8 décembre 1941 - 6 mai 1942 - Pacifique Sud-Ouest: campagne japonaise des Philippines

La campagne japonaise des îles Philippines décrit la conquête de l'archipel par l'armée impériale entre décembre 1941 et mai 1942. Le 10 décembre 1941, la 14ème Armée du général Masaharu Homma débarque avec succès sur l'île de Luzon. Cependant, au début de l'année 1942, l'état-major japonais à Tokyo, croyant en une victoire facile et une campagne de courte durée, retire des Philippines ses meilleures troupes et une grande partie de son aviation pour les réaffecter aux opérations programmées contre Bornéo et les Indes néerlandaises. Cette décision, conjuguée avec le retrait de l'armée américano-philippine dans la péninsule de Bataan, sur de solides positions défensives, permettra à celle-ci de résister encore pendant plusieurs mois aux Japonais. La dernière garnison alliée dans les Philippines, commandée par le général Jonathan Wainwright et assiégée dans l'île de Corregidor, tombe le 6 mai 1942.



Plans et troupes d'invasion japonaises (novembre 1941).

1° Plan et objectifs japonais.

Dès le début de cette campagne, le Japon bénéficie de l'initiative et d'une situation géographique avantageuse, qui le menera à la victoire sur des garnisons alliées mal commandées, dispersées entre les grandes îles de l'archipel, pratiquement abandonnées à leur sort depuis le premier jour de guerre.

Les préparatifs japonais pour occuper les îles Philippines font partis de plans généraux de conquête désignés par Tokyo "Grande Asie du Sud-Est", dans lesquels le Groupe d'Armées expéditionnaire du Sud, commandé par le maréchal Hisaichi Terauchi, est chargée de prendre le contrôle des ressources naturelles (pétrole, caoutchouc, zinc, charbon, etc) dans la péninsule malaise, à Bornéo, dans les Indes néerlandaises et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais ces plans nécessitent au préalable la neutralisation de la flotte américaine du Pacifique par la flotte combinée d'Isoroku Yamamoto. Cela sera chose faite le 7 décembre 1941 à Pearl Harbor. (1)

Le "Groupe d'Armées expéditionnaire du Sud" a été créé le 6 novembre 1934, et est placé sous le commandement direct du maréchal Hiseichi Terauchi, Ministre de la Guerre. L'Armée de terre impériale se prépare donc à la confrontation, dans le cas où les négociations avec Washington n'aboutiraient pas.

Le Groupe d'Armées du Sud de Terauchi (QG Saigon, Indochine) compte fin novembre 1941 quatre armées, équivallentes à un corps d'armée occidental, douze divisions d'infanterie, une division impériale des Gardes et quatre brigades indépendantes.

  • 21ème Division d'infanterie [Shangai, Chine]. Lieutenant-géneral Hisaichi Tanaka.
  • 38ème Division d'infanterie [Shenzen, Chine]. Lieutenant-géneral Tadayoshi Sano.
  • 21ème Brigade mixte indépendante [Phnom Penh, Indochine].

• 14ème Armée japonaise, stationnéee à Formose (QG Bako, Pescadores) et dans les îles Ryu-Kyu, destinée aux Philippines.
Lieutenant-général Masaharu Homma.

  • 16ème Division d'infanterie. Lieutenant-géneral Susumi Morioka.
  • 48ème Division d'infanterie. Lieutenant-géneral Yuitsu Tsuchihashi.
  • 5ème Division aérienne de l'Armée. Lieutenant-géneral Hideyoshi Obata.
  • 65ème Brigade mixte indépendante.

• 15ème Armée japonaise, stationnée en Indochine et destinée au Siam (Thaïlande) et à la Birmanie, placée sous le commandement du lieutenant-général Shojiro Iiada.

  • 33ème Division d'infanterie [Shangai, Chine]. Lieutenant-géneral Shozo Sakurai.
  • 55ème Division d'infanterie [frontière indo-thailandaise]. Lieutenant-géneral Hiroshi Takeuchi.

• 16ème Armée japonaise, destinée au Indes néerlandaises, Bornéo et Sumatra, placée sous le commandement du lieutenenat-général Hitoshi Imamura.

  • 2ème Division d'infanterie [Kanazawa, Honshu, Japon]. Lieutenant-général Masao Maruyama.
  • 56ème Brigade mixte indépendante [Kurume, Kyusyu, Japon].

• 25ème Armée japonaise, stationnée en Indochine et destinée à la Malaisie, placée sous le commandement du lieutenant-général Tomoyuki Yamashita.

  • 5ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Takuro Matsui.
  • 18ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Renya Mutaguchi.
  • 56ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Masao Watanabe.
  • Division impériale des Gardes. Lieutenant-général Takuma Nishimura.
  • 3ème Brigade blindée indépendante.
  • 5ème Division aérienne de l'Armée. Lieutenant-général Hideyoshi Obata.


Photos ci-dessous, de gauche à droite: Maréchal Hisaichi Terauchi. Général Masaharu Homma.



2° Forces d'invasion japonaises de Luzon.

Terauchi assigne la conquête des îles Philippines à la 14ème Armée du lieutenant-général Masaharu Homma. Le soutien d'aviation sera fourni par la 5ème Division aérienne de l'armée, commandé par le lieutenant-général Hideyoshi Obata, qui est transféré de Mandchourie vers Formose (Taiwan), et la 11ème Flotte aérienne du vice-amiral Nishizo Tsukahara, également stationnée sur Formose. Le transport des forces d'invasion est assuré par la "Force Navale Philippines" de la 3ème Flotte japonaise du vice-amiral Ibo Takahashi.

La 14ème Armée japonaise compte un effectif total d'environ 130,000 hommes. Elle dispose de deux divisions d'infanterie renforcée de première ligne pour la conquête de Luzon, les 16ème et 48ème. La 65ème Brigade mixte indépendante est gardée en réserve. La 48ème Division, basée sur Formose, bien qu'elle soit sans expérience réelle du combat, est considérée comme une des meilleures unités de l'armée de terre et doit débarquer dans le Golfe de Lingayen. La 16ème Division, stationnée sur Ryu-Kyu, au Japon, est désignée pour débarquer dans la Baie de Lamon, au sud de la Province de Quezon. La 14ème Armée dispose également des 4ème et 7ème Régiments de chars, cinq bataillons d'artillerie de campagne, cinq bataillons d'artillerie anti-aérienne, quatre compagnies d'artillerie antichars, et un bataillon de mortiers lourds, ainsi que d'un groupe du génie de combat et de plusieurs unités du génie pontonnier.

Pour la phase navale, la 3ème Flotte japonaise est renforcée par deux escadrons de destroyers et une divisions de croiseurs de la 2ème Flotte, et le porte-avions léger Ryujo de la 1ère Flotte. La "Force Navale des Philippines" se compose donc d'un porte-avions léger, 5 croiseurs lourds, 5 croiseurs légers, 29 destroyers, 3 ravitailleurs d'hydravions, 17 dragueurs/mouilleurs de mines et 4 vedettes lance-torpilles.

Les forces aériennes de l'armée de terre et de la marine impériales rassemblent au total 604 avions. La 11ème Flotte aérienne de la marine comprend 146 bombardiers, 123 chasseurs, 24 hydravions et 15 avions de reconnaissance et d'observation. Le Ryujo fournit une force supplémentaire de 16 chasseurs et 18 bombardiers-torpilleurs embarqués, et les autres navires de surface 68 hydravions de reconnaissance et d'observation. Soit au total 412 avions.

La 5ème Division aérienne, incorporée à la 14ème Armée, comprend deux régiments de chasse, deux régiments de bombardement léger, et un régiment de bombardement lourd, rassemblant au total 192 avions: 81 bombardiers, 72 chasseurs et 39 avions de reconnaissance.



(1) Blogosphère Mara: "7 décembre 1941 - Pearl Harbor: Tora Tora Tora!"


Ordre de bataille et effectifs américano-philippins.

1° United States Army Forces in the Far East (USAFFE).

A la mi-1941, avec l'accroissement des tensions politiques entre le Japon et les puissances occidentales, en particulier des Etats-Unis et des empires coloniaux britanniques et néerlandais, plusieurs Etats du Sud-Est asiatique et du Pacifique commencent à envisager la possibilité d'une guerre.

En décembre 1941, les forces de défenses combinées dans les Philippines sont réorganisées en un commandement unique centralisé, "US Army Forces in the Far East" (USAFFE), comprenant l'Armée philippine (PA), composée des 1ère Division régulière, 2ème Division HPP de police paramilitaire, et dix divisions de réserve mobilisables, ainsi que le Corps expéditionnaire américain lui-même, le "United States Army's Philippines Department" (USAPD).

Le 26 juillet 1941, le général Douglas MacArthur est rappelé du Département de la Guerre à Washington pour assumer le commandement de l'USAFFE à Manille. Il prend ainsi le contrôle effectif, avec l'accord du président Manuel Quezon, de l'armée mixte américano-philippine.

Le 31 juillet 1941, le Département Phillipines a un effectif de 22,532 hommes, dont environ une moitié de Philippins. En octobre 1941, MacArthur recommande le départ du major-général George Grunert et prend personnellement le commandement de l'USAPD. Sa principale composante est la Division Philippines de l'US Army, avec un effectif d'environ 10,500 hommes et regroupant les unités de combat scouts [reconnaissance] philippins (PS).

L'USAPD est renforcé entre août et novembre 1941 par 8,500 hommes de l'US Army Air Force et divers unités de l'Army National Guard (ARNG), incluant les 192ème et 194ème Bataillons de chars légers (M3 Stuart), le 200ème Régiment d'artillerie côtière, des unités de gardes nationaux du Nouveau-Mexique, du Wisconsin, de l'Illinois, de l'Ohio, du Kentucky, du Minnesota, du Missouri et de Californie. Après ce renforcement, le Département Philippines compte dans ses rangs, à la date du 30 novembre, 31,095 hommes dont 11,988 scouts philippins (PS).

Photo ci-dessous: M3 Stuart du 192ème Bataillon de chars. Ici à l'entrainement à Fort Knox, Kentucky.


MacArthur organise l'USAFFE en quatre commandements tactiques. La North Luzon Force, activée le 3 décembre 1941 et placée sous le commandement du major-général Jonathan Wainwright, est chargée de défendre les sites probables d'un débarquement ennemi au nord de Luzon. Elle comprend les 11ème, 21ème et 31ème Divisions d'infanterie de l'Armée Philippine (PA), le 26ème Régiment de cavalerie (PS), un bataillon du 45ème Régiment d'infanterie (PS), et le 1er Groupe provisoire d'Artillerie, avec deux batteries d'obusiers de 144mm et une batterie de canons de montagne de 75mm. La 71ème Division d'infanterie (PA) est gardée en réserve sous le contrôle exclusif de MacArthur.

Photo ci-dessous: généraux Jonathan Wainwright et Douglas MacArthur.


La South Luzon Force, activée le 13 décembre 1941, est placée sous le commandement du brigadier-général George M. Parker Jr. et contrôle les zones sud et est de Manille. Il dispose des 41ème et 51ème Divisions d'infanterie PA et du 2ème Groupe provisoire d'artillerie, avec deux batteries détachés du 86ème Régiment d'artillerie de campagne.

La Visayan-Mindanao Force du brigadier-général William F. Sharp comprend les 61ème, 81ème et 101ème Divisions d'infanterie PA. Elle sera renforcée après le début des débarquements japonais avec les 73ème et 63ème Régiments d'infanterie américains. La 61ème Division est stationnée sur l'île de Panay, la 81ème Division sur Cebu et Negros, la 101ème Division sur Mindanao. En janvier 1942, une quatrième division sera formée sur Mindanao, la 102ème, regroupant les régiments d'artillerie des 61ème et 81ème Divisions, privés de matériel et employés comme unités d'infanterie, et le 103ème Régiment d'infanterie de la 101ème Division. Le 2ème Régiment d'infanterie de la 1ère Division régulière PA et le 2ème Bataillon du 43ème Régiment d'infanterie (PS) font également partie de la Force Visayan-Mindanao.

L'USAFFE Reserve Force, sous le contrôle personnel de MacArthur, comprend la Division Philippine de l'US Army, la 91ème Division d'infanterie PA, et les unités de quartier-général et d'état-major du Département Philippines. Elle est positionnée juste au nord de Manille. Les 192ème et 194ème Bataillons de chars légers sont regroupés en un Groupe provisoire blindé à Clark Field/Fort Stotenburg.

En outre, quatre régiments d'artillerie côtières US gardent l'entrée de Manille sur l'île fortifiée de Corregidor. L'extrêmité sud de la péninsule de Bataan et l'entrée de la baie de Manille sont également couvert par les batteries des 59ème et 60ème Régiments d'artillerie côtières US (PS), et la Baie de Subic par les 91ème et 92ème Régiments d'artillerie côtières US (PS).

Pour compléter le tableau, l'aviation de l'USAFFE, désignée Far East Air Force (FEAF), est constituée avec les unités de la 5ème Air Force américaine et commandée par le major-général Lewis H. Brereton. Activée en tant que "Philippines Department Air Force" le 20 septembre 1941, c'est la plus grande force aérienne de l'US Army Air Force à l'extérieur des Etats-Unis. Début décembre 1941, elle compte au total 140 avions sur les aérodromes de Clark Field et Nichols Field, dont 91 P-40B Warhawk et 35 B-17D Flying Fortress, ainsi que quelques bimoteurs Martin B-10B.


Photo ci-dessous: Boeing B-17D en vol, fin d'année 1941.



2° Plan de mobilisation des divisions de réserve philippines.

Les plans de mobilisation générale établis par MacArthur permettent l'entraînement et la formation de dix divisions PA de réserve supplémentaires, entre le 1er septembre et le 15 décembre 1941. Mais la période d'entraînement de ces divisions est sérieusement compromise par les difficultés linguistiques entres les officiers cadre américains et les hommes de troupes philippins.

A la fin de la campagne japonaise de Luzon, seuls les deux-tiers des réservistes philippins auront été formés. Les effectifs totaux de l'armée régulière américano-philippine atteignant alors environ 120,000 hommes.


3° Forces navales américaines.

La flotte américaine d'extrême-Orient (US Asiatic Fleet) et le 16ème District Naval, basés à Manille dans la base de Cavite Bay, sont chargés d'assurer la défense navale des îles Philippines. Commandée par l'amiral Thomas C. Hart, les unités de surface comprennent le croiseur lourd Houston, le croiseur léger Marblehead, 13 destroyers datant de la Première Guerre mondiale, 5 canonières, 6 mouilleurs de mines, 2 pétroliers, 4 porte-hydravions et 3 ravitailleurs de sous-marins. A cela viennent s'ajouter 29 sous-marins modernes.

En septembre 1941, la Flotte américaine d'Extrême-Orient est renforcée par l'arrivée de 6 vedettes lance-torpilles.

Le 4ème Régiment de Marines, comprenant le 1er Bataillon de Défense Spécial, commandé par le colonel Samuel L. Howard, arrive dans les Philippines le 30 novembre 1941 et est stationnée dans la base de Cavite. Après le retrait de l'armée américano-philippine dans la péninsule de Bataan, l'unité sera transférée sur l'île de Corregidor pour renforcer ses défenses et protéger le GQG de l'USAFFE dans le Tunnel Malinta.


Offensive japonaise.

1° Débarquements initiaux japonais.

Les plans de défense alliés concernant les îles Philippines partent de l'hypothèse que les garnisons sont capables de soutenir un siège jusqu'à l'arrivée de la flotte américaine du Pacifique.

C'est un pari bien risqué auquel s'ajoute, en 1941, le regroupement des bombardiers lourds B-17D Flying Fortress sur Luzon, destinés à la dissuasion d'une éventuelle attaque amphibie, et l'affirmation trop optimiste, par le commandant en chef dans l'archipel, le général Douglas MacArthur, que ses forces sont capables de repousser toute tentative de débarquement japonais.

L'irréalisme de cette politique est démontré dès le premier jour de la guerre du Pacifique, à Pearl Harbor. En effet, non seulement l'US Navy subit de lourdes pertes, mais les Japonais réussissent le 8 décembre 1941 leur premier débarquement sur l'île non-défendue de Batan, entre Luzon et Formose (Taiwan).

L'aviation japonaise basée sur Formose surprend complètement au sol la FEAF sur ses aérodromes de Clark Field et Nichols Field. Cette première attaque aérienne des Japonais détruit 87 avions américains, sur un total de 140. Ce qui lui permettra de s'assurer la maîtrise totale du ciel pour le reste de la campagne. A partir du 14 décembre 1941, les navires de l'US Asiatic Fleet et les avions survivants de la FEAF abandonnent les Philippines et se réfugient en Australie.

Ensuite, ayant privé les Américains de leur aviation et de leur flotte de guerre, les Japonais ont beau jeu de débarquer sans problème où ils le veulent et quand ils le veulent. Ils parachèvent l'occupation de l'île Batan (à ne pas confondre avec la péninsule de Bataan) et débarquent au nord et au sud de Luzon les 10 et 12 décembre 1941.


Le 10 décembre 1941, la 14ème Armée japonaise du lieutenant-général Masaharu Homma débarque sur l'île de Camiguin et à Vigan, Aparri et Gonzaga, sur la côte nord de Luzon. Avant de se réfugier en Australie, les quelques B-17D et P-40B survivants attaquent les navires japonais au large de Gonzaga et de Vigan, coulant un mouilleur de mines, et endommageant le croiseur léger Naka et le destroyer Murasame.

Deux jours plus tard, dans la matinée du 12 décembre 1941, la marine impériale fait débarquer 2,500 hommes de la 16ème Division d'infanterie à Legaspi, dans le sud de Luzon.

Le 16 décembre 1941, d'autres troupes de la 16ème Armée japonaise, affectées temporairement aux forces d'invasion des Philippines, débarquent sur Mindanao et s'emparent de Davao, permettant ainsi à la 14ème Armée de se concentrer sur Luzon. Ces succès suffisent aux Japonais pour tenir les îles Philippines, bien avant l'arrivée de leurs forces d'occupation.


2° Attaque principale dans le Golfe de Lingayen.

L'attaque principale des Japonais commence le matin du 22 décembre 1941, lorsque la 48ème Division d'infanterie et un régiment de la 16ème Division d'infanterie, appuyés par l'artillerie navale et des chars légers, débarquent en trois endroits différents sur la côte est du Golfe de Lingayen. Quelques B-17 venant d'Australie bombardent la flotte d'invasion, mais sans résultats significatifs.

Les 11ème et 71ème Divisions d'infanterie PA de Wainwright, deux unités peu expérimentées et très dispersées, ne peuvent pas grand chose pour s'opposer aux Japonais. D'autres unités de la 14ème Armée débarquent sur la côte sud du Golfe de Lingayen. Le 26ème Régiment de cavalerie (PS), avançant pour s'y opposer, livre des furieux combats à Rosario. Après avoir subit de lourdes pertes sans espoir de cevoir des renforts, il est forcé de se retirer et d'entamer une retraite.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1941, les Japonais ont progressé de 16 km à l'intérieur des terres.

Le 23 décembre 1941, 7,000 soldats de la 16ème Division d'infanterie débarquent en trois endroits différents dans la Baie de Lamon. Là aussi, les troupes américano-philippines du brigadier-général George Parker sont dispersées et impuissantes. Les Japonais consolident immédiatement leurs positions et progressent au nord vers Manille, où ils espèrent établir leur jonction avec les troupes débarquées à Lingayen et avançant au sud.


3° Retraite alliée vers Bataan.

Le 23 décembre 1941, l'armée americano-philippine désormais menacée sur ses arrières, MacArthur décide d'évacuer ses forces vers la péninsule de Bataan. Préoccupée par la prise de Manille, la 14ème Armée japonaise ne réalise pas tout de suite l'ampleur du retrait américano-philippin et ne fait pratiquement rien pour l'empêcher.


La Division Philippine entre dans la bataille en réponse à des rapports signalant des largages de parachutistes japonais près de Clark Field, rapports qui se révèlent finalement faux. Elle est ensuite déployée pour couvrir la retraite des troupes alliées vers Bataan et résister à l'avance japonaise dans la région de la Baie de Subic.

Le 24 décembre 1941, MacArthur active le plan de guerre Orange Phase-3 (WPO-3), qui prévoit la création de cinq lignes défensives successives (D-1 à D-5) pour couvrir la retraite générale alliée vers Bataan. Les combats retardateurs d'arrière-garde seront fournis en partie par le 26ème Régiment de cavalerie US.

MacArthur ordonne le déplacement du gouvernement civil et du QG militaire de l'USAFFE vers la péninsule et l'île de Corregidor. 80,000 soldats et 26,000 réfugiers civils abandonnent la capitale, principalement par voie maritime à travers la Baie de Manille. Les unités d'arrière-garde se déploient de manière à garder ouvert les axes de retraite vers Bataan, en particulier la gare ferroviaire de San Fernando, le pont metallique de Calumpit, sur la rivière Pampanga, et de Plaridel, au nord de Manille. La Force du Sud de Luzon décroche en dernier et franchit les deux ouvrages, après quoi des scouts philippins (PS) les font sauter.

Le 30 décembre 1941, l'état-major de la 14ème Armée japonaise réalise enfin la manoeuvre de décrochage de MacArthur. Il ordonne à la 48ème Division d'infanterie de presser le mouvement vers Bataan et de tout mettre en oeuvre pour la stopper.

Entre les 2 et 4 janvier 1942, une série d'actions retardatrices effectuées par les 11ème et 21ème Divisions d'infanterie philippines, et les chars M3 Stuart du 26ème Régiment de cavalerie et du Groupe provisoire blindé US, permet de garder encore ouvert la route San Fernando-Dinalupihan, pour permettre aux troupes de la Force Sud de Luzon de passer. La 31ème Division d'infanterie (PS) se déploie aux extrémités de la Passe Zigzag pour couvrir les flancs des troupes alliées en retraite depuis le centre et le sud de Luzon, pendant que la Division Philippine, de son côté, organise en hâte une solide ligne de défense.

Le 5 janvier 1942, la 31ème Division gagne ses positions défensives sur le côté ouest de la route Olongapo-Manille, près du carrefour de Layac, à la base de Bataan.

Le 6 janvier 1942, la retraite générale alliée vers Bataan est terminé. 80,000 soldats américano-philippins s'installent en défensive, même si presque rien n'a été prévu ou presque pour assurer leur subsistance. La péninsule étant sous blocus japonais, pilonnés sans arrêt par l'artillerie et l'aviation japonaises, ils sont condamnés à plus ou moins longue échéance.

Photo ci-dessous: retraite du 26ème Régiment de cavalerie (reconaissance) philippin vers la péninsule de Bataan, début janvier 1942.



4° Siège de Bataan.

Avant même le début des hostilités, le Japon avait pensé achever l'occupation des Philippines avant de lancer une offensive contre les Indes néerlandaises (Indonésie), mais la facilité avec laquelle son armée s'empare de ses objectifs sur Luzon et sur Mindanao encourage le haut-commandement impérial à revoir ses plans, la 14ème Armée japonaise étant invitée à se séparer d'une grande partie de ses forces aériennes et de ses divisions d'élite pour les envoyer dans les Indes néerlandaises, à partir du 2 janvier 1942.

Ci-dessous: chars japonais progressant dans la jungle de Bataan.


Ces opérations n'ont rien d'inattendu, au moins depuis l'occupation de l'île de Jolo, près de Bornéo, le 25 décembre 1941. Mais ce changement de plan de Tokyo fait que la 14ème Armée japonaise se retrouve maintenant à un contre trois dans la péninsule de Bataan. Et qu'elle ne pourra en finir avec la résistance américano-phillipine avant plusieurs mois.

Les troupes de MacArthur se sont solidement retranchés sur toute la largeur de la péninsule, et après ses succès initiaux, le Japon n'est plus en mesure d'enfoncer cette solide ligne de défense. Désormais, la 14ème Armée japonaise se cantonne dans un long siège pour venir à bout de la résistance américano-philippine.

Le 22 février 1942, alors que les Indes néerlandaises tombent aux mains des Japonais, MacArthur reçoit l'ordre du président Franklin Roosevelt d'évacuer son état-major en Australie.

Le 11 mars 1942, MacArthur, son état-major et le président philippin Manuel Quezon s'embarquent à bord de quatre vedettes lance-torpilles commandées par le lieutenant-commander John D. Bulkeley, et après avoir forcé le blocus naval japonais, quittent les Philippines pour Mindanao, et de là, direction l'Australie.

Avant d'embarquer, MacArthur fait par radio une promesse solennelle aux Philippins: "Je reviendrai".

Le 20 mars 1942, après le départ de MacArthur, c'est Jonathan Wainwright qui assume désormais le commandement de toutes les forces américano-philippines de l'archipel. Les troupes alliées dans la péninsule de Bataan sont confiées au général Edward King.


Le 3 avril 1942, après trois mois de siège, la 14ème Armée japonaise entame leur grande offensive finale contre Bataan. 300 pièces d'artillerie et 100 bombardiers pilonnent pendant quatre heures la ligne de défense Orion-Bagac.

Minés par la faim, les maladies tropicales et les désertions, il ne reste plus que 14,000 soldats américano-philippins en état de combattre, sur les 80,000 défenseurs début janvier. En deux jours, la 4ème Division d'infanterie et la 65ème Brigade mixte indépendante japonaises pulvérisent l'une après l'autre les positions défensives alliées, et les contre-attaques se révèlent vaines. L'effondrement de la résistance entraîne la capitulation finale des "Battling Bastards of Bataan" en quelques jours.

Photo ci-dessous: les Japonais doivent réduire les derniers défenseurs de Bataan aux lance-flammes.


Le 9 avril 1942, c'est la fin: les parlementaires du major-général Edward P. King, commandant ce qui reste de l'armée américano-philippine dans Bataan, se présentent à 3h30 du matin devant les lignes ennemies avec un drapeau blanc. Les Japonais imposent une capitulation sans condition. Elle prendra effet à 12h30. 76,000 soldats alliés, dont 12,000 Américains, déposent les armes. Les 2,000 hommes qui tentent de rejoindre Corregidor sont victimes des noyades ou des requins qui infestent l'entrée de la baie de Manille. Seuls environ 300 hommes de la 31ème Division d'infanterie réussissent à gagner l'île fortifiée.

Photo ci-dessous: reddition d'Edward King à Bataan, le 9 avril 1942.


Les Japonais entament ensuite le ratissage de la péninsule. Commence alors un des épisodes les plus tristement célèbre de la guerre: la "Marche de la Mort". Les Japonais rassemblent les 76,000 prisonniers américano-philippins affaiblis ou malades et les obligent à entamer une longue et très éprouvante marche forcée de 65km de Mariveles jusqu'à la gare de San Fernando. En trois jours, environ 7,000 d'entre-eux mourront, soit de faim ou de maladies, soit, pour les trainards incapables de continuer à marcher, exécutés sur place. Soit en moyenne un prisonnier tous les dix mètres.

Photo ci-dessous: prisonniers américains lors de la "Marche de la Mort" (10-12 avril 1942).




5° Bataille de Corregidor.

Avec la chute de Bataan, Wainwright ne possèdent plus que l'île fortifiée de Corregidor, surnommée le "Gibraltar de l'Est", à l'entrée du golfe de Manille, des Visayas et d'une partie de l'île de Mindanao. Sa garnison compte environ 5,700 hommes, essentiellement des régiments d'artillerie côtière, le 4ème Régiment de Marines et des survivants de la péninsule de Bataan. Elle est commandée par le major-général George F. Moore.

Dans la nuit du 5 au 6 mai 1942, Bataan nettoyé, les Japonais donnent le coup de grâce. Ils débarquent de Punta Nord (North Point).


A l'aube, les Japonais investissent le tunnel Malinta. Les infirmières et les 3,200 blessés et maladades americains et philippins qui s'y entassent sont impitoyablement massacrés.

Incapable de poursuivre la lutte plus longtemps, Wainwright envoie des émissaires aux Japonais pour discuter d'une reddition locale. Mais le général Masaharu Homma exige une capitulation totale et inconditionnelle de toute les forces américano-philippines encore présentes dans les Philippines. A 20h15, après toute une journée de négociations, Wainwright accepte les exigences japonaises.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1942, la mort dans l'âme, il signe la capitulation inconditionnelle de toutes les forces americano-philippines dans l'archipel.

Photo ci-dessous: prisonniers américano-philippins devant l'entrée du Tunnel Malinta, sur Corregidor.


La conquête de l'île forteresse a coûté 800 tués et 1,000 blessés aux Américano-Philippins. 5,000 tués et 3,000 blessés aux Japonais.

Les Japonais capturent 11,000 Américains et 4,000 Philippins à bout de force et incapables de combattre, qui s'entassaient littéralement sur l'île. C'est ensuite la répétition de "la marche de la Mort" de Bataan du mois d'avril. 5,600 d'entre-eux mourront les jours suivants durant une marche forcée jusqu'à la gare de San Fernando, d'épuisement ou exécutés.

Ce 6 mai 1942, sur l'île de Mindanao, après une intense préparation d'artillerie, les Japonais donnent l'assaut final aux défenseurs americano-philippins à bout de force.

Sur les autres îles de l'archipel, les Japonais ne sont pas restés inactifs. Ils ont éliminé les garnisons alliées et conquis les îles de Mindoro, Cebu, Panay et Samar.

Les Japonais enregistrent au total, pour toute la campagne de Luzon, 12,000 tués et blessés.

Les Alliés ont perdu 30,000 Américains et 110,000 Philippins, dont 95,000 prisonniers. Les trois quarts de ces prisonniers mourront en captivité. Les défenseurs de Bataan et de Corregidor ont résisté pendant cinq mois, mais les Japonais sont les maîtres absolus des Philippines.

Le 9 mai 1942, sur Mindanao, les Japonais emportent Dalrig et éliminent les derniers foyers de résistance americano-philippine de l'île. Sa conquête est définitivement achevée.

Le lendemain, le général américain William Sharp, commandant des forces americano-philippines dans les îles centrales, donne l'ordre à ses troupes de cesser le combat, définitivement.

Pendant un mois, de petits groupes isolés continueront encore à résister dans les îles Philippines du Sud. Le dernier de ces groupes déposera finalement les armes le 9 juin 1942.

Sur Mindanao, des Américano-Philippins choisissent d'organiser la guérilla et se retirent dans les montagnes à l'interieur de l'île. Commandés par le colonel américain Wendell Fertig, ils vont empoisonner la vie des Japonais pendant deux ans et demi.

La campagne des Philippines demeure, dans l'histoire des Etats-Unis, excepté pendant la guerre civile, le seul cas d'une reddition en masse de toute une armée en campagne.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


Bataille du Pacifique - 1ère Partie: "Banzai!" (1941-1942).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 10 février 2015.


Sources principales.

Battle of the Philippines (Wikipedia.org)
Philippine Islands 1941-1942 (US Army Center of Military History)
Battle of Bataan (Wikipedia.org)
Japanese occupation of The Philippines (Wikipedia.org)

1 comment:

Pascal Boulerie said...

Dommage qu'il n'y ait jamais de légende sous les photos et les cartes, ni de lien entre texte et photo (exemple : "voir Figure 2").