mardi 16 juin 2009

19-20 juin 1944 - Pacifique Central: Tir au Pigeons des Mariannes

Le "Tir aux Pigeons des Mariannes", ou "Great Marianas Turkey Shoot", est un épisode célèbre de la Bataille de la Mer des Philippines qui s'est déroulé les 19 et 20 juin 1944. Les pilotes de l'aéronavale américaine appeleront ainsi l'hécatombe de l'aviation embarquée du vice-amiral Jisaburo Ozawa: environ 400 avions japonais abattus au cours du plus grand combat aérien de la Guerre du Pacifique, pour le prix de seulement 29 chasseurs américains perdus.



Contexte historique.

A Tokyo, le 15 juin 1944, en prenant connaissance du débarquement américain sur Saipan (1), l'amiral japonais Soemu Toyoda, qui a remplacé l'amiral Mineichi Koga au commandement de la flotte combinée, met en route l'opération A-Go, un plan qui consiste à jeter tout ce que la marine impériale alligne encore contre la flotte américaine dans les îles Mariannes.


(1) "15 juin 1944 - Pacifique Central: opération Forager, la conquête des îles Mariannes".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/15-juin-1944-pacifique-central.html



"Bataille de la Mer des Philippines" (19-20 juin 1944).

Le 15 juin 1944, la flotte combinée japonaise appareille donc de Tawi-Tawi, à Bornéo, et de Samar, aux Philippines, où elle a trouvé refuge après les attaques de la Task Force TF58 du vice-amiral Marc Mitscher sur le lagon de Truk, et fait route vers Saipan par la Mer des Philippines, pour se mesurer à la 5ème Flotte US de l'amiral Raymond Spruance.


Deux sous-marins américains en patrouille, l'Albacore et le Cavalla, repèrent l'escadre de porte-avions d'escadre du vice-amiral Jisaburo Ozawa, la "Force-A" et en avertissent Spruance, qui arrête ses opérations aériennes contre Guam et les îles Bonin le 16 juin, pour se lancer à l'assaut des porte-avions ennemis.

Le 19 juin 1944 au matin, les deux flottes aéronavales s'affrontent.


C'est la "Bataille de la Mer des Philippines". L'avant-garde japonaise d'Ozawa, composée des trois porte-avions lourds de la "Force-A", est suivie par deux autres escadres, avec deux porte-avions lourds et quatre porte-avions légers, les "Force-B" et "Force-C", commandées respectivement par le contre-amiral Takaji Yoshima et le vice-amiral Takeo Kurita. Les neufs porte-avions japonais engagés regroupent au total 373 avions embarqués A6M5c Zeke, B5N Kate, B6N Jill et D4Y Judy. L'ensemble de la flotte est commandé par l'amiral Soemu Toyoda, à Tawi-Tawi.

2ème Flotte japonaise. Amiral Soemu Toyoda.

"Force-A". Vice-amiral Jisaburo Ozawa.
- 3 porte-avions lourds: Taiho, Shokaku et Zuikaku.
- 2 croiseurs lourds: Myoko et Haguro.
- 1 croiseur léger: Yahagi.
- 8 destroyers: Asagumo, Urakaze, Isokaze, Tanikaze, Akizuki, Hazuzuki, Wakazuki et Shimozuki.


"Force-B". Contre-amiral Takaji Yoshima.
- 2 porte-avions lourds: Hiyo et Junyo.
- 1 porte-avions léger: Ryuho.
- 1 cuirassé: Nagato.
- 1 croiseur lourd: Mogami.
- 8 destroyers: Hayashimo, Akishimo, Samidare, Shigure, Harusame, Mizishio, Yamagumo et Nowaki.


"Force-C". Vice-amiral Takeo Kurita.
- 3 porte-avions légers: Zuiho, Chitose et Chiyoda.
- Aviation embarquée: 63 A6M5c Zeke, 9 B6N Jill et 18 B5N Kate.
- 4 cuirassés: Yamato, Musashi, Kongo et Haruna.
- 8 croiseurs lourds: Atago, Takao, Maya, Chokai, Chikuma, Tone, Kumano et Suzuya.
- 9 destroyers: Kishinami, Tamanami, Shimakaze II, Hamakaze, Naganami, Okinami, Asashimo, Hamanami et Fujinami.


Force de ravitaillement.
- 6 destroyers: Hibiki, Tsuga, Yunagi, Hazushimo, Yukikaze et Uzuki.
- 6 pétroliers: Hayasui, Niziei Maru, Seiyo Maru, Kokuyo Maru, Azusa Maru et Genyo Maru.

En face, les quinze porte-avions d'escadre de la Task Force TF58, sept lourds (CV) de classe Essex et huit légers (CVL) de classe Independence, avec environ 900 avions à leur bord, commandés par le vice-amiral Marc Mitscher, à bord de son navire de commandement: le porte-avions Lexington II.



Task Group TG.58.1. Contre-amiral Joseph J. "Jocko" Clark.
- 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Yorktown II, Hornet II.
- 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Belleau Wood, Bataan.
- 3 croiseurs lourds (CA): Boston, Canberra, Baltimore.
- 2 croiseurs légers AA (CLAA): Oakland, San Juan.
- 14 destroyers (DD): Izard, Bell, Burns, Conner, Charrette, Boyd, Bradford, Brown, Cowell, Maury, Craven, Gridley, Helm, McCall.


Task Group TG.58.2. Contre-amiral Alfred E. Montgomery.
- 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Bunker Hill, Wasp II.
- 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Monterey, Cabot.
- 3 croiseurs légers (CL): Santa Fe, Mobile, Biloxi.
- 12 destroyers (DD): Miller, Owen, Stephen Potter, The Sullivans, Tingey, Hickox, Hunt, Lewis Hancock, Marshall, MacDonough, Dewey, Hull.


Task Group TG.58.3. Contre-amiral John W. "Black Jack" Reeves.
- 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Enterprise, Lexington II.
- 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Princeton, San Jacinto.
- 1 croiseur lourd (CA): Indianapolis.
- 3 croiseurs légers (CL): Montpelier, Cleveland, Birmingham.
- 13 destroyers (DD): Clarence Bronson, Ingersoll, Dortch, Gatling, Caperton, Healy, Cogswell, Cotten, Knapp, Anthony, Wadsworth, Terry, Braine.


Task Group TG.58.4. Contre-amiral William K. "Keen" Harrill.
- 1 porte-avions d'escadre lourd (CV): Essex.
- 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Cowpens, Langley II.
- 3 croiseurs légers (CL): Vincennes, Miami, Houston.
- 1 croiseur léger AA (CLAA): San Diego.
- 14 destroyers (DD): Lansdowne, Lardner, McCalla, Case, Lang, Sterett, Wilson, Ellet, Charles Ausburne, Stanly, Dyson, Spence, Converse, Thatcher.


Task Group TG.58.7. Contre-amiral Willis A. Lee.
- 7 cuirassés (BB): Washington, North Carolina, Iowa, New Jersey, South Dakota, Alabama, Indiana.
- 4 croiseurs lourds (CA): Wichita, Minneapolis, New Orleans, San Francisco.
- 14 destroyers (DD): Mugford, Conyngham, Bagley, Patterson, Guest, Selfridge, Halford, Fullam, Hudson, Bennett, Yarnall, Monssen, Twining, Stockham.

Le 19 juin 1944, à 5h50 du matin, un avion de reconnaissance japonais basé sur Guam repère la Task Force TF58 de Mitscher et communique le renseignement aux porte-avions de Toyoda.

Les Japonais font décoller des porte-avions 325 bombardiers-torpilleurs, bombardiers en piquée et chasseurs d'escorte, en quatre vagues successives, pour détruire la Task Force américaine.

- 1er vague (10h): 68 avions lancés, 42 abattus.
- 2ème vague (11h): 128 avions lancés, 97 abattus.
- 3ème vague (13h): 47 avions lancés, 7 abattus.
- 4ème vague (14h): 82 avions lancés, 54 abattus.

Ozawa peut également compter sur l'appui de l'aviation navale japonaise basée à terre, sur les aérodromes de Guam et Tinian. Environ 300 avions commandés par le vice-amiral Kakuji Kakuta.

Dans cette bataille, les Américains disposent de trois atouts maîtres. D'abord la supériorité qualitative: les pilotes américains sont devenus plus expérimentés que leurs homologues japonais depuis la bataille de Midway.

Ensuite, l'avantage technologique: l'aviation embarquée américaine de 1944 n'a plus rien à voir avec celle de fin 1941. Les F4F Wildcat et TBD Devastator ont cédé leur place à de nouveaux type d'avions. Ses chasseurs Grumman F6F Hellcat surclassent dans tous les domaines les avions japonais et s'adjugent la maîtrise aérienne absolue dans le Pacifique.


Pour finir, Spruance dispose d'une arme que n'ont pas les Japonais: le radar embarqué et les destroyers-picket de veille et d'alerte, donc d'une DCA et d'une détection accrue et plus efficace.

Sans surprise, l'attaque aérienne japonaise se transforme en un véritable désastre.

Au cours du plus grand combat aérien de la guerre du Pacifique, qui dure plus de quatre heures, 343 avions embarqués et terrestres japonais sont abattus par l'aviation de chasse ou la DCA américaines.


Les Américains ne perdent eux-mêmes dans cet affrontement que 29 avions. Les pilotes de l'US Navy surnommeront cette hécatombe Marianas Turkey Shoot, le "Tir aux pigeons des Mariannes".



Les deux sous-marins américains qui ont repéré la "A-Force" coulent les trois porte-avions d'escadre d'Ozawa.

A 15h05, le porte-avions japonais Taiho est touché le premier par deux torpilles de l'Albacore du lieutenant-commander James W. Blanchard.

Puis, à 15h30, c'est le tour des porte-avions Shokaku et Zuikaku, touchés par des torpilles provenant du Cavalla, commandé par le lieutenant-commander Herman J. Kossler.

Du côté américain, les porte-avions d'escadre Bunker Hill et Wasp, ainsi que les cuirassés South Dakota et Indiana, sont les seuls navires américains à subir des dommages... très minimes.


La "Force-A" d'Ozawa est hors de combat et fait demi-tour, mais il reste encore les deux escadres de Yoshima et de Kurita, avec six porte-avions. Malgré l'heure avancée, Mitscher tente un coup de poker et lance 85 chasseurs F6F Hellcat, 77 bombardiers en piquée SBD Dauntless et SB2C Helldiver et 54 bombardiers-torpilleurs TBF Avenger, contre les navires japonais, à plus de 480km de distance de sa TF58.

Alors que le soleil se couche, les avions américains arrivent en vue des six porte-avions légers japonais. Les avions embarqués de Mitscher coulent le porte-avions léger Hiyo et le pétrolier Genyo Maru, endommagent les porte-avions légers Chiyoda et Chitose, le cuirassé Haruna, le croiseur lourd Maya, les destroyers Samidare et Shigure. Ils détruisent ce qui reste de l'aviation embarquée japonaise.

Mais après cette victoire, les avions américains sont obligés de revenir sur leurs porte-avions après la tombée du jour. Alors que les Américains n'ont perdu que 29 avions en combat aérien, 80 autres appareils s'écrasent à l'appontage, ou se perdent et tombent dans l'océan à court de carburant.

Pour tenter de guider les équipages affolés et en difficulté et arrêter l'hécatombe, Mitscher donne alors un ordre incroyable, unique dans l'histoire de la guerre navale: au mépris des attaques sous-marines ou aériennes ennemies, il fait allumer tout les feux des navires et illuminer son escadre "comme un sapin de noel".

Ce qui permet de limiter les dégâts: sur les 209 aviateurs américains disparus en mer dans la nuit du 19 au 20 juin, 160 seront récupérés et sauvés à l'aube.

Les Japonais se retrouvent désormais avec uniquement six porte-avions légers, dont trois endommagés, et plus aucune aviation embarquée. Sur les 373 avions embarqués d'Ozawa, seuls 35 survivront à cette bataille mémorable. Ainsi qu'une centaine d'avions terrestres de Kakuta, soit un tier des effectifs initiaux.

Les Américains ont perdu durant cette Bataille de la Mer de Philippines, au total, 123 avions. Les Japonais, environ 600 avions embarqués et terrestres détruits, trois porte-avions d'escadre lourds, un porte-avions léger et un pétrolier coulés, deux autres porte-avions légers, un cuirassé, un croiseur lourd et deux destroyers endommagés. Le Tir aux Pigeons des Mariannes sonne le glas de l'aéronavale japonaise.


Sources disponibles.

The Marianas Turkey Shoot (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Marianas_Turkey_Shoot

Bataille de la mer des Philippines (Wikipedia.org).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_mer_des_Philippines



Série documentaire "Les Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale".
(Daniel Costelle et Henri de Turenne) - Vidéo Dailymotion.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.


Bataille du Pacifique II - Reconquête 1/5


Bataille du Pacifique II - Reconquête 2/5


Bataille du Pacifique II - Reconquête 3/5


Bataille du Pacifique II - Reconquête 4/5


Bataille du Pacifique II - Reconquête 5/5

lundi 15 juin 2009

15 juin 1944 - Pacifique Central: opération Forager, la conquete des îles Mariannes

Au cours de la Guerre du Pacifique, l'opération Forager est le nom de code donné par l'état-major américain aux opérations navales et amphibies visant la conquête des îles Mariannes. L'intention des Etats-Unis est de s'en servir comme bases géantes pour le nouveau bombardier lourd récemment mis en service, le B-29 Superfortress. La première phase de l'opération commence le 15 juin 1944 au large de Saipan, île que les Japonais ont transformé en forteresse "imprenable".

Pendant six semaines, la campagne des îles Mariannes fut une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale. Les soldats japonais se battirent véritablement jusqu'au dernier homme et les pertes américaines furent très lourdes.



Plan de bataille et préparatifs américains.

Les plans de bataille américains visant à la défaite finale du Japon ont été planifié lors des conférences de Casablanca (janvier 1943) et de Quebec (août 1943). La reconquête du Pacifique entreprise par les Etats-Unis se fera suivant deux axes.

Le premier est la stratégie "Philippine" défendue par le général Douglas MacArthur, commandant en chef du théâtre d'opération du Pacifique Sud-Ouest. C'est une campagne menée suivant la technique des "saut-de-puces": une série de débarquements successifs seraient effectués en Nouvelle-Guinée et dans les îles Salomons, avant de s'attaquer au gros morceaux: les îles Philippines.

La seconde stratégie est défendue par les amiraux Ernest J. King, chef d'état-major de l'US Navy à Washington, et Chester Nimitz, commandant en chef de la flotte du Pacifique (CINCPAC) et commandant en chef des forces alliées dans la zone d'opération du Pacifique Central. C'est la stratégie de reconquête, île par île, sur le plus court chemin menant directement au Japon, les archipels Gilbert, Marshall et Mariannes, à travers l'immensité océanique.

De toute façon, à la fin de l'année 1943, la puissance industrielle et militaire américaine est devenue telle que les Etats-Unis ont maintenant les moyens de mener les deux campagnes de MacArthur et de Nimitz simultanément.

Nimitz entame sa campagne en exécutant l'opération Galvanic et s'empare des îles Gilbert. La sanglante bataille de Tarawa (1), du 20 au 23 novembre 1943, donne aux Américains un avant-goût de ce que sera la future conquête du Japon. En février 1944, c'est le tour des opérations Flintlock et Catchpole, la conquête des îles Marshall, avec les atolls de Roi-Namur, Eniwetok et Kwajalein.


Le 17 février 1944, la 5ème Flotte US du vice-amiral Raymond A. Spruance attaque le lagon de Truk, dans les îles Carolines, avec douze porte-avions d'escadre rapides, six cuirassés, dix croiseurs et vingt-huit destroyers.


Le vice-amiral Marc Mitscher et sa Task Force TF58 effectue 1250 sorties aériennes, coule le croiseur léger Agano, trois destroyers, sept navires auxiliaires, six pétroliers, 17 navires de transports, et détruisant au sol ou en combats aériens 250 avions japonais. Pendant ce temps, le reste de la 5ème Flotte US contourne l'île et surprend le croiseur léger Katori et le destroyer Maikaze, qui sont envoyé par le fond.

Cette opération Hailstone n'occasionnera aux Américains que la perte de 25 avions et une avarie sur le porte-avions d'escadre Intrepid, touché par une torpille japonaise. La TF58 pousse encore plus loin son harcèlement et exécute des raids sur les bases japonaises de Palaos et de Yap, où la flotte combinée japonaise s'est réfugiée après la neutralisation de Truk.

La flotte combinée japonaise fut donc une nouvelle fois obligée de se retirer à Tawi-Tawi, non loin de l'île de Bornéo. Lors de cette retraite de l'amiral Minechi Koga, commandant de la flotte combinée japonaise, ce dernier disparait en mer dans un accident d'avion, et est remplacé par l'amiral Soemu Toyoda.

Après les raids dévastateurs de la TF58 contre la base japonaise de Truk, le plan de conquête de Nimitz contre les îles Carolines est annulé, et l'objectif de substitution, la prise des îles Mariannes, mise en place. Elle débutera trois mois après la fin de l'opération Flintlock, en juin 1944.

La prochaine étape du vice-amiral Raymond Spruance est donc l'opération Forager: la conquête de Saipan, Guam et Tinian. Lors de la Conférence du Caire (novembre 1943), il a été décidé par l'Etat-major interarmes (Joint Chiefs of Staff) de se servir des îles Mariannes, en particulier de Guam et de Tinian, comme bases géantes permettant d'accueillir les nouveaux bombardiers lourds B-29 Superfortress, capable de voler 4800km et de bombarder les villes métropolitaines du Japon.


Pour mener à bien cette campagne, les Américains rassemblent des moyens impressionnants: la 5ème Flotte US du vice-amiral Raymond A. Spruance, qui assure le transport des 3ème et 5ème Corps amphibie US, avec 98000 Marines et 20000 fantassins. Elle rassemble au total 2500 navires, dont 650 bâtiments de guerre, dirigées par 245000 marins. Avec pas moins de 15 porte-avions d'escadre, 44 porte-avions d'escorte, 1400 avions embarqués, 8 cuirassés, 37 croiseurs, 189 destroyers, 122 sous-marins, une nuée de frégates et de vedettes lance-torpilles.


Le 6 juin 1944, quand la 5ème Flotte US appareille de ses bases de Majuro (TF58), dans les îles Marshall, de Pearl Harbor (TF50, TF51, TF52, TF56 et TF57), de Kwajalein (îles Marshall), Guadalcanal et Tulagi (TF53), c'est toute la formidable puissance navale américaine qui s'étale à perte de vue. Au moment même où les 6000 navires d'Overlord entament la libération de l'Europe, à l'autre bout du monde, les Etats-Unis s'offrent le luxe de rassembler une seconde armada, la plus formidable flotte jamais réunie à cette date dans le Pacifique.

Les stratèges japonais pensent que la prochaine étape de Nimitz est la conquête des Carolines, et spécialement de Truk et Ponape, mais comme il a été dit, Nimitz tourne son attention vers les îles aux Mariannes, laissant les Carolines de côté, entre lui et Halsey, et laissant son aviation embarquée se charger de la grande base japonaise de Truk.

Photo ci-dessous: en partant de la gauche, Raymond Spruance, Ernest King et Chester Nimitz.



La conduite des opérations terrestres revient au général Holland M. Smith (USMC), commandant en chef des forces expéditionnaires de la Task Force TF51, avec le 5ème Corps amphibie (2ème et 4ème Divisions de Marines) commandé par le lieutenant-général Harry Schmidt, destiné à Saipan et Tinian, le 3ème Corps amphibie (3ème Division et 1ère Brigade de Marines), du général Roy S. Geiger, destiné à Guam, et le 24ème Corps de l'US Army, avec les 27ème et 77ème Divisions d'infanterie.

La conquête de Saipan et de Tinian est confiée à la Task Force TF52 ou "Northern Force", commandé par le contre-amiral Richmond K. Turner, et aux 68000 Marines du 5ème Corps amphibie US, et à la 27ème Division d'infanterie de l'US Army (réserve), placés sous le commandement du général Harry Schmidt (USMC).

La conquete de Guam, programmée le 21 juillet 1944, reviendra à la Task Force TF53 ou "Southern Force" du contre-amiral Richard L. Conolly, aux 29000 Marines du 3ème Corps amphibie US et à la 77ème Division d'infanterie (réserve), commandés par le général Roy S. Geiger (USMC).



(1) "20-23 septembre 1943 - Opération Galvanic: Tarawa la Sanglante".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2008/11/20-23-novembre-1943-opration-galvanic.html



Défenses japonaises.

Saipan est defendue par 30000 Japonais. D'une part les 6160 fusiliers marins de la 5ème Base Force Navale et de la Yokosuka Force Spéciale Navale de débarquement (SNLF), commandés par le vice-amiral Chuichi Nagumo. D'autre part des éléments de la 31ème Armée japonaise, du lieutenant-général Yoshitsugu Saito. Ce dernier dispose de la 43ème Division d'infanterie (118ème, 135ème et 136ème Régiments) et de la 47ème Brigade mixte, des 316ème, 317ème et 318ème Bataillons indépendants d'infanterie, et enfin de trois bataillons de mortiers et d'une soixantaine de pièces d'artillerie côtière.



La garnison japonaise de Guam, avec un effectif de 18500 hommes provenant de la 29ème Division d'infanterie et de deux brigades indépendantes mixtes, est commandée par les généraux Takeshi Takashima et Hideyoshi Obata. Territoire américain conquis par les Japonais en décembre 1941, Guam a été rebaptisée l'"île aux Oiseaux".


Bataille de Saipan (15 juin - 8 juillet 1944).

A l'aube du 15 juin 1944, la 5ème Flotte US du vice-amiral Raymond Spruance entame l'opération Forager, la conquête des îles Mariannes. Les opérations de débarquement proprement dites sur Saipan et Tinian sont confiés à la Task Force TF52 du contre-amiral Richmond K. "Le Terrible" Turner, qui assure le transport des 3ème et 5ème Corps amphibies US, avec 98000 Marines et 20000 fantassins (TF56).


La Force de protection aéronavale est assurée par la Task Force TF58 du vice-amiral Marc Mitscher, avec quinze porte-avions d'escadre.


Protégés par le feu des cuirassés et des croiseurs entrés en action à 5h45, et après un violent bombardement aérien, les premiers engins amphibies des Marines prennent pied sur la côte ouest de Saipan à 8h40.

La 2ème Division de Marines débarque au nord de la pointe Afetna, sur les plages désignées en code Green Beach et Red Beach. La 4ème Division de Marine, au sud de la point Afetna, sur Blue Beach et Yellow Beach. La 27ème Division d'infanterie de l'US Army est tenue en réserve.


La puissance de feu et la réaction japonaises causent d'énormes pertes parmi les troupes américaines fraîchement débarquées. Pour les Américains, tout, ou à peu près, va de travers! La distance réelle entre les deux divisions débarquées est plus grande que prévu, une bonne partie de la 2ème Division ayant déviée plus au nord du point fixé initial. Pour faire diversion, un régiment de la 27ème Division d'infanterie feint un débarquement au nord de l'île.

Durant cette journée, le cuirassé Tennessee est endommagé par le tir des batteries côtières japonaises. En soirée, les Marines ont établi une tête de pont large de 9km et profonde d'environ un kilomètre, mais leurs flancs ne sont pas sûrs et les Japonais tiennent encore solidement la Pointe Afetna.


Selon leur tactique habituelle, les Japonais lancent des charges suicides dans la nuit du 15 au 16 juin, et perdent plus de mille hommes sans réussir à rejeter les Américains à la mer. Les 20000 Marines débarqués ce premier jour n'auront fait que la moitié de la distance vers leurs objectifs fixés en fin de la journée.

En apprenant ce débarquement si près du Japon, l'amiral Soemu Toyoda met en route l'opération A-Go, un plan qu'il a conçu et jettant tout ce que le Japon alligne encore comme navire de guerre contre la flotte américaine.

A 9h, le vice-amiral Jizaburo Ozawa, commandant les forces aéronavales japonaises chargées de cette opération destinée à la destruction de la Task Force TF58, reçoit de ce dernier un message rédigé dans les mêmes termes que celui de l'amiral Togo avant la bataille de Tsushima en 1905: "Le sort de l'Empire dépend de cette bataille. Chacun devra donner le meilleur de lui-même."

La flotte combinée japonaise, avec tous ses porte-avions, appareille donc de Tawi-Tawi, à Bornéo, où elle s'est réfugiée après les attaques de la Task Force TF58 du vice-amiral Marc Mitscher conte le lagon Truk, et remonte vers Saipan par la mer des Philippines, à la rencontre de la 5ème Flotte US de l'amiral Raymond Spruance. Ce sera la "Bataille de la Mer des Philippines", qui vera la destruction complète de l'aéronavale japonaise. (2)

Sur le flanc nord de la tête de pont américaine, la 2ème Division de Marines du lieutenant-général Thomas E. Watson consolide ses positions, s'emparant de la pointe Afetna et du village de Charan Kanoa, puis opère sa jonction avec la 4ème Division de Marines, au sud de la pointe Afetna. La 4ème Division de Marines du major-général Clifton B. Cates se porte à l'intérieur des terres, rencontrant une forte résistance japonaise.

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1944, la 27ème Division d'infanterie de l'US Army, commandée par le major-général Ralph C. Smith et jusqu'alors tenue en réserve, débarque sur Blue Beach et s'empara très vite du village de Charan Kanoa.


Le 17 juin 1944, les 2ème et 4ème Divisions de Marines réalisent quelques progrès, tant au nord qu'au sud de la tête de pont américaine, mais n'avancent guère à l'intérieur, arrêtées par les furieuses contre-attaques japonaises.

Le 18 juin 1944, les troupes américaines débarquées ont établit leurs jonctions et font maintenant mouvement vers le nord de l'île. La 2ème Division de Marines maintient ses positions. La 27ème Division d'infanterie s'empare de l'aérodrome d'Aslito. La 4ème Division de Marines pousse rapidement jusqu'à la côte orientale de l'île et la Baie Magicienne. Les Japonais se retrouvent ainsi coupés en deux.


Profitant de l'absence de la Task Force TF58 et de l'aviation embarquée américaine parties à la recherche de l'escadre du vice-amiral Jisaburo Ozawa, l'aviation japonaise basée dans les îles Mariannes attaque en force le trafic maritime et la tête de pont américains, perdant à cette occasion une vingtaine d'avions touchés par la DCA.

Le 19 juin 1944, la 4ème Division de Marines, après avoir atteint la baie Magicienne la veille, sur la côte orientale, converge maintenant vers le nord, laissant à la 27ème Division d'infanterie le soin de liquider la résistance japonaise dans la partie méridionale de l'île. Les fantassins américains, qui n'ont pas encore l'expérience du combat, pensent à une simple opération de nettoyage. Malheureusement pour eux, la réalité sera toute autre.

Le 20 juin 1944, la 4ème Division de Marines continue de converger vers le nord de l'île, s'alignant avec la 2ème Division. la ligne de front japonaise s'étire au travers de l'île, de Garapan, à l'ouest, jusqu'à l'extrémité nord-ouest de la Baie Magicienne, à l'est.

Au sud, la 27ème Division d'infanterie entame sa marche vers le Mont Nafutan, à l'extrêmité sud de l'île, mais est soudainement stoppée par la réaction violente des Japonais.


Le 21 juin 1944, légers progrès de la 27ème Division d'infanterie en direction du sud, vers le Mont Nafutan. Activité de patrouille des 2ème et 4ème Divisions de Marines US, le long de la ligne allant de Garapan jusqu'à la baie Magicienne.

Le 22 juin 1944, la 2ème Division de Marines passe à l'attaque vers le nord, enlevant le mont Tipo Pale, et arrive à un peu plus d'un kilomètre du sommet du Mont Tapotchau, le point culminant de l'île. Des détachements de la 4ème Division de Marines qui attaquent le long de la côte orientale progressent rapidement vers le nord. A l'extrêmité sud de l'île, la 27ème Division d'infanterie poursuit ses attaques contre le Mont Nafutan.


Le 23 juin 1944, vaines attaques de la 2ème Division de Marines contre le Mont Tapotchau, dont les flancs sont défendus par un système très complexe de tranchées et de cavernes fortifiées reliées entre-elles par un réseau de galleries sous-terraines.

Les Marines enlèvent toutefois quelques cotes aux abords du mont, réalisant de légers progrès dans la Vallée de la Mort (Death Valley). Les Japonais contre-attaquent ensuite le long de cette vallée avec des blindés lourds, mais ils sont finalement repoussés.

Dans le secteur sud de l'île, le 105ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie tente toujours vainement d'éliminer les Japonais qui défendent le Mont Nafutan.

Le 24 juin 1944, la 27ème Division d'infanterie, moins le 105ème Régiment à la pointe Nefutan, est engagée dans la partie centrale de l'île, où les Marines sont toujours tenus en échec par les Japonais, notamment dans le secteur de la 2ème Division, sur le Mont Tapochau et dans la "Vallée de la Mort" (Death Valley). Le général Ralph C. Smith, commandant la 27ème Division d'infanterie, jugé incapable, est remplacé par le général George W. Griner. La 4ème Division de Marines, de son côté, réalise de légers progrès sur la côte orientale de l'île.


Le 25 juin 1944, des éléments des 8ème et 29ème Régiments de la 2ème Division de Marines atteignent le sommet du Mont Tapotchau. La 4ème Division de Marines s'empare de la péninsule de Kagman.

Photo: vue depuis le sommet du Mont Tapotchau.


Au sud de l'île, le 105ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie réussit à percer les lignes japonaises près de la Pointe Nafutan, dont la conquête est maintenant assurée, même si des Japonais résistent toujours désespérément.

Le 26 juin 1944, des chars amphibies américains attaquent un convoi de chalands japonais transportant des troupes de Tanapag Harbor, sur la côte ouest de l'île, vers le sud. La tentative japonaise est déjouée.

La 2ème Division de Marines s'empare d'une position clé au nord du mont Tipo Pale. La 27ème Division d'infanterie est toujours bloquée dans la Vallée de la Mort (Death Valley). Au sud de l'île, le 105ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie poursuit le nettoyage du Mont Nafutan. La 4ème Division de Marines nettoie de son côté, sur le flanc droit du dispositif américain, la Péninsule de Kagman.


Dans la nuit du 26 au 27 juin, le régiment repousse une n-ième attaque suicide nocturne des Japonais.

Le 27 juin 1944, les Américains s'emparent de quelques positions dans le secteur du Purple Heart, à l'ouest du mont Tapotchau.

Au sud de l'île, sur le Mont Nafutan, après la charge banzai de la nuit précédente, toute résistance japonaise a désormais cessé. Le 105ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie dénombre devant ses lignes plus de 600 cadavres japonais.

Le 28 juin 1944, poursuite des combats le long de la ligne qui traverse l'île depuis le sud de Garapan, sur le côte ouest, en passant par les massifs du Tipo Pale, du Mont Tapotchau et du Purple Heart, jusqu'à la côte est au nord de la péninsule de Kagman.

Dans la zone de la Vallée de la Mort (Death Valley), la 27ème Division d'infanterie subit d'énormes pertes aux abords du Mont Tapotchau et du Pearple Heart.

Le 29 juin 1944, situation inchangée dans le secteur des 2ème et 4ème Divisions de Marines. Mais dans la vallée de la Mort (Death Valley), le 106ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie progresse sur environ un kilomètre.

Le 30 juin 1944, la 2ème Division de Marines progresse au nord des monts Tipo Pale et Tapotchau. La 4ème Division de Marines achève le nettoyage de la péninsule de Kagman. Ainsi s'achève la bataille de Saipan dans la partie centrale de l'île.

La 27ème Division d'infanterie investit la Vallée de la Mort et le Purple Heart, établissant des solides liaisons avec la 2ème Division de Marines sur sa gauche, et la 4ème Division de Marines sur sa droite.

L'état-major interarmes américain (Joint Chiefs of Staff) fixe au 21 juillet 1944 le débarquement sur Guam, qui incombera aux troupes actuellement engagées sur Saipan, moins la 27ème Division d'infanterie qui y restera stationnée, et renforcées par la 77ème Division d'infanterie, nouvellement constituée et venant directement des îles Hawaii.

Le 1er juillet 1944, faibles progrès des 2ème et 4ème Divisions de Marines vers le nord de l'île.

Le 2 juillet 1944, sur le flanc gauche du front américain, la 2ème Division de Marines enlève une par une les ruines de Garapan aux Japonais. L'ensemble du dispositif progresse en moyenne d'environ un kilomètre par jour.

Les Japonais se retranchent sur une nouvelle ligne défensive, s'étendant de la partie nord de la rade de Tanapag jusqu'à la côte orientale de l'île.

Le 3 juillet 1944, progressant au nord, la 2ème Division de Marines occupe une hauteur dominant Tanapag, sur la côte occidentale de l'île, puis s'arrête devant un bastion japonais qui sera écrasé, dans la nuit du 3 au 4 juillet, sous un déluge d'obus et de bombes.

Le 4 juillet 1944, la 27ème Division d'infanterie, après un accrochage avec les Japonais en retraite, atteint la plaine de Tanapag. Un régiment de cette division capture la base d'hydravions à la pointe Flores et, avec l'aide d'un régiment de la 2ème Division de Marines, liquide un réseau de galleries et de tunnels souterrains japonais. Une centaine de Japonais, infiltrés dans les lignes américaines, sont anéantis.

Le 5 juillet 1944, dans la partie nord de l'île, les Américains amorcent la phase finale de sa conquête. La 4ème Division de Marines US avance maintenant sans difficulté.

La progression du 105ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie est stoppée par les Japonais qui ont pris position en bordure d'un ravin, que les Américains surnomment "Ravin des suicidés" (Harakiri Gulch).

Le 6 juillet 1944, les Américains réalisent quelques progrès sur la côte ouest de l'île, vers le village de Makunsha, mais sont contenues par la résistance fanatique et désespérée des Japonais. Sur la côte orientale, le 24ème Régiment de Marines se porte rapidement sur le mont Petosukara, ne rencontrant qu'une résistance sporadique.

Le 7 juillet 1944, à l'aube, le général Yoshitsugu Saito, commandant de la 31ème Armée japonaise et de la garnison de l'île, a réuni les officiers. Après leur avoir fait promettre de ne pas tomber vivants entre les mains des Américains, il se suicide selon le code d'honneur japonais. Presque au même moment, l'amiral Chuichi Nagumo, celui qui dirigea les attaques aéronavales contre Pearl-Harbor et Midway, l'imite.

En prélude aux prochains débarquements américains, l'aviation embarquée de la Task Force TF58 du vice-amiral Marc Mitscher entame une série de bombardements quotidiens sur les îles de Guam et de Rota.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, après l'ultime charge suicide banzaï ordonnée par Saito et effectuée par les 3000 derniers Japonais en vie, la conquête de l'île est officiellement pratiquement terminée.

Le lendemain, 8 juillet 1944, à l'extrêmité nord de l'île, survient un des épisodes les plus tragiques de la guerre: devant les yeux éberlués des Marines, les 300 civils japonais de l'île, surtout des femmes et des enfants, se précipitent du haut des falaises de la Pointe Marpi, préférant la mort à la capture.

Photos ci-dessous: soldat américain récupérant un bebé en vie parmi les corps des civils japonais précipités au pied de la Pointe Marpi. Le "Ravin des Suicidés" (Harakiri Gulch), capturé par la 27ème Division le 7 juillet.



Le 9 juillet 1944, après plus de trois semaines de combats sanglants et de sacrifices inimaginables, Saipan est déclarée officiellement conquise par le haut commandement américain. Sur environ 70000 Américains, Marines ou GIs, engagés à terre, les pertes s'établirent à 2949 tués ou disparus, et 10364 blessés.

Du côté japonais, les pertes s'élèvent à 24000 hommes, dont environ 5000 suicidés, et 921 prisonniers capturés.

Anecdote: le 1er décembre 1945, le capitaine Oba Sakae, entouré d'un dernier "carré" de 46 soldats japonais, déposera les armes et se rendra aux autorités américaines. Après la guerre, il sera le co-auteur, avec le soldat américain Don Jones, du livre "Le Dernier Samouraï" (The Last Samurai).


(2) "19-20 juin 1944 - Pacifique Central: le "Tir aux Pigeons des Mariannes".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/19-20-juin-1944-pacifique-central-tir.html



Opération Stevedorf: reconquête de Guam (21 juillet - 8 août 1944).

Après Saipan, c'est le tour de l'île de Guam. Possession américaine, elle a été capturé par les Japonais en décembre 1941. La reconquête, désignée "Opération Stevedorf", est confiée au 3ème Corps amphibie du général Roy S. Geiger, avec la 3ème Division de Marines renforcée avec la 1ère Brigade provisoire, et la 77ème Division d'infanterie de l'US Army.


Les Marines débarquent en deux endroits différents et prennent pied près d'Agana et d'Agat, de part et d'autre la péninsule d'Orote. Les défenses japonaises de l'île ont d'abord été pilonné pendant treize jours d'affilée par l'aviation et la marine. Après cette préparation d'artillerie, une force amphibie américaine, composée de la Task Force TF53 du contre-amiral Richard L. Connelly, débarque à 8h30 la 3ème Division et la 1ère Brigade de Marines sur l'île la plus méridionale des îles Mariannes, de part et d'autre de la péninsule d'Orote. La 77ème Division d'infanterie débarquera en second échelon dans la soirée, sur les plages sud.


Le soir, après avoir écrasé une résistance japonaise modérée, ils tiendront une tête de pont sur un peu plus de 3km de large et profonde de 1.5km. Le 305ème Régiment de la 77ème Division d'infanterie est débarqué dans la soirée, au nord d'Agat, et vient renforcer la tête de pont méridionale des Marines.

Au cours des nuits suivantes, suivront les attaques suicides habituelles, appuyées par des blindés légers.


Le 22 juillet 1944, les Marines, après avoir repousser des charges suicides nocturnes japonaises contre leurs têtes de pont, s'enfoncent à l'intérieur des terres sur environ un kilomètre de profondeur, vers le mont Alifan. Des éléments de la 3ème Division s'apprêtent à déloger les Japonais de la péninsule d'Orote. Les Marines livrent de durs combats en vue d'étendre leur tête de pont nord au-delà des falaises escarpées de Chonito Cliff, vers la Pointe Adelup.

Le 23 juillet 1944, la 3ème Division de Marines livre de durs combats en vue d'étendre sa tête de pont nord au-delà des falaises escarpées de Chonito Cliff, vers la Pointe Adelup.


Le 24 juillet 1944, la 1ère Brigade de Marines et la 77ème Division d'infanterie reçoivent l'ordre d'éliminer les Japonais dans la péninsule d'Orote avant le 26 juillet. La 3ème Division de Marines, engagée dans la conquête des hauteurs dominant la tête de pont nord, se heurtent à la résistance tenace des Japonais.


Le 25 juillet 1944, les deux têtes de pont américaines, occupées à repousser une série de sept attaques suicides, ne parviennent toujours pas à établir leur jonction. 3500 Japonais sont tués au cours de furieux combats au corps-à-corps, particulièrement meurtriers devant la tête de pont nord.



Le 26 juillet 1944, épaulés par huit bataillons d'artillerie de campagne, la 1ère Brigade de Marines et la 77ème Division d'infanterie poursuivent leur offensive contre la péninsule d'Orote, progressant de 1500m à travers l'inextricable jungle marécageuse. De violentes contre-attaques japonaises la tête de pont de la 3ème Division de Marines sont repoussées.

Le 27 juillet 1944, les Américains poursuivent lentement leur avance dans a péninsule, réussissant à étendre ça et là la tête de pont nord, mais ils sont bloqués un peu au-delà de l'endroit où commence le plateau s'étendant des falaises de Chonito vers l'intérieur de l'île.

Pour accélérer la soudure des deux têtes de pont, la 77ème Division reçoit l'ordre d'investir le mont Tenjo, qui occupe une position clé entre les deux.

Le 28 juillet 1944, poursuivant l'offensive de la péninsule d'Orote, la 1ère Brigade de Marines atteint enfin l'aérodrome local. La 77ème Division d'infanterie établit enfin sa jonction avec la 3ème Division de Marines.

Fantassins et Marines investissent ensuite les Monts Chachao et Alutom, puis avancent de la Pointe Adelup au Mont Tenjo. Le général Takeshi Takashima, commandant la garnison de l'île, est tué au cours de cette journée. Il est remplacé par le général Hideyoshi Obata.


Le 29 juillet 1944, àprès la prise de l'aérodrome local la veille par la 1ère Brigade de Marines, toute la péninsule d'Orote est maintenant sous contrôle des Américains.

Le 30 juillet 1944, de nombreux fortins et bunkers japonais sont détruits grâce à l'action conjuguée de l'artillerie, des blindés et des lance-flammes. Les survivants de la garnison japonaise battent en retraite vers le Mont Barrigada. Les Marines et les fantassins lancés à leur poursuite sont constamment harcelés et freinés par de nombreux tireurs embusqués japonais.

Le 31 juillet 1944, la ville et le grand aérodrome d'Agana, construit par les Américains, en 1941 sont repris. La 3ème Division de Marines et la 77ème Division d'infanterie talonnent les Japonais vers le nord de l'île et atteignent une ligne s'étendant d'Agana, sur la côte occidentale, à Yona, sur la côte orientale.

Le 1er août 1944, la 3ème Division de Marines et la 77ème Division d'infanterie, poursuivant les Japonais vers le nord, se portent sur une ligne qui va de la côte occidentale, au nord d'Agana, à la Baie de Pago, sur la côte orientale. Plus de la moitié de l'île est maintenant sous contrôle américain.

Le 2 août 1944, sur le flanc gauche du front américain, la 3ème Division de Marines progresse sans problème vers le nord de l'île, occupant l'aérodrome de Tiyan. Sur son flanc droit, la 77ème Division d'infanterie est stoppée près du village de Barrigada par des détachements japonais tenant des positions parfaitement bien camouflées dans la jungle.


Le 3 août 1944, avançant sur le flanc droit du dispositif américain, la 77ème Division d'infanterie met à jour des positions fortifiées japonaises, non encore découvertes, dans la jungle, abandonnées par les Japonais qui se sont retirés au nord de l'île, et occupe le village de Barrigada. Sur le flanc gauche, la 3ème Division de Marines progresse à vive allure, occupant Finegayan et poussant vers la Baie de Tumon. Sur le flanc droit, la 77ème s'empare du Mont Barrigada.

Au large, des unités navales américaines bombardent le mont Santa Rosa, dominant le nord de l'île et sur lequel les Japonais survivants se sont concentrés.

Le 4 août 1944, la 77ème Division d'infanterie et la 3ème Division de Marines poursuivent leur avance vers le Mont Santa Rosa, où se sont retrancher les Japonais survivants. Leur avance américaine est plus retardée par la nature du terrain plus que par l'opposition ennemie. Au large, l'US Navy pilonne sans relâche le Mont Santa Rosa.


Le 6 août 1944, la 3ème Division de Marines et la 77ème Division d'infanterie sont désormais maîtres des deux tiers de l'île. Sur le flanc droit de la 77ème, les Japonais attaquent avec des blindés légers le secteur du 305ème Régiment, infligeant de lourdes pertes aux Américains, avant de se retirer brusquement, de façon à prévenir toute contre-attaque ou la riposte de l'aviation américaine.


Le 7 août 1944, précédée d'un bombardement meurtrier, une puissante attaque est lancée contre Yigo et le mont Santa Rosa par la 3ème Division de Marines et la 77ème Division d'infanterie, plus la 1ère Brigade de Marines.

La 1ère Brigade emporte Yigo, mais son avance est ensuite freinée sur les pentes du mont Santa Rosa par la résistance japonaise et la végétation extrêmement touffue de la jungle.

Durant la nuit du 7 au 8 août, les Japonais lancent, avec l'appui de blindés légers, une ultime charge suicide banzaï et sont repoussés.


Le 8 août 1944, les Japonais cessent toute résistance organisée. L'île est déclaré officiellement conquise en fin de soirée. Le 307ème Régiment de la 77ème Division d'infanterie occupe le sommet du Mont Santa Rosa, libérant virtuellement tout le secteur de la présence ennemie. Les derniers survivant japonais se réfugient vers la Point Ritidian et le Mont Machanao, à l'extrémité nord de l'île.


Bien que Guam soit officiellement déclarée conquise et que le drapeau américain flotte sur le mont Santa Rosa le 10 août, il faudra attendre la cérémonie de capitulation dans la Baie de Tokyo, le 2 septembre 1945, pour que les 113 derniers défenseurs de la 29ème Division japonaise, commandés par le lieutenant-colonel Hideyuki Takeda, se rendent.

Bilan de la bataille de Guam: plus de 18000 morts et 485 prisonniers japonais capturés, contre 1747 tués et 6053 blessés chez les Américains.

Anecdote: le 24 janvier 1972, le sergent Shoichi Yokoi sera découvert par des chasseurs. Ignorant tout de la capitulation japonaise, il a vécu pendant 27 ans caché dans une grotte.


Conquête de Tinian (24 juillet - 2 août 1944).

Après Saipan et Guam, le 5ème Corps amphibie du général Harry Schmidt débarque sur Tînian le 24 juillet 1944.


A 8h30, après une préparation d'artillerie navale et aérienne, cette dernière menée par l'aviation embarquée de Mitscher (TF58) ou de la 7ème US Air Force venant de Saipan, la Task Force TF52 du contre-amiral Harry W. Hill fait débarquer les 2ème et 4ème Divisions de Marines sur la côte nord-ouest de l'île.

Avec l'appui de 156 pièces d'artillerie de campagne de gros calibre disposées au sud de Saipan, les Marines établissent une solide tête de pont.

Tinian est une île voisine située au sud-ouest de Saipan. La garnison, composée de 8350 hommes des 18ème, 50ème et 135ème Régiments japonais de la 31ème Armée japonaise, et de diverses unités terrestres de la Marine impériale, est commandée par le colonel Keyoshi Ogata.

Avant le débarquement principal, les Japonais sont attirés au sud-ouest de l'île grâce à une habile manoeuvre de diversion menée par des éléments de la 2ème Division de Marines, simulant un débarquement devant la petite ville de Tinian.

L'artillerie côtière japonaise touche le cuirassé Colorado et le destroyer Norman Scott. Dans l'après-midi, les Japonais cherchent à atteindre le nord de l'île, où le vrai débarquement a effectivement eu lieu, mais l'aviation américaine les écrase sous une pluie de bombes et de napalm, leur infligeant de lourdes pertes.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, à 2h du matin, les Japonais tentent une première charge banzai contre la tête de pont américaine, mais sont repoussés et exterminés. A l'aube du 25 juillet, les Marines dénombreront 1039 cadavres japonais devant leurs positions.

Les deux jours suivants, de nouveaux assauts suicides, conduits avec le soutien de blindés, seront également repoussées, au prix de lourdes pertes des deux côtés.


Le 26 juillet 1944, les 2ème et 4ème Divisions de Marines poursuivent les Japonais en retraite vers le centre de l'île, en direction du sud, et occupent deux des trois aérodromes de l'île.

Le 27 juillet 1944, le tiers nord de l'île est maintenant aux mains des Américains, qui commencent à remettre en état les deux aérodromes près de la pointe Ushi.

Le 29 juillet 1944, la course des 2ème et 4ème Divisions de Marines vers le sud de l'île est maintenant stopée par la résistance opiniâtre des Japonais.


Le 30 juillet 1944, malgré la résistance japonaise suicidaire, les 2ème et 4ème Divisions de Marines reprennent leur progression vers le sud, s'emparant de la ville de Tinian et enfermant les survivants japonais dans une petite poche à l'extrémité méridionale de l'île (Lalo Point).

Le 31 juillet 1944, les 2ème et 4ème Divisions de Marines liquident les dernières forces japonaises à l'extrémité sud de l'île. Comme d'habitude, leur action est soutenue par l'artillerie navale et l'aviation embarquée de l'US Navy.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944, les 2300 derniers Japonais en vie lancent une ultime attaque suicide, conduite par le colonel Keyoshi Ogata en personne.

Le 1er août 1944, après l'échec de cette charge banzaï, les Américains entament le nettoyage final de l'île.

Le 2 août 1944, l'île est déclarée officiellement conquise et sécurisée, au prix de 328 tués et 1571 blessés américains. Sur les 8350 hommes de la garnison japonaise, seul 313 prisonniers ont été capturés.



Bilan de la campagne des îles Mariannes (juin-août 1944).

La campagne des îles Mariannes marque la fin dénitive de l'aéronavale japonaise. A partir de novembre 1944, les îles reconquises de Saipan, Guam et Tinian serviront surtout de grandes bases d'envol pour les nouveaux bombardiers à long rayon d'action B-29 Superfortress, ceux-ci ayant un rayon d'action suffisant pour aller bombarder les villes métropolitaines du Japon.

En août 1944, par la pratique du commandement alternatif en service dans le Pacifique, Raymond Spruance cède sa place à l'amiral William F. "Bull" Halsey. La 5ème Flotte US change sa numérologie en 3ème Flotte.

La Task Force TF58 devient TF38, toujours sous les ordres du vice-amiral Mitscher. A la fin de l'année, le nombre de ses navires se portera à 17 porte-avions d'escadre, 6 cuirassés modernes, 13 croiseurs et 58 destroyers.

En septembre 1944, la 3ème Flotte US reçoit pour première mission l'ordre de pilonner les îles de Yap, des Palaos et de Mindanao, en prévision des futurs débarquements américains dans l'archipel des Philippines. En plus d'endommager les installations des îles, ce raid élimine 200 avions japonais, au prix de 8 avions américains.

Conséquences politiques au Japon: la perte de Saipan provoque la chute du gouvernement du général Hideki Tojo le 18 juillet 1944, et la démission de celui-ci en tant que chef d'Etat-major de l'Armée impériale quatre jours plus tard. Kunioki Koiso devient Premier ministre, l'amiral Mitsumasa Yonai est nommé Vice-Premier ministre et commandant suprême de la flotte impériale.

Photo: B-29 Superfortress du XXI Bomber Command, sur l'aérodrome d'Isley Field (Aslito), capturé au sud de Saipan dans la soirée du 18 juin 1944.



Sources disponibles:

1° Strategic Victory in the Marianas (HyperWar, Pacific Theater of Operations).
http://www.ibiblio.org/hyperwar/PTO/Marianas/index.html

2° Battle of Saipan (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Saipan

3° Battle of Guam (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Guam_(1944)

4° Battle de Tinian (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Tinian

dimanche 14 juin 2009

Département de la Défense et Pentagone

Le Département de la Défense est le département fédéral chargé de coordonner et de superviser toutes les agences civiles du gouvernement liées à la sécurité nationale et les forces armées. Son siège central est installé dans le bâtiment du Pentagone, en Virginie, et celui-ci fait face au District fédéral de Washington, sur l'autre rive du fleuve Potomac.


Département de la Défense, ou Department of Defense (DoD)

Le "Département de la défense" des Etats-Unis, ou Department of Defense (DoD), est le ministère chargé de coordonner et de superviser toutes les agences fédérales du gouvernement américain liées à la défense nationale et à la sécurité du territoire.

Cela inclut les bureaux du "Secrétariat à la Défense" (Office of the Secretary of Defense), de l'"Etat-major interarmes" (Joint Chiefs of Staff) et des trois départements de l'armée de terre (US Army), de l'armée de l'air (US Air Force) et de la marine de guerre (US Navy et US Marine Corps), ainsi que l'"Agence de renseignement miliraire" ou Defense Intelligence Agence (DIA), l'"Agence nationale du renseignement géospatiale" ou National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), l'"Agence nationale de sécurité" ou National Security Agency (NSA), le "Département de la sécurité intérieure" ou Department of Homeland Security (DHS), le "Département de recherche et de développement des nouvelles technologies" ou Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), et enfin l'"Agence chargée de la défense anti-missile" ou Missile Defense Agency (MDA).

De lui dépendent environ 1.3 million de militaires d'active, 670000 fonctionnaires civils, 1.1 million de soldats de réserve et de la Garde nationale, 2 millions de retraités. C'est le plus ancien département des Etats-Unis, puisque de 1797 à 1949, il était désigné sous l'appelation de "Département de la Guerre" (War Department).

Le Département de la Defense a sous sa tutelle les quatre composantes des forces armées qui sont appelées à exécuter des opérations militaires, à acheminer l'aide humanitaire à l'étranger en cas de catastrophe, à participer à des missions ONU de maintient de la paix, et à assurer la sécurité de la nation. La Garde Nationale et l'Armée de Réserve apportent leur soutien militaire en temps de guerre et remplissent des fonctions sécuritaires sur le territoire américain telles que l'envoi de secours et d'aide humanitaire lors de catastrophes naturelles.


Bâtiment du Pentagone.

Le Pentagone (The Pentagone) est le bâtiment qui abrite toutes ces agences fédérales et les état-majors respectifs des forces armées. Sa construction, sous la direction de l'architecte George Bergstrom, a débuté le 11 septembre 1941 en Virginie, sur la rive du fleuve Potomac opposé au district fédéral de Washington, et se poursuivra jusqu'au 15 février 1943. Les travaux ont nécessité 680000 tonnes de matériaux.


C'est, en superficie au sol, le plus grand bâtiment fédéral des Etats-Unis et le plus grand immeuble administratif du monde: 116000 m², dont 21000 m² pour la cour intérieure centrale, 620000 m² en comptant les pelouses et les parkings extérieurs. Il occupe un volume de deux millions de mètres cubes, c'est-à-dire trois fois celui de l'Empire State Building. Il compte 28 kilomètres de couloirs et 7754 fenêtres. Chacune de ses cinq faces extérieures mesure 280m de long et 24m de hauteur. Il compte cinq anneaux concentriques et cinq étages, en comptant le sous-sol et la mezzanine.


Lors des attaques terroristes du 11 septembre 2001, le Pentagone, en cours de réfection et de renforcement suite à l'attentat d'Oklamoha City, fut atteint par le Boeing 757 du vol AA77, détourné par des pirates de l'air d'Al Qaida.

L'impact fut tel que l'avion de cent tonnes transperça trois anneaux concentriques, sur les cinq que compte le batiment. Le choc, l'explosion, puis l'incendie provoqué par les 40000 litres de carburant pulvérisèrent au total 67000 tonnes de matériaux.



Diagramme ci-dessous: superficie du Pentagone atteinte, débris d'avions et morceaux de corps retrouvés dans les décombres. Par test ADN, 184 des 189 victimes de l'attentat contre le Pentagone furent identifiées.


Robert Gates, Secrétaire de la Défense.

Robert Gates est l'actuel "Secrétaire de la Défense" (Secretary of Defense) depuis le 18 décembre 2006. Le 1er décembre 2008, le président élu Barack Obama lui a demandé de rester à son poste sous le nouveau gouvernement. Avant d'accéder à la direction de ce ministère, Gates était président de l'université du Texas, la septième université du pays par le nombre de ses étudiants. Il a également été directeur de la CIA et membre du Conseil National de Sécurité.


Sources également disponibles:

1° United States Department of Defense (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Department_of_Defense

2° United States Secretary of Defense (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Secretary_of_Defense

3° The Pentagon (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Pentagon_(building)

samedi 13 juin 2009

Conseil de Sécurité Nationale de la Maison-Blanche

Le "Conseil de Sécurité Nationale de la Maison Blanche" est la principale agence fédérale dépendante directement de la Maison-Blanche. Il regroupe le conseiller en matière de sécurité nationale, le vice-président, les secrétaires d'Etat, des Finances et de la Défense, le chef de l'état-major interarmes et le directeur du renseignement national. Sa fonction est de renseigner et de conseiller le président des Etats-Unis dans les domaines de la sécurité nationale et de la politique étrangère américaine.



Conseil de Sécurité Nationale, ou National Security Council (NSC).

Le président des Etats-Unis dirige le "Conseil de Sécurité Nationale de la Maison-Blanche", ou White House National Security Council (NSC), qui regroupe le conseiller en matière de sécurité nationale, le vice-président, le secrétaire d'Etat, les ministres des Finances et de la Défense, le chef de l'état-major interarmes et le directeur du renseignement national.

En case de besoin, le secrétaire général de la Maison-Blanche, le juriste-conseil de la Maison-Blanche et le conseiller économique du président peuvent également participer à des réunions du Conseil de Sécurité Nationale, ainsi que le ministre de la justice et le directeur du budget fédéral.

Sa fonction est de donner au président son avis et son assistance en ce qui concerne l'élaboration de la politique américaine dans le domaine de la sécurité nationale et des affaires étrangères. En outre, il coordonne l'application de cette politique.

Créé en 1947, le Conseil de Sécurité Nationale a été incorporé au Bureau de l'exécutif en 1949. Il est dirigé par le "Conseiller en matière de Sécurité Nationale", ou National Security Advisor.


James L. Jones, Conseiller en matière de Sécurité Nationale.

Le général à la retraite James Logan Jones (USMC) a été nommé par le président Barack Obama le 1er décembre 2008 au poste de "Conseiller en matière de sécurité nationale", et il a pris ses fonctions en janvier 2009. Jones a auparavant occupé les postes de commandant en chef de l'US European Command (COMUSEUCOM), de commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), à Mons en Belgique, puis de commandant en chef du Corps des Marines (USMC), avant de prendre sa retraite en 2007.

http://en.wikipedia.org/wiki/James_L._Jones

Le Conseiller en matière de Sécurité Nationale est désigné directement par le président sans confirmation du Congrès, et ne dépend ni du Département d'Etat, ni du Département de la Défense.

Anecdote: trois conseillers en matière de sécurité nationale sont par la suite devenus secrétaires d'Etat: Henry Kissinger, Colin Powell et Condoleezza Rice. Colin Powell a également été chef de l'état-major interarmes.

Le Chef d'état-major interarmes et le Directeur du Renseignement National, bien que faisant partie du Conseil de Sécurité Nationale, ne sont pas membres du Cabinet Présidentiel.


Amiral Michael G. "Mike" Mullen, chef de l'état-major interarmes.

L'amiral Michael Glenn "Mike" Mullen est le "Chef de l'état-major interarmes", ou Chairman of the Joint Chiefs of Staff (CJCS), le plus haut rang militaire dans les forces armées américaines. C'est un officier diplômé de l'Académie navale d'Annapolis. Il a commandé trois navires et occupé le poste de "Chef des Opérations Navales" de l'US Navy, ou Chief of Naval Operations, entre juillet 2005 et septembre 2007.

http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Mullen

Créé en 1942, l'"état-major interarmes", ou Joint Chiefs of Staff (CJS) rassemble les commandants en chef de chaque service des forces armées: US Army, US Air Force, US Navy et US Marine Corps. Son chef est chargé d'assurer la direction stratégique commune de toutes les forces de combat américaines, leurs activités sous un commandement unifié et leur intégration dans un appareil militaire efficace composé des armées de terre, de mer et de l'air. Il est nommé par le président, confirmé par le Sénat et sert un mandat de deux ans qui débute le 1er octobre des années impaires.



Amiral Dennis C. Blair, Directeur du Renseignement National.

Le poste de Directeur du Renseignement National, "Director of National Intelligence" (DNI) a été créé conformément à la loi de 2004 sur la réforme du renseignement et la prévention du terrorisme. Son titulaire est le conseiller principal du président, du Conseil de la sécurité nationale et du Conseil de la sécurité intérieure pour tout ce qui a trait aux questions de renseignement liées à la sécurité nationale. L'amiral à la retraite Dennis C. Blair dirige la "Communauté du renseignement des Etats-Unis", ou Office of the Director of National Intelligence (ODNI) composée de seize membres, ainsi que le Programme du renseignement national.

http://en.wikipedia.org/wiki/Dennis_C._Blair

Ci-dessous: organigramme de l'Office of the Director of National Intelligence (ODNI) en mai 2007.



Sources également disponibles:

1° United States National Security Council (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_National_Security_Council

2° Joint Chiefs of Staff (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Joint_Chiefs_of_Staff

3° Office of the Director of National Intelligence (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/ODNI

jeudi 11 juin 2009

Déclaration des Droits et amendements à la Constitution

Le gouvernement des Etats-Unis se rendit vite compte que le texte de la Constitution présentait des zones d'ombres et n'éclarait pas suffisament le citoyen américain sur les libertés individuelles, telles que la liberté d'expression, la liberté de religion ou de culte, la liberté d'information ou de la presse. C'est pourquoi il créa en 1789 la "Déclaration des Droits" (Bill of Rights), une série de dix amendements venant étoffer et enrichir le texte originel de 1787.


Déclaration des Droits et amendements à la Constitution.

La Déclaration des Droits (Bill of Rights) est le groupe des dix premiers amendements d'origine (la Constitution en compte aujourd'hui vingt-sept). Elle réaffirme les droits du citoyen américain: les libertés individuelles, la liberté d'expression, la liberté de religion ou de culte, la liberté d'information ou de la presse, le droit de posséder une arme, le droit de vote, etc.

Ces dix premiers amendements, rédigés par James Madison lors du premier congrès fédéral de novembre 1789 au Federal Hall de New York, furent ratifiés le 15 décembre 1791. Quatorze copies de cette "Déclaration des Droits" furent réalisés, une pour le gouvernement fédéral et les autres pour chacune des treizes colonies fondatrices.


La Constitution des Etats-Unis peut être "amendée" de deux façons: par le Congrès fédéral ou par les législatures des Etats. La "Déclaration des Droits" joue un rôle capital dans les texte de loi et la culture américaine: c'est le texte fondamental qui garantie les droits et devoirs de l'Etat et des citoyens.

Petite anecdote: la "Bill of Right" de la Caroline du Nord fut volée par un soldat de l'Union en avril 1865, et ne fut restituée par sa famille qu'en 2005. Elle fut donc "perdue" pendant 140 ans!


Liste des amendements.

Depuis le 15 décembre 1791, dix-sept autres amendements ultérieurs sont venus s'ajouter aux dix d'origine. Les plus marquants sont les 13ème, abolissant l'esclavage (1865), 14ème, garantissant à tous les citoyens la même protection par la loi (1868), 15ème, accordant le droit de vote aux Afro-Américains (1870), 18ème et 21ème, marquant le début et la fin de la Prohibition (1919-1933), 19ème, donnant aux femmes le droit de vote (1920), et enfin 22ème, limitant le nombre de mandats présidentiels d'un même candidat à deux maximum (1951).


Bill of Rights (1791).

1° Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre.

2° Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.

3° Aucun soldat ne sera, en temps de paix, logé dans une maison sans le consentement du propriétaire, ni en temps de guerre, si ce n'est de la manière prescrite par la loi.

4° Le droit des citoyens d'être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n'est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu'il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir.

5° Nul ne sera tenu de répondre d'un crime capital ou infamant sans un acte de mise en accusation, spontané ou provoqué, d'un Grand Jury, sauf en cas de crimes commis pendant que l'accusé servait dans les forces terrestres ou navales, ou dans la milice, en temps de guerre ou de danger public. Nul ne pourra pour le même délit être deux fois menacé dans sa vie ou dans son corps. Nul ne pourra, dans une affaire criminelle, être obligé de témoigner contre lui-même, ni être privé de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière. Nulle propriété privée ne pourra être réquisitionnée dans l'intérêt public sans une juste indemnité.

6° Dans toutes poursuites criminelles, l'accusé aura le droit d'être jugé promptement et publiquement par un jury impartial de l'Etat et du district où le crime aura été commis, le district ayant été préalablement délimité par la loi, d'être instruit de la nature et de la cause de l'accusation, d'être confronté avec les témoins à décharge, d'exiger par des moyens légaux la comparution de témoins à charge, et d'être assisté d'un conseil pour sa défense.

7° Dans les procès de droit commun où la valeur en litige excédera vingt dollars, le droit au jugement par un jury sera observé, et aucun fait jugé par un jury ne sera examiné de nouveau dans une cour des Etats-Unis autrement que selon les règles du droit commun.

8° Des cautions excessives ne seront pas exigées, ni des amendes excessives imposées, ni des châtiments cruels et exceptionnels infligés.

9° L'énumération de certains droits dans la Constitution ne pourra être interprétée comme déniant ou restreignant d'autres droits conservés par le peuple.

10° Les pouvoirs qui ne sont pas délégués aux Etats-Unis par la Constitution, ni refusés par elle aux Etats, sont conservés par les Etats respectivement ou par le peuple.


Dix-sept amendements ultérieurs.

11° [1798] Le pouvoir judiciaire des Etats-Unis ne sera pas interprété comme s'étendant à un procès de droit ou d'équité entamé ou poursuivi contre l'un des Etats-Unis par des citoyens d'un autre Etat, ou par des citoyens ou sujets d'un Etat étranger.

12° [1804] Les électeurs se réuniront dans leurs Etats respectifs et voteront par bulletin pour le président et le vice-président, dont l'un au moins n'habitera pas le même Etat qu'eux. Ils indiqueront sur des bulletins séparés le nom de la personne qu'ils désirent élire président et de celle qu'ils désirent élire vice-président. Ils dresseront des listes distinctes de toutes les personnes qui auront obtenu des voix pour la présidence, de toutes celles qui en auront obtenu pour la vice-présidence, et du nombre de voix recueillies par chacune d'elles. Ils signeront ces listes, les certifieront et les transmettront, scellées, au siège du gouvernement des Etats-Unis, à l'adresse du président du Sénat. Celui-ci, en présence du Sénat et de la Chambre des Représentants, ouvrira toutes les listes certifiées, et les suffrages seront alors comptés. La personne qui aura obtenu le plus grand nombre de voix pour la présidence sera président, si ce nombre représente la majorité de tous les électeurs nommés. Si aucune n'a obtenu la majorité nécessaire, la Chambre des Représentants choisira immédiatement le président, par scrutin, entre les trois personnes au plus qui auront réuni le plus grand nombre de voix. Mais, pour le choix du président, les voix seront recueillies par Etat, la représentation de chacun ayant une voix. Le quorum nécessaire à cet effet sera constitué par la présence d'un ou de plusieurs représentants de deux tiers des Etats, et l'adhésion de la majorité de tous les Etats devra être acquise pour la validité du choix. Si la Chambre des Représentants, quand le droit de choisir lui incombe, ne choisit pas le président avant le quatrième jour de mars suivant, le vice-président agira en qualité de président, de même qu'en cas de décès ou d'autre incapacité constitutionnelle du président. La personne qui réunira le plus grand nombre de voix pour la vice-présidence sera vice-président si ce nombre représente la majorité de tous les électeurs nommés. Si aucune n'a obtenu la majorité nécessaire, le Sénat choisira alors le vice-président entre les deux personnes sur la liste qui auront le plus grand nombre de voix. Cet effet sera constitué par la présence des deux tiers du nombre total des sénateurs, et l'adhésion de la majorité de tous les sénateurs devra être acquise pour la validité du choix. Mais aucune personne inéligible, de par la Constitution, à la charge de président ne pourra être élue à celle de vice-président des Etats-Unis.

13° [1865] Section 1. Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n'existeront aux Etats-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction.

Section 2. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

14° [1868] Section 1. Toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l'Etat dans lequel elle réside. Aucun Etat ne fera ou n'appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des Etats-Unis. Ni ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière. Ni ne refusera à quiconque relève de sa juridiction légale protection des lois.

Section 2. Les représentants seront répartis entre les divers Etats proportionnellement à leur population respective, calculée en comptant tous les habitants de chaque Etat, à l'exclusion des Indiens, non imposés. Mais, quand le droit de voter à l'élection d'électeurs des président et vice-président des États-Unis, des représentants au Congrès, des fonctionnaires exécutifs et judiciaires d'un Etat ou des membres de sa législature, sera dénié à des habitants mâles de cet Etat, âgés de vingt et un ans et citoyens des Etats-Unis, ou restreint de quelque manière que ce soit, sauf en cas de participation à une rébellion ou autre crime, la base de la représentation pour ledit Etat sera réduite dans la proportion existant entre le nombre des citoyens mâles visés et le nombre total des citoyens mâles de vingt et un ans dans cet Etat.

Section 3. Nul ne sera sénateur ou représentant au Congrès, ou électeur des président et vice-président, ni n'occupera aucune charge civile ou militaire du gouvernement des Etats-Unis, ou de l'un quelconque des Etats, qui après avoir prêté serment, comme membre du Congrès, ou fonctionnaire des Etats-Unis, ou membre d'une législature d'Etat, ou fonctionnaire exécutif ou judiciaire d'un Etat, de défendre la Constitution des États-Unis, aura pris part à une insurrection ou à une rébellion contre eux, ou donné aide ou secours à leurs ennemis. Mais le Congrès pourra, par un vote des deux tiers de chaque Chambre, lever cette incapacité.

Section 4. La validité de la dette publique des Etats-Unis, autorisée par la loi, y compris les engagements contractés pour le paiement de pensions et de primes pour services rendus lors de la répression d'insurrections ou de rébellions, ne sera pas mise en question. Mais ni les Etats-Unis, ni aucun Etat, n'assumeront ou ne payeront aucune dette ou obligation contractée pour assistance à une insurrection ou rébellion contre les Etats-Unis, ni a ucune réclamation pour la perte ou l'émancipation d'esclaves, et toutes dettes, obligations et réclamations de cette nature seront considérées comme illégales et nulles.

Section 5. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée.

15° [1870] Section 1. Le droit de vote des citoyens des Etats-Unis ne sera dénié ou limité par les Etats-Unis, ou par aucun Etat, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude.

Section 2. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

16° [1913] Le Congrès aura le pouvoir d'établir et de percevoir des impôts sur les revenus, de quelque source qu'ils dérivent, sans répartition parmi les divers Etats, et indépendamment d'aucun recensement ou énumération.

17° [1913] Section 1. Le Sénat des Etats-Unis sera composé de deux sénateurs pour chaque Etat, élus pour six ans par le peuple de cet Etat. Et chaque sénateur aura droit à une voix. Les électeurs de chaque Etat devront remplir les conditions requises pour être électeur à l'assemblée législative la plus nombreuse de l'État.

Section 2. Quand des vacances se produiront dans la représentation d'un Etat au Sénat, l'autorité exécutive de cet Etat convoquera les électeurs pour y pourvoir sous réserve que, dans chaque Etat, la législature puisse donner à l'exécutif le pouvoir de procéder à des nominations temporaires jusqu'à ce que le peuple ait pourvu aux vacances par les élections que la législature pourra ordonner.

Section 3. Le présent amendement ne sera pas interprété comme affectant l'élection ou la durée du mandat de tout sénateur choisi avant que ledit amendement ait acquis force exécutive et fasse partie intégrante de la Constitution.

18° [1919] Section 1. Seront prohibés, un an après la ratification du présent article, la fabrication, la vente ou le transport des boissons alcooliques à l'intérieur du territoire des Etats-Unis et de tout territoire soumis à leur juridiction, ainsi que l'importation desdites boissons dans ces territoires ou leur exportation hors de ces territoires.

Section 2. Le Congrès et les divers Etats auront concurremment le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

Section 3. Le présent article sera inopérant s'il n'est ratifié comme amendement à la Constitution par les législatures des divers Etats, de la manière prévue dans la Constitution, dans les sept années qui suivront la date de sa présentation aux États par le Congrès.

19° [1920] Le droit de vote des citoyens des Etats-Unis ne pourra être dénié ou restreint pour cause de sexe par les Etats-Unis ni l'un quelconque des Etats. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

20° [1933] Section 1. Les mandats du président et du vice-président prendront fin à midi, le vingtième jour de janvier, et les mandats des sénateurs et des représentants, à midi, le troisième jour de janvier des années au cours desquelles ces mandats auraient expiré si le présent article n'avait pas été ratifié. Et les mandats de leurs successeurs commenceront à partir de ce moment.

Section 2. Le Congrès s'assemblera au moins une fois par an, et la réunion aura lieu à midi, le troisième jour de janvier, à moins que, par une loi, il ne fixe un jour différent.

Section 3. Si, à la date fixée pour l'entrée en fonctions du président, le président élu est décédé, le vice-président élu deviendra président. Si un président n'a pas été choisi avant la date fixée pour le commencement de son mandat, ou si le président élu ne remplit pas les conditions requises, le vice-président élu fera alors fonction de président jusqu'à ce qu'un président remplisse les conditions requises. Et le Congrès pourra, par une loi, pourvoir au cas d'incapacité à la fois du président élu et du vice-président en désignant la personne qui devra alors faire fonction de président, ou la manière de la choisir, et ladite personne agira en cette qualité jusqu'à ce qu'un président ou un vice-président remplisse les conditions requises.

Section 4. Le Congrès pourvoira par une loi au cas de décès de l'une des personnes parmi lesquelles la Chambre des Représentants peut choisir un président lorsque le droit de choisir lui incombe, et au cas de décès de l'une des personnes parmi lesquelles le Sénat peut choisir un vice-président lorsque le droit de choisir lui incombe.

Section 5. Les sections 1 et 2 entreront en vigueur le quinzième jour d'octobre qui suivra la ratification du présent article.

Section 6. Le présent article sera inopérant s'il n'est ratifié comme amendement à la Constitution par les législatures des trois quarts des divers Etats, dans les sept années qui suivront la date de sa soumission.

21° [1933] Section 1. Le Dix-huitième amendement à la Constitution est abrogé.

Section 2. Le transport ou l'importation dans tout Etat, territoire ou possession des Etats-Unis, de boissons alcooliques destinées à y être livrées ou consommées, en violation des lois y existant, sont interdits.

Section 3. Le présent article sera inopérant, s'il n'est ratifié comme amendement à la Constitution par les divers Etats assemblés en convention ainsi qu'il est prévu dans la Constitution, dans les sept années qui suivront la date de sa soumission aux États par le Congrès.

22° [1951] Section 1. Nul ne pourra être élu à la présidence plus de deux fois, et quiconque aura rempli la fonction de président, ou agi en tant que président, pendant plus de deux ans d'un mandat pour lequel quelque autre personne était nommée président, ne pourra être élu à la fonction de président plus d'une fois. Mais cet article ne s'appliquera pas à quiconque remplit la fonction de président au moment où cet article a été proposé par le Congrès, et il n'empêchera pas quiconque pouvant remplir la fonction de président, ou agir en tant que président, durant le mandat au cours duquel cet article devient exécutoire, de remplir la fonction de président ou d'agir en tant que président durant le reste de ce mandat.

Section 2. Le présent article ne prendra effet qu'après sa ratification comme amendement à la Constitution par les législatures de trois quarts des différents Etats dans un délai de sept ans à dater de sa présentation aux Etats par le Congrès.

23° [1961] Section 1. Le district où se trouve établi le siège du gouvernement des Etats-Unis, désignera selon telle procédure, que pourra déterminer le Congrès, un nombre d'électeurs du président et du vice-président équivalant au nombre total des sénateurs et représentants au Congrès auquel ce district aurait droit s'il était constitué en Etat. Ce nombre ne pourra dépasser en aucun cas celui des électeurs désignés par l'Etat le moins peuplé de l'Union. Ces électeurs se joindront à ceux désignés par les Etats et ils seront considérés, pour les besoins de l'élection du président et du vice-président, comme désignés par un État. Ils se réuniront sur le territoire du district et rempliront les devoirs spécifiés par le Douzième amendement.

Section 2. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée.

24° [1964] Section 1. Le droit des citoyens des Etats-Unis de voter à toute élection primaire ou autre élection du président et du vice-président, des grands électeurs du président et du vice-président, ou des sénateurs et représentants au Congrès, ne sera dénié ou restreint ni par les Etats-Unis, ni par aucun Etat, pour cause de non-paiement de la taxe électorale ou de tout autre impôt.

Section 2. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée.

25° [1967] Section 1. En cas de destitution, décès ou démission du président, le vice-président deviendra président.

Section 2. En cas de vacance du poste de vice-président, le président nommera un vice-président qui entrera en fonctions dès que sa nomination aura été approuvée par un vote majoritaire des deux Chambres du Congrès.

Section 3. Si le président des Etats-Unis fait parvenir au président du Sénat et au président de la Chambre des représentants une déclaration écrite leur faisant connaître son incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, et jusqu'au moment où il les avisera par écrit du contraire, ces pouvoirs seront exercés et ces devoirs seront remplis par le vice-président en qualité de président par intérim.

Section 4. Si le vice-président, ainsi qu'une majorité des principaux fonctionnaires des départements exécutifs ou de tel autre organisme désigné par une loi promulguée par le Congrès, font parvenir au président du Sénat et au président de la Chambre des représentants une déclaration écrite les avisant que le président des Etats-Unis est dans l'incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, le vice-président assumera immédiatement ces fonctions en qualité de président par intérim. Par la suite, si le président fait parvenir au président du Sénat et au président de la Chambre des Représentants une déclaration écrite les informant qu'aucune incapacité n'existe, il reprendra ses fonctions, à moins que le vice-président et une majorité des principaux fonctionnaires des départements exécutifs ou de tel autre organisme désigné par une loi promulguée par le Congrès ne fassent parvenir dans les quatre jours au président du Sénat et au président de la Chambre des Représentants une déclaration écrite affirmant que le président est incapable d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge. Le Congrès devra alors prendre une décision. S'il ne siège pas, il se réunira dans ce but dans un délai de 48 heures. Si, dans les 21 jours qui suivront la réception par le Congrès de cette dernière déclaration écrite, ou dans les 21 jours qui suivront la date de la réunion du Congrès, si le Congrès n'est pas en session, ce dernier décide par un vote des deux tiers des deux Chambres que le président est incapable d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, le vice-président continuera à exercer ces fonctions en qualité de président par intérim. Dans le cas contraire, le président des Etats-Unis reprendra l'exercice desdites fonctions.

26° [1971] Section 1. Le droit de vote des citoyens des Etats-Unis âgés de dix-huit ans ou plus ne pourra être dénié ou restreint pour raison d'âge ni par les Etats-Unis ni par l'un quelconque des Etats.

Section 2. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

27° [1992] Aucune loi modifiant la rémunération des services des Sénateurs et des Représentants n'entrera en vigueur tant qu'une élection des Représentants ne sera pas intervenue.


Sources également disponibles.

1° United States Bill of Rights (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Bill_of_Rights

2° Amendements to the United States Constitution (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Amendments_to_the_United_States_Constitution

Constitution des Etats-Unis d'Amérique

Après qu'ils aient obtenu leur indépendance en 1783, les Américains rédigèrent la Constitution des Etats-Unis quatre ans plus tard, en novembre 1787, lors de la Convention de Philadelphie. Elle entra en vigueur en mars 1789 et est aujourd'hui la plus ancienne constitution écrite encore en usage dans le monde.


Etats-Unis d'Amérique, une république constitutionnelle.

La Confédération américaine fut établie par le Second Congrès continental en novembre 1777. Mais les "Articles de la Confédération" (Articles of Confederation), bien que très élaborés, souffrirent au départ de certaines lacunes et ne suffirent pas à établir les bases d'un gouvernement centralisé stable, les Etats refusant de coopérer comme prévu sur certains points. (1)

Par exemple, ne pouvant lever des impôts, elle dépendait des contributions de chaque Etat. Lorsque vint le temps de payer les salaires de l'US Army, la nouvelle armée nationale, ou les dettes de guerre à la France, certains Etats refusèrent de contribuer au remboursement. Pour remédier à cette faiblesse, le Congrès de la Confédération demanda à chaque Etat d'envoyer des délégués à la "Convention Constitutionnelle" (Constitutional Convention). (2)

La Convention Constitutionnelle se tint à Philadelphie en mai 1787, sous la présidence de George Washington. Les 55 délégués présents durent trouver un compromis entre ceux qui voulaient un Etat centralisé puissant (Nord) et ceux qui voulaient, au contraire, garder plus d'autonomie (Sud).

Le résultat final, la Constitution, mit en place un système où les pouvoirs furent répartis entre le gouvernement fédéral et les Etats.

Photo ci-dessous: salle de l'Independence Hall de Philadelphie, où fut rédigée la Constitution.


La Constitution des Etats-Unis d'Amérique, qui comprend sept articles originaux, fut finalement acceptée et signée par tous les délégués en présence le 17 septembre 1787. Elle entra en vigueur le 4 mars 1789. Le nouveau gouvernement fédéral des Etats-Unis était né et se substitua à la Confédération américaine. Il fut divisé en trois branches:

• Pouvoir législatif (Legislature Branch), représenté par le Congrès, composé de la Chambre des Représentants et du Sénat.

• Pouvoir exécutif (Executive Branch), représenté par le Président et son Cabinet.

• Pouvoir judiciaire (Judicial Branch), représenté par la Cour suprême et les Cours fédérales.

En vertu du principe de la "séparation des pouvoirs" (Separation of Powers), cette répartition donne à chaque branche des pouvoirs et une autonomie spécifiques.

Exemples: si le Congrès passe une "proposition de loi" (Bill), que le Président refuse, il peut appliquer son veto. Dans ce cas, elle sera abrogée, à moins que deux tiers des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat ne votent de nouveau pour entériner la loi malgré le veto présidentiel.

Un projet de loi approuvé par le Congrès et le Président, peut être rejetée par les Cours fédérales, si celles-ci l'estiment contraire à la Constitution.


(1) Articles of Confederation (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Articles_of_Confederation

(2) "Constitutional Convention", ou "Federal Convention" (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Philadelphia_Convention



Texte de la Constitution américaine.

Constitution des Etats-Unis d'Amérique.
Philadelphie, mai 1787.


Preamble to the United States Constitution: "We the People of the United States, in Order to form a more perfect Union, establish Justice, insure domestic Tranquility, provide for the common defence, promote the general Welfare, and secure the Blessings of Liberty to ourselves and our Posterity, do ordain and establish this Constitution for the United States of America."


PREAMBULE

"Nous, Peuple des Etats-Unis, afin de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la Liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons et établissons cette Constitution pour les Etats-Unis d'Amérique."


ARTICLE PREMIER (Pouvoir législatif).

Section 1. Tous les pouvoirs législatifs accordés par cette Constitution seront attribués à un Congrès des Etats-Unis, qui sera composé d'un Sénat et d'une Chambre des représentants.

Section 2. La Chambre des Représentants sera composée de membres choisis tous les deux ans par le peuple des différents Etats. Dans chaque Etat les électeurs devront répondre aux conditions requises pour être électeur à l'assemblée la plus nombreuse de la législature de cet Etat.

Nul ne pourra être représentant s'il n'a atteint l'âge de vingt-cinq ans, s'il n'est citoyen américain depuis sept ans et s'il ne réside, au moment de l'élection, dans l'Etat où il doit être élu.

Les représentants et les impôts directs seront répartis entre les différents Etats qui pourront faire partie de cette Union, proportionnellement au nombre de leurs habitants, qui sera déterminé en ajoutant au nombre total des personnes libres, y compris celles qui se sont louées pour un nombre d'années déterminé, mais à l'exclusion des Indiens non soumis à l'impôt, trois cinquièmes de toutes les autres personnes. Le recensement sera effectué dans les trois ans qui suivront la première réunion du Congrès, et ensuite tous les dix ans, de la manière qui sera fixée par la loi. Le nombre des représentants n'excédera pas un pour trente mille habitants, mais chaque Etat aura au moins un représentant: jusqu'à ce que le recensement soit effectué, l'Etat du New Hampshire aura droit à trois représentants, le Massachusetts à huit, l'Etat de Rhode Island et les Plantations de Providence à un, le Connecticut à cinq, l'Etat de New York à six, le New Jersey à quatre, la Pennsylvanie à huit, le Delaware à un, le Maryland à six, la Virginie à dix, la Caroline du Nord à cinq, la Caroline du Sud à cinq et la Géorgie à trois.

Lorsque des vacances se produiront dans la représentation d'un Etat, le pouvoir exécutif de cet Etat fera procéder à des élections pour y pourvoir.

La Chambre des représentants choisira son président et les autres membres de son bureau, et elle détiendra seule le pouvoir de mise en accusation devant le Sénat.

Section 3. Le Sénat des Etats-Unis sera composé de deux sénateurs pour chaque Etat, choisis pour six ans par la législature de chacun, et chaque sénateur disposera d'une voix.

Dès qu'ils seront réunis à la suite de la première élection, les sénateurs seront divisés aussi également que possible en trois groupes. Les sièges des sénateurs du premier groupe seront déclarés vacants à l'expiration de la deuxième année, ceux du second groupe à l'expiration de la quatrième année et ceux du troisième groupe à l'expiration de la sixième année, de telle sorte qu'un tiers puisse être renouvelé tous les deux ans. Et si des vacances se produisent, par démission ou autrement, en dehors des sessions législatives d'un Etat, le pouvoir exécutif de cet Etat peut procéder à des nominations temporaires jusqu'à la réunion suivante de la législature, qui pourvoira alors à ces vacances.

Nul ne pourra être sénateur s'il n'a atteint l'âge de trente ans, s'il n'est pas depuis neuf ans citoyen des Etats-Unis et s'il ne réside, au moment de l'élection, dans l'Etat pour lequel il est élu.

Le vice-président des Etats-Unis sera président du Sénat, mais n'aura pas de droit de vote, à moins d'égal partage des voix du Sénat.

Le Sénat choisira les autres membres de son bureau, ainsi qu'un président temporaire, en cas d'absence du vice-président des Etats-Unis, ou lorsque celui-ci sera appelé à exercer les fonctions de président des États-Unis.

Le Sénat aura seul le pouvoir de juger les personnes mises en accusation par la Chambre des Représentants. Lorsqu'il siégera à cet effet, les sénateurs prêteront serment ou feront une déclaration solennelle. En cas de jugement du président des Etats-Unis, le président de la Cour suprême présidera. Nul ne pourra être déclaré coupable que par un vote des deux tiers des membres présents.

Les condamnations prononcées en cas d'"Impeachment" ne pourront excéder la destitution et l'interdiction d'occuper tout poste de confiance ou d'exercer toute fonction honorifique ou rémunérée des Etats-Unis. Mais la partie condamnée sera néanmoins responsable et sujette à accusation, procès, jugement et condamnation suivant le droit commun.

Section 4. L'époque, le lieu et la procédure des élections des sénateurs et des représentants seront déterminés dans chaque Etat par la législature de cet Etat. Le Congrès peut toutefois, à tout moment, déterminer ou modifier par une loi les règles des élections, à l'exception de celles relatives au lieu des élections des sénateurs.

Le Congrès se réunira au moins une fois par an, le premier lundi de décembre, à moins que, par une loi, il ne fixe un jour différent.

Section 5. Chaque Chambre sera juge de l'élection de ses membres, du nombre de voix qu'ils ont obtenues et de leur éligibilité. La majorité, dans chaque Chambre, sera nécessaire pour que les délibérations soient valables. Mais un nombre inférieur pourra ajourner la séance de jour en jour et pourra être autorisé à exiger la présence des membres absents par tels moyens et sous telles pénalités que la Chambre pourra décider.

Chaque Chambre peut établir son règlement, prendre des sanctions contre ses membres pour conduite contraire au bon ordre et, à la majorité des deux tiers, prononcer l'expulsion de l'un d'entre eux.

Chaque Chambre tiendra un procès-verbal de ses débats et le publiera de temps à autre, à l'exception des parties qui lui sembleraient requérir le secret. Les votes pour et les votes contre des membres de chacune des Chambres sur une question quelconque seront, à la demande d'un cinquième des membres présents, consignés dans le procès-verbal.

Aucune des deux Chambres ne pourra, durant une session du Congrès et sans le consentement de l'autre Chambre, s'ajourner pour plus de trois jours, ni se transporter en aucun autre lieu que celui où les deux Chambres siégeront.

Section 6. Les sénateurs et représentants percevront une indemnité qui sera fixée par la loi et payée par le Trésor des Etats-Unis. En aucun cas autre que ceux de trahison, crime ou atteinte à la paix publique, ils ne pourront être arrêtés durant leur participation aux sessions de leur Chambre, ni lorsqu'ils se rendront à une session de cette Chambre ou en reviendront. Ils ne pourront être inquiétés en aucun lieu pour leurs discours ou discussions dans l'une quelconque des Chambres.

Aucun sénateur ou représentant ne pourra, durant la période pour laquelle il a été élu, être nommé à une fonction civile relevant de l'autorité des Etats-Unis, qui aurait été crée ou dont le traitement aurait été augmenté durant cette période. Aucune personne occupant une charge relevant de l'autorité des Etats-Unis ne sera membre de l'une des deux Chambres tant qu'elle exercera ces fonctions.

Section 7. Tous projets de loi comportant la levée d'impôts émaneront de la Chambre des représentants. Mais le Sénat pourra proposer ou accepter des amendements à y apporter comme aux autres projets de loi.

Tout projet de loi adopté par la Chambre des Représentants et par le Sénat devra, avant d'acquérir force de loi, être soumis au président des Etats-Unis. Si celui-ci l'approuve, il le signera. Sinon il le renverra, avec ses objections, à la Chambre dont il émane, laquelle insérera les objections in-extenso dans son procès-verbal et procédera à un nouvel examen du projet. Si, après ce nouvel examen, le projet de loi réunit en sa faveur les voix des deux tiers des membres de cette Chambre, il sera transmis, avec les objections qui l'accompagnaient, à l'autre Chambre, qui l'examinera également de nouveau, et, si les deux tiers des membres de celle-ci l'approuvent, il aura force de loi. En pareil cas, les votes des deux Chambres seront acquis par oui et par non, et les noms des membres votant pour et contre le projet seront portés au procès-verbal de chaque Chambre respectivement. Tout projet non renvoyé par le président dans les dix jours [dimanche non compris] qui suivront sa soumission, deviendra loi comme si le président l'avait signé, à moins que le Congrès n'ait, par son ajournement, rendu le renvoi impossible. Auquel cas le projet n'acquerra pas force de loi.

Tous ordres, résolutions ou votes, pour l'adoption desquels l'accord du Sénat et de la Chambre des représentants peut être nécessaire, sauf en matière d'ajournement, seront représentés au président des Etats-Unis, et, avant de devenir exécutoires, approuvés par lui, ou, en cas de dissentiment de sa part, adoptés de nouveau par les deux tiers du Sénat et de la Chambre des représentants, conformément aux règles et sous les réserves prescrites pour les projets de loi.

Section 8. Le Congrès aura le pouvoir:

• De lever et de percevoir des taxes, droits, impôts et excises, de payer les dettes et pourvoir à la défense commune et à la prospérité générale des Etats-Unis. Mais lesdits droits, impôts et excises seront uniformes dans toute l'étendue des Etats-Unis,

• De faire des emprunts sur le crédit des Etats-Unis,

• De réglementer le commerce avec les nations étrangères, entre les divers Etats, et avec les tribus indiennes,

• D'établir une règle uniforme de naturalisation et des lois uniformes au sujet des faillites applicables dans toute l'étendue des Etats-Unis,

• De battre monnaie, d'en déterminer la valeur et celle de la monnaie étrangère, et de fixer l'étalon des poids et mesures,

• D'assurer la répression de la contrefaçon des effets et de la monnaie en cours aux Etats-Unis,

• D'établir des bureaux et des routes de postes,

• De favoriser le progrès de la science et des arts utiles, en assurant, pour un temps limité, aux auteurs et inventeurs le droit exclusif à leurs écrits et découvertes respectifs,

• De constituer des tribunaux inférieurs à la Cour suprême,

• De définir et punir les pirateries et crimes commis en haute mer et les atteintes à la loi des nations,

• De déclarer la guerre, d'accorder des lettres de marque et de représailles, et d'établir des règlements concernant les prises de guerre sur terre et sur mer,

• De lever et d'entretenir des armées, sous réserve qu'aucune affectation de crédits à cette fin ne s'étende sur plus de deux ans,

• De créer et d'entretenir une marine de guerre,

• D'établir des règlements pour le commandement et la discipline des forces de terre et de mer,

• De pourvoir à la mobilisation de la milice pour assurer l'exécution des lois de l'Union, réprimer les insurrections et repousser les invasions,

• De pourvoir à l'organisation, l'armement et la discipline de la milice, et au commandement de telle partie d'icelle qui serait employée au service des Etats-Unis, en réservant aux États respectivement la nomination des officiers et l'autorité nécessaire pour instruire la milice selon les règles de discipline prescrites par le Congrès,

• D'exercer le droit exclusif de législation, en toute matière, sur tel district [d'une superficie n'excédant pas 10 milles carré] qui, par cession d'Etats particuliers et sur acceptation du Congrès, sera devenu le siège du gouvernement des Etats-Unis et d'exercer semblable autorité sur tous lieux acquis, avec le consentement de la législature de l'Etat dans lequel ils seront situés, pour l'érection de forts, dépôts, arsenaux, chantiers navals et autres constructions nécessaires,

• Et de faire toutes les lois qui seront nécessaires et convenables pour mettre à exécution les pouvoirs ci-dessus mentionnés et tous autres pouvoirs conférés par la présente Constitution au gouvernement des Etats-Unis ou à l'un quelconque de ses départements ou de ses fonctionnaires.

Section 9. L'immigration ou l'importation de telles personnes que l'un quelconque des Etats actuellement existants jugera convenable d'admettre ne pourra être prohibée par le Congrès avant l'année mil huit cent huit, mais un impôt ou un droit n'excédant pas 10 dollars par tête pourra être levé sur cette importation.

Le privilège de l'ordonnance d'habeas corpus ne pourra être suspendu, sauf dans les cas de rébellion ou d'invasion, où la sécurité publique pourrait l'exiger.

Aucun décret de confiscation, ou aucune loi rétroactive ne sera promulgué.

Nulle capitation ni autre taxe directe ne sera levée, si ce n'est proportionnellement au recensement ou dénombrement ci-dessus ordonné.

Ni taxes, ni droits ne seront levés sur les articles exportés d'un Etat quelconque.

Aucune préférence ne sera accordée par un règlement commercial ou fiscal aux ports d'un Etat sur ceux d'un autre. Et nul navire à destination ou en provenance d'un Etat ne sera assujetti à des formalités ou des droits d'entrée, de sortie ou de douane dans un autre.

Aucune somme ne sera prélevée sur le Trésor, si ce n'est en vertu d'affectations de crédits stipulées par la loi. Un état et un compte réguliers de toutes les recettes et dépenses des deniers publics seront publiés de temps à autre.

Aucun titre de noblesse ne sera conféré par les Etats-Unis, et aucune personne qui tiendra d'eux une charge de profit ou de confiance ne pourra, sans le consentement du Congrès, accepter des présents, émoluments, charges ou titres quelconques, d'un roi, prince ou Etat étranger.

Section 10. Aucun Etat ne pourra être partie à un traité ou une alliance ou à une Confédération. Accorder des lettres de marque et de représailles. Battre monnaie. Emettre du papier-monnaie, donner cours légal, pour le paiement de dettes, à autre chose que la monnaie d'or ou d'argent. Promulguer aucun décret de confiscation, aucune loi rétroactive ou qui porterait atteinte aux obligations résultant de contrats. Ni conférer des titres de noblesse.

Aucun Etat ne pourra, sans le consentement du Congrès, lever des impôts ou des droits sur les importations ou les exportations autres que ceux qui seront absolument nécessaires pour l'exécution de ses lois d'inspection, et le produit net de tous les droits ou impôts levés par un Etat sur les importations ou les exportations sera affecté à l'usage du Trésor des Etats-Unis. Et toutes ces lois seront soumises à la révision ou au con trôle du Congrès.

Aucun Etat ne pourra, sans le consentement du Congrès, lever des droits de tonnage, entretenir des troupes ou des navires de guerre en temps de paix, conclure des accords ou des pactes avec un autre Etat ou une puissance étrangère, ni entrer en guerre, à moins qu'il ne soit effectivement envahi ou en danger trop imminent pour permettre le moindre délai.


Article II (Pouvoir exécutif).

Section 1. Le pouvoir exécutif sera conféré à un président des Etats-Unis d'Amérique. Il restera en fonction pendant une période de quatre ans et sera, ainsi que le vice-président, choisi de la manière suivante:

Chaque Etat nommera, de la manière prescrite par sa législature, un nombre d'électeurs égal au nombre total de sénateurs et de représentants auquel il a droit au Congrès, mais aucun sénateur ou représentant, ni aucune personne tenant des Etats-Unis une charge de confiance ou de profit, ne pourra être nommé électeur.

Les électeurs se réuniront dans leurs Etats respectifs et voteront par bulletin pour deux personnes, dont l'une au moins n'habitera pas le même Etat qu'eux. Ils dresseront une liste de toutes les personnes qui auront recueilli des voix et du nombre de voix réunies par chacune d'elles. Ils signeront cette liste, la certifieront et la transmettront, scellée, au siège du gouvernement des Etats-Unis, à l'adresse du président du Sénat. Le président du Sénat, en présence du Sénat et de la Chambre des Représentants, ouvrira toutes les listes certifiées, et les suffrages seront alors comptés. La personne qui aura obtenu le plus grand nombre de voix sera président, si ce nombre représente la majorité de tous les électeurs nommés. Si deux ou plusieurs personnes ont obtenu cette majorité et un nombre égal de voix, la Chambre des Représentants, par scrutin, choisira immédiatement l'une d'entre elles comme président. Si aucune personne n'a obtenu la majorité nécessaire, la Chambre des Représentants choisira alors le président, selon la même procédure, parmi les cinq personnes ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Mais, pour le choix du président, les votes seront comptés par Etat, la représentation de chaque Etat ayant une voix. Le quorum nécessaire à cet effet sera constitué par la présence d'un ou de plusieurs représentants des deux tiers des Etats, et l'adhésion de la majorité de tous les Etats devra être acquise pour la validité du choix. Dans tous les cas, après l'élection du président, la personne qui aura obtenu après lui le plus grand nombre des suffrages des électeurs sera vice-président. Mais s'il reste deux ou plusieurs personnes ayant le même nombre de voix, le Sénat choisira le vice-président parmi elles par scrutin.

Le Congrès pourra fixer l'époque où les électeurs seront choisis et le jour où ils devront voter, ce jour étant le même sur toute l'étendue des Etats-Unis.

Nul ne pourra être élu président s'il n'est citoyen de naissance, ou s'il n'est citoyen des Etats-Unis au moment de l'adoption de la présente Constitution, s'il n'a trente-cinq ans révolus et ne réside sur le territoire des États-Unis depuis quatorze ans.

En cas de destitution, de mort ou de démission du président, ou de son incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, ceux-ci seront dévolus au vice-président. Le Congrès pourra, par une loi, prévoir le cas de destitution, de mort, de démission ou d'incapacité à la fois du président et du vice-président en désignant le fonctionnaire qui fera alors fonction de président, et ce fonctionnaire remplira ladite fonction jusqu'à cessation d'incapacité ou élection d'un président.

Le président recevra pour ses services, à échéances fixes, une indemnité qui ne sera ni augmentée ni diminuée pendant la période pour laquelle il aura été élu, et il ne recevra pendant cette période aucun autre émolument des Etats-Unis, ni d'aucun des Etats.

Avant d'entrer en fonctions, le président prêtera serment ou prononcera l'affirmation qui suit:

"Je jure [ou affirme] solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis."

Section 2. Le président sera commandant en chef de l'armée et de la marine des Etats-Unis, et de la milice des divers Etats quand celle-ci sera appelée au service actif des Etats-Unis. Il pourra exiger l'opinion, par écrit, du principal fonctionnaire de chacun des départements exécutifs sur tout sujet relatif aux devoirs de sa charge. Il aura le pouvoir d'accorder des sursis et des grâces pour crimes contre les Etats-Unis, sauf dans les cas d'"Impeachment".

Il aura le pouvoir, sur l'avis et avec le consentement du Sénat, de conclure des traités, sous réserve de l'approbation des deux tiers des sénateurs présents. Il proposera au Sénat et, sur l'avis et avec le consentement de ce dernier, nommera les ambassadeurs, les autres ministres publics et les consuls, les juges à la Cour suprême, et tous les autres fonctionnaires des Etats-Unis dont la nomination n'est pas prévue par la présente Constitution, et dont les postes seront créés par la loi. Mais le Congrès pourra, lorsqu'il le jugera opportun, confier au président seul, aux cours de justice ou aux chefs des départements, la nomination de certains fonctionnaires inférieurs.

Le président aura le pouvoir de pourvoir à toutes vacances qui viendraient à se produire entre les sessions du Sénat, en accordant des commissions qui expireront à la fin de la session suivante.

Section 3. Le président informera le Congrès, de temps à autre, de l'état de l'Union, et recommandera à son attention telles mesures qu'il estimera nécessaires et expédientes. Il pourra, dans des circonstances extraordinaires, convoquer l'une ou l'autre des Chambres ou les deux à la fois, et en cas de désaccord entre elles sur la date de leur ajournement, il pourra les ajourner à tel moment qu'il jugera convenable. Il recevra les ambassadeurs et autres ministres publics. Il veillera à ce que les lois soient fidèlement exécutées, et commissionnera tous les fonctionnaires des Etats-Unis.

Section 4. Le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils des Etats-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs.


Article III (Pouvoir judiciaire).

Section 1. Le pouvoir judiciaire des Etats-Unis sera conféré à une Cour suprême et à telles cours inférieures dont le Congrès pourra de temps à autre ordonner l'institution. Les juges de la Cour suprême et des cours inférieures conserveront leurs charges aussi longtemps qu'ils en seront dignes et percevront, à échéances fixes, une indemnité qui ne sera pas diminuée tant qu'ils resteront en fonctions.

Section 2. Le pouvoir judiciaire s'étendra à tous les cas de droit et d'équité ressortissant à la présente Constitution, aux lois des Etats-Unis, aux traités déjà conclus, ou qui viendraient à l'être sous leur autorité. A tous les cas concernant les ambassadeurs, les autres ministres publics et les consuls. A tous les cas relevant de l'Amirauté et de la juridiction maritime. Aux conflits d'intérêt auxquels les Etats-Unis seront partie. Aux conflits d'intérêt entre deux ou plusieurs Etats, entre un Etat et les citoyens d'un autre, entre citoyens de différents Etats, entre citoyens d'un même Etat revendiquant des terres en vertu de concessions d'autres États, entre un État ou ses citoyens et des Etats, citoyens ou sujets étrangers.

Dans tous les cas concernant les ambassadeurs, les autres ministres publics et les consuls, et ceux auxquels un Etat sera partie, la Cour suprême aura juridiction de première instance sur la date de leur ajournement, elle aura juridiction d'appel, et pour le droit et pour le fait, sauf telles exceptions et conformément à tels règlements que le Congrès aura établis.

Tous les crimes, sauf dans les cas d'"Impeachment", seront jugés par un jury. Le procès aura lieu dans l'Etat où lesdits crimes auront été commis, et, quand ils ne l'auront été dans aucun, en tel lieu ou place que le Congrès aura fixé par une loi.

Section 3. Le crime de trahison envers les Etats-Unis ne consistera que dans l'acte de faire la guerre contre eux, ou de se ranger du côté de leurs ennemis en leur donnant aide et secours. Nul ne sera convaincu de trahison, si ce n'est sur la déposition de deux témoins du même acte manifeste, ou sur son propre aveu en audience publique.

Le Congrès aura le pouvoir de fixer la peine en matière de trahison, mais aucune condamnation de ce chef n'entraînera ni mort civile, ni confiscation de biens, sauf pendant la vie du condamné.


Article IV (Droits et obligations des Etats).

Section 1. Pleine foi et crédit seront accordés, dans chaque Etat, aux actes publics, minutes et procès-verbaux judiciaires de tous les autres Etats. Et le Congrès pourra, par des lois générales, prescrire la manière dont la validité de ces actes, minutes et procès-verbaux sera établie, ainsi que leurs effets.

Section 2. Les citoyens de chaque Etat auront droit à tous les privilèges et immunités des citoyens dans les divers Etats.

Toute personne qui, accusée, dans un Etat, de trahison, félonie ou autre crime, se sera dérobée à la justice par la fuite et sera trouvée dans un autre Etat, devra, sur la demande de l'autorité exécutive de l'Etat d'où elle aura fui, être livrée pour être ramenée dans l'Etat ayant juridiction sur le crime.

Une personne qui, tenue à un service ou travail dans un Etat en vertu des lois y existant, s'échapperait dans un autre, ne sera libérée de ce service ou travail en vertu d'aucune loi ou réglementation de cet autre Etat, mais sera livrée sur la revendication de la partie à laquelle le service ou travail pourra être dû.

Section 3. De nouveaux Etats peuvent être admis par le Congrès dans l'Union. Mais aucun nouvel Etat ne sera formé ou érigé sur le territoire soumis à la juridiction d'un autre État, ni aucun État formé par la jonction de deux ou de plusieurs Etats, ou parties d'Etat, sans le consentement des législatures des Etats intéressés, aussi bien que du Congrès.

Le Congrès aura le pouvoir de disposer du territoire ou de toute autre propriété appartenant aux Etats-Unis, et de faire à leur égard toutes lois et tous règlements nécessaires. Et aucune disposition de la présente Constitution ne sera interprétée de manière à préjudicier aux revendications des Etats-Unis ou d'un Etat particulier.

Section 4. Les Etats-Unis garantiront à chaque Etat de l'Union une forme républicaine de gouvernement, protégeront chacun d'eux contre l'invasion et, sur la demande de la législature ou de l'exécutif, quand la législature ne pourra être réunie, contre toute violence intérieure.


Article V (Procédures d'amendement).

Le Congrès, quand les deux tiers des deux Chambres l'estimeront nécessaire, proposera des amendements à la présente Constitution ou, sur la demande des législatures des deux tiers des Etats, convoquera une convention pour en proposer. Dans l'un et l'autre cas, ces amendements seront valides à tous égards comme faisant partie intégrante de la présente Constitution, lorsqu'ils auront été ratifiés par les législatures des trois quarts des Etats, ou par des conventions dans les trois quarts d'entre eux, selon que l'un ou l'autre mode de ratification aura été proposé par le Congrès. Sous réserve que nul amendement qui serait adopté avant l'année mil huit cent huit ne puisse en aucune façon affecter la première et la quatrième clause de la neuvième section de l'Article premier, et qu'aucun Etat ne soit, sans son consentement, privé de l'égalité de suffrage au Sénat.


Article VI (Dispositions diverses).

Toutes dettes contractées et tous engagements pris avant l'adoption de la présente Constitution seront aussi valides à l'encontre des Etats-Unis dans le cadre de la présente Constitution qu'ils l'étaient dans le cadre de la Confédération.

La présente Constitution, ainsi que les lois des Etats-Unis qui en découleront, et tous les traités déjà conclus, ou qui le seront, sous l'autorité des Etats-Unis, seront la loi suprême du pays. Et les juges dans chaque Etat seront liés par les susdits, nonobstant toute disposition contraire de la Constitution ou des lois de l'un quelconque des Etats.

Les sénateurs et représentants susmentionnés, les membres des diverses législatures des Etats et tous les fonctionnaires exécutifs et judiciaires, tant des Etats-Unis que des divers Etats, seront tenus par serment ou affirmation de défendre la présente Constitution. Mais aucune profession de foi religieuse ne sera exigée comme condition d'aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l'autorité des Etats-Unis.


Article VII (Ratification).

La ratification des conventions de neuf Etats sera suffisante pour l'établissement de la présente Constitution entre les Etats qui l'auront ainsi ratifiée.


Sources également disponibles:

1° United States Constitution (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Constitution

2° History of the United States (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_United_States

mercredi 10 juin 2009

Pouvoir judiciaire, Cour Supreme et tribunaux fédéraux

Après l'Exécutif et le Legislatif, le système judiciaire américain, ou "Judicature", représente le troisième pouvoir aux Etats-Unis. La Cour Suprême en est la pierre angulaire. C'est elle qui contrôle la constitutionnalité des lois votées au Congrès et les fait appliquer, tant au niveau fédéral qu'à celui des Etats.


Système judiciaire fédéral.

En vertu de la sacro-sainte "séparation des pouvoirs" en vigueur aux Etats-Unis, le système judiciaire fédéral, appelé également la "Judicature", est en principe indépendant des deux autres pouvoirs exécutif et législatif. Il fait respecter les lois fédérales, mais ne les vote pas, car l'adoption des lois est le rôle du législatif, au Congrès.

Dans ce système judiciaire, la Cour Suprême, les tribunaux et les Cours d'appel fédérales, à Washington, sont parfois en désaccord et entrent en conflit avec les lois du système judiciaire des cinquante Etats américains, qui disposent eux aussi de leurs propres tribunaux, Cours Suprêmes et Cours d'Appel.

La Cour Suprême fédérale s'occupe en particulier des crimes fédéraux, qui échappent à la juridiction et aux lois des Etats, ainsi que de l'arbitrage entre différents Etats ou entre un Etat et le gouvernement fédéral.


Le pouvoir judiciaire fédéral juge les points de droit qui mettent en jeu les lois du Congrès ou qui en requièrent l'interprétation, ainsi que les affaires pénales dans lesquelles le prévenu est accusé d'avoir violé la loi fédérale. Les tribunaux fédéraux ont aussi une compétence d'appel quand des lois des Etats sont contestées pour des raisons constitutionnelles. Ils ont compétence dans les affaires impliquant plus d'un Etat, les citoyens de plus d'un Etat ou des parties étrangères.

Le pouvoir judiciaire se compose de la Cour Suprême et des tribunaux fédéraux de première instance, ainsi que des cours d'appel, aussi connues sous le nom de "cours de circuit", des tribunaux de district fédéraux, des tribunaux de commerce et des tribunaux chargés de régler les réclamations contre l'Etat fédéral.

Les juridictions fédérales jugent en appel les affaires civiles et pénales entendues par les tribunaux des Etats. Leur compétence en première instance couvre les affaires concernant les brevets, les marques, les réclamations contre le gouvernement fédéral, les faillites, les garanties financières, le droit maritime et les actions judiciaires internationales.

En tant que système indépendant des deux autres pouvoirs, le judiciaire fédéral n'est soumis qu'aux freins et contrepoids définis dans la Constitution. Un pouvoir judiciaire fédéral indépendant est considéré comme essentiel pour assurer l'équité et une justice égale pour tous les citoyens.

La Constitution encourage l'indépendance de la justice de deux manières. En premier lieu, les juges fédéraux sont nommés à vie, et ils ne peuvent être révoqués qu'en cas de mise en accusation et condamnation du Congrès pour "trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs" (Impeachment).

En second lieu, la Constitution prévoit que l'indemnité des juges fédéraux "ne sera pas diminuée tant qu'ils resteront en fonction", ce qui signifie que ni le président ni le Congrès ne peuvent réduire le salaire d'un juge fédéral. Ces deux garanties aident une justice indépendante à rendre des jugements en n'étant soumise ni aux passions populaires ni aux influences politiques.

Si les auteurs de la Constitution conçurent le judiciaire comme un pouvoir protégé des pressions politiques et de l'opinion publique, le processus de sélection des juges est lui, devenu très politique. Les juges de la Cour suprême et des tribunaux de première instance sont nommés par le président des Etats-Unis, sous réserve de ratification par le Sénat.


Cour suprême.

La Cour suprême compte neuf juges, nombre fixé par la Constitution. Les compétences, le nombre des juges et les budgets des tribunaux fédéraux de première instance sont établis par le Congrès.

La Cour Suprême siège à Washington, dans le District of Columbia. Le "Supreme Court Building" fait face au Capitole. Les autres Cours fédérales se répartissent dans toutes les villes des Etats-Unis.

Les Juges de la Cour Suprême sont désignés à vie par le président des Etats-Unis en fonction lors de leur nomination, et prennent leur retraite volontairement.

Pour les destituer, il faut engager un long processus devant le Congrès: l'Impeachment.

Ils sont au nombre de neuf, nombre fixé par la Constitution. Sept hommes et deux femmes. Le "Chief of Justice" (John G. Roberts, Jr) est le président de la Cour Suprême, nommé par George W. Bush le 29 septembre 2005, et huit "Associates Justice" (juges adjoints).

Un Président de la Cour Suprême (Chief of Justice):

• John Glover Roberts, Jr. Nommé par George W. Bush le 29 septembre 2005.
http://en.wikipedia.org/wiki/John_Glover_Roberts,_Jr.

Huit juges adjoints (Associates Justice):

• John Paul Stevens. Nommé par Gerald Ford le 19 décembre 1975.
http://en.wikipedia.org/wiki/John_Paul_Stevens

• Antonin Gregory Scalia. Nommé par Ronald Reagan le 26 septembre 1986.
http://en.wikipedia.org/wiki/Antonin_Scalia

• Anthony McLeod Kennedy. Nommé par Ronald Reagan le 18 février 1988.
http://en.wikipedia.org/wiki/Anthony_Kennedy

• Clarence Thomas. Nommé par George H. Bush le 23 octobre 1991.
http://en.wikipedia.org/wiki/Clarence_Thomas

• Ruth Bader Ginsburg. Nommée par Bill Clinton le 10 août 1993.
http://en.wikipedia.org/wiki/Ruth_Bader_Ginsburg

• Stephen Gerald Breyer. Nommé par Bill Clinton le 3 août 1994.
http://en.wikipedia.org/wiki/Stephen_Breyer

• Samuel Anthony Alito, Jr. Nommé par George W. Bush 31 janvier 2006.
http://en.wikipedia.org/wiki/Samuel_Alito

• Sonia Maria Sotomayor. Nommée par Barack Obama le 26 mai 2009.
http://en.wikipedia.org/wiki/Sonia_Sotomayor

Les juges de la Cour Suprême ont eu besoin de la ratification du Sénat pour prendre définitivement leurs fonctions. Toutefois, le président peut nommer des juges de façon temporaire quand le Congrès n'est pas en session.

Les juges d'instance fédéraux, qui exercent des activités judiciaires telles que la mise en liberté sous caution, la délivrance de mandats et les audiences pour infractions mineures, sont nommés pour huit ans par les juges des tribunaux de district fédéraux.

La Cour Suprême s'occupe des cas qui dépasse le cadre de la Constitution, ainsi que de lois fédérales, de traités, qui impliquent des citoyens ou des gouvernements étrangers, et dans lesquels le gouvernement américain représente lui-même une des parties en présence. Elle est organisée autour du Chief of Justice et de huit juges adjoints.


Cour suprême et droits civiques.

Le rôle de la Cour suprême en tant que partenaire à part entière du gouvernement se trouva renforcé en février 1803 par la célèbre "Affaire Marbury contre Madison", affaire opposant William Marbury, Juge de Paix dans le Washington District of Columbia, à James Madison, Secrétaire d'Etat (1). Dans cet arrêt, la Cour Suprême déclara pour la première fois inconstitutionnelle une loi votée par le Congrès et promulguée par le président Thomas Jefferson, annulant de ce fait cette législation. Ainsi, au lieu d'être simplement une juridiction qui interprète la loi, la Cour Suprême a le pouvoir d'abroger des lois jugées inconstitutionnelles.

S'il a fallu attendre cinquante-quatre ans avant que la Cour Suprême ne déclare une autre loi inconstitutionnelle, celle-ci est devenue de plus en plus active à partir du milieu du vingtième siècle, surtout dans le domaine des droits civiques.

Une succession d'arrêts historiques constitua le moteur de l'expansion des droits des minorités et des protections des prévenus dans les procès pénaux. Bien que controversés à l'époque, nombre de ces arrêts sont aujourd'hui loués comme autant de victoires sur l'injustice. On trouvera ci-dessous quelques exemples d'arrêts qui ont eu un impact durable:

• En 1954, dans l'arrêt "Brown contre Board of Education" (2), la Cour Suprême déclara que le fait d'avoir des écoles séparées pour les Blancs et les Noirs constituait en soi une inégalité, décision qui entraîna un effort de déségrégation massive dans les écoles publiques.

• En 1956, dans l'arrêt "Browder contre Gayle" (3), la Cour Suprême confirma le jugement d'un tribunal de première instance annulant des lois d'Etat discriminatoires et ségrégationnistes contre les minorités. Des pratiques comme celle qui obligeait les Noirs à s'asseoir à l'arrière des bus, situation à l'origine de l'affaire, furent déclarées illégales.

• En 1966, dans l'arrêt "Miranda contre Arizona" (4), la Cour Suprême déclara que les personnes détenues par la police devaient être informées de leur droit de garder le silence et d'avoir un avocat. Ces droits sont désormais connus sous le nom d'"Avertissements Miranda" ou "Loi Miranda". Dans ces affaires et bien d'autres, la Cour Suprême annula des lois et des pratiques des Etats et des collectivités locales qui avaient pour effet de refuser aux minorités l'égalité des droits en vertu de la loi. L'un des fondements de ces décisions fut le Quatorzième Amendement, qui affirme notamment:

"Aucun Etat ne fera ou n'appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des Etats-Unis. Ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière. Ni ne refusera à quiconque relève de sa juridiction l'égale protection des lois."


(1) "Marbury vs Madison Case" (24 février 1803).
http://en.wikipedia.org/wiki/Marbury_v._Madison

(2) "Brown vs Board of Education Case" (17 mai 1954).
http://en.wikipedia.org/wiki/Brown_v._Board_of_Education

(3) "Browder vs Gayle Case" (13 novembre 1956).
http://en.wikipedia.org/wiki/Browder_v._Gayle

(4) "Miranda vs Arizona" ou "Miranda Law" (13 juin 1966).
http://en.wikipedia.org/wiki/Miranda_law



Sources également disponibles:

1° Judiciary (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Judicial

2° Supreme Court of the United States(Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Supreme_Court_of_the_United_States

3° Supreme Court Building (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Supreme_Court_building


mardi 9 juin 2009

Pouvoir législatif fédéral et Congrès

Aux Etats-Unis, c'est le Congrès qui assume le pouvoir législatif fédéral. Celui-ci se compose de deux Chambres ou Assemblées: la Chambre du Sénat et la Chambre des Représentants.



Pouvoir législatif.

Le Congrès des Etats-Unis, héritier du Congrès continental de la Guerre d'Indépendance, assume le pouvoir législatif fédéral. Il se compose de deux Chambres, également appelées "Assemblées": la Chambre du Sénat et la Chambre des Représentants.

Le Congrès est la seule instance ayant le pouvoir d'élaborer, de discuter et de voter les lois fédérales, les taxes fédérales, les déclarations de guerre et la mise en application des traités.

Les deux Chambres du Congrès siègent au Capitole, au lieu-dit Capitol Hill, à Washington dans le District of Columbia (Washington, DC).



Chambre du Sénat.

La Chambre du Sénat (US Senate), ou simplement le "Sénat", est considérée comme la "Chambre Haute" du Congrès. Elle délibère davantage que la Chambre des Représentants.

Le Sénat se compose de cent sénateurs, deux de chaque Etat: 40 Républicains, 57 Démocrates et 2 Indépendants (en Caucus avec Démocrates), 1 siège contesté (1). Le mandat est d'une durée de six ans, leur nombre n'étant pas limité. Le Sénat est renouvelé par tier tous les deux ans. Les postes vacants étant généralement pourvus par nomination par le gouverneur de l'Etat concerné.


La présidence du Sénat est assurée par le vice-président des Etats-Unis, Joseph Biden. Celui-ci ne peut voter qu'en cas d'égalité des voix. En pratique, ce cas est si peu fréquent que le vice-président consacre très peu de temps à la présidence du Sénat. Quand il est absent, le Sénat choisit un président (President Pro Tempore) parmi ses membres pour présider les séances quotidiennes: par exemple le démocrate Robert C. Byrd, de Virginie-Occidentale.

http://en.wikipedia.org/wiki/Robert_C._Byrd

S'il partage de vastes pouvoirs législatifs avec la Chambre des Représentants, le Sénat est doté de plusieurs pouvoirs qui lui sont propres:

• Ratification des nominations présidentielles à la Cour suprême, dans les tribunaux fédéraux de première instance et aux postes clés de l'exécutif avant que les titulaires puissent prendre leurs fonctions.

• Ratification ou rejet des traités internationaux négociés par le président des Etats-Unis.

• En cas de mise en accusation (Impeachment) du président des Etats-Unis ou d'un juge de la Cour suprême par la Chambre des Représentants, le Sénat en séance plénière dirige le procès et fait office de jury.


(1) Le Démocrate Al Franken a été déclaré vainqueur de l'élection sénatoriale le 4 novembre 2008 dans le Minnesota. Mais le Républicain Norm Coleman a contesté cette nomination et a fait appel devant la Cour Suprême des Etats-Unis.

http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Senate_election_in_Minnesota,_2008



Chambre des Représentants.

La Chambre des Représentants (House of Representatives) est la "Chambre Basse" du Congrès. Elle comprend 435 représentants, 256 Démocrates et 178 Républicain (2), répartis entre les Etats au prorata de la population. Cinq territoires (Territories) et possessions américains ont également des représentants à la Chambre, mais qui n'ont pas le droit de vote: le District de Columbia, les Samoa américaines, Guam, Puerto-Rico et les îles Vierges américaines.

Chambre des Représentants, où chaque année le Président des Etats-Unis d'Amérique prononce son discours sur l'"Etat de l'Union":


Le mandat des représentants est de deux ans, le nombre des mandats n'étant pas limité, et tous les représentants sont élus en même temps. Chaque représentant est élu dans une circonscription électorale (Congressional District) à l'intérieur d'un Etat.

Les postes vacants à la Chambre des Représentants ne sont pourvus que lors d'une élection spéciale ou d'une élection générale. Les représentants élisent un président (Speaker), qui est membre du parti majoritaire. L'actuel président de la Chambre des Représentants est la démocrate Nancy Pelosi.

http://en.wikipedia.org/wiki/Nancy_Pelosi

Les responsabilités et les pouvoirs spéciaux de la Chambre des Représentants, non partagés avec le Sénat, incluent:

• Pouvoir de décider la mise en accusation du président des Etats-Unis et des juges de la Cour suprême (Impeachment).

• Proposition d'une loi fiscale.

• Choix du président des Etats-Unis quand aucun des candidats à la présidence n'a obtenu la majorité des voix des Grands Electeurs. Dans ce cas, la délégation de chaque Etat a une voix.


(2) Une place vacante, Hilda Solis, désignée par Barack Obama "Secretary of Labor".


Comment un projet de loi ("Bill") devient loi ("Act").

Chaque année, des milliers de projets de loi (Bill) sont présentés au Congrès, mais seulement quelques centaines d'entre eux sont adoptées. Nous résumons ci-après les étapes successives entre l'ébauche et la promulgation d'une loi (Act).

1. Une proposition ou un projet de loi est rédigé. Un sénateur ou un représentant peut en rédiger le texte original, ou bien une association commerciale ou un simple citoyen peuvent demander qu'une proposition de loi soit préparée et peuvent contribuer à sa rédaction. Toutefois, seul un sénateur ou un représentant peut déposer une proposition de loi. Une fois le texte rédigé, son auteur recherchera le soutien de certains de ses collègues pour donner plus de crédibilité à l'initiative.

2. Le projet de loi est déposé au Sénat et/ou à la Chambre des Représentants. On lui attribue un numéro, et son intitulé ainsi que les noms de ses initiateurs sont publiés dans le "Congressional Record", publié par le "Bureau d'Imprimerie du Gouvernement des Etats-Unis", ou Government Printing Office (GPO).

http://en.wikipedia.org/wiki/Congressional_Record_of_the_United_States_of_America

3. Les membres de la Chambre des Représentants et du Sénat confient le projet de loi à la commission compétente. Le président de cette commission peut ensuite confier le projet à une sous-commission plus compétente. Il est important de noter que les présidents de commissions et de sous-commissions ont une grande influence quant à la prise en considération d'un projet de loi. Si le président s'oppose à la législation, il peut tout simplement s'abstenir d'agir.

4. La sous-commission peut tenir des auditions sur le projet de loi et entendre des témoins publics et privés. Nombre de témoins sont des fonctionnaires de l'exécutif, des experts, ou les intéressés appartenant à des associations commerciales, des syndicats, des universités, des groupes d'intérêt ou au monde des affaires. Des particuliers peuvent aussi faire connaître leurs points de vue en portant un témoignage, en faisant une déclaration écrite ou en permettant à des groupes d'intérêt de les représenter.

5. Après les auditions, la sous-commission peut se réunir pour procéder à l'examen du texte ("Markup") et, éventuellement, proposer des amendements au projet de loi. Puis la sous-commission vote pour savoir si elle doit faire un rapport favorable à la commission. En l'absence d'un rapport favorable, le projet de loi est enterré.

6. La commission peut répéter en séance plénière tout ou partie des actions de la sous-commission: auditions, examen du texte et vote. Si la commission vote favorablement sur le projet de loi, elle en rend compte à la Chambre des Représentants ou au Sénat, selon la chambre qui examine le projet de loi.

7. Quand le projet de loi parvient à la Chambre des Représentants ou au Sénat, l'assemblée plénière peut en débattre. A ce stade, le projet de loi peut être encore amendé, renvoyé en commission ou voté.

8. Si le projet de loi est voté par la Chambre des Représentants ou le Sénat, il est alors soumis à l'autre Chambre. Un projet de loi voté par la Chambre des Représentants peut être directement inscrit sur le calendrier du Sénat, sans passer par l'examen de la sous-commission et de la commission. En général, toutefois, les sous-commissions et commissions des deux Chambres ont la possibilité de tenir des auditions et d'amender le projet de loi. Des textes apparentés ou identiques sont souvent examinés simultanément à la Chambre des Représentants et au Sénat.

9. Si un projet de loi est voté sous une forme identique par la Chambre des Représentants et le Sénat, il est alors transmis au président des Etats-Unis. S'il existe des différences entre les versions du projet de loi de la Chambre des Représentant et du Sénat, une commission de conciliation est nommée par le président du Sénat et le président de la Chambre des Représentants pour parvenir à un compromis. Si un accord est impossible, la législation est enterrée. Si un accord est conclu, le projet de loi est renvoyé aux deux Chambres, qui doivent le voter sans autre amendement. Si les deux Chambres approuvent le projet de loi de la commission de conciliation, il est ensuite transmis au président des Etats-Unis pour qu'il le signe.

Le président a alors quatre options:

• Signer le projet de loi.

• Ne pas agir quand le Congrès est en session, auquel cas le projet de loi devient loi au bout de dix jours.

• Ne pas agir dans les dix jours précédant l'ajournement du Congrès, auquel cas le projet de loi est caduc.

• Opposer son veto.

S'il oppose son veto à un projet de loi, le président le renvoie non signé avec ses objections notifiés. Le Congrès peut passer outre à ce veto avec une majorité qualifiée des deux tiers à la Chambre et au Sénat. Si l'une des Chambres n'obtient pas la majorité des deux tiers en faveur de la législation, le projet de loi est caduc. Si les deux Chambres réunissent la majorité des deux tiers, le projet devient loi.

Outre le pouvoir de légiférer, l'une des activités les plus importantes du Congrès est la surveillance de l'exécutif. Le Congrès peut tenir des auditions pour enquêter sur les actions et les opérations de l'exécutif afin de s'assurer qu'il applique la loi avec intégrité.


Cet article est extrait de la publication du Département d'Etat (State Department), l'équivalent du "Ministère des Affaires étrangères", intitulée: "Comment les Etats-Unis sont gouvernés".


Sources également disponibles:

1° United States Capitol (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Capitol

2° United States Senate (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Senate

3° United States House of Representatives (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_House_of_Representatives

lundi 8 juin 2009

Pouvoir exécutif fédéral et fonction présidentielle

L'exécutif fédéral se compose de la présidence, du gouvernement représenté par les Départements (ou Ministères), dirigés chacun par un Secrétaire, ainsi que de plusieurs conseillers et organismes fédéraux. C'est de loin le pouvoir le plus important aux Etats-Unis.


Le président des Etats-Unis (President of the United States of America, ou POTUS) est élu pour un mandat de quatre ans. Le vice-président, qui est élu en même temps, est le premier à assumer la charge de la présidence en cas de décès, d'incapacité ou de destitution du président.

POTUS est, comme le prévoit la Constitution, à la fois chef de l'Etat et chef du gouvernement, ainsi que commandant suprême des forces armées. En tant que chef d'Etat, il donc à la tête de la diplomatie américaine (Chief Diplomat), et donc le représentant de la nation à l'étranger.


Il nomme des ambassadeurs et autres représentants des Etats-Unis, et peut reconnaitre ou non les nouveaux Etats étrangers. Il a donc logiquement le pouvoir de mettre un terme aux relations diplomatiques avec un Etat, comme cela a été le cas avec Cuba, la Corée du Nord ou l'Iran.

L'exécutif est de loin le pouvoir le plus important du gouvernement fédéral. Il est dirigé par le président. Le vice-président, qui est élu en même temps, est le premier à assumer la charge de la présidence en cas de décès, d'incapacité ou de destitution du président.

Bien que l'exécutif partage les compétences à égalité avec les deux autres pouvoirs, le président est la personne la plus puissante du gouvernement. Il assume les pouvoirs constitutionnels et les rôles suivants:

• Il nomme les juges de la Cour suprême et des tribunaux fédéraux de première instance, sous réserve de ratification par le Sénat.

• Il nomme un cabinet de secrétaires et les directeurs des organismes gouvernementaux, sous réserve de ratification par le Sénat.

• Il est commandant en chef des armées.

• Il est chef de l'Etat.

• Il négocie les traités internationaux et les traités avec les tribus amérindiennes, qui doivent être ratifiés par le Sénat.

• Il a le droit de veto sur la législation adoptée par le Congrès.

• Il accorde des grâces et des sursis pour des crimes fédéraux, sauf dans les cas d'Impeachment, la mise en accusation du président des Etats-Unis ou d'un Juge suprême.

Outre ceux-ci, le président a en pratique d'autres pouvoirs, soit officieux soit non expressément énoncés dans la Constitution. Tout d'abord, il peut prendre des décrets-lois (Executive Orders), directives possédant force de loi. En général, celles-ci sont utilisés dans le but notamment:

• D'établir de nouveaux programmes, bureaux ou commissions pour promouvoir ou respecter le calendrier politique du président.

• De mettre en oeuvre des politiques qui affectent la manière dont la législation adoptée par le Congrès doit être appliquée ou respectée.

• De déclarer quand les fonctionnaires fédéraux observeront des jours fériés.

Les décrets-lois sont un puissant outil permettant au président d'atteindre des objectifs politiques, et ce pouvoir a reçu le soutien de la Cour suprême. Chaque décret-loi peut être annulé ou modifié par la législation du Congrès, mais une telle législation requiert la signature du président pour prendre effet, à moins que le Congrès ne passe outre au veto présidentiel. De plus, les décrets-lois peuvent être contestés par les tribunaux si l'on considère qu'ils violent la Constitution ou qu'ils sont en contradiction avec la législation existante.

Enfin, le président est chef de son parti politique et peut utiliser la tribune présidentielle et son prestige pour exprimer clairement des opinions politiques et promouvoir des objectifs, à la fois à l'égard de l'opinion publique et des membres de son parti au Congrès.

Le président et son gouvernement siège à la Maison-Blanche, à Washington dans le District of Columbia (Washington DC). Il est élu pour un mandat de quatre ans par un Collège Electoral, donc au suffrage universel indirect, renouvelable une seule fois pour un éventuel second mandat.


Le président est secondé dans sa fonction par un vice-président. Il est à la tête d'un gouvernement composé de quatorze Departments (Ministères) et de nombreuses agences fédérales.

• Ministère de l'Agriculture, ou "US Department of Agriculture" (USDA)
http://www.usda.gov/

• Ministère de l'Intérieur, ou "US Department of the Interior" (USDI)
http://www.doi.gov/

• Ministère du Commerce, ou "US Department of Commerce" (USDC)
http://www.commerce.gov/

• Ministère de la Justice, ou "US Department of Justice" (USDJ)
http://www.usdoj.gov/

• Ministère de la Défense, ou "US Department of Defense" (USDD)
http://www.defenselink.mil/

• Ministère du Travail, ou "US Department of Labor" (USDL)
http://www.dol.gov/

• Ministère de l'Education, ou "US Department of Education" (USDE)
http://www.ed.gov/

• Ministère d'Etat, ou "US Department of State" (USDS)
http://www.state.gov/

• Ministère de l'Energie, ou "US Department of Energy" (USDOE)
http://www.energy.gov/

• Ministère du Transport, ou "US Department of Transportation" (USDT)
http://www.dot.gov/

• Ministère de la Santé et du Social,
ou "US Deparment of Health and Human Service" (USDHHS)
http://www.os.dhhs.gov/

• Ministère du Trésor, ou "US Department of the Treasury" (USDT)
http://www.ustreas.gov/

• Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain,
ou "US Department of Housing and Urban Development" (USHUD)
http://www.hud.gov/

• Ministère des Anciens Combattants, ou "US Department of Veteran Army" (USDVA)
http://www.va.gov/


Chacun de ces Départements (Ministères) est dirigé par un Secrétaire (Secretary). Les Secrétaires et le Ministre de la Justice (Attorney Général) forment le "Cabinet présidentiel" (United States Cabinet), chargé de conseiller et d'informer le Président dans ses fonctions.

http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Cabinet

Membres du Cabinet présidentiel:

Secretary of State: Hillary Rodham Clinton.
http://en.wikipedia.org/wiki/Hillary_Rodham_Clinton

Secretary of Treasury: Timothy Franz Geithner.
http://en.wikipedia.org/wiki/Timothy_Geithner.

Secretary of Defense: Robert Michael Gates.
http://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Gates

Attorney General: Eric Himpton Holder.
http://en.wikipedia.org/wiki/Eric_Holder

Secretary of the Interior: Kenneth Lee "Ken" Salazar.
http://en.wikipedia.org/wiki/Ken_Salazar

Secretary of Agriculture: Thomas James "Tom" Vilsack.
http://en.wikipedia.org/wiki/Tom_Vilsack

Secretary of Commerce: Gary Faye Locke.
http://en.wikipedia.org/wiki/Gary_Locke

Secretary of Labor: Hilda L. Solis.
http://en.wikipedia.org/wiki/Hilda_Solis

Secretary of Health and Human Services: Kathleen Sebelius.
http://en.wikipedia.org/wiki/Kathleen_Sebelius

Secretary of Housing and Urban Development: Shaun L.S. Donovan.
http://en.wikipedia.org/wiki/Shaun_Donovan

Secretary of Transportation: Raymond H. "Ray" LaHood.
http://en.wikipedia.org/wiki/Ray_LaHood

Secretary of Energy: Steven Chu.
http://en.wikipedia.org/wiki/Steven_Chu

Secretary of Education: Arne Duncan.
http://en.wikipedia.org/wiki/Arne_Duncan

Secretary of Veterans Affairs: Eric Ken Shinseki.
http://en.wikipedia.org/wiki/Eric_Shinseki

Secretary of Homeland Security: Janet Ann Napolitano.
http://en.wikipedia.org/wiki/Janet_Napolitano

Cette liste est établie suivant l'ordre de succession présidentiel.


Enfin, des agences gouvernementales aident parallèlement le Président et son Cabinet dans sa tâche. Parmi les plus connues:

Central Intelligence Agency (CIA): Leon Edward Panetta.
https://www.cia.gov/
http://en.wikipedia.org/wiki/Leon_Panetta

General Accounting Office (GAO): Eugene Louis Dodaro.
http://www.gao.gov/
http://en.wikipedia.org/wiki/Eugene_Louis_Dodaro

National Archives and Records Administration (NARA): Adrienne C. Thomas.
http://www.archives.gov/

National Science Foundation (NSF): Arden L. Bement, Jr.
http://www.nsf.gov/
http://en.wikipedia.org/wiki/Arden_L._Bement_Jr.

National Partnership for Reinventing Government (NPRG): Morley Winograd.
http://www.npr.gov/
http://en.wikipedia.org/wiki/Morley_Winograd

National Security Council (NSC): General James L. Jones, USMC (Ret).
http://www.whitehouse.gov/nsc/
http://en.wikipedia.org/wiki/General_James_L._Jones

National Technical Information Service (NTIS): Ellen Herbst.
http://www.ntis.gov/

US Agency for International Development (USAID): Alonzo L. Fulgham.
http://www.usaid.gov/
http://www.usaid.gov/about_usaid/bios/bio_afulgham.html

US Office of Management and Budget (USOMB): Peter Richard Orszag.
http://www.whitehouse.gov/omb/
http://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Orszag

US International Information Programs (USSG): Michael S. Doran.
http://www.america.gov/


Depuis une loi de 1939 ("Reorganization Act"), plusieurs de ces agences ont été intégrées dans le Bureau Exécutif du Président, ou "Executive Office of The President" (EOTP).

Vous pouvez également visiter ces deux sites pour avoir accès à tous les liens concernant le gouvernement et les agences fédérales:

FedWorld Information Network. Accès à plus de 120 agences gouvernementales:
http://www.fedworld.gov/

President Of The United States (POTUS).
Information sur les différents présidents qui se sont succédés:
http://www.ipl.org/div/potus/


Cet article est extrait de la publication du Département d'Etat (State Department), l'équivalent du "Ministère des Affaires étrangères", intitulée: "Comment les Etats-Unis sont gouvernés".


Sources également disponibles:

1° President and Vice-president of the United States of America (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/President_of_the_United_States
http://en.wikipedia.org/wiki/Vice_President_of_the_United_States

2° White House (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/White_House

3° Executive Office of the President (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Executive_Office_of_the_President

vendredi 5 juin 2009

Opération Overlord - Terrible bataille de Normandie

Avec le succès du débarquement allié du 6 juin 1944, commence la bataille de Normandie et la libération de la France, après quatre longues années d'occupation nazie. Mais cette bataille va malheureusement se révéler beaucoup plus longue, cruelle et coûteuse que les Alliés l'avaient imaginé...




Extension de la tête de pont alliée (7-18 juin 1944).

Avec la réussite du débarquement de la veille, commence la "Bataille de Normandie", qui va se révéler beaucoup plus longue, coûteuse et cruelle que les Alliés l'avaient imaginé. Bien qu'ils aient réussi à prendre pied sur les côtes normandes, ils n'ont atteint aucun de leurs objectifs fixés pour le Jour J. Leurs positions sont encore fragiles et les Allemands, d'abord surpris, n'a pas tardé à réagir: la 21ème Division panzer a contre-attaqué dès l'après-midi du 6 juin et atteint la plage à Luc-sur-Mer aux environs de 20h, mais de peur d'être isolée, elle s'est ensuite retirée.

Commence alors la bataille pour la consolidation et l'extension de la tête de pont. La dizaine de jours à venir va se révéler décisive. Pour les Anglo-Américains, il s'agit de débarquer le maximum de troupes le plus rapidement possible, tout en retardant l'arrivée des renforts ennemis vers les côtes normandes.

Dans un rayon de 300km autour de la tête de pont alliée, la Wehrmacht dispose de vingt-sept divisions, dont quatre panzers, qu'elle peut engager dans la bataille en quelques jours, bénéficiant ainsi d'un incontestable avantage numérique.

Réduits à se battre à un contre deux, les Alliés risquent fort, dans ces conditions, d'être brutalement rejetés à la mer. Mais l'action conjuguée et terriblement efficace de l'aviation alliée et de la Résistance française va brouiller les cartes.

Sur les routes, les convois allemands sont la proie des bombardiers, légers, chasseurs et chasseurs-bombardiers anglo-américains qui s'abattent impitoyablement sur eux, ne laissant que carcasses calcinées et cadavres après leur passage. Pour échapper au carnage, les Allemands sont rapidement contraints de se déplacer de nuit. Mais celle-ci est propice aux coups de main des Résistants, qui retardent davantage encore l'arrivée des renforts vers le front normand.

De son côté, la Résistance française a entamé l'opération Tortue. Elle retarde par tous les moyens, c'est-à-dire le sabotage des ponts, des routes, des voies ferrées, des gares, carrefours, la progression des unités allemandes convergeant vers le front normand.

Dans les deux semaines qui suivent le Jour J, les Alliés débarquent de nouvelles troupes, au rythme de 30000 hommes, 7000 véhicules et 30000 tonnes d'approvisionnements en moyenne par jour.

A l'abri des brise-lames appelés Gooseberries, mis en place devant chacune des cinq plages de débarquement en sabordant de vieux navires, des embarcations de toutes tailles se livrent à un incroyable ballet. En mer, de gros cargos déchargent du matériel sur des bacs métalliques, les Rhinos Ferries, ou des camions amphibies DUKW qui assurent le transit jusqu'aux plages. D'autres navires, à fond plat, les Landing Ship Tank (LST) et Landing Ship Infantry (LSI) s'échouent sur les plages et de leurs étraves sortent en masse chars, camions et soldats.

En face d'Arromanches et de Saint-Laurent-sur-Mer a commencé le montage de deux ports artificiels Mulberries. A Port-en-Bessin comme à Sainte-Honorine-des-Pertes, le dispositif Pipe-Line Under The Ocean (PLUTO) permettra bientôt, grâce à un système de pipelines flexibles, de transférer directement le carburant des pétroliers jusqu'aux dépôts aménagés à terre.

La brèche laissée ouverte entre Sword Beach et Juno Beach est fermée dès le 7 juin. Le lendemain, à Port-en-Bessin, le contact est établi entre la 50ème Division britannique, débarquée sur Gold Beach, et la 1ère Division US, débarquée sur Omaha Beach. Les Britanniques s'enfoncent à l'intérieur des terres à la fois vers l'ouest, en direction d'Isigny, et vers le sud, jusqu'à Caumont-l'Eventé, à 30km de la côte. De l'autre côté de la tête de pont alliée, les 5ème et 7ème Corps US établissent leur jonction le 10 juin à Auville-sur-le-Vey et attaquent Carentan, un important noeud routier entre Omaha Beach et Utah Beach défendu par la 17ème Division de panzergrenadiers-SS. La ville tombe aux mains de la 101ème Division aéroportée US le lendemain, le 11 juin 1944.

Les Alliés contrôlent désormais une unique tête de pont homogène, large d'une centaine de kilomètres, allant de Quinéville, à l'ouest, jusqu'à la Dives, à l'est.

Le 18 juin, 600000 soldats et 100000 véhicules alliés ont débarqué. Leur montée en puissance s'est révélée nettement plus rapide que celle des Allemands.


A l'Ouest: bataille du Cotentin et prise de Cherbourg (7-26 juin 1944).

Pour les Alliés, le port de Cherbourg est un objectif stratégique essentiel à la réussite du plan Overlord. Il est en effet destiné à accueillir les navires arrivant directement des Etats-Unis, chargés des hommes et des armes nécessaires à la reconquête de l'Europe.

http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Cherbourg


Le 7 juin, la première offensive de la 4ème Division d'infanterie US à partir d'Utah Beach, en suivant la route nationale 13, est bloquée par une défense allemande acharnée dans Montebourg. L'objectif de Joe Collins, commandant du 7ème Corps US, est d'abord d'isoler les Allemands au nord de la péninsule. Son attaque est lancée là où l'ennemi ne l'attend pas, en direction de l'ouest, vers la côte occidentale du Cotentin.

Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, la 9ème Division d'infanterie US atteint la côte ouest du Cotentin dans la région de Barneville. La péninsule est coupée en deux. 40000 soldats allemands du 84ème Korps se retrouvent pris au piège au nord.

Réorganisant son 7ème corps US, le général Joe Collins repart de l'avant vers le nord et Cherbourg. Progressant rapidement avec trois divisions de front. De gauche à droite, les 9ème, 4ème et 79ème Divisions d'infanterie.

Collins libère Bricquebec et Valognes, qui n'est plus qu'un morne et triste désert de gravats en raison des bombardements aériens alliés. Au cours de leur marche en avant, les Américains découvrent en outre un très grand nombre de rampes de lancement de V1 à Brix.

Le 21 juin 1944, le 7ème Corps US butte sur les lignes de défenses extérieures allemandes autour de Cherbourg. Sommé de se rendre, le commandant de la place, le général Karl von Schlieben, refuse et donne des ordres pour détruire de fond en comble toutes les installations portuaires.

Le 23 juin 1944, les défenses extérieures allemandes sont percées. Deux jours plus tard, le 25 juin, les Américains s'engouffrent dans les rues de la ville, alors qu'au large, cuirassés et croiseurs entament des échanges d'artillerie avec les lourdes batteries d'artillerie allemandes.


Le 26 juin 1944, le fort du Roule tombe. Karl von Schlieben, commandant de la 709ème Division et de la garnison de Cherbourg, et l'amiral Walter Hennecke, commandant maritime du secteur, capitulent. Les derniers soldats allemands retranchés dans l'Arsenal tiendront encore jusqu'au lendemain. Lorsqu'Adolf Hitler apprend la nouvelle de la capitulation de von Schlieben, il entre dans une fureur indescriptible.

Le 27 juin 1944, dans la ville, les cloches sonnent à toute volée. La population en liesse réserve à ses libérateurs un accueil d'autant plus enthousiaste que la ville a peu souffert des combats. Jusqu'alors, les GIs n'avaient traversé que des cités en ruines et à peu près désertes. Ici, l'atmosphère est tout autre et la fraternisation va bon train, autour de bonnes bouteilles. Des milliers de Cherbourgeois acclament les vainqueurs.


Malheureusement, les installations portuaires n'ont pas eu la même chance. Les bassins sont remplis de mines et d'épaves de bateaux sabordés, les rails arrachés, les grues renversées, les quais truffés de pièges, le pont tournant saboté. La gare maritime n'est plus qu'un amas de ruines. Sans désemparer des équipes de spécialistes se mettent aussitôt à l'ouvrage. Même s'il faudra attendre plusieurs mois encore avant que le port de Cherbourg ne redevienne totalement opérationnel, il pourra, dès la fin juillet, accueillir les premiers Liberty Ship en provenance des Etats-Unis.

Quelques jours plus tard, PLUTO remettra en fonction le terminal pétrolier de Querqueville et assurera le ravitaillement en carburant des Alliés depuis l'île de Wight.

Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2169 "Prise de Cherbourg"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2169-la-prise-de-cherbourg.html



A l'Est: bataille pour Caen (7 juin - 18 juillet 1944).

Sur le flanc gauche des Alliés, à l'Est, dès le soir du 6 juin, les chars de la 21ème Division panzer, renforcés dans la nuit par ceux de la 12ème Division Panzer-SS Hitler Jugend, ont dressé devant Caen un barrage de feu et d'acier qui a stoppé net l'avance des Britanniques et l'espoir d'une rapide délivrance pour les milliers de civils qui n'ont pas fuit la cité après les premiers bombardements.

http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_for_Caen

Le commandement allemand va engager là ses meilleures divisions, notamment l'essentiel de ses unités blindées, en particulier les division panzer-SS.

Britanniques et Canadiens sont cloués sur place dans les champs de blé autour de la ville. Caen deviendra le pivot de la bataille de Normandie.

Renonçant momentanément à un assaut frontal, jugé trop coûteux, le maréchal Bernard L. Montgomery lance l'opération Perch, une offensive pour tenter d'envelopper la ville par l'ouest et de la prendre à revers.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Perch

Le 9 juin 1944, ses troupes sont bloquées devant Tilly-sur-Seulles par la Division Panzer Lehr du général Fritz Bayerlein. Le bourg, réduit en ruines par les combats, finira par tomber une dizaine de jours plus tard aux mains des Anglo-Canadiens. Mais une nouvelle ligne de résistance allemande se reconstitue immédiatement quelques kilomètres plus au sud.


Montgomery engage alors en avant la 7ème Division blindée britannique, un peu plus à l'ouest, dans ce qui semble être un angle mort du front. Les fameux Rats du désert (Desert Rats), auréolés de leurs victoires en Afrique du Nord, sont sévèrement étrillés le 13 juin 1944 dans Villers-Bocage par un détachement de chars Tigre du Bataillon 101, commandé par le SS-Hauptsturmführer (capitaine) Michael Wittmann, des mastodontes d'acier de 55 tonnes équipés d'un redoutable canon de 88mm.

http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Villers-Bocage


Le 25 juin 1944, Montgomery lance une offensive de grand style en direction de l'Odon, entre Tilly-sur-Seulles et Caen, en vue d'encercler la ville par le sud-ouest. C'est l'opération Epsom. Il engage 90000 hommes et 600 chars du 8ème Corps britannique, commandé par le général Richard O'Connor.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Epsom

L'attaque vise à percer le front allemand entre Tilly-sur-Seulles et Caen, à isoler Caen par le sud-est et à capturer des ponts sur la rivière Odon. Cette partie du front est défendu par la 12ème Division Panzer-SS Hitler Jugend et la Division Panzer Lehr, du 1er Panzerkorps SS.

La 49ème Division d'infanterie britannique attaque Fontenay-le-Pesnel, à 15km à l'ouest de Caen, mais la Panzer Lehr encaisse le choc et ne lache pas de terrain. Situation analogue à Rauray, au sud-ouest de Tilly-sur-Seulles, face à la 12ème Division panzer-SS, où de violents combats s'engagent pour le contrôle de cette localité.


La rivière Odon est franchie le 27 juin. Mais le lendemain l'avance des Britanniques est stoppée net par l'arrivée, venant du front de l'Est, du 2ème Panzerkorps-SS, avec les 9ème et 10ème Divisions panzers-SS Hohenstofen et Frundsberg, commandé par Paul Hauser et engagé dans le secteur de la cote 112, une modeste colline où des combats acharnés, aussi indécis que meurtriers, auront lieu pendant près d'un mois.

Le 30 juin 1944, Montgomery arrête les frais. La bataille de Caen paraît s'enliser. Les combats se transforment en guerre de position. De part et d'autre, les soldats s'enterrent au fond de tranchées. Les attaques succèdent aux contre-attaques, sans résultat tangible. L'ombre des hécatombes de 1914-1918 plane sur le front de Normandie.

L'opération Epsom a attiré autour de la ville de nombreuses divisions blindées allemandes. Le 2ème Panzerkorps-SS, venant d'Ukraine, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, auparavant stationnée en Belgique, et la 2ème Division panzer, d'Amiens.

Adolf Hitler refuse d'abandonner la capitale du Calvados et remplace la plupart de ses généraux à la tête des unités défendant le secteur environnant Caen. Von Kluge remplace von Rundstedt, limogé après avoir proposé de faire la paix avec les Alliés. Rommel reste toujours à la tête du Heeresgruppe (Groupe d'armée) B, mais Eberbach remplace Geyr von Schweppenburg, blessé, à la tête du Panzergruppe West.

La ville de Caen se retrouve encerclée au nord par les parachutistes de la 6ème Division aéroportée, en position depuis le Jour J, et à l'ouest par le 8ème Corps britannique sur l'Odon.

Début juillet, Montgomery revient au principe d'une attaque directe sur Caen. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, il déclenche l'opération Charnwood: dans le secteur de la 2ème Armée britannique, à l'est du dispositif allié, 283 Lancaster, 164 Halifax et 20 Mosquito du RAF Bomber Command déversent 2500 tonnes de bombes sur Caen, en vue de l'offensive finale de la 3ème Division d'infanterie canadienne qui doit débuter le lendemain, détruisant les faubourgs nord et le centre de la ville.

Dans la zone d'opération du 2ème Corps canadien, la 3ème Division d'infanterie canadienne attaque vers Buron, à 5km au nord-ouest de Caen. Solidement retranchés dans ce village, la 12ème Division panzer-SS Hitler Jugend résiste avec fermeté face aux troupes canadiennes qui progressent avec difficulté.

Le combat dure toute la journée, et les pertes d'un côté comme de l'autre sont impressionnantes. Le soir, Buron n'est toujours pas entièrement sous contrôle canadien. L'artillerie britannique prend le relais et pilonne les positions allemandes de la localité en fin de soirée.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Charnwood

La 3ème Division d'infanterie canadienne (2ème Corps canadien) déloge les SS de Buron et d'Authie. La 3ème Division d'infanterie britannique (1er Corps britannique) brise les dernières résistances ennemies devant Lébisey. Le soir, les Allemands commencent à décrocher.

Le 8 juillet 1944 au matin, les Canadiens prennent Carpiquet, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Venoix, la Maladrerie et pénètrent enfin dans les ruines au nord de Caen. Plus à l'est, les Britanniques avancent péniblement dans les rues rendues méconnaissables par les bombardements effectués depuis le 6 juin.


Mais la 12ème Division panzer SS Hitler Jugend et la 272ème Division d'infanterie, détachées de la 19ème Armée allemande et rameutée du sud de la France, se retranchent à la lisière sud de la ville, sur la rive droite de l'Orne, où elles tiendront encore une dizaine de jours encore avant qu'une nouvelle offensive britannique, l'opération Atlantic, ne les en déloge.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Atlantic

Le 18 juillet 1944, le 2ème Corps canadien, guidé par les FFI, investit les quartiers de la rive droite de l'Orne. Caen est cette fois entièrement libérée. Mais l'ennemi est encore à ses portes.


L'opération Goodwood, lancée le même jour à l'est de la ville pour dégager l'entrée de la plaine, s'achèvera quelques jours plus tard par un véritable fiasco, malgré les énormes moyens engagés par le 1er Corps britannique.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Goodwood


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2177 "A Caen, rien de nouveau"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2177-caen-rien-de-nouveau.html

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2178 "L'échec d'Epsom"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2178-lechec-depsom.html



Massacres de Tulles et Oradour-sur-Glane (9-10 juin 1944).

Le 7 juin 1944 la 2ème Division panzer-SS Das Reich quitte sa base de Montauban, au nord de Toulouse, dans le sud de la France. Commandée par le général Heinz Lammerding, elle doit rejoindre le front de Normandie, en détruisant, au passage, les éventuels maquis français rencontrés.

Ce même jour, à l'annonce de la réussite du débarquement allié, une unité de FFI libère Tulle, dans le département de Corèze (Limousin), occupé par une garnison du 95ème Régiment de Sécurité allemand et des miliciens français du Groupe Mobile de Réserve (GMR), et massacre plusieurs dizaines de prisonniers.

Le 8 juin 1944, avec l'aide de la Milice, les panzers-SS de Lammerding reprennent la ville. En représaille du massacre des prisonniers la veille, les SS et les miliciens arrêtent 600 habitants.

Le lendemain, le 9 juin 1944, 99 d'entre-eux sont pendus aux balcons et réverbères dans les rues de la ville, et 149 autres envoyés en déportation. Seuls 48 de ces derniers en reviendront.

http://en.wikipedia.org/wiki/Tulle_murders

Le 10 juin 1944, les panzers-SS poursuivent leur route sanglante vers le front normand. 50km plus loin, la 3ème Compagnie Diekmann du 1er Bataillon du 4ème Régiment de panzergrenadiers-SS Der Führer, fait son entrée dans Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne (Limousin), que les Allemands ont confondu avec Oradour-sur-Vayres, une autre village dans le même département.

http://en.wikipedia.org/wiki/Oradour_sur_glane

Comme toutes les unités allemandes remontant vers le front normand, la Das Reich est constamment harcelée par des groupes de FFI (opération Tortue). Le Régiment Der Führer a reçu l'ordre d'Heinz Lammerding, le commandant de la division, de "faire un exemple", et a choisi de frapper à Oradour-sur-Vayres, où a été détectée une activité FFI. C'est l'Opération Oradour.

Le Sturmbannführer (major) Adolf Diekmann fait rassembler dans des granges 189 hommes adultes du village, dans l'église 240 femmes et 213 enfants. Une section mitraille les femmes et les enfants rassemblés dans l'église, puis met le feu à l'édifice. Il n'y aura qu'une seule survivante dans ce groupe: Marguerite Rouffanche. Simultanément, d'autres Panzergrenadiers-SS mitraillent les hommes, rassemblés dans les granges. Puis tout le village est incendié.

Sur les 642 otages, il n'y aura que seize survivants: Marguerite Rouffanche, Roger Godfrin, Armon Senon, Mathieu Borie, Daniel Senon, Clément Broussaudier, Joseph Beaubreuil, Robert Besson, Paul Doutre, Martial Machefer, Marcel Darthout, Robert Hébras, Hubert et André Désourteaux, Aimé Renaud et Maurice Beaubreuil.

Oradour-sur-Glane est aujourd'hui une commune de 2025 habitants. Transformé en monument du souvenir, le village d'origine n'a jamais été reconstruit.


Le 12 janvier 1953, dans le tribunal militaire de Bordeaux, s'ouvre le procès, très médiatisé pour l'époque, du massacre d'Oradour-sur-Glanes. Mais aucun officier de haut rang de la Das Reich n'est présent: seuls sept Allemands et treize Alsaciens, incorporés de force, tous des hommes de troupes, sont jugés pour crimes de guerre et condanmés.

Le procès prend fin le 12 février 1953. Les jugements sont prononcés après trente-deux heures de délibération du jury. Un Allemand est acquité, et deux autres condamnés à mort. Neuf Alsaciens écopent d'une peine de prison allant de 5 à 12 ans de travaux forcés. Les quatre autres Alsaciens et quatre Allemands, de 5 à 8 ans de prison. Ce jugement provoque un tollé général dans le tribunal.

Le 19 février 1953, une semaine plus tard, les treize Alsaciens sont amnistiés et relaxés par la Justice militaire. Les quatre Allemands, qui ont déjà effectué leur peine en attente du procès, ne tardent pas, selon la loi française, à être également libérés.

En 1954, les deux condamnations à mort sont commuées en peine de prison à perpétuité. Mais en 1958, ils seront tous deux libérés grâce au plan d'Amnistie générale du président de la République française. Au sommet de la hiérarchie, le général Heinz Lammerding, qui a donné l'ordre fatidique, meurt paisiblement à Dusseldorf en 1971 sans jamais avoir été inquiété par la justice française ou allemande.


Tirs des premiers V1 contre l'Angleterre (13 juin 1944).

Le 13 juin 1944, à partir de 3h30 du matin, les premiers V1, Vergeltungwaffe pour "Armes de représaille", sont lancés sur l'Angleterre, à partir de nombreuses rampes fixes, situées partout sur les côtes de la Manche.

http://en.wikipedia.org/wiki/V-1_cruise_missile


La nouvelle arme, construite dans la base ultrasecrète de Peenemünde, est une bombe volante non pilotée, semblable à un petit avion, longue de 8m avec une envergure de 5.3m, un poids de 2150 kg, y compris une charge explosive d'Amatol pouvant aller jusqu'à 850kg. Lancé à partir d'une rampe légèrement inclinée, le V1 vole à une altitude d'environ 1000m et à une vitesse maximale de près de 630km/h.

Sur les dix V1 lancés cette journée, quatre seulement atteignent le sol britannique, et un seul tombe sur Londres, tuant six personnes. Jusqu'au 6 septembre 1944, environ 8000 V1 environ seront lancés contre l'Angleterre. Et plus tard, 1200 autres, à partir de nouvelles rampes de lancement installées sur les côtes de la Mer du Nord.

Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2164 "Vergeltungswaffen"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2164-vergeltungswaffen.html



Allocution mémorable de Charles de Gaulle à Bayeux et rôle de l'AMGOT (14 juin 1944).

Le 14 juin 1944, le général Charles de Gaulle débarque du destroyer français La Combattante et foule le sol métropolitain pour la première fois depuis le 17 juin 1940, à Graye-Courseulles.

Après avoir discuté avec le maréchal Bernard Montgomery à son PC de Creuilly, il défile à pied dans les rues de Bayeux, première grande ville libérée, prise intacte, et y prononce une célèbre allocution.

Avant d'évoquer la monnaie issue de l'AMGOT, il convient d'expliquer quel est le rôle de cet organisme. L'AMGOT est l'acronyme de Allied Military Government of Occupied Territories, en français "Gouvernement militaire allié pour les territoires occupés".

AMGOT est un corps d'officiers anglo-saxons, préalablement formé à l'administration des affaires civiles dans des écoles spécialisées, notamment à Charlottesville et à Yale. Il a donc pour mission d'assurer l'administration des territoires libérés ou occupés par ses forces armées, en Europe comme en Asie.

http://en.wikipedia.org/wiki/AMGOT

Selon les pays libérés, sa tâche sera plus ou moins aisée. Ainsi les difficultés sont moindres en Norvège, aux Pays-Bas, au Luxembourg ou en Belgique. Le Danemark et la France ont cependant refusé cette "administration militaire anglo-saxonne", arguant du fait que leurs gouvernements étaient légitimes mais prisonniers de la présence allemande sur leurs territoires.

En revanche, l'AMGOT a très bien fonctionné en Sicile et par extension dans toute l'Italie, en Belgique et aux Pays-Bas. Des officiers américains étaient désignés pour exercer les fonctions administratives des territoires libérés: maires, préfets, etc.

Une monnaie a été émise en principe pour chaque pays. Concernant le type de billet à fabriquer pour la France, l'inscription République française y est initialement prévue. Mais Roosevelt s'est insurgé du projet avec sarcasme: "Comment savez-vous quel type de gouvernement en France il y aura après la guerre? Peut-être sera-ce un empire ou encore une monarchie. Fidèle à mes principes, je ne veux en aucune façon indiquer le type de gouvernement qu'il y aura." En revanche figura sur ces billets la devise républicaine: "Liberté, Egalité, Fraternité".


Ce sont donc ces billets, que de Gaulle qualifie de "fausse monnaie" et refuse avec énergie lorsqu'il débarque en France le 14 juin 1944! Il l'évoque d'ailleurs dans ses Mémoires de guerre: "Les troupes et les services qui s'apprêtent à débarquer sont munis d'une monnaie soi-disant française, fabriquée à l'étranger, que le Gouvernement de la République ne reconnaît absolument pas." Quoi qu'il en soit, cette monnaie débarque bien avec les soldats alliés le 6 juin 1944. La polémique sur la monnaie est alors déclenchée pour plusieurs semaines.

Le 8 juin 1944, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) adresse une sévère mise en garde aux gouvernements américain et britannique, en précisant qu'"il ne reconnaît aucune valeur légale aux vignettes qui ont été mises en circulation sans son avis".

Malgré ces véhémentes protestations, les billets AMGOT seront utilisés dans les premières semaines de la Libération par la population normande, cependant avec une certaine méfiance.

François Coulet, premier Commissaire de la République, qui qualifie ces billets de "drôles de dollars décorés d'un drapeau tricolore", cite un exemple dans un rapport destiné au général Pierre Koenig, commandant des FFL, fin juin: "les contribuables adoptent une grande méfiance à l'égard de cette monnaie d'occupation et cherchent à s'en débarrasser à la première occasion, notamment en payant leurs impôts".

Ainsi sur les 130000 Francs d'impôts encaissés par la recette-perception de Bayeux, 55000 le furent avec des billets AMGOT! François Coulet propose aux banques locales d'accepter cette monnaie supplémentaire, sans la remettre en circulation. Puis il s'en émeut, le 9 juillet 1944, auprès de Montgoméry, qui s'exclame alors: "Qu'est-ce que c'est que cette histoire concernant les billets de banque que nous avons apportés? On me dit que la population n'en veut pas? Il faut qu'ils acceptent. Il faut les forcer. C'est du bon argent. C'est notre argent!"

Les Alliés utilisèrent ces billets, par exemple, pour dédommager les paysans dont les champs viennent d'être réquisitionnés ou pour rétribuer les personnes embauchées par l'armée pour différents services. Ils circuleront en France jusqu'à la fin août 1944.


Début de la terrible "Bataille des Haies" dans le bocage normand (3 juillet 1944).

Début juillet 1944, à l'Ouest, les Américains entament la "Bataille des Haies" dans le bocage normand, qui va se révéler très pénible et meurtrière pour les Américains.

Après la prise de Cherbourg, à l'extrêmité nord de la péninsule du Cotentin, le commandant de la 1ère Armée US, le général Omar Bradley, ramène les divisions du 7ème Corps US de Joe Collins sur la ligne Carentan-Portbail, en vue de relancer son offensive, arrêtée le 13 juin, vers le sud, direction Saint-Lo et Coutances.


C'est le 8ème Corps US du général Troy Middleton qui est chargé de donner le coup d'envoi. Il donne l'assaut aux positions du 84ème Korps, commandé par le général Dietrich von Choltitz. Middleton met en ligne, de droite à gauche, les 79ème, 8ème et 90ème Divisions d'infanterie US.

Dans cette partie du front de Normandie, les Allemands ont reçu de substantiels renforts. Notamment le 2ème Korps de parachutistes du général Eugen Meindl, les 1ère et 2ème Divisions panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler et Das Reich. Des unités expérimentées et très redoutables.

Après le limogeage du maréchal Gerd von Rundstedt la veille, le général Gunther von Kluge lui succède au poste de commandant en chef des forces allemandes sur le front occidental (OB-West).

L'attaque américaine, déclenchée ce 3 juillet sous une pluie battante, piétine très vite. Au prix de combats sanglants et de lourdes pertes, la 8ème Division d'infanterie US enleve la cote 131, au nord-est de La Haye-du-Puits, sur la route de Coutances.

Dans leurs plans, les stratèges alliés n'ont pas porté assez d'attention à la configuration particulière du bocage normand. La lourde machine de guerre américaine s'adapte mal à ce labyrinthe de petits champs clos et de chemins creux, bien davantage propices à la guérilla et aux embuscades dans les taillis, les tireurs équipés d'armes antichars et les blindés camouflés des Panzer-SS vont faire un massacre et détruire comme à l'exercice les chars Sherman, incapables de manoeuvrer pour parer les coups. Le moral des soldats américains s'effondre.


L'appui d'ordinaire si décisif de l'artillerie et de l'aviation tactique est inefficace, compte-tenu de l'impossibilité d'identifier les positions adverses. La "guerre des haies" sera avant tout une bataille de fantassins dans laquelle le défenseur est en position de force. Plongés dans cet enfer, les combattants américains tombent par dizaines pour nettoyer une seule haie, en tout point semblable à celle qu'ils viennent de prendre, désespérément semblable à celles qu'il leur reste à conquérir.

En une semaine de combats, d'embuscades et d'escarmouches sanglantes, les Américains vont ainsi perdre 20000 tués et blessés et 400 chars. 7000 Américains hors de combat avant d'enlever la modeste bourgade de Sainteny, entre Carentan et Périers. 10000 avant de conquérir la Haye-du-Puits. Encore 2000 autres pour atteindre les abords de Lessay, distante de seulement 8km de leur point de départ.

Une progression de 8km en une semaine! Les pertes américaines arrivent au chiffre effarant d'un homme perdu pour chaque mètre de terrain gagné! Certaines compagnies sont réduites à 10% de leurs effectifs initiaux. Elles seront encore plus terribles pour prendre Saint-Lo, âprement défendue par les parachutistes allemands qui tiennent les collines au nord de la ville.

Lorsqu'il pénètre dans la "Capitale des ruines", le 18 juillet 1944, derrière les avant-gardes de la 29ème Division d'infanterie US, un correspondant de guerre évoque "la vallée de l'ombre de la mort".

"Nous progressons à une vitesse d'escargot", reconnaît Bradley, "l'Allemand nous fait payer un prix exorbitant les misérables mètres que nous pouvons gagner". Et un autre général américain d'ajouter: "Cette foutue guerre peut bien durer dix ans!".

Ce mois de juillet 1944 sera incontestablement le plus difficile et le plus noir pour les Américains en France. Selon les prévisions, à J+60, ils devaient déjà avoir libéré la Bretagne et atteint la Loire. Or, à la fin du mois, ils peinent toujours sur la ligne Saint-Lo-Caen. En trois semaines de combats effroyables, le front américain n'aura progressé que de... 11km. Au prix de pertes terribles: 31000 tués et blessés. A ce rythme, les Américains estiment qu'il leur faudra bien encore un mois avant d'atteindre Coutances.


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2166 "Bataille des Haies"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2166-la-bataille-des-haies.html

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2172 "Quinze haies au kilomètre"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2172-quinze-haies-au-kilometres.html

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2194 "le problème..."
http://diberville.blogspot.com/2009/03/2194-le-probleme.html



"Char Rhino": l'ingénieuse trouvaille de Curtis Culin (4 juillet 1944).

Le sergent Curtis Culin, du 102ème Escadron de cavalerie de la 2ème Division blindée, bricole et soude sur l'avant de son blindée un système de pieux metalliques, récupérés à partir des obstacles et des cheveaux de frise de Rommel sur les plages de débarquement, destiné à défoncer et passer à travers les haies du bocage normand.

Sa trouvaille, le char Sherman Hedgecutter, surnommé Rhino, va rapidement faire le tour du front, et dans les semaines suivantes délivrer progressivement les unités blindées américaines de l'enfer du bocage et rendre Culin célèbre.


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2195 "... la solution du problème"
http://diberville.blogspot.com/2009/03/2195-et-la-solution-du-probleme.html



Préparatifs de l'opération Cobra (13 juillet 1944).

Le 13 juillet 1944, l'état-major du général Omar Bradley approuve le plan d'opération Cobra. Plus d'un million de soldats alliés piétinent en Normandie et sont "hasphixiés" dans leur tête de pont. Le but de Cobra sera de permettre la rupture du front allemand, puis la percée vers Avranches et Pontaubault, la libération de la Bretagne, puis celle du reste de la France.


Le coup d'envoi est programmé pour l'aube du 24 juillet 1944. Y participeront toutes les divisions de la 1ère Armée US. Sur le front, le 8ème Corps US continue d'avancer lentement vers le sud et à marquer péniblement le pas dans le bocage.

Dans la zone d'opération du 7ème Corps US, seule la 9ème Division d'infanterie progresse ce jour. Toute activité étant pratiquement suspendue sur le reste de la ligne de front. Le 19ème Corps US lutte toujours aprêment pour Saint-Lo.

Dans la zone d'opération du 5ème Corps US, la 5ème Division d'infanterie relève sur le front la 1ère Division d'infanterie. Cette dernière est envoyées au repos à Colombières, à une dizaine de kilomètres au sud-est d'Isigny, où elle attend sa mutation au sein du 7ème Corps US. Les mauvaises conditions météorologiques et les pluies persistantes limitent fortement les sorties des bombardiers et chasseurs-bombardiers tactiques de la 9ème US Air Force.


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2196 "la morsure du Cobra"
http://diberville.blogspot.com/2009/03/2195-et-la-solution-du-probleme.html



Prise de St Lo, "Capitale des Ruines" (18 juillet 1944).

Le 18 juillet 1944, le 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie du 19ème Corps US libère enfin Saint-Lo, surnommée la "Capitale des Ruines", détruite à 95%, après d'énormes sacrifices. La prise de la ville a coûté aux Américains, en deux semaines de combats sanglants, 11500 tués et blessés. Depuis le 6 juin, les Alliés ont déversé sur la localité 28000 tonnes de bombes et d'obus.


"Major of St.-Lo": en tête du régiment qui pénètre dans les ruines de la ville, une jeep transporte sur son capot le corps du major Thomas Howie, le commandant du 3ème bataillon, tué la veille, recouvert de la bannière étoilée. Il avait juré d'être le premier officier américain à entrer dans Saint Lo. Ses hommes ont tenu à respecter son serment.


Déclenchement de l'opération Goodwood (18 juillet 1944).

Le 18 juillet 1944, dans le secteur de la 2ème Armée britannique, à l'est du dispositif allié, le maréchal Bernard Montgomery, le commandant du XXIème Groupe d'armées alliées, entame l'opération Goodwood, une offensive dans la plaine au sud-sud-est de Caen.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Goodwood


L'offensive terrestre est précédée par un terrible bombardement aérien de trois heures: 2500 bombardiers lourds, moyens, légers, et chasseurs-bombardiers du RAF Bomber Command et des 8ème et 9ème US Air Force déversent 11000 tonnes de bombes sur les positions allemandes, alors que l'artillerie de campagne alliée tire près de 250000 obus, dans une vaste région située entre la partie orientale de Caen et le village de Troarn, sur un corridor long d'environ quinze kilomètres et large d'environ quatre kilomètres.

644 B-24 Liberator de la 8ème US Air Force bombardent les lignes avancées allemandes devant la 2ème Armée britannique, à Solier (249), Frenouville (146), Troarn (139), Hubert-la-Folie (23), ainsi que le centre de triage ferroviaire de Mezidon (12). Au total 5000 tonnes de bombes. Ils sont suivis par 450 B-26 Marauder, B-25 Mitchell et A-20 Havoc de la 9ème US Air Force.

Pour finir, 667 Lancaster, 260 Halifax et 15 Mosquito larguent 6000 tonnes de bombes à l'est de camps, sur les positions des 21ème Division panzer et 15ème Feld Division de la Luftwaffe. 99 Halifax, 6 Lancaster et 5 Mosquito visent le centre de triage ferroviaire de Vaires.

Goodwood est plus exactement une attaque de diversion des Britanniques, dans le but de fixer et d'attirer le maximum d'unités allemandes faisant face à la 1ère Armée US, de manière à alléger son secteur en vue de l'opération Cobra, programmée pour le 24 juillet.

L'attaque est confiée au 8ème Corps britannique, composé des 3ème et 51ème Divisions d'infanterie, des 7ème et 11ème Divisions blindées et de la Division blindées des Guards, anglaises, et au 2ème Corps canadien, avec les 2ème et 3ème Divisions d'infanterie et la 4ème Division blindée canadiennes.

Les bombardement aériens alliés ont été par endroits très dévastateurs. Les positions allemandes autour de Colombelles sont complètement anéanties. Mais les Allemands se sont très bien préparés, ils ont organisé plusieurs lignes de défense en profondeur et camouflé très efficacement leurs chars et l'artillerie antichars.


Les Anglo-Canadiens ont en face d'eux des unités redoutables et agueries: le 1er Panzerkorps-SS de Joseph "Sepp" Dietrich, avec les 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, 2ème Division panzer-SS Das Reich, 12ème Division panzer-SS Hitler Jugend, 21ème Division panzer et 272ème Division d'infanterie allemande, le 503ème Bataillon de Chars Lourds, équipés de Tigre Royal de 68 tonnes.

Quand le 8ème Corps britannique s'élance à partir de Bénouville, il ne rencontre tout d'abord aucune résistance, la première ligne allemande a été pulvérisée par l'aviation alliée. Mais rapidement l'attaque alliée s'enlise face à la seconde ligne de défense, aux blindés et à l'artillerie antichars des divisions panzers-SS, très habilement camouflés et dissimulés.


Après de durs combats, il atteint la ligne Hubert-Folie-La Hogue-Cagny, au sud de Caen. Devant Cagny, la 7ème Division blindée et la Division blindée des Gardes se heurtent aux pièces de 88mm antiaériens de la Luftwaffe, transformées en canons antichars, qui détruisent de nombreux blindés britanniques.

De son côté, le 2ème Corps canadien a pour objectif la traversée de l'Orne de part et d'autre de Caen, dans un large mouvement de prise en tenailles de la 272ème Division d'infanterie allemande, retranchée depuis une dizaine de jour dans la partie sud de Caen, sur la rive opposée de l'Orne. La 3ème Divison canadienne enlève Colombelles et Giberville, au nord-est de la ville. Après de furieux combats avec la 12ème Division panzer-SS et la 21ème Division panzer, la 2ème Division canadienne emporte Louvigny, au sud-ouest.

Le soir, les Anglo-Canadiens ont perdu plus de 2500 hommes et 470 chars, et n'ont progressé que de 7km.


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2180 "Goodwood"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2180-goodwood.html

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2181 "Une nouvelle guerre d'attrition"
http://diberville.blogspot.com/2009/02/2181-une-nouvelle-guerre-dattrition.html



Opération Valkyrie: putsch manqué contre Adolf Hitler (20 juillet 1944).

A 12h42 précise, la Wolfsschanze ("Tanière du loup"), le Quartie-Général du Führer à Rastenburg, dans une foret de Prusse-Orientale, est secouée par une forte explosion.

http://en.wikipedia.org/wiki/July_20_Plot

Des flammes et de la fumée s'élèvent de la baraque en bois où, chaque jour, l'état-major allemand se réunit en sa présence. Au moment de l'explosion, la réunion n'a commencé que depuis douze minutes. Certains des personnes présentes sont projetés à l'extérieur par les fenêtres. Cris des blessés et appels au secours retentissent. Des corps jonchent le sol. Et Adolf Hitler?


Il est blessé très superficiellement, mais manifestement commotionné. Sa première réaction est: "Mon pantalon neuf!" A part son visage noirci, son pantalon en lambeaux et quelques égratignures, il n'a absolument rien, si bien qu'à 16h, il sera en état de recevoir la visite de Benito Mussolini, prévue pour 13h.

Il ne s'agit pas de considérer l'épisode comme un attentat ordinaire, mais de démasquer l'auteur, ou les auteurs, qui ne peuvent être bien loin et doivent sûrement être recherchés parmi les membres présents à la conférence.

En dehors des victimes, il manque à l'appel un jeune colonel de 37 ans, le comte Claus Schenk von Stauffenberg, que l'on croit d'abord hospitalisé avec les blessés.


C'est sur lui que vont se porter les premiers soupçons des enquêteurs, lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il a quitté la pièce où se tenait la réunion quelques minutes avant l'explosion. Leurs soupçons se transforment en certitude après le témoignage de certains officiers et soldats SS de garde à Rastenburg. L'auteur de l'attentat ne peut être que lui.

Qui est réellement ce colonel Claus Schenk von Stauffenberg? A-t-il agi seul ou est-il simplement l'exécutant d'une conspiration plus vaste destiné à éliminer Hitler?

Pour répondre, il nous faut revenir chronologiquement en arrière. Le 7 avril 1943, lorsque le colonel Claus von Stauffenberg, descendant d'une famille noble de l'Allemagne du Sud, est grièvement blessé en Tunisie en sautant avec sa voiture sur une mine. Il perd son oeil gauche et l'usage du bras droit, et est contraint à une longue convalescence durant laquelle il a tout loisir de méditer sur la situation militaire catastrophique de son pays, parvenant à des conclusions d'une extrême gravité.

"Je sens que je dois faire quelque chose pour sauver l'Allemagne", écrit-il à sa femme. Dans une autre lettre, il se montre encore plus explicite: "Même si l'entreprise est vouée à l'échec, il faut la tenter. L'essentiel est de prouver au monde et à l'histoire que le mouvement de Résistance allemande existe et qu'il a osé passer aux actes, au prix de sa vie."

Stauffenberg fait partie d'un groupe d'opposants qui se proposent d'éliminer le dictateur et de mettre fin à la guerre en sauvant ce qui peut encore être sauvé de l'Allemagne.

On trouve notamment parmi eux le général Ludwig Beck, le chef du groupe des conjurés, Karl Goedeler, ancien bourgmestre de Leipzig, Ulrich von Hassel, ancien ambassadeur allemand à Rome, le général Friedrich Olbricht, le maréchal Erwin von Witzleben, le général Hans Henning von Tresckow, chef d'état-major du Heeresgruppe Centre sur le front russe, le général Erich Fellgiebel, responsable des transmissions à Rastenburg, Friedrich Werner von der Schulenbourg, l'ancien ambassadeur allemand à Moscou, le pasteur Dietrich Bonhoeffer et le jésuite Alfred Delp, le social-démocrate Julius Leber, le comte Helmuth von Moltke, ainsi que d'autres jeunes descendants d'illustres maisons prussiennes.

Stauffenberg fait partie du dernier groupe, il est d'ailleurs lui-même arrière-petit-fils du comte August von Gneisenau, héros national allemand contre Napoléon Bonaparte. Erwin Rommel, l'ancien commandant du Heeresgruppe B, blessé sur le front de Normandie le 17 juillet, le maréchal Gunther von Kluge, son successeur, l'amiral Hans Wilhelm Canaris, le chef de l'Abwehr, les services secrets de l'armée allemande, font partie du complot, mais n'y prennent pas part activement.

Le général Fritz Fromm, chef des armées allemandes de l'Intérieur, comprenant l'armée territoriale et la garnison de Berlin, a quant à lui une position plus ambiguë dans cette affaire. La veille, dans l'après-midi du 19 juillet, von Stauffenberg a été convoqué par Hitler à Rastenburg pour participer, en qualité de chef d'état-major du général Fritz Fromm, à la réunion des principaux représentants militaires du Troisième Reich, dont le début était prévue pour le lendemain 20 juillet à 13h.

C'est l'occasion inespérée qu'attendait von Stauffenberg, et il en informe les autres conjurés. Le plan des conjurés, appelé opération Walkyrie, ne doit en principe pas échoué. Il est réglé dans ces moindres détails, et les alliances et complicités sont à toute épreuve.

Dans la matinée du 20 juillet 1944, von Stauffenberg s'envole de Rangsdorf, un des aérodromes de Berlin. Il emporte avec lui une serviette bourrée de documents, au milieu desquels est cachée une bombe confectionnée par le général Helmuth Stieff avec un explosif spécial d'origine britannique, muni d'un détonateur à retardement.

Peu après 10h, l'avion atterrit à Rastenburg. La réunion, avancée d'une demi-heure, car Hitler attend l'arrivée de Mussolini, commence donc à 12h30 précise.

A 12h34, von Stauffenberg franchit le périmètre de sécurité de la Wolfsschanze. A 12h36, von Stauffenberg pénètre dans la salle de réunion en même temps que le maréchal Wilhelm Keitel. Il vient de briser la capsule du détonateur, et d'ici six minutes, sauf imprévu, la bombe explosera.

Dans la salle, mesurant environ 9m sur 4.5m, Hitler et son état-major ont pris place autour d'une longue table ovale reposant sur deux socles massifs. Adolf Hitler est assis le dos tourné à la porte, sur le grand côté de la table. Il est entouré de vingt-deux officiers supérieurs appartenant aux trois armes et à la SS. A sa gauche se tient le maréchal Wilhelm Keitel, commandant supreme de la Wehrmacht (OKW).

Von Stauffenberg prend place à droite d'Hitler, entre le général Günther Korten, chef d'état-major de la Luftwaffe, et le colonel Heinz Brandt, chef des opérations de l'OKW. En s'asseyant, von Stauffenberg pose sa serviette sur le sol, à environ deux mètres des pied d'Hitler, non loin d'un socle sur lequel repose la partie droite de la table.

Lorsque von Stauffenberg s'assoit, à 12h37, le général Adolf Heusinger, chef d'état-major adjoint de la Wehrmacht, parle de la situation militaire sur le front soviétique, en se penchant fréquemment sur la carte géographique placée sur la table. Et les minutes s'écoulent inexorablement.

A 12h40, von Stauffenberg sort de la pièce sans être remarqué. Tous sont absorbés par le speech d'Heusinger. Heinz Brandt, qui semble particulièrement interessé, se penche sur la table pour mieux voir la carte, et heurte du pied la serviette de von Stauffenberg, puis se baisse et la pousse contre le bord extrême du socle droit.

C'est ce geste qui a probablement sauvé la vie de Hitler. Lorsque la bombe explose, à 12h42, von Stauffenberg se tient à 200m de là, voit la barraque de bois littéralement "souflé en l'air" et, convaincu que l'attentat a réussi, quitte les lieux. Profitant de la confusion, il passe devant devant le batiment en bois refranchit les posts de garde en sens inverse.

A 13h, convaincu d'avoir réussi sa mission, von Stauffenberg embarque dans son avion et redécolle pour Berlin, afin d'aller y recueillir les fruits de son geste. En vol, il ignore que l'attentat a échoué et, surtout, que le général Erich Fellgiebel, chef des transmissions de Rastenburg, n'a pas exécuter l'ordre qui lui avait été donné de transmettre aussitôt la nouvelle aux conjurés à Berlin, ni celui, encore plus important, de bloquer toute communication entre le quartier général de Hitler et la capitale.

Les conjurés, qui l'attendent sur l'aérodrome de Berlin, restent donc dans l'ignorance de tout, ne sachant que faire. Entretemps, le complot est découvert, et Himmler est déjà parti pour Berlin avec ordre de tuer dans l'oeuf toute révolte éventuelle.

Lorsque von Stauffenberg, croyant toujours au succès de l'attentat, atterrit à Berlin à 15h30, la nouvelle qu'Hitler en a réchappé est déjà parvenue aux commandants militaires suprême de la ville.

Friedrich Fromm, commandant en chef de l'Armée de l'Intérieur, qui n'avait souscrit que formellement au complot, apprenant qu'Hitler est toujours en vie, se précipite dans le bureau d'Olbricht, chef de la section approvisionnements de l'armée territoriale. Il y trouve von Stauffenberg, en train de téléphoner à tous les chefs militaires allemands en Europe, et lui déclare sans ambages qu'il doit se suicider. Pour toute réponse, von Stauffenberg et Olbricht l'arrêtent.

Le ministre allemand de la Propagande, Goebbels, n'a pas été dérangé dans son bureau de la Wilhelmstrasse. Le commandant de la garnison de Berlin, Karl von Hase (autre conjuré), ordonne au Wachtbataillon Grossdeutschland, commandé par Otto Ernst Remer, de protéger les conjurés et d'encercler les ministères allemands dans la capitale.

Mais Goebbels réussit à parler au téléphone avec Remer et à le mettre en communication directe avec Hitler. Le bataillon Grossdeutschland arrive à la Bendlersblock, où se trouve le QG des conjurés, et arrête les colonel Albrecht Mertz von Quirnheim et Claus von Stauffenberg, et le général Friedrich Olbright. Le général Ludwig Beck, qui a tenté de se suicider, est achevé.

A 0h15, dans la nuit du 20 au 21 juillet, Fromm, libéré entre-temps, pour se débarasser de ces témoins dangereux, les fait fusiller dans la cour de la Bendlersblock, à la lueur des phares d'un camoin. Mais en dépit de son "zèle expiatoire", il sera lui aussi exécuté. Jugés par des "tribunaux du peuple", 5000 Allemands environ seront fusillés dans les mois à venir.

Parmi eux: le maréchal Erwin von Witzleben, les généraux Paul von Hase et Helmuth Stieff, ainsi que de nombreux autres officiers subalternes et haut fonctionnaires, d'anciens diplomates tels que Ulrich von Hassell et Friedrich Werner Graf von der Schulenburg, anciens ambassadeurs allemands à Rome et à Moscou, le conseiller de légation Adam von Trott zu Solz, des hommes politiques tel que Carl Friedrich Goerdeler, l'ancien ministre des Finances de Prusse Johannes Popitz, les sociaux-démocrates (SD) Wilhelm Leuschner et Julius Leber, les religieux Alfred Delp et Dietrich Bonhoeffer.

Soupçonnés d'avoir pris part à la conjuration, les maréchaux Günther von Kluge et Erwin Rommel seront poussés au suicide, respectivement les 18 août et 14 octobre. Les parodies de procès et les condamnations à mort se pousuivront jusqu'en avril 1945. Parmi les victimes, les généraux Eduard Wagner, Erich Fellgiebel, Hans Oster, et l'amiral Wilhelm Canaris. Henning von Tresckow se suicidera à la grenade dans un bois
de Prusse-Orientale.

En revanche, comme leur procès n'auront pas le temps de se dérouler, le ministre de l'Agriculture Andreas Hermes et Schacht, l'avocat Berthold von Stauffenberg [le frère de Claus], et les généraux Franz Halder, Alexander von Falkenhausen et Hans Speidel, futur commandant suprême de l'OTAN, se tireront d'affaire.

Liste des conjurés du 20 juillet 1944.
http://www.answers.com/topic/list-of-members-of-the-july-20-plot

Emplacement des personnes présentes dans la salle lors de l'attentat.


1. Adolf Hitler.
2. Maréchal Wilhelm Keitel.
3. Général Alfred Jodl.
4. Général Walter Warlimont.
5. Franz von Sonnleithner.
6. Major Herbert Buchs.
7. Stenographe Heinz Buchholz.
8. Hermann Fegelein.
9. Colonel Nikolaus von Below.
10. Contre-amiral Hans-Erich Voss.
11. Otto Gunsche.
12. Général Walter Scherff [blessé].
13. Général Ernst John von Freyend.
14. Capitaine Heinz Assman [blessé].
15. Stenographe Heinrich Berger [tué].
16. Contre-amiral Karl-Jesco von Puttkamer [blessé].
17. Général Walther Buhle.
18. Lieutenant-Colonel Heinrich Borgmann [blessé].
19. Général Rudolf Schmundt [tué].
20. Lieutenant-Colonel Heinz Waizenegger.
21. Général Karl Bodenschatz.
22. Colonel Heinz Brandt [tué].
23. Général Günther Korten [tué].
24. Colonel Claus von Stauffenberg.
25. Général Adolf Heusinger [blessé].


Voir aussi:

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2184 "l'Utopie"
http://diberville.blogspot.com/2009/03/2184-lutopie.html

- D'Iberville: "Saviez-vous que...", 2185 "Walkyrie"
http://diberville.blogspot.com/2009/03/2185-walkyrie.html



Opération Cobra: la percée d'Avranches (25-31 juillet 1944).

Le 24 juillet 1944, dans le cadre des ultimes préparatifs de l'opération Cobra, le pilonnage intensif des positions allemandes commence par un bombardement de bombardiers lourds et moyens des 8ème et 9ème US Air Force, sur la ligne de front alliée entre St-Lo et Coutances.

Malheureusement, vu la proximité des lignes de front, plusieurs bombes tombent trop court sur les positions de la 30ème Division d'infanterie (29ème Corps US) et provoque une totale confusion. 150 soldats américains, dont le général Leslie J. McNair, chargé de coordonner l'offensive, sont tués, et plus de 340 autres blessés.

A la suite de cette bavure, le bombardement aérien est interrompu et reprendra le lendemain matin, et l'offensive terrestre est reportée dans la soirée du 25 juillet.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Cobra

Le lendemain, 25 juillet, l'opération Cobra débute par un formidable bombardement aérien des positions allemandes: 1600 B-17 Flying Fortress et B-24 Liberator de la 8ème US Air Force, accompagnés par 500 P-38 Lightning, P-51 Mustang et P-47 Thunderbolt, déversent en moins d'un quart d'heure 3500 tonnes de bombes sur un front de 6km de large et 1.5km de profondeur, dans la zone Marigny-Saint-Gilles, à l'ouest de St-Lo, sur l'axe Périers-St-Lo, devant les positions de la 1ère Armée US. C'est le plus grand bombardement en tapis allié de la Seconde Guerre mondiale.


L'offensive terrestre de la 1ère Armée US du général Omar Bradley, a pour but de réaliser une percée décisive dans le dispositif de la 7ème Armée allemande et de transformer la guerre de position en guerre de mouvement. Car depuis le 6 juin, 1.3 million de soldats alliés "étouffent" dans leur petite tête de pont normande.

La Guerre des Haies, déclenchée le 3 juillet, a déjà coûté très chère aux Américains: 31000 tués et blessés. Pour des résultats décevants ou quasi nuls: en trois semaines, ils n'ont avancé que de 11km.

Bradley a devant lui des unités aguerries et redoutables: la 2ème Division panzer-SS Das Reich, la 17ème Division panzergrenadiers-SS Götz von Berlichingen, la Division Panzer Lehr, la 3ème Division de parachutistes, les 91ème, 243ème, 326ème, 352ème, 353ème et 343ème Divisions d'infanterie allemandes.


La tragique méprise de la veille se reproduit de nouveau. 46 B-26 de la 9ème US Air Force larguent leurs bombes sur des positions des 9ème et 30ème Divisions d'infanterie, tuant 113 soldats américains en blessent 494 autres.

Une nouvelle fois, les GIs sont durement éprouvés. Mais cette fois, les Allemands n'ont pas été épargnés, bien au contraire. Si bien que Bradley décide de ne rien changer à l'horaire fixé. L'intensité des bombardements aériens américains est telle que la première ligne de défense allemande, en particulier celle de la Panzer Lehr, disparaît complètement cans ce mälstrom. Les rares survivants, ébétés et en état de choc, n'opposeront pratiquement aucune résistance.

La phase terrestre débute en fin d'après-midi. Bradley engage initialement six divisions: la 9ème Division d'infanterie, sur le flanc gauche de l'offensive américaine, doit se diriger vers le sud de Montreuil, repousser les contre-attaques des 2ème et 17ème Divisions panzers-SS. La 1ère Division d'infanterie attaquera en direction de Marigny, et poursuivra la 5ème Division de parachutistes allemands en fuite. La 3ème Division blindée se dirigera vers Cerisy-la-Salle. La 4ème Division d'infanterie vers Canisy. La 2ème Division blindée attaquera Saint-Gilles. Et la 30ème Division d'infanterie se dirigera vers le sud de Saint-Lo, attaquant la 352ème Division d'infanterie allemande.

A la tombée de ce premier jour, la pénétration maximale américaine ne dépasse pas 2.5km de profondeur, plus gênée par les destructions occasionnées par les bombardements aériens que par la résistance ennemie.

Le 26 juillet 1944, quatre divisions d'infanterie et une division blindée américaines supplémentaires passent à l'offensive: les 8ème, 79ème, 83ème et 90ème Divisons d'infanterie, et la 4ème Division blindée, du 8ème Corps US du général Troy Middleton.

Ce qui fait maintenant un total de dix divisions américaines engagées. Le 8ème Corps US attaque suivant deux axes: les routes Lessay-Coutances et Périers-Coutances. En fin de matinée, la 8ème Division d'infanterie atteint la route Lessay-Périers, sur la côte ouest de la presqu'île du Cotentin. La 90ème Division d'infanterie établit une tête de pont au-delà de la Sèves.

Dans la zone d'opération du 7ème Corps US, la 1ère Division d'infanterie s'empare de Marigny, défendue par la 2ème Division panzer-SS Das Reich et des éléments de la 353ème Division d'infanterie allemande.

Dans la zone d'opération du 5ème Corps US, à l'est de St-Lo, la 2ème Division blindée s'empare de Saint-Gilles et de Canisy.

Le 27 juillet 1944, le front allemand s'écroule désormais un peu partout. A l'extrémité ouest du dispositif américain, dans la zone d'opération du 8ème Corps US, la 79ème Division d'infanterie libère et dépasse Lessay. La 90ème Division d'infanterie occupe Périers et traverse la Taute. La 8ème Division d'infanterie pousse au sud entre les deux localités.

Plus à l'est, le 7ème Corps US progresse également vers le sud. La 1ère Division d'infanterie et la 3ème Division blindée refoulent la 2ème Division panzer-SS Das Reich et la 17ème Division panzergrenadiers-SS Götz von Berlichingen jusqu'à Camprond.

Le 28 juillet 1944, après avoir balayé la veille les lignes de défense allemandes, les Américains obtiennent enfin leur percée éclair tant attendu. Bradley dispose de deux nouvelles divisions incorporées au 8ème Corps US, les 4ème et 6ème Division blindées. Ce qui fait un total de douze divisions américaines engagées dans la bataille. A 17h, la 4ème Division blindée pénètre dans les faubourgs de Coutances.


Dans la zone d'opération du 19ème Corps US, à l'est de St-Lo, la 30ème Division d'infanterie atteint la rive orientale de la Vire. Des unités allemandes entières sont encerclées, notamment dans la poche de Roncey. D'autres se débandent.

Des B-26 Marauder et A-20 Havoc du IX Bomber Command de la 9ème US Air Force harcèlent toute la journée les troupes allemandes en retraite, visent des dépôts de carburant et de munitions, des colonnes de véhicules, ponts, carrefours dans la Foret de Conches, à Dreux et dans la région du Mans.

Le poids de presque deux mois de combats d'usure s'abat brutalement sur des soldats bousculés et démoralisés. Des milliers d'Allemands sont capturés, désarmés et le plus souvent laissés sur place, faute de moyens ou de temps pour les escorter vers l'arrière.

Le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84ème Korps, tente vainement de reconstituer de nouvelle positions de défense, la Weisse Linie ("Ligne Blanche"). Mais elles sont systématiquement détruites par l'aviation américaine, la plupart avant même d'avoir être consolidées, ou en cours d'édification. Plus rien désormais ne peut stopper le rouleau compresseur américain.

Le 29ème juillet 1944, la 1ère Armée US du général Omar Bradley passe à la vitesse supérieure. Elle a progressé de plus de treize kilomètres à l'intérieur des lignes allemandes depuis le déclenchement de Cobra, le 25 juillet.


Dans la zone d'opération du 7ème Corps US, trois principaux axes d'assaut se distinguent. A l'ouest, la 3ème Division blindée libère Coutances et progresse en direction du sud de la ville, atteinte la veille au soir. Au centre et à l'est, la 2ème Division blindée progresse vers Saint-Denis-le-Gest et Villebaudon.

Dans la zone d'opération du 8ème Corps US, les 4ème et 6ème Divisions blindées poursuivent leur progression sur Avranches.

Dans la zone d'opération du 19ème Corps US, la 29ème Division d'infanterie gagne la région située à l'est de Percy. La 30ème Division, malgré le feu nourri des Allemands, continue d'avancer vers le sud sur la rive occidentale de la Vire.

Le 5ème Corps US approche à vive allure de Torigni-sur-Vire, au sud-est de Saint-Lo.

Toute la 7ème Armée allemande du SS-Obertsgruppenführer Paul Hausser, le sucesseur du général Friedrich Dollmann, bat maintenant en retraite désordonnée.

Le 30 juillet 1944, le 8ème Corps US poursuit sa percée. La 6ème Division blindée traverse Bréhal et contourne Granville sans s'arrêter. La 4ème Division blindée pénètre dans les faubourgs septentrionnaux d'Avranches, enlèvant les ponts sur la Sée.

Le 7ème Corps US approche rapidement de Villedieu-les-Poêles, sur la route entre Granville et Vire. Le 19ème Corps US subit de violente contre-attaques allemandes près de Percy.

Ce même jour, sur le flanc gauche américain, le 8ème Corps britannique déclenche l'opération Bluecoat. Les Anglo-Canadiens attaquent vers Villers-Bocage et Vire, défendus par le 2ème Panzerkorps-SS du SS-Obergruppenführer Wilhelm "Willy" Bittrich. En fin de journée, ils atteignent La-Ferrière-Harang, au sud-est de St-Lo, La Morichèse-Les Mares et Les Loges, au sud de Caumont, Cahagnes et Briquessard.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Bluecoat

Le soir, au sud de Caumont, la 21ème Division panzer et la 326ème Division d'infanterie allemande contre-attaquent face aux 15ème et 43ème divisions d'infanterie du 8ème Corps britannique. De durs combats s'engagent mais les deux divisions britanniques encaissent le choc et résistent.

Le 31 juillet 1944, la 4ème Division blindée du 8ème Corps US avance vers le sud, traverse la Sélune et pénètre dans les faubourgs nords de Pontaubault, défendue par la 91ème Division d'infanterie allemande.

L'objectif de l'opération Cobra est atteint: l'accès à la Bretagne. Le 7ème Corps US se porte sur Brécey. Dans la région de Tessy-sur-Vire, les Allemands bloquent toujours l'avance du 19ème Corps US.

En moins d'une semaine, les troupes de Bradley ont réalisé une percée de 60 kilomètres, au prix de 1800 tués et blessés. Les Allemands ont perdu 3200 tués, 27000 blessés et 12800 prisonniers.

Depuis le Jour J, les pertes alliées s'élèvent à 122000 tués, blessés et disparus, contre 114000 tués et blessés, et 40000 prisonniers du côté allemand.


Percée fulgurante de George Patton en Bretagne (1er-7 août 1944).

Le 1er août 1944, les Américains réorganisent complètement leurs forces. La nouvelle 3ème Armée US est activée en Normandie. Le général George Patton, Jr en prend le commandement.

Activation également des 12ème Corps US (Manton Eddy), 15ème Corps US (Waddet Haislip) et 20ème Corps US (Walton Walker). Et le 8ème Corps US (Troy Middleton) de la 1ère Armée US passe désormais sous l'autorité de Patton.

Les divisions de Blood and Guts ("Sang et Tripes"), surnom de Patton depuis la campagne de Sicile en juillet 1943, vont donner une nouvelle et phénoménale impulsion à la bataille de Normandie. En moins de trois jours, sept divisions, plus de 150000 Américains et 12000 véhicules, vont franchir l'étroit goulet ouvert au sud d'Avranches, avant de se déployer en éventail.


Le 8ème Corps US a infléchit sa course et avance désormais vers l'ouest et le sud-ouest, direction Brest et Lorient, le 20ème Corps US vers le sud et la Loire, direction Nantes et Angers. Enfin, le 15ème Corps US pivote vers le sud-est et l'est, direction Le Mans et Alençon.

Pendant ce temps, la 1re Armée US progresse plus difficilement vers l'est, en remontant les vallées de la Sée et de la Sélune. Son offensive est coordonnée avec celle du 8ème Corps britannique, qui attaque à partir de Caumont-l'Eventé, en direction du sud-est, puis pivotant vers l'ouest dans le cadre de l'opération Bluecoat.

Le relief tourmenté du Bocage, ses routes étroites et tortueuses, savégétation épaisse, ralentissent l'avance des Alliés. Les Allemands ne reculent que lentement, disputant le terrain avec acharnement.

Le 2 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée US, le 7ème Corps entre dans Percy, libère Villedieu, Saint-Hilaire-du-Harcouët, et progresse en direction de Mortain, où des éléments du 84ème Korps fortifient leurs positions. Sur son flanc gauche, le 19ème Corps US, parti de la région de Tessy-sur-Vire, progresse rapidement vers le sud-est.

En Bretagne, dans le secteur de la 3ème Armée US, la 6ème Division blindée (8ème Corps) libère le Mont-Saint-Michel et parvient aux portes de Dinan. La 4ème Division blindée US pénètre dans les faubourgs de Rennes. Le 15ème Corps US poursuit son avance en direction de la route Vire-Argentan.

La 2ème Armée britannique poursuit l'opération Bluecoat, face aux divisions allemandes situées entre Villers-Bocage, au nord-est, et Vire, au sud-est. De farouches combats ont lieu dans les environs de la Forêt du Homme et au sud-est de la Forêt-l'Evêque.

Dans la zone d'opération du 8ème Corps britannique, la 21ème Division panzer, épaulée par la 326ème Division d'infanterie allemande, contre-attaque vers le nord et l'ouest, face aux 15ème et 43ème Divisions d'infanterie et à la 11ème Division blindée britanniques, qui progressent vers le sud en direction de Vire.

Le 2ème Panzerkorps-SS de Wilhelm Bittrich, avec les 9ème et 10ème Divisions panzer-SS Hohenstaufen et Frundsberg, livrent de violents combats pour stopper la 11ème Division blindée, et malgré de sévères pertes infligées aux Britanniques, les panzers-SS sont obligés de se replier au Sud.


Leclerc et la 2ème Division blindée française (1er août 1944).

Le 1er août 1944, les premiers éléments de la 2ème Division blindée française, commandée par le général Phillipe Leclerc de Hauteclocque, débarquent à l'aube à Saint-Martin-de-Varreville, sur Utah Beach. Les "Frenchies" sont incorporés d'office au 15ème Corps US (Waddet Haislip), qui vient juste d'être constituée, au sein de la nouvelle 3ème Armée US du général George Patton.

http://en.wikipedia.org/wiki/2nd_Armored_Division_(France)


Après son regroupement à La-Haye-du-Puits, les 2 et 3 août, la Division Leclerc reçoit l'ordre d'avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers le Mans. Elle connaîtra son baptême du feu à Granville le 10 août, et se distinguera par l'héroïsme et la détermination de ses hommes, surtout ceux des M10 Tanks Destroyers menés par des équipages du RBFM, le Régiment blindé des Fusiliers Marins, constitué à partir des équipages de la flotte française sabordée à Toulon, et des chars Sherman du Régiment de Marche du Tchad, avec des volontaires espagnols.

En principe, les blindés allemands surclassent tous les chars alliés. Mais les Sherman et les Tank Destroyer M10 français vont bouleverser toute logique et se payer des Panther et Tiger les uns après les autres, à un rythme d'enfer. Profitant de la percée d'Avranches que la 1ère Armée US vient juste de réaliser, Leclerc s'ébranle vers Vitré et Chateau-Gonthier.

A la fin de la bataille de Normandie (31 août), la division française sera crédité d'un tableau de chasse impressionnant: 117 chars, 79 canons et 750 véhicules motorisés ennemis détruits, 4500 Allemands tués et 8800 prisonniers capturés. En contre-partie, elle aura perdu 76 chars, 7 canons, 27 half-tracks et 133 autres véhicules, 133 tués, 648 blessés et 85 disparus.


Opération Luttich: contre-offensive allemande à Mortain (7 août 1944).

Le matin du 7 août 1944, survient un véritable coup de tonnerre. Les Allemands lancent de part et d'autre de Mortain une contre-attaque blindée d'envergure. C'est l'opération Luttich, montée de toutes pièces par Adolf Hitler, à Berlin, et décidée contre l'avis de tous ses chefs militaires sur le terrain.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Luttich

L'objectif, défini par le Führer en personne, est de percer les lignes américaines pour atteindre la baie du Mont-Saint-Michel, à 30km de là, en cisaillant au passage le goulot d'Avranches. Selon lui, "coupées de leur ravitaillement, les troupes de Patton seront isolées et tomberont comme des fruits mûrs."

Pour ce faire, quatre Divisions panzers ont été déplacées dans le plus grand secret, renforcées par de l'infanterie. Bénéficiant de l'effet de surprise et du brouillard matinal, les blindés allemands balaient les positions avancées américaines et avancent dans certains secteurs sur une dizaine de kilomètres.

Mortain, sévèrement bombardée dans la nuit précédente par la Luftwaffe, est momentanément reprise. La 30ème Division d'infanterie du 19ème Corps US reçoit le choc de plein fouet et doit refluer en désordre. Certaines de ses unités se retrouvent ainsi encerclées, comme le fameux 2ème Bataillon du 120ème Régiment, le Lost Battalion ("Bataillon Perdu"). Assiégé au sommet de la cote 314, une colline à l'est de la ville, le bataillon américain résistera héroïquement durant six jours aux assauts répétés des Panzer-SS. Dégagé le 13 août, il aura perdu 300 tués, sur un effectif initial d'environ 700 hommes.


Plus au nord, la 2ème Division panzer attaque la 35ème Division d'infanterie US et pénètre de quelques kilomètres dans le dispositif américain, avant d'être stoppé par les chars de la 3ème Division blindée US.

Mais c'est la réaction de l'aviation tactique alliée qui sera vraiment déterminante dans cette bataille. Elle est presque immédiate et sera dévastatrice: en début d'après-midi du premier jour, le brouillard se lève enfin et la bataille change de visage. Les 9ème US Tactical Air Force et 2ème RAF Tactical Air Force vont s'en donner à coeur joie. Des nuées de chasseurs-bombardiers P-38, P-47, P-51, Spitfire, Tempest et Typhoon fondent vague après vague sur les colonnes blindées allemandes, attaquant au canon et à la roquette. Les divisions allemandes sont clouées sur place, perdant plus de 150 chars en quelques heures.

Le soir du 7 août 1944, l'échec des Allemands est consommé. Hitler vient de jouer son dernier coup de dé en Normandie. Et il a perdu! Cette contre-attaque désastreuse à Mortain va précipiter l'écroulement du front allemand et la fin de la bataille de Normandie.

Bradley et Montgomery ont en effet décidé d'exploiter sans retard la situation nouvelle et inespérée qui s'offrent à eux. Ils prendront au piège les divisions divisions imprudemment avancées vers l'ouest, par un large mouvement d'encerclement. La réduction de la poche de Falaise, deux semaines plus tard, vera l'anéantissement d'une vingtaine de divisions allemandes.


Opération Totalize: offensive anglo-canadienne vers Falaise (8 août 1944).

Une semaine après l'opération Bluecoat de la 2ème Armée britannique, c'est maintenant au tour de la 1ère Armée canadienne du général Henri Crérar de déclencher une offensive foudroyante au sud et au sud-est de Caen, vers Falaise.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Totalize

614 Lancaster, 392 Halifax et 13 Mosquito du RAF Bomber Command pilonnent la ligne de front allemande de part et d'autre de la route Caen-Falaise.

Le 2ème Corps canadien, après cette puissante préparation aérienne, déclenche son attaque terrestre à partir de May-sur-Orne et Fontenay à l'ouest, et La Hogue et Secqueville à l'est, vers Falaise, qui est déjà l'objectif final de Bluecoat.

Quatre divisions participent à l'attaque: 2ème Division d'infanterie et 4ème Division blindée canadiennes, 1ère Division blindée polonaise et 51ème Division d'infanterie britannique. La 2ème Division d'infanterie canadienne attaque à l'ouest de la route Caen-Falaise. La 51ème Division britannique, à l'est. Les deux divisions blindées interviendront ultérieurement, en second échelon, pour l'exploitation de la percée.


En fin de journée, les Anglo-Canadiens, plus gênés par la fumée des bombardements, les obstacles et les cratères de bombes que par la résistance allemande, ont progressé de près de 9km et atteint Saint-Aignan-de-Cramesnil. La 5ème Panzerarmee est bousculée et doit se replier vers le sud.


Elimination de la poche allemande de Falaise (14-21 août 1944).

La contre-attaque désastreuse de Mortain, le 7 août 1944, imposée par Adolf Hitler, va précipiter l'écroulement définitif du front allemand et la fin de la bataille de Normandie. Omar Bradley et Bernard Montgomery décidèreront d'exploiter sans retard cette situation inespérée.

L'Américain et l'Anglais comptent prendre au piège les divisions panzers allemande qui se sont imprudemment avancées vers l'ouest, par un large mouvement d'encerclement, à laquelle participeront quatre armées alliées: les 1ère et 3ème Armées US, la 1ère Armée canadienne et la 2ème Armée britannique.

Des instructions sont immédiatement données aux forces alliées des XIIème et XXIème Groupes d'armées alliées.

http://en.wikipedia.org/wiki/Falaise_Gap


Le 15ème Corps de la 3ème Armée US, auquel est rattâchée la 2ème Division blindée française, après avoir libéré Le Mans le 9 août 1944, reçoit l'ordre de remonter rapidement vers le nord, direction Alençon avec en pointe, la Division Leclerc, débarquée sur Utah Beach le 1er aout.

Le 12 août 1944, les Français s'empare d'Alençon, avant de foncer plein nord vers Ecouché et Argentan.

Dans le secteur de la 1ère Armée US, à l'ouest, le 7ème Corps US franchit la Sélune et se dirige au sud-est vers la Mayenne. Les 5ème et 19ème Corps US assurent avec la 2ème Armée britannique la branche nord-ouest de l'étau et s'installent sur des positions à l'est de Tinchebray.

Au nord, entre l'Orne et la Dive, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, le 2ème Corps canadien constituera la mâchoire nord de l'étau. La 1ère Division blindée polonaise libèrera les ruines de la ville de Falaise le 17 aout 1944.

Le 14 août, les restes de la 7ème Armée et de la 5ème Panzerarmee (Armée blindée), soit une vingtaine de divisions et 200000 Allemands, se retrouvent menacée dans une poche de 60km sur 20km, délimitée par Falaise au nord, Tinchebray à l'ouest et Argentan au sud.

Des unités allemandes refluent en désordre en essayant de se frayer un chemin vers la Seine, à l'est et au nord-est. Le commandement allemand s'efforce surtout de sauver ce qui reste de ses divisions panzer. Le gros de l'infanterie, dispersée dans le Bocage et livrée à elle-même, se précipite dans un désordre croissant vers l'étroit passage restant ouvert entre Argentan et Falaise qui s'amenuisera les jours suivants.


Le 16 août 1944, Adolf Hitler lui-même, devant la gravité de la situation, donnera l'ordre de repli général, d'ailleurs déjà largement entamé depuis 48 heures sur le terrain.

Le 17 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, la conquête de Falaise par la 2ème Division d'infanterie (2ème Corps canadien) réduit la largeur du couloir par où les restes des 5ème Panzerarmee (Armée blindée) et 7ème Armées allemandes tentent d'échapper à l'encerclement. La 1ère Division blindée polonaise livre de durs combats dans la région de Chambois.


Dans le secteur de la 1ère Armée US, la 2ème Division blindée française, restée dans la région au nord d'Ecouché et maintenant intégrée temporairement au 5ème Corps US du général Leonard T. Gerow, participe également à la liquidation de la poche allemande de Falaise, face à la 116ème Division panzer. Ce 17 août, le "Chaudron de Falaise" poche ne mesure plus que 32 kilomètres de long sur 16 kilomètres de large.

Sous la pression conjuguée des Américains et des Français de la 3ème Armée US au sud, de la 2ème Armée britanniques à l'ouest, de la 1ère Armée canadienne et des Polonais au nord, l'étau se resserre inexorablement entre Argentan et Trun, où se déroulera le dernier acte de la tragédie.

Les longues colonnes de véhicules et de blindés allemands sont bombardés de tous les côtés par l'artillerie et l'aviation tactique alliée, sans interruption, de jour et de nuit. Les Alliés pilonnent un ennemi pris au piège et désemparé. La retraite, peu à peu, se transforme en fuite éperdue dans le "Couloir de la mort", entre les villages de Chambois, Saint-Lambert, Trun et Tournai-sur-Dives, où des meutes de chasseurs-bombardiers P-47, P-51, Spitfire et Typhoon se livrent à un impitoyable carnage.

Et malgré cela, le piège tardant à se refermer en raison d'une série de mésententes entre alliés américains, anglais, canadiens, français et polonais, un tier des forces allemandes encerclées réussit à sortir du Chaudron, en abandonnant le matériel sur place. Günther von Kluge, suspecté d'avoir participé à l'opération Valkyrie et à l'attentat du 20 juillet contre Hitler, est limogé et remplacé par le maréchal Walter Model au commandant du Heeresgruppe (Groupe d'armées) B.

Le 18 août 1944, von Kluge se suicide. Dans une lettre adressée à Hitler, il a écrit: "Je ne sais si le maréchal Model sera en mesure de rétablir la situation. Je l'espère de tout mon coeur. Mais s'il en était autrement et si les nouvelles armes, en lesquelles tant d'espoirs sont mis, ne mènent pas au succès, alors, mon Führer, prends la décision de mettre fin à cette guerre. Le peuple allemand a souffert des maux si indicibles qu'il est temps maintenant d'en finir avec ces horreurs."

Le 19 août 1944, le 15ème Corps US, venant d'Argentan au sud, et la 1ère Division blindée polonaise, venant de Trun au nord, font leur jonction dans Chambois. La poche allemande de Falaise est désormais totalement verouillée.

Dans le "Couloir de la mort", la 1ère Division blindée polonaise prend position sur la colline 262. L'artillerie et les chars polonais tirent sans relâche sur les colonnes allemandes qui tentent de traverser entre Trun et Chambois.

L'aviation tactique alliée bombarde également les colonnes de véhicules et soldats allemands se repliant vers la Seine. Pour l'Armée allemande de Normandie, c'est désormais la déroute totale et la course éperdue salvatrice vers la Seine.

Dans le secteur de la 1ère Armée US, la 2ème Division blindée française libère Exmes, à l'est d'Argentan. La 3ème Armée US poursuit les Allemands en retraite vers la Seine, et atteint sa rive gauche, dans la soirée, à Rosny.

Le 20 août 1944, une contre-attaque allemande est effectuée par des éléments des 2ème et 9ème Division panzer-SS Das Reich et Hohenstoffen, venant de l'est, contre les positions polonaises sur la colline 262. Les Allemands parviennent temporairement à réouvrir le couloir, et en fin de soirée, 10000 hommes supplémentaires parviennent à s'échapper du Chaudron.

Dans la nuit du 20 au 21 août 1941, la poche de Falaise est définitivement éliminée. Quelques unités survivantes des 2ème et 116ème Divisions panzers, et de la 10ème Division Panzer-SS Frundsberg parviennent encore à traverser la Dives à hauteur de Saint-Lambert, échappant ainsi à leur anéantissement. Ce seront les dernières. Elles parviendront à rejoindre la Seine, malgré les attaques aériennes continuelles des Alliés.

Près de 20000 Allemands, sur les 150000 encerclés, réussirent à s'échapper du Chaudron entre le 12 et le 21 août. Les 5ème Panzerarmee et 7ème Armée allemandes y laissent la presque-totalité de leur matériel: 344 chars, 2447 véhicules motorisés et 252 pièces d'artillerie abandonnés ou détruits. Les pertes humaines de la Wehrmacht sont difficiles à estimer avec précision: 10000 à 15000 tués, entre 45000 et 50000 prisonniers capturés, et environ 60000 blessés.


Visitant le champ de bataille ou s'entassent, pêle-mêle, cadavres d'hommes ou d'animaux et débris de véhicules carbonisés, le général Dwight D. Eisenhower écrira: "C'est une des plus grandes tueries de la guerre".

Photos ci-dessous: 1° Soldats polonais inspectant les carcasses de véhicules allemands dans le "Couloir de la Mort". 2° Dwight Eisenhower devant la carcasse d'un char Panther retourné à Chambois.





Plan d'ensemble et chronologie des évenements:

- Début du Red Ball Express (18 août 1944).
- Soulèvement de la population parisienne (18-25 août 1944).
- Opération Paddle: combat de la Brigade belge Piron en Normandie (20 août 1944).
- Omar Bradley à Philippe Leclerc: "C'est d'accord! Foncez sur Paris!" (22 août 1944).
- 2ème Division blindée française de Leclerc (22 août 1944).
- Entrée des premiers véhicules alliés dans Paris (24 août 1944).
- Libération de Paris (25 août 1944).
- Opération Astonia: siège et calvaire du Havre (26 août - 12 septembre 1944).
- Bilan de la bataille de Normandie (6 juin - 12 septembre 1944).


Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

Opération Overlord - Jour-J: les combats du premier jour

Neptune était le nom de code de l'assaut initial du Jour-J en Normandie, et incluait la traversée de la Manche par l'armada alliée. Le débarquement débute à 6h30, mais il a été précédé, aux environ de minuit, par des largages de parachutistes et des atterrissages de planeurs dans l'arrière-pays, en vue de protéger les flancs des troupes débarquées. L'opération Overlord, dans une plus large mesure, désignait les plans d'ensemble du général Dwight Eisenhower en vue d'établir la tête de pont alliée en France.



Forces alliées et allemandes en présence le 6 juin 1944.

En ce début du mois de juin 1944, les effectifs militaires allemands en Europe occupée atteignent le sommet de leur puissance. 157 divisions de la Wehrmacht sont disposées en Union Soviétique, 6 en Finlande, 6 au Danemark, 12 en Norvège, 9 en Allemagne, 12 dans les Balkans, 26 en Italie, et finalement 59 sur le front occidental (France, Belgique et Pays-Bas). Cependant, une grande partie de ces divisions sont incomplètes et usées, aux alentours de 50% de leur effectifs en dotation normale.

En Normandie, stationnent une dizaine de divisions d'infanterie, de défense côtière, de la Luftwaffe et de panzers, de qualité très inégale. On y trouve de tout: des vétérans des campagnes de Russie et des Waffen-SS très expérimentés et redoutables, mais également des troupes de second ordre, médiocres et peu entraînées, des prisonniers russes servant d'auxiliaires dans la Wehrmacht ou les unités terrestre de la Luftwaffe, et en particulier dans la défense anti-aérienne (FlaK), des inaptes au service dans les unités de premières lignes, etc.


L'OB West et le Heeresgruppe B espèrent également beaucoup sur le système de défense côtier mis en place par Erwin Rommel, le "Mur de l'Atlantique" (1), mais qui n'est pas encore achevé dans certains secteurs, la priorité ayant été donnée au Pas-de-Calais. En ce début du mois de juin 1944, sont déployées sur la côte normande les unités allemandes suivantes:

- 716ème Division d'infanterie [statique]: composée essentiellement d'inaptes au service actif et de prisonniers russes libérés.

- 352ème Division d'infanterie: unité de combat comprenant des vétérans de la campagne de Russie. Comprend les 914ème, 915ème et 916ème Régiments de grenadiers, le 352ème Régiment d'artillerie et la 352ème Compagnie de chasseurs de chars.

- 91ème Division aérienne [Luftwaffe]: équivallent d'une division d'infanterie, entraînée et équipée pour être transportée par air.

- 709ème Division d'infanterie [statique]: similaire à la 716ème Division.

- 243ème Division d'infanterie [statique]: unité de défense côtière comprenant les 920ème [incomplet], 921ème et 922ème Régiments, chargée de protéger la côte occidentale dans la péninsule du Cotentin.

- 711ème Division d'infanterie: 731ème et 744ème Régiments, stationnée dans le Pays de Caux.

- 30ème Brigade Mobile: composée de trois bataillons cyclistes. Au sud-ouest de Saint-Lo.

Pas moins de cinq divisions panzer, en mesure de rejoindre n'importe quel point de la côte en trois ou quatre heures, avec mission de rejeter les envahisseurs à la mer.

Mais, sur ordre personnel d'Adolf Hitler, ces panzers sont gardées en réserve et ne peuvent être déplacées que sur son ordre express. Erwin Rommel disait souvent: "Avec Hitler, c'est celui qui parle en dernier qui a toujours raison". Ce dernier décide de se rendre fin mai 1944 en Allemagne pour y conférer avec le Führer, c'est-à-dire lorsque les conditions météorologiques auront cessé d'être favorables à un éventuel débarquement allié dans le mois courant.

Le Renard du Désert, extenué et fatigué, quitte donc la Normandie le 4 juin 1944 pour s'entretenir avec Hitler à Berlin. Il en profite également pour prendre quelques jours de permission chez lui, à Herlinghen, et y fêter le cinquantième anniversaire de sa femme, le 6 juin. Il estime qu'en raison des conditions météorologiques exécrables, il n'a rien à craindre jusqu'à la mi-juin, et tout laissant supposer qu'un éventuel débarquement ne pourra que coïncider avec la fin du dégel sur le front russe et la reprise de l'offensive d'été soviétique.

Par ailleurs, quelques officiers supérieurs allemands, dont le commandant du 84ème Korps (QG Saint-Lo), qui garde précisément le secteur désigné pour le débarquement allié, le général Erich Marcks, sont attendus ce 6 juin à Rennes, pour participer à un Kriegspiel, un exercice théorique et topographique, destiné à préparer un plan contre un débarquement allié imaginaire... en Normandie!

Du côté allié, pour l'assaut du Jour-J, le haut-commandement allié du général Dwight D. Eisenhower prévoit le déploiement de trois divisions aéroportées (20000 hommes) et le débarquement de six divisions d'infanterie renforcées (135000 hommes). Soit un effectif total d'environ 155000 fantassins et parachutistes.

Ordre de bataille allié le 6 juin 1944, d'ouest en est.

XXIème Groupe d'armées alliées. Maréchal Bernard L. Montgomery.

• 1ère Armée US. Lieutenant-Général Omar N. Bradley.

- 82ème Division aéroportée et 101ème Division aéroportée US.

- 7ème Corps US (Joe Collins): 4ème Division d'infanterie US.

- 5ème Corps US (Leonard Gerow): 29ème et 1ère Divisions d'infanterie US.

• 2ème Armée britannique. Lieutenant-Général Miles C. Dempsey.

- 30ème Corps britannique (Brian Horrocks): 50ème Division d'infanterie. 8ème Brigade blindée. Eléments de la 79ème Division blindée (Percy Hobart) (2).

- 1ère Corps britannique (John Crocker): 3ème Division d'infanterie et 2ème Brigade blindée canadiennes. 3ème Division d'infanterie et 27ème Brigade blindée britanniques.

- 6ème Division aéroportée britannique.

Forces navales alliées impliquées.

La Western Naval Task Force sous les ordres du contre-amiral Allan G. Kirk (USN), avec des unités de la 1ère Armée US sous les ordres d'Omar Bradley (USA), fera débarquer les troupes d'assaut américaines à l'ouest.

1° La Force d'Assaut U, avec la 4ème division d'infanterie US, débarquera sur Utah Beach devant Saint-Martin-de-Varreville.

2° La Force d'Assaut O, avec deux régiments de la 29ème Division d'infanterie et deux régiments de la 1ère Division d'infanterie US, débarquera sur Omaha Beach devant Saint-Laurent-sur-Mer.

3° La Force de Soutien B, avec deux régiments des 29ème et 1ère Divisions, débarquera sur Omaha Beach à la seconde marée du Jour-J.

La Eastern Naval Task Force, sous les ordres du contre-amiral Sir Philip Vian (RN), avec des unités de la 2ème Armée britannique (Miles Dempsey), fera débarquer les troupes d'assaut canadiennes et anglaises à l'est.

1° La Force d' Assaut G, avec la 50ème division d'infanterie britannique, débarquera sur Gold Beach devant Asnelles.

2° La Force d'Assaut J, avec la 3ème Division d'infanterie canadienne, débarquera sur Juno Beach devant Courseulles.

3° La Force d'Assaut S, avec la 3ème Division d'infanterie britannique, débarquera sur Sword Beach devant Colleville-sur-Orne et Ouistreham.

4° La Force de Soutien L, avec la 22ème Brigade blindée du 30ème Corps, arrivera dans la zone britannique à la seconde marée du Jour-J.

Par ailleurs, des unités de commandos des Royal Marines britanniques de la Force J et les 2ème et 5ème Bataillons de Rangers américains de la Force O attaqueront des points sélectionnés: les Américains à la pointe du Hoc, les Britanniques et le Commando français Kieffer à Ouistreham et Riva-Bella.



Opérations aéroportées alliées.

Le 5 juin 1944, à 21h30, une vingtaine de C-47 Skytrain, transportant des pathfinders, les éclaireurs des 82ème et 101ème Divisions aéroportées chargés de baliser les zones de parachutages, Drop Zone (DZ), ou d'atterrissage de planeurs Landing Zone (LZ), dans la péninsule du Cotentin, s'envolent les premiers de l'aérodrome de North Witham, dans le sud de l'Angleterre.

C'est l'avant-garde des deux divisions américaines, qui doit arriver sur ses zones de largage à 0h20. Elle précède d'une demi-heure 800 C-47 Skytrain du IX Troop Carrier Command acheminant 13000 parachutistes dans la zone Saint-Mère-Eglise/Sainte-Marie-du-Mont/Saint-Martin-de-Varreville. Leurs missions est de protéger le flanc droit des plages de débarquement, à Utah Beach. De s'assurer le contrôle des ponts sur la Taute, la Douve et le Merderet.

22h15: le centre d'écoute radio de la 15ème Armée allemande intercepte la seconde partie du poème de Verlaine à l'adresse de la Résistance française, celle qui, selon l'amiral Wilhelm Canaris, commandant de l'Abwehr, les services secrets militaires allemands, précédera l'invasion de quarante-huit heures au maximum:

"Bercent mon coeur / D'une langueur / Monotone..."

Encore une fois, seule la 15ème Armée allemande est placée en état d'alerte. Et pour la seconde fois, la 7ème Armée allemande est oubliée.

Il est 23h lorsque six bombardiers Halifax décollent de la base de Tarrant Rushton. Ils remorquent les planeurs Horsa contenant 180 hommes de la compagnie D du 2ème bataillon "Oxford and Bucks" de la 6ème Brigade (3), commandé par le major John Howard et chargés de s'emparer du pont "Pegasus Bridge" de Bénouville, sur l'Orne. Dans le même temps, les avions de transport Albermale emportant les Pathfinders de la 22nd Independant Parachute Company décollent de Harwell afin de baliser les futures DZ de la 6ème Division aéroportée britannique.


A 0h11, le 6 juin 1944, le lieutenant anglais Noel Poole, un éclaireur de cette division, est le premier soldat allié à fouler la Normandie.

A 0h16, les six planeurs du 2ème "Oxf and Bucks" de Howard atterrissent sur les rives de l'Orne, à proximité de leur objectif, dont ils s'emparent en moins d'un quart d'heure. Cette scène a été immortalisée dans le film "Le Jour le Plus Long" (The Longest Day) de Darryl Zanuck en 1962, inspiré du roman de Cornelius Ryan.


Les choses ne se passent pas aussi bien pour les pathfinders. Le vent violent et des erreurs de largage provoquent la désorganisation des sticks. Des balises de signalisation sont perdues et certains sticks ne sont pas sur la DZ qui leur était assignée. Ces erreurs se répercuteront sur les largages de la division qui doivent intervenir trente minutes plus tard.

A partir de 0h50, c'est le tour des 6000 parachutistes de la 6ème Division aéroportée britannique, qui devront s'assurer le contrôle des ponts sur le canal de l'Orne et la Dive, et protéger le flanc gauche du débarquement. Lorsque les avions de transport se présentent au-dessus de la Normandie, les conditions météorologiques provoquent là encore une dispersion des sticks. Beaucoup d'hommes sont très éloignés de leur DZ prévue ou se retrouvent dans les marais inondés de la Dives, où ils se noient.

Malgré cette confusion, pour la 6ème Division aéroportée britannique, tout marche relativement bien. A 3h30, lorsque le général Richard Gale, commandant la division, met pied à terre, une bonne partie des objectifs sont atteints. Le 9ème Bataillon para du lieutenant-colonel Terence Otway s'empare et détruit la batterie de Merville au prix de lourdes pertes. La tête de pont de Ranville est consolidée. D'autres parachutistes britanniques et canadiens détruisent les ponts sur la Dives, isolant ainsi le flanc gauche du débarquement allié. Un seul inconvénient majeur: près de la moitié des hommes qui forment la division sont dispersés et perdus dans la nature.

Cet inconvénient, les aéroportés américains vont le connaître à une plus large échelle encore. La couverture nuageuse au-dessus du Cotentin et la Flak désorganisent les formations et provoquent ainsi la dispersion des sticks parfois à des dizaines de kilomètres de leurs objectifs. Certains groupes mettront des jours à rejoindre leur unité.

Sur les 13000 parachutistes américains largués, 2500 seulements parviennent à se regrouper, et à l'aube, très rares sont les unités qui se présentent au lieu prévu. Seul le saut et le regroupement du 505ème Régiment de la 82ème Division aéroportée, commandé par le colonel William E. Ekman, se passe relativement bien.



Beaucoup d'Américains sont tués dès l'atterrissage ou se noient dans les marais inondés de la Douve, du Merderet, ou même parfois au large de Utah Beach. 60% du matériel lourd est perdu. Cette dispersion des parachutistes américains provoque également une confusion chez les Allemands. Ceux-ci ne peuvant déterminer la nature, la force ou les objectifs ennemis.

A Sainte-Mère-Eglise, la compagnie F tout entière, du 2ème Bataillon du 505ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division, dépasse sa zone de largage et atterrit sur la place du village. Les Allemands ne lui laisse aucune chance et la massacre sur place.

La moitié des troupes aéroportées parviendra en général à se regrouper en petits groupes hétérogènes et à remplir les tâches qui leur avaient été confiées. Pratiquement toutes les unités des deux divisions américaines se retrouvent mélangées les unes aux autres, les hommes commandés par des officiers qui ne sont pas les leurs. Dans certains cas, des officiers de la 101ème Division assumeront le commandement de soldats de la 82ème Division, et inversement.

Toujours est-il que la 101ème Division aéroportée, sous les ordres du général Maxwell Taylor, réussit à prendre le contrôle de la zone située entre Saint-Martin-de-Varreville et Pouppeville, d'où elle se prépare à couvrir le débarquement de la 4ème Division d'infanterie sur Utah Beach.

A 4h du matin, Sainte-Mère-Eglise est prise par le 3ème bataillon du 505ème Régiment parachutiste, commandé par le lieutenant-colonel Edward C. Krause, et complètement sécurisée vers 5h du matin. C'est la première localité de France libéré. Mais le reste de la 82ème Division aéroportée, commandée par le général James Gavin, manque tous ses autres objectifs: la traversée de la Douve et du Merderet, et sa jonction avec la 101ème Division.


L'écluse de la Barquette est capturée dans la matinée 501ème Régiment de la 101ème Division, commandé par le colonel Howard R. Johnson. Les sorties de plage à Utah Beach tombent aux mains des parachutistes américains à midi et le contact est établi avec des éléments de la 4ème Division d'infanterie, débarqué le matin. Dans la soirée, la ligne de défense semble stabilisée sur la rive orientale du Merderet.


Opération Boston. Missions 82ème Division aéroportée US:
- Sauter de part et d'autre du Merderet.
- Prendre Sainte-Mère-Eglise.
- Capturer les ponts à La-Fière et au Chef-du-Pont.
- Faire sauter les ponts à Etienville et Beuzeville-la-Bastille.
- Etablir une tête de pont à l'ouest du Merderet.
- Défendre le flanc nord-ouest de la tête de pont d'Utah Beach.

Ordre de bataille de la 82ème Division aéroportée US:
http://www.6juin1944.com/assaut/aeropus/page.php?page=82

Opération Albany. Missions 101ème Division aéroportée US:
- Capturer et tenir les quatre chaussées partant d'Utah Beach.
- Détruire la batterie lourde de Saint-Martin-de-Varreville.
- S'emparer de l'écluse de la barquette.
- Détruire les ponts de la Douve.
- Défendre le flanc sud de la tête de pont d'Utah Beach.

Ordre de bataille de la 101ème Division aéroportée US:
http://www.6juin1944.com/assaut/aeropus/page.php?page=101

Opération Tonga. Missions 6ème Division aéroportée UK:
- Semparer du pont Pegasus de Bénouville, sur l'Orne.
- Détruire la batterie cotière de Merville.
- Détruire le pont de Varaville, sur la Divette.
- Détruire les ponts de Robehomme, Troarn et Bures, sur la Dives.
- Nettoyer et sécuriser les LZ pour les planeurs.
- Défendre le flanc est de la tête de pont anglo-canadienne.

Ordre de bataille de la 6ème Division aéroportée britannique:
http://www.6juin1944.com/assaut/aeropgb/page.php?page=6


Voir aussi:
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2140 "Les Cowboys et les Indiens".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2140-les-cowboys-et-les-indiens.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2141 "Au petit bonheur".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2141-au-petit-bonheur.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2142 "Casser du bois".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2142-casser-du-bois.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2143 "Le succès malgré tout".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2143-le-succs-malgr-tout.html




(1) Opération Overlord - Mur de l'Atlantique et défenses allemandes
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/01/opration-overlord-mur-de-latlantique-et.html

(2) Opération Overlord - "Farces et Attrapes" de Hobart.
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/01/opration-overlord-farces-et-attrapes-de.html

(3) 2nd Battalion, The Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry, Lieutenant-Colonel Michael Roberts.
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Oxfordshire_and_Buckinghamshire_Light_Infantry


"Utah la Facile".

Opération Neptune. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, après avoir appareillé la veille et s'être regroupé dans une zone au sud de l'île de Wight appelée "Picadilly Circus", la plus formidable armada jamais rassemblée dans l'Histoire humaine traverse la manche et approche des côtes normandes.

Il y a au total 6939 navires de huit nationalités différentes! De tout type et de toute taille: 1213 navires de guerre, dont 23 croiseurs et 6 cuirassés, 4126 navires de transport, dont environ millier de Liberty Ship, et de navire de débarquement à fond plat (LCI, LCT, LCM), 736 navires de soutien ou auxiliaire, et 864 navires de la marine marchande. Le tout dirigé par 800000 marins et transportant 135000 hommes de six divisions d'infanterie renforcées et diverses unités blindées, d'artillerie et du génie non-endivionnées.

Pour s'opposer à cette incroyable armada, dont on n'a jamais vu et qu'on ne reverra sans doute jamais l'équivallent sur mer, les Allemands disposent au total de... 3 destroyers, 35 vedettes lance-torpilles et 34 sous-marins.

Les Américains débarqueront sur les plages dites en code "Utah Beach", sur la presqu'île du Cotentin, et "Omaha Beach", entre Vierville-sur-Mer et Colleville-sur-Mer.

Les Anglo-Canadiens sur "Gold"-"Juno", entre Arromanche et Saint-Aubin-sur-Mer, et "Sword Beach", entre Lion-sur-Mer et l'embouchure de l'Orne.

De 1h55 à 5h29 du matin, 1800 B-17 Flying Fortress et B-24 Liberator de la 8ème US Air Force se succèdent et pilonnent les batteries côtières allemandes du Havre, Caen, Coutances, Saint-Lo, Cherbourg, Falaise, Thury-Harcourt, Lisieux, Pont-L'Evêque, Argentan et Conde-sur-Noireau. Simultanément, 551 Lancaster et 412 Halifax du RAF Bomber Command visent celles de Fontenay, Maisy, Houlgate, La Pernelle, Longues-sur-Mer, Merville, Mont Fleury, Ouistreham, Saint-Martin-de-Varreville et de la Pointe-du-Hoc.

A partir de 3h14 du matin, 800 B-26 Marauder et A-20 Havoc de la 9ème US Air Force entament le bombardement des défenses côtières allemandes sur les cinq plages désignées pour le débarquement.

Au large, la couverture aérienne de la flotte d'invasion alliée est impressionante. Les navires de guerre et de soutien ouvrent le feu à partir de 5h50 du matin, le tir des pièces d'artillerie navale étant plus ou moins efficace selon les secteur. Pour éviter toute mauvaise surprise, les navires de débarquement sont précédés par des dragueurs de mines et protégés par des barrages de ballons captifs.


L'heure-H pour les troupes de débarquement alliées a été fixée à 6h30. Compte tenu des différences locales des marées, les unités britanniques ne prendront pieds sur le sol normand qu'une heure plus tard, à 7h25.

Les premiers fantassins américains à prendre pieds sur les plages normandes sont ceux des 29ème et 1ère Divisions d'infanterie du 5ème Corps US sur Omaha Beach, suivis par ceux de la 4ème Division d'infanterie sur 7ème Corps US, sur Utah Beach.

Ordre de bataille de la 4ème Division d'infanterie US:
http://www.6juin1944.com/assaut/utah/page.php?page=4

Sur Utah la Facile", tout marche à peu près comme sur des roulettes, et à midi les avant-garde de la 4ème Division avancent sur la route de Pouppeville à Sainte-Marie-du-Mont, et font leur jonction avec la 101ème Division aéroportée de Maxwell Taylor.

Utah est le nom de code donné à la plage située le plus à l'ouest de la zone de débarquement. Orientée vers le nord-est et bordée de dunes de sable, elle est située sur la côte orientale de la péninsule du Cotentin et en bordure d'une zone de marais et de basse-terres qui ont été inondés par les allemands. Seules quatre chaussées surelevées permettent de traverser ces marais et de rejoindre l'intérieur des terres.


La défense du Cotentin est confiée aux 709ème, 243ème et 91ème Divisions d'infanterie de la 7ème Armée allemande.

Sur le Field Order n°1 daté du 28 mai 1944 on peut lire: "Le 7ème Corps attaquera Utah Beach le Jour J à l'heure-H et prendra Cherbourg dans le minimum de délai."

"En complément des objectifs assignés aux 82ème et 101ème A/B Divisions, la 4ème division d'Infantrie devra attaquer Utah Beach à l'heure-H, établir une zone de débarquement et, ensuite, pousser vers Cherbourg, conjointement avec la 90ème division d'infanterie, qui débarquera à J+1."

A 4h30, des détachements des 4ème et 24ème Escadrons de cavalerie prennent pied sur les îles St-Marcouf, en face de Utah Beach, afin de s'emparer de ce que l'on croit être un poste d'observation ou un fortin allemand. A 5h30, les détachements sont à terre et les îles désertes occupées sans tirer un seul coup de feu.

Dans le même temps, le transbordement des troupes du 7ème Corps US dans les péniches LCVP s'effectue sans encombre, et la première vague d'assaut de la 4ème Division se présente à l'heure fixée sur la ligne de départ.

A l'heure-H, les barges abaissent les rampes et les 600 hommes de la première vague d'assaut se jetent à l'eau pour parvenir jusqu'à la plage. Ces premières troupes atteignant le rivage sont celles des 1er et 2ème Bataillon du 8ème Regiment d'infanterie. Par contre, elles ne débarquent pas à l'endroit prévu, mais 1800 mètres plus au sud.


Le brigadier-général Théodore "Teddy" Roosevelt, Jr, le commandant adjoint divisionnaire, qui se trouve dans cette première vague d'assaut, s'aperçoit de l'erreur et ayant entrepris par lui même une reconnaissance du terrain, décide que les vagues d'assaut suivantes prendront pied à cette endroit.


Tandis que le génie prépare l'endroit pour l'arrivée de nouvelles troupes, les unités du 8ème Régiment commencent à s'avancer à l'intérieur des terres vers leurs objectifs initiaux.

Le 1er Bataillon progresse vers le Nord en direction des Dunes-de-Varreville, et le 3ème Bataillon en direction de l'ouest. Le 2ème Bataillon quand à lui établit la jonction avec les parachutistes de la 101ème Division à Pouppeville aux environs de midi.

L'une des principales conséquences de l'erreur du lieu de débarquement est l'encombrement de l'Exit E-2. Le plan initial prévoyait les Exits E-2 et E-3 pour l'écoulement des hommes et du matériel, mais la proximité des défenses allemandes au nord empêche l'utilisation de l'E-3.

Les trois bataillons du 22ème Regiment d'infanterie, dont le débarquement s'acheve vers 10h, sont obligés de progresser à travers la zone inondée pour rejoindre leurs objectifs au nord-ouest en direction de St-Germain-de-Varreville.

Dans l'après-midi, des élements de la 82ème Division aéroportée débarqués par mer suivent le trajet du 3/8. Ils doivent rejoindre leur division à Ste-Mère-Eglise et nettoyer le secteur afin de permettre l'arrivée de la seconde vague de planeurs, programmée pour 21h.


Le 8ème Regiment d'infanterie a atteint tous ses objectifs du Jour-J. Il releve les parachutistes de la 101ème Division aéroportée dans le secteur de Pouppeville et est en position pour la protection du flanc sud-ouest de la 4ème Division. Les seuls problèmes majeurs rencontrés proviennent d'une poche de résistance allemande située au nord des Forges, où doivent atterrir les planeurs à 21h.

Cependant, les deux autres régiments de la division n'atteignent pas leurs objectifs. La principale cause en est leur difficile progression dans la zone inondée qui les retarde toute la journée.

Dans la soirée, 20000 hommes et 1700 véhicules ont débarqué sur Utah Beach, et toute la 4ème Division d'infanterie est à terre. Elle n'a perdu que 197 hommes tués et blessés pendant la journée.


Voir aussi:

- Diberville "Saviez-vous que...", 2145 "Utah-la-facile".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2145-utah-la-facile.html



"Omaha la Sanglante" et La Pointe-du-Hoc.

En revanche, sur Omaha la Sanglante", tout va de travers! La mer démontée, le ressac et la réaction de la 352ème Division d'infanterie allemande, des vétérans des campagnes de Russie, vont rendre la situation du 5ème Corps US de Leonard Gerow extrêmement critique.

Cette plage de six kilomètres de long a été divisée en huit secteurs: Charlie, Dog Green, Dog White, Dog Red, Easy Green, Easy Red, Fox Green et Fox Red. Elle est défendue par 350 soldats de la 352ème Division d'infanterie.


Défenses allemandes sur Omaha Beach:
http://www.6juin1944.com/assaut/omaha/en_defense.php

Omaha Beach est bordée de chaque côté par des falaises d'une trentaine de mètres de haut s'enfonçant directement dans la mer. De plus la plage elle-même est dominée par un talus herbeux d'une quarantaine de mètres de haut avec une pente présentant une forte déclivité, et comprenant seulement cinq couloirs ou chemins encaissés permettant l'accès à l'intérieur des terres.

Quelques 5km à l'ouest d'Omaha Beach se trouve la Pointe du Hoc, falaise rocheuse d'un peu plus de 30m de hauteur.

La défense de ce secteur côtier a été initialement confiée à la 716ème Division de défense côtière. Mais ce que les services de renseignement alliés ignorent, c'est que la 716ème n'est plus seule: la 352ème Division d'infanterie de la 7ème Armée allemande, unité composée d'une forte part de vétérans des campagnes de Russie, double le nombre des effectifs allemands disponibles.

L'épine dorsale de ce système de défense repose sur les points de résistance WN (4) installés en bordure de plage et qui interdisent l'accès aux cinq sorties existantes.

Aucun ouvrage betonné ne se situe à l'intérieur des terres. De plus, les régiments d'artillerie de la 352ème Division installés quelques kilomètres à l'intérieur, entre la Cambe et Formigny, tiennent sous le feu d'environ 24 pièces de 105mm à 150mm les six kilomètres de plage.

Parmi les moyens passifs de défense on trouvera les murs et fossés antichars présents le long de la plage ainsi que les obstacles de plage: pieux, tétraèdres ou hérissons tchèques, éléments "C" et "portes belges" (5).

Photo ci-dessous: Omar Bradley, commandant les troupes d'assaut américaines, à bord du croiseur lourd Augusta, à l'aube du 6 juin, au large d'Omaha Beach.


Chronologie des évenements sur Omaha Beach.

Les conditions météorologiques, le courant de marée et la mauvaise visibilité vont complétement désorganiser les plans prévus pour les compagnies d'assaut de la première vague.

La première erreur des Américains est de commencer les opérations de transbordement de l'infanterie trop au large, à 19km du rivage, au lieu des 11km fixés par les Britanniques. Les vagues et les remous submergent plusieurs Landing Craft Infantry (LCI), péniche de débarquement d'infanterie, et le nombres de noyés croît d'heure en heure.

Ordre de bataille des 1ère et 29ème Divisions d'infanterie US:
http://www.6juin1944.com/assaut/omaha/page.php?page=1
http://www.6juin1944.com/assaut/omaha/page.php?page=29

Lorsque la première vague américaine atteindra le rivage, à 6h30, certaines péniches sont à l'eau depuis plus de trois heures, et les troupes d'assaut en général sont toutes en proie au mal de mer.

Sur les 29 chars Sherman amphibies spéciaux (Duplex Drive ou DD) lancés en mer, 27 coulent en entrainant leur équipage. Pour complèter ce tableau, les hommes du génie chargés du déminage des plages périssent presque tous noyés: l'artillerie montée et mal équilibrée sur leur DUKW les fait chavirer.

L'aviation a manqué les WN car l'aviation, sans visibilité, a allongé très légèrement ses largages, dispersant les bombes plus à l'intérieur des terres. Ce sont donc des défenses intactes que les huit compagnies de la première vague d'assaut américaine vont devoir affronter.


6h30. Début de la première vague d'assaut. Le débarquement des 1ère et 29ème Divisions d'infanterie américaines se déroule sur un front de 6.5km. Les péniches LCI et LCVP de la première vague d'assaut approchent de la plage et le feu allemand se déchaine. Les rampes s'abaissent...

Et l'enfer se déchaine! Les GIs découvrent une plage lisse et parsemée d'obstacle, sans aucun endroit où s'abriter et constamment balayée par les mitrailleuses, canons et mortiers allemands. La plupart des soldats débarqués refusent d'avancer, paralysés par la peur, et tentent de s'abriter tant bien que mal parmi les obstacles. De plus la plupart des barges ont dérivé vers l'est à cause du fort courant de marée et les hommes se retrouvent en des endroits qui ne sont pas les leurs, mélangés à d'autres groupes d'autres unités.

Comme nous l'avons vu, les 29 Sherman DD Duplex Drive (6) du 741st Tank Batallion ont été mis à l'eau, mais sous l'effet de la mer démontée, 27 d'entre-eux coulent avec leur équipage.

Seul deux d'entre eux atteignent le rivage. Les blockhaus ont résisté aux bombardements et les troupes qui débarquent sont soumises à un feu nourri. Les survivants s'abritent sur la levée de galets ou derrière les obstacles sur la plage.

Les troupes qui continuent d'affluer malgré le feu ennemi sont clouées sur place ou massacrées. La compagnie A du 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie perd pratiquement tous ses officiers dans le premier quart d'heure. A part en quelques endroits le scénario est partout le même: des hommes abrités derrière la levée de galets, les véhicules détruits, les obstacles ou bien allongés en bordure de l'eau et progressant en même temps que la marée montante.

7h. Début de la seconde vague d'assaut. Les renforts de la deuxième vague qui débarquent, subissent le même sort que la première, et les pertes humaines et en matériel s'accumulent avec le temps qui passe.

7h10. Les compagnies D, E et F du 2ème Bataillon de Rangers du colonel John Rudder prennent d'assaut le flanc est de la falaise de la Pointe du Hoc afin de neutraliser la batterie située à son sommet.

L'assaut de cette falaise de 30 mètres de haut est nécessaire pour réduire au silence la batterie de canons de 155mm installée à son sommet et qui menace directement Utah Beach et Omaha Beach. Vingt minutes après le début de l'assaut les casemates sont prises aux Allemands.

Pendant trente-six heures, les 155 Rangers survivants vont livrés un combat désespéré et résister à la violente contre-attaque allemande.

Seuls 90 sortiront indemnes de cet exploit, héroïque mais inutile: les Rangers atteignent bien les emplacements de batteries, mais trouvent les affuts sans canons. Ils poursuivent ensuite leur mission et se dirigent vers l'intérieur des terres pour couper la route côtière, établir une position défensive et attendre les renforts devant les rejoindre depuis Omaha Beach.

Les canons de 155mm en question furent retrouvés par une patrouille aux environs de 9h, abandonnés dans un fossé à l'intérieur des terres. Les Rangers les détruisent, puis une autre patrouille termine le travail en faisant sauter les munitions.

Dans l'après midi du 6 juin un seul message arrivera au 5ème Corps US en provenance de la Pointe du Hoc: "Situé la Pointe du Hoc. Mission accomplie. Avons besoin munitions et renforts. Beaucoup de pertes!".

Le lendemain, 7 juin, les Rangers se seront installés dans des positions défensives en attendant la jonction avec Omaha Beach. Ce n'est que le 8 juin en fin de matinée que la relève, constituée d'éléments du 5ème Bataillon de Rangers, du 116ème Régiment d'infanterie et des Sherman DD du 745ème Bataillon de chars, obligera les Allemands à se retirer en direction de Grandcamp et permettra aux Rangers de prendre un peu de repos.

Au cours de cet assaut, le 2ème Bataillon de Rangers a payé le prix fort: 135 tués sur les 225 débarqués. Le 8 juin à midi, seuls 90 hommes resteront en état de combattre.

Sur Omaha Beach, le Sherman DD du sergent Turner G. Sheppard, un des deux chars de la première vague à n'avoir pas coulé, se retrouve sur la plage près du point WN61. De sa tourelle, Sheppard donne ses instructions au canonnier. Un coup direct et le 88mm du WN61 se tait définitivement.

8h à 9h. Les américains sont toujours bloqués par les tirs allemands. La marée montante oblige les renforts à avancer sous le feu. Des destroyers et des péniches lance-fusées s'approchent de la plage pour détruire les blockhaus allemands. Les pertes sont énormes et la situation devient catastrophique.


En dépit des nombreux morts, des pertes d'équipements et de la désorganisation, les troupes d'assaut ne restèrent pas clouées au sol mais furent encouragées, portées et inspirées par quelques officiers et sous-officiers qui, bien souvent, en prirent la tête. Ce sont ses "petites" actions isolées qui seront déterminantes et vont influencer le reste des combats sur Omaha Beach.

8h45. La compagnie G du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie parvient à se hisser sur les hauteurs dominant le secteur Easy Red.

9h. Le QG du 3ème Bataillon du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie annonce la prise du point de résistance WN60, premier point d'appui à tomber aux mains des américains. Attaqués sur le flanc gauche et par l'arrière depuis 8h30, la 352ème Division d'infanterie reçoit l'assaut de plein fouet et 31 soldats allemands sont faits prisonniers.

10h. Des officiers regroupent des unités improvisées et avancent parmi les obstacles et les champs de mines pour chercher une issue et sortir de cet enfer. Le colonel George A. Taylor, commandant du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie US, se lève et prononce sa fameuse phrase, que Darryl Zanuck, dans son film "Le Jour le Plus Long", a attribué au général Norman Cota, interprété par l'acteur Robert Mitchum: "There are two kinds of people who are staying on this beach: those who are dead and those who are going to die. Now let's get the hell out of here!"

"Deux sortes de gens vont rester sur cette plage, ceux qui sont morts et ceu qui vont mourir. Foutons vite le camp d'ici!".

Deux mille tués et blessés gisent sur la plage, mêlés aux noyés que la marée montante rejette sur la plage. Deux destroyers s'approchent à moins d'un kilomètre du littoral afin de bombarder les points forts à l'est des Moulins. Des hommes de la compagnie E du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie s'emparent du point WN64 situé à l'est de la vallée du Ruquet.

10h30. Destruction du WN65. Ce point fortifié allemand protégeait la sortie de plage E1 et l'accès à la vallée du Ruquet.

13 à 14h. Le général Omar Bradley, à bord de l'Augusta, reçoit le message suivant d'Omaha Beach: "Les troupes jusqu'ici clouées au sol sur Easy Red, Easy Green et Fox Red progressent au delà des hauteurs dominant les plages." Les première et deuxième vagues d'assaut sont clouées sur la plage et les renforts de la troisième pataugent. Un réembarquement des forces débarquées est envisagé si la situation s'agrave.

Malgré ces pertes catastrophiques, la situation commence petit à petit à s'améliorer, permettant le débarquement d'engins amphibies. Cela fut possible grâce à l'appui rapproché des deux destroyers. Les éléments du 18ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie commencèrent à nettoyer les points d'appui allemands à la sortie E1. Dès le début d'après midi, l'avance des véhicules put commencer dans la vallée du Ruquet. Pour les autres vallées de sortie, les efforts effectués pour les rendre praticables ne furent couronnés de succès qu'en fin d'après midi.

13h35. Un message radio de la 352ème Division d'infanterie avise la 7ème Armée allemande que l'assaut américain sur Omaha Beach a été rejeté à la mer.

14h30. Dans le secteur de la 1ère Division d'infanterie US, le point WN62 tombe à son tour. Situé sur le secteur Easy Red, ce point fortifié protégeait la sortie de plage E3 et l'accès au village de Colleville-sur-Mer. Seuls trois soldats allemands parviendront à s'enfuir de cet enfer: Heinrich Severloh, Franz Gockel et Hans Warnecke.

http://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Severloh

17h. La sortie de plage D1, controlée par une maison fortifiée située près du point de résistance WN73, succombe elle aussi. Depuis le matin, sur Dog Green, la compagnie C du 2ème bataillon de Rangers, aidée par la suite d'une section de la compagnie B du 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie, se battait dans les tranchées allemandes en haut de la falaise pour réduire ce point fortifié.

20h. Le fossé antichar des Moulins, situé à la sortie de plage D3, devant Saint-Laurent-sur-Mer, est comblé par les troupes du génie.


Fin de la journée sur Omaha Beach.


L'assaut sur Omaha Beach a réussi mais cela avait été beaucoup plus difficile que prévu. Malgré le succès final, la situation est passée très près du désastre. En général, seul un commencement de nettoyage et d'organisation sur les plages avait été effectué. Les pénétrations effectuées le matin par des groupes relativement faibles ont manqué de puissance pour pouvoir s'enfoncer plus à l'intérieur des terres. Une resistance allemande acharnée a réduit l'avance ennemie à une bande de terre n'ayant pas plus de 2400m dans la région de Colleville-sur-Mer. Derrière les positions américaines avancées, des petits groupes allemands continuent de resister.

Bien sûr, aucun des objectifs assignés aux 1ère et 29ème Divisions d'infanterie US pour le 6 juin 1944 ne put être atteint: ni la pénétration vers la nationale RN13, ni la jonction avec les troupes britanniques de Gold Beach à Port-en-Bessin, ou bien celle avec les Rangers de la Pointe du Hoc.


Alors que la nuit tombe et que le premier bilan peut être fait, il faut s'accorder que ce débarquement est passé tout près du desastre. Seulement 100 tonnes de matériel ont pu être débarquées sur les 2400 prévues mais surtout les pertes humaines furent énormes.

Sur les 34000 hommes débarqués les Américains enregistraient 3881 tués et blessés sur cette bande de plage dont le nom allait devenir "Bloody Omaha" (Omaha la Sanglante).

Composition d'un régiment d'infanterie américain en 1944-1945 (3000 hommes):
- 1er Bataillon: compagnies A (Able), B (Baker), C (Charlie), D (Dog)
- 2ème Bataillon: compagnies E (Easy), F (Fox), G (George), H (How)
- 3ème Bataillon: compagnies I (Ike), K (King), L (Love), M (Mike)


Voir aussi:

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2146 "Omaha la Sanglante"
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2146-omaha-la-sanglante.html



(4) Widerstandnest, ou "Point de résistance". Ils se composent en général d'une ou deux casemates équipées de canons de moyen calibre (50, 75 ou 88mm) disposés de manière à prendre les grèves en enfilade, de "Tobrouks", de positions de mortiers, de mitrailleuses MG-42 et de pièces antiaériennes, le tout étant relié par un réseau complexe de tranchées. Au printemps 1944, on en dénombre pas moins de deux cent le long des côtes de la baie de Normandie. Sur les 7km de plage entre Vierville-sur-Mer et Colleville-sur-Mer, connu sous le nom de code "Omaha Beach", on en compte quinze, numérotés WN60 à WN74.

(5) Opération Overlord - "Mur de l'Atlantique" et défenses allemandes
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/01/opration-overlord-mur-de-latlantique-et.html

(6) Opération Overlord - "Farces et Attrapes" de Hobart
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/01/opration-overlord-farces-et-attrapes-de.html



Secteur anglo-canadien: Gold, Juno et Sword.

A l'instar des Américains sur Utah Beach, les troupes d'assaut britanniques et canadiennes ne rencontrent guère de difficultés particulières, et ne tardent pas à s'enfoncer dans l'arrière-pays.

C'est la 50ème Division d'infanterie britannique "Northumbrian" renforcée par des unités de chars Cromwell et des véhicules spéciaux de Hobart, une division vétérante des campagnes de France en 1940, d'Afrique du Nord 1941-1942 et de Sicile 1943, qui débarque la première dans la zone anglo-canadienne, à 7h25, sur Gold Beach, une plage de 8km de large entre les villages de La Rivière, à l'est, et Le Hamel, à l'ouest, et divisée en deux secteur: King (La Rivière/Ver-sur-Mer) et Jig (Le Hamel/Asnelles).

Ordre de bataille de la 50ème Division d'infanterie britannique:
http://www.6juin1944.com/assaut/gold/page.php?page=50



Cette plage forme la charnière entre deux divisions allemandes. Elle est défendue par le 1er bataillon du 916ème Régiment de grenadiers de la 352ème Division à l'ouest, et le 7ème bataillon du 736ème Régiment de la 716ème Division d'infanterie [statique] à l'est. Au centre, c'est le maillon faible du dispositif allemand: des auxiliaires Russes de la 4./441 Ost Abtelung (Bataillon de l'Est), de qualité médiocre et d'une fiabilité douteuse.

La 50ème Division, qui comprend les 56ème, 69ème et 151ème Brigades d'infanterie, doit établir une tête de pont entre Arromanches et Ver-sur-Mer, puis ensuite se diriger vers la Nationale RN13 reliant Caen à Bayeux.

L'assaut initial est confié aux 231ème et 69ème brigades d'infanterie. Une fois celui-ci effectué et la tête de pont établie, les 56ème et 151ème Brigades, constituées en réserve, devront avancer vers le sud-ouest en direction de la RN13 avec l'appui des blindés de la 8ème Brigade blindée.

Plus à l'Ouest, le 47 Commando de Royal Marine doit s'emparer de Port-en-Bessin et effectuer la jonction avec les troupes américaines débarquées sur Omaha Beach. Northumbrian doit également effectuer la jonction à l'est avec les troupes canadiennes débarquées sur Juno Beach.

L'assaut débute à 7h25 dans le secteur King. Les hommes du 6ème Bataillon du Green Howards Regiment débarquent avec l'appui des chars du 4ème/7ème Régiment des Dragoons Guards et des engins spéciaux du Westminster Dragoons. Dans ce secteur les troupes nettoient les points forts du secteur côtier faiblement défendus et peuvent commencer à avancer vers l'intérieur des terres pour réduire au silence les différentes batteries côtières.

Dans le secteur Jig, les compagnies d'assaut du 1er Bataillon du Hampshire Regiment débarquent à 7h35 sans l'appui des chars qui ont été retardés. L'attaque en direction du village du Hamel est bloquée, les progrès sont très lents et les pertes humaines importantes. Il faudra attendre l'appui du 147ème Régiment de la Royal Artillery pour que le point fort du Hamel tombe aux alentours de 16h.

Au centre, les Russes sont enfoncés et se débandent. La 69ème Brigade poursuit ensuite son avance vers le sud en passant par Creully et Crépon. Une contre-attaque allemande, débutée vers 16h, surprend les Britanniques mais ne parvient pas à percer leur front.

Dans la soirée du 6 juin 1944, 25000 hommes ont débarqué sur la plage. La 50ème Division, qui enregistre 413 tués et blessés, a avancé de 10km au sud et ses objectifs sont presque tous atteints. La tête de pont de Gold Beach peut être considérée comme une des meilleures en cette fin de journée.

A l'est du secteur Gold Beach, la jonction est effectuée avec les troupes canadiennes au sud de Tierceville et les 69ème, 56ème et 151ème Brigades s'installent sur une ligne entre Vaux-sur-Aure et Coulombs. Dans la nuit des patrouilles du 2ème Bataillon du Regiment Gloucestershire atteignent les faubourgs de Bayeux. A l'ouest, Arromanches est libérée à 21h. Mais en raison des difficultés rencontrées sur Omaha Beach, la jonction avec les troupes américaines n'est pas effectuée.

Dans l'ordre chronologique des évenements, c'est ensuite le tour de Sword Beach, sur le flanc gauche de la tête de pont alliée. L'heure-H a été fixé à 7h30 et la 3ème Division d'infanterie britannique débarque sur une portion de plage de 2km de large, entre Hermanville-sur-Mer à l'ouest et Colleville-sur-Orne à l'est.

Ordre de bataille de la 3ème Division d'infanterie britannique:
http://www.6juin1944.com/assaut/sword/page.php?page=3


Sword, à l'instar de Gold, est divisé en deux secteurs Queen White et Queen Red. Cette zone est défendue par deux compagnies du 736ème Régiment de grenadiers et une compagnie de Russes du 642ème Bataillon de l'Est (Ost Abt.), de la 716ème Division d'infanterie [statique]. A l'arrière de la côte, plusieurs batteries d'artillerie sont déployées afin de prendre l'estuaire de l'Orne sous leurs feux. En plus des défenses et obstacles sur la plage, des murs antichars et un grand fossé interdisent la pénétration vers l'intérieur.

Objectifs de la 3ème Division britannique:

- La 8ème Brigade d'infanterie avec le 1er Bataillon du Régiment South Lancashire et le 2ème Bataillon du Régiment East Yorkshire, appuyée par les chars Sherman du 13ème/18ème Régiment Royal Hussars, débarquera sur Queen White et Queen Red et établira une tête de pont.
- Depuis cette tête de pont, les trois bataillons de la 185ème Brigade d'infanterie, soutenus par le Régiment Staffordshire Yeomanry, devront se porter vers Caen et la conquérir.
- La 9ème Brigade d'infanterie devra effectuer la jonction avec la 3ème Division canadienne débarquée sur Juno Beach et couvrir son flanc droit.
- Enfin la 1ère Brigade spéciale de Lord Lovat, qui comprend les 177 Français du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commando, commandés par Philippe Kieffer, devra s'emparer de Ouistreham et établir une tête de pont à l'est de l'Orne après avoir pris contact avec les parachutistes de la 6ème Division aéroportée britannique.

Les chars Duplex-Drive (DD) amphibies du 22ème Régiment de Dragons sont les premiers à toucher la plage en compagnie des équipes de sapeurs. Il est 7h20 et les défenses allemandes sont immédiatement engagées.

A 7h30, les 20 péniches LCA amenant les compagnies d'assaut du 1er bataillon du Régiment South Lancashire et du 2ème Bataillon du Régiment East Yorkshire arrivent sur la plage. Dans le secteur Queen Red, la situation est critique et le 2ème East Yorkshire subit de lourdes pertes.

Les péniches LCI amenant les 177 membres du commando Kieffer abordent à 7h31 et les hommes traversent la plage pour se regrouper dans les ruines d'une colonie de vacances avant de partir vers les missions qui leur sont assignées. Les Français nettoient Riva-Bella et s'emparent du bunker du casino à 9h30. Les Commandos britanniques de Lord Lovat atteignent, eux, le port de Ouistreham vers 10h et trouvent les écluses non minées. Le N°6 Commando se dirige ensuite, par l'intérieur des terres, vers le Pegasus Bridge de Bénouville, défendu par les "Oxf and Bucks" du major John Howard, qu'il atteint à 12h02, avec deux minutes de retard sur l'horaire prévu!

Les autres unités débarquées de la 3ème Division britannique ont commencé la réduction des points de résistance WN avant de commencer leur avance vers le sud. A 9h30, Hermanville et Colleville-sur-Orne sont libérés et la 185ème Brigade d'infanterie qui a commencé à débarquer se regroupe au Nord d'Hermanville. En début d'après-midi, le brigadier K.P. Smith se décide enfin à lancer sa brigade vers Caen.

La crête de Périers est atteinte en milieu d'après-midi mais les Britanniques ne peuvent poursuivre car ils se heurtent à la contre-attaque de la 21ème Division panzer.

Les objectifs de la 3ème Division d'infanterie britannique ne seront pas tous atteints à la tombée du jour. La contre-attaque de la 21ème Division panzer a permis à des éléments de son 192ème régiment de Panzergrenadiers d'atteindre la côte aux environs de Luc-sur-Mer à 20h, mais ces derniers préféreront se replier de peur d'un encerclement.

Juno Beach est la plage attribuée à la 3ème Division d'infanterie canadienne. Au milieu du secteur britannique, entre Gold Beach à l'ouest et Sword Beach à l'est, cette plage de 7km de long se situe entre les villages de Graye-sur-Mer et de St-Aubin-sur-Mer.

Le rivage de ce secteur, défendu par des éléments des 736ème et 726ème Régiments de la 716ème Division d'infanterie [statique], consiste en une ligne de défense peu importante en profondeur composée d'une multitude d'ouvrages fortifiés en béton. La défense des grèves, entre ces ouvrages, est compensée par des rangées de pieux, de trépieds en bois ou en béton ainsi que de portails métalliques dites "Portes Belges" enfoncées dans le sable face à la mer.

Juno Beach est divisée en cinq secteurs: Mike Green et Mike Red, à l'ouest de Courseulles, et Nan Green, Nan White et Nan Red, entre Courseulles et St-Aubin-sur-Mer.


Conformément aux plans, l'assaut canadien s'effectue avec deux brigades de front: la 7ème Brigade d'infanterie à l'ouest, dans les secteurs Mike Green, Mike Red et Nan Green, et la 8ème Brigade d'infanterie à l'est, dans les secteurs Nan White et Nan Red. Les objectifs de la 3ème Division d'infanterie canadienne sont d'atteindre la route Caen-Bayeux, de s'emparer de l'aérodrome de Carpiquet, à l'Ouest de Caen, et d'effectuer la jonction avec les troupes britanniques débarquées sur Gold Beach et Sword Beach.

Ordre de bataille de la 3ème Division d'infanterie canadienne:
http://www.6juin1944.com/assaut/juno/page.php?page=3

L'heure-H est fixée à 7h40, soit dix minutes plus tard que sur les plages britanniques, pour que les navires de débarquement puissent passer au-dessus des récifs de Bernières. Mais l'état de la mer retarde le départ des péniches de dix minutes supplémentaires. La 7ème Brigade d'infanterie aborde son secteur à 7h45 et la 8ème Brigade d'infanterie aborde, elle, à 7h55.

A ce moment, la marée se trouve beaucoup plus haute que prévu et recouvre déjà nombre des obstacles placés par les allemands. En quelques endroits les démineurs ont le temps de se mettre au travail et de dégager des passages, mais cela n'est pas le cas partout: un quart des barges de débarquement sont détruites par les obstacles immergés.


Les tirs allemands ne sont pas très importants lorsque les péniches s'approchent, mais une fois les hommes débarqués sur la plage, le tir devient plus intense car la plupart des ouvrages sont conçus pour prendre la plage en enfilade et non tirer vers la mer.

Une fois maitres des défenses de la plage, les Canadiens nettoient les différents secteurs et points de résistance WN avant de progresser vers l'intérieur des terres. Les villages de Graye-sur-Mer, Courseulles et Bernières tombent dans la matinée, tandis que le point de résistance de St-Aubin-sur-Mer ne sera réduit que plus tard dans la journée.

L'avance à l'intérieur des terres se déroule dans un paysage presque désert. Les français sont terrés dans les caves tandis que les Allemands, eux aussi, sont rares. Le manque d'effectifs, tout comme la tactique allemande qui consiste à placer tous les hommes disponibles à l'avant de la zone à défendre, ont eu pour effet de dégarnir complètement les villages situés en arrière des plages.


Dans la soirée du 6 juin, les Canadiens peuvent se féliciter du succès du débarquement. Leurs troupes sont solidement ancrées sur une ligne Creully-Pierrepont-Colomby-sur-Thaon, à 8km à l'intérieur des terres.

La 7ème Brigade d'infanterie a effectué la jonction à Creully avec les troupes britanniques débarquées sur Gold Beach et un peloton de chars Sherman du 1er Régiment des Royal Hussars a poussé jusqu'à Secqueville, en bordure de la RN13, avant de se replier.

A l'est, la jonction avec les troupes débarquées britanniques sur Sword Beach n'a pu être réalisée en raison de la contre-attaque du 192ème Régiment de Panzergrenadiers de la 21ème Division panzer, qui a atteint la côte entre Lion-sur-Mer et Luc-sur-Mer, mais sans plus de résultat. L'aérodrome de Caen-Carpiquet, lui aussi objectif de cette journée, ne sera pas pris un long mois.

Sur Juno Beach, au crépuscule, 15000 hommes, 3200 véhicules et 2500 tonnes de matériel ont été débarqués. Les pertes canadiennes s'élèvent à 946 tués, blessés et disparus.


Voir aussi:

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2148 "Gold comme Utah".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2148-gold-comme-utah.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2149 "Canada Again".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2149-canada-again.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2150 "Dieu est Ecossais".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2150-dieu-est-cossais.html



Bilan et conséquences du Jour-J.

En Angleterre, le 6 juin 1944, à 9h33, le GQG du général américain Diwght D. "Ike" Eisenhower communique au monde entier le message radio suivant:

"Sous le commandement suprême du général Dwight Eisenhower, les forces navales alliées, soutenues par de puissantes forces aériennes, ont commencé à débarquer des armées sur la côte nord de la France et entreprennent l'opération Overlord, c'est-à-dire la libération de l'Europe."

C'est l'annonce que le débarquement allié a réussi, et le monde libre ne peut que s'en réjouir. Par contre, celui qui est loin de s'en réjouir est le maréchal Erwin Rommel, commandant le Heeresgruppe (Groupe d'armées) B chargé de la défense du littoral, de la Hollande jusqu'à la Bretagne, et donc directement concerné.


Son chef d'état-major, le général Hans Speidel, l'appelle à 10h15, dans sa villa de Herlinghen, en Allemagne, où Rommel fête le cinquantième anniversaire de sa femme. Pour ce dernier, c'est la plus mauvaise de ses surprises. Le "Jour le plus long", comme il l'a défini à plusieurs reprises, s'est déroulé sans que lui, le grand stratège, ait pu intervenir.

En soirée, Rommel, après avoir roulé en voiture toute la journée, est de retour à son QG de La Roche-Guyon. Convaincu qu'il s'agit là de la grande offensive alliée tant attendue, il s'apprête à lancer ses contre-attaques de blindés contre les têtes de pont anglo-américaines, selon les directives de Hitler, qui a donné l'ordre de rejeter les envahisseurs à la mer "dans la nuit".

Le "Renard du Desert" compte sur la 7ème Armée allemande du général Friedrich Dollmann, composée du 84ème Korps et du 47ème Panzerkorps, dont la 21ème Division panzer est la première unité blindée à avoir contre-attaquer dans la journée du 6 juin avec un certain succès, entre les secteurs Juno et Sword.

En revanche, il ne peut toujours pas disposer de la 15ème Armée allemande, et Hitler a d'ailleurs formellement interdit qu'on fasse appel à elle pour les opérations en Normandie. Le Führer reste en effet persuadé que le "véritable" débarquement n'aura pas lieu en Normandie mais dans le Pas-de-Calais.

Toujours est-il qu'à la tombée du jour la bataille cesse sur tout le front normand: les Alliés sont trop exténués pour envisager la poursuite nocturne de leur offensive.

De leur côté, les Allemands ne possèdent ni le matériel, ni les troupes suffisantes pour lancer une contre-attaque de grand style.

Sur le plan tactique, tous les objectifs fixés par le SHAEF pour cette journée n'ont pas été atteint. Mais stratégiquement, le Jour-J est une incontestable réussite des Alliés, qui ont réussi à débarquer les 150000 hommes entassés sur les navires de transport.

Désormais, pour les Allemands, c'est trop tard! Il n'est plus possible de rejeter les Anglo-Américains à la mer. Une fois de plus, l'Histoire donnera raison au maréchal Erwin Rommel, qui depuis toujours, avait soutenu que perdre la première bataille, celle des plages, signifierait ouvrir le continent à l'invasion alliée et perdre la guerre.


Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

Opération Overlord - Plans de bataille d'Eisenhower


Les état-majors anglo-américains reçoivent, le 10 avril 1944, la confirmation d'un débarquement sur les côtes Nord de la France, et plus précisément en Basse-Normandie. Cette opération, nom de code "Neptune", sera supervisée en personne par le commandant en chef des forces navales alliées: l'amiral anglais Bertram H. Ramsay.



4 juin 1944 - "Let's Go!": déclenchement de l'opération Overlord.

1er juin 1944. 21h. Un message personnel lancé sur les ondes après les informations de la BBC est intercepté par le service d'écoutes de la 15ème Armée allemande. Ce message, c'est les trois premiers vers de "la chanson d'automne" du poète Paul Verlaine: "Les sanglots longs / Des violons / De l'automne..."

L'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, les services secrets militaires allemands, a informé les forces armées que ces trois vers constituent la première partie d'un message qui, lancé le 1er et le 15 d'un mois quelconque à l'adresse de la Résistance française, doit annoncer l'imminence du débarquement. Les trois vers suivants, "Blessent mon coeur / D'une langueur / Monotone", devant être retransmis vingt-quatre à quarante-huit heures avant le début de l'invasion.

Après l'interception des trois premiers vers, dans la nuit du 1er au 2 juin 1944, la 15ème Armée allemande, dans le Pas-de-Calais, est placée en état d'alerte. Mais, par suite d'une mésentente entre les services de renseignements de l'OKW du général Alfred Jodl, le commandant en chef des forces allemandes à l'Ouest, le maréchal Gerd von Rundstedt, et Rommel, on a "tout simplement oublié" d'en aviser la 7ème Armée allemande, stationnée dans le Calvados, en Basse-Normandie.

Dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, àprès le journal de la BBC, la première partie du poème de Verlaine est répétée une seconde fois, ce qui n'est pas sans déconcerter les services de renseignements allemands, qui ne s'expliquent pas cette seconde retransmission. Entretemps, le maréchal Erwin Rommel, commandant du Heeresgruppe B, s'apprête à partir pour l'Allemagne.

En Angleterre, d'une roulotte de forain placée dans un bois près de Portsmouth, au sud de l'île, le général Dwight Eisenhower va donner l'ordre d'invasion.

Trois millions de soldats, aviateurs et marins dépendent de lui. Le déclenchement de l'opération Overlord a été décidé par Eisenhower le 8 mai, confirmée le 17 mai. Le D-Day ("Jour J") est d'abord fixé le 5 ou le 6 juin, au plus tard le 7 juin, lorsque deux conditions météos indispensables à la réussite de l'opération seront réunies.


La première, une nuit de pleine lune, pour favoriser les parachutages et atterrissages de planeurs des 20000 hommes des 101ème et 82ème Divisions aéroportées américaines et la 6ème Division aéroportée britannique.

La seconde, une marée basse à l'aube, mettant à découvert les obstacles et les mines de Rommel sur les plages, de façons à permettre aux commandos plongeurs de la marine américaine, les Navy Seals, qui précéderont la première vague d'assaut, de les neutraliser aisement, en faisant sauter les mines et en détruisant les obstacles.

Seuls ces trois jours de juin réunissent toutes ces conditions. Le 19 juin, il est vrai, les marées seraient à nouveau favorables, mais il n'y aura plus de pleine lune et les forces aéroportées seraient obligées d'attaquer dans l'obscurité la plus totale. Il faudrait alors attendre le mi-juillet, mais un report aussi reculé, comme le dira par la suite Eisenhower, est "trop compliquer à envisager".

Mais le 4 juin 1944, jour prévu de Rommel pour son départ en Allemagne, Eisenhower repoussera le Jour-J, initialement prévue pour le lendemain, de vingt-quatre heures, en raison de la mer démontée et des mauvaises conditions météorologiques dans la Manche.

Du fait de ce report, les convois qui ont déjà appareillé en partie des ports et ancrages du sud de l'Angleterre doivent faire demi-tour sur une mer plus agitée d'heure en heure. Les fantassins à bord des navires de transport souffrent d'un terrible mal de mer.

Vers 22h, après avoir entendu les chefs alliés et pris connaissance du communiqué météorologique de la Royal Air Force du Group Captain James M. Stagg, Eisenhower annonce l'irrévocable décision: le débarquement aura lieu le 6 juin.

Photo ci-dessous: les chefs et planificateurs de l'opération Overlord. De gauche à droite: lieutenant-général Omar N. Bradley, amiral Bertram H. Ramsay, maréchal de l'air adjoint sir Arthur Tedder, général Dwight D. Eisenhower, maréchal Bernard L. Montgomery, maréchal de l'air sir Trafford Leigh-Mallory, et général Walter Bedell-Smith. (US National Archives).

"Je n'aime pas ça, déclare-t-il, mais il me semble que nous n'avons pas le choix... Je suis absolument persuadé que nous devons donner l'ordre..."

A minuit, les convois bourrés d'hommes déjà en proie au mal de mer se reforment et reprennent la direction des côtes normandes.

Le mauvais état de la mer, par contre, rassure les Allemands: au sein de leur 7ème Armée, qui, comme nous l'avons vu, n'a pas été placée en état d'alerte, règne le calme absolu.

Ironie: quelques officiers supérieurs, dont le commandant du 84ème Korps, à Saint-Lo, qui garde précisément le secteur désigné pour le débarquement allié, le général Erich Marcks, sont attendus le 6 juin à Rennes, pour participer à un Kriegspiel, un exercice théorique et topographique, destiné à préparer un plan contre un débarquement allié imaginaire... en Normandie!

Le rapport des forces au moment du débarquement est le suivant: les Allemands disposent en France de 28 divisions, dont 8 panzers, avec les fameux chars lourds Tiger et Panther. La Luftwaffe alligne 165 bombardiers et 183 chasseurs. Mais quelques jours plus tôt, des dizaines d'entre-eux ont été retirés du nord de la France, alors que Hitler avait promis à ses généraux 1000 avions supplémentaires pour appuyer, le jour de l'invasion alliée, la Wehrmacht.

L'organigramme allemand se présente ainsi: le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant suprême des forces allemandes sur le front occidental, QG à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Dépend de lui le maréchal Erwin Rommel, Heeresgruppe B, sur les côtes de la Manche, QG à La Roche-Guyon.

Le Heeresgruppe B comprend la 7ème Armée allemande du général Friedrich Dollmann, QG Le Mans, qui défend la Bretagne et la région du Calvados, de l'Orne à la péninsule du Cotentin, jusqu'à Cherbourg. Et la 15ème Armée allemande du général Hans von Salmuth, QG Tourcoing, qui garde les côtes de la Manche entre la Hollande et l'Orne.

Positions des divisions allemandes en Normandie, le 6 juin 1944.
http://www.6juin1944.com/assaut/allemagne/index.php

De leur côté, les Alliés disposent de 86 divisions, dont 25 blindées, dotées de tanks lourds Churchill et Sherman, de tanks légers Chaffee, et 55 divisions d'infanterie, totalement motorisées, soit dit en passant.

Les forces aériennes ne sont pas en reste. 3100 bombardiers lourds et moyens, 5000 chasseurs et chasseurs-bomdardiers, 2000 avions de transport et planeurs, dont 980 Douglas C-47 Skytrain, les fameux DC-3 Dakota civils des années trentes, l'âge d'or de l'aviation commerciale aux Etats-Unis.

Le commandement suprême des forces expéditionnaires alliées a été confié au général américain Dwight D. Eisenhower, assisté du maréchal de l'air anglais Arthur W. Tedder.

Les forces aériennes alliées sont placées sous l'autorité du maréchal de l'Air Trafford Leigh-Malory. Les forces terrestres alliées sont commandées par le maréchal Bernard L. Montgomery, surnommé "Monty" par les Américains, et les forces navales par l'amiral Bertram H. Ramsey. Ils sont tous trois britanniques.

Les forces aériennes stratégiques américaines, la 8ème US Air Force en Angleterre et la 15ème US Air Force en Méditerrannée, sont confiées au général d'aviation Carl Spaatz.

L'aviation de bombardement alliée en Angleterre, qui regroupe le RAF Bomber Command et la 8ème US Air Force, est placée sous le commandement unique du maréchal de l'air britannique Arthur "Bomber" Harris.

Le 5 juin 1944, à 22h15, le centre d'écoute radio de la 15ème Armée allemande intercepte la seconde partie du poème de Verlaine à l'adresse de la Résistance française, celle qui, selon l'amiral Canaris, commandant de l'Abwehr les services secrets militaires allemands, précédera l'invasion de quarante-huit heures au maximum: "Bercent mon coeur / D'une langueur / Monotone..."

Encore une fois, seule la 15ème Armée allemande est placée en état d'alerte. Et pour la seconde fois, la 7ème Armée allemande est oubliée.

Peu après le crépuscule, les 2000 C-47 Skytrain et planeurs alliés quittent les terrains d'aviation en Angleterre. Juste après minuit, le ciel de Normandie s'embrase de fusées éclairantes et de tirs traçants, et s'emplit du vrombissement des avions alliés et des tirs de DCA.



"Grand Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées,

"Soldats, Marins et Aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d'armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d'Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.

"Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.

"Mais nous sommes en 1944! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations-Unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d'homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d'importantes réserves d'hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire!

"J'ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n'accepterons que la victoire totale!

"Bonne chance! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise."

[Dwight D. Eisenhower]



Opération Neptune: "Prochain arrêt: la Normandie!".

Neptune désigne la traversée de la Manche et la phase d'assaut initial du Jour-J sur les plages de Normandie. Les cinq gigantesques convois de transport, les Forces U, O, G, J et S, refont, neuf siècles plus tard et en sens inverse, pratiquement le même chemin que la flotte de Guillaume le Conquérant.


Les effectifs humains sont tous simplement incroyables: environ trois millions de soldats, aviateurs et marins! 1.6 million d'Américains, un million d'Anglo-Canadiens, ainsi que des contingents d'autres nationalités: Français, Belges, Polonais, Tchèques, Brésiliens, Néerlandais, Danois et Norvégiens.

En deux ans les bases aériennes se sont multipliées. Au cours de l'année précédente, 163 aérodromes ont vu le jour, et s'ajoutent aux dizaines qui existaient déjà. 11000 avions ont transformé la Grande-Bretagne en porte-avions géant et incoulable.

Pour cette opération titanesque, la plus formidable armada navale de tous les temps, les Alliés ont rassemblé 6939 navires de huit nationalités différentes! De tout type et de toute taille. Soit 1213 navires de guerre, 4126 navires de transport et de débarquement (LCI, LCT, LCM), 736 navires de soutien et 864 navires de la marine marchande.

Au printemps 1944, deux millions de tonnes de matériels ont déjà été aménées des Etats-Unis et dissimulés un peu partout dans le paysage anglais. On ne sait plus où les mettre, on les parquent sur le bord des routes, dans les bois, dans les champs, dans les bruyères, sur les plages. Au total, un demi-million de véhicules! Des chars, automitrailleuses, camions, jeeps et half-track à perte de vue!

Voir aussi:

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2136 "Pas très entraînant".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2136-pas-trs-entranant.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2137 "Panne de moral".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2137-panne-de-moral.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2138 "Si l'Anglais essaie de débarquer ici..."
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2138-si-langlais-essaye-de-dbarquer-ici.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2139 "Let's Go!".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2139-lets-go.html

- Diberville, "Saviez-vous que...", 2144 "Festival pyrotechnique".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2144-festival-pyrotechnique.html




5-6 juin 1944: Plages de débarquement Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword.

Les plages de débarquement assignée à l'opération Neptune sont au nombre de cinq, s'étendant sur 80km de large, de Saint-Martin-de-Varreville, dans la péninsule du Cotentin, jusqu'à Ouistreham et l'embouchure de l'Orne: deux américaines (Utah et Omaha), deux britanniques (Gold et Sword), et une canadienne (Juno).

Le débarquement dans la baie de Normandie sera précédé par le largage de trois divisions aéroportées alliées avec une effectif d'environ 20000 parachutistes et troupes de planeurs, deux américaines, les 82ème et 101ème (13500 hommes) et une britannique, la 6ème (6500 hommes). L'assaut terrestre proprement dit sera effectué par 135000 hommes provenant de six divisions d'infanterie: d'ouest en est la 4ème Division américaine sur Utah, les 29ème et 1ère Divisions américaines sur Omaha, la 50ème Division britannique sur Gold, la 3ème Division canadienne sur Juno et la 3ème Division britannique sur Sword.

Nous arrivons ainsi à la journée fatidique du mardi 6 juin 1944...



Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

Opération Overlord - Dwight Eisenhower et ultimes planifications

A partir de janvier 1944, avec la nomination du général américain Dwight David Eisenhower à la tête des forces expéditionnaires alliées en Grande-Bretagne, les préparatifs de l'opération Overlord et de la libération de l'Europe passent à la vitesse supérieure.

Photo ci-dessous: Eisenhower parlant avec des parachutistes du 502ème Régiment de la 101ème Division aéroportée dans la soirée du 5 juin 1944, peu avant leur embarquement pour la Normandie.



Désignation de Dwight D. Eisenhower à la tête du SHAEF.

A Téhéran, fin novembre 1943, après s'être mis d'accord sur le lieu et la date du débarquement, les gouvernements alliés ont maintenant la difficile tâche de choisir un nouveau commandant en chef et un état-major combiné mieux adapté à la situation. En cette fin d'année 1943, les Etats-Unis fournissant la majeure partie des effectifs humains et du matériel, la logique voudrait que cela soit un officier supérieur américain qui soit désigné pour remplacer le lieutenant-général britannique Frederick E. Morgan au commandement supreme des forces expéditionnaires alliées (SHAEF) qui s'apprêtent à déferler sur le continent.

A Washington, le président Franklin D. Roosevelt ne peut se passer du chef d'état-major de l'US Army, le général George C. Marshall, absorbé par la conduite des opérations en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Si bien que Marshall désigne un de ses subordonnés réputé pour son sens de l'organisation et de la diplomatie. Un diplômé de West-Point mais qui n'a aucune expérience du combat sur le terrain: le général Dwight D. Eisenhower, bientôt surnommé par ses troupes "Ike".

En bref, le parfait officier d'état-major. Mais Ike a au moins le mérite d'être apprécié par les Britanniques. C'est en effet lui qui a supervisé l'opération Torch et les opérations alliées en Afrique du Nord (NATOUSA) puis en Méditerrannée (1942-1943).

Les Alliés créent en décembre 1943 un nouveau commandement interallié destiné à prendre le relai du COSSAC de Morgan, le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (SHAEF).

Le SHAEF prend ses quartiers à Teddington [aujourd'hui Bushey Park], dans la région londonienne. Franklin Roosevelt et Winston Churchill annoncent publiquement la nomination d'Eisenhower à la tête du SHAEF le 24 décembre 1943, et ce dernier prend officiellement ses fonctions au début du mois de janvier 1944.

Organisation générale du SHAEF:

- Commandant suprême allié: général Dwight D. "Ike" Eisenhower (US).
- Commandant suprême adjoint: maréchal de l'air Arthur W. Tedder (UK).
- Commandant des forces terrestres: maréchal Bernard L. Montgomery (UK).
- Commandant des forces aériennes: maréchal de l'air Trafford Lee-Mallory (UK).
- Commandant des forces navales: amiral Bertram H. Ramsey (UK)

Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2109 "Appelez-moi Ike"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2109-appelez-moi-ike.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2110 "SHAEF"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2110-shaef.html


Opérations "Fortitude" et "Bodyguard".

Au début de l'année 1944, les allemands ont maintenant la quasi-certitude que les Alliés vont débarquer en Europe de l'Ouest. Mais quand? Et surtout où?

La plupart des stratèges et des officiers supérieurs allemands pensent qu'ils débarqueront sur les côtes du Pas-de-Calais, le trajet dans la Manche le plus court entre la France et l'Angleterre, et Adolf Hitler lui-même partage cet avis.

Certains Allemands pensent à la Normandie. Hitler partage également cette hypothèse mais reste persuadé que le débarquement principal aura lieu dans le Pas-de-Calais, et que si les Alliés débarquent dans la baie de Normandie, il ne s'agira que d'une attaque de diversion.

Cette incertitude du Haut-commandement allemand (OKW) arrive aux oreilles des services secrets britanniques, qui vont alors s'ingénier à conforter les services de renseignements allemands (Abwehr) dans leur persuasion que le Pas-de-Calais est bien l'objectif principal des Alliés.

Ainsi naissent les opérations Fortitude ("Courage") et Bodyguard ("Garde du Corps"), noms de code d'un plan d'intox et de diversion, dans le but de tromper les Allemands sur le lieu réel du débarquement allié. Intoxication (en anglais "Deception") qui se poursuivra après le débarquement de Normandie, en faisant croire que l'assaut initial du Jour J (opération Neptune) n'est en fait qu'une diversion.

Bien que l'histoire de la Seconde Guerre mondiale ait retenu pour la postérité Fortitude, opération de diversion spécifique à Overlord, celle-ci s'inscrivait dans un plan général plus vaste encore: Bodyguard.

Pour leurrer les avions allemands de reconnaissance, que la DCA et les intercepteurs alliés s'ingénient à "râter", des pseudos navires de débarquement, faits de bric et de broc, encombrent les estuaires, les criques et les ports. Un complexe pétrolier géant, en carton pâte, est construit près de Douvres.


Dans les champs, sont disposés quantités de chars... en caoutchouc gonflables! Des véhicules et des canons en contreplaqué s'alignent le long des routes. La nuit, des convois de camions, toujours les mêmes, sillonnent la région dans tous les sens. Une équipe de techniciens entretient à l'intention des services allemands d'écoutes une activité radio débordante entre des unités aussi virtuelles les unes que les autres.

Les Alliés vont même jusqu'à créer deux armées fantômes. La 4ème Armée britannique stationnée en Ecosse et destinée à la Scandinavie. Et la 1ère Armée américaine positionnée dans le Kent, en face du Pas-de-Calais, précisément là où les Allemands prévoient et attendent le débarquement principal ennemi, commandée par le général George Patton, en disgrâce après le scandale des soldats gifflés en Sicile en août 1943.

L'opération Fortitude fonctionnera au-delà de toutes les espérances. Bien après le 6 juin 1944, Hitler restera persuadé que le débarquement en Normandie n'est qu'un simple leurre, destiné à lui faire dégarnir les troupes présentes dans le Pas-de-Calais afin que puisse y être lancé, dans un deuxième temps, l'assaut décisif. Ses meilleures unités restèrent donc l'arme au pied jusqu'à la fin juillet 1944, scrutant désespérément un horizon vide, alors que le sort de la guerre se jouait en Normandie.

Elle se subdivisait elle-même en deux composantes: une américaine, l'opération Quick Silver ou "Fortitude South", destinée au Pas-de-Calais, et une britannique, l'opération Skye ou "Fortitude North", destinée à la Scandinavie.


Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2117 "Cicéron"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2117-ciceron.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2118 "Colmater les fuites".
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2118-colmater-les-fuites.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2119 "Fortitude".
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2119-fortitude.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2120 "Tout en toc".
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2120-tout-en-toc.html



Opération Round-Up - Equipement et entraînement des troupes alliées.

Pour exécuter l'Opération Overlord alors en préparation, les généraux alliés s'accordent sur la nécessité d'une concentration de troupes en Grande-Bretagne en prévision d'une invasion de plus grande envergure de la France, opération surnommée Round-up ("Rassemblement").

Dans un premier temps, dans le cadre de la préparation de l'invasion, les armées alliées doivent s'équiper, se former, s'entraîner, pour mener à bien des missions diverses et précises. Les troupes américaines et canadiennes profitent des installations militaires sur leur sol, mais il faut déjà penser à l'acheminement du matériel et des hommes en Angleterre, base de lancement pour le débarquement en Normandie.

A partir de la fin 1942, les navires de ligne civils, dont les paquebots de luxe Queen Elizabeth et Queen Mary, et les premiers navires de transport de troupes et de matériel quittent la cote Est des Etats-Unis et gagnent la Grande-Bretagne. Avec le péril des U-Bootes dans l'Atlantique Nord, cela n'est pas une mince affaire, et la bataille de l'Atlantique entre les sous-marins allemands et les navires de surface alliés atteint des sommets.

A partir de 1943, cette lutte sans merci semble gagnée par les Alliés, qui coulent de plus en plus de bâtiments appartenant aux forces de l'Axe, alors que les officiers mariniers allemands détruisent de moins en moins de convois alliés.

Les soldats américains franchissent désormais l'Atlantique Nord au rythme mensuel de 45000 à 50000 hommes. Une fois débarqués en Angleterre, les GIs sont installés à divers endroits du pays, et parfois manquant de place, certains d'entre-eux doivent même être logés chez l'habitant.


Dans le cadre des préparatifs d'Overlord, le programme économique du Pret-Bail (Lend-Lease Act) bat son plein, et les Américains livrent des centaines de véhicules, des bâtiments de guerre, et de l'armement individuel aux Britanniques, en l'échange de l'utilisation de terres occupées jusqu'alors par les troupes du Commonwealth. Le parc militaire britannique s'agrandit, tandis que la formidable puissance industrielle américaine fonctionne à plein régime.


Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2035 "Des précédents inquiétants"
http://diberville.blogspot.com/2008/10/2035-des-prcdents-inquitants.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2055 "Les Riches cousins d'Amérique"
http://diberville.blogspot.com/2008/10/2055-les-riches-cousins-damrique.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2056 "Germany First"
http://diberville.blogspot.com/2008/10/2056-germany-first.html

- D'Iberville "Saviez-vous que...", 2057 "Suivre ou précéder Albion"
http://diberville.blogspot.com/2008/10/2057-suivre-ou-prcder-albion.html

- D'Iberville "Saviez-vous que...", 2063 "Logistique"
http://diberville.blogspot.com/2008/10/2063-logistique.html


- D'Iberville "Saviez-vous que...", 2066 "Help!"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2066-help.html


- D'Iberville "Saviez-vous que...", 2067 "Compenser par l'imagination"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2067-compenser-par-limagination.html


- D'Iberville "Saviez-vous que...", 2085 "Yanks"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2085-yanks.html



Désastre de l'opération Tiger.

Dans la nuit du 27 au 28 avril 1944, dans la baie de Lyme, les vedettes lance-torpilles allemandes S-100, S-130, S-136, S-138, S-140, S-142, S-143, S-145 et S-150 interceptent au large de Brixham et des plages de Slapton Sands, le convoi T-4, composé de huit navires de débarquement américains bourrés de sapeurs du génie, et d'unités QM et EM de la 4ème Division d'infanterie et du 7ème Corps US, participant à l'opération Tiger, un exercice de débarquement, un des derniers préparatifs d'Overlord.

Entre 1h20 et 2h08 du matin, les vedettes allemandes coulent les LST-507 et LST-531, et incendient le LST-289 (1).

Du fait d'erreurs humaines et techniques, notamment au sujet des fréquences radios entre les navires américains et des services de secours de la Royal Navy, 551 soldats et 198 marins américains, soit un total de 749 personnes, périssent noyés.

La tragédie, survenue lors d'un exercice loin des champs de bataille, est la plus grave dans l'histoire des forces armées américaines.

Ce drame est d'une telle ampleur que, pendant un demi-siècle, il sera tenu secret par le Pentagone et ignoré de l'opinion publique.



(1) Landing Ship Tank: navire de transport à fond plat, pouvant débarquer des véhicules blindés et des troupes "à sec" directement sur les plages.
http://en.wikipedia.org/wiki/Landing_Ship_Tank


PLUTO et ports artificiels Mulberries.

Parmi tous les problèmes logistiques posés par le débarquement outre-Manche d'une armée mécanisée et grande dévoreuse de carburant, celui du ravitaillement en carburant était crucial.

Une solution originale fut avancée dès l'année 1942 par Lord Louis Mountbatten, alors chef des opérations combinées, qui proposa de mouiller un pipe-line sous-marin. Après bien des tâtonnements, des tubes semi-rigides finirent par être mis au point. Ils devaient acheminer le carburant de l'île de Wight jusqu'à Cherbourg. Pour les dévider sur les fonds marins, d'immenses tambours furent aménagés dans les cales de navires se prêtant à l’opération. Un autre système fut également imaginé avec les "Conums", de gigantesques bobines de 15 mètres de diamètre, garnies de plusieurs dizaines de kilomètres de tubes et tirées par des remorqueurs.


L'opération reçut le nom de code de PLUTO, acronyme de "Pipe Line Under The Ocean". Le pipe-line sous-marin commencera à fonctionner à Cherbourg au début du mois d'août 1944. Cependant, dès le mois de juin, un autre système avait permis de ravitailler les armées alliées. Devant Port-en-Bessin et Sainte-Honorine-des-Pertes avaient été aménagés des terminaux pétroliers, ravitaillés par des tankers ancrés au large. De là, partait un réseau de canalisations destiné à acheminer rapidement le carburant nécessaire aux armées alliées en les suivant au fur et à mesure de leur progression.



Les Allemands ayant transformé tous les grands ports français en forteresses, il était hors de question pour les Alliés de s'en emparer de front.

Ils avaient cependant besoin d'infrastructures portuaires pour mettre à terre les quantités impressionnantes d'hommes, de matériel et de munitions nécessaires au succès d'Overlord.

D'où l'idée, lancée par Winston Churchill lui-même, de recourir à des "ports artificiels" dont les différents éléments seraient fabriqués en Angleterre, puis remorqués au travers de la Manche avant d'être assemblés devant les côtes normandes.

Outre la mise au point de plate-formes sur pilotis pour le déchargement au large et de routes flottantes pour assurer la liaison avec la terre ferme, la partie la plus spectaculaire du projet "Mulberry" fut sans doute la construction d'immenses blocs creux de béton, les caissons Phoenix, destinés à former la rade du port. Leur tonnage à vide allait de 1600 à 6000 tonnes et les plus grands mesuraient 60m de long sur 17m de large, avec la hauteur d'un immeuble de cinq étages.


Deux ports artificiels devaient être mis en place, l'un américain (Mulberry-A), devant Vierville-Saint-Laurent (Omaha Beach), l'autre britannique (Mulberry-B), en face d'Arromanches.

Pour mener à bien ce projet gigantesque, il fallut ouvrir de multiples chantiers, employant au total 40000 personnes.

Chacun des deux ports est abrité de la houle par une digue, parallèle au littoral, formée en partie de vieux navires coulés sur place (Gooseberries) et complétée par des caissons Phoenix, énormes cubes creux de béton armé, remplis d'eau une fois mis en place afin de les stabiliser sur le fond. D'autres, disposés perpendiculairement au rivage, forment des môles sur les côtés. L'ensemble dessine ainsi une rade d'une superficie de 500 hectares. Plus au large, sont mouillés des brise-lames extérieurs, les Bombardons, grands flotteurs métalliques lestés et solidement ancrés.


Le déchargement des navires s'effectue sur des quais, capables de coulisser autour de pilotis d'acier en fonction de la montée ou de la descente des eaux. De là, le transit vers la terre ferme est assuré par des routes flottantes de plusieurs centaines de mètres chacune, constituées d'un assemblage de travées en métal reposant sur des caissons creux en beton. Grâce à leur flexibilité, elles montent ou s'abaissent en suivant le rythme des marées. Ce qui évite toute interruption dans les opérations de déchargement.

L'ensemble est complété à terre par l'organisation de parcs et d'entrepôts. Les routes existantes sont élargies tandis que de nouvelles sont ouvertes à travers champs pour permettre l'écoulement rapide vers le front de l'énorme flot de camions, de canons, de chars, de munitions et d'hommes.

Mais le 19 juin 1944, alors que les deux ports sont en voie d'achèvement, se lèvera dans la Manche une violente tempête. Elle durera trois jours et provoquera des dégâts considérables. Le Mulberry-A américain de Saint-Laurent est le plus sévèrement touché. Près de la moitié des Phoenix sont gravement endommagés, souvent percutés de plein fouet par des Bombardons à la dérive. Les quais et les chaussées flottantes ont été balayés.


Le Mulberry-B britannique d'Arromanches a mieux résisté, mais nécessite cependant d'importantes réparations. Lorsque la tempête s'apaise, les côtes offrent un spectacle de désolation. Près de 800 embarcations de tous types gisent sur les plages, enchevêtrées avec les débris des jetées flottantes et autres épaves.

Devant l'ampleur du désastre, les Américains décideront de ne pas réparer leur port artificiel. Les éléments récupérables serviront à remettre en état celui des Britanniques. Ils ne conserveront que le brise-lames et auront désormais recours au débarquement direct sur les plages. Méthode moins sophistiquée certes, mais non moins efficace puisque le tonnage déchargé chaque jour sur Omaha sera nettement supérieur à celui du Mulberry d'Arromanches.

Affirmer donc, comme on le fait parfois, que le port artificiel d'Arromanches a été la clé de la réussite du débarquement est probablement exagéré. Mais ils n'en demeurera pas moins, aux yeux de l'Histoire, une brillante réussite technique.


Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord



Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2074 "Les pieds au sec"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2074-les-pieds-au-sec.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2078 "Artificiels"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2078-artificiels.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2079 "Mulberry"
http://diberville.blogspot.com/2008/11/2079-mulberry.html

Opération Overlord - "Farces et Attrapes" de Hobart

La création d'une série de véhicules blindés destinés à des usages spéciaux pour mener l'assaut terrestre contre le Mur de l'Atlantique, sur le littoral normand, est devenu en cette fin d'année 1943 une necessité tactique.

Les premiers Hobart's Funnies furent tout d'abord un petit groupe de véhicules blindés, et en particulier des chars lourds Churchill de la 79ème Division blindée britannique, spécialement modifiés en tirant les leçons de l'échec du débarquement de Dieppe en août 1942.

Leur concepteur, le Major-Général Percy C.S. Hobart, commandant de cette division, est un ingénieur militaire et le beau-frère du maréchal Bernard Law Montgomery.

Le 14 août 1942, la 79ème Division est spécialement créée pour encadrer et mettre en oeuvre des chars du génie (1). En mars 1943, l'unité est proche de la dissolution faute de ressources, mais le maréchal Alan Brooke, chef d'état-major de l'Armée impériale britannique détaché à Washington, comprenant l'intérêt de tel chars, prend la décision de créer ces nouveaux véhicules.

La conception des véhicules et la formation des équipages est confiée à l'ancien Major-Général Percy Hobart, spécialiste et pionnier expérimenté de l'usage des blindés du génie dans les années trentes (2).

Malgré le fait qu'Hobart ait été obligé de démissionner en raison de ses idées novatrices, lors de la déclaration de guerre britannique du 3 septembre 1939, il reprend du service comme simple caporal dans la Home Guard. Il profite bientôt du soutien de Winston Churchill et de cette mission pour réintégrer l'armée d'active et prendre le commandement de la 79ème Division blindée. Il n'accepte cependant cette nomination qu'à la condition que sa division soit activement impliquée dans les combats et qu'elle ne reste pas simplement une unité de développement ou de formation.

Cette étonnante panoplie de chars aux silhouettes inhabituelles sur un champ de bataille fut surnommée par dérision Funnies ("Clowneries" ou "Farces & Attrapes"), puis baptisée à partir du nom de l'inventeur.

Plusieurs des idées mises en application avaient déjà été essayées, examinées ou étaient en développement aussi bien au Royaume-Uni que dans d'autres nations.

Par exemple, le "char fléau" anti-mines Scorpion, basé sur un Matilda Mark II, a déjà été employé pendant la campagne de Montgomery en Afrique du Nord, pour se frayer des chemins dégagés à travers les champs de mines allemands. Des T-34 soviétiques ont également été modifié de manière similaire.

Les Funnies furent la plus grande et la plus complète collection de véhicules du génie militaire de cette époque.

Début 1944, Hobart fait la démonstration à Eisenhower et à Montgomery d'une brigade de chars amphibies Duplex-Drive (DD), de "chars fléau" anti-mine (Crab), et de chars lance-flamme AVRE "Armoured Vehicle, Royal Engineers" Churchill, surnommé Crocodile.

Montgomery est rapidement convaincu qu'ils seraient nécessaires aux forces américaines et leur "offre" la moitié de tous les véhicules alors disponibles.

Eisenhower est favorable à l'utilisation des chars amphibies, mais laisse la décision de l'emploi des autres versions au général Omar Bradley qui, lui-même, la délégue à ses officiers. Ces derniers ne retiennent aucun des autres concepts parce qu'ils pensent que de tels engins exigeraient une formation spécialisée complémentaire de leur équipages et nécessiteraient des blindés de soutien et de protection.


La "Ménagerie de Hobart": la majorité des conceptions étaient des versions spécialement modifiées du char Churchill britannique ou du char M4 Sherman américain. Chacune de ces configurations ne fut construite qu'en petit nombre.

• Char mortier Petard: L'AVRE ("Armoured Vehicle, Royal Engineers") Petard est un char Churchill adapté pour bombarder les positions défensives allemandes.

Son canon de base de 75mm a été remplacé par un mortier de 290mm.


Celui-ci tire un projectile de 18kg, surnommée la "poubelle volante" à cause de la forme de l'obus (3), à environ 137m de distance et se recharge de l'intérieur au rythme habituel de quatre coups par minute. Le projectile, rempli de napalm, est capable de détruire des obstacles tels que des barrages routiers et des bunkers.

Les mitrailleuses de 7.92mm sont cependant conservées, l'une dans la tourelle, l'autre coaxiale dans la caisse.

L'équipage est composé de six personnes: un commandant, un conducteur, un sapeur, un opérateur radio, un tireur au mortier et un second-conducteur/chargeur de mortier. l'AVRE Petard a un poids de 40 tonnes. Le ou les sapeurs du Royal Engineers pouvent facilement entrer et sortir du char par des trappes latérales.

Les AVRE ont été également la base employée pour porter et actionner des équipements spéciaux. Ils ont inspiré les sous-versions suivantes.

- Bobbin: un AVRE doté d'un rouleau de 3.4m de large en toile renforcée de barres en acier qui, une fois déroulé, permet à lui-même et aux véhicules suivants de ne pas s'enfoncer dans le sable pendant le débarquement amphibie.


L'expérience démontra que la toile supportait bien le passage de véhicules à roues mais qu'elle était rapidement abîmée par le passage de véhicules à chenilles. Aussi, dès que les conditions le permettaient, elle était remplacée par des plaques ou des grilles metalliques.

- Fascine: Le AVRE Fascine est un char Churchill qui emporte un énorme fagot de bois de 2m à 3m de diamètre sur environ 4m de large, qui peut être déposé pour combler un fossé ou pour former une marche pour le passage des autres chars.

Ce type d'équipement a été déjà testé et utilisé lors de la Première Guerre mondiale sur des char Mark I pour combler des tranchées.

La vision obstruée du conducteur nécessitait parfois l'intervention d'un autre homme pour le guidage. Certains essais ont même été faits avec l'ajout d'un périscope mais ils ne furent pas concluants.



- Small Box Girder (SBG): Le Small Box Girder est un Churchill qui peut déployer un pont d'assaut d'environ 10m de longueur monté à l'avant du char, pour permettre le franchissement d'un fossé tout en assurant une couverture à son équipage. La capacité de charge était de 40 tonnes et le pont pouvait être mis en place en moins d'une minute.

-Bullshorn Plough: le Bullshorn Plough est un char Sherman ou Churchill doté d'un rabot prévu pour excaver la terre devant lui. Cela lui permet lors de son passage de faire exploser et de rendre inoffensives les mines présentes.

- Double Onion: le Double Onion possède deux charges explosives disposées sur une plaque en métal à l'avant du chars qui pouvent, lorsqu'elles sont appliquées sur un mur en béton, le détruire tout en gardant une distance de sécurité pour le char et l'équipage.


ARK ou ARC: l'"Armoured Ramp Karrier" ou "Armoured Ramp Carrier" est un char Churchill sans tourelle avec des rampes extensibles à chaque extrémité. Il est créé pour permettre le passage d'obstacles en se déployant pour former un pont. Les autres véhicules pouvaient ainsi lui rouler dessus.

Deux modèles avec des rampes différentes plus ou moins larges furent créées.



• Char lance-flamme Crocodile: le Crocodile est un Churchill converti en char lance-flamme en remplaçant la mitrailleuse de caisse par un lance-flamme. Il conserve donc la tourelle et le canon de 75mm de base.



• Char fléau anti-mines Crab: Le Crab est un char Sherman modifié, équipé d'un fléau à mines.

Le "fléau" du Crab est un tabour rotatif sur lequel sont fixées 43 chaînes lestées qui font sauter les mines au passage du char. Un bouclier anti-souffle entre le fléau et le char donne une protection supplémentaire. La rotation du fléau Crab, estimée à 142 tours par minute, est obtenue par le moteur du char, contrairement au Matilda Scorpion d'Afrique du Nord, qui utilisait un moteur auxiliaire dédié et fragile.

Une innovation importante sur ce char est l'addition des lames circulaires aux extrémités du rotor, qui permettent la coupe de fils barbelés, lesquels ont tendance à bloquer le fléau.

Les bras du fléau pouvent être élevés et abaissés hydrauliquement et la version Matilda Mark II du Crab inclue un système qui adapte automatiquement la hauteur du rotor du fléau au niveau du sol afin de ne pas manquer les mines enterrées plus profondément.

Une grande attention était prêtée au marquage du chemin dégagé lorsque le char traversait un champ de mines. Les Crab ont donc une paire de marqueurs remplis de craie en poudre qui s'écoule lentement sur l'extérieur et délimite les bords de l'itinéraire sûr. Ils sont également équipés d'un distributeur qui, périodiquement, laisse tomber des marqueurs lumineux ou des grenades fumigènes à des intervalles choisis.

Pour plus d'efficacité, les déminages se faisaient souvent avec plusieurs chars accolés côte-à-côte. Malgré cela, le fléau sur le tambour rotatif n'éliminait pas toutes les mines.

Le Crab se déplace à seulement 2km/h lorsqu'il fouette le sol et pendant cette manoeuvre, son canon doit être dirigé vers l'arrière, ce qui l'empêche de tirer.

L'opération de déminage soulevait aussi un important nuage de poussière. Mais, en dépit de tout cela, ce fut un véhicule efficace lors du "Jour J" et même après, principalement au cours des derniers mois du conflit où les Allemands recoururent massivement aux champs de mines pour ralentir l'avance alliée.



• Char amphibie Duplex-Drive (DD): le char DD, en raison de son double mode de propulsion, est un char amphibie M4 Sherman capable de flotter grâce à une jupe imperméable gonflable en caoutchouc abaissable, équipé de deux hélices pour se propulser jusqu'à la terre ferme. Le char DD était généralement lancé à partir d'une barge de débarquement LCT au large de la plage.

Les chars de ce type sont prévus pour donner l'appui blindé nécessaire aux premières vagues d'assaut sur les plages.

Sur la mer relativement calme de Sword Beach, ils furent utilisés avec succès. Lancés à 4km de la plage, 32 des 34 chars atteignirent la plage pour apporter une couverture à l'infanterie. Ils participèrent en partie à limiter les pertes sur cette partie de la plage. Les fantassins débarquèrent avec succès après les chars spéciaux qui parviennent à nettoyer la plage.

Sur Gold Beach, la mer était plus agitée et les LCT débarquèrent les chars directement sur la plage, plutôt que de risquer de les lancer en mer. En conséquence, au lieu d'être les premières unités à terre, les DD débarquèrent en même temps que les autres chars de combat.

Sur Juno Beach, à 700m de la plage, 29 chars seulement purent être lancés à cause de l'état de la mer. Ils arrivèrent peu après la première vague d'assaut, qui subit de lourdes pertes.

Sur Utah Beach, deux escadrons de DD devaient précéder le débarquement de l'infanterie. 4 DD furent détruits lorsque leur LCT toucha une mine et coula. Les 28 chars restants arrivèrent sur la plage avec succès. Cependant, les LCT transportant les chars DD furent rattrapés par les barges de débarquement LCI plus rapides, et arrivèrent quinze minutes après le débarquement initial de l'infanterie.

Sur Omaha Beach, en raison de la mer agitée et des vagues, 27 des 29 chars DD d'un des deux escadrons de chars amphibies, lancés à 5km du littoral, coulèrent avec leur équipage, contribuant au taux élevé de pertes et ralentissant les progrès sur cette plage. Les 32 chars DD du second escadron furent rendus inopérant sur les LCT même, lorsque les tirs de l'artillerie allemande percèrent leur jupe.



Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2130 "La ménagerie de Hobart"
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2130-la-mnagerie-de-hobart.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2131 "Le bestiaire enchanté"
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2131-le-bestiaire-enchant.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2132 "Les petits tanks qui vont sur l'eau"
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2132-les-petits-tanks-qui-vont-sur-leau.html



(1) Cette division blindée spéciale restera active jusqu'au 20 août 1945.

(2) Anthony Kemp, "6 juin 1944", Edition Découverte Gallimard, Série "Histoire", 1994, ISBN 2-07-058353-8.



Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

Opération Overlord - Préparatifs d'invasion alliés

La conférence alliée Symbol, également appelée "Conférence d'Anfa", se tient à l'hôtel Anfa de Casablanca, au Maroc, du 14 au 24 janvier 1943. Elle réunit le Premier ministre britannique Winston S. Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt. Joseph Staline, accaparé par la conduite des opérations sur le front russe à Moscou, a décliné l'invitation.


Sont également présents les deux généraux français Henri Giraud et Charles de Gaulle. Le premier est "Commandant en chef civil et militaire" et gouverne de fait l'Afrique du Nord et l'Afrique Occidentale françaises, qui étaient jusqu'à peu encore (novembre 1942) sous administration de Vichy.

De Gaulle, président du Comité National Français (CNF) de Londres et incarnant de son côté la France Libre combattante depuis juin 1940, furieux du soutien américain à Giraud, refuse dans un premier temps d'y participer. Mais, en raison des pressions de Churchill qui menace de reconnaître Giraud comme seul et unique commandant en chef français et de couper l'aide britannique au CNF, le bouillant général change finalement d'avis.

Malgré les photos et films d'"entente cordiale" diffusés par la propagande alliée, les désaccords et dissensions entre les deux Français persisteront encore pendant longtemps.


L'objectif de cette rencontre est de faire le point sur la situation militaire générale, dans l'une des périodes les plus délicates du conflit en Europe, à savoir le moment où les Allemands commencent à enregistrer leurs premiers revers: Stalingrad, opération Torch et campagne d'Egypte-Libye. Mais surtout d'élaborer la stratégie globale future des Alliés sur le continent.

Staline, dans un message insistant, affirme qu'il n'existe qu'un seul problème vraiment important pour lui: l'ouverture d'un second front en Europe. Pour diminuer la pression des forces allemandes et soulager le Front de l'Est.

Les Alliés pensent, comme Staline, qu'il est urgent d'ouvrir un second front à l'Ouest, mais ne sont pas d'accord sur le lieu.

Roosevelt et son état-major sont partisans d'un débarquement sur les côtes françaises dans quelques mois, alors que Churchill est pour une attaque surprise de l'Italie, le "Ventre mou de l'Europe", ce qui permettrait ensuite de faire la jonction avec les partisans de Tito, et aussi d'attaquer directement le Troisème Reich par le sud, avec l'arrière-pensée de battre de vitesse les Soviétiques et d'arriver avant-eux jusqu'à Berlin.

En même temps que Churchill promet aux Américains d'être prêt à appuyer leur plan de débarquement en France, prévu initiallement le 1er mai 1944, mais qui sera reporté à plusieurs reprises, Roosevelt autorise la préparation d'un débarquement en Italie, et plus précisément en Sicile.

Egalement lors de cette conférence, les Anglo-Américains conviennent d'intensifier et de "rationaliser" la campagne alliée de bombardement stratégique, les Britanniques de nuit, les Américains de jour, sur le territoire du Troisième Reich et en Europe occupée, afin de détruire l'industrie de guerre nazie et les voies de communications. C'est au maréchal de l'air anglais sir Arthur Harris, commandant du RAF Bomber Command, qu'est confiée cette directive.

Et il sera finalement convenu d'exiger des pays de l'Axe, c'est-à-dire l'Allemagne, l'Italie et le Japon, lorsque le conflit prendra fin, une capitulation inconditionnelle, non négociable.

Points récapitulatifs de la Conférence Symbol:
- Ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest.
- Accroissement de l'aide américaine (Pret-Bail) à l'Union Soviétique.
- En attendant le débarquement principal en France, débarquement allié en Sicile.
- Intensification de la campagne de bombardement stratégique contre le Troisième Reich.
- Commandement conjoint De Gaulle-Giraud des forces combattantes françaises.
- Capitulation totale et inconditionnelle des puissances de l'Axe.

Voir aussi:

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2113 "De simples problèmes de management"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2113-de-simples-problmes-de-management.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2114 "Désentente cordiale"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2114-dsentente-cordiale.html


Mise en place du COSSAC.

Après la conférence de Casablanca, pour préparer le débarquement en France, désigné sous le nom de code d'"Opération Overlord" les Alliés décident en février 1943 de mettre sur pieds un état-major anglo-américain exclusivement affecté à cette tâche, le "Chief Of Staff to Supreme Allied Commander" (COSSAC).

Le 12 mars 1943, le lieutenant-général britannique Frederick E. Morgan est désigné chef d'état-major du COSSAC et responsable des préparatifs alliés.


Objectifs de sa mission:

1° Mettre au point une diversion afin que les Allemands concentrent leurs troupes dans le Pas-de-Calais.

2° Mettre au point une opération permettant de soulager le front russe.

Le COSSAC tient sa première réunion le 17 avril 1943 et permet de fixer rapidement quelques choix. Après les enseignements tirés du débarquement de Dieppe en 1942, les grands principes suivants sont posés:

- La capture d'un grand port (Le Havre, Cherbourg, ...) est vitale.

- Le rayon d'action de l'aviation tactique alliée oblige un débarquement dans une zone située entre Knokke, en Belgique, et Cherbourg, dans la péninsule du Cotentin.

- Les plages doivent être assez vastes pour donner suffisamment de liberté de mouvement aux troupes et matériels.

Le 26 avril 1943, le COSSAC reçoit comme directive générale de battre les Allemands dans le Nord-Ouest de l'Europe. Pour cela trois types d'opérations sont possibles:

- Starkey: opération d'intox (25 août 1943) pour tromper et fixer les Allemands dans le Pas-de-Calais et interdire l'envoie de renforts sur les fronts russe ou italien.

- Rankin: déploiement de la 101ème Division aéroportée US dans le port du Havre ou de Cherbourg, en cas d'une défaite allemande sur le front russe avant la date du débarquement, ou d'un effondrement politique interne en Allemagne même.

- Overlord: assaut en force sur le continent dès que possible.

Le 25 mai 1943, il reçoit comme directive supplémentaire de préparer l'opération avec 29 divisions: 15 américaines, 11 anglaises, 2 canadiennes et 1 française.


Conférences Quadrant I de Quebec et Eureka de Téhéran.

La première conférence de Quebec, nom de code Quadrant I, s'ouvre au Canada du 17 au 24 août 1943, et réunit Winston Churchill, Franklin Roosevelt et le Premier ministre canadien, William Lyon McKenzie King. Le plan COSSAC est présenté au cours de cette conférence.


Après quelques modifications, il est réexaminé et approuvé par Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Joseph Staline à Téhéran, en Iran, fin novembre 1943. Le projet COSSAC devient opérationnel. Il est prescrit à Morgan de poursuivre la préparation et de prendre les mesures indispensables à son exécution. Le nom de code, le lieu et la date du débarquement allié sont fixés: Opération Overlord, Normandie, 1er mai 1944. Et au grand dépit de Churchill, son idée de débarquement dans les Balkans, le "ventre mou de l'Europe", est fermement rejetée par Roosevelt et Staline.



Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

Opération Overlord - Mur de l'Atlantique et défenses allemandes

Le "Mur de l'Atlantique" (Atlantikwall) était le nom du système allemand de fortifications (bunkers, casemates, obstacles de plages, mines, pièces d'artillerie côtière, ...) mis en place sur le littoral de l'Atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord, et qui s'étendait de la frontière espagnole jusqu'au nord de la Norvège, en passant par la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark.



A la fin de l'année 1942, après le débarquement des Anglo-Américains en Afrique du Nord française (Opération Torch), le Haut-commandement allemand commence à envisager l'éventualité d'un débarquement allié dans le nord de la France, à partir de l'Angleterre. Eventualité qui devient quasi-certitude dans les premiers mois de 1944.

Auparavant, le 23 mars 1942, Adolf Hitler, en signant sa directive n°40 (1), a ordonné officiellement la construction d'un "Mur de l'Atlantique" et le renforcement des troupes allemandes sur le front Ouest. L'organisation Todt, qui est déjà à l'origine des fortifications de la Ligne Siegfried (Westwall) sur la frontière occidentale de l'Allemagne, est désignée pour concevoir, entreprendre et superviser les travaux.


En décembre 1943, le maréchal Erwin Rommel se voit confier par Hitler une mission d'inspection des fortifications du Mur de l'Atlantique. En janvier 1944, il est nommé commandant du Heeresgruppe B, en charge de la défense du nord-ouest de l'Europe, des Pays-Bas jusqu'à la Loire, la zone la plus probable pour le débarquement allié.

Pour le Renard du Désert, le débarquement allié doit être repoussé sur les plages même dans les plus brefs délais, sinon la guerre est perdue. Ce système de défense sous-entend que les troupes allemandes doivent être placées le plus près possible du littoral.


Son supérieur, le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant suprême des forces allemandes sur le front occidental (OB-West), au contraire, est partisan d'un système de défense mobile: des troupes armées et blindées seraient disposées en retrait dans les terres, celles-ci étant logiquement moins exposées aux attaques aériennes alliées, et qui livreraient combat après le débarquement ennemi. Il mise sur le fait que les Alliés, s'ils ne disposent pas rapidement d'un port, ne pourraient combattre longtemps. Hitler arbitre entre les deux et donne finalement raison à Rommel.


Lors de son inspection de janvier 1944, Rommel estime que les défenses côtières telles qu'il les trouve sont inadaptées et insuffisantes. Il ordonne immédiatement leur renforcement. Sous sa direction, une ligne d'emplacement de tir abrité en béton renforcé le long des plages est construite, pour abriter des mitrailleuses, des armes anti-chars et de l'artillerie légère. Des champs de mines et des obstacles anti-chars sont posées sur les plages elle-même et des obstacles sous-marins ainsi que des mines posées juste à la limite de marée. Le but étant de détruire les péniches de débarquement avant qu'elles aient pu débarquer leurs hommes ou véhicules.

A la date du débarquement allié, les Allemands auront ainsi posé plus de six millions de mines dans le nord de la France, sur les plages, à l'intérieur des terres et sur les routes menant aux plages. Sur les plages et dans les zones susceptibles de voir atterrir des planeurs alliés, les Allemands plantent des poteaux pointus que les troupes allemandes appelèrent les Rommelspargel, "Asperges de Rommel".


Pour contrer les parachutages ennemis, Rommel fait également inonder les basses terres de la péninsule du Cotentin jusqu'aux Pays-Bas.

Le Mur de l'Atlantique était composé principalement de batteries d'artilleries côtières, de postes de direction de tir, de bunkers, de nids de mitrailleuses, de "tobrouk", des tourelles de chars servant de pièces d'artillerie, de stations radars de surveillance et des champs de mines.

Les batteries d'artillerie représentaient la raison d'être du Mur de l'Atlantique. Ce fut autour d'elles que se développèrent les "nids de résistance" ou Widerstandnest (WN). Ces batteries étaient généralement constituées d'un canon de marine de gros calibre autour duquel on construisit un bunker, généralement dans cet ordre au vu de la taille imposante des canons. Ces canons avaient une portée de plusieurs dizaines de kilomètres.

Certaines batteries de gros calibre présentes dans le Pas-de-Calais pouvaient envoyer leurs obus jusque sur le territoire anglais, de l'autre côté du Channel.


Postes de direction de tir: ces bunkers sur plusieurs niveaux abritaient les instruments électroniques et optiques, les télémètres, nécessaires à l'orientation du tir des canons de la batterie d'artillerie.

Tobrouks: ces petits bunkers individuels étaient des sortes d'abris ouverts sur l'extérieur dans leur partie supérieure par un trou. Les personnels affectés dans les tobrouks étaient généralement équipés de mitrailleuses MG-34 ou MG-42. Les tobrouks pouvaient également être recouverts d'une cloche d'acier ou d'une tourelle de char du même diamètre.


Lorsque les Alliés débarquent le 6 juin 1944, le Mur de l'Atlantique est toujours en construction et non achevé. A cette date, sa construction a nécessité 11 millions de tonnes de béton et environ un million de tonnes d'acier pour les armatures.

Le Jour J, 15000 ouvrages betonnés ont été construit tout le long du littoral, de la frontière espagnole au nord de la Norvège, qui auront nécessité l'emploi de 450000 ouvriers de l'Organisation Todt, volontaires ou forcés.

Contrairement à l'image véhiculée par la propagande nazie, le Mur de l'Atlantique n'était pas un système de défense continu.

Schématiquement, il se compose de quatre ensembles:

- Forteresses: chacun des grands ports du littoral français a été transformé en véritable forteresse (Festung), hérissée de canons de gros calibre destinés à repousser une éventuelle flotte d'invasion. Exemples: Saint-Nazaire, Lorient, Brest, Saint-Malo, Cherbourg, Le Havre, Boulogne, Calais et Dunkerque.

Vers l'intérieur des terres, la forteresse est protégée par une première ceinture défensive, formant un arc de cercle d'une dizaine de kilomètres, puis par une seconde, située aux portes mêmes de la ville. Là était d'ailleurs la faiblesse du système défensif allemand.

Aménagées trop hâtivement, certaines de ces lignes de défenses ne résisteront pas longtemps. Par exemple, l'assaut mené fin juin 1944 contre Cherbourg par les troupes américaines débarquées sur Utah Beach, alors que les batteries côtières lourdes tenaient quant à elle en respect la flotte alliée, qui entreprit de bombarder Cherbourg pendant l'assaut terrestre.

Certaines de ses forteresses (Dunkerque, Calais, Lorient, Saint-Nazaire) ne se rendront qu'après la capitulation inconditionnelle du Troisième Reich à Berlin, le 8 mai 1945.

- Batteries d'artillerie côtière: entre les forteresses, les Allemands ont aménagé des batteries d’artillerie côtière, dépendantes de la Wehrmacht ou de la Kriegsmarine. Distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres, elles ont pour mission de tirer vers le large et de s'opposer à l'arrivée d'une flotte d’invasion. Elles sont équipées de pièces d'artillerie, le plus souvent d'un calibre de 100 à 155mmn, groupées généralement par quatre, ou plus rarement par six.

On dénombre plus d'une vingtaine de batteries principales sur les côtes de la baie de Normandie entre Le Havre et Cherbourg. Chacune d'entre elles est protégée par un périmètre défensif délimité par des champs de mines et un réseau de barbelés, comprenant des positions de mitrailleuses, de mortiers et de canons anti-aériens, reliées par des tranchées.


Placées à l'origine dans des cuves à l'air libre, les pièces d'artillerie se révélèrent vulnérables lors des bombardements aériens alliés, en forte recrudescence à partir de 1943. Pour les protéger davantage, Rommel ordonne de les placer sous d'épaisses casemates de béton. Cette opération était loin d'être achevée au printemps 1944 et, par précaution, un certain nombre de pièces furent discrètement enlevés de leurs emplacements pour être dissimulés plus à l'arrière des terres.

Lors du débarquement, les batteries d'artillerie côtière allemandes n'offriront qu'une assez piètre résistance aux navires alliés, qui en vinrent à bout sans trop de difficultés.

- Nids de résistance: les Widerstandnest (WN), implantés à proximité immédiate des plages, sur les falaises, les dunes ou les digues, sont des ouvrages plus légers que les batteries côtières. Ils sont destinés à la défense rapprochée contre les troupes d'assaut.

Ils se composent en général d'une ou deux casemates équipées de canons de moyen calibre (50, 75 ou 88mm) disposés de manière à prendre les grèves en enfilade, de "tobrouks", de positions de mortiers, de mitrailleuses MG-42 et de pièces antiaériennes, le tout étant relié par un réseau complexe de tranchées.

Au printemps 1944, on dénombre pas moins de deux cent Widerstandnest le long des côtes de la baie de Normandie. Sur les 7km de plage entre Vierville-sur-Mer et Colleville-sur-Mer, connu sous le nom de code "Omaha Beach", on en compte quinze, numérotés WN60 à WN74 (2).

Dans ce secteur que les Alliés appelleront bientôt "Omaha la Sanglante" (Bloody Omaha), ces ouvrages WN de défense rapprochée causèrent des pertes terribles dans les unités américaines d'assaut le 6 juin 1944.

- Obstacles dressés sur les plages, destinés à détruire ou couler les péniches de débarquement, ou dans l'arrière pays, pour lutter contre les troupes aéroportées et les planeurs ennemis.

En premier lieu, des réseaux de poteaux en bois, appellés "Asperges de Rommel", des fils de fer barbelé, des "Portes Belges" (Belgian Gates) ou "Elément C", recupérés sur les anciennes fortifications belges en 1940 et qui ne sont que des poteaux en acier assemblés ressemblant à des portes d'étables.


Des "Hérissons tchèques" (Czech Hedgehog), constitués de trois poutrelles métalliques rivetées et assemblées l'une à l'autre au moyen de plaques, viennent compléter ce dispositif défensif.


Rommel a une imagination débordante en ce qui concerne les systèmes de défense côtière: lance-flammes intégrés aux blockhaus, chars radio-commandés bardés d'explosifs "Goliath", fils de fer barbelé reliant des "Asperges de Rommel" surmontés de mines, ...

La région la plus fortifiée de l'Atlantikwall et la mieux équipée est sans conteste celle qui se trouve dans le Pas-de-Calais, car la plus proche en distance de la Grande-Bretagne et le lieu du débarquement allié supposé le plus probable.

Les troupes utilisées pour défendre les ouvrages sont de faible valeur combative: souvent ces hommes étaient déclarés inaptes au combat des unités mobiles. On y trouve également des étrangers enrôlés combattant sous l'uniforme allemand, et en particulier des Russes ou des Ukrainiens.

Et pour completer ce système défensif, derrière ce Mur de l'Atlantique, en France, en Belgique et aux Pays-Bas, sont massés 700000 hommes sous l'autorité de l'OB-West, commandé par le maréchal Gerd von Rundstedt.

En novembre 1943, Adolf Hitler a décidé, dans la possibilité de plus en plus certaine d'un débarquement allié, de renforcer les forces allemandes stationnées sur le front Ouest. Le nombre de divisions allemandes présentes en France, en Belgique et aux Pays-Bas passe ainsi d'une trentaine en novembre 1942, à près de 60 au printemps 1944.

La plus grande partie d'entre elles sont massées derrière les côtes françaises allant de la Bretagne au Pas-de-Calais et se trouvent placées sous les ordres du maréchal Erwin Rommel, commandant du Heeresgruppe (Groupe d'armées) B.

En Basse-Normandie, Calvados et péninsule du Cotentin, Rommel dispose des 91ème, 243ème, 352ème, 709ème, 711ème et 716ème Divisions d'infanterie, auxquelles s'ajoutent le 6ème régiment de parachutistes, la 30ème brigade mobile et la Brigade russe Bouniatchenko.

Plus ou moins confiant dans la valeur de ces troupes, et se sachant pratiquement dépourvu d’aviation, Rommel, qui est persuadé que le sort de la bataille se jouera dès les premières heures, souhaite pouvoir disposer rapidement de divisions blindées pour repousser l'invasion. Mais il se heurte sur ce point aux oppositions du Führer. En définitive, seule la 21ème Division Panzer, stationnée autour de Saint-Pierre-sur-Dives, sera disponible à proximité des côtes le Jour J.

Et c'est pour obtenir d'Hitler l'autorisation de placer deux nouvelles unités blindées, la 12ème Division panzer-SS "Hitlerjugend" et la Division Panzer Lehr de part et d’autre de la baie des Veys, qu'il quitte son QG de la Roche-Guyon pour l'Allemagne le 5 juin 1944. Il veut également en profiter pour célébrer le lendemain, 6 juin, le cinquantième anniversaire de sa femme Lucie (3).



(1) Fuehrer Directive No.40 Append-C (23 March 1942).
http://www.ibiblio.org/hyperwar/USA/USA-E-XChannel/USA-E-XChannel-C.html

(2) Défenses allemandes WN sur Omaha Beach.
http://www.6juin1944.com/assaut/omaha/defense.php

(3) Lucia Maria Mollin, plus communément appellée "Lucie".
Née le 6 juin 1894 et décédée à Stuttgart le 26 septembre 1971.



Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord



Voir aussi:

- D'iberville, "Saviez-vous que...", 2094 "S'éloigner ou bétonner"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2094-sloigner-ou-btonner.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2095 "Arbitrer le béton"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2095-arbitrer-le-bton.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2096 "Vice de construction"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2096-vice-de-construction.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2097 "Bricolage meurtrier"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2097-bricolage-meurtrier.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2099 "L'état des lieux"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2099-ltat-des-lieux.html

- D'Iberville, "Saviez-vous que...", 2100 "A quelle distance?"
http://diberville.blogspot.com/2008/12/2100-quelle-distance.html

Opération Overlord - Introduction

Overlord, nom de code du débarquement allié en Normandie, est la plus grande opération militaire de la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est déroulée en France, du 6 juin 1944, le "Jour J" (D-Day), jusqu'à la libération du Havre, le 12 septembre 1944. En passant par la libération de la Bretagne (août), l'élimination de la poche allemande de Falaise (14-21 août) et la libération de Paris (25 août).


C'est non seulement la plus grande opération de débarquement de la guerre, mais c'est également, à ce jour, la plus grande jamais entreprise dans l'Histoire, tant du point de vue de la logistique que des moyens humains et matériels mis en oeuvre.

Trois millions de soldats, aviateurs et marins alliés y participèrent. Dont un million et demi d'Américains, un million d'Anglo-Canadiens, et divers contingents d'autres pays alliés: français libres, belges, néerlandais, norvégiens, polonais et tchèques. 11000 avions et 6800 navires de guerre ou de transport.

L'objectif était l'ouverture du "Second Front" en Europe, que Joseph Staline réclamait à cors et à cris depuis 1942. La décision d'ouvrir ce second front fût prise lors de la conférence de Casablanca, au Maroc, en janvier 1943, réunion au sommet entre Winston Churchill et Franklin Roosevelt.

"Opération Overlord" désigne l'ensemble des plans alliés, avec divers autres noms de code pour les opérations connexes: "Neptune", qui désigne la phase d'assaut amphibie initiale proprement dite et les opérations navales dans la Manche, "Fortitude" et "Bodyguard", opérations d'intoxication (Deception Operations) en vue de tromper les Allemands sur le lieu et la date du débarqement.


Table des matières.

Opération Overlord - "Mur de l'Atlantique" et défenses allemandes
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-mur-de-latlantique.html

Opération Overlord - Préparatifs d'invasion alliés
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-preparatifs.html

Opération Overlord - "Farces et Attrapes" de Hobart
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-farces-et-attrapes.html

Opération Overlord - Dwight Eisenhower et ultimes planifications
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-dwight-eisenhower-et.html

Opération Overlord - Plans de bataille d'Eisenhower
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-plans-de-bataille.html

Opération Overlord - Jour J: les combats du premier jour
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-jour-j-les-combats.html

Opération Overlord - Terrible bataille de Normandie
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/06/operation-overlord-terrible-bataille-de.html


Sources disponibles.

1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/

2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/

3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

lundi 1 juin 2009

4-6 juin 1942 - Pacifique Central: Midway, l'incroyable victoire

Début mai 1942, l'amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée japonaise, a conçu un plan, l'"Operation MI", visant à "laver l'humiliation du 18 avril" en attirant dans un piège les porte-avions américains au large de l'atoll de Midway, puis de les anéantir dans une bataille décisive, permettant du même coup de préparer une future invasion des îles Hawaii.


Les Américains, au courant du plan de Yamamoto grâce au décryptage du code naval JN-25B de la marine impériale japonaise, ont préparé à son insu un "petit comité de réception". La surprise préparée par les Japonais va se retourner subitement contre-eux. L'incroyable victoire américaine de Midway marquera le tournant de la guerre dans le Pacifique.

Cette bataille, certainement une des plus décisives de la guerre, s'est déroulée du 4 au 6 juin 1942, un mois après l'engagement en Mer de Corail, et six mois après le désastre de Pearl Harbor. L'US Navy obtint là sa première grande victoire de la guerre et une éclatante revanche contre l'aéronavale japonaise, au prix cependant de lourdes pertes: quatre des six porte-avions japonais qui avaient menés l'attaque du 7 décembre 1941 furent coulés par les Américains, qui de leur côté perdirent le Yorktown et un destroyer.


Contexte stratégique et plan de Yamamoto.

Six mois après l'entrée en guerre des Etats-Unis et le début de la guerre dans le Pacifique, les Japonais ont remporté une série impressionantes de victoires navales ou terrestres, et les Alliés ont enchaîné défaite sur défaite. L'Armée impériale a conquis les possessions alliées dans les îles Mariannes, Marshall et Carolines, les îles Philippines, les Indes néerlandaises, la Malaisie, Singapour, la Birmanie et le Siam (Thaïlande). Elle est aux portes de l'Inde, elle a débarqué en Nouvelle-Guinée et menace directement l'Australie.


La flotte combinée de l'amiral Isoroku Yamamoto a elle aussi marqué des points. Le 7 décembre 1941, elle a sérieusement mis à mal la flotte américaine dans sa base de Pearl Harbor (1). En février 1942, elle a anéanti la flotte alliée de l'ABDA dans la mer de Java. Elle a également lancé des raids aéronavals contre l'île de Ceylan, dans l'océan Indien, et contre le port de Darwin, en Australie.

Seule ombre au tableau: les porte-avions américains représentent toujours une menace pour la sécurité du Japon. Durant les premiers mois de l'année 1942, ceux-ci lancent des petits raids "coup d'épingle" contre les bases de ravitaillement arrières japonaises dans le Pacifique: Wake, Kwajalein. Ces actions sont dérisoires sur le plan tactique, mais donnent des coups de fouet au moral des Américains, ébranlés par six mois de défaites.

Le 18 avril 1942, 16 bombardiers moyens B-25 Mitchell de l'USAAF partis du porte-avions Hornet visent directement la métropole japonaise, et plus particulièrement Tokyo (2). Le raid américain fait voler en éclat la réputation d'invincibilité du Japon. Pour Tokyo et le clan des militaires japonais, c'est l'humiliation. Au début mai 1942, pour éliminer la menace constituée par les porte-avions américains et mettre un terme aux actions "coup d'épingle" ennemis, Yamamoto conçoit un plan visant à attirer l'aéronavale américaine à découvert et l'anéantir en une bataille décisive.

Ce plan en lui-même est excessivement complexe, ce qui est typique des plans d'opération japonais de la Seconde Guerre mondiale. Sa conception repose sur des renseignements trop optimistes et erronés, suggérant que le Hornet et l'Enterprise, qui forment la Task Force TF16, sont les deux seuls porte-avions que la flotte américaine du Pacifique seront capables de lui opposer une résistance. Le Lexington a bien été coulé en mer de Corail, et le Yorktown sévèrement endommagé, un mois plus tôt. (3)

Mais à l'insu des Japonais, les ouvriers du bassin de radoub (Drydock) de Pearl Harbor ont accomplit un exploit extraordinaire encore inégalé: ils ont réparé et remis en état le Yorktown en moins d'une semaine. Celui-ci sera donc opérationel et participera à la bataille future.


Les Américains leur réservent une autre surprise: les services de cryptologie de l'US Navy dirigés par le commander Joseph "Joe" Rochefort ont réussi à déchiffrer le code naval japonais JN-25B, celui-là même qui leur avait permis de s'opposer au projet de leur débarquement à Port-Moresby, et avait mené à l'action de la Mer de Corail. Nimitz et l'Etat-major américain prennent ainsi connaissance du plan japonais contre Midway.

Le plan de Yamamoto souffre dès le départ de plusieurs défauts:

- La dispersion de ses forces: les navires, et particulièrement les cuirassés et les croiseurs lourds, seront répartis en pas moins de six groupes séparés: la 1ère Force d'attaque aéronavale du vice-amiral Chuichi Nagumo, avec quatre porte-avions d'escadre, la force d'invasion de Midway (ou 2ème Flotte), commandée par le vice-amiral Nobutake Kondo, la force d'occupation de Midway du contre-amiral Raizo Tanaka, la force de soutien de Midway du vice-amiral Takeo Kurita, avec quatre croiseurs lourds, la force de bataille principale (ou 1ère Flotte), constituée avec le reste de la flotte combinée et dirigée personnellement par Yamamoto, avec le supercuirassé Yamato battant pavillon amiral, et enfin la force de diversion (ou Force du Nord) chargée d'attaquer et d'occuper les îles Aléoutiennes, sous les ordres du vice-amiral Boshiro Hosogaya.

- Le manque de souplesse des différentes forces et l'éloignement de la force de bataille de Yamamoto: naviguant à plus de 300 miles derrière la force d'invasion de Midway, la 1ère Flotte est trop éloignée pour porter assistance aux forces d'invasion de Midway en cas d'imprévu.

- L'absence des deux porte-avions Zuikaku et Shokaku, engagés en Mer de Corail un mois plus tôt. Le Shokaku, sévèrement endommagé, a pris la route du Japon pour y être réparé et est immobilisés pour plusieurs mois. Le Zuikaku, privé d'aviation en raison des pertes subies, a regagné la base de Rabaul et ne participera pas non plus à la bataille de Midway.

- La diversité et la dispersion trop vaste des objectifs: la conquête simultannée des îles aléoutiennes, de l'atoll de Midway et la destruction de la flotte américaine du Pacifique. Nagumo, tiraillé entre la neutralisation de Midway ou celle des porte-avions américains, ne saura pas laquelle choisir en priorité. Avec les conséquences que l'on sait...

- L'absence de renseignements fiables sur la présence ou non de la flotte américaine à Pearl Harbor: Yamamoto pense que la flotte américaine stationnée dans les îles Hawaii ne pourra pas réagir avant plusieurs jours. Or, les Américains sont au courant des plans japonais et ont renforcé Midway avec des défenses côtières, des batteries anti-aériennes et diverses escadrilles d'attaque ou de défense de l'US Navy, de l'USAAF et des Marines, au total 127 avions dont des bombardiers à long rayon d'action B-17 Flying Fortress. La flotte du Pacifique, avec les trois porte-avions Hornet, Enterprise et Yorktown, a déjà pris position autour de l'atoll.

Photo ci-dessous: l'atoll de Midway en mai 1942, avec la barrière de récifs, son aérodrome et ses deux îles Eastern (devant) et Sand (arrière-plan).



(1) " 7 décembre 1941 - Pearl Harbor: Tora Tora Tora!".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2008/12/7-dcembre-1941-pearl-harbor-tora-tora_07.html

(2) "18 avril 1942 - Japon: célèbre raid de Jimmy Doolittle sur Tokyo".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/04/18-avril-1942-japon-celebre-raid-de.html

(3) "7-8 mai 1942 - Pacifique Sud-Ouest: bataille de la Mer de Corail".
http://jacqueline-devereaux.blogspot.com/2009/