Opération Overlord - Jour-J: les combats du 6 juin 1944

"Neptune" est le nom de code de l'assaut initial du Jour-J en Normandie, et inclut la traversée de la Manche par l'armada alliée. Le débarquement sur les plages désignées débute à 6h30, mais il a été précédé, peu après minuit, par des largages de parachutistes et des atterrissages de planeurs dans l'arrière-pays, en vue de protéger les deux flancs des troupes débarquées. "Overlord", dans une plus large mesure, désigne les plans d'ensemble du général Dwight Eisenhower en vue d'établir la tête de pont alliée en France.



Forces alliées et allemandes en présence le 6 juin 1944.

En ce début du mois de juin 1944, les effectifs militaires allemands en Europe occupée atteignent le sommet de leur puissance. 157 divisions de la Wehrmacht sont présentes en Union Soviétique, 6 en Finlande, 6 au Danemark, 12 en Norvège, 9 en Allemagne, 12 dans les Balkans, 26 en Italie, et finalement 59 sur le front occidental (France, Belgique et Pays-Bas). Cependant, une grande partie de ces divisions sont incomplètes et usées, aux alentours de 50% de leur effectifs en dotation normale.

En Normandie, stationnent une dizaine de divisions d'infanterie, de défense côtière, de la Luftwaffe et de panzers, de qualité très inégale. On y trouve de tout: des vétérans des campagnes de Russie et des Waffen-SS très expérimentés et redoutables, mais également des troupes de second ordre, médiocres et peu entraînées, des prisonniers russes servant d'auxiliaires dans la Wehrmacht ou des unités terrestre de la Luftwaffe, et en particulier dans la défense anti-aérienne (FlaK), des inaptes au service dans les unités de premières lignes, etc.

Carte ci-dessous: disposition des divisions allemandes en France le 6 juin 1944. Source: United States Center of Military History (history.army.mil), "Operation Overlord, Map V."


L'OB West et le Heeresgruppe B espèrent également beaucoup sur le système de défense côtier mis en place par Erwin Rommel, le "Mur de l'Atlantique" (1), mais celui-ci n'est pas encore achevé dans certains secteurs, la priorité ayant été donnée au Pas-de-Calais. En ce début du mois de juin 1944, sont déployées sur la côte normandes, ou plus à l'intérieur des terres, les unités allemandes suivantes:
  • 716ème Division d'infanterie [statique]: composée essentiellement d'inaptes au service actif et de prisonniers russes libérés.
  • 352ème Division d'infanterie: division de combat expérimentée comprenant une majorité de vétérans des campagnes de la Wehrmacht 1939-1944. Elle comprend les 914ème, 915ème et 916ème Régiments de grenadiers, le 352ème Régiment d'artillerie et la 352ème Compagnie de chasseurs de chars.
  • 91ème Division aérienne [Luftwaffe]: équivallent d'une division d'infanterie, entraînée et équipée pour être transportée par air.
  • 709ème Division d'infanterie [statique]: similaire à la 716ème Division.
  • 243ème Division d'infanterie [statique]: unité de défense côtière comprenant les 920ème [incomplet], 921ème et 922ème Régiments, chargée de protéger la côte occidentale dans la péninsule du Cotentin.
  • 711ème Division d'infanterie: 731ème et 744ème Régiments, stationnée dans le Pays de Caux.
  • 30ème Brigade Mobile: composée de trois bataillons cyclistes. Au sud-ouest de Saint-Lo.
  • Brigade russe Bunyachenko (ou Bouniatchenko): comprend essentiellement des unités de la 600ème Division commandée par le général Sergei Bunyachenko. Cette division fait partie de l'"Armée de Libération Russe" (ROA) d'Andrei Vlasov.
juno-3 D-Day Overlord

A proximité, pas moins de cinq divisions blindées, dont deux panzer-SS, en mesure de rejoindre n'importe quel point de la côte en trois ou quatre heures, avec mission de rejeter les envahisseurs à la mer. Mais, sur ordre personnel d'Adolf Hitler, ces unités sont gardées en réserve et ne peuvent être déplacées que sur son ordre express. Erwin Rommel répète souvent: "Avec Hitler, c'est celui qui parle en dernier qui a toujours raison". Ce dernier décide de se rendre fin mai 1944 en Allemagne pour y conférer avec le Führer, c'est-à-dire lorsque les conditions météorologiques auront cessé d'être favorables à un éventuel débarquement allié dans le mois courant.

Le Renard du Désert, extenué et fatigué, quitte donc la Normandie le 4 juin 1944 pour s'entretenir avec Hitler à Berlin. Il veut également en profiter pour prendre quelques jours de permission chez lui, à Herlinghen, et y fêter le cinquantième anniversaire de sa femme Lucy, le 6 juin. Il estime qu'en raison des conditions météorologiques exécrables, il n'a rien à craindre jusqu'à la mi-juin, et tout laissant supposer qu'un éventuel débarquement ne pourra que coïncider avec la fin du dégel sur le front russe et la reprise de l'offensive d'été soviétique.

Par ailleurs, quelques officiers supérieurs allemands, dont le commandant du LXXXIV Korps (QG Saint-Lo) qui garde précisément le secteur désigné pour le débarquement allié, le général Erich Marcks, sont attendus ce 6 juin à Rennes, pour participer à un Kriegspiel, un exercice théorique et topographique, destiné à préparer un plan contre un débarquement allié imaginaire... en Normandie!

Du côté allié, pour l'assaut du Jour-J, le haut-commandement allié du général Dwight D. Eisenhower prévoit le déploiement de trois divisions aéroportées (20,000 hommes) et le débarquement de six divisions d'infanterie renforcées (135,000 hommes). Soit un effectif total d'environ 155,000 fantassins et parachutistes.


Ordre de bataille allié le 6 juin 1944, d'ouest en est.
  • XXIème Groupe d'armées alliées.
    Maréchal Bernard L. Montgomery.

    • 1ère Armée américaine. Lieutenant-Général Omar N. Bradley.
      • 82ème Division aéroportée (James Gavin).
      • 101ème Division aéroportée (Maxwell Taylor).
      • VII Corps (Joe Collins): 4ème Division d'infanterie.
      • V Corps (Leonard Gerow): 29ème et 1ère Divisions d'infanterie.

    • 2ème Armée britannique. Lieutenant-Général Miles C. Dempsey.
      • 6ème Division aéroportée.
      • XXX Corps britannique (Brian Horrocks): 50ème Division d'infanterie. 8ème Brigade blindée. Eléments de la 79ème Division blindée (Hobart's Funnies). (2)
      • I Corps britannique (John Crocker): 3ème Division d'infanterie et 2ème Brigade blindée canadiennes. 3ème Division d'infanterie et 27ème Brigade blindée britanniques.

Forces navales alliées impliquées.
  • La Western Naval Task Force sous les ordres du contre-amiral Allan G. Kirk (USN), avec des unités de la 1ère Armée américaine sous les ordres d'Omar Bradley (USA), fera débarquer les troupes d'assaut américaines à l'ouest.
    1. La Force d'Assaut U, avec la 4ème division d'infanterie, débarquera sur Utah Beach devant Saint-Martin-de-Varreville.
    2. La Force d'Assaut O, avec deux régiments de la 29ème Division d'infanterie et deux régiments de la 1ère Division d'infanterie, débarquera sur Omaha Beach devant Saint-Laurent-sur-Mer.
    3. La Force de Soutien B, avec deux régiments des 29ème et 1ère Divisions, débarquera sur Omaha Beach à la seconde marée du Jour-J.
  • La Eastern Naval Task Force, sous les ordres du contre-amiral Sir Philip Vian (Royal Navy), avec des unités de la 2ème Armée britannique (Miles Dempsey), fera débarquer les troupes d'assaut canadiennes et anglaises à l'est.
    1. La Force d' Assaut G, avec la 50ème division d'infanterie, débarquera sur Gold Beach devant Asnelles.
    2. La Force d'Assaut J, avec la 3ème Division d'infanterie canadienne, débarquera sur Juno Beach devant Courseulles.
    3. La Force d'Assaut S, avec la 3ème Division d'infanterie britannique, débarquera sur Sword Beach devant Colleville-sur-Orne et Ouistreham.
    4. La Force de Soutien L, avec la 22ème Brigade blindée du XXX Corps britannique, arrivera dans la zone anglo-canadienne à la seconde marée du Jour-J.
Par ailleurs, des unités de commandos des Royal Marines anglais de la Force J et les 2ème et 5ème Bataillons de Rangers américains de la Force O attaqueront des points sélectionnés: les Américains à la Pointe du Hoc, les Britanniques et le Commando français Kieffer à Ouistreham et Riva-Bella.



Opérations aéroportées alliées.

Le 5 juin 1944, à 21h30, une vingtaine de C-47 Skytrain, transportant des Pathfinders, les "éclaireurs" des 82ème et 101ème Divisions aéroportées chargés de baliser les zones de parachutages DZ (Drop Zone) ou d'atterrissage de planeurs LZ (Landing Zone) dans la péninsule du Cotentin, s'envolent les premiers de l'aérodrome de North Witham, dans le sud de l'Angleterre, pour la Normandie.

C'est l'avant-garde des deux divisions américaines, qui doit arriver sur ses zones de largage à 0h20. Elle précède d'une demi-heure 800 C-47 du IX Troop Carrier Command acheminant 13,500 parachutistes dans la zone Saint-Mère-Eglise/Sainte-Marie-du-Mont/Saint-Martin-de-Varreville. Leurs missions est de protéger le flanc droit des plages de débarquement, à Utah Beach. De s'assurer le contrôle des ponts sur la Taute, la Douve et le Merderet.

Photo ci-dessous: les éclaireurs "pathfinders" amérindiens (ici des Mohawk) de la 101st Division se maquillent le visage avec des peintures de guerre dans la soirée du 5 juin 1944, avant de décoller pour la Normandie. Leur objectif est de baliser les zones de largage de parachutistes et d'atterrissage de planeurs des divisions aéroportées, qui les suivent d'une demi-heure.


Vidéos ci-dessous: départ et largage des parachutistes de la 101ème Division aéroportée, illustrés dans la série américaine "Band of Brothers" (2001).




22h15: le centre d'écoute radio de la 15ème Armée allemande intercepte la seconde partie du poème de Verlaine à l'adresse de la Résistance française, celle qui, selon l'amiral Wilhelm Canaris, commandant de l'Abwehr, les services secrets militaires allemands, précédera l'invasion de quarante-huit heures au maximum:

"Bercent mon coeur / D'une langueur / Monotone..."

Encore une fois, seule la 15ème Armée allemande est placée en état d'alerte. Et pour la seconde fois, la 7ème Armée allemande est oubliée.

Il est 23h lorsque six bombardiers Halifax décollent de la base de Tarrant Rushton. Ils remorquent les planeurs Horsa contenant 180 hommes de la compagnie D du 2ème bataillon Oxford and Bucks de la 6ème Brigade (3), commandé par le major John Howard et chargés de s'emparer du pont routier (Pegasus Bridge) de Bénouville, sur l'Orne. Dans le même temps, les avions de transport Albermale emportant les Pathfinders de la 22nd Independant Parachute Company décollent de Harwell afin de baliser les futures DZ et LZ de la 6ème Division aéroportée britannique.


A 0h11, le 6 juin 1944, le lieutenant anglais Noel Poole, un éclaireur/baliseur de la 22 IPC, est le premier soldat allié à fouler la Normandie.

A 0h16, les six planeurs transportant les Oxf and Bucks de Howard atterrissent sur les rives de l'Orne, à proximité de leur objectif. Ils s'emparent en moins d'un quart d'heure. Cette scène a été immortalisée dans le film Le Jour le Plus Long de Darryl Zanuck en 1962, inspiré du roman de Cornelius Ryan.


Les choses ne se passent pas aussi bien pour les Pathfinders. Le vent violent et des erreurs de largage provoquent la désorganisation des "sticks". Des balises de signalisation sont perdues et certains sticks ne sont pas sur la DZ qui leur sont assignée. Ces erreurs se répercuteront sur les largages du gros de la division qui doit intervenir trente minutes plus tard.

A partir de 0h50, c'est le tour des 6,500 parachutistes de la 6ème Division aéroportée britannique, qui devront s'assurer le contrôle des ponts sur le canal de l'Orne et la Dive, et protéger le flanc gauche du débarquement. Lorsque les avions de transport se présentent au-dessus de la Normandie, les conditions météorologiques provoquent là encore une dispersion des sticks. Beaucoup d'hommes sont très éloignés de leur DZ prévue ou se retrouvent dans les marais inondés de la Dives, où ils se noient.


Malgré cette confusion, pour les paras britanniques, tout marche relativement bien. A 3h30, lorsque le général Richard Gale, commandant la 6ème Division, met pied à terre, une bonne partie des objectifs sont atteints. Le 9ème Bataillon du lieutenant-colonel Terence Otway s'empare et détruit la batterie de Merville au prix de lourdes pertes. La tête de pont de Ranville est consolidée. D'autres parachutistes britanniques et canadiens détruisent les ponts sur la Dives, isolant ainsi le flanc gauche du débarquement allié. Un seul inconvénient majeur: près de la moitié des hommes qui forment la division sont dispersés et perdus dans la nature.

Photo ci-dessous: des parachutistes américains s'apprêtent à sauter sur la Normandie, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.


Cet inconvénient, les aéroportés américains vont le connaître à une plus large échelle encore. La couverture nuageuse au-dessus du Cotentin et la Flak désorganisent les formations et provoquent ainsi la dispersion des sticks parfois à des dizaines de kilomètres de leurs objectifs. Certains groupes mettront des jours à rejoindre leur unité.

Sur les 13,000 parachutistes américains largués, 2,500 seulements parviennent à se regrouper, et à l'aube, très rares sont les unités qui se présentent au lieu prévu. Seul le saut et le regroupement du 505ème Régiment de la 82ème Division aéroportée, commandé par le colonel William E. Ekman, se passe relativement bien.




Beaucoup d'Américains sont tués dès l'atterrissage ou se noient dans les marais inondés par la Douve et le Merderet, ou même parfois, quand la DZ est dépassé, au large de Utah Beach. 60% du matériel lourd est perdu. La dispersion des parachutistes américains provoque également une confusion chez les Allemands, ces derniers ne peuvant déterminer la nature, la force ou les objectifs américains.

A Sainte-Mère-Eglise, c'est toute la compagnie F du 2ème Bataillon du 505ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division qui dépasse sa zone de largage et atterrit sur la place du village. Les Allemands ne lui laissent aucune chance et la massacrent sur place.

La moitié des troupes aéroportées parviendra en général à se regrouper en petits groupes hétérogènes et à remplir les tâches qui leur avaient été confiées. Pratiquement toutes les unités des deux divisions américaines se retrouvent mélangées les unes aux autres, les hommes commandés par des officiers qui ne sont pas les leurs. Dans certains cas, des officiers de la 101ème Division assumeront le commandement de soldats de la 82ème Division, et inversement.

Toujours est-il que la 101ème Division aéroportée, sous les ordres du général Maxwell Taylor, réussit à prendre le contrôle de la zone située entre Saint-Martin-de-Varreville et Pouppeville, d'où elle se prépare à couvrir le débarquement de la 4ème Division d'infanterie sur Utah Beach.

A 4h du matin, Sainte-Mère-Eglise est prise par le 3ème bataillon du 505ème Régiment parachutiste, commandé par le lieutenant-colonel Edward C. Krause, et complètement sécurisée vers 5h du matin. C'est la première localité de France libérée. Mais le reste de la 82ème Division aéroportée, commandée par le général James Gavin, manque tous ses autres objectifs: la traversée de la Douve et du Merderet, et sa jonction avec la 101ème Division.


L'écluse de la Barquette est capturée dans la matinée par des éléments du 501ème Régiment de la 101ème Division, sous les ordres du colonel Howard R. Johnson. Les sorties de plage à Utah Beach tombent aux mains des parachutistes américains à midi et le contact est établi avec des éléments de la 4ème Division d'infanterie, débarqué le matin. Dans la soirée, la ligne de défense semble stabilisée sur la rive orientale du Merderet.


Ordre de bataille de la 82ème Division aéroportée américaine

Ordre de bataille de la 101ème Division aéroportée américaine

Ordre de bataille de la 6ème Division aéroportée britannique


Opération Boston.
Missions de la 82ème Divisions aéroportée.

  1. Sauter de part et d'autre du Merderet.
  2. Prendre Sainte-Mère-Eglise.
  3. Capturer les ponts à La-Fière et au Chef-du-Pont.
  4. Faire sauter les ponts à Etienville et Beuzeville-la-Bastille.
  5. Etablir une tête de pont à l'ouest du Merderet.
  6. Défendre le flanc nord-ouest de la tête de pont d'Utah Beach.

Opération Albany.
Missions de la 101ème Division aéroportée:

  1. Capturer et tenir les quatre chaussées partant d'Utah Beach.
  2. Détruire la batterie lourde de Saint-Martin-de-Varreville.
  3. S'emparer de l'écluse de la barquette.
  4. Détruire les ponts de la Douve.
  5. Défendre le flanc sud de la tête de pont d'Utah Beach.

Opération Tonga.
Missions 6ème Division aéroportée:

  1. S'emparer du pont Pegasus de Bénouville, sur l'Orne.
  2. Détruire la batterie cotière de Merville.
  3. Détruire le pont de Varaville, sur la Divette.
  4. Détruire les ponts de Robehomme, Troarn et Bures, sur la Dives.
  5. Nettoyer et sécuriser les LZ pour les planeurs.
  6. Défendre le flanc est de la tête de pont anglo-canadienne.


Sur le même sujet, voir également:

- Diberville, Saviez-vous que..., 2140 "Les Cowboys et les Indiens"

- Diberville, Saviez-vous que..., 2141 "Au petit bonheur"

- Diberville, Saviez-vous que..., 2142 "Casser du bois"

- Diberville, Saviez-vous que..., 2143 "Le succès malgré tout"




(1) Blogosphère Mara, "Opération Overlord - Mur de l'Atlantique et défenses allemandes"

(2) Blogosphère Mara, "Opération Overlord - Planification et préparatifs alliés"

(3) 2nd Battalion, The Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry, Lieutenant-Colonel Michael Roberts


Utah la Facile.

Opération Neptune. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, après avoir appareillé la veille et s'être regroupé dans une zone au sud de l'île de Wight appelée Picadilly Circus, la plus formidable armada jamais rassemblée dans l'Histoire humaine traverse la manche et approche des côtes normandes.

Il y a au total 6,939 navires de huit nationalités différentes! De tout type et de toute taille: 1,213 navires de guerre, dont 23 croiseurs et 6 cuirassés, 4,126 navires de transport, dont environ un millier de Liberty Ship, des centaines de navires de débarquement à fond plat (LCI, LCT, LCM), 736 navires de soutien ou auxiliaire, et 864 navires de la marine marchande. Cette armada est dirigée par 800,000 marins, et transporte 135,000 hommes de six divisions d'infanterie renforcées et diverses unités blindées, d'artillerie et du génie non-endivionnées.

Pour s'opposer à cette incroyable armada, dont on n'a jamais vu et qu'on ne reverra sans doute jamais l'équivallent sur mer, les Allemands disposent au total de... 3 destroyers, 35 vedettes lance-torpilles et 34 sous-marins.

Les Américains doivent débarquer sur les plages nommées en code Utah Beach, sur la presqu'île du Cotentin, et Omaha Beach, entre Vierville-sur-Mer et Colleville-sur-Mer. Les Anglo-Canadiens, pour leur part, sur Gold-Juno Beaches, entre Arromanche et Saint-Aubin-sur-Mer, et Sword Beach, entre Lion-sur-Mer et l'embouchure de l'Orne.

De 1h55 à 5h29 du matin, 1,800 B-17 Flying Fortress et B-24 Liberator de la 8th Air Force se succèdent et pilonnent les batteries côtières allemandes du Havre, Caen, Coutances, Saint-Lo, Cherbourg, Falaise, Thury-Harcourt, Lisieux, Pont-L'Evêque, Argentan et Conde-sur-Noireau. Simultanément, 551 Lancaster et 412 Halifax du RAF Bomber Command visent celles de Fontenay, Maisy, Houlgate, La Pernelle, Longues-sur-Mer, Merville, Mont Fleury, Ouistreham, Saint-Martin-de-Varreville et de la Pointe-du-Hoc.

A partir de 3h14 du matin, 800 B-26 Marauder et A-20 Havoc de la 9th Air Force entament le bombardement des défenses côtières allemandes sur les cinq plages désignées pour le débarquement.

Au large, la couverture aérienne de la flotte d'invasion alliée est impressionante. Les navires de guerre et de soutien ouvrent le feu à partir de 5h50 du matin, le tir des pièces d'artillerie navale étant plus ou moins efficace selon les secteur. Pour éviter toute mauvaise surprise, les navires de débarquement sont précédés par des dragueurs de mines et protégés par des barrages de ballons captifs.


L'heure-H pour les troupes de débarquement alliées a été fixée à 6h30. Compte tenu des différences locales des marées, les unités britanniques ne prendront pieds sur le sol normand qu'une heure plus tard, à 7h25.

Les premiers fantassins américains à prendre pieds sur les plages normandes sont ceux des 29ème et 1ère Divisions d'infanterie du V Corps sur Omaha Beach, suivis par ceux de la 4ème Division d'infanterie du VII Corps, sur Utah Beach.

Ordre de bataille de la 4ème Division d'infanterie

Sur Utah la Facile, tout marche à peu près comme sur des roulettes, et à midi les avant-garde de la 4ème Division avancent sur la route de Pouppeville à Sainte-Marie-du-Mont, et font leur jonction avec la 101ème Division aéroportée de Maxwell Taylor.

Utah est le nom de code donné à la plage située le plus à l'ouest de la zone de débarquement. Orientée vers le nord-est et bordée de dunes de sable, elle est située sur la côte orientale de la péninsule du Cotentin et en bordure d'une zone de marais et de basse-terres qui ont été inondés par les allemands. Seules quatre chaussées surelevées permettent de traverser ces marais et de rejoindre l'intérieur des terres.


La défense du Cotentin est confiée aux 709ème, 243ème et 91ème Divisions d'infanterie de la 7ème Armée allemande.

Sur le Field Order n°1 daté du 28 mai 1944 on peut lire: "Le VII Corps attaquera Utah Beach le Jour J à l'heure-H et prendra Cherbourg dans le minimum de délai.

"En complément des objectifs assignés aux 82ème et 101ème A/B Divisions, la 4ème Division d'infanterie devra attaquer Utah Beach à l'heure-H, établir une zone de débarquement et, ensuite, pousser vers Cherbourg, conjointement avec la 90ème division d'infanterie, qui débarquera à J+1."


A 4h30, des détachements des 4ème et 24ème Escadrons de cavalerie prennent pied sur les îles St-Marcouf, en face d'Utah Beach, afin de s'emparer de ce que l'on croit être un poste d'observation ou un fortin allemand. A 5h30, les détachements sont à terre et les îles désertes occupées sans tirer un seul coup de feu.

Dans le même temps, le transbordement des troupes du VII Corps dans les péniches LCVP s'effectue sans encombre, et la première vague d'assaut de la 4ème Division se présente à l'heure fixée sur la ligne de départ.

A l'heure-H, les barges abaissent les rampes et les 600 hommes de la première vague d'assaut se jetent à l'eau pour parvenir jusqu'à la plage. Ces premières troupes atteignant le rivage sont celles des 1er et 2ème Bataillon du 8ème Regiment d'infanterie. Par contre, elles ne débarquent pas à l'endroit prévu, mais 1,800 mètres plus au sud.


Le brigadier-général Théodore "Teddy" Roosevelt, Jr, le commandant adjoint divisionnaire, qui se trouve dans cette première vague d'assaut, s'aperçoit de l'erreur et ayant entrepris par lui même une reconnaissance du terrain, décide que les vagues d'assaut suivantes prendront pied à cet endroit.


Tandis que le génie prépare l'endroit pour l'arrivée de nouvelles troupes, les unités du 8ème Régiment commencent à s'avancer à l'intérieur des terres vers leurs objectifs initiaux.

Le 1er Bataillon progresse vers le nord en direction des Dunes-de-Varreville, et le 3ème Bataillon en direction de l'ouest. Le 2ème Bataillon quand à lui établit la jonction avec les parachutistes de la 101ème Division à Pouppeville aux environs de midi.

L'une des principales conséquences de l'erreur du lieu de débarquement est l'encombrement de l'Exit E-2. Le plan initial prévoyait les Exits E-2 et E-3 pour l'écoulement des hommes et du matériel, mais la proximité des défenses allemandes au nord empêche l'utilisation de l'E-3. Les trois bataillons du 22ème Regiment d'infanterie, dont le débarquement s'acheve vers 10h, sont obligés de progresser à travers la zone inondée pour rejoindre leurs objectifs au nord-ouest en direction de St-Germain-de-Varreville.

En fin de matinée, la compagnie Easy du 506ème Régiment de parachutistes, commandée par le major Richard "Dick" Winters", neutralise les quatres obusiers de 105mm du Manoir de Brécourt, qui pillonnait Utah Beach, juste devant la sortie de plage Exit E-3.


Dans l'après-midi, des élements de la 82ème Division aéroportée débarqués par mer suivent le trajet du 3/8. Ils doivent rejoindre leur division à Ste-Mère-Eglise et nettoyer le secteur afin de permettre l'arrivée de la seconde vague de planeurs, programmée pour 21h.


Le 8ème Regiment d'infanterie a atteint tous ses objectifs du Jour-J. Il releve les parachutistes de la 101ème Division aéroportée dans le secteur de Pouppeville et est en position pour la protection du flanc sud-ouest de la 4ème Division. Les seuls problèmes majeurs rencontrés proviennent d'une poche de résistance allemande située au nord des Forges, où doivent atterrir les planeurs à 21h.

Cependant, les deux autres régiments de la division n'atteignent pas leurs objectifs. La principale cause en est leur difficile progression dans la zone inondée qui les retarde toute la journée.

Dans la soirée, 20,000 hommes et 1,700 véhicules ont débarqué sur Utah Beach, et toute la 4ème Division d'infanterie est à terre. Elle n'a perdu que 197 hommes tués et blessés pendant la journée.


Sur ce sujet, voir également:

- Diberville Saviez-vous que..., 2145 "Utah-la-facile"



"Omaha la Sanglante" et Pointe-du-Hoc.

En revanche, sur Omaha Beach, tout va de travers! La mer démontée, le ressac et la réaction de la 352ème Division d'infanterie allemande, des vétérans des campagnes de Russie, vont rendre la situation du V Corps de Leonard Gerow extrêmement critique.

Cette plage de six kilomètres de long a été divisée en huit secteurs (d'ouest en est): Charlie, Dog Green, Dog White, Dog Red, Easy Green, Easy Red, Fox Green et Fox Red. Elle est défendue par la 352ème Division d'infanterie.


Défenses allemandes sur Omaha Beach

Omaha est bordée de chaque côté par des falaises d'une trentaine de mètres de haut s'enfonçant directement dans la mer. De plus la plage elle-même est dominée par un talus herbeux d'une quarantaine de mètres de haut avec une pente présentant une forte déclivité, et comprenant seulement cinq couloirs ou chemins encaissés permettant l'accès à l'intérieur des terres.

Quelques kilomètres à l'ouest d'Omaha Beach se situe la Pointe du Hoc, falaise rocheuse d'un peu plus de 30m de hauteur. La défense d'Omaha Beach avait été initialement confiée à la 716ème Division de défense côtière. Mais ce que les services de renseignement alliés ignorent, c'est que la 716ème n'est maintenant plus seule: la 352ème Division d'infanterie de la 7ème Armée allemande, unité composée d'une forte part de vétérans des campagnes de Russie, et arrivée recemment, double le nombre des effectifs allemands disponibles.

L'épine dorsale du système de défense allemand repose sur les points de résistance WN (4) installés en bordure de plage et qui interdisent l'accès aux cinq sorties existantes. Aucun ouvrage betonné ne se situe à l'intérieur des terres. De plus, les régiments d'artillerie de la 352ème Division installés quelques kilomètres à l'intérieur, entre la Cambe et Formigny, tiennent sous le feu d'environ 24 pièces de 105mm à 150mm les six kilomètres de plage.

Parmi les moyens passifs de défense on trouve les murs et fossés antichars présents le long de la plage ainsi que les obstacles de plage: pieux, tétraèdres ou hérissons tchèques, "Eléments C" et "Portes Belges" (5).

Photo ci-dessous: Omar Bradley, commandant les troupes d'assaut américaines, à bord du croiseur lourd Augusta, à l'aube du 6 juin, au large d'Omaha Beach.


Chronologie des évenements sur Omaha Beach.

Les conditions météorologiques, le courant de marée et la mauvaise visibilité vont complétement désorganiser les plans prévus pour les compagnies d'assaut de la première vague.

La première erreur des Américains est de commencer les opérations de transbordement de l'infanterie trop au large, à 19km du rivage, au lieu des 11km fixés par les Britanniques. Les vagues et les remous submergent plusieurs Landing Craft Infantry (LCI), péniche de débarquement d'infanterie, et le nombres de noyés croît d'heure en heure.

Ordre de bataille de la 1ère Division d'infanterie

Ordre de bataille de la 29ème Division d'infanterie

Lorsque la première vague américaine atteint le rivage, à 6h30, certaines péniches sont à l'eau depuis plus de trois heures, et les troupes d'assaut en général sont toutes en proie au mal de mer. Sur les 29 chars Sherman amphibies spéciaux (Duplex Drive ou DD) lancés en mer, 27 prennent l'eau et coulent, en raison des remous et des vagues qui submergent leur "jupe" de flottaison. Pour compléter ce désastre, une grande partie des hommes du génie chargés du déminage des plages périt noyés: le matériel lourd et les véhicules mal équilibrés sur leur DUKW les fait chavirer.

L'aviation a manqué les WN car l'aviation, sans visibilité, a allongé très légèrement ses largages, dispersant ses bombes plus à l'intérieur des terres. Ce sont donc des défenses pratiquement intactes que les huit compagnies de la première vague d'assaut américaine vont devoir affronter.


6h30. Début de la première vague d'assaut. Le débarquement des 1ère et 29ème Divisions d'infanterie américaines se déroule sur un front de 6.5km. Les péniches LCI et LCVP de la première vague d'assaut approchent de la plage et le feu allemand se déchaine. Les rampes s'abaissent...









Et l'enfer se déchaine! Les GIs découvrent une plage lisse et parsemée d'obstacle, sans aucun endroit où s'abriter et constamment balayée par les mitrailleuses, canons et mortiers allemands. La plupart des soldats débarqués refusent d'avancer, choqués ou paralysés par la peur, et tentent de s'abriter tant bien que mal parmi les obstacles. De plus la plupart des barges ont dérivé à cause du fort courant de marée, ce qui fait que la plupart des hommes se retrouvent en des endroits qui ne sont pas les leurs, mélangés à d'autres groupes d'autres unités.

Comme nous l'avons vu, les 29 Sherman DD (6) du 741st Tank Batallion ont été mis à l'eau, mais sous l'effet de la mer démontée, 27 d'entre-eux coulent, et la plupart des équipages périssent noyés. Seuls deux d'entre-eux atteignent le rivage. Les blockhaus ont résisté aux bombardements et les troupes qui débarquent sont soumises à un feu nourri. Les survivants s'abritent sur la levée de galets ou derrière les obstacles sur la plage.

Les troupes qui continuent d'affluer malgré le feu ennemi sont clouées sur place ou massacrées. La compagnie A du 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie perd pratiquement tous ses officiers dans le premier quart d'heure. A part en quelques endroits le scénario est partout le même: des hommes abrités derrière la levée de galets, les véhicules détruits, les obstacles ou bien allongés en bordure de l'eau et progressant en même temps que la marée montante.

7h. Début de la seconde vague d'assaut. Les renforts de la deuxième vague qui débarquent, subissent le même sort que la première, et les pertes humaines et en matériel s'accumulent avec le temps qui passe.

7h10. Les compagnies D, E et F du 2ème Bataillon de Rangers du colonel John Rudder prennent d'assaut le flanc est de la falaise de la Pointe du Hoc afin de neutraliser la batterie située à son sommet.

L'assaut de cette falaise de 30 mètres de haut est nécessaire pour réduire au silence la batterie de canons de 155mm installée à son sommet et qui menace directement Utah Beach et Omaha Beach. Vingt minutes après le début de l'assaut les casemates sont prises aux Allemands.

Pendant trente-six heures, les 155 Rangers survivants vont livrer un combat désespéré et résister à la violente contre-attaque allemande.

Seuls 90 Rangers survivent à cet exploit, héroïque mais inutile: les GIs atteignent bien les emplacements de batteries, mais trouvent les affuts sans canons. Ils poursuivent ensuite leur mission et se dirigent vers l'intérieur des terres pour couper la route côtière, établir une position défensive et attendre les renforts devant les rejoindre depuis Omaha Beach.

Les pièces d'artillerie en question sont retrouvées par une patrouille et par hasard, aux environs de 9h, abandonnées dans un fossé à l'intérieur des terres. Les Rangers les détruisent, puis une autre patrouille termine le travail en faisant sauter les munitions.

Dans l'après midi du 6 juin un seul message arrivera au V Corps en provenance de la Pointe du Hoc: "Situé la Pointe du Hoc. Mission accomplie. Avons besoin munitions et renforts. Beaucoup de pertes!"

Le lendemain, 7 juin, les Rangers se seront installés dans des positions défensives en attendant la jonction avec Omaha Beach. Ce n'est que le 8 juin en fin de matinée que la relève, constituée d'éléments du 5ème Bataillon de Rangers, du 116ème Régiment d'infanterie et des Sherman DD du 745ème Bataillon de chars, obligera les Allemands à se retirer en direction de Grandcamp et permettra aux Rangers de prendre un peu de repos.

Au cours de cet assaut, le 2ème Bataillon de Rangers a payé le prix fort: 135 tués sur les 225 débarqués. Le 8 juin à midi, seuls 90 hommes resteront en état de combattre.

Sur Omaha Beach, le Sherman DD du sergent Turner G. Sheppard, un des deux chars de la première vague à n'avoir pas coulé, se retrouve sur la plage près du point WN61. De sa tourelle, Sheppard donne ses instructions au canonnier. Un coup direct et le 88mm du WN61 se tait définitivement.

8h à 9h. Les américains sont toujours bloqués par les tirs allemands. La marée montante oblige les renforts à avancer sous le feu. Des destroyers et des péniches lance-fusées s'approchent de la plage pour détruire les blockhaus allemands. Les pertes sont énormes et la situation devient catastrophique.


En dépit des nombreux morts, des pertes d'équipements et de la désorganisation, les troupes d'assaut ne restent pas clouées au sol mais sont encouragées, portées et inspirées par quelques officiers et sous-officiers qui, bien souvent, en prirent la tête. Ce sont ses "petites" actions isolées qui seront déterminantes et vont influencer le reste des combats sur Omaha Beach.

8h45. La compagnie G du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie parvient à se hisser sur les hauteurs dominant le secteur Easy Red.

9h. Le QG du 3ème Bataillon du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie annonce la prise du point de résistance WN60, premier point d'appui à tomber aux mains des américains. Attaqués sur le flanc gauche et par l'arrière depuis 8h30, la 352ème Division d'infanterie reçoit l'assaut de plein fouet et 31 soldats allemands sont faits prisonniers.

10h. Des officiers regroupent des unités improvisées et avancent parmi les obstacles et les champs de mines pour chercher une issue et sortir de cet enfer. Le colonel George A. Taylor, commandant du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie américaine, se lève et prononce sa fameuse phrase, que Darryl Zanuck, dans son film Le Jour le Plus Long, a attribué au général Norman Cota, interprété par l'acteur Robert Mitchum: "There are two kinds of people who are staying on this beach: those who are dead and those who are going to die. Now let's get the hell out of here!"

"Deux sortes de gens vont rester sur cette plage, ceux qui sont morts et ceu qui vont mourir. Foutons vite le camp d'ici!"

2,000 tués et blessés gisent sur la plage, mêlés aux survivants tétanisés et aux noyés que la marée montante rejette sur la plage. Deux destroyers s'approchent à moins d'un kilomètre du littoral afin de bombarder les points forts à l'est des Moulins. Des hommes de la compagnie E du 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie s'emparent du point WN64 situé à l'est de la vallée du Ruquet.

10h30. Destruction du WN65. Ce point fortifié allemand protégeait la sortie de plage E1 et l'accès à la vallée du Ruquet.

13 à 14h. Le général Omar Bradley, à bord de l'Augusta, reçoit le message suivant d'Omaha Beach: "Les troupes jusqu'ici clouées au sol sur Easy Red, Easy Green et Fox Red progressent au delà des hauteurs dominant les plages." Les première et deuxième vagues d'assaut sont clouées sur la plage et les renforts de la troisième pataugent. Un réembarquement des forces débarquées est envisagé si la situation s'agrave.

Malgré ces pertes catastrophiques, la situation commence petit à petit à s'améliorer, permettant le débarquement d'engins amphibies. Cela fut possible grâce à l'appui rapproché des deux destroyers. Les éléments du 18ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie commencèrent à nettoyer les points d'appui allemands à la sortie E1. Dès le début d'après midi, l'avance des véhicules put commencer dans la vallée du Ruquet. Pour les autres vallées de sortie, les efforts effectués pour les rendre praticables ne furent couronnés de succès qu'en fin d'après midi.

13h35. Un message radio de la 352ème Division d'infanterie avise la 7ème Armée allemande que l'assaut américain sur Omaha Beach a été rejeté à la mer.

14h30. Dans le secteur de la 1ère Division d'infanterie, le point WN62 tombe à son tour. Situé sur le secteur Easy Red, ce point fortifié protégeait la sortie de plage E3 et l'accès au village de Colleville-sur-Mer. Seuls trois soldats allemands, sur les 19 occupants du WN62, parviendront à s'enfuir de cet enfer et à rejoindre Colleville: Heinrich Severloh, Franz Gockel et Hans Warnecke.

17h. La sortie de plage D1, controlée par une maison fortifiée située près du point de résistance WN73, succombe elle aussi. Depuis le matin, sur Dog Green, la compagnie C du 2ème bataillon de Rangers, aidée par la suite d'une section de la compagnie B du 116ème Régiment de la 29ème Division d'infanterie, se bat dans les tranchées allemandes en haut de la falaise pour réduire ce point fortifié.

20h. Le fossé antichar des Moulins, situé à la sortie de plage D3, devant Saint-Laurent-sur-Mer, est comblé par les troupes du génie.


Fin de la journée sur Omaha Beach.


L'assaut sur Omaha Beach a réussi mais cela avait été beaucoup plus difficile que prévu. Malgré le succès final, la situation est passée très près du désastre. En général, seul un commencement de nettoyage et d'organisation sur les plages a été effectué. Les pénétrations effectuées le matin par des groupes relativement faibles ont manqué de puissance pour pouvoir s'enfoncer plus à l'intérieur des terres. Une resistance allemande acharnée a réduit l'avance ennemie à une bande de terre n'ayant pas plus de 2400m dans la région de Colleville-sur-Mer. Derrière les positions américaines avancées, des petits groupes allemands continuent de resister.

Bien sûr, aucun des objectifs assignés aux 1ère et 29ème Divisions d'infanterie pour le 6 juin 1944 ne put être atteint: ni la pénétration vers la nationale RN13, ni la jonction avec les troupes britanniques de Gold Beach à Port-en-Bessin, ou bien celle avec les Rangers de la Pointe du Hoc.


Alors que la nuit tombe et que le premier bilan peut être fait, il faut s'accorder que ce débarquement est passé tout près du desastre. Seulement 100 tonnes de matériel ont pu être débarquées sur les 2,400 prévues mais surtout les pertes humaines sont énormes. Sur les 34,000 hommes débarqués les Américains enregistraient 3,881 tués et blessés sur cette bande de plage dont le nom allait devenir Bloody Omaha ("Omaha la Sanglante").

Composition d'un régiment d'infanterie américain en 1944-1945 (3,000 hommes):

- 1er Bataillon: compagnies A (Able), B (Baker), C (Charlie), D (Dog)
- 2ème Bataillon: compagnies E (Easy), F (Fox), G (George), H (How)
- 3ème Bataillon: compagnies I (Ike), K (King), L (Love), M (Mike)


Sur ce sujet, voir également:

- Diberville, Saviez-vous que..., 2146 "Omaha la Sanglante"



(4) Widerstandnest, ou "Point de résistance". Ils se composent en général d'une ou deux casemates équipées de canons de moyen calibre (50, 75 ou 88mm) disposés de manière à prendre les grèves en enfilade, de Tobrouks, de positions de mortiers, de mitrailleuses MG-42 et de pièces antiaériennes, le tout étant relié par un réseau complexe de tranchées. Au printemps 1944, on en dénombre pas moins de deux cent le long des côtes de la baie de Normandie. Sur les 7km de plage entre Vierville-sur-Mer et Colleville-sur-Mer, connu sous le nom de code Omaha Beach, on en compte quinze, numérotés WN60 à WN74.

(5) Blogosphère Mara, "Opération Overlord - Mur de l'Atlantique et défenses allemandes"

(6) Blogosphère Mara, "Opération Overlord - Planification et préparatifs alliés"



Secteur anglo-canadien: Gold, Juno et Sword.

1° Gold Beach.

A l'instar des Américains sur Utah Beach, les troupes d'assaut britanniques et canadiennes ne rencontrent guère de difficultés particulières, et ne tardent pas à s'enfoncer dans l'arrière-pays.

C'est la 50ème Division d'infanterie britannique Northumbrian, une division vétérante des campagnes de France en 1940, d'Afrique du Nord 1941-1942 et de Sicile 1943, renforcée par des unités de chars Cromwell et des véhicules spéciaux de Hobart, qui débarque la première dans la zone anglo-canadienne, à 7h25, sur Gold Beach, une plage de 8km de large entre les villages de La Rivière, à l'est, et Le Hamel, à l'ouest, et divisée en deux secteurs: King (La Rivière/Ver-sur-Mer) et Jig (Le Hamel/Asnelles).

Ordre de bataille de la 50ème Division d'infanterie


Cette plage forme la charnière entre deux divisions allemandes. Elle est défendue par le 1er bataillon du 916ème Régiment de grenadiers de la 352ème Division à l'ouest, et le 7ème bataillon du 736ème Régiment de la 716ème Division d'infanterie [statique] à l'est. Au centre, c'est le maillon faible du dispositif allemand: des auxiliaires Russes de la 4./441 Ost Abtelung, de qualité médiocre et d'une fiabilité douteuse.

Objectifs de la 50ème Division d'infanterie.

La 50ème Division, qui comprend les 56ème, 69ème et 151ème Brigades d'infanterie, doit établir une tête de pont entre Arromanches et Ver-sur-Mer, puis ensuite se diriger vers la Nationale RN13 reliant Caen à Bayeux.

L'assaut initial est confié aux 231ème et 69ème brigades d'infanterie. Une fois celui-ci effectué et la tête de pont établie, les 56ème et 151ème Brigades, constituées en réserve, devront avancer vers le sud-ouest en direction de la RN13 avec l'appui des blindés de la 8ème Brigade blindée.

Plus à l'Ouest, le N°47 Commando de Royal Marine doit s'emparer de Port-en-Bessin et effectuer la jonction avec les troupes américaines débarquées sur Omaha Beach. Northumbrian doit également effectuer la jonction à l'est avec les troupes canadiennes débarquées sur Juno Beach.

L'assaut débute à 7h25 dans le secteur King. Les hommes du 6ème Bataillon du Régiment Green Howards débarquent avec l'appui des chars Sherman du 4ème/7ème Régiment des Dragoons Guards et des engins spéciaux du Westminster Dragoons. Dans ce secteur, les troupes nettoient les points forts du secteur côtier faiblement défendus et peuvent commencer à avancer vers l'intérieur des terres pour réduire au silence les différentes batteries côtières.

Dans le secteur Jig, les compagnies d'assaut du 1er Bataillon du Régiment Hampshire débarquent à 7h35 sans l'appui des chars qui ont été retardés. L'attaque en direction du village du Hamel est bloquée, les progrès sont très lents et les pertes humaines importantes. Il faudra attendre l'appui du 147ème Régiment de la Royal Artillery pour que le point fort du Hamel tombe aux alentours de 16h.

Au centre, les Russes sont enfoncés et se débandent. La 69ème Brigade poursuit ensuite son avance vers le sud en passant par Creully et Crépon. Une contre-attaque allemande, débutée vers 16h, surprend les Britanniques mais ne parvient pas à percer leur front.

Dans la soirée du 6 juin 1944, 25,000 hommes ont débarqué sur la plage. La 50ème Division, qui enregistre 413 tués et blessés, a avancé de 10 km au sud et ses objectifs sont presque tous atteints. La tête de pont de Gold Beach peut être considérée comme une des meilleures en cette fin de journée.

A l'est de Gold Beach, la jonction est effectuée avec les troupes canadiennes au sud de Tierceville et les 69ème, 56ème et 151ème Brigades s'installent sur une ligne entre Vaux-sur-Aure et Coulombs. Dans la nuit des patrouilles du 2ème Bataillon du Regiment Gloucestershire atteignent les faubourgs de Bayeux. A l'ouest, Arromanches est libérée à 21h. Mais en raison des difficultés rencontrées sur Omaha Beach, la jonction avec les troupes américaines n'est pas effectuée.


2° Sword Beach.

Dans l'ordre chronologique des évenements, c'est ensuite le tour de Sword Beach, sur le flanc gauche de la tête de pont alliée. L'heure-H a été fixé à 7h30 et la 3ème Division d'infanterie britannique débarque sur une portion de plage de 2km de large, entre Hermanville-sur-Mer à l'ouest et Colleville-sur-Orne à l'est.

Ordre de bataille de la 3ème Division d'infanterie britannique


Sword, à l'instar de Gold, est divisé en deux secteurs: Queen White et Queen Red. Cette zone est défendue par deux compagnies du 736ème Régiment de grenadiers et une compagnie de Russes du 642ème Bataillon de l'Est (Ost Abt.), de la 716ème Division d'infanterie [statique]. A l'arrière de la côte, plusieurs batteries d'artillerie sont déployées afin de prendre l'estuaire de l'Orne sous leurs feux. En plus des défenses et obstacles sur la plage, des murs antichars et un grand fossé interdisent la pénétration vers l'intérieur.

Objectifs de la 3ème Division britannique:
  1. La 8ème Brigade d'infanterie avec le 1er Bataillon du Régiment South Lancashire et le 2ème Bataillon du Régiment East Yorkshire, appuyée par les chars Sherman du 13ème/18ème Régiment Royal Hussars, débarquera sur Queen White et Queen Red et établira une tête de pont.
  2. Depuis cette tête de pont, les trois bataillons de la 185ème Brigade d'infanterie, soutenus par le Régiment Staffordshire Yeomanry, devront se porter vers Caen et la conquérir.
  3. La 9ème Brigade d'infanterie devra effectuer la jonction avec la 3ème Division canadienne débarquée sur Juno Beach et couvrir son flanc droit.
  4. Enfin la 1ère Brigade spéciale de Lord Lovat, qui comprend les 177 Français du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commando, commandés par Philippe Kieffer, devra s'emparer de Ouistreham et établir une tête de pont à l'est de l'Orne après avoir pris contact avec les parachutistes de la 6ème Division aéroportée britannique.

Les chars Sherman DD amphibies du 22ème Régiment de Dragons sont les premiers à toucher la plage en compagnie des équipes de sapeurs. Il est 7h20 et les défenses allemandes sont immédiatement engagées.

A 7h30, les 20 péniches LCA amenant les compagnies d'assaut du 1er bataillon du Régiment South Lancashire et du 2ème Bataillon du Régiment East Yorkshire arrivent sur la plage. Dans le secteur Queen Red, la situation est critique et le 2ème East Yorkshire subit de lourdes pertes.

Les deux barges LCI amenant les 177 fusiliers marins du Commando Kieffer abordent à 7h31, et les hommes traversent la plage sous le feu ennemi pour se regrouper dans les ruines d'une colonie de vacances. Avant de partir vers les missions qui leur sont assignées: la prise de Ouistreham et la neutralisation du bunker du Casino. Les Français nettoient Riva-Bella et s'emparent du bunker du casino à 9h30, avec l'aide d'un Sherman DD du 13th/18th Hussars Regiment. Cette action est immortalisée dans le film "Le Jour le plus Long" de Daryl Zanuck. Le reste du N°6 Commando britannique de Lord Lovat atteint de son côté le port de Ouistreham vers 10h et trouvent les écluses non minées. Lovat se dirige ensuite, par l'intérieur des terres, vers Pegasus Bridge à Bénouville, défendu par les Oxf and Bucks du major John Howard, qu'il atteint à 12h02, avec deux minutes de retard sur l'horaire prévu ("I'm Sorry, i'm too late!").

Les autres unités débarquées de la 3ème Division britannique ont commencé la réduction des points de résistance WN avant de commencer leur avance vers le sud. A 9h30, Hermanville et Colleville-sur-Orne sont libérés. La 185ème Brigade d'infanterie commandée par le brigadier-général Kessington P. Smith, qui a commencé à débarquer, se regroupe au nord d'Hermanville. En début d'après-midi, K.P. Smith se décide enfin à lancer sa brigade vers Caen.

La crête de Périers est atteinte en milieu d'après-midi mais les Britanniques ne peuvent poursuivre car ils se heurtent à la contre-attaque de la 21ème Division panzer.

Les objectifs de la 3ème Division d'infanterie britannique ne seront pas tous atteints à la tombée du jour. La contre-attaque de la 21ème Division panzer a permis à des éléments de son 192ème régiment de Panzergrenadiers d'atteindre la côte aux environs de Luc-sur-Mer à 20h, mais ces derniers préféreront se replier de peur d'un encerclement.

Juno Beach est la plage attribuée à la 3ème Division d'infanterie canadienne. Au milieu du secteur britannique, entre Gold Beach à l'ouest et Sword Beach à l'est, cette plage de 7km de long se situe entre les villages de Graye-sur-Mer et de St-Aubin-sur-Mer.

Le rivage de ce secteur, défendu par des éléments des 736ème et 726ème Régiments de la 716ème Division d'infanterie [statique], consiste en une ligne de défense peu importante en profondeur composée d'une multitude d'ouvrages fortifiés en béton. La défense des grèves, entre ces ouvrages, est compensée par des rangées de pieux, de trépieds en bois ou en béton ainsi que de portails métalliques dites "Portes Belges" enfoncées dans le sable face à la mer.

Juno Beach est divisée en cinq secteurs: Mike Green et Mike Red, à l'ouest de Courseulles, et Nan Green, Nan White et Nan Red, entre Courseulles et St-Aubin-sur-Mer.


3° Juno Beach.

Conformément aux plans, l'assaut canadien s'effectue avec deux brigades de front: la 7ème Brigade d'infanterie à l'ouest, dans les secteurs Mike Green, Mike Red et Nan Green, et la 8ème Brigade d'infanterie à l'est, dans les secteurs Nan White et Nan Red. Les objectifs de la 3ème Division d'infanterie canadienne sont d'atteindre la route Caen-Bayeux, de s'emparer de l'aérodrome de Carpiquet, à l'Ouest de Caen, et d'effectuer la jonction avec les troupes britanniques débarquées sur Gold Beach et Sword Beach.

Ordre de bataille de la 3ème Division d'infanterie canadienne

L'heure-H est fixée à 7h40, soit dix minutes plus tard que sur les plages britanniques, pour que les navires de débarquement puissent passer au-dessus des récifs de Bernières. Mais l'état de la mer retarde le départ des péniches de dix minutes supplémentaires. La 7ème Brigade d'infanterie aborde son secteur à 7h45 et la 8ème Brigade d'infanterie aborde, elle, à 7h55.

A ce moment, la marée se trouve beaucoup plus haute que prévu et recouvre déjà nombre des obstacles placés par les allemands. En quelques endroits les démineurs ont le temps de se mettre au travail et de dégager des passages, mais cela n'est pas le cas partout: un quart des barges de débarquement sont détruites par les obstacles immergés.


Les tirs allemands ne sont pas très importants lorsque les péniches s'approchent, mais une fois les hommes débarqués sur la plage, le tir devient plus intense car la plupart des ouvrages sont conçus pour prendre la plage en enfilade et non tirer vers la mer.

Une fois maitres des défenses de la plage, les Canadiens nettoient les différents secteurs et points de résistance WN avant de progresser vers l'intérieur des terres. Les villages de Graye-sur-Mer, Courseulles et Bernières tombent dans la matinée, tandis que le point de résistance de St-Aubin-sur-Mer ne sera réduit que plus tard dans la journée.

L'avance à l'intérieur des terres se déroule dans un paysage presque désert. Les français sont terrés dans les caves tandis que les Allemands, eux aussi, sont rares. Le manque d'effectifs, tout comme la tactique allemande qui consiste à placer tous les hommes disponibles à l'avant de la zone à défendre, ont eu pour effet de dégarnir complètement les villages situés en arrière des plages.


Dans la soirée du 6 juin, les Canadiens peuvent se féliciter du succès du débarquement. Leurs troupes sont solidement ancrées sur une ligne Creully-Pierrepont-Colomby-sur-Thaon, à 8km à l'intérieur des terres.

La 7ème Brigade d'infanterie a effectué la jonction à Creully avec les troupes britanniques débarquées sur Gold Beach et un peloton de chars Sherman du 1er Régiment des Royal Hussars a poussé jusqu'à Secqueville, en bordure de la RN13, avant de se replier.

A l'est, la jonction avec les troupes débarquées britanniques sur Sword Beach n'a pu être réalisée en raison de la contre-attaque du 192ème Régiment de Panzergrenadiers de la 21ème Division panzer, qui a atteint la côte entre Lion-sur-Mer et Luc-sur-Mer, mais sans plus de résultat. L'aérodrome de Caen-Carpiquet, lui aussi objectif de cette journée, ne sera pas pris avant un long mois.

Sur Juno Beach, au crépuscule, 15,000 hommes, 3,200 véhicules et 2,500 tonnes de matériel ont été débarqués. Les pertes canadiennes s'élèvent à 946 tués, blessés et disparus.


Sur ce sujet, voir également:

- Diberville, Saviez-vous que..., 2148 "Gold comme Utah"

- Diberville, Saviez-vous que..., 2149 "Canada Again"

- Diberville, Saviez-vous que..., 2150 "Dieu est Ecossais"



Bilan et conséquences du Jour-J.

En Angleterre, le 6 juin 1944, à 9h33, le GQG du général américain Diwght D. "Ike" Eisenhower communique au monde entier le message radio suivant:

"Sous le commandement suprême du général Dwight Eisenhower, les forces navales alliées, soutenues par de puissantes forces aériennes, ont commencé à débarquer des armées sur la côte nord de la France et entreprennent l'Opération Overlord, c'est-à-dire la libération de l'Europe."

C'est l'annonce que le débarquement allié a réussi, et le monde libre ne peut que s'en réjouir. Par contre, celui qui est loin de s'en réjouir est le maréchal Erwin Rommel, commandant le Heeresgruppe (Groupe d'armées) B chargé de la défense du littoral, de la Hollande jusqu'à la Bretagne, et donc directement concerné.


Son chef d'état-major, le général Hans Speidel, l'appelle à 10h15, dans sa villa de Herlinghen, en Allemagne, où Rommel fête le cinquantième anniversaire de sa femme. Pour ce dernier, c'est la plus mauvaise de ses surprises. Le "Jour le plus long", comme il l'a défini à plusieurs reprises, s'est déroulé sans que lui, le grand stratège, ait pu intervenir.

A 22h30, Rommel, après avoir roulé en voiture sur plus de 600 kilomètres en dix heures, est de retour à son QG de La Roche-Guyon. Convaincu qu'il s'agit là de la grande offensive alliée tant attendue, il s'apprête à lancer ses contre-attaques de blindés contre les têtes de pont anglo-américaines, selon les directives de Hitler, qui a donné l'ordre de rejeter les envahisseurs à la mer "dans la nuit".

Le Renard du Desert compte sur la 7ème Armée allemande du général Friedrich Dollmann, composée du LXXXIV Korps et du XLVII Panzerkorps, dont la 21ème Division panzer est la première unité blindée à avoir contre-attaquer dans la journée du 6 juin avec un certain succès, entre les plages Juno et Sword.

En revanche, il ne peut toujours pas disposer de la 15ème Armée allemande, et Hitler a d'ailleurs formellement interdit qu'on fasse appel à elle pour les opérations en Normandie. Le Führer reste en effet persuadé que le "véritable" débarquement n'aura pas lieu en Normandie mais dans le Pas-de-Calais.

Toujours est-il qu'à la tombée du jour la bataille cesse sur tout le front normand: les Alliés sont trop exténués pour envisager la poursuite nocturne de leur offensive.

De leur côté, les Allemands ne possèdent ni le matériel, ni les troupes suffisantes pour lancer une contre-attaque de grand style.

Sur le plan tactique, aucun, ou presque, des objectifs fixés par le SHAEF pour cette journée n'a été atteint. Mais stratégiquement, le Jour-J est une incontestable réussite des Alliés, qui ont réussi à débarquer les 150,000 hommes entassés sur les navires de transport. Désormais, pour les Allemands, c'est trop tard! Il n'est plus possible de rejeter les Anglo-Américains à la mer. Une fois de plus, l'Histoire donnera raison au maréchal Erwin Rommel, qui depuis toujours, avait soutenu que perdre la première bataille, celle des plages, signifierait ouvrir le continent à l'invasion alliée et perdre la guerre.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La Bataille de Normandie.

La bataille de Normandie est l'une des grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre européen. Elle commence par l'Opération Overlord dont la première action est l'opération Neptune, c'est-à-dire le débarquement proprement dit des Alliés en Normandie le 6 juin 1944 (également appelé D-Day ou Jour J). Trois divisions aéroportées (deux américaines et une britannique) sont parachutées à chaque extrémité du secteur d'assaut, entre minuit et deux heures du matin. A l'aube, elles sont suivies par six autres divisions (trois américaines, deux britanniques et une canadienne) qui débarquent sur cinq plages désignées par les noms de code Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword, soutenues par une totale maîtrise de l'espace aérien et un puissant appui de l'artillerie navale, pour briser le "Mur de l'Atlantique". La bataille de Normandie se termine le 21 août par la fermeture de la poche de Falaise, ouvrant la voie à la Libération de Paris le 25 août.













Article modifié le 21 août 2016.


Sources principales:
Saviez-vous que... (Blog D'Iberville)
D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie
Operation Overlord (Wikipedia.org)

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