23-26 octobre 1944 - Philippines: le "Grand Massacre" du Golfe de Leyte

La bataille du Golfe de Leyte, plus généralement connu sous l'appelation "Seconde Bataille de la Mer des Philippines", est considérée comme une des plus grandes batailles navales de la Seconde Guerre mondiale et de l'Histoire. Elle s'est déroulée du 23 au 26 octobre 1944, entre les marines américaine et japonaise, au large des côtes de Leyte. La marine impériale japonaise (IJN) mobilise pour l'occasion tout ce que lui reste comme porte-avions, cuirassés, croiseurs et destroyers. Face à la puissance navale américaine, le résultat en est prévisible: l'IJN en sort pratiquement anéantie, et ses derniers navires survivants, privés de carburant ou de combustible, resteront immobilisés dans leurs ports jusqu'à la fin du conflit. Cette bataille "de la dernière chance" se distingue également des affrontements antérieurs par l'apparition des premiers avions suicides du "Corps d'Attaque Spécial", pilotés par les fameux kamikazes, destinés à s'écraser sur les navires américains.



Mise en application du plan japonais "Victoire".

Quelques jours après la chute du cabinet Tojo, le 18 juillet 1944, l'amiral Mitsumasa Yonai, nouveau ministre de la Marine impériale, et les autres membres du cabinet de guerre se sont concertés pour dresser le plan Sho-Go ("Victoire").

Lors de l'invasion américaine, l'armée de terre impériale devra résister à tout prix, la marine affrontant en masse les forces amphibies et les porte-avions américains, dans une "bataille générale et décisive".

L'amiral Soemu Toyoda, commandant en chef de la flotte impériale, conscient de l'impossibilité de vaincre la flotte américaine toute puissante, en raison surtout de l'insuffisance de la couverture aérienne des navires japonais, imagine un stratagème pour attirer et diviser les forces navales américaines.

Lorsque les Américains envahiront les Philippines, un "appât" devrat attirer au large de Leyte la 3ème Flotte d'Halsey, c'est-à-dire les porte-avions lourds d'escadre et toute leur aviation embarquée. Les cuirassés et croiseurs japonais en profiteront pour intervenir et détruire la flotte de débarquement ennemie dans le Golfe de Leyte.

L'appât, qui sera à coup sûr sacrifié, comprendra tout ce qui reste comme porte-avions aux Japonais. Quatre porte-avions transportent 116 avions, mais à ce stade de la guerre, les jeunes pilotes japonais novices sont incapables de se mesurer à l'aéronavale américaine.

Pendant que cet appât, commandé par le vice-amiral Jizaburo Ozawa, attirera le "gros poisson" (3ème Flotte d'Halsey) loin au large, trois autres escadres japonaises convergeront vers le Golfe de Leyte et pulvériseront la 7ème Flotte amphibie américaine du vice-amiral Thomas C. Kinkaid, prenant de court l'envahisseur et portant un coup décisif à la puissance navale américaine.

Ces trois escadres, commandées respectivement par les vice-amiraux Takeo Kurita, Shozi Nishimura et Kiyohide Shima, placés eux-mêmes sous l'autorité de Soemu Toyoda, comptent tout ce qui reste de la flotte impériale japonaise. Toyoda dispose en outre d'une flotille de 11 sous-marins et de deux forces aériennes basées à terre, aux Philippines, avec 800 avions environs, ainsi que les 108 avions embarqués sur les porte-avions d'Ozawa.

Depuis le 6 octobre 1944, grâce à une fuite dans les services secrets soviétiques à Moscou, le quartier général impérial a maintenant la certitude que le prohain objectif des Américains sera les îles Philippines. Toyoda se rend à Manille, sur Luçon, afin d'aviser les chefs locaux de l'armée de se tenir prêts au débarquement ennemi, entre le 20 et le 30 octobre 1944.

L'élément surprise ne joue donc plus pour les Américains. Les 3ème et 7ème Flottes américaines n'en rassemblent pas moins une formidable armada de plus de 500 navires de guerre. Quatre Task Groups de la Task Force TF77, celle-ci commandée par le vice-amiral Thomas C. Kinkaid, sont chargés de la protection aéronavale rapprochée de la zone de débarquement.


Ordre de bataille naval américain.

1° 3ème Flotte. Vice-amiral William F. "Bull" Halsey.

La 3ème Flotte, ou 5ème Flotte suivant le principe du "commandement alternatif" de la flotte du Pacifique et le changement de numérologie, est commandée, tour-à-tour, par les vice-amiraux William F. "Bull" Halsey ou Raymond A. Spruance.

En ce mois d'octobre 1944, la 3ème/5ème Flotte a atteint une taille considérable, au total plus de 500 navires de guerre, répartie sur toute la superficie de l'Océan Pacifique.

Photos ci-dessous: les différents commandants des forces navales américaines autour de Leyte. De gauche à droite: le vice-amiral William F. Halsey, commandant de la 3ème Flotte, le vice-amiral Thomas C. Kinkaid, commandant de la 7ème Flotte et, plus particulièrement, de la Task Force TF77 chargée des opérations de débarquement amphibies, le contre-amiral Thomas L. Sprague, commandant des porte-avions d'escorte de la 7ème Flotte, et contre-amiral Jesse B. Oldendorf, commandant du groupe TG.77.2 de protection des porte-avions de Sprague.


Pour l'opération King II, le débarquement sur l'île de Leyte le 20 octobre 1944, le général Douglas MacArthur, commandant du théâtre d'opération Pacifique Sud-Ouest, et l'amiral Chester Nimitz, commandant des forces américaines dans le Pacifique et du théâtre d'opération du Pacifique Central en particulier, ont rassemblé les 3ème et 7ème Flottes.

Contre Leyte, la 3ème Flotte met en ligne 18 porte-avions d'escadre et environ 1450 avions embarqués, 10 porte-avions d'escorte, 7 cuirassés, 7 croiseurs lourds, 12 croiseurs légers, 80 destroyers d'escadre, 23 destroyers d'escorte, 13 pétroliers ou ravitailleurs, et une nuée de navires de moindre importance (vedettes lance-torpilles, patrouilleurs, remorqueurs, ...)

Depuis sa création, en mai/juin 1943, elle est devenue une formidable machine de guerre, puissante et redoutable. Elle a fini par s'imposer totalement à la marine impériale et l'aéronavale japonaises, et domine définitivement.

La Task Force TF38, appellée également Fast Carrier Task Force, ou Task Force TF58, est commandée par le vice-amiral Marc Mitscher. Elle est la principale force de bataille de Bill Halsey et regroupe la totalité des porte-avions d'escadre américains opérant dans le Pacifique.

Depuis le "Tir aux Pigeons des Mariannes", les nouveaux chasseurs F6F Hellcat et F4U Corsair surclassent leurs adversaires dans tous les domaines de vol, et s'adjugent la maîtrise aérienne absolue dans le ciel.

La Task Force TF38/TF58 se subdivise elle-même en plusieurs groupes, appellé "Task Group" TG.38.x.

Photo ci-dessous: porte-avions d'escadre lourd (CV) de classe Essex, ici le USS Yorktown II (CV-10) en juin 1944.


Porte-avions d'escadre léger (CVL) de classe Independence, ici le USS Independence (CVL-22).



Task Force TF30.
Contre-amiral Allan E. Smith.


Task Group TG.30.2. Contre-amiral Allan E. Smith.
  • 3 croiseurs lourds (CA): Chester, Pensacola, Salt Lake City.
  • 6 destroyers (DD): Dunlap, Fanning, Cassin, Downes, Cummings, Case.

Task Group TG.30.3. Contre-amiral Lawrence T. DuBose.
  • 2 croiseurs lourds (CA): New Orleans, Wichita.
  • 2 croiseurs légers (CL): Santa Fe, Mobile.
  • 9 destroyers (DD): Patterson, Bagley, Healy, Cotten, Dortch, Cogswell, Caperton, Ingersoll, Knapp.

Task Group TG.30.7. Hunter Killer Group.
  • 1 porte-avions d'escorte (CVE): Anzio.
  • 5 destroyers d'escorte (DE): Lawrence C. Taylor, Tabberer, Bebas, Melvin R. Nawman, Robert F. Keller.

Task Group TG.30.8. At Sea Logistic Group. Capitaine Jasper T. Acuff.
  • 9 porte-avions d'escorte (CVE): Altamaha, Barnes, Sitkoh Bay, Nassau, Shipley Bay, Steamer Bay, Nehenta Bay, Sargent Bay, Rudyerd Bay.
  • 9 destroyers (DD): John D. Henley, Evans, Dewey, Hall, Caps, Thatcher, David W. Taylor, Paul Hamilton, Lyman K. Swanson.
  • 18 destroyers d'escorte (DE): Kyne, Levy, Parks, Swearer, Elden, Martin, Halloran, Hilbert, Bangust, Waterman, Weaver, Lamons, McCoy Reynolds, Osterhaus, McConnell, Rall, Riddle, Wyman.
  • 13 pétroliers/ravitailleurs (AO): Missisinewa, Millicorna, Platte, Kennebago, Tomahawk, Tappahannock, Pecos, Schuytlkill, Escambia, Neosho II, Saugatuck, Sabine, Nantahala.


Task Force TF38.
Vice-amiral Marc A. Mitscher.


  • 1 navire-amiral: croiseur léger (CL) Pasadena.

Task Group TG.38.1. Contre-amiral John S. McCain.
[Contre-amiral Alfred E. Montgomery à partir du 30 octobre 1944]

  • 3 porte-avions d'escadre lourds (CV): Hornet II, Wasp II, Hancock.
  • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Cowpens, Monterey.
  • 3 croiseurs lourds (CA): Wichita, Canberra, Boston.
  • 3 croiseurs légers (CL): Houston II, San Diego, Oakland.
  • 22 destroyers (DD): Dunlap, Fanning, Case, Cummings, Cassin, Downes, McCalla, Farenholt, Woodworth, Grayson, Izard, Conner, Charrette, Bell, Burns, Boyd, Brown, Cowell, Cogswell, Caperton, Ingersoll, Knapp.

Task Group TG.38.2. Contre-amiral Gerald F. Bogan.
  • 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Intrepid, Bunker Hill.
  • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Cabot et Independence.
  • 2 cuirassés (BB): Iowa, New Jersey.
  • 2 croiseurs légers (CL): Vincennes II, Miami.
  • 18 destroyers (DD): Owen, The Sullivans, Stephen Potter, Tingey, Miller, Hunt, Lewis Hancock, Marshall, Hickox, Colahan, Cushing II, Uhlmann, Halsey Powell, Benham II, Yarnall, Twining, Wedderburn, Stockham.
Photo ci-dessous: hangar aviation d'un porte-avions de classe Essex. Novembre 1943.


Task Group TG.38.3. Contre-amiral Frederick C. Sherman.
  • 3 porte-avions d'escadre lourds (CV): Essex, Lexington II, Ticonderoga.
  • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Langley II, Princeton.
  • 2 cuirassés (BB): Washington, Massachusetts.
  • 4 croiseurs légers (CL): Santa Fe, Mobile, Reno, Birmingham.
  • 14 destroyers (DD): Clarence K. Bronson, Cotten, Dortch, Gatling, Healy, Porterfield, Callaghan, Cassin Young, Preston II, Irwin, Laws, Longshaw, Morrison, Pritchett.

Task Group TG.38.4. Contre-amiral Ralph E. Davison.
  • 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Enterprise et Franklin.
  • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): San Jacinto et Belleau Wood.
  • 3 cuirassés (BB): Indiana, Alabama, South Dakota.
  • 1 croiseur lourd (CA): New Orleans.
  • 1 croiseur léger (CL): Biloxi.
  • 17 destroyers (DD): Wilkes, Nicholson, Swanson, Marshall, Miller, Maury, Gridley, McCall, Helm, Craven, Ralph Talbot, Mugford, Patterson, Bagley, Laws, Longshaw, Morris.


2° 7ème Flotte. Vice-amiral Thomas C. Kinkaid.

Outre la 3ème Flotte, chargée des opérations aéronavales annexes et du soutien, Chester Nimitz et Douglas MacArthur disposent de la 7ème Flotte US.

C'est l'épine dorsale pour la reconquête des Philippines. Elle est commandée par le vice-amiral Thomas C. Kinkaid et est chargée des opérations amphibies de débarquement proprement dites. C'est notamment elle qui assure le convoyage et le déploiement des 140,000 hommes de la 6ème Armée américaine du général Walter Krueger. Elle a appareillé la veille de l'archipel des îles de l'Amirauté pour le Golfe de Leyte.

La Task Force TF77, Central Philippines Attack Force, est la force principale des opérations amphibies dans les îles Philippines. Elle est commandée par le vice-amiral Thomas C. Kinkaid.

La TF77 rassemble à elle seule, pour l'opération King II, 18 porte-avions d'escorte, 6 vieux cuirassés (les survivants de Pearl Harbor), 2 croiseurs lourds, 4 croiseurs légers, 82 destroyers d'escadre, 18 destroyers d'escorte, 22 sous-marins, une centaine de navires transport rapide ou d'assaut, environ 400 navires de débarquements (LST, LCI, LSM, LSD) et 350 Liberty Ship.

Photo ci-dessous: porte-avions d'escorte (CVE) de classe Bogue, ici le USS Bogue (CVE-9).



Task Force TF17. Supporting Submarine Force, Pacific Fleet.
Vice-amiral Charles A. Lockwood.


Wolfpacks ("Meutes de Loups"):
  • "Wogan's Wolfs": Gabilan, Besugo.
  • "Roach's Riders": Haddock, Tuna, Halibut.
  • "Clarey's Crushers": Pintado, Jallao, Atule.
  • "Blakely's Hellcats": Shark II, Blackfish, Seadragon.
  • "Millican's Marauders": Escolar, Croaker, Perch II.
  • "Banister's Beagles": Sawfish, Icefish, Drum.


Task Force TF71. Supporting Submarine Force, 7th Fleet.
Contre-amiral Ralph W. Christie.


Task Group TG.71.1. "Wolfpack McClintock"
  • 2 sous-marins (SS): Darter, Dace.


Task Force TF77. Central Philippines Attack Force.
Vice-amiral Thomas C. Kinkaid.

  • 1 navire de commandement (AGC): Wasatch.
  • 2 destroyers (DD): Lang, Jenkins.
  • 1 destroyer d'escorte (DE): Lovelace.
  • 4 transports rapides (APD): Kilty, Herbert, George E. Badger, Belknap.
Photo ci-dessous: USS Wasatch (AGC-9). 4 mai 1944.


Task Group TG.77.1. Vice-amiral Thomas C. Kinkaid.
  • 1 croiseur léger (CL): Nashville.
  • 3 destroyers (DD): Ammen, Abner Road, Mullany.
  • 12 patrouilleurs (PT): PT-130, PT-131, PT-134, PT-137, PT-151, PT-152, PT-323, PT-489, PT-490, PT-492, PT-493, PT-495.

Task Group TG.77.2. Fire Support Group. Contre-amiral Jesse B. Oldendorf.
  • 6 cuirassés (BB): West Virginia, Maryland, Mississippi, Tennessee, California et Pennsylvania.
  • 3 croiseurs lourds (CA): Louisville, Portland, Minneapolis.
  • 2 croiseurs légers (CL): Denver, Columbia.
  • 10 destroyers (DD): Welles, Sigourney, Cony, Thom, Leutze, Bennion, Heywood L. Edwards, Newcomb, Albert W. Grant, Richard P. Leary.
  • 2 transports rapides (APD): Manley, Rathburne.

Task Group TG.77.3. Close Covering Group. Contre-amiral Russell S. Berkey.
  • 2 croiseurs lourds (CA): Australia [RAN], Shropshire [RAN].
  • 2 croiseurs légers (CL): Boise, Phoenix.
  • 7 destroyers (DD): Hutchins, Daily, Bache, Killen, Beale, Arunta, Marramunga.

Task Group TG.77.4. Carrier Support Group. Contre-amiral Thomas L. Sprague.

  • Unité TU.77.4.1 "Taffy-1". Contre-amiral Thomas L. Sprague.
    • 6 porte-avions d'escorte (CVE): Sangamon, Suwannee, Chenango, Santee, Saginaw Bay, Petrof Bay.
    • 3 destroyers (DD): McCord, Trathen, Hazelwood.
    • 5 destroyers d'escorte (DE): Richard S. Bull, Coolbaugh, Edmonds, Richard M. Powell, Eversole.

  • Unité TU.77.4.2 "Taffy-2". Contre-amiral Felix B. Stump.
    • 6 porte-avions d'escorte (CVE): Natoma Bay, Manila Bay, Savo Island, Marcus Island, Kadashan Bay, Ommaney Bay.
    • 3 destroyers (DD): Haggard, Hailey, Franks.
    • 5 destroyers d'escorte (DE): Richard W. Suessens, Abercrombie, Oberrender, Le Ray Wilson, Walter C. Wann.

  • Unité TU.77.4.3 "Taffy-3". Contre-amiral Clifton A. Sprague.
    • 6 porte-avions d'escorte (CVE): Fanshaw Bay, St. Lo, White Plains, Kalinin Bay, Kitkun Bay, Gambier Bay.
    • 3 destroyers (DD): Hoel, Hermann, Johnston.
    • 4 destroyers d'escorte (DE): Dennis, John C. Butler, Raymond, Samuel B. Roberts.

Task Group TG.77.5. Minesweeping Group.
  • 6 dragueurs de mines (Destroyer Minesweeping, DMS): Howey, Long, Chandler, Hamilton, Palmer, Howard.
  • 2 mouilleurs de mines (Destroyer Minelayer, DM): Preble, Breese.

Task Group TG.77.6. Dinagat Attack Group. Contre-amiral Arthur D. Struble.
  • 2 croiseurs légers (CL): Denver, Columbia.
  • 2 destroyers (DD): Hughes, Ross.
  • 12 transports rapide (APD): Kane, Sands, Talbot, Kilty, Humphreys, Schley, Crosby, Goldsborough, Clemson, Crosby, Ward, Overton.
  • 1 drageur de mines (DMS): Southard.

Task Group TG.77.7. Oiler Group.
  • 4 destroyers (DD): Whitehurst, Witter, Willmarth, Bowers.
  • 4 pétroliers (AO): Ashtabula, Saranac, Chepachet, Salamanie.
  • 1 transport de munitions (Ammunition & Explosive, AE): Mazama.


Task Force TF78. Northern Attack Force.
Vice-amiral Daniel E. Barbey.

  • 1 navire de commandement: Blue Ridge.
  • 6 destroyers (DD): Nicholas, O'Bannon, Taylor, Hopewell, Stevens, Stack.
  • 16 transporteurs d'assaut (APA): Fayette, Ornsby, Warren, Crescent City, Leadstown, Windsor, Dupage, Elmore, Barnstable, Fuller, Leonard Wood, La Salle, Callaway, Leon, Sumter, Wayne.
  • 6 cargos (Cargo Ship, AK, Attack Cargo Ship, AKA): Hercules, Aquarius, Electra, Jupiter, Arneb, Titania.
  • 4 navires de débarquement LSD (Dock Landing Ship): Carter Hall, Epping Forrest, Gunston Hall, Oak Hill.
  • 12 navires de débarquement LSM (Medium Landing Ship): LSM-18, LSM-19, LSM-20, LSM-21, LSM-22, LSM-23, LSM-138, LSL-139, LSM-257, LSM-258, LSM-310 et LSM-311.
  • LST Flotilla 7. 33 navires de débarquement (Landing Ship Tank): LST-18, LST-22, LST-26, LST-66, LST-67, LST-68, LST-168, LST-170, LST-171, LST-181, LST-202, LST-204, LST-206, LST-245, LST-452, LST-454, LST-456, LST-457, LST-458, LST-459, LST-462, LST-463, LST-464, LST-465, LST-466, LST-467, LST-468, LST-469, LST-470, LST-471, LST-473, LST-474 et LST-475.
  • LST Flotilla 8. 35 navires de débarquement (Landing Ship Tank): LST-339, LST-395, LST-397, LST-460, LST-472, LST-549, LST-560, LST-562, LST-569, LST-613, LST-614, LST-618, LST-619, LST-666, LST-667, LST-668, LST-673, LST-694, LST-695, LST-696, LST-697, LST-699, LST-700, LST-741, LST-742, LST-743, LST-744, LST-746, LST-910, LST-911, LST-912, LST-919, LST-992, LST-993 et LST-1016.
  • LST Flotilla 14. 30 navires de débarquement (Landing Ship Tank): LST-24, LST-220, LST-341, LST-408, LST-552, LST-553, LST-554, LST-555, LST-556, LST-557, LST-558, LST-559, LST-606, LST-610, LST-658, LST-660, LST-662, LST-663, LST-685, LST-687, LST-688, LST-734, LST-735, LST-736, LST-737, LST-908, LST-990, LST-991, LST-1014 et LST-1015.

Task Group TG.78.1. Panaon Attack Group. Contre-amiral Arthur D. Struble.
  • 8 destroyers (DD): John Rodgers, Harrison, McKee, Murray, Ringgold, Schroeder, Sigsbee, Dashiell.
  • 3 navires de débarquement LSI (Landing Ship Infantry): Kanimbla [RAN], Manoora [RAN], Westralia [RAN].

Task Group TG.78.2. San Ricardo Attack Group. Contre-amiral William M. Fechteler.
  • 2 destroyers (DD): Anderson et Bush.
  • 2 navires de débarquement LSD (Dock Landing Ship): White Marsh, Lindenwald.
  • 4 transports d'assaut (APA): Fremont, Pierce, James O'Hara, Harris.


Task Force TF79. Southern Attack Force.
Vice-amiral Theodore S. Wilkinson.

  • 1 navire de commandement: Mount Olympus.
  • 28 destroyers (DD): Remey, Mertz, Monssen, McGowan, Halford, McNair, Melvin, Picking, Sprosten, Wickes, Isherwood, Luce, Charles J. Badger, Halligan, Haraden, Twiggs, McDonough, Bailey, Braine, Erben, Walker, Hale, Abbott, Stemmbel, Kidd, Black, Chauncey, Gansevoort.
  • 21 transporteurs d'assaut (APA): Cavalier, Franklin Bell, Feland, President Hayes, Knox, Calbert, Custer, Rixey, Lamar, Alpine, Clay, Doyen, Heywood, Arthur Middleton, Baxter, William P. Biddle, Monrovia, Frederick Funston, Cambria, Bolivar, Sheridan.
  • 6 transporteurs (AP): Golden City, George Clymer, Starlight, Comet, Warhawk, George F. Elliot.
  • 8 cargos (Cargo Ship, AK, Attack Cargo Ship, AKA): Capricornus, Mercury, Alshain, O'Hara, Alcyone, Almaak, Auriga, Thuban.
  • 5 navires de débarquement LSD (Dock Landing Ship): Lindenwald, Ashland, Rushmore, Belle Grove, Casa Grande.
  • LST Flotilla 3. 24 navires de débarquement (Landing Ship Tank): LST-20, LST-84, LST-117, LST-118, LST-269, LST-270, LST-277, LST-486, LST-564, LST-567, LST-568, LST-615, LST-669, LST-671, LST-672, LST-698, LST-704, LST-745, LST-916, LST-917, LST-918, LST-999, LST-1013, LST-1024.
  • LST Flotilla 16. 30 navires de débarquement (Landing Ship Tank): LST-34, LST-123, LST-126, LST-135, LST-169, LST-205, LST-207, LST-213, LST-219, LST-223, LST-242, LST-451, LST-478, LST-482, LST-488, LST-565, LST-605, LST-608, LST-609, LST-611, LST-612, LST-617, LST-670, LST-686, LST-693, LST-733, LST-738, LST-739, LST-909, LST-1006.
  • LCI Flotilla 6. 18 navires de débarquement (Landing Craft Infantry): LCI-365, LCI-366, LCI-407, LCI-422, LCI-439, LCI-440, LCI-442, LCI-475, LCI-558, LCI-599, LCI-560, LCI-561, LCI-565, LCI-567, LCI-568, LCI-580, LCI-751, LCI-752.
  • LCI Flotilla 14. 25 navires de débarquement (Landing Craft Infantry): LCI-372, LCI-373, LCI-451, LCI-461, LCI-462, LCI-464, LCI-465, LCI-497, LCI-472, LCI-564, LCI-598, LCI-658, LCI-659, LCI-660, LCI-676, LCI-738, LCI-754, LCI-755, LCI-974, LCI-975, LCI-1055, LCI-1056, LCI-1057, LCI-1058, LCI-1059.
  • LSM Division 15. 6 navires de débarquement (Medium Landing Ship): LSM-24, LSM-29, LSM-134, LSM-135, LSM-136, LSM-233.

Task Group TG.79.3. Dulag Attack Group.
Général Archibald V. Arnold (7ème Division d'infanterie).
  • 1 navire de commandement (AGC): Appalachian.
  • 1 destroyer (DD): McDermut.
  • 1 transporteur d'assaut (APA): Sarasota.


Ordre de bataille naval japonais.

L'ensemble des forces navales japonaises impliquées dans le plan "Victoire" est commandé par l'amiral Soemu Toyoda. Il est en outre commandant suprême de la flotte combinée. Toyoda répartit ses navires en quatre escadres.

Photo ci-dessous: les principaux commandants japonais du plan "Victoire". De gauche à droite, l'amiral Soemu Toyoda, commandant suprême de la Flotte combinée japonaise, le vice-amiral Jizaburo Ozawa, commandant de la flotte "Appât", et vice-amiral Takeo Kurita, commandant de la "Force Centrale A".


L'appât, désigné "Force Nord", est commandée par le vice-amiral Jizaburo Ozawa. C'est elle qui est chargée d'attirer loin au large de Leyte la 3ème Flotte d'Halsey. Cet appât, qui sera à coup sûr sacrifié, comprend tout ce qui reste comme porte-avions et aéronavale à la marine impériale (IJN): quatre porte-avions et 116 avions embarqués. Mais à ce stade de la guerre, les jeunes pilotes japonais novices n'ont que quelques dizaines d'heures de vol à leur actif et sont absolument incapables de se mesurer aux aviateurs américains expérimentés.

Flotte "Appât", ou "Force Nord". Vice-amiral Jizaburo Ozawa.
Appareille d'Oita (Japon) le 17 octobre 1944.
  • 1 porte-avions lourds: Zuikaku.
  • 3 porte-avions légers: Zuiho, Chiyoda, Chitose.
  • 108 avions embarqués.
  • 2 cuirassés "maquillé" en porte-avions: Hiyuga, Ise.
  • 3 croiseurs légers: Oyodo, Isuzu, Tama.
  • 9 destroyers: Wakacuki, Kuwa, Sugi, Maki, Kiri, Shimocuki, Fujucuki, Hacuzuki, Akizuki.

Photo ci-dessous: porte-avions d'escadre lourd Zuikaku en 1944.


Pendant que l'appât d'Ozawa attirera le "gros poisson" (Halsey) loin au nord, trois autres escadres japonaises devront converger vers le Golfe de Leyte et pulvériseront la 7ème Flotte US du vice-amiral Thomas C. Kinkaid laissée sans protection, prenant ainsi de court l'envahisseur et portant un coup décisif à la puissance navale américaine.


Légende:
  1. "Bataille de la Mer de Sibuyan".
  2. "Bataille du Détroit de Surigao".
  3. "Bataille du Cap Engano".
  4. "Bataille de Samar".

Ces trois escadres, commandées respectivement par les vice-amiraux Takeo Kurita, Chozi Nishimura et Kiyohide Shima, placés eux-mêmes sous l'autorité de Soemu Toyoda, comptent tout ce qui reste de la flotte impériale japonaise.

Représentation en deux vues du cuirassé Mushashi (1944):



Force Centrale "A". Vice-amiral Takeo Kurita.
Apparreille de Lingga (Bornéo) le 18 octobre et gagne le golfe de Leyte par le passage de Palawan et le détroit de San Bernardino.
  • 2 supercuirassés de 72800 tonnes: Yamato, Mushashi.
  • 3 cuirassés: Nagato, Kongo, Haruna.
  • 10 croiseurs lourds: Atago, Maya, Takao, Chokai, Myoko, Haguro, Kumano, Suzuya, Tone, Chikuma.
  • 2 croiseurs légers: Noshiro, Yahagi.
  • 15 destroyers: Akishimo, Shimakaze, Hayashimo, Kiyoshimo, Naganami, Kishinami, Okinami, Asashimo, Fujinami, Hamanami, Nowaki, Urakaze, Jukikaze, Isokaze, Hamakaze.

2ème Force d'Attaque "B". Vice-amiral Kiyohide Shima.
Apparreille de Kure (Japon) le 14 octobre, et gagne le golfe de Leyte par la mer de Chine méridionale, le détroit de Mindoro, la mer de Mindanao puis le détroit de Surigao
  • 2 croiseurs lourds: Ashigara, Naci.
  • 1 croiseur léger: Abukuma.
  • 5 destroyers: Akebono, Ushio, Kasumi, Shiranui, Hacuharu.

Force du Sud "C". Vice-amiral Chozi Nishimura.
Apparreille de Tawi-Tawi (Bornéo), le 18 octobre et gagne le golfe de Leyte par la mer de Sulu, la mer de Mindanao puis le détroit de Surigao.
  • 2 cuirassés: Yamashiro, Fuso.
  • 1 croiseur lourd: Mogami.
  • 4 destroyers: Micishio, Asagumo, Yamagumo, Shigure.

Toyoda dispose également d'une flottille de soutien de onze sous-marins et deux forces aériennes, basées aux Philippines, d'environ 800 avions.


Action des sous-marins américains dans le "Passage de Palawan" (23 octobre 1944).

Appareillé de Lingga, au Brunei (Bornéo) le 18 octobre 1944, l'escadre du vice-amiral Takeo Kurita constitue la force d'attaque principale ou "Force A". Elle compte les deux supercuirassés sistership Yamato et Mushashi, 3 autres cuirassés, 10 croiseurs lourds, 2 croiseurs légers et 15 destroyers. Ils passent au large de l'île de Palawan aux environs de minuit, dans la nuit du 22 au 23 octobre 1944.

Deux sous-marins américains du TG.71.1 patrouillent dans cette zone: le Darter et le Dace. Le 23 octobre 1944, à 0h16, le Darter, commandé par le lieutenant David H. McClintock, repère l'escadre japonaise et en communique le raport au Dace du lieutenant Bladen D. Claggett, puis à la 3ème Flotte d'Halsey. Puis les deux sous-marins, naviguant en surface, suivent les navires ennemis à distance et gardent le contact.

A 5h24 du matin, le Darter expédie six torpilles. Quatre d'entre-elles atteignent le navire-amiral de Kurita, le croiseur lourd Atago. Dix minutes plus tard, McClintock envoie une autre bordée de torpilles contre son sistership, le Takao, dont deux atteignent leur cible.

A 5h56, c'est le tour du Dace d'engager le combat. Claggett expédie quatre torpilles contre le croiseur lourd Maya, le second sistership (navire jumeau) de l'Atago et du Takao, qui font toutes mouche.

L'Atago et le Maya coulent rapidement. Le Takao, gravement endommagé, doit rompre la formation et faire demi-tour vers Brunei, escorté par les deux destroyers Naganami et Asashimo. Les trois navires japonais sont pistés par les deux sous-marins américains. Kurita transfère son pavillon sur le cuirassé Yamato.

Au cours de la poursuite du Takao, le Darter s'échoue sur un haut fond, et les efforts pour le faire repartir échouent. Il doit être abandonné, et son équipage est recueilli par le Dace. L'éclopé japonais parviendra à regagner Singapour, où il restera immobilisé jusqu'à la fin de la guerre.

A 8h27, fort du renseignement fourni par les deux sous-marins dans le Passage de Palawan, William Halsey déplace ses Task Groups TG.38.2, TG.38.3 et TG.38.4, commandés respectivement par les contre-amiraux Gerald E. Bogan (au centre), Frederick C. Sherman (au nord) et Ralph E. Davison (au sud), face à l'entrée orientale du détroit de San Bernardino, entre les îles de Luçon et de Samar, d'où il pense que les navires de Kurita déboucheront.

Le Task Group TG.38.1 du contre-amiral John S. McCain, qui vient d'effectuer une série d'opérations aériennes contre les aérodromes japonais de Luçon (21-22 octobre), est envoyé au repos et regagne la Micronésie. Mais au vue de l'évolution des évenements, il sera cependant rappelé dans les Philippines le lendemain, 24 octobre.


Bataille de la Mer de Subuyan (24 octobre 1944).

A l'aube du 24 octobre 1944, l'aviation japonaise stationnée dans les îles Philippines passe à l'attaque de la flotte américaine.

A 8h30, une vague de 50 à 60 bombardiers en piquée Yokosuka D4Y de la 1ère Flotte Aérienne, commandée par le vice-amiral Takijiro Onishi et basée sur Luçon, est signalée par les radars à proximité du TG.38.3, dont la majorité de l'aviation est partie attaquer les aérodromes japonais de Luçon dans le but de prévenir les attaques contre les troupes américaines sur Leyte.

Un groupe de F6F Hellcat de l'Essex en patrouille de combat aérien (CAP), dirigé par le commander David McCampbell, intercepte la force d'attaque japonaise et en fait une hécatombe. Cependant, un Judy arrive à passer au-travers des mailles du filet et, à 9h38, une bombe de 250kg perce le pont d'envol en bois et explose dans le hangar du porte-avions léger Princeton. Ravagé par les incendies incontrôlables, à 15h23, il est victime d'une énorme explosion attribué au magasin de bombes arrière, qui cause de terrible ravage à lui-même et aux navires venus le secourir, dont le croiseur léger Birmingham, et tue plus de 300 marins américains. Tous les efforts pour sauver le Princeton se révèlent vains, et à 17h50, il est achevé à la torpille par le croiseur léger Reno.


Durant cette matinée, l'aviation embarquée américaine n'est pas restée inactive, elle non plus, contre les navires japonais.

Après que le contact avec l'escadre de Kurita ait été rompu la veille par les deux sous-marins Darter et Dace (voir plus haut), celle-ci est de nouveau repérée par un SBD Dauntless de l'Intrepid (TG.38.2), alors qu'elle vient juste de pénétrer dans la Mer de Sibuyan. Simultanément, à 9h15, l'escadre du vice-amiral Chozi Nishimura est, elle aussi, signalée, par un autre Dauntless venant du Franklin (TG.38.4).

A 10h26, une première vague d'assaut de SBD Dauntless, SB2C Helldiver, TBF Avenger et F6F Hellcat venant de l'Intrepid et du Cabot (TG.38.2) endommage sévèrement le croiseur lourd Myoko et touche plus légèrement les cuirassés Nagato, Yamato et Musashi.


A 12h35, une seconde vague de Helldiver et de Hellcat, venant de l'Essex et du Lexington II (TG.38.3), s'acharne contre le Musashi, atteint par dix bombes.

A 15h20, alors que le supercuirassé japonais rompt la formation pour faire demi-tour et rentrer à sa base, une troisième vague de Dauntless, d'Avenger et de Hellcat, partis du Franklin et de l'Enterprise, met au but 11 bombes et 8 torpilles. Immobilisé, le Musashi finit par chavirer et sombrer à 19h30, en entraînant avec lui 39 officiers et 984 marins.


Entretemps, à 14h, Kurita, pour ne pas exposer son escadre à des pertes supplémentaires, decide de rebrousser chemin pour sortir hors du rayon d'action de l'aviation américaine. Informé du changement de cap de Kurita, Toyoda l"invite" à s'en tenir au plan prévu. Si bien qu'à 17h15, Kurita fait de nouveau demi-tour vers le Détroit de San Bernardino.


Bataille du détroit de Surigao (25 octobre 1944).

La "Force Sud C" du vice-amiral Chozi Nishimura se compose des deux cuirassés Yamashiro et Fuso, du croiseur lourd Mogami, et de quatre destroyers. Repérée la veille, elle a déjà subit une petite attaque de l'aéronavale américaine, et ne souffre pour l'instant que de dommages minimes.

En raison du silence radio imposé, Nishimura est incapable de synchroniser ses mouvements avec les escadres de Shima et de Kurita. Quand il entre dans le Détroit de Surigao, à 2h du matin le 25 octobre 1944, la "Force d'attaque B" du vice-amiral Kiyohide Shima navigue 46km derrière lui. Et à ce moment, l'escadre de Kurita se trouve encore dans la Mer de Sibuyan.

Lorsque la "Force Sud" s'approche du détroit de Surigao, à 22h36, elle tombe dans une embuscade tendue par les vedettes lance-torpilles (PT Boats) du Task Group de soutien de la 7ème Flotte (TG.77.1), commandé par le vice-amiral Thomas C. Kinkaid en personne.


Vers 3h du matin, le 25 octobre 1944, les deux cuirassés japonais sont touchés par des torpilles: le Fuso explose et se brise en deux, le Yamashiro est plus légèrement atteint. Deux des quatre destroyers sont coulés (Yamagumo et Michisio). Un troisième, l'Asagumo, est sévèrement endommagé et immobilisé. Il sera achevé le lendemain à 7h23 par les croiseurs légers Denver et Columbia.

A 3h16, les six vieux cuirassés "survivants" de Pearl Harbor (certains d'entre-eux ont été coulés puis renfloués), équipés de radar de tir, "piquent" les navires survivants de Nishimura à une distance de 38km et leur envoie une bordée d'obus de 360mm et 410mm, coulant le Yamashiro et endommageant sévèrement le Mogami et le Shigure.

A 4h25, l'escadre de Shima, qui suit Nishimura d'une cinquantaine de kilomètres, se heurte au barrage de vedettes lance-torpilles américaines à l'entrée du Détroit de Surigao. Le croiseur léger Abukuma est touché légèrement par une torpille du PT-137, il sera coulé le 26 octobre par un B-24 Liberator au large de l'île Negros. Les deux croiseurs lourds Nachi et Ashigara, et les cinq destroyers de Shima recueillent les navires survivants de Nishimura, puis Shima ordonne la retraite générale.

Lors des manoeuvres du demi-tour, le navire-amiral de Shima, le Nachi, entre en collision avec le Mogami, déjà endommagé. Ce dernier, dont la vitesse est réduite à 20 noeuds, sera coulé par des bombardiers-torpilleurs Avenger des porte-avions d'escorte du TG.77.4 le lendemain à 8h45. La moitié avant du Fuso sera achevé par le croiseur lourd Louisville. De l'escadre de Nishimura, seul le destroyer Shigure survit.

La bataille du "Détroit de Surigao" sera également le dernier affrontement de l'Histoire entre cuirassés. L'escadre de Shima, pourchassé par les navires américains, rentre péniblement à Manille, sur l'île de Luçon, le 28 octobre 1944.


Bataille du Cap Engano (25-26 octobre 1944).

La "Force Nord", la flotte "appât" du vice-amiral Jizaburo Ozawa, comprend toute ce qui reste comme aéronavale à la Flotte Combinée japonaise: le porte-avions lourd Zuikaku, le dernier survivant des six porte-avions ayant participé à l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et les trois porte-avions légers Zuiho, Chitose et Chiyoda, avec 108 avions à leur bord, plus deux vieux cuirassés partiellement convertis et "maquillés" en porte-avions, Hyuga et Ise, les trois croiseurs légers Oyodo, Tama et Isuzu, et neuf destroyers.


Légende:
  1. "Bataille de la Mer de Sibuyan".
  2. "Bataille du Détroit de Surigao".
  3. "Bataille du Cap Engano".
  4. "Bataille de Samar".
Mais l'"appât" d'Ozawa n'est repéré qu'à 16h40 le 24 octobre 1944 par un chasseur F6F Hellcat, principalement parce que le Task Group TG.38.3, le groupe de porte-avions d'Halsey situé le plus au nord, est absorbé par ses attaques aériennes contre les navires de Kurita, et qu'il doit faire face lui-même aux attaques japonaises de la 1ère Flotte Aérienne japonaise basée sur Luçon.

Dans l'après-midi du 24 octobre, Ozawa intercepte un message radio américain rapportant le retrait de l'escadre de Kurita vers Brunei. Il commence lui-même à se retirer vers le nord, lorsqu'il reçoit un contre-ordre de l'amiral Soemu Toyoda lui ordonnant de poursuivre vers le sud et d'attaquer la 3ème Flotte américaine.

Halsey, de son côté, est convaincu que la "Force Nord" d'Ozawa constitue maintenant la menace principale, et il est déterminé à saisir cette opportunité de détruire ce qui reste comme porte-avions au Japon. Croyant à tort que la "Force Centrale" de Kurita a été neutralisée dans la mer de Sibuyan par ses attaques aériennes et qu'elle se retire vers Brunei, il envoit le message radio suivant à l'amiral Chester Nimitz, à Pearl Harbor: "Force Centrale gravement endommagée se retire. Me porte au nord avec mes trois groupes pour attaquer porte-avions ennemis."

Il tombe donc dans le piège japonais et envoie toute sa force aéronavale présente vers le nord, abandonnant ainsi la surveillance du Détroit de San Bernardino et laissant pratiquement sans protection la 7ème Flotte US.

Les Task Group TG.38.2, TG.38.3 et TG.38.4 alignent les sept porte-avions d'escadre lourds Intrepid, Bunker Hill, Essex, Lexington II, Ticonderoga, Enterprise et Franklin, les cinq porte-avions d'escadre légers Cabot, Independence, Langley II, San Jacinto et Belleau Wood, les six cuirassés modernes "post-Pearl Harbor" Iowa, New Jersey, Washington, Massachusetts, Alabama et South Dakota, le croiseur lourd New Orleans, les sept croiseurs légers Vincennes II, Miami, Santa Fe, Mobile, Reno, Birmingham et Biloxi, et enfin 49 destroyers.

Le 25 octobre 1944 à 2h40 du matin, Halsey envoie ses six cuirassés, regroupés au sein de la nouvelle Task Force TF34 et qui montent la garde à l'entrée du Détroit de San Bernardino, à la suite de ses porte-avions pour achever l'escadre d'Ozawa.

A l'aube du 25 octobre 1944, Ozawa lance 75 avions contre la Task Force TF38. Ils sont presque tous abattus par les Hellcat CAP ou la DCA, et les quelques survivants vont se poser sur des bases de Luçon. Ozawa garde la trentaine d'avions qu'il lui reste en défense autour de ses porte-avions.

Au cours de la nuit, le vice-amiral Marc Mitscher, commandant de la TF38, ordonne de lancer une première vague d'assaut. 180 chasseurs F6F Hellcat, bombardiers-torpilleurs TBF Avenger et bombardiers en piquée SB2C Helldiver décollent des porte-avions américains pour attaquer l'escadre ennemie. Ils arrivent en vue de leur objectif à 7h10, et l'attaque américaine débute vers 8h.

Les Hellcat abattent les 30 avions japonais de protection, et les bombardiers s'en donnent à coeur joie contre les navires. D'autres attaques aériennes américaines se poursuivront jusqu'au crépuscule. Au total, la TF38 effectuera 527 sorties aériennes contre l'escadre d'Ozawa. Les quatre porte-avions japonais ainsi que le destroyer Akitsuki sont coulés, le croiseur léger Tama sévèrement endommagés. Ozawa transfère son pavillon sur le croiseur léger Oyodo.




Le soir, les Américains lancent une cinquième et une sixième vagues d'assaut, mais avec la tombé du jour, ils chercheront en vain l'escadre d'Ozawa. Au cours des actions de poursuite ultérieures les 26 et 27 octobre 1944, l'aviation et les cuirassés de la TF32 couleront encore les croiseurs légers Tama, Noshiro, Abukuma et Kinu, les destroyers Shiranubi, Yamagumo, Hatzusuki, Hayashimo, WakabaNowaki et Uranami.

Le 28 octobre 1944, les deux vieux cuirassés Hyuga et Ise seront encore attaqués, sans résultat, par le sous-marins Sea Dragon, avant de regagner la Mer Intérieure du Japon.


Bataille de Samar (25 octobre 1944): l'occasion manquée des Japonais.

1° Prélude.

Le vice-amiral William F. "Bull" Halsey prend donc dans la soirée du 24 octobre 1944 la décision, lourde de conséquences, de déplacer les trois groupes de porte-avions de la Task Force TF38 de Mitscher vers le nord, pour détruire l'escadre "appât" d'Ozawa (voir plus haut) et de laisser le détroit de San Bernardino sans surveillance des six cuirassés de la TF34.

Ainsi, les cuirassés, croiseurs et destroyers de Kurita débouchent du Détroit de San Bernardino le 25 octobre 1944 vers 3h du matin et prennent la direction du sud-est en longeant la côte de Samar, pour détruire la 7ème Flotte américaine du vice-amiral Thomas C. Kinkaid, laissée pratiquement sans protection. Entre lui et les navires de débarquement et de transport américains dans le Golfe de Leyte, se trouvent uniquement les trois unités du groupe de soutien du contre-amiral Thomas L. Sprague, désignées "Taffy-1", "Taffy-2" et "Taffy-3", avec leurs 18 porte-avions d'escorte, 9 destroyers d'ecadre et 14 destroyers d'escorte, 450 avions embarqués FM-2 Wildcat et TBM Avenger, chargés essentiellement de la lutte anti-sous-marines.


En dépit des pertes qu'elle a subit le 24 octobre dans la Mer de Sibuyan, la "Force Centrale" du vice-amiral Takeo Kurita est encore une force redoutable qui comprend quatre cuirassés, dont le géant Yamato, six croiseurs lourds, deux croiseurs légers et douze destroyers.

Les porte-avions d'escorte américains de Thomas Sprague, pas du tout préparés à affronter des gros navires de cette puissance, vont ainsi se retrouver complètement exposés aux tirs directs de gros calibre des "battleships" japonais, en particulier l'unité la plus au nord, TU.77.4.3 "Taffy-3", commandée par le contre-amiral Clifton A. Sprague, avec les six porte-avions Fanshaw Bay, St. Lo, White Plains, Kalinin Bay, Kitkun Bay et Gambier Bay, les trois destroyers d'escadre Hoel, Heermann et Johnston, et les quatre destroyers d'escorte Dennis, John C. Butler, Raymond et Samuel B. Roberts.


2° La bataille.

A l'aube du 25 octobre 1944, pour les Américains de "Taffy-3", la surprise est totale! A 7h01, le supercuirassé Yamato ouvre les hostilités à 30km de distance, en visant particulièrement les porte-avions d'escorte américains. Il est bientôt imité par les autres cuirassés et croiseurs japonais.


Clifton Sprague réclame par radio de l'aide d'urgence, tandis qu'il essaie de manoeuvrer ses porte-avions pour permettre les opérations de décollage. Les premières victimes des Japonais sont les White Plains et St. Lo, sérieusement endommagés par des tirs de gros calibre en quelques minutes.

Photo ci-dessous: le White-Plains fait décoller ses avions en catastrophe, pendant qu'à l'arrière-plan le St. Lo est encadré par les tirs japonais.


A 7h20, les trois destroyers d'escadre Hoel, Heermann et Johnson s'interposent entre les porte-avions américains et les navires de Kurita, en tirant une bordée de torpilles. Le croiseur lourd Kumano est touché et des incendies éclatent à bord, et doit rompre le combat.

Photo ci-dessous: le croiseur lourd Chikuma manoeuvre pour éviter les torpilles des destroyers de "Taffy-3".


Le Johnson est ensuite sévèrement atteint par trois projectiles de gros calibre 460mm et de 155mm du Yamato, et sévèrement endommagé. Le Kongo, attaqué avec des torpilles par le Hoel, réussit à les esquiver, à riposter et à frapper son adversaire, qui est presque entièrement détruit.

A 7h25, Le destroyer Hoel lance ses dernières torpilles contre le croiseur lourd Aguro, sans l'atteindre, puis s'abîme dans les flots.

A 7h35, pour protéger le Johnson, le destroyer d'escorte Samuel B. Roberts, commandé par le lieutenant-commander Robert W. Copeland, intervient dans la mêlée et ouvre le feu contre le croiseur lourd Chokai. Celui-ci riposte par un véritable déluge de feu sur le navire américain, évité de justesse grâce à un écran de fumigène. Le Roberts s'en prend ensuite au Chikuma, qu'il atteint et endommage, mais il est aussitôt touché par trois obus de 356mm du cuirassé Kongo, et immobilisé. A 9h35, l'équipage abandonnera le navire condamné.


A 7h50, l'escadre de Kurita est maintenant prise à partie par les destroyers et l'aviation embarquée de "Taffy-2" du contre-amiral Felix Stump, arrivé à la rescousse, assistés du Heermann et du Johnson, tous les deux sévèrement endommagés, ainsi que par les Avenger des porte-avions d'escorte survivants de "Taffy-3".

A 8h, alors que le balai des destroyers américains sème le désordre et la zizanie dans l'escadre japonaise, une bombe lancée d'un TBM Avenger touche le croiseur lourd Haguro, mettant hors d'usage l'une de ses tourelles de tir.

A 8h10, le Gambier Bay est atteint par des obus du Chikuma tiré d'une distance de 8km. Abandonné par son équipage et ravagé par les incendies, il chavire et coule à 9h07 en entraînant avec lui 437 marins américains. Environ 800 survivants seront recueillis en mer au cours des deux jours suivants. Le Gambier Bay sera l'unique porte-avions américain coulé par des tirs de canons de marine au cours de la Seconde Guerre mondiale.

A 8h30, le Raymond attaque le croiseur lourd Tone, l'obligeant à interrompre son tir contre les porte-avions d'escorte.

A 9h30, tous les destroyers américains engagés sont endommagés à des degrés divers. Le porte-avions d'escorte Kalinin Bay est atteint par le projectile d'un destroyer japonais et doit rompre le combat.

A 10h05, le destroyers Samuel B. Roberts, endommagé, succombe à ses blessures et sombre. Cinq minutes plus tard, le destroyer Johnson le rejoint au fond de la mer.





3° Retrait de Kurita.

A 9h20, Takeo Kurita, indécis devant la forte résistance américaine et ayant pris connaissance de la destruction de la Force Sud de Nishimura la nuit précédente, décide de rompre le combat et de se retirer vers le nord-ouest pour regagner le Détroit de San Bernardino. Peut-être craint-il la riposte des porte-avions d'escadre et des cuirassés de Halsey?

Car à 10h30, une force d'attaque d'Helldiver, d'Avenger et de Hellcat lancés à l'extrême-limite de leur rayon d'action (530km) par les porte-avions Hornet, Hancock et Wasp (TG.38.1) du contre-amiral John S. McCain, rappelé en urgence d'Ulithi (Micronésie), attaque l'escadre de Kurita, endommage plusieurs navires japonais mais n'en coule aucun.

A 11h14, deux heures après avoir reçu les messages de détresse de Kinkaid, Halsey ordonne à ses TF34 et TF38 de faire demi-tour au sud et de poursuivre l'escadre de Kurita.

A 13h22, le croiseur lourd Suzuya, endommagé par les bombardiers du TG.38.1, sombre à la suite des avaries reçues.

A 21h40, un avion de reconnaissance du porte-avions Independence (TG.38.2) rétablit le contact avec l'escadre de Kurita, qui est en train de se retirer à travers le détroit de San Bernardino.

Le 27 octobre 1944, Kurita perdra encore deux destroyers: le Fujinami coulé par des bombardiers de la Task Force TF38 de Marc Mitscher, et l'Isokaze par ceux du Task Groupe TG.77.4. de Thomas Sprague.

De son escadre, Kurita ne parviendra à ramener, le 28 octobre 1944 à Brunei (Bornéo), que les cuirassés Yamato, Nagato, Haruna et Kongo, le croiseur lourd Tone, et le destroyer Yukikaze.


4° Première attaque massive de kamikazes.

Bien qu'ils ont été employé pour la première dès le 15 octobre 1944 contre la 7ème Flotte en petit nombre (1), la bataille navale du Golfe de Leyte marque véritablement l'apparition en grand nombre des kamikazes du "Corps d'Attaque Spécial", dont la tactique a été mise au point par le contre-amiral Masafumi Arima (2).

A 10h47, alors que les navires de Kurita rompent le combat et s'éloignent, survient la première attaque massive de kamikazes. Quatre d'entre-eux atteignent le Kalinin Bay. Il est sévèrement endommagé.

Entre 10h47 et 10h51, le St. Lo est mortellement touché par trois kamikazes et 114 marins américains sont tués. Ravagé par les incendies et évacué par son équipage, il sombre à 15h25.


Les ponts d'envol du Kitkun Bay et du White Plains sont chacun également atteint par un kamikaze et plus légèrement endommagés.

Photo ci-dessous: débris de D4Y Judy sur le pont du Kitkun Bay, 25 octobre 1944.


Un kamikaze s'écrase sur le pont du White Plains, 25 octobre 1944.



(1) Croiseur lourd australien HMAS Australia, sévèrement endommagé le 21 octobre.

(2) Arima conduira lui-même la première attaque kamikaze contre le porte-avions Franklin, le 15 octobre 1944, et sera promu, à titre posthume, au grade d'amiral.



Bilan de la bataille du Golfe de Leyte (23-26 octobre 1944).

Durant cette bataille gigantesque, qui voit la fin de l'aéronavale et de la marine impériale japonaise, les 3ème et 7ème Flotte ont coulé 4 porte-avions, 3 cuirassés (dont le géant Musashi), 8 croiseurs lourds, 3 croiseurs légers et 12 destroyers ennemis. Plus de 10,500 aviateurs et marins japonais ont péri.

De leur côté, les Américains ont perdu le porte-avions d'escadre Princeton, les deux porte-avions d'escorte St. Lo et Gambier Bay, trois destroyers et une vedette lance-torpille, coulés. Ainsi que 1500 tués.

Malgré les erreurs et la mésentente entre les deux commandants des 3ème et 7ème Flotte (Halsey et Kinkaid), la bataille du Golfe de Leyte se termine par une éclatante victoire américaine.

Photo ci-dessous: mémorial en l'honneur du contre-amiral Clifton A. Sprague et de la résistance héroïque de son unité TU.77.4.3 "Taffy-3", à bord de l'USS Midway, à San Diego.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960s et 1970s, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 2 août 2017.


Sources principales:
Battle of Leyte Gulf (Wikipedia.org)

20 octobre - 31 décembre 1944 - Opération King II: Leyte, le grand retour de MacArthur aux Philippines

Le 20 octobre 1944 à 10h05, les Task Forces américaines TF78 et TF79, nommées "Northern Attack Force" et "Southern Attack Force", commandées respectivement par le vice-amiral Daniel E. Barbey et le contre-amiral Theodore S. Wilkinson, font débarquer, sur la côte orientale de l'île, quatre divisions et 120,000 hommes de la 6ème Armée américaine, commandée par le lieutenant-général Walter Krueger.

Dans l'après-midi, Douglas MacArthur, le commandant en chef des forces alliées du Pacifique Sud-Ouest, son chef d'état-major, le général Richard Sutherland, le président philippin en exil, Sergio Osmena, ainsi que de nombreux officiers supérieurs des deux pays, débarquent d'une péniche et prennent pied sur le sol philippin. Sa célèbre promesse "Je reviendrai!", faite aux Philippins deux ans et demi plus tôt, est honorée. L'Américain tient maintenant sa revanche et son humiliation de 1942 est enfin lavée. La longue et sanglante campagne américaine des Philippines 1944-1945 commence...




Contexte historique.

Economiquement, les Philippines sont pour les Japonais une très importante source de ravitaillement en matières premières, en particulier pour le caoutchouc, en provenance de l'Asie du Sud-Est. Pour Tokyo, militairement, le contrôle de l'archipel est vital pour sa survie. Géographiquement, les Philippines ont également une position hautement stratégique: sa perte signifierait l'isolement des forces japonaises stationnées en Asie du Sud-Est (Formose, Thailande, Birmanie, Malaisie, Bornéo et Indochine) de la métropole.

Pour le général Douglas MacArthur, qui en avril 1942, au moment de la fulgurante expansion japonaise, avait solennellement promis au peuple philippin "Je reviendrai!", c'est aussi une question d'honneur. Depuis la fin de la campagne de Nouvelle-Guinée et les opérations américaines contre les îles Palau et Morotai, à la mi-septembre 1944, l'aviation embarquée de la 3ème Flotte américaine, commandée par l'amiral William Frederick "Bull" (Taureau) Halsey, Jr, règne en maître absolu: elle a détruit plus de 500 avions et coulé 180 navires marchands ennemis. Stratégiquement, le contrôle des Philippines permettrait à MacArthur de faciliter l'invasion de Formose (Taiwan) et d'Okinawa.



20 octobre 1944 - Opération King II: débarquement américain sur Leyte.

Pacifique Sud-Ouest. Philippines. Leyte. 10h05. Les Task Forces TF78 et TF79, désignées "Northern Attack Force" et "Southern Attack Force" et commandées respectivement par le vice-amiral Daniel E. Barbey et le contre-amiral Theodore S. Wilkinson, font débarquer, sur la côte orientale de l'île, quatre divisions et 120,000 hommes de la 6ème Armée américaine du général Walter Krueger.

Photos ci-desssous: les différents commandants en chef américains impliqués dans l'opération King II. De gauche à droite: le général Douglas MacArthur, commandant suprême du théâtre des opérations alliées du Pacifique Sud-Ouest, le lieutenant-général Walter Krueger, commandant de la 6ème Armée, le vice-amiral William F. Halsey, commandant de la 3ème Flotte, et le vice-amiral Thomas C. Kinkaid, commandant de la 7ème Flotte.


350 Liberty Ship et 400 navires de transport ou de débarquement de tout type de la 7ème Flotte du vice-amiral Thomas C. Kinkaid, protégés par 6 vieux cuirassés, 18 porte-avions d'escorte, 2 croiseurs lourds, 4 croiseurs légers, 82 destroyers d'escadre, 18 destroyers d'escorte et 22 sous-marins.


La 3ème Flotte du vice-amiral William Halsey est chargée du soutien aéronaval et de la protection de la 7ème Flotte. Son épine dorsale est constituée par la Task Force TF38 du vice-amiral Marc Mitscher, avec dix-huit porte-avions d'escadre et 1,450 avions embarqués.

Le commandement général des opérations est assuré par le général Douglas MacArthur, celui des forces de soutien et d'appui de la 7ème Flotte par Kinkaid.

La reconquête terrestre de Leyte, désignée "Opération King II", est confiée à Krueger. Précédés par un bombardement naval meurtrier déclenché à 6h et interrompu à 8h50 à cause des mauvaises conditions météorologique, au cours duquel l'aviation embarquée américaine déverse des centaines de tonnes de bombes dans la région de Dulag, les débarquements sont effectués sur un front large de 29km, sur deux têtes de ponts séparées.


Le X Corps du général Franklin C. Sibert, comprenant la 1ère Division de cavalerie et la 24ème Division d'infanterie, doit débarquer au nord, entre Tacloban et Palo. Le XXIV Corps du général John R. Hodge, composé des 7ème et 96ème Divisions d'infanterie, au sud entre Tanauan et Dulag. Dans l'après-midi, MacArthur, son chef d'état-major, le général Richard Sutherland, et le président philippin en exil, Sergio Osmena, ainsi que de nombreux officiers supérieurs américano-philippins, débarquent d'une péniche et prennent pied sur le sol philippin.

Sa célèbre promesse "Je reviendrai", faite aux Philippins le 11 mars 1942, est honorée. Utilisant un petit poste émetteur, il s'adresse, ému, aux Philippins, leur rappellant qu'il est de retour et les invitent à collaborer avec les libérateurs: "People of the Philippines, I have returned! By the grace of Almighty God, our forces stand again on Philippine soil."

Pour défendre l'ensemble de l'archipel philippin, l'armée japonaise disposent au total de 260,000 hommes, sous les ordres du maréchal Hisaichi Terrauchi, commandant du "Groupe d'Armées expéditionnaires du Sud", dont dépendent les Philippines. Sur Leyte, la défense est confiée aux 55,000 hommes des 16ème, 30ème, 26ème et 102ème Divisions de la 35ème Armée japonaise, commandée par le général Tomoyuki Yamashita, surnommé le "Rommel d'Extrême-Orient" ou "Tigre de Malaisie", le vainqueur des Britanniques à Singapour, le 15 février 1942.

Photo ci-dessous: de gauche à droite, le maréchal Hisaichi Terrauchi, commandant du Groupe d'Armées Sud et des Philippines, et le général Tomoyuki Yamashita, commandant des troupes de la 15ème Armée japonaise sur Leyte.


Dans l'île, pour préparer et faciliter le débarquement de la 6ème Armée américaines, opèrent également environ 3,000 guerilleros philippins sous le commandement du lieutenant-colonel Ruperto Kangleon. Sous une constante couverture aérienne, les Américains occupent très vite le terrain d'aviation de Tacloban, la péninsule de Cataisan, l'accès nord de la vallée de Leyte, San José et Dulag.

A 12h30, retardé par des conditions météorologiques défavorables, le 6ème Bataillon de Rangers débarque sur les îles voisines de Saluan, Homonhon et Dinagat. A l'extrêmité sud, le 21ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie effectue un petit débarquement sur Panoan.

La réaction japonaise du premier jour n'est violente que dans certains secteurs. Comme toujours, suivant la stratégie japonaise, les attaques suicides et les charges banzaï sont lancées dans la nuit du 20 au 21 octobre, mais sont contenues par les Américains. Au large, des bombardiers japonais endommagent le porte-avions d'escorte Sangamon. Des bombardiers-torpilleurs touchent le croiseur léger Honolulu. Au crépuscule, les deux têtes de pont américaines, profondes de 1.5 à 2.5km, sont encore distantes de 16km.


Terrible bataille de Leyte (20 octobre - 31 décembre 1944).

1° Avance américaine dans la Vallée de Leyte (20-28 octobre 1944).

La bataille de Leyte est la première bataille de la campagne des Philippines entreprise par le général Douglas MacArthur en 1944 et 1945. Elle commence le 20 octobre avec le débarquement initial de la 6ème Armée américaine sur la côte orientale de l'île (voir plus haut) et se poursuivra jusqu'au 31 décembre 1944. Avec elle commence la longue et sanglante libération des Philippines, après trois ans d'occupation japonaise.


Dans les premiers jours, la 6ème Armée progresse régulièrement, en général face à une résistance japonaise sporadique et non coordonnée. Le 21 octobre 1944, la 1ère Division de cavalerie du major-général Verne D. Mudge sécurise Tacloban, le chef-lieu de la province. Le 23 octobre, MacArthur y préside une cérémonie officielle pour restaurer le gouvernement légitime philippin. Les 1ère et 2ème Brigades de cavalerie entament ensuite la consolidation de leur tête de pont pour prévenir une éventuelle contre-attaque japonaise partie des montagnes de l'intérieur des terre.


Sur le flanc gauche du X Corps, la 24ème Division d'infanterie, commandée par le major-général Frederick A. Irving, avance vers l'intérieur de l'île et doit faire face à une dure résistance ennemie. Après plusieurs jours et nuits de combats sanglant et avoir tué plus de 800 Japonais, les 19ème et 34ème Régiments de la division agrandissent et renforcent leur tête de pont, prenant le contrôle des hauteurs dominant l'entrée du nord de la vallée.

Le 1er novembre 1944, les deux régiments, après sept jours de progression avec l'aide des chars et de l'artillerie, atteignent la côte nord de l'île et le port de Carigara. Le jour suivant, la 2ème Brigade de cavalerie libère la ville du même nom. Dans sa progression à travers la vallée de Leyte, la 24ème Division d'infanterie a tué plus de 3,000 soldats ennemis. Mais le principal port de l'île, Ormoc sur la côte occidentale, reste encore sous le contrôle des Japonais.


Dans la zone d'opération du XXIV Corps, les deux divisions de Hodge progressent dans la partie sud de la vallée de Leyte, qui comprend quatre aérodromes japonais. La 96ème Division d'infanterie du major-général James L. Bradley donne l'assaut à Catmon Hill, un promontoire culminant à 420 mètres d'altitude, d'où l'artillerie japonaise harcelait sans cesse les positions américaines depuis le jour-J.

Les hommes de Bradley avancent également à travers la zone marécageuse à l'ouest et au sud de leur tête de pont de Labiranan. Après trois jour de durs combats, le 382ème Régiment de cette division s'empare d'une grande base logistique ennemie à Tabontabon, le 28 octobre 1944. Simultanément, deux bataillons des 381ème et 383ème Régiments avancent péniblement de chaque côté de Catmon Hill, et doivent faire face à une féroce résistance. Lorsque les Américains nettoient enfin la colline fortifiée japonaise, le 31 octobre 1944, ils y découvrent des dizaines de bunkers ou casemates, un vaste réseau complexe de galleries souterraines et de caves reliées entre-elles, ainsi que plusieurs positions protégées servant à l'artillerie lourde.


Sur le flanc gauche du XXIV Corps, la 7ème Division d'infanterie, commandée par le major-général Archibald V. Arnold, avance à l'intérieur de l'île pour s'emparer des aérodromes japonais et des petites localités situées entre Dulag et Burauen. Le 21 octobre 1944, le 184ème Régiment s'empare de l'aérodrome de Dulag. Le 17ème Régiment, de son côté, doit éliminer la résistance fanatique et suicidaire des Japonais dans son secteur et est bloqué. Et le 32ème Régiment, pour sa part, s'empare de l'aérodrome de Buri.

Pendant que deux bataillons du 184ème Régiment couvrent le flanc gauche du XXIV Corps, à l'extrêmité sud de la tête de pont, le 17ème Régiment, auquel a été rattaché le 2ème Bataillon du 184ème Régiment, tourne au nord vers Dagami pour effectuer sa jonction avec le X Corps. La 7ème Division d'infanterie s'en empare le 30 octobre 1944.

En attendant, le 29 octobre 1944, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment, précédé par le 7ème Escadron de cavalerie de reconnaissance, avance au sud le long de la côté orientale, vers Abuyong, et au cours des jours suivants, lancera en direction de l'ouest des patrouilles en profondeur à travers les montagnes, avançant vers la côte occidentale sans rencontrer d'opposition.



2° Contre-attaques aériennes et navales japonaises (24-28 octobre 1944).

Pendant que la 6ème Armée s'enfonce à l'intérieur de l'île, le haut-commandement japonais organise une série de contre-attaques aériennes de l'aviation basée à terre, et lance l'opération Sho-Go ("Victoire") dans l'intention de détruire la flotte d'invasion américaine en une seule "bataille décisive".

Le 24 octobre 1944, entre 150 et 200 avions japonais approchent des têtes de pont et des navires de la 7ème Flotte par le nord. 50 chasseurs de la 13th Air Force décollent en urgence et interceptent la force d'attaque japonaise, revendiquant entre 66 et 84 victoires. D'autres raids aériens, diurnes et nocturnes, se poursuivront encore pendant quatre jours, endommageant plusieurs dépôts de ravitaillement et installations terrestres, et menaçant les navires américains dans le Golfe de Leyte.

Le 28 octobre 1944, pour écarter définitivement cette menace, les Américains organiseront à leur tour une grande opération aérienne visant à détruire l'aviation japonaise et ses aérodromes sur les îles voisines (Bornéo, Luçon, Samar, Mindanao). Mais au large, dans le Golfe de Leyte, c'est l'opération aéronavale Sho-Go lancée par ce qui reste de la marine impériale qui met en péril les navires de la 7ème Flotte, laissés pratiquement sans protection par les porte-avions d'escadre lourds de la TF38, partis au nord à la recherche de la "Flotte Appât" d'Ozawa. Cette bataille aéronavale fera de ma part l'objet d'un article séparé.



3° Avance américaine vers Ormoc (2 novembre - 10 décembre 1944).

Le renforcement continuel de l'armée japonaise par mer pose d'énormes problèmes aux forces du général Walter Krueger. Si bien qu'au lieu de poursuivre le nettoyage de la Vallée d'Ormoc au sud et de la côte orientale, la 6ème Armée américaine se prépare maintenant à avancer directement vers l'ouest, à travers les montagnes. Objectif: le grand port et la Vallée d'Ormoc, où afflue le ravitaillement japonais.


Sur la côte nord, les 1ère Division de cavalerie et 24ème Division d'infanterie convergent rapidement vers Carigara le 2 novembre 1944. Après dix-sept jours de combat, la 6ème Armée a donc accomplit les premières et deuxièmes phases de ses objectifs. Des éléments de la 7ème Division d'infanterie, dans la zone d'opération du XXIV Corps, prennent le contrôle des approches de Baybay, sur la côte occidentale.

Pour nettoyer la Vallée d'Ormoc, Krueger a planifié une vaste opération d'encerclement, avec le X Corps constituant l'élément nord de la tenaille, avançant au sud à travers les montagnes, et le XXIV Corps, l'élément sud, remontant vers le nord le long de la côte occidental. Krueger dispose pour cela de nouvelles divisions fraîches, jusqu'alors tenues en réserve: les 32ème et 77ème Divisions d'infanterie. La 11ème Division aéroportée est également créée et activée par MacArthur.

Le 3 novembre 1944, dans la zone d'opération du X Corps, le 34ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie fait mouvement depuis Carigara le long de la côte nord, vers l'ouest. Soutenu par le 63ème Bataillon d'Artillerie de campagne, il s'empare au cours de la nuit suivante de la ville de Pinanopoan, abandonnée par les Japonais. Il marque ensuite une brève halte sur la Highway 2 (HWY2), avant de bifurquer au sud à travers les montagnes.


4° Sanglantes batailles de Breakneck Ridge et Kiley Ridge (7 novembre - 2 décembre 1944).

Le 7 novembre 1944, le 21ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie, fraîchement débarqué dans l'île, livre son premier combat sur une hauteur le long de la HWY2, près de la Baie de Carigara. Il perce les défenses de la 1ère Division d'infanterie japonaise, récemment arrivée elle-aussi et disposée d'ouest en est au-travers de la route, qui elle est d'orientation nord-sud. Les Japonais y ont organisé un solide réseau de point d'appui fortifiés, interconnectés avec plusieurs lignes de tranchées. Les Américains surnommeront bientôt ce dispositif Breakneck Rigde, la "Colline de la Nuque Brisée".


Le 8 novembre 1944, un typhon apparaît et les pluies torrentielles vont ralentir considérablement l'avance américaine pendant plusieurs jours. Malgré ces conditions météo exécrables, le 21ème Régiment n'en poursuit pas moins la "Bataille de Breakneck Ridge". Des contre-attaques succèdent aux attaques dans les deux camps, et la colline changera de mains plusieurs fois.

Les Américains s'emparent d'une autre hauteur, la Colline 1525, 3km au sud-est de Breakneck Ridge, créant ainsi une brêche large de 6.5km au travers des défenses ennemies sur la HWY2.




Au cours des cinq jours suivants, les Américains repousseront deux contre-attaques nocturnes contre la Colline 1525. Pour anéantir les défenses japonaises, le major-général Frederick A. Irving, commandant la 24ème Division d'infanterie, décide alors d'effectuer un double mouvement d'enveloppement des positions ennemies. Le 2ème Bataillon du 19ème Régiment contourne le flanc droit japonais et coupe la HWY2 environ 5km au sud de Breakneck Ridge. Le 1er Bataillon du 34ème Régiment du lieutenant-colonel Thomas E. Clifford, arrivé par navires depuis Carigara, contourne le flanc gauche japonais par l'ouest. Après avoir traverser une ligne de collines et la rivière Leyte, les hommes de Clifford approchent du flanc gauche ennemi installé sur Kiley Ridge, la position dominant toute la région et culminant à 270m d'altitude.

Les deux bataillons américains accomplissent leur mouvement d'encerclement et effectuent leur jonction le 13 novembre 1944, à environ un kilomètre derrière les lignes japonaises. Le bataillon de Clifford tente un assaut contre Kiley Ridge par l'ouest, tandis que l'autre attaque une colline voisine à l'est. Mais ils sont repoussées et aucun des deux ne réussit à s'emparer de son objectif, principalement en raison de la nature détrempée du terrain, des pluies et de la boue persistante.


Il faudra encore deux longues semaines d'assauts du bataillon de Clifford, avec l'aide de l'artillerie de campagne, des mortiers lourds et des lance-flammes, pour s'emparer enfin de Kiley Ridge, le 2 décembre 1944. Au prix de 26 tués et 101 blessés du côté américain, près de 900 morts du côté japonais. Pour leur action, les deux unités impliquées recevront plusieurs citations présidentielles, et Clifford sera décoré de la Distinguished Service Cross, la Croix du Mérite décernée par le Congrès. Mais ce n'est que le 14 décembre 1944 que cette zone Breakneck Ridge-Kiley Rigde sera totalement nettoyée et sécurisée par la 1ère Division de cavalerie et la 32ème Division d'infanterie.


5° Prise d'Ormoc (10 décembre 1944).

Pendant que le X Corps avance dans les montagnes du nord, le XXIV Corps du général John R. Hodge n'a encore sur la côte occidentale de l'île que la 32ème Division d'infanterie, la plus grande partie de la 7ème Division d'infanterie devant sécuriser la région de Burauen. Ce n'est qu'après sa releve par la nouvelle 11ème Division aéroportée qu'Hodge disposera de la 7ème Division en entier.

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, la 32ème Division d'infanterie est attaquée par la 26ème Division d'infanterie japonaise, et certaines de ses unités doivent reculer. Mais l'infanterie américaine regagne le terrain perdu le jour suivant, avec l'aide du 767ème Bataillon de chars, du 49ème Bataillon d'artillerie de campagne (105mm) et du batterie de Long Tom (155mm) des Marines.

Harcelés par le bombardement de ces unités, les Japonais concentrent leurs efforts contre elles dans la nuit du 23 au 24 novembre 1944, détruisent plusieurs obusiers de 155mm. La journée du lendemain, le 57ème Bataillon d'artillerie de campagne vient renforcer le dispositif américain. La bataille pour Shoestring Ridge se poursuit, et les Japonais lancent encore deux autres attaques nocturnes consécutives, en dépit de leurs lourdes pertes.

Le 27 novembre 1944, le XXIV Corps passe à l'offensive générale et avance péniblement vers Ormoc, confronté à une résistance ennemie suicidaire.

Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1944, des engins amphibies du 776ème Bataillon de chars effectuent un petit débarquement sur le littoral, à environ un kilomètre derrière les lignes japonaises. Le matin suivant, cela permet aux 17ème et 184ème Régiments de la 7ème Division d'infanterie de reprendre leur avance. Cette tactique de débordement désorganise complètement les défenses de la 26ème Division d'infanterie japonaise.

Les deux régiments américains avancent ensuite au nord mais buttent contre les défenses ennemies sur la Colline 918, d'où l'on a une vue imprenable du littoral jusqu'à Ormoc. Deux jours d'intenses combats sont nécessaires pour en chasser les Japonais et sécuriser la position. Après quoi, la progression de la 7ème Division d'infanterie s'accélère. Le 6 décembre, le bataillon de tête du major-général Archibald V. Arnold est à 16km au sud d'Ormoc.


Le XXIV Corps reçoit en renfort la 77ème Division d'infanterie du major-général Andrew B. Bruce. Le 7 décembre 1944, ses 305ème, 306ème et 307ème Régiments effectuent un second débarquement à Ipil, derrière les positions japonaises. En raison de la faible réaction ennemie, leur avance est rapide.

Mais la réaction aérienne japonaise est, elle, très forte: une cinquantaine de kamikazes s'abattent sur la flotte de débarquement, coulant un Landing Ship Tank (LST), endommageant deux destroyers, deux navires de transport et quatre autres LST.

Les troupes de Bruce, appuyées par les 305ème et 902ème Bataillons d'artillerie de campagne, pénètrent enfin dans la ville à l'aube du 10 décembre 1944, après avoir tué 1,506 soldats japonais et capturés 7 prisonniers de guerre, au prix de 123 tués ou blessés et 13 disparus du côté américain. Avec la prise d'Ormoc, les X et XXIV Corps se retrouvent encore séparés par 26km. Au nord de la ville, la dernière poche japonaise résiste encore pendant deux jours aux assauts répétés du 12ème Régiments d'infanterie indépendant, avant d'être liquidé à l'artillerie lourde et aux lance-flammes du 305ème Régiment.

Parallèlement à l'avance américaine vers Ormoc, le 6 décembre 1944, les Japonais organisent une contre-attaque surprise contre les aérodromes de Burauen, effectuée par leurs 16ème et 26ème Divisions d'infanterie, à partir des montagnes du centre. Elle est combinée avec un assaut de 350 parachutistes des 3ème et 4ème Régiments aéroportés japonais, partis de Luçon et largués près des aérodromes de Buri et de San Pablo. Bien que mal cordonné, l'assaut japonais désorganise le front arrière américain au cours des quatre jours suivants, causant des dégâts à l'aviation stationnée sur les aérodromes. En général, les troupes de soutien logistique et de services administratifs de la 7ème Division d'infanterie tiennent cependant bon jusqu'à l'arrivée des renforts de la 11ème Division aéroportée et de la 38ème Division d'infanterie.


Les deux divisions américaines se concentrent dans l'élimination des parachutistes japonaises, terminée le 11 décembre 1944. En définitive, cette contre-attaque n'a que peu de conséquences sur la conduite des opérations américaines sur Leyte.


6° Marche vers l'ouest et fin de la bataille (10-31 décembre 1944).

Après la prise d'Ormoc, la 77ème Division d'infanterie s'empare le 18 décembre 1944 de l'aérodrome de Valencia, 11km au nord de la ville, et poursuit son avance au nord établir le contact avec le X Corps.

Le même jour, le général Franklin C. Sibert ordonne à la 1ère Division de cavalerie de poursuivre et de terminer son avance au sud. Le 12ème Régiment de cavalerie débouche des montagnes dans la Vallée d'Ormoc en suivant la Highway 2 (HWY2), suivie par le 271ème Bataillon d'artillerie de campagne qui nettoie les portions de route derrière l'infanterie. Au nord de la vallée, la 32ème Division d'infanterie lutte toujours face à une féroce résistance de la 1ère Division d'infanterie japonaise, sur la HWY2, après avoir fait mouvement au sud de Kiley Ridge et pénétré dans une jungle épaisse. Utilisant des lance-flammes, des chars et des mortiers, les 126ème et 127ème Régiments, au prix de sanglants combats au corps-à-corps et à la baïonnette, avance de 1,600m en cinq jours. Ce seront les pires affrontements de la campagne de Leyte.

Le 21 décembre 1944, le contact entre deux patrouilles du 12ème Régiment de cavalerie et du 306ème Régiment d'infanterie marque la jonction entre les 10ème et XXIV Corps, et la fin de la manoeuvre en tenaille de la 6ème Armée américaine entamée le 3 novembre.

Pendant que les 77ème et 32ème Divisions opèrent dans la Vallée d'Ormoc, la 11ème Division aéroportée du major-général Joseph M. Swing fait mouvement des montagnes centrales vers l'ouest. Après une dure progression entamée le 25 novembre 1944, le 511ème Régiment de parachutistes atteint Mahonag, 16km à l'ouest de Burauen, le 6 décembre, le jour où les parachutistes japonais lancent leur contre-attaque contre les aérodromes américains de Buri et de San Pablo.

Le 16 décembre 1944, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment entame le mouvement de la 7ème Division vers l'est à travers les montagnes, pour faire sa jonction avec la 11ème Division aéroportée, qui avance vers l'ouest.

Le 23 décembre 1944, après avoir éliminer la résistance japonaise sur plusieurs collines, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment effectue enfin sa jonction avec les troupes du 2ème Bataillon du 187ème Régiment d'infanterie planée. Ce qui met un terme définitif aux opérations des deux divisions américaines sur Leyte.

Le major-général Andrew D. Bruce entame le mouvement de sa 77ème Division d'infanterie vers Palompon, à l'aube du 22 décembre 1944, en faisant avancer les 2ème et 3ème Bataillon du 305ème Régiment, avec un soutien blindé, vers l'ouest en suivant le réseau routier. Ils sont accompagnés par le 302ème Bataillon du génie, qui répare et renforce les ponts pour permettre le passage des chars, de l'artillerie et des véhicules de ravitaillement. Les unités de Bruce avancent rapidement face à une résistance sporadique japonaise, jusqu'à ce que celle-ci se durcisse subitement, à environ 13km de Palompon. Pour contourner les positions ennemies, le commandant américain ordonne au 1er Bataillon du 305ème Régiment d'effectuer un débarquement depuis Ormoc.

Appuyés par les tirs de mortiers de la 2ème Brigade du génie spécial et les obusiers de 155mm du 531ème Bataillon d'artillerie de campagne, les GIs débarquent le 25 décembre 1944 à 7h20 et sécurisent le port et la zone côtière en quelques heures à peine. Avec la prise du dernier port encore aux mains des Japonais, le général Douglas MacArthur annonce la fin de la résistance organisée ennemie sur Leyte.

Le lendemain 26 décembre 1944, MacArthur transfère la conduite des opérations sur Leyte et Samar à la 8ème Armée américaine, nouvellement constituée. Les divisions des X et XXIV Corps passent donc sous son autorité. Et la 6ème Armée s'apprête à entamer son prochain grand objectif: le débarquement sur l'île de Luçon, programmer pour le 9 janvier 1945.

En attendant, les opérations se poursuivent. Le 28 décembre 1944, la 1ère Division de cavalerie atteint la côte occidentale de Leyte à Tibur et Villaba, pendant que la 32ème Division d'infanterie liquide les derniers foyers de résistance japonaise à Tabango et à la Pointe d'Antipolo. Les défenseurs japonais continueront à combattre jusqu'au 31 décembre 1944, et les derniers d'entre-eux se rendront aux autorités américaines le 8 mai 1945.



7° Bilan de la bataille de Leyte.

La bataille de Leyte est la première campagne américaine visant à la reconquête des îles Philippines. Les pertes terrestres américaines s'élèvent à 15,584 hommes mis hors-de-combat, dont 3,504 tués. Les pertes japonaises sont difficiles à établir avec certitude, mais elles sont estimées par les Américains à environ 49,000 tués, sur les 55,000 soldats qui ont combattu sur l'île pendant six semaines. Organiquement, quatre divisions de la 35ème Armée japonaise ont été détruites, ainsi que plusieurs autre unités de combat indépendantes. La marine impériale a également perdus au cours de cette période 26 navires de guerre et 46 navires de transport ou marchands.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 18 octobre 2015.


Sources principales:
Battle of Leyte (Wikipedia.org)
The US Army campaigns of World War II - Leyte (HyperWar)

2-21 octobre 1944 - Allemagne: bataille d'Aix-la-Chapelle

La bataille d'Aix-la-Chapelle (Aachen) s'est déroulée du 2 au 21 octobre 1944. C'est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés. Fin septembre, les Anglo-Américains, après avoir gagné la longue et sanglante bataille de Normandie, ont libéré en un temps record le Nord de la France et la Belgique.

Après l'échec des Britanniques à Arnhem, en Hollande, l'espoir des Américains de finir la guerre avant la fin de l'année et l'arrivée de l'hiver est de percer la Ligne Siegfried le long de la frontière belgo-allemande et de foncer jusqu'à Cologne (Köln), ce qui permettrait du même coup le contrôle des digues de la Roer (Rur) et de la Fôret de Hürtgen (Hürtgenwald), leur assurant ainsi un solide point de passage sur le Rhin.




Objectif du général Omar Bradley.

A la mi-septembre 1944, la Wehrmacht, après sa désastreuse retraite de Normandie et du sud de la France, est maintenant réduite à défendre le territoire national sur le front occidental. Les Allemands se sont retranchés sur la Ligne Siegfried (Westwall), un système de fortifications, de bunkers et d'obstacles bétonnés disposés le long de la frontière allemande, du nord des Pays-Bas jusqu'à la frontière suisse.


En dépit des pertes énormes qu'ils ont subit depuis juin 1944, les Allemands sont pervenus à recompléter une partie de leur forces sur le front occidental. Fin septembre 1944, la Wehrmacht alligne sur la Ligne Siegfried l'équivallent de 25 divisions reconstituées tant bien que mal et 230000 hommes. Mais ceux-ci comptent désormais une forte proportion de jeunes inexpérimentés et de vieillards de la Volksturm, mal équipés, mal commandés et faiblement entraînés.

Le 11 septembre 1944, lorsque la 1ère Armée US du général Courtney Hodges, après avoir libéré la totalité de la Belgique, franchit pour la première fois la frontière allemande dans la région d'Aix-la-Chapelle, l'officier allemand commandant la garnison de la ville, pris de panique, écrit une lettre à Adolf Hitler lui demandant l'autorisation de capituler. Le Führer, en réponse, le destitue et le fait remplacer par le colonel Gerhard Wilck, commandant de la 246ème Division de Volkgrenadiers (246.VGD). Le Haut-commandement allié du général Dwight Eisenhower comprend dès lors qu'il lui faudra enlever l'ancienne capitale de l'Empire Germanique par la force, au prix de durs combats hurbains, rue par rue.

Le plan de Hodges et de sa 1ère Armée US est d'encercler d'isoler la ville ennemie grâce à un double mouvement de débordement de part et d'autre, avec les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie.


Défenses du secteur d'Aix-la-Chapelle.

Le 1er octobre 1944, le front de l'ouest a été plus ou moins stabilisé, et la Wehrmacht en profite pour se reconstituer et réorganiser une solide ligne de défense. Dans ce secteur, outre les forces de première ligne, des unités de la 6ème Panzerarmee-SS de Joseph "Sepp" Dietrich ont été placé au repos à l'arrière du front et sont en cours de réorganisation. C'est le cas des 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, 2ème Division panzer-SS Das Reich, et 12ème Division panzer-SS Hitler Jugend, ainsi que des 9ème et 116ème Divisions panzers.

Photo ci-dessous: Dents de Dragon (obstacles antichars) de la Ligne Siegfried dans la région d'Aix-la-Chapelle.


Aix-la-Chapelle, dont la population de 160000 habitants a été evacuée sur ordre d'Hitler, est sous la responsabilité du 81ème Korps commandé par le général Friedrich Koechling, qui comprend quatre divisions incomplètes: 183ème et 246ème de Volksgrenadiers, 12ème et 49ème d'infanterie. Ces forces, auxquelles sont ratâchés les blindés du 506ème Bataillon et de la 108ème Brigade panzers, regroupent 20000 hommes. Koechling peut également compter sur un embryon des 116ème Division panzer et 3ème Division de panzergrenadiers, détruites pendant la libération de la France et reformées, 4000 hommes.

La 246ème Division de Volksgrenadiers remplace la 116ème Division panzer et est chargée de la défense intérieure. Le secteur nord est couvert par la 183ème Division de Volksgrenadiers et la 49ème Division d'infanterie. Le secteur sud, par la 12ème Division d'infanterie. Au cours de la bataille, durant les semaines suivantes, des unités des divisions de la 6ème Panzerarmee-SS viendront renforcer les défenseurs allemands. Ses renforts seront estimés à 20000 hommes supplémentaires.

Soit un effectif total de 44000 soldats allemands.

Photo ci-dessous: le Feldmarshall Walter Model, commandant du Heeresgruppe B, inspectant le front de la 246ème Division de volksgrenadiers dans la région d'Aix-la-Chapelle, en octobre 1944.



Forces américaines engagées.

L'encerclement et la capture d'Aix-la-Chapelle reviennent à deux divisions d'élite américaines: la 30ème Division d'infanterie du 19ème Corps US (Charles H. Corlett), au nord, et la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US (Joseph Collins), au sud.

Au nord, la 30ème Division d'infanterie du major-général Leland Hobbs est assisté dans sa tâche par les chars de la 2ème Division blindée, et ses flancs couverts par la 29ème Division d'infanterie.

Au sud, des éléments des 9ème Division d'infanterie et 3ème Division blindée renforcent le dispositif de la 1ère Division d'infanterie, commandée par le major-général Clarence R. Huebner.

Les forces américaines engagées dans cette bataille sont estimées à environ 45000 GIs.


Combats de rue dans l'ancienne capitale de Charlemagne.

1° Avance américaine au nord (2-8 octobre 1944).

L'offensive du 19ème Corps US débute le 2 octobre 1944 avec une préparation d'artilerie de la 30ème Division d'infanterie. Mais la résistance allemande est très efficace et très dure, les pertes américaines sont lourdes. Les GIs doivent éliminer péniblement les bunkers et points d'appui allemands aux lance-flammes et aux charges d'explosifs. Dans la soirée, cependant, la 30ème Division d'infanterie perce le front ennemi et s'empare de la localité de Palenberg. Durant cette première journée, les actions de la 30ème Division ont été secondé également par une attaque de diversion de la 29ème Division, sur son flanc gauche.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque, qui est finalement brisée par l'artillerie américaine.


Le 3 octobre 1944, l'avance de la 30ème Division d'infanterie est sans cesse ralentie par une succession de contre-attaques allemandes. La localité de Rimburg est prise. Des chars Sherman de la 2ème Division blindée s'emparent d'Ubach. En fin de journée, les Américains franchissent la rivière Wurm. Les Allemands poursuivent leurs contre-attaques pour reprendre Ubach, causant de lourdes pertes dans l'infanterie et l'artillerie américaine.

Le 4 octobre 1944, l'avance américaine est limitée, bien que les localités d'Hoverder et de Beggendorf soient occupées. En trois jours de combat, la 30ème Division d'infanterie a enregistré la perte de 1800 tués et blessés.

La progression américaine s'accélère le 5 octobre 1944, avec la prise de Merkstein-Herbach. Des contre-attaques allemandes infructueuses pour reprendre Urbach se poursuivent le jour suivant, toutes brisées par l'infanterie américaine.

Une ultime contre-attaque allemande est lancée le 8 octobre 1944, avec l'appui de chars Tigre de la 108ème Brigade panzer, mais est elle-aussi repoussée sur ses positions de départ, bien qu'elle occasionne de pertes sérieuses dans les rangs américains. Un peleton de chars Sherman attaque la localité de Mariadorf, à l'arrière du front, et en chasse les Allemands en fin de journée.

Dans l'incapacité de stopper l'avance américaine au nord d'Aix-la-Chapelle, le commandement allemand procède au transfert de la 3ème Division de panzergrenadiers à l'intérieur de la ville pour renforcer les défenseurs. Le déplacement de cette division est suivi par celui du 1er Panzerkorps-SS, composé de la 116ème Division panzer et des Tigre du Bataillon de Chars Lourds 101 de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.


2° Avance américaine au sud (8-11 octobre 1944).

Au sud, la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US débute son offensive le 8 octobre 1944. Les combats sont particulièrement violents à Verlautenheide et sur la Colline 231, surnommée "Crucifix Hill" et capturée en fin de journée par la compagnie C du 18ème Régiment, commandée par le capitaine Bobbie E. Brown.

Le 9 octobre 1944, bien que ralentie par les contre-attaques allemandes visant à reprendre Crucifix Hill, la 1ère Division d'infanterie poursuit avec succès l'encerclement de la ville.

Le 10 octobre 1944, le commandant divisionnaire, le major-général Clarence R. Huebner, délivre un ultimatum aux défenseurs allemands, les sommant de capituler avant vingt-quatre heures. Mais ceux-ci rejettent l'offre catégoriquement.

En réponse à cela, le lendemain, l'artillerie américaine entame le pillonage et déverse sur la ville 5000 obus et 153 tonnes d'explosifs rien que dans la journée du 11 octobre 1944. Aix-la-Chapelle devient également la cible de l'aviation tactique.


3° Jonction des 1ère et 30ème Divisions d'infanterie (11-16 octobre 1944).

Les pertes américaines s'accroissent en raison des continuelles contre-attaques et de l'efficacité des réseaux de bunkers et de fortifications allemandes.

Le 12 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque majeure contre la 30ème Division d'infanterie. Mais elle est brisée grâce à l'intervention de l'artillerie de campagne divisionnaire et des défenses antichars mises en place par les Américains. Dans le village de Birk, un seul char Sherman bloque l'avance allemande pendant trois heures et parvient à mettre plusieurs blindés ennemis hors de combat, forçant ainsi les Allemands à se retirer sur leurs positions de départ.

La position du char américain est ensuite renforcée grâce à l'arrivée inopinée de la 2ème Division blindée dans cette zone. La 30ème Division d'infanterie repasse à l'offensive sur toute la largeur de sa ligne de front, et en dépit des incessantes contre-attaques allemandes, elle poursuit son avance au sud d'Aix-la-Chapelle, cherchant le contact avec la 1ère Division d'infanterie. Pour l'aider dans cette tâche, le commandement lui a adjoint plusieurs bataillons d'infanterie de la 29ème Division d'infanterie voisine.

Le même jour, au nord, deux régiments d'infanterie allemands contre-attaquent la 1ère Division d'infanterie, dans l'intention de reprende Crucifix Hill. Sur cette hauteur, les combats seront particulièrement durs et sanglants, les deux régiments allemands réussissant à prendre temporairement le contrôle de la position, avant d'être isolés et complètement détruits en fin de journée.

Entre le 11 et le 13 octobre 1944, l'artillerie de la 1ère Division et l'aviation alliée bombardent directement les défenseurs allemands à l'intérieur d'Aix-la-Chapelle même.

Le 14 octobre 1944, le 26ème Régiment de cette division reçoit l'ordre de nettoyer la zone industrielle, dans sa périphérie, pour préparer son avance dans les rues du centre-ville.

Le 16 octobre 1944, les Allemands lancent une enième attaque contre les positions de la 1ère Division d'infanterie, avec le même résultat décevant des précédentes, dans l'espoir de stopper le mouvement d'encerclement des deux bras de la pince américaine.

La 30ème Division d'infanterie, avec des éléments de la 29ème Division et de la 2ème Division blindées, poursuit son attaque vers le sud, entre les 13 et 16 octobre 1944, en particulier dans la zone du village de Würselen. Cependant, en dépit du soutien aérien et de l'artillerie de campagne, ces unités ne parviennent plus à éliminer les défenses allemandes, à avancer et effectuer leur jonction avec les forces américaines au sud d'Aix-la-Chapelle.

Par conséquent, le major-général Leland Hobbs décide de ne plus attaquer de front mais de tenter une percée décisive par les flancs, en attaquant avec deux bataillons d'infanterie dans d'autres secteurs. Sa manoeuvre réussit pleinement et, ce 16 octobre, les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie réussissent enfin à établir leur jonction. A cette date, depuis le début de l'offensive américaine, deux semaines plus tôt, les combats ont coûté au 19ème Corps US près de 400 tués et 2000 blessés, 72% de ces pertes venant de la 30ème Division. Du côté allemand, environ 630 tués et 4400 blessés.

C'est le tour de la 3ème Division de panzergrenadiers, tout juste arrivée sur zone, de lancer ses propres attaques contre la 1ère Division d'infanterie. Mais après avoir subit de lourdes pertes, près de 600 tués et blessés, elle doit renoncer à son tour et suspendre ses opérations offensives.



4° Combats hurbains (13-21 octobre 1944).

Il reste maintenant aux Américains à réduire le "noyau dur" allemands: la défense intérieure d'Aix-la-Chapelle est assurée par 5000 Allemands, de la Wehrmacht, des Panzers-SS, de personnel de l'aviation, de la marine et de la police municipale.

Le 13 octobre 1944, en raison des opérations d'encerclement menées simultanément, les forces américaines ne peuvent alligner pour investir la ville que les 2ème et 3ème Bataillons du 26ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie, équipés de lance-flammes, de mortiers, de mitrailleuses lourdes, de quelques chars Sherman et d'une batterie d'obusiers de 155mm.

Ce seront les pires combats de la bataille d'Aix-la-Chapelle. Les Allemands et les Américains s'y livreront de féroces combats de rues, de maisons, d'escarmouches, d'embuscades. Des dizaines de foyers de résistances que les GIs devront implacablement réduire un par un, aux lance-flammes, à la baïonnette et au corps-à-corps s'y nécessaire.

Le 18 octobre 1944, le 3ème Bataillon du 26ème Régiment s'apprête à prendre d'assaut l'Hotel Quellenhof, servant de QG à la "Forteresse Aachen" et le point de résistance allemand le plus solide. Dans la nuit du 18 au 19 octobre, les défenseurs du bâtiment sont encore renforcés par 300 combattants aguerris de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.

Pour réduire cette position stratégique, les Américains ne prennent pas de risques inutiles: ils pilonnent l'hôtel en tirs directs aux mortiers, aux chars et aux obusiers de 155mm.

Le 21 octobre 1944, pour les Allemands, c'est la fin! Le 26ème Régiment d'infanterie américain nettoie les derniers foyers de résistance dans les parties centre et ouest de la ville. Le lendemain, après la prise des ruines de l'Hotel Quellenhof, ce qui reste de la garnison allemande dépose les armes.


Bilan de la bataille.

La bataille d'Aix-la-Chapelle aura coûté aux deux adversaires de lourdes pertes. Du côté allemand, sur un effectif total engagé de 44000 hommes, environ 5000 tués et blessés, 5600 prisonniers capturés. Durant les combats de rues à l'intérieur même de la ville (13-21 octobre), le commandement allemand admet la perte de 5100 hommes, dont 3473 prisonniers.

Du côté américain, la 30ème Division d'infanterie enregistre la perte de 3000 tués et blessés. La 1ère Division d'infanterie, 150 tués et 1200 blessés.

Organiquement, la Wehrmacht a perdu en trois semaines deux divisions d'infanterie ou de volksgrenadiers complètes. Plus huit autres endommagés à divers degrés. Mais c'est au niveau du symbole que l'effet est le plus dévastateur pour le Troisième Reich: Aix-la-Chapelle est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés, occidentaux ou soviétiques.


De toute façon, les opérations offensives américaines dans cette zone du front sont loin d'être terminées. Car la 1ère Armée US du général Courtney Hodges est maintenant durement engagée dans la Fôret de Hürtgen, la région de Düren au sud-est d'Aix-la-Chapelle, et le contrôle des barrages sur la Roer.





Série documentaire, les "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Dailymotion.


"La bataille d'Allemagne" - 1ère partie: "Le dernier sursaut d'Hitler".












Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article rédigé le 27 décembre 2014.


Sources principales:
The Battle of Aachen (October 1944) (Wikipedia.org)