2-21 octobre 1944 - Allemagne: bataille d'Aix-la-Chapelle

La bataille d'Aix-la-Chapelle (Aachen) s'est déroulée du 2 au 21 octobre 1944. C'est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés. Fin septembre, les Anglo-Américains, après avoir gagné la longue et sanglante bataille de Normandie, ont libéré en un temps record le Nord de la France et la Belgique.

Après l'échec des Britanniques à Arnhem, en Hollande, l'espoir des Américains de finir la guerre avant la fin de l'année et l'arrivée de l'hiver est de percer la Ligne Siegfried le long de la frontière belgo-allemande et de foncer jusqu'à Cologne (Köln), ce qui permettrait du même coup le contrôle des digues de la Roer (Rur) et de la Fôret de Hürtgen (Hürtgenwald), leur assurant ainsi un solide point de passage sur le Rhin.




Objectif du général Omar Bradley.

A la mi-septembre 1944, la Wehrmacht, après sa désastreuse retraite de Normandie et du sud de la France, est maintenant réduite à défendre le territoire national sur le front occidental. Les Allemands se sont retranchés sur la Ligne Siegfried (Westwall), un système de fortifications, de bunkers et d'obstacles bétonnés disposés le long de la frontière allemande, du nord des Pays-Bas jusqu'à la frontière suisse.


En dépit des pertes énormes qu'ils ont subit depuis juin 1944, les Allemands sont pervenus à recompléter une partie de leur forces sur le front occidental. Fin septembre 1944, la Wehrmacht alligne sur la Ligne Siegfried l'équivallent de 25 divisions reconstituées tant bien que mal et 230000 hommes. Mais ceux-ci comptent désormais une forte proportion de jeunes inexpérimentés et de vieillards de la Volksturm, mal équipés, mal commandés et faiblement entraînés.

Le 11 septembre 1944, lorsque la 1ère Armée US du général Courtney Hodges, après avoir libéré la totalité de la Belgique, franchit pour la première fois la frontière allemande dans la région d'Aix-la-Chapelle, l'officier allemand commandant la garnison de la ville, pris de panique, écrit une lettre à Adolf Hitler lui demandant l'autorisation de capituler. Le Führer, en réponse, le destitue et le fait remplacer par le colonel Gerhard Wilck, commandant de la 246ème Division de Volkgrenadiers (246.VGD). Le Haut-commandement allié du général Dwight Eisenhower comprend dès lors qu'il lui faudra enlever l'ancienne capitale de l'Empire Germanique par la force, au prix de durs combats hurbains, rue par rue.

Le plan de Hodges et de sa 1ère Armée US est d'encercler d'isoler la ville ennemie grâce à un double mouvement de débordement de part et d'autre, avec les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie.


Défenses du secteur d'Aix-la-Chapelle.

Le 1er octobre 1944, le front de l'ouest a été plus ou moins stabilisé, et la Wehrmacht en profite pour se reconstituer et réorganiser une solide ligne de défense. Dans ce secteur, outre les forces de première ligne, des unités de la 6ème Panzerarmee-SS de Joseph "Sepp" Dietrich ont été placé au repos à l'arrière du front et sont en cours de réorganisation. C'est le cas des 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, 2ème Division panzer-SS Das Reich, et 12ème Division panzer-SS Hitler Jugend, ainsi que des 9ème et 116ème Divisions panzers.

Photo ci-dessous: Dents de Dragon (obstacles antichars) de la Ligne Siegfried dans la région d'Aix-la-Chapelle.


Aix-la-Chapelle, dont la population de 160000 habitants a été evacuée sur ordre d'Hitler, est sous la responsabilité du 81ème Korps commandé par le général Friedrich Koechling, qui comprend quatre divisions incomplètes: 183ème et 246ème de Volksgrenadiers, 12ème et 49ème d'infanterie. Ces forces, auxquelles sont ratâchés les blindés du 506ème Bataillon et de la 108ème Brigade panzers, regroupent 20000 hommes. Koechling peut également compter sur un embryon des 116ème Division panzer et 3ème Division de panzergrenadiers, détruites pendant la libération de la France et reformées, 4000 hommes.

La 246ème Division de Volksgrenadiers remplace la 116ème Division panzer et est chargée de la défense intérieure. Le secteur nord est couvert par la 183ème Division de Volksgrenadiers et la 49ème Division d'infanterie. Le secteur sud, par la 12ème Division d'infanterie. Au cours de la bataille, durant les semaines suivantes, des unités des divisions de la 6ème Panzerarmee-SS viendront renforcer les défenseurs allemands. Ses renforts seront estimés à 20000 hommes supplémentaires.

Soit un effectif total de 44000 soldats allemands.

Photo ci-dessous: le Feldmarshall Walter Model, commandant du Heeresgruppe B, inspectant le front de la 246ème Division de volksgrenadiers dans la région d'Aix-la-Chapelle, en octobre 1944.



Forces américaines engagées.

L'encerclement et la capture d'Aix-la-Chapelle reviennent à deux divisions d'élite américaines: la 30ème Division d'infanterie du 19ème Corps US (Charles H. Corlett), au nord, et la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US (Joseph Collins), au sud.

Au nord, la 30ème Division d'infanterie du major-général Leland Hobbs est assisté dans sa tâche par les chars de la 2ème Division blindée, et ses flancs couverts par la 29ème Division d'infanterie.

Au sud, des éléments des 9ème Division d'infanterie et 3ème Division blindée renforcent le dispositif de la 1ère Division d'infanterie, commandée par le major-général Clarence R. Huebner.

Les forces américaines engagées dans cette bataille sont estimées à environ 45000 GIs.


Combats de rue dans l'ancienne capitale de Charlemagne.

1° Avance américaine au nord (2-8 octobre 1944).

L'offensive du 19ème Corps US débute le 2 octobre 1944 avec une préparation d'artilerie de la 30ème Division d'infanterie. Mais la résistance allemande est très efficace et très dure, les pertes américaines sont lourdes. Les GIs doivent éliminer péniblement les bunkers et points d'appui allemands aux lance-flammes et aux charges d'explosifs. Dans la soirée, cependant, la 30ème Division d'infanterie perce le front ennemi et s'empare de la localité de Palenberg. Durant cette première journée, les actions de la 30ème Division ont été secondé également par une attaque de diversion de la 29ème Division, sur son flanc gauche.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque, qui est finalement brisée par l'artillerie américaine.


Le 3 octobre 1944, l'avance de la 30ème Division d'infanterie est sans cesse ralentie par une succession de contre-attaques allemandes. La localité de Rimburg est prise. Des chars Sherman de la 2ème Division blindée s'emparent d'Ubach. En fin de journée, les Américains franchissent la rivière Wurm. Les Allemands poursuivent leurs contre-attaques pour reprendre Ubach, causant de lourdes pertes dans l'infanterie et l'artillerie américaine.

Le 4 octobre 1944, l'avance américaine est limitée, bien que les localités d'Hoverder et de Beggendorf soient occupées. En trois jours de combat, la 30ème Division d'infanterie a enregistré la perte de 1800 tués et blessés.

La progression américaine s'accélère le 5 octobre 1944, avec la prise de Merkstein-Herbach. Des contre-attaques allemandes infructueuses pour reprendre Urbach se poursuivent le jour suivant, toutes brisées par l'infanterie américaine.

Une ultime contre-attaque allemande est lancée le 8 octobre 1944, avec l'appui de chars Tigre de la 108ème Brigade panzer, mais est elle-aussi repoussée sur ses positions de départ, bien qu'elle occasionne de pertes sérieuses dans les rangs américains. Un peleton de chars Sherman attaque la localité de Mariadorf, à l'arrière du front, et en chasse les Allemands en fin de journée.

Dans l'incapacité de stopper l'avance américaine au nord d'Aix-la-Chapelle, le commandement allemand procède au transfert de la 3ème Division de panzergrenadiers à l'intérieur de la ville pour renforcer les défenseurs. Le déplacement de cette division est suivi par celui du 1er Panzerkorps-SS, composé de la 116ème Division panzer et des Tigre du Bataillon de Chars Lourds 101 de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.


2° Avance américaine au sud (8-11 octobre 1944).

Au sud, la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US débute son offensive le 8 octobre 1944. Les combats sont particulièrement violents à Verlautenheide et sur la Colline 231, surnommée "Crucifix Hill" et capturée en fin de journée par la compagnie C du 18ème Régiment, commandée par le capitaine Bobbie E. Brown.

Le 9 octobre 1944, bien que ralentie par les contre-attaques allemandes visant à reprendre Crucifix Hill, la 1ère Division d'infanterie poursuit avec succès l'encerclement de la ville.

Le 10 octobre 1944, le commandant divisionnaire, le major-général Clarence R. Huebner, délivre un ultimatum aux défenseurs allemands, les sommant de capituler avant vingt-quatre heures. Mais ceux-ci rejettent l'offre catégoriquement.

En réponse à cela, le lendemain, l'artillerie américaine entame le pillonage et déverse sur la ville 5000 obus et 153 tonnes d'explosifs rien que dans la journée du 11 octobre 1944. Aix-la-Chapelle devient également la cible de l'aviation tactique.


3° Jonction des 1ère et 30ème Divisions d'infanterie (11-16 octobre 1944).

Les pertes américaines s'accroissent en raison des continuelles contre-attaques et de l'efficacité des réseaux de bunkers et de fortifications allemandes.

Le 12 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque majeure contre la 30ème Division d'infanterie. Mais elle est brisée grâce à l'intervention de l'artillerie de campagne divisionnaire et des défenses antichars mises en place par les Américains. Dans le village de Birk, un seul char Sherman bloque l'avance allemande pendant trois heures et parvient à mettre plusieurs blindés ennemis hors de combat, forçant ainsi les Allemands à se retirer sur leurs positions de départ.

La position du char américain est ensuite renforcée grâce à l'arrivée inopinée de la 2ème Division blindée dans cette zone. La 30ème Division d'infanterie repasse à l'offensive sur toute la largeur de sa ligne de front, et en dépit des incessantes contre-attaques allemandes, elle poursuit son avance au sud d'Aix-la-Chapelle, cherchant le contact avec la 1ère Division d'infanterie. Pour l'aider dans cette tâche, le commandement lui a adjoint plusieurs bataillons d'infanterie de la 29ème Division d'infanterie voisine.

Le même jour, au nord, deux régiments d'infanterie allemands contre-attaquent la 1ère Division d'infanterie, dans l'intention de reprende Crucifix Hill. Sur cette hauteur, les combats seront particulièrement durs et sanglants, les deux régiments allemands réussissant à prendre temporairement le contrôle de la position, avant d'être isolés et complètement détruits en fin de journée.

Entre le 11 et le 13 octobre 1944, l'artillerie de la 1ère Division et l'aviation alliée bombardent directement les défenseurs allemands à l'intérieur d'Aix-la-Chapelle même.

Le 14 octobre 1944, le 26ème Régiment de cette division reçoit l'ordre de nettoyer la zone industrielle, dans sa périphérie, pour préparer son avance dans les rues du centre-ville.

Le 16 octobre 1944, les Allemands lancent une enième attaque contre les positions de la 1ère Division d'infanterie, avec le même résultat décevant des précédentes, dans l'espoir de stopper le mouvement d'encerclement des deux bras de la pince américaine.

La 30ème Division d'infanterie, avec des éléments de la 29ème Division et de la 2ème Division blindées, poursuit son attaque vers le sud, entre les 13 et 16 octobre 1944, en particulier dans la zone du village de Würselen. Cependant, en dépit du soutien aérien et de l'artillerie de campagne, ces unités ne parviennent plus à éliminer les défenses allemandes, à avancer et effectuer leur jonction avec les forces américaines au sud d'Aix-la-Chapelle.

Par conséquent, le major-général Leland Hobbs décide de ne plus attaquer de front mais de tenter une percée décisive par les flancs, en attaquant avec deux bataillons d'infanterie dans d'autres secteurs. Sa manoeuvre réussit pleinement et, ce 16 octobre, les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie réussissent enfin à établir leur jonction. A cette date, depuis le début de l'offensive américaine, deux semaines plus tôt, les combats ont coûté au 19ème Corps US près de 400 tués et 2000 blessés, 72% de ces pertes venant de la 30ème Division. Du côté allemand, environ 630 tués et 4400 blessés.

C'est le tour de la 3ème Division de panzergrenadiers, tout juste arrivée sur zone, de lancer ses propres attaques contre la 1ère Division d'infanterie. Mais après avoir subit de lourdes pertes, près de 600 tués et blessés, elle doit renoncer à son tour et suspendre ses opérations offensives.



4° Combats hurbains (13-21 octobre 1944).

Il reste maintenant aux Américains à réduire le "noyau dur" allemands: la défense intérieure d'Aix-la-Chapelle est assurée par 5000 Allemands, de la Wehrmacht, des Panzers-SS, de personnel de l'aviation, de la marine et de la police municipale.

Le 13 octobre 1944, en raison des opérations d'encerclement menées simultanément, les forces américaines ne peuvent alligner pour investir la ville que les 2ème et 3ème Bataillons du 26ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie, équipés de lance-flammes, de mortiers, de mitrailleuses lourdes, de quelques chars Sherman et d'une batterie d'obusiers de 155mm.

Ce seront les pires combats de la bataille d'Aix-la-Chapelle. Les Allemands et les Américains s'y livreront de féroces combats de rues, de maisons, d'escarmouches, d'embuscades. Des dizaines de foyers de résistances que les GIs devront implacablement réduire un par un, aux lance-flammes, à la baïonnette et au corps-à-corps s'y nécessaire.

Le 18 octobre 1944, le 3ème Bataillon du 26ème Régiment s'apprête à prendre d'assaut l'Hotel Quellenhof, servant de QG à la "Forteresse Aachen" et le point de résistance allemand le plus solide. Dans la nuit du 18 au 19 octobre, les défenseurs du bâtiment sont encore renforcés par 300 combattants aguerris de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.

Pour réduire cette position stratégique, les Américains ne prennent pas de risques inutiles: ils pilonnent l'hôtel en tirs directs aux mortiers, aux chars et aux obusiers de 155mm.

Le 21 octobre 1944, pour les Allemands, c'est la fin! Le 26ème Régiment d'infanterie américain nettoie les derniers foyers de résistance dans les parties centre et ouest de la ville. Le lendemain, après la prise des ruines de l'Hotel Quellenhof, ce qui reste de la garnison allemande dépose les armes.


Bilan de la bataille.

La bataille d'Aix-la-Chapelle aura coûté aux deux adversaires de lourdes pertes. Du côté allemand, sur un effectif total engagé de 44000 hommes, environ 5000 tués et blessés, 5600 prisonniers capturés. Durant les combats de rues à l'intérieur même de la ville (13-21 octobre), le commandement allemand admet la perte de 5100 hommes, dont 3473 prisonniers.

Du côté américain, la 30ème Division d'infanterie enregistre la perte de 3000 tués et blessés. La 1ère Division d'infanterie, 150 tués et 1200 blessés.

Organiquement, la Wehrmacht a perdu en trois semaines deux divisions d'infanterie ou de volksgrenadiers complètes. Plus huit autres endommagés à divers degrés. Mais c'est au niveau du symbole que l'effet est le plus dévastateur pour le Troisième Reich: Aix-la-Chapelle est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés, occidentaux ou soviétiques.


De toute façon, les opérations offensives américaines dans cette zone du front sont loin d'être terminées. Car la 1ère Armée US du général Courtney Hodges est maintenant durement engagée dans la Fôret de Hürtgen, la région de Düren au sud-est d'Aix-la-Chapelle, et le contrôle des barrages sur la Roer.





Série documentaire, les "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Dailymotion.


"La bataille d'Allemagne" - 1ère partie: "Le dernier sursaut d'Hitler".












Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article rédigé le 27 décembre 2014.


Sources principales:
The Battle of Aachen (October 1944) (Wikipedia.org)

2 comments:

Frédéric said...

Bonjour, je signale un mot manquant dans le paragraphe suivant :

Le Haut-commandement allié du général Dwight Eisenhower comprend dès lors qu'il lui faudra enlever l'ancienne capitale de l'Empire Germanique par la force, au prix de durs ''hurbains'', rue par rue.

C'est plutôt ''combats urbains'' ?

Jacqueline Adelaide Devereaux said...

Je corrige, je corrige...