l'équivalent de huit divisions dans le nord du front ardennais.
  • Le X Corps (Leonard Gerow). Entre Monschau et Malmédy. Avec les 9ème, 99ème, 2ème et 1ère Divisions d'infanterie.
  • La 7ème Division blindée (Robert Hasbrouk), des unités du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie, le CCB de la 9ème Division blindée et quelques petites unités (artillerie, génie, soutien logistique) de la 106ème Division d'infanterie dans et autour de Saint-Vith.

  • Le XVIII Corps aéroporté (Matthew Ridgeway). Entre Malmédy et Grandménil. Avec la 30ème Division d'infanterie et la 82ème Division aéroportée.


(1) [Blogosphère Mara] 18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: guerre contre le Kampfgruppe Peiper


Chute de Saint-Vith (20-23 décembre 1944).

La prise de cet important noeud routier, le second en importance dans les Ardennes, après celui de Bastogne, est confiée au LXVI Korps de la 5ème Panzerarmee, commandé par le général Walter Lucht.

Sa défense est confiée au brigadier-général Bruce C. Clarke. La 7ème Division blindée du major-général Robert W. Hasbrouck assure la défense du front partant de Poteau jusqu'à, et y compris, Saint-Vith. Le CCB de la 9ème Division blindée couvre le secteur sud-ouest de la ville.

Les restes du 424ème Régiment de la 106ème Division d'infanterie et du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie couvrent le secteur ouest, entre Saint-Vith et Houffalize.

A l'ouest, la 560ème Division de volkgrenadiers et la 116ème Division panzer talonnent ces deux régiments vers Houffalize, et menacent de couper Saint-Vith de ses arrières.

Le 20 décembre 1944, Walter Lucht planifie l'attaque finale contre la ville. Ce plan consiste en un large mouvement l'encerclement sur trois axes.
  • La 62ème Division de volksgrenadiers attaquerait du sud-est, sur la route de Steinebrück.
  • La 18ème Division de volkgrenadiers attaquerait de l'est, sur les deux routes venant de Schoenberg, convergeant sur le Prümerberg.
  • La Brigade Führer Beiglet attaquerait du nord, sur la route de Born.
La défense intérieure est confiée au lieutenant-colonel William Fuller, commandant du 38ème Bataillon d'infanterie blindée du CCR de la 7ème Division blindée. Elle consiste en gros à un arc de cercle s'étendant de la route Born-Saint-Vith, au nord, en passant à l'est par les hauteurs du Prümerberg, jusqu'à un vallon au sud-est, près de la ligne de chemin de fer venant de Steinebrück.


Fuller dispose de son propre 38ème Bataillon d'infanterie blindée, de deux compagnies du 23ème Bataillon d'infanterie blindée du CCB de la 7ème Division blindée, environ 400 hommes des 81ème et 168ème bataillons du génie blindé, d'un peleton du 423ème Régiment, chargé de la garde du QG de la 106ème Division d'infanterie. En réserve, une compagnie du 31ème Bataillon de chars et une compagnie du 814ème Bataillon de Tank-Destroyer.
  1. Le CCA de la 7ème Division blindée défend Poteau, au nord-ouest de Saint-Vith.
  2. Le CCB de la 9ème Division blindée à Neubrück, au sud de Saint-Vith.
Le LXVI Korps commence un des plus violents pilonnages d'artillerie de la bataille des Ardennes et réduit Saint-Vith en ruines.

Le 21 décembre 1944, le 508ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée s'installe dans Vielsalm, où se dirige également la 9ème Division panzer-SS Hohenstofen du 2ème Panzerkorps SS de Wilhelm Bittrich.

Le 22 décembre 1944, la Brigade Führer Beiglet attaque et prend Rodt, faiblement défendu par la compagnie de service du 48ème Bataillon d'infanterie blindée, à la limite des CCA et CCB de la 7ème Division blindée US.

Deux régiments de la 62ème Division de volkgrenadiers attaquent le CCB de la 9ème Division blindée vers l'ouest, dans le but d'atteindre la Salm à Salmchateau. Ils percent le dispositif américain, s'emparent de Neubrück, progressent vers l'est, empruntent la vallée du Braunlauf et se dirigent vers Grufflange, Beho, Rogery et Salmchateau.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1944, le général Matthew "Eagle" Ridgeway, commandant du XVIII Corps aéroporté, ordonne aux forces américaines du secteur de Saint-Vith, menacées d'encerclement, de commencer leur repli progressif vers des positions moins exposées, au-delà de la Salm.

Photos ci-dessous: 23 décembre 1944. Le CCB de la 7ème Division blindée se retire de Saint-Vith, détruite à 90%, vers la Salm.




Ce repli, fort complexe à réaliser au contact des troupes allemandes, commence cette nuit et se poursuivra durant toute la journée du 23 décembre 1944.

A Vielsalm, le 23 décembre à 22h30, un détachement du génie du 508ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée, commandé par le lieutenant George Lamm, fait sauter les deux derniers ponts sur la Salm entre Trois-Ponts et Salmchateau.

Saint-Vith, qui devait tomber dans la soirée du 17 décembre 1944 selon le planning d'attaque allemand, a tenu bon pendant six jours. Sa défense héroïque aura considérablement ralenti l'avance allemande et permis l'arrivée des renforts américains.

Photo ci-dessous: l'artillerie de la 7ème Division blindée, le 23 décembre 1944, couvre la retraite américaine vers Vielsalm.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 3 octobre 2019.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
Battle of St. Vith (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.