mercredi 11 novembre 2009

Guerre du Vietnam 1965-1975 - Stratégie "Search and Destroy": de la défensive à l'offensive

Le concept "Search and Destroy", ou "Seek and Destroy", ou encore S&D, fait référence à la stratégie militaire américaine adoptée par les forces américaines au Sud-Vietnam à la fin de l'année 1965, pour chercher le Vietcong insésissable, le "localiser et le détruire dans une guerre d'usure" (Attrition War). Cette stratégie est axée sur l'utilisation intensive d'une nouvelle arme très mobile, l'hélicoptère, dans un type de guerre que les Français viennent d'expérimenter en Algérie: la "guerre anti-insurectionnelle" ou lutte anti-guerilla. Ce type d'opérations se poursuivra pendant pratiquement toute la durée du conflit.


Stratégie "Search and Destroy".

"Si l'ennemi ne vient pas à toi..." Quatre mois après l'arrivée des Marines à Da Nang, puisque le Vietcong demeure insésissable et évite l'affrontement direct, il faut aller le débusquer et le détruire sur son propre terrain: la jungle. Voilà pour l'idée de base.

La première phase est d'infiltrer de petites unités de l'ordre de la section (Platoon), ou même parfois d'une compagnie entière, en territoire ennemi, par la voie des air en utilisant une nouvelle arme, l'hélicoptère de transport de troupe, qui vient juste de démontrer ses capacités, et qui sera utilisé de manière intensive par la suite.

La seconde phase, la plus difficile et la plus éprouvante moralement et physiquement, est de localiser les sanctuaires, les bases ou les caches du Vietcong. En général, l'unité américaine (Platoon ou Company) est déployée dans une zone près d'une route ou d'un sentier, où l'on suspecte une activité ennemie. Les GIs ou les Marines disposent des pièges sur les sentiers (mines Claymores, pièges à cons, ...) ou tendent des embuscades à des patrouilles ennemies. Quand ils se retrouvent eux-mêmes "accrochés" ou tombent dans des embuscades, ils demandent fréquemment un soutien aérien ou d'artillerie.

C'est une guerre d'attrition, ou d'usure, faites d'activités de patrouilles dans la jungle, d'une série d'embuscades ou de contre-embuscades, où les Américains essaient d'épuiser leurs adversaires, tirant grandement avantage de leur supériorité technique en mobilité et en puissance de feu.

De ce type d'opérations de lutte anti-guerilla, paraissent également dans les communiqués de presse les deux termes "Bodycount", le comptage des pertes amies et ennemies, et "kill ratio", le rapport entre les deux. Cela veut dire que durant toute la durée du conflit, les combattants américains parviendront à maintenir un kill ratio assez constant d'un sur huit à un sur douze. C'est-à-dire que pour chaque soldat américain tombé au combat, entre huit et douze Vietcongs ou Nord-Vietnamiens sont tués à chaque engagement, sans compter le nombre de prisonniers capturés.

Les plus importantes missions "Search and Destroy" menées par les forces américaines au Sud-Vietnam seront les opérations Attleboro (14 septembre - 24 novembre 1966) et Junction City (22 février - 14 mai 1967).


Opération Starlite: le baptême du feu des Marines (17-24 août 1965).

L'opération Starlite est la première offensive militaire américaine au sud-vietnam. Au cours de l'été 1965, de multiples rapport sont arrivés à l'état-major du MACV à Saigon, sur le bureau de Westmorland. Tous signalent de vastes concentrations vietcong autour des enclaves tenues par les Américains. Si les renseignements fournis par les Sud-Vietnamiens ne se sont pas toujours montrés très fiables, cette fois l'affaire semble sérieuse.

L'opération est lancée sur base de renseignements fournis par le major-général Nguyen Chanh Thi, commandant les troupes de l'ARVN dans la zone tactique du 1er Corps (I CTZ). Le 15 août 1965, cette information est confirmée par l'interrogatoire d'un déserteur vietcong: le 1er Régiment vietcong, comprenant un effectif d'environ 1500 hommes, a installé sa base autour de Van Tuong, à 20km au sud du camp des Marines de Chu Lai, et prépare une attaque majeure contre la base américaine.

Pour prendre l'ennemi de vitesse, à l'état-major américain, le lieutenant-général Lewis W. Walt, commandant de la III Marine Amphibious Force (III MEF) et coordinateur du I CTZ, conçoit le plan d'une attaque préventive pour détruire le régiment ennemi et éliminer la menace. Pour les Marines, habitués à conduire des opérations offensives, le temps de la revanche est enfin arrivé.

Le plan d'action de Walt, qui implique 5500 Marines de la III MEF (ex-9MEB), vise l'encerclement et l'anéantissement des 60ème et 80ème Bataillon du 1er Régiment vietcong, sans lui laisser le temps de disparaître dans la nature. Pour cela, trois attaques seront lancées simultanément.

La compagnie M du 3ème Bataillon du 3ème Régiment de Marines (M-3/3), arrivée par voie terrestre au terme d'une marche de 6.5km, traversera la rivière Tra Bong pour interdire au Vietcong toute possibilité de retraite vers le nord. Le reste du 3ème Bataillon, débarquant sur le plage d'An Cuong à bord de véhicules amphibies LVT, fera de même au sud.

La force d'assaut principale, le 2ème Bataillon du 4ème Régiment de Marines (2/4), sera déposée, par hélicoptères de transport UH-34 Choctaw, à l'ouest sur trois Landing Zone désignées LZ White, LZ Blue et LZ Red. L'appui feu sera fourni par le croiseur léger USS Galverston, les pièces de 155mm du 3ème Bataillon du 12ème Régiment d'artillerie, et des UH-1B Gunship. Le 3ème Bataillon du 7ème Régiment de Marines (3/7) de la Special Landing Force constituera la réserve et devra appuyer si nécessaire le 2/4.

L'opération Starlite débute le 17 août 1965 à 10h, quand l'élément nord, la compagnie N-3/3, est amenée par voie terrestre de Chu Lai à 6.5km au nord de Van Tuong et termine le trajet à pied dans la zone le 17 août 1965.

Le matin du 18 août 1965, les véhicules amphibies acheminant le reste du 3ème Bataillon abordent la plage d'An Cuong, mais les Marines sont bientôt stoppés par les tirs de mortiers et de mitrailleuses lourdes. Aussi les pièces de 152mm de l'USS Galveston interviennent et écrasent les positions vietcongs sous un véritable déluge de feu. Mais quand les Marines reprennent leur avance, ils sont accueillis par des nouveaux tirs ennemis. Il leur faudra encore de nombreuses heures de combat acharnés pour nettoyer la zone.


Sur les trois Landing Zones, à l'ouest, les combats sont également sérieux. Sur la LZ Blue, à 6h45 du matin, la compagnie H du 4ème Régiment (H-2/4) tombe pratiquement sur le 60ème Bataillon vietcong, embusqué sur la colline 30 Nam Yen, d'où celui-ci arrose la position américaine. Il faudra attendre l'intervention massive des chars et des hélicoptères UH-1B Gunship pour débloquer la situation.

Au même moment, plus au nord, sur la LZ White, la compagnie E (E-2/4) connait des problèmes similaires, et il faudra l'appui des pièces de 155mm du 3/12 et des 152mm du Galveston pour venir à bout des positions ennemies.

A gauche, sur LZ Red, la compagnie G (G-2/4) connait un meilleur sort et avance plus facilement.

Pendant toute cette journée, sous une chaleur épuissante, les Marines avancent ainsi péniblement et referment l'étau sur le 1er Régiment vietcong. Les combats sont particulièrement violants autour des hameaux de Nam Yen et d'An Cuong. Les Américains parviendront à détruire les positions ennemies, mais au prix de lourdes pertes.

Le lendemain, 19 août 1965, débutent les opérations de nettoyage des dernières poches de résistance vietcong. Elles vont être extrêmement éprouvantes et se poursuivre pendant encore plusieurs jours.

Première grande bataille américaine de la guerre du Vietnam livrée contre le Vietcong, l'opération Starlite s'achève par un succès américain. Les Marines annoncent avoir tué 614 vietcongs et capturé 51 prisonniers de guerre. Le FNL revendique 919 tués américains, 22 chars ou véhicules blindés, et 13 hélicoptères détruits. Les Marines admettent 45 tués et 203 blessés de leur côté. Les deux bataillons du 1er Régiment VC sont virtuellement détruits.



Hauts-Plateaux: le 7ème Régiment de cavalerie à l'oeuvre à Ia Drang Valley.

La bataille de Ia Drang est la première et une des plus importantes batailles livrées entre l'US Army et l'Armée nord-vietnamienne (ANV). Elle s'est déroulée du 14 au 18 novembre 1965 dans la région montagneuse dite des "Hauts-Plateaux", au centre du Sud-Vietnam.

Rappel de mémoire: entre 1963 et 1965, de multiples coups d'Etats et de bouleversements politiques ont secoué le pays, affaiblissement le pouvoir gouvernemental et les capacité de l'Armée sud-vietnamienne (ARVN). En 1965, le Vietcong et les unités de l'ANV infiltré au Sud contrôle une bonne partie des régions rurales.

Le 19 octobre 1965, les 32ème et 33ème Régiments ANV, commandés par le colonel Nguyen Huu An, lancent une attaque contre le camp des Forces Spéciales (Bérêts Verts) de Plei Me, à environ 40km au sud de Pleiku, alors base d'opération de la 3ème Brigade de la 1ère Division de cavalerie, récemment arrivée au Sud-Vietnam, au coeur de cette région montagneuse. L'offensive nord-vietnamienne, partie de la frontière cambodgienne, vers la côte, a pour objectif de couper le Sud-Vietnam en deux.



Pour contrer cette menace, le général William Westmorland donne l'ordre à la 1ère Division de cavalerie [aéromobile] de lancer une contre-attaque à la fin de ce mois d'octobre. L'ANV, menacée à son tour par cette riposte, doit reculer, et Westmorland décide d'utiliser la First Cav dans une mission "Search and Destroy" pour trouver et anéantir l'ennemi. Mais ce que les Américains ignorent, au début de novembre, c'est que les unités nord-vietnamiennes sont en train de se regrouper dans la Vallée de Ia Drang, située à 25km à l'ouest de Plei Me.


Le 14 novembre 1965, le 1er Bataillon du 7ème Régiment de cavalerie (1/7 Cav), commandé par le lieutenant-colonel Harold G. Moore, est héliporté dans cette vallée et déposé dans la vallée pour "rechercher et détruire" l'ennemi. L'appui-feu est fourni par l'artillerie de la Firebase Falcon, située à 8km au nord-est.




La bataille de Ia Drang est la première opération de grande envergure montée contre l'ANV. Pour Westmorland, elle prouve deux choses: les forces américaines peuvent vaincre l'élite de l'armée nord-vietnamienne, et la mobilité sur le champ de bataille apportée par les hélicoptères, associée à un appui-feu important, permet de remporter la victoire.

Les Américains ont perdu au cours de leur engagement dans la vallée de Ia Drang, et pas uniquement pour leur engagement sur la LZ X-Ray, 307 tués et 524 blessés. Le bodycount US des pertes nord-vietnamiennes s'élève à 1519 tués, 1178 blessés et 157 prisonniers.



Le film "Nous Etions Soldats" (We Were Soldiers) de Randall Wallace, avec les acteurs australien Mel Gibson, dans le rôle de Moore, et vietnamien Don Duong, dans celui de Huu An, relate pratiquement heure par heure cette terrible bataille.

Plus d'infos sur ce film


Iron Triangle: le "Triangle de Fer" au nord de Saigon.


Delta du Mékong: Brown Water Navy, la "Marine des Eaux Boueuses".


[Troisième partie: "1966-1967: l'engrennage fatal" - A suivre]


Sources également disponibles:

Operation Starlite (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Starlite

Battle of Ia Drang (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Ia_Drang