16 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: l'assaut initial allemand

L'offensive terrestre allemande débute le samedi 16 décembre 1944 à 8h du matin, après une formidable préparation d'artillerie. Sous le choc et complètement surpris, les postes avancés américains lâchent pied dans presque tous les secteurs.



Assaut initial allemand (16 décembre 1944).

Samedi 16 décembre 1944. 5h30 du matin. Le long de la Ligne Siegfried, sur un front large d'une centaine de kilomètres allant de Monschau au nord à Echternach au sud, dans le secteur des Ardennes belgo-luxembourgeoises, l'artillerie allemande ouvre un feu nourri contre les positions des V et VIII Corps américains. La durée de ce bombardement varie selon les endroits de 20 à 90 minutes. Les postes avancés américains sont complètement surpris et, presque partout, lâchent pied. Les GIs et le haut-commandement du général Dwight Eisenhower étaient habitués, depuis la Normandie, à mener des opérations offensives.


La veille encore, cette attitude des Alliés a été amplement commenté à Bruxelles par le maréchal britannique Bernard Law Montgomery, commandant du XXI Groupe d'Armées alliées. Parlant au cours d'une conférence devant ses subordonnés, il déclara: "Sur tous les fronts, les Allemands mènent une guerre défensive. Actuellement, leur situation militaire et stratégique ne leur permet absolument pas d'envisager la mise sur pied d'une quelconque offensive de grande envergure." Le destin va en décider autrement et très rapidement contredire les affirmations optimistes de Montgomery, en leur opposant le plus singlant des démentis.

Le lendemain à l'aube, trois armées allemandes, dont deux blindés, avec un effectif de 240,000 hommes, 1,800 chars et canons d'assaut automoteur, et 2,000 pièces d'artillerie, déclenchent la plus importante offensive militaire des dix-huit derniers mois de la guerre: l'opération Wacht am Rhein.

Photo ci-dessous: mouvements de retraite de la 99ème Division de Wirtzfeld, le 16 décembre 1944.


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A 8h, les trois armées allemandes se mettent en mouvement. Dans le secteur nord, la 6ème Panzerarmee-SS attaque les "Rookies" (Bleus) de la 99ème Division d'infanterie, une unité sans l'expérience du feu qui vient juste de débarquemer sur le continent, et ceux-ci doivent se replier sur les hauteurs d'Elsenborn. Le 393ème Régiment du colonel Jean Scott est malmené dans les villages jumeaux de Krinkelt et de Rocherath par le I Panzerkorps SS. Une partie du 394ème Régiment du colonel Don Riley est enfoncée à Losheimergraben par la 12ème Division de volksgrenadiers et doit se replier sur Honsfeld et Bullingen (Bullange). Les Allemands font un grand nombre de prisonniers de guerre. Mais le gros de la 99ème Division encaisse plus ou moins bien le choc et se retranche sur les hauteurs du plateau d'Elsenborn où, avec la 2ème Division d'infanterie sur le point d'arriver, elle résistera désespérément aux assauts allemands pendant toute la durée de la bataille.


Plus au sud, dans un secteur faiblement défendu, la 3ème Division de parachutistes et la 18ème Division de Volksgrenadiers du LXVII Korps détruisent le 14ème Groupe de cavalerie, qui assure la liaison entre les V et VIII Corps, et s'engouffrent dans la Trouée de Losheim, entre les plateaux d'Elsenborn et du Schnee Eifel. Le soir, dans la brêche ainsi créée, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, avec le 1er Régiment de panzers-SS de Joachim Peiper ("Kampfgruppe Peiper") en tête, doit contourner le plateau d'Elsenborn, fermement tenu par le V Corps américain, et avancer en direction de Stavelot, Malmédy et Trois-Ponts. Les exactions de cette division vont plonger toute la région dans le cauchemard et la terreur. Elle se livrera les jours suivants à toute une série de massacres et de crimes de guerre à l'encontre de civils belges et de prisonniers de guerre américains.


Dans le secteur de la 5ème Panzerarmee, après que le génie pontonnier ait construit des ouvrages sur l'Our pour permettre le passage des chars, les unités blindées allemandes percent les lignes avancées de la 28ème Division d'infanterie du VIII Corps américain. La préparation d'artillerie d'Hasso von Manteuffel débute elle-aussi à 5h30 mais, contrairement à la 6ème Panzerarmee SS, celle-ci a été réduite au minimum, de manière à conserver l'état de surprise. Les divisions du LXVI Korps d'infanterie pulvérise les postes avancés de la 106ème Division d'infanterie américaine et converge vers son objectif principal: St Vith.

Photo ci-dessous: un char Koening Tiger ("Tigre Royal") croise une colonne de prisonniers américains de la 99ème Division d'infanterie. 16 ou 17 décembre 1944.


Le 422ème Régiment du colonel George Descheneaux, entre le 14ème Groupe de cavalerie et le 423ème Régiment, est débordé des deux côtés et menacé d'encerclement vers Schoenberg et Andler. Le 423ème Régiment du colonel Charles Cavender est enfoncé et doit se replier sur Bleialf, où il se joint au flanc sud de Descheneaux. Le 424ème Régiment du colonel Alexander Reid est enfoncé à Eigelscheid, Grosslangelfeld et Heckuscheid. Isolé du reste de la 106ème Division, il sera intégré au sein de la 28ème. L'encerclement et l'anéantissement complet de la 106ème Division d'infanterie du général Alan Jones se profile déjà.

Les chars des LVIII et XLVII Panzerkorps, après avoir traversé l'Our sur les ponts construits par le génie, pulvérisent l'un après l'autre tous les points d'appui que la 28ème Division d'infanterie a installé sur la route baptisée Skyline Drive, ou "Route des Crêtes".

Sur le flanc nord de la division américaine, le 112ème Régiment du colonel Gustin Nelson est attaqué par la 116ème Division panzer et la 560ème Division de Volksgrenadiers, et doit se replier, avec le 424ème Régiment de la 106ème Division d'infanterie, sur Ouren et Weiswampach. Au centre, le 110ème Régiment du colonel Hurley Fuller est enfoncé à Hosingen, Marnach, Walhausen et Weiler, par la 2ème Division panzer et la 26ème Division de volksgrenadiers. Le soir, les deux panzerkorps de von Manteuffel avancent rapidement dans le Grand-Duché de Luxembourg, vers Clervaux, Bockholz, Drauffel et Wiltz. Objectif principal: Bastogne, où Troy Middleton a installé le QG de son VIII Corps.


Dans le secteur de la 7ème Armée allemande, le 109ème Régiment du colonel James Rudder est enfoncé par la 5ème Division de parachutistes et la 352ème Division de volksgrenadiers du LXXXV Korps à Vianden et Wallendorf. Les Allemands progressent vers Diekirch et Ettelbrück. A l'extrêmité sud du dispositif d'attaque allemand, le LXXX Korps perce les positions du CCA de la 9ème Division blindée et du 12ème Régiment de la 4ème Division d'infanterie, du colonel Robert Chance. La 212ème Division de volksgrenadiers traverse Echternach et avance de cinq kilomètres. La 272ème Division de volksgrenadiers prend Dillengen à la 9ème Division blindée. Cependant, les deux divisions américaines se ressaisissent et, avec l'aide de leur artillerie de campagne et des chars, ralentissent puis stoppent les troupes ennemies au sud de la ville, à Dickweiler, Lauterborn et Osweiler, et le long de l'Ernz Noire, un petit cours d'eau.


La nouvelle de l'offensive allemande remonte toute la chaîne de commandement alliée. D'abord au QG de la 1ère Armée américaine du lieutenant-général Courtney Hodges, à Spa. Puis à Luxembourg-ville, QG du XIIème Groupe d'armées du général Omar Bradley. Et finalement, en soirée, au SHAEF à Versailles, le GQG des forces expéditionnaires alliées en Europe, sous le commandement suprême du général américain Dwight D. Eisenhower, où elle provoque une très vive surprise. A la demande d'Eisenhower, la 9ème Armée américaine envoie la 7ème Division blindée du XIII Corps américain, stationnée dans la région de Maastricht, vers Saint-Vith, un des deux grands noeuds routiers des Ardennes belges.

Le commandant de la 3ème Armée américaine, le bouillant lieutenant-général George Patton, furieux, doit faire de même à contre-coeur. Il cède sa 10ème Division blindée, stationnée dans la Sarre, et l'envoie vers Bastogne, le second grand noeud situé dans le sud des Ardennes, où convergent cinq grandes axes routiers. Dans la région de Mourmelon, en France, les 82ème et 101ème Divisions aéroporées, en cours de réorganisation après l'échec de l'opération Market-Garden, sont placées en état d'alerte dans la soirée. Ces quatre divisions l'ignorent encore, mais elles ont rendez-vous avec l'Histoire.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.
Banques d'images de l'European Center of Military History.

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