28 juin 1942 - 2 février 1943 - Union Soviétique: bataille de Stalingrad

La bataille de Stalingrad est, sinon la plus importante, au moins une des plus grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale, du point du vue des effectifs engagés, entre l'Allemagne nazie et l'Union Soviétique. L'objectif allemand étant le contrôle de cette ville, le plus important centre de communication et le plus grand centre industriel dans cette région Sud-Est de la Russie, sur le fleuve Volga.

Cette bataille titanesque se déroule du 28 juin 1942, date du déclenchement de Fall Blau (Plan Bleu), c'est-à-dire l'offensive de l'Axe dans la Grande Boucle du Don vers les champs pétrolifères du Caucase et la Volga, au 2 février 1943, qui marque la reddition des dernières unités allemandes piégées dans les ruines de Stalingrad.

Avec ses opérations annexes (Uranus, Petite Saturne et Tempête d'Hiver), elle est la plus sanglante dans l'histoire militaire. Au total environ deux millions d'hommes mis hors de combat (tués, blessés et disparus): 841000 Allemands et alliés Roumains, Hongrois et Italiens, contre 1.13 million de Soviétiques, et cela sans compter les pertes civiles. La bataille de Stalingrad, aujourd'hui rebaptisée Volgograd, marque l'anéantissement complet de la 6ème Armée allemande, et est un des tournants décisifs du conflit sur le front de l'Est.




Contexte historique: l'invasion allemande de l'URSS.

Le 22 juin 1941, la Wehrmacht lance l'opération Barbarossa (1). Au début, l'invasion de l'Union Soviétique est foudroyante: les troupes de l'Axe avancent très rapidement et balaient l'un après l'autre les groupes d'armées soviétiques, faisant un nombre record de prisonniers de guerre (plus de 2.5 millions en août 1941).

Mais avec l'apparition des pluies et de la terrible boue, la Raspoutitsa qui paralyse les unités mécanisées allemandes, puis du gel et de l'hiver russe, l'Armée Rouge se ressaisit et lance, le 5 décembre 1941, sa contre-offensive générale. La Wehrmacht, qui est parvenue à moins de quarantaine de kilomètres de la capitale ennemie, doit maintenant effectuer une retraite précipitée et désordonnée, vers l'Ouest. La bataille de Moscou marque le premier revers important des Allemands sur le front de l'Est.


En février-mars 1942, avec le dégel et le retour de la boue, le front soviétique se stabilise, et c'est maintenant le tour de l'Armée Rouge de marquer le pas et de faire les frais de la Raspoutitsa. Les Allemands décident alors, à la fin de l'automne, de concentrer leurs efforts dans la partie sud du front de l'Est, d'avancer à travers la Grande Boucle du Don, vers les richesses pétrolifères et les immenses champs de blé du Caucase, ainsi que vers la plus importante ville industrielle et le plus important centre de communication du Sud-Est de l'Union Soviétique, sur la Volga: Stalingrad (aujourd'hui Volgograd).

Le nom de la ville représente bien entendu, tant pour les Allemands que pour les Soviétiques, un symbole. C'est une question de prestige: sa prise serait considérée par la propagande nazie comme une éclatante victoire sur les Bolchéviques. Staline, de son côté, ne peut se permettre de la perdre pour les mêmes raisons. Cet élément va contribuer à cristalliser les deux adversaires, qui vont jetter dans la bataille toutes leurs forces disponibles.


(1) Blogosphère Mara, "22 juin - 5 décembre 1941 - Opération Barbarossa: invasion de l'Union Soviétique"


Plan Bleu: offensive d'été 1942 du Heeresgruppe Sud.

Le Heeresgruppe (Groupe d'Armée) Sud, qui avait conquis l'Ukraine et la Crimée en 1941, est sélectionné pour lancer l'offensive à travers les steppes russes vers le Caucase et ses richesses pétrolifères, vitales pour l'Union Soviétique. Le plan allemand est baptisé Fall Blau ("Plan Bleu") et inclut la participation de quatre armées, dont deux blindées.

Mais Adolf Hitler, intervenant maintenant directement dans les décisions et les planifications militaires de l'OKH sur le front Est, ordonne que le Heeresgruppe Sud soit morcelé en deux entitées. Le nouveau Heeresgruppe A, commandé par le maréchal Wilhelm List, est chargé d'avancer au sud vers Groznyi et les Montagnes du Caucase avec la 1ère Panzerarmee et la 17ème Armée allemande.

Le Heeresgruppe B, commandé par les maréchaux Fedor von Bock puis Maximilian von Weichs, comprend la 6ème Armée du général Friedrich Paulus et la 4ème Panzerarmee du général Hermann Hoth, doit avancer vers l'est et Stalingrad.

Le déclenchement du Plan Bleu est planifié pour la fin du mois de mai 1942. Cependant, en raison du siège de Sébastopol, en Crimée, qui absorbe un certain nombre d'unités allemandes et roumaines désignées pour y participer, le déclenchement de l'offensive d'été de l'Axe est rapporté à plusieurs reprises à des dates ultérieures.


Fall Blau est finalement lancé le 28 juin 1942. L'offensive allemande débute bien. Les forces soviétiques offrent peu de résistance à travers les steppes et reculent vers l'Est. Plusieurs tentatives de l'Armée Rouge pour établir une ligne de défense échouent lorsqu'elle est menacée de débordement. Deux grandes poches de résistance russes sont liquidées, la première au nord-est de Kharkov, le 2 juillet 1942, la seconde autour de Millerovo, dans le secteur de Rostov-sur-le-Don, une semaine plus tard. Dans le même temps, la 2ème Armée hongroise et la 4ème Panzerarmee allemande lancent une attaque conjointe contre Voronej, qui tombe le 5 juillet 1942.

L'avance initiale de la 6ème Armée est si rapide qu'Hitler intervient et ordonne à la 4ème Panzerarmee de rejoindre le Heeresgruppe A dans son avance vers le Caucase. Il résulte de cette malheureuse décision un gigantesque embouteillage de véhicules lorsque les unités de deux armées allemandes empruntent en sens inverse les mêmes réseaux routiers, rares dans ce secteur. Elles se retrouvent immobilisées. Le temps de résoudre cette situation inextricable retarde l'avance allemande d'au moins une semaine. En conséquence de quoi, Hitler change de nouveau les ordres de la 4ème Panzerarmee et lui réassigne Stalingrad comme objectif.

Carte ci-dessous: Plan Bleu, avance allemande du 7 mai au 23 juillet 1942.


A la fin de juillet 1942, les Allemands ont repoussé les Soviétiques sur l'autre rive du Don. A leur point le plus proche, le Don et la Volga sont séparés d'à peine 70km. Au cours de leur avance, les Allemands utilisent les armées de leurs alliés Roumains, Italiens et Hongrois pour assurer leur flanc nord. Souvent accusés par les Allemands de lâchetés et de couardises, ceux-ci sont mal considérés. Mais leur inefficacité générale résulte surtout, particulièrement dans le cas des Italiens, non au manque de courage de hommes de troupes, mais plutôt à la vétusté de leur équipement et des tactiques dépassées employées par les officiers.

La 6ème Armée allemande se retrouve bientôt à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Stalingrad, et la 4ème Panzerarmee, qui manoeuvre sur son flanc sud, infléchit son axe d'attaque vers le nord et converge elle-aussi vers la ville.

Simultanément, dans le secteur du Heeresgruppe A, la 17ème Armée allemande et la 1ère Panzerarmee poursuivent leur avance au sud dans le Caucase, vers la ville de Groznyi. Leur ligne de ravitaillement se retrouvent ainsi étirées au maximum. Les deux groupes d'armées allemands évoluent désormais indépendament l'un de l'autre, et la distance entre les deux n'arrête de croître.

Photo ci-dessous: l'avance d'un StuG III allemand dans les steppes russes vers Stalingrad.



Début de la bataille de Stalingrad.

A Moscou, le 28 juillet 1942, Joseph Staline publie son Ordre du jour n°227: "Plus un pas en arrière!" (2) Ce texte, qui est lu dans toutes les unités de l'Armée Rouge, mentionne explicitement: "Les paniquards et les lâches doivent être exterminés sur place. L'idée de la retraite doit être éliminée de façon définitive... Les chefs militaires ayant permis l'abandon volontaire de positions doivent être privés de leur commandement et déférés immédiatement en conseil de guerre... Quiconque se rend est un traitre à la Mère Patrie... Chaque armée doit créer trois à cinq détachements bien armés, pouvant comprendre jusqu'à 200 hommes chacun, pour former une ligne derrière les vagues d'assaut, chargée d'abattre tout soldat tentant de fuir..."

L'objectif des Allemands étant devenu très clair, les Soviétiques évacuent tout ce qui est possible hors de la ville de Stalingrad menacée, sur l'autre rive de la Volga et en dehors du rayon d'action de l'aviation ennemie: stocks de blé, bétail, matériel roulant et ferroviaire. Cependant, cette "Victoire de la Moisson" laisse la population civile, que Staline refuse obstinément d'évacuer, pratiquement démunie et sans ressources, et ce avant même le début de l'attaque allemande.

La production industrielle se poursuit dans quelques usines, en particulier l'Usine des Tracteurs, l'usine Octobre Rouge et l'usine Barricade, qui fabriquent des chars T-34. Avant que la Wehrmacht atteigne la ville, la Luftwaffe s'en prend au trafic fluvial sur la Volga, vital pour son ravitaillement. Ainsi, entre le 25 et le 31 juillet 1942, 32 navires soviétiques qui effectuent la navette entre les deux rives sont coulés, et 9 autres séveremment endommagés.

La bataille débute par un formidable bombardement mené par la Luftflotte 4 du général Wolfram von Richthoffen, le 23 août 1942. 600 bombardiers moyens et en piquée déversent 1000 tonnes de bombes, déclenchant des très violents incendies. C'est la première et la plus importante attaque aérienne massive allemande. Au cours de ce raid dévastateur, 40000 civils russes périssent. Le même jour, l'"Etat de siège" de la ville est proclamée par les autorités soviétiques.


Staline a ordonné de masser des concentrations de troupes fraîches, dont des unités sibériennes, à l'arrière du front, sur la rive orientale de la Volga. Tous les ferries fluviaux réguliers ayant été détruits par la Luftwaffe, un petit système de navettes est instauré pour faire traverser des troupes sur des remorqueurs ou de petites embarcations. Les personnes réquisionnées, hommes, femmes et enfants sans distinction, doivent creuser des systèmes de tranchées et renforcer des positions défensives. Après le raid aérien allemand du 23 août, les autorités soviétiques ne prennent plus la peine de recenser les victimes, civiles ou militaires, des bombardements aériens allemands.

La Force Aérienne Soviétique, ou Voenno-Vozdushnye Sily (VVS) a été proprement balayée du ciel par la Luftwaffe. Dans le secteur de Stalingrad, la VVS perd 201 avions pendant la semaine du 23-31 août. Les Soviétiques poursuivent cependant un petit mais régulier ravitaillement par air au cours du mois de septembre 1942, et leur aviation continuera de souffrir de pertes importantes. Cependant, les industries aéronautiques, qui ont été littéralement démontées et relocalisées au-delà de l'Oural, tournent maintenant au maximum. La production atteint des sommets: au cours du second semestre de cette année 1942, 15800 avions sortiront des chaînes de montage. Bien que la Luftwaffe ait la maîtrise aérienne absolue sur le front, la VVS reconstitue, lentement mais sûrement, ses réserves stratégiques.

Initialement, la défense de Stalingrad est confiée au 1077ème Régiment anti-aérien, une unité auxiliaire, composée en partie de volontaires féminins, qui n'a aucune formation, entraînement ou expérience du combat terrestre. En dépit de ce fait, et sans soutien d'autres unités, les servants de ces pièces AA restent à leur poste et affrontent directement les blindés allemands qui se présentent à eux. La 16ème Division panzer rapporte qu'elle a affronté en combat rapproché les artilleurs du 1077ème Régiment, et éliminer, l'une après l'autre, 37 batteries de canons russes. Les soldats allemands sont surpris de constater que parmis les corps et les prisonniers russes, se trouvent des femmes.

Au début de la bataille, l'Armée Rouge compte également sur les "bataillons de milice ouvrière", la main d'oeuvre qui ne se trouvent pas pas impliquée dans la production de guerre. Pendant une courte période, les chars T-34 produits dans la ville sont amenés directement des chaînes de montage au front par des ouvriers volontaires, souvent sans peinture de finition ni même de marquages ou de cocardes distinctifs.

Photo ci-dessous: fantassin allemand ayant récupéré un pistolet-mitrailleur PPSch 41 russe.


A la fin du mois d'août 1942, le Heeresgruppe B atteint la Volga au nord de Stalingrad. D'autres unités allemandes avancent également vers le fleuve au sud de la ville. Le 1er septembre 1942, les Soviétiques ne peuvent plus ravitailler la ville qu'en traversant la Volga, sous le bombardement constant de l'artillerie et de l'aviation allemande.

Le 5 septembre 1942, les 24ème et 66ème Armées soviétiques lancent une offensive contre le 14ème Panzerkorps de la 6ème Armée allemande. La Luftwaffe aide à repousser l'attaque en bombardant les positions d'artillerie et défensives soviétiques. A midi, quelques heures seulement après le début de leur offensive, les Soviétiques sont forcés de reculer jusqu'à leurs positions de départ.

Photo ci-dessous: position défensive russe dans la banlieue de Stalingrad.


Les attaques soviétiques sont constamment stoppées grâce à l'intervention de la Luftwaffe. Le 18 septembre 1942, la 24ème Armée et la 1ère Armée de la Garde soviétiques lancent une autre offensive contre le 8ème Korps de la 6ème Armée allemande à Kotluban. Les bombardiers en piquée du VIII Fliegerkorps, intervenant vague après vague, brisent l'attaque russe et l'Armée Rouge est de nouveau repoussée.

Les équipages de Ju-87 Stuka revendiquent pendant cette journée 41 des 106 chars soviétiques détruits, pendant que les Bf-109 d'escorte abattent 77 avions ennemis. Dans les ruines de la ville, les 62ème et 64ème Armées soviétiques, dont fait partie la 13ème Division de Fusiliers de la Garde commandée par le général Alexander Rodimtsev, organisent leurs défenses en points d'appui dans les maisons et les usines détruites. Les combats hurbains dans les ruines de Stalingrad sont féroces et sans pitié. Rodimtsev recevra d'ailleurs une des deux distinction "Héros de l'Union Soviétique" décernées pendant la bataille, pour ses actions défensives.

L'espérance de vie des soldats russes nouvellement arrivés ne dépasse pas vingt-quatre heures, et celle des officiers, trois jours. L'Ordre n°227 de Staline ne leur laisse guère d'espoir de survie: ils doivent choisir entre les balles allemandes devant ou les balles des commissaires politiques derrière. Les Allemands, qui en sont réduits à nettoyer les maisons l'une après l'autre et à livrer des violents combats de rue, subissent également de lourdes pertes.


La doctrine militaire allemande est basée sur le principe d'utilisation d'une combinaison d'armes et d'une étroite collaboration entre les chars, l'infanterie, le génie, l'artillerie et les avions d'attaque au sol. Mais l'Armée Rouge trouve la parade à cette tactique, les commandants d'unités soviétiques essaient de garder leurs lignes de défenses aussi près que possible des positions ennemies. Chuikov appelle cela "étouffer" ou "étreindre le coeur" des Allemands. Cela force les combattants allemands soit à se passer du soutien d'artillerie terrestre ou aérien, soit de prendre le risque d'être atteints par un "tir ami", de se faire bombarder par ses propres compatriotes.

Les Soviétiques comprennent très vite que, dans Stalingrad, la meilleure défense consiste à transformer de nombreux baptiments permettant de contrôler ou de surveiller les rues importantes et les places stratégiques. Cette stratégie est valable aussi longtemps que les Soviétiques tiennent des quartiers de la ville. Les soldats russes convertissent donc de nombreux blocs d'immeubles d'habitation, d'usines, d'entrepôts, de résidences de coins de rue, de batiments officiels, de buildings, etc, en autant de points d'appui très solidement défendus et hérissés de mitrailleuses, d'armes antichars, de snipers, entourés de champs de mines et de barbelés. Ils constituent en outre de petites équipes (5 à 10 hommes) de "grenadiers" équipés d'armes automatiques, chargées de passer d'un immeuble à l'autre en empruntant un réseau complexe de labyrinthes sous-terrains et d'égouts. Les Allemands surnomment cette tactique de guerre hurbaine Rattenkrieg, ou "Guerre des Rats". Une plaisanterie ironique ne tardent d'ailleurs pas à se répandre à ce sujet au sein de la 6ème Armée allemande: "Une fois la cuisine capturée, il reste encore à se battre pour le salon."

Dans un tel chaos indescriptibles, toute ligne de front disparait, et la guerre de mouvement auquelle la Wehrmacht était habituée jusqu'alors se transforme en un cauchemard d'escarmouches, de combats hurbains et d'embuscades, où l'on se bat férocement pour le contrôle d'un tas de ruines, d'un immeuble ou d'une maison, parfois même d'un simple étage ou d'une seule pièce.

Dans certains grands buildings ou immeubles déjà "visité" par la Luftwaffe et dévastés, les étages et palliers occupés par les uns et les autres alternent: les Allemands tiennent le rez-de-chaussée, les Soviétiques le premier étage, les Allemands de nouveau le pallier supérieur, puis les Soviétiques, et ainsi de suite... Quand ils en ont l'occasion, les adversaires se tirent dessus à travers les trous d'obus ou de bombes dans les planchés ou les plafonds.

Photo ci-dessous: fantassins russes retranchés dans les ruines d'une usines.


Les combats sur la Mamayev Kourgane, une colline dominante à l'intérieur de la ville, seront particulièrement acharnés et impitoyables: la position change de mains à plusieurs reprises. Le 12 septembre 1942, la 62ème Armée soviétique en est réduit à environ 20000 hommes, 90 chars et 700 pièces d'artillerie.

La 13ème Division de fusiliers de la Garde, commandée par le général Alexander Rodimtsev, défend la Mamayev Kourgane. La division a été jetée dans la bataille dès son arrivée, le 13 septembre, avant même d'être regroupée. Le résultat est prévisible: elle perd 95% de ses effectifs, et seuls 320 hommes sur les 10000 du début survivront à la bataille. Chaque position fortifiée est férocement défendue, perdu puis regagné plusieurs fois. La Gare ferroviaire centrale changera de mains quatorze fois en six jours. La division russe cesse d'exister, mais ses hommes ont tué à peu près un nombre équivallent d'Allemands. Le 27 septembre, les Allemands ont pris la moitié de la colline, mais les survivants de la 284ème Division soviétique tiendront le reste jusqu'à la fin de la bataille.

Les combats sont également acharnés pour le contrôle du Silo à Grains Géant. Les Soviétiques, avant d'en être chassé, mettent le feu aux stocks de grains, et les Allemands, lorsqu'ils s'en emparent, n'y trouvent qu'une quarantaine de corps de soldats ennemis.

Dans un autre secteur encore, une section soviétique commandée par le sergent Yakov Fedotovich Pavlov, de la 13ème Division, a transformé un immeuble d'habitations en une véritable forteresse quasi-imprenable, qui sera par la suite baptisée "Maison de Pavlov". Les Russes qui la défendent l'ont entouré d'un important champ de mines, et disposé un grand nombre d'armes automatiques et de pièces antichars tirant à travers les fenêtres. Ils ont en outre creusé des trous dans les murs et les planchers pour pouvoir circuler plus facilement d'une pièce à l'autre, et une quarantaine de civils sont terrés dans les caves. Le Peleton Pavlov tiendra cette position pendant presque deux mois. L'immeuble est d'ailleurs représenté sur les cartes d'état-major allemandes par la désignation Festung ("Forteresse"), ce qui en dit long sur sa réputation. Pavlov se vera attribuer, avec Rodimtsev, une des deux distinctions "Héros de l'Union Soviétique" décernée au cours de la Bataille de Stalingrad.


Les combats s'enlisant, les Allemands transfèrent même à l'intérieur de la ville, par voie ferrée, leur gigantesque mortier de 800mm baptisé "Dora". Les Soviétiques, de leur côté, ont rassemblé sur la rive orientale de la Volga un impressionant nombre de batteries d'artillerie. Celles-ci bombarderont continuellement les positions allemandes durant toute la bataille. Les chars allemands, gênés ou immobilisés par les destructions et les tonnes de gravas, pouvant mêmes atteindre huit mètres de haut, se révèlent totalement inutiles, et s'ils parviennent malgré tout à avancer, ils se retrouvent très vulnérables et pris sous le tir de nombreuses armes antichars dissimulés dans les ruines d'immeubles. Ces conditions difficiles ralentissent la progression allemande.

Le 19 novembre 1942, le jour du déclenchement de l'opération Uranus, après trois mois de carnage et d'avance lente et coûteuse, les Allemands contrôlent 93% de la ville et ont atteint la Volga en deux endroits différents, coupant ainsi ce qui reste de la 62ème Armée soviétique en trois minuscules poches de résistance, acculées sur la rive occidentale de la Volga: la Colline Mamayev, l'Usine Barricade et la "Raquette de Tennis".

La hantise des Allemands, et particulièrement des officiers, ce sont les tireurs d'élite soviétiques, qui causent des pertes sérieuses dans leurs rangs. Le plus célèbre d'entre-eux, Vassili Zaitsev, sera le titulaire d'un tableau de chasse impressionnant à Stalingrad: 242 cibles confirmées éliminées, le nombre réel étant certainement supérieur. L'unité spéciale à laquelle il est rattâché sera quant à elle créditée d'un score de plus de 3000 Allemands tués.


Zaytsev prétendra dans ses mémoires "Notes of a Sniper", récit repris par l'écrivain américain William Craig dans son livre "Enemy of the Gates: The Battle of Stalingrad", publié en 1973, avoir ainsi éliminé son homologue allemand Erwin König, bien que les archives du personnel de la Wehrmacht à cette époque n'evoque aucun tireur d'élite portant ce nom. Alors mythe, fantasme ou réalité?

En 2001, le réalisateur Jean-Jacques Annaud s'inspirera de ce duel, réel ou mythique, entre le Russe et l'Allemand, comme histoire de fond pour son film "Ennemy at the Gates", titre français "Stalingrad", avec les acteurs Jude Law et Ed Harris interprétant les deux protagonistes.


Carte ci-dessous: avance allemande vers Stalingrad, du 24 juillet au 18 novembre 1942.



(2) http://www.stalingrad-info.com/order227.htm

Opération Uranus: contre-offensive d'hiver soviétique.

En Automne 1942, reconnaissant que les Allemands sont fortement désavantagés pendant les opérations menées durant l'hiver, et la plupart des troupes de la Wehrmacht étant déployées dans le secteur sud du front de l'Est, le Commandement Suprême de l'Armée Rouge (Stavka) décide de mener une série de contre-offensives. Ces opérations entameront la "Grande Campagne d'hiver 1942-1943" des Soviétiques.

Les forces impliquées dans l'opération Uranus, la contre-offensive soviétique dans le secteur de Stalingrad, regroupent au total quinze armées, dont trois de l'air, réparties en trois "Fronts" ou Groupes d'Armées, 1.1 million d'hommes, 800 chars, 13400 pièces d'artillerie et 1000 avions.


• Front du Sud-Ouest. Général Nikolaï Vatoutine. Formé le 22/10/1942 et regroupant au total 18 divisions d'infanterie, 8 brigades de chars, 2 brigades motorisées et 6 divisions de cavalerie.

- 1ère Armée de la Garde. Général Dimitri Leliouchenko.
- 5ème Armée de chars. Général Prokofii Romanenko.
- 21ème Armée. Général Ivan Christiakov.
- 63ème Armée. Général Vasily Kuznetzov.
- 17ème Armée de l'Air.

• Front du Don. Général Konstantin Rokossovski.

- 65ème Armée. Général Pavel Batov.
- 24ème Armée. Général Ivan Galanine.
- 66ème Armée. Général Alexander Zadov.
- 16ème Armée de l'Air.

• Front de Stalingrad. Général Andreï Ieremenko.

- 62ème Armée. Général Vassily Chuikov.
- 64ème Armée. Général Mikhail Shoumilov.
- 57ème Armée. Général Fedor Tolbouckhine.
- 51ème Armée. Général Nikolaï Trufanov.
- 28ème Armée. Général Vassilii Gerasimenko.
- 8ème Armée de l'Air.

L'opération Uranus est le nom de code de l'offensive soviétique visant à l'encerclement des forces de l'Axe dans la "Poche de Stalingrad", en gros la 6ème Armée allemande, plus certains éléments de la 4ème Panzerarmee et des alliés roumains, hongrois et italiens. Suivant les directives de Stavka, ce plan, un double mouvement de prise en tenaille, a été conçu en automne 1942 par Alexander Vassilievski et Georgi Joukov, responsables des plans stratégiques de l'état-major suprême à Moscou.

Au nord-ouest et au sud de Stalingrad, l'Armée Rouge a amassé dans cette intention d'énormes moyens (voir ci-dessus): quinze armées et plus d'un million d'hommes, 800 chars et 1000 avions, ainsi que 13400 pièces d'artillerie, canons automoteurs et mortiers.

L'offensive doit s'effectuer en deux temps, l'élément nord, le Front du Sud-Ouest du général Nikolai Vatoutine, attaquera le 17 novembre 1942. Et l'élément sud, les 51ème et 57ème Armées du Front de Stalingrad, commandé par le général Andreï Ieremenko, le lendemain. Mais du fait des retards de préparation, l'offensive sera reportée de quarante-huit heures, et finalement programmée pour les 19 et 20 novembre 1942.

Le 19 novembre 1942, à 7h20, 3500 pièces d'artillerie russes ouvrent le feu contre les positions de la 3ème Armée roumaine, au nord-ouest de Stalingrad. Les Allemands ont en effet confié la couverture des flancs du Heeresgruppe B à leurs alliés de l'Axe (Italie, Roumanie, Hongrie), de part à d'autre de Stalingrad. La 3ème Armée roumaine occupe un front large de 140km, mais elle est sous-équipée et dispose d'effectifs nettement insuffisant.

L'offensive terrestre du Front Sud-Ouest de Vatoutine débute à 8h50. Une percée des 4ème Corps de chars et 3ème Corps de cavalerie de la Garde est bientôt réalisé à travers le mince dispositif roumain. Peu après, la 5ème Armée de chars réalise une seconde percée à travers les lignes tenues par le 2ème Corps roumain, suivie par le 8ème Corps de cavalerie. Trois divisions roumaines abandonnent leurs positions et refluent en désordre.

Après avoir pris connaissance de l'attaque soviétique, le commandant de la 6ème Armée allemande, le général Friedrich Paulus, envoie le 48ème Panzerkorps, engagé dans la partie nord de Stalingrad, pour tenter de combler la brêche. Mais celui-ci est faiblement équipé et ne comprend plus qu'une centaine de chars capables de se mesurer aux T-34 russes. La 22ème Division panzer est complètement détruite dans les combats de blindés qui s'ensuivent. La 1ère Division blindée roumaine, une des unités du 48ème Panzerkorps, engage le 26ème Corps de chars russe, mais ayant perdu le contact avec les autres unités ou le commandement du korps allemande, elle sera anéantie à son tour le lendemain.

Les Soviétiques poursuivent leur avance au sud. Au crépuscule, les troupes de Vatoutine ont virtuellement anéanti la 3ème Armée roumaine et capturé 27000 prisonniers. Le front roumain dans ce secteur est en complète désintégration.

Le commandant du Heeresgruppe B, le général Maximilian von Weichs, réalise tout de suite le danger mortel de cette pénétration ennemie, et ordonne de contre-attaquer immédiatement pour rétablir la situation.

Photo ci-dessous: le matériel américain (ici des chars M3) en service dans l'Armée Rouge, fin 1942. Notament lors de la bataille de Stalingrad.


Le 20 novembre 1942, à 8h, c'est le tour du Front de Stalingrad, avec deux armées, d'entrer dans la danse, sur un front large de 140km au sud de la ville, contre la ligne de front tenue par la 4ème Armée roumaine, également sous-équipée et aux effectifs insuffisants, et la 4ème Panzerarmee allemande. Pendant que la 65ème Armée soviétique fixe les défenses du 11ème Korps allemand, la 51ème Armée attaque le 6ème Corps roumain. Puis à 10h, la 57ème Armée soviétique se joint à l'attaque. Profitant que la confusion occasionnée dans les rangs germano-roumains, les 4ème et 13ème Corps mécanisés réussissent plusieurs percées.

Les Allemands, pour combler cette nouvelle brêche, doivent faire intervenir leur unique réserve dans ce secteur: la 29ème Division de panzergrenadiers. Celle-ci contre-attaque avec une cinquantaine de chars, causent des pertes sérieuses sur le flanc gauche gauche des Soviétiques, mais devant le raidissement de la résistance russe, elle doit bientôt s'arrêter.

Le 21 novembre 1942, les Soviétiques ont réussi une percée profonde en moyenne de 50km, et après la destruction des deux armées roumaines, ils commencent à engager les unités sur les flancs et les arrières des 6ème Armée et 4ème Panzerarmee allemandes. Ce même jour, Paulus reçoit des rapports signalant les forces soviétiques à une quarantaine de kilomètres à peine de son QG.

Le 22 novembre 1942, les deux branches de la tenaille soviétique convergent vers Kalach. Kalach est faiblement défendu par des troupes allemandes d'intendance et de ravitaillement. En fin de matinée, dans cette zone, le 4ème Corps de chars du Front Sud-Ouest, venant du nord-ouest, établit sa jonction avec le 4ème Corps mécanisé du Front de Stalingrad, venant du sud. L'encerclement de la 6ème Armée allemande et des débris d'unités roumaines dans les ruines de Stalingrad est complet. Les Allemands, pour briser cet encerclement, lancent aussitôt des contre-attaques. En vain.

200000 à 250000 Allemands et Roumains se retrouvent pris au piège dans une poche de 50km de large dans le sens ouest-est, et de 40km dans le sens nord-sud. Dans cette poche, quatre korps d'infanterie et un panzerkorps des 6ème Armée et 4ème Panzerarmee, 100 chars, 2000 pièces d'artillerie et 10000 autres véhicules. Mais pour les assiégés, le pire reste encore à venir: la neige, le froid et la faim.


Encerclement de la 6ème Armée allemande.

Environ 250000 soldats allemands et roumains, plus le 369ème Régiment d'infanterie croate et un certain nombre de troupes italiennes et hongroises, se retrouvent pris au piège dans le "Chaudron" de Stalingrad. A l'intérieur de la poche, se trouvent également 10000 civils et plusieurs milliers de prisonniers de guerre russes capturés lors de l'avance allemande. L'Armée Rouge forme immédiatement deux lignes de front défensives: l'une tournée vers l'extérieur, l'autre vers l'intérieur.

Adolf Hitler avait déclaré, lors d'un grand rassemblement populaire au Sport Palace de Berlin, le 30 septembre 1942, que la Wehrmacht ne quittera jamais Stalingrad. Au cours d'une réunion des ses chefs d'état-major peut avant l'encerclement effectif des Soviétiques, ceux-ci proposent une percée immédiate de la 6ème Armée pour sortir du Chaudron, quitter Stalingrad et s'établir sur la rive occidentale du Don. Mais Hitler, qui s'est retiré dans son châlet de l'Obersalzberg, à Berchtesgaden en Bavière, est en réunion avec Hermann Goering. Ce dernier, après s'être rallié aux vue de son chef d'état-major, Hans Jeschonnek, lui affirme que son aviation est capable d'assurer le ravitaillement des troupes encerclées, grâce à un pont aérien. Un tel ravitaillement par air avait réussi un an plus tôt, dans la poche allemande de Demiansk, mais à une plus petite échelle. Ce succès renforce la conviction d'Hitler et de Goering pour rééditer cet exploit logistique.

Le commandant de la Luftflotte 4 chargée du secteur de Stalingrad, le général Wolfram von Richthofen, essaie sans succès de faire changer d'avis Hitler, car il estime le ravitaillement de la 6ème Armée et d'un Korps de la 4ème Panzerarmee impossible à réaliser. Il estime qu'il ne peut fournir qu'au maximum 117.5 tonnes de ravitaillement par jour, alors que les assiégés ont besoin de 800 tonnes journaliers pour survivre! Le seul aérodrome encore pratiquable dans la poche de Stalingrad est Pitomnik. Pour pallier le nombre insuffisant de Junker Ju-52, les Allemands doivent convertir des bombardiers He-111 en avions de transport. Mais Hitler, malgré l'avis de von Richthofen, soutient le plan de Goering et réitère son ordre à la 6ème Armée de ne pas quitter Stalingrad et de résister sur ses positions.

Le pont aérien allemand sera finalement un échec, et la 6ème Armée allemande est condamnée à mourir lentement de faim et de froid. Les conditions météorologiques, les pannes techniques, la DCA et la chasse soviétiques prélèvent un lourd tribu à la Luftflotte 4. Les Ju-52 et He-111 s'avèrent incapable de fournir les 117.5 tonnes quotidiens promis par von Richthofen. La moyenne journalière établie est d'environ 94 tonnes, avec un record le 19 décembre (289 tonnes). Les approvisionnements qui parviennent aux assiégés se révèlent parfois incongrus et totalement inutiles: un avion livre 20 tonnes de vodka avec un stock d'uniformes d'été, un autre avec du poivre noir et de la marjolaine.

L'indécision d'Hitler sur les objectifs de l'opération Tempête d'Hiver, permettre le retrait de la 6ème Armée ou lancer une attaque extérieure pour ouvrir un couloir à travers les lignes ennemies, signifie que de grande quantité de munitions et d'approvisionnement qui auraient été plus utiles à la 6ème Armée pour sortir du Chaudron, vont être gaspillées et perdues inutilement. Les Ju-52 et H-111 du pont aérien, après avoir livré leur cargaison, embarquent parfois au retour des malades ou des blessés. Ainsi, 42000 hommes au total parviendront à échapper à l'enfer de Stalingrad.

Initiallement, le pont aérien allemand utilise l'aérodrome de Tatsinskaya comme base de départ pour ravitailler Stalingrad. Mais le 24 décembre 1942, le 24ème Corps de chars soviétique, commandé par le major-général Vasily M. Badanov, atteint l'aérodrome en question, non protégé, détruit au sol 72 Ju-52 et He-111, et force 108 autres avions allemands à décoller d'urgence et l'abandonner pour Novocherkassk. Une nouvelle base est établie à Salsk, à 350km de Stalingrad. Cet aérodrome est abandonné à son tour le 15 janvier 1943 au profil de Zverero, près de Shakty. Celui-ci est investit par l'Armée Rouge trois jours plus tard, le 18 janvier, et une cinquaintaine d'avions allemands supplémentaires sont détruits au sol.

Les pertes de la Luftwaffe sont très lourdes: 266 Junker Ju-52 perdus, soit un tier des avions de ce type engagés sur le front de l'Est, ainsi que 165 He-111 reconvertis pour les missions de transport. A cela s'ajoute 42 Junker Ju-86, 9 Focke-Wulf Fw-200 Condor, 5 Heinkel He-177 et 1 Junker Ju-290. Soit au total 495 avions perdus, du 24 novembre 1942 au 31 janvier 1943.


Opération Petite Saturne: offensive soviétique et retraite allemande.

Les forces soviétiques consolident leurs positions autour de Stalingrad, et de féroces combats pour réduire la poche allemande commencent. L'Armée Rouge attaque également vers l'ouest, pour reprendre Rostov-sur-le-Don et élargir son couloir entre les assiégés et le reste des troupes allemandes. Pour porter le coup de grâce, le maréchal Georgi Joukov rassemble pour l'occasion onze armées soviétiques, un million de soldats, 5 corps blindé, 66 divisions de fusiliers, 13500 pièces d'artillerie, 890 chars et 1100 avions. C'est l'opération Saturne.


1° Opération Tempête d'Hiver: offensive allemande vers Stalingrad (12-23 décembre 1942).

Parallèlement à cela, la 4ème Panzerarmee du général Hermann Hoth lance une contre-attaque, l'opération Unternehmen Wintergewitter (Tempête d'Hiver) pour briser l'étau soviétique et porter secours à la 6ème Armée de Paulus.

Photo ci-dessous: Panzer III dans le secteur de Stalingrad, 22 décembre 1942.


Le 12 décembre 1942, le 57ème Panzerkorps de la 4ème Panzerarmee, commandé par le général Friedrich Kirchner, attaque les arrières de la 51ème Armée soviétique et progresse vers le nord-est, se rapprochant de Stalingrad. Au cours de ce premier jour, les Allemands balaient les résistances ennemies et avancent d'une cinquantaine de kilomètres.

Le 13 décembre 1942, la 6ème Division panzer engage des unités de la 5ème Armée de chars, celle-ci étant occupée à réduire des positions défensives de la 6ème Armée allemande sur le fleuve Chir, et pulvérise les unités blindées soviétiques les unes après les autres. Une importante bataille de chars se livre autour du village de Verkhne-Kumskiy pour la possession de la localité. Mais bien que souffrant de pertes importantes, les forces soviétiques arrêtent puis repoussent les Allemands sur les rives de l'Alksey, à la fin de ce jour.

Les trois jours suivants, l'Armée Rouge lance une série de contre-attaques pour éliminer les têtes de ponts allemandes sur l'Alksey, mais avec l'appui des Stuka, la 6ème Division panzer brise les assauts russes en faisant un massacre de chars ennemis. Cette division souffre cependant elle-aussi de lourdes pertes, au point qu'elle doit être relevée, quitter le champ de bataille pour être recomplétée.

L'offensive de la 4ème Panzerarmee force STAVKA à redéfinir ses objectifs pour l'opération Saturne. Les Soviétiques décident de limiter leurs ambitions dans les attaques contre la 8ème Armée italienne. L'opération Saturne est rabaptisée Petite Saturne. Le 13 décembre, la 2ème Armée de la Garde est transférée du Front du Don au Front de Stalingrad pour tenter de contenir l'offensive de Hoth.

Le 16 décembre 1942, le 4ème Corps mécanisée et le 13ème Corps de chars soviétiques poursuivent leurs assauts contre les positions du 57ème Panzerkorps sur les rives de l'Alksay, en essayant de retarder l'avance allemande et permettre l'arrivée de la 2ème Armée de la Garde. Ce même jour, les 1ère et 3ème Armées de la Garde, en coopération avec la 6ème Armée soviétique, lance l'opération Petite Saturne. Quarante-huit heures plus tard, le 18 décembre, l'Armée Rouge perce le front tenu par la 8ème Armée italienne, et menace désormais le flanc gauche du Heeresgruppe du Don. Rostov est maintenant menacé d'être reprise par la 3ème Armée de la Garde.

Cette menace soviétique et les pertes subies par les divisions panzers force le maréchal Erich von Manstein à reconsidérer la poursuite de son offensive de dégagement. L'Allemand est incapable de mener deux opérations simultanées: protéger son flanc gauche et poursuivre l'opération Tempête d'Hiver. C'est l'un ou l'autre... la mort dans l'âme, il ordonne au 48ème Panzerkorps de stopper à son tour son avance vers Stalingrad et de se placer en défensive. Pour noircir encore cette situation, Adolf Hitler rejette catégoriquement les propositions de von Manstein de permettre à la 6ème Armée allemande de sortir des ruines de Stalingrad et d'essayer de rejoindre le Heeresgruppe du Don. Dès lors, le sort des défenseurs allemands de Stalingrad est définitivement scellé.

Le 23 décembre 1942, la 4ème Panzerarmee se place en défensive et stoppe son offensive. 48km la sépare encore de l'extrêmité sud du périmètre défensif allemand de Stalingrad. Le lendemain, Hermann Hoth entame sa retraite sur ses positions de départ. C'est l'ensemble du Heeresgruppe du Don qui est placé sur la défensive, à 65km des malheureux assiégés de Paulus.

2° Victoire finale des Soviétiques.

Ordre de bataille de la 6ème Armée allemande le 22 décembre 1942.

• 14ème Panzerkorps. Général-Lieutenant Hans-Valentin Hube.
3ème et 29ème Divisions d'infanterie motorisées.

• 51ème Korps. Général Walter von Seydlitz-Kurzbach.

- 389ème Division d'infanterie. Général-Major Erich Magnus.
- 100ème Division de chasse. Général-Lieutenant Werner Sanne.
- 295ème Division d'infanterie. Général-Major Dr. Otto Korfes.
- 71ème Division d'infanterie. Général Alexander von Hartmann.
- 79ème Division d'infanterie.
- 305ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Bernhard Steinmetz.

• 8ème Korps. Général Walter Heitz.

- 44ème Division d'infanterie. Général Friedrich Siebert.
- 113ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Hans-Heinrich Sixt von Armin.
- 76ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Carl Rodenburg.
- 384ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Eccard Freiherr von Gablenz.
- 376ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Alexander Edler von Daniels.

• 11ème Korps. Général Karl Strecker.

- 16ème Division panzer. Général-Lieutenant Günther Angern.
- 24ème Division panzer. Général-Lieutenant Arno von Lenski.
- 60ème Division d'infanterie motorisée. Général-Major Hans-Adolf von Arenstorff.
- 94ème Division d'infanterie. Général Georg Pfeiffer.

• 4ème Korps.

- 371ème Division d'infanterie. Général-Lieutenant Richard Stempel.
- 297ème Division d'infanterie. Général Max Pfeffer.
- 20ème Division d'infanterie roumaine.

• Troupes d'armées (Armeetruppen).

- 4ème Division panzer. Général-Lieutenant Erich Schneider.

La menace de l'offensive de la 4ème Panzerarmee désormais écartée, le Front de Stalingrad peut désormais se consacrer entièrement à l'élimination de la poche allemande. La perte des deux aérodromes encore tenus par la 6ème Armée allemande, Pitomnik (16 janvier) et Gumrack (25 janvier) met définitevement fin au ravitaillement en nourriture et en munitions, et à l'évacuation des blessés.

Les soldats de Paulus sont maintenant menacé de famine et physiquement à bout de force. Un grand nombre d'entre-eux meurt de froid et/ou de faim. Le manque de munitions et de vêtements d'hiver se fait également cruellement sentir.

Au prix de terribles combats dans les décombres, où on se bat pour chaque bâtiment en ruine, et parfois même pour un étage, les Soviétiques réduisent petit à petit la poche allemande. Le 26 janvier, celle-ci est coupée en deux. Un groupe Sud, dans le centre de la ville, sous les ordres directs de Paulus, et un groupe Nord, retranché autour des Usines Barricade et Tracteurs, sous les ordres du général Karl Strecker, commandant du 11ème Korps.

Le 30 janvier 1943, pour le dixième anniversaire de son arrivée au pouvoir, Adolf Hitler élève Paulus au rang de Feldmaréchal. Ce même jour, les forces soviétiques ont encerclé son quartier-général installé dans les ruines d'un magazin d'Etat GUM.

Le jour suivant, 31 janvier 1943, c'est la fin. Paulus doit capituler. Ce qui reste de sa 6ème Armée, 91000 affâmés, blessés ou malades (dont 3000 Roumains), sur un effectif total de 360000 hommes six mois plus tôt, déposent les armes. Les Soviétiques capturent 22 généraux ou officiers supérieurs allemands. A cette nouvelle, Hitler entre dans un terrible accès de colère et condamne la famille du commandement de la 6ème Armée allemande à l'infâmie et au déshonneur.

Le 2 février 1943, la reddition du 11ème Korps de la 6ème Armée allemande du général Karl Strecker, deux jours après celle de Paulus, marque la fin définitive de la résistance allemande dans les ruines de la ville.

Photo ci-dessous: 1° Le "Maréchal" Friedrich Paulus capitule le 31 janvier 1943. 2° Un soldat russe escorte un prisonnier allemand.



Certains généraux allemands préfèrent le suicide à la capture. Tel est le choix du général-lieutenant Günther Angern, commandant de la 16ème Division panzer, et du général-lieutenant Richard Stempel, de la 371ème Division d'infanterie. En raison de la censure militaire stricte et de la propagande nazie, le peuple allemand ignorera tout de la situation militaire à Stalingrad jusqu'à la fin. Après, ce n'est plus possible au Troisième Reich de dissimuler un tel désastre.

Carte ci-dessous: Opération Petite Saturne, l'offensive d'hiver soviétique, de novembre 1942 à février 1943.



Bilan de la bataille de Stalingrad.

La bataille de Stalingrad marque la première grande défaite allemande sur le front de l'Est. Le 18 février 1943, le Ministre de la Propagande Joseph Goebbels, au Sportpalace de Berlin, tient son célèbre discourt au cours duquel il annonce la "Guerre Totale".

Des sources variés et des études réalisées après la guerre estiment le nombre de pertes de l'Axe entre 500000 et 850000 hommes (tués, blessés et prisonniers). Les 91000 captifs allemands prennent le chemin d'une longue captivité: 95% d'entre-eux ne reviendront jamais. Les derniers de 5000 prisonniers allemands capturés dans Stalingrad, dont Paulus lui-même, sont libérés et restitués à l'Allemagne de l'Ouest en 1955, soit dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale!

Selon les archives soviétiques déclassifiées et rendues accessibles après la disparition de l'URSS, l'Armée Rouge a enregistré durant cette formidable bataille, en comptant les opérations annexes (Uranus et Petite Saturne) au total 1.13 million d'hommes hors de combat, soit 478741 tués et 650878 blessés. Le nombre de pertes civiles est inconnu. En outre, les autorités soviétiques reconnaissent avoir exécuter 13500 de leurs soldats durant la bataille, pour désertion, "manque de courage" ou lâcheté devant l'ennemi, soit l'équivallent d'une division de fusiliers.

Photos ci-dessous: 1° Stalingrad immédiatement après la bataille. 2° Vue aérienne de Volgograd le 8 avril 2009. 3° Sommet de la colline Mamaïev Kourgane en août 2007.







Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale".

La Bataille de Stalingrad.



Article modifié le 2 février 2013.


Sources principales:
Battle of Stalingrad (Wikipedia.org)
• Antony Beevor: "Stalingrad". Editions de Fallois, Paris, 1998.

2 comments:

Frédéric said...

Les armées occidentales actuels seraient incapable de résister à l'attrition d'une bataille de cette ampleur.

Philippe said...

Bonjour,
Cherchant de la documentation sur les paras canadiens du D-Day, je tombe par hasard sur ce blog ma foi fort intéressant et très bine documenté.
Félicitations.