17-25 septembre 1944 - Opération Market Garden: un pont trop loin

Market Garden, qui est lancée le 17 septembre 1944, est une opération militaire alliée et est considérée comme le plus grand déploiement aéroporté de tous les temps. Le plan du maréchal Bernard Montgomery vise à la capture d'une série de ponts stratégiques, tout le long de l'itinéraire prévu pour permettre le passage du XXX Corps britannique, à Eindhoven, Grave, Nimègue et Arnhem.

Ce plan, mis au point en à peine une semaine, est bâclé et préparé dans la précipitation et la confusion, et ne tient pas compte des avertissements et renseignements fournis par la Résistance hollandaise sur la présence de plusieurs unités de panzers-SS envoyés dans cette zone "au repos". Il voit finalement l'échec des blindés britanniques, le 25 septembre, à quelques kilomètres seulement de leur objectif final: le pont routier d'Arnhem, sur le Rhin inférieur, à 103km de leur point de départ.




Contexte historique.

Après sa défaite de Normandie en juin-août 1944, la Wehrmacht a entamé un douleureux retrait précipité du Nord de la France et de la Belgique, pour reformer une ligne de défense le long de la frontière allemande, à l'abri des fortifications de la Ligne Siegfried, ou Westwall.

Les Armées alliées, après avoir piétiné lamentablement pendant deux mois, avancent maintenant à une vitesse foudroyante, et libère le reste du territoire français en un temps record, bien en avance sur toutes les prévisions initiales. La 2ème Armée britannique et la 1ère Armée américaine des généraux Miles Dempsey et Courtney Hodges franchissent la frontière franco-belge le 1er septembre 1944.

Dans la foulée, le XXX Corps britannique, commandé par le lieutenant-général Brian Horrocks, libère Bruxelles le 3 septembre 1944, puis par un extraordinaire coup de chance, parvient le lendemain à s'emparer du port d'Anvers intact. Simultanément, la 3ème Armée américaine de George Patton avance vers l'est et la Sarre, tandis que les 1ère Armée française et 7ème Armée américaine, débarquées dans le Midi le 15 août, remontent du sud le long du Rhône puis de la Saône.

La 1ère Armée américaine atteint la première la frontière allemande dans la région d'Aix-la-Chapelle, le 10 septembre 1944. Mais les Américains se heurtent ensuite durement aux fortifications et obstacles du Westwall, et avancent à une allure d'escargot. Il leur faut maintenant tout un mois et de violents combats de rues pour avancer de dix kilomètres en territoire allemand et s'emparer de la première grande ville ennemie (1).

Photo ci-dessous: des soldats de la 50ème Division d'infanterie britannique passent devant un canon de 88mm mis hors de combat, près de la ville de Lommel, au sud de la frontière hollando-belge, le 16 septembre 1944.


Carte ci-dessous: poursuite de l'armée allemande en retraite sur le front occidental (26 août - 15 septembre 1944).



(1) Blogosphère Mara, "2-21 octobre 1944 - Allemagne: bataille d'Aix-la-Chapelle."


Problème logistique des Alliés.

L'avance des Alliés a été si rapide que ceux-ci sont en quelque sorte "victimes" de leur succès. Car bien avant même le débarquement en Normandie, l'aviation anglo-américaine a pris un soin tout particulier à détruire la plupart des voies de communication importantes (routes, carrefours, ponts, gares, chemin de fer, etc.) en France, en Belgique, dans le Grand-Duché de Luxembourg, aux Pays-Bas, et même jusque dans l'ouest de l'Allemagne.

Les grands ports sur la côte Atlantique (Royan, Dieppe, La Rochelle) et la Manche (Dunkerque, Calais, Boulogne), encerclés, sont encore aux mains des Allemands, et la plupart d'entre-eux le resteront jusqu'à la fin du conflit, en mai 1945. Ceux capturés par les Alliés sont pour l'instant encore inexploitables. En France, il faut remettre en état Le Havre et Cherbourg, détruits par les combats. En Belgique, le port d'Anvers est bien intact, mais l'embouchure de l'Escaut est infesté de mines et ses rives sont solidement contrôlés par les Allemands.

Photo ci-dessous: affiche du "Red Ball Express" en France, au mois d'août 1944.


En dépit des moyens colossaux mis en oeuvre par la logistique alliée, essentiellement américaine, le ravitaillement a du mal à s'adapter au rythme éffréné des divisions alliées, et reste problématique et minimal. Car ce ravitaillement provient toujours directement de la Péninsule du Cotentin ou des plages normandes, ce qui représente, pour les unités les plus avancées, une distance de 600km, en ce début de septembre 1944. Il faut savoir que les véhicules alliés consomment quotidiennement environ 1.5 million de litres de carburant, et que chaque division américaine nécessite en moyenne entre 700 et 750 tonnes de vivres et de munitions.

Pour assurer ce besoin sans cesse grandissant, les Américains mettent au point au mois d'août le système du "Red Ball Express". 132 compagnies indépendantes de transport, avec plus de 6,000 camions GMC ou Dodge à leur disposition, roulent jours et nuits sans interruption, pour ravitailler les unités combattantes sur le front. Mais ces convois interminables consomment à eux seuls 300,000 litres d'essence par jour. Autant dire que l'exploitation de grands ports comme Anvers ou Rotterdam devient vraiment urgent.


Préparatifs de l'Opération Market Garden.

Après la percée du front normand, la réduction de la poche de Falaise, la "Course à la Seine" et la Libération de Paris, puis du Nord de la France et de la Belgique, les chefs alliés s'interrogent: où porter le coup de grâce au Troisième Reich? C'est ici que les avis des Britanniques et Américains divergent. (2)

"Côté américain, Bradley et, surtout, Patton, dont les troupes sont à présent à portée de fusil de la frontière allemande, proposent de frapper au Sud-Est du front allié, vers la Sarre, ce qui implique de se heurter de plein fouet aux fortifications de la Ligne Siegfried que les deux hommes, et en particulier le second, tiennent cependant en piètre estime et sont convaincus de pouvoir franchir sans trop de casse.

"Côté Britannique, Montgomery préconise au contraire une approche plus prudente, qui consiste à contourner la ligne Siegfried par le Nord, où elle est moins solide et profonde, en remontant une bonne partie de la Hollande puis en franchissant le Rhin à Arnhem, ce qui permettra ensuite de redescendre vers le Sud, à travers le bassin industriel de la Ruhr, vital à l'effort de guerre allemand.

"Deux idées fort différentes donc, qui correspondent évidemment aux positions qu'occupent actuellement Américains et Britanniques sur le terrain, mais aussi à leur tradition militaire respective, prônant l'attaque frontale et sans nuance pour la première, et une offensive subtile et "périphérique" pour la seconde.

"L'idéal, bien sûr, serait de faire les deux en même temps, ce que le manque d'essence rend malheureusement impossible..."


Durant la première semaine de septembre, le commandant en chef des forces alliées en Europe, le général américain Dwight Eisenhower, autorise la 1ère Armée américaine à franchir le Rhin près de Bonn, Cologne et Coblence, tandis que la 3ème Armée américaine doit franchir le fleuve près de Mannheim, Mainz et Karlsruhe. Cette stratégie est contestée par certains subordonnés d'Eisenhower, en particulier le maréchal britannique Bernard Montgomery, commandant du XXIème Groupe d'Armées. Celui-ci soutient qu'en raison de la pénurie de carburant, il faut concentrer les efforts pour atteindre le plus vite possible la vallée de la Ruhr, dans le nord de l'Allemagne, pour briser les reins de la machine de guerre nazie et foncer ensuite vers Berlin, dans le but peu avouable de battre les Soviétiques de vitesse.


Dans cette optique, Montgomery suggère initialement l'opération Comet, une opération aéroportée limitée qui doit être lancée le 2 septembre et dont l'objectif est de s'emparer de plusieurs pont sur le Rhin, aidant ainsi les Alliés à accéder à la plaine du Nord de l'Allemagne. Sont affectés à cette opération la 1ère Division aéroportée britannique commandée par le major-général Robert "Roy" E. Urquhart, renforcée avec la 1ère Brigade indépendante de parachutistes polonais du brigadier-général Stanisław F. Sosabowski. Selon ce plan, l'Etat-major de la 1ère Division, la 1ère Brigade de planeurs et la Brigade polonaise sont destinés à Nimègue, la 1ère Brigade de parachutistes britannique à Arnhem, et la 4ème Brigade de parachutistes britannique à Grave.

Cependant, des conditions météorologiques défavorables et le renforcement des forces allemandes en Hollande pousse Montgomery à repousser la date de Comet, puis finalement de l'annuler le 10 septembre 1944.

Le maréchal britannique conçoit à la place un plan plus ambitieux encore, destiné à contourner par le nord la Ligne Siegfried et encercler tout le 15ème Groupe d'Armées allemand dans le nord des Pays-Bas. C'est l'opération Market Garden. Le 10 septembre 1944, le général Miles Dempsey, commandant de la 2ème Armée britannique, fait part à Montgomery de ses doutes sur son plan, et préfère à la place avancer au nord-est entre la Foret du Reichswald et la vallée de la Ruhr, vers Wesel. Montgomery rétorque qu'il vient juste de recevoir de Londres l'ordre de tout tenter pour mettre fin aux tirs de fusées V2 sur Londres depuis la région de la Haye et que son plan doit être exécuté tel quel.

Mongtomery s'envole ensuite pour Bruxelles dans la soirée, pour soumettre le plan de Market Garden à Eisenhower, et obtenir la priorité du ravitaillement. Eisenhower, convaincu de la fin imminente des forces allemandes sur le front occidental, se rallie finalement à son plan et lui promet de fournir les moyens nécessaires à son exécution.

Les 82ème et 101ème Divisions aéroportées américaines, placées en réserves générales SHAEF et en cours de reconstitution en Angleterre, sont affectées à Market Garden, ainsi que les avions et planeurs du IX Troop Carrier Command de la 9th Air Force.

Dessin ci-dessous: C-47 Skytrain (DC-3) affecté à l'opération Market Garden.


Market désigne l'assaut aéroportée. Trois divisions y sont affectées, deux américaines et une britannique, plus une brigade indépendante polonaise. La 101ème Division aéroportée, commandée par le major-général Maxwell D. Taylor, est chargée de s'emparer des ponts au nord d'Eindhoven, à Son et Veghel, sur le Canal Wilhelmine. La 82ème Division aéroportée du major-général James M. Gavin doit faire de même pour les ponts de Grave et de Nimègue, et enfin, le gros morceau, le pont d'Arnhem, échoit à la 1ère Division aéroportée britannique, commandée par le major-général Robert "Roy" E. Urquhart, renforcée avec la 1ère Brigade de parachutistes polonais de Stanislas Sosabowski.

Market est la plus grande opération aéroportée de tous les temps. Au total, plus de 34,600 hommes y participent, soit 14,589 troupes déposées par planeurs et 20,011 parachutistes. Le matériel réparti dans les planeurs compte 1,736 véhicules et 263 pièces d'artillerie. en outre, 3,342 de ravitaillement en munitions et autres fournitures sont en outre prévus pour êtres déposées ou parachutées.

Les forces aériennes combinées comprennent 1,438 C-47 Skytrain de transport (1,274 des USAAF et 164 de la RAF), ainsi que 321 bombardiers Halifax et Lancaster reconvertis en transport par la Royal Air Force. Les unités de planeurs, reconstituées après le débarquement en Normandie, allignent 2,160 CG-4A Waco, 916 Airspeed Horsa (812 de la RAF, 104 des USAAF) et 64 General Aircraft Hamilcar.

Photo ci-dessous: planeurs Waco et Horsa affectés à l'opération Market Garden.


En raison de la quantité d'hommes et de matériel à déployer, le nombre d'avions C-47 disponibles pour assurer les parachutages et le convoyage des planeurs se révèlent insuffisant. Si bien que plusieurs vagues et plusieurs jours seront nécessaires pour amener les trois divisions sur zones.


Carte ci-dessous: plan général de l'Opération Market Garden.


Garden désigne l'attaque terrestre, menée par le XXX Corps britannique du lieutenant-général Brian G. Horrocks, avec la Division blindée des Gardes, en tête, et les 43ème et 50ème Divisions d'infanterie. Selon l'horaire prévu, le XXX Corps doit avoit atteint atteint la 101ème Division à la fin du premier jour, la 82ème Division à la fin du second jour, et la 1ère Division à la fin du quatrième jour.

Photo ci-dessous: chars Sherman Firefly du Regiment Blindé des Irish Guards en Hollande.



(2) Diberville, "Saviez-vous que...", n°2772 "Frontale ou périphérique".


Organisation et effectifs allemands en Hollande.

La déroute allemande de Normandie, entre juin et août 1944, a fait croire aux Anglo-Américains, à tort, que la Wehrmacht était incapable de reconstituer ses unités. Et dans cette vision des choses, les stratèges alliés ont gravement sous-estimés la force de réaction et les effectifs allemands présents en Hollande. Ce qui aura des conséquences funestes par la suite.

Durant cette bataille de Normandie, l'armée allemande a souffert d'énormes pertes: entre le 6 juin et le 14 août 1944, elle enregistre 23,019 tués au combat, 198,616 portés disparus ou prisonniers, et 67,240 blessés. La plupart des divisions ont été désintégées ou réduites à l'état de squelettes à la fin du mois d'août. Lors de la retraite de la Wehrmacht vers les frontières d'Allemagne, celle-ci souffre encore de pertes supplémentaires du fait des attaques de l'aviation alliée.

Le 4 septembre 1944, Adolf Hitler rapelle le feldmaréchal Gerd von Rundstedt, le commandant des troupes allemandes sur le front ouest qu'il avait limogé au début de la bataille de Normandie, pour reformer les défenses, et nomme le feldmaréchal Walter Model, à la tête du Groupe d'Armées (Heeresgruppe) B en pleine reconstruction.

Model installe son GQG dans l'Hotel Hartenstein à Oosterbeek, près d'Arnhem. Il demande des renforts pour établir une ligne de défense efficace. Le 4 septembre 1944, les troupes allemandes sont renforcés par l'arrivée du II Panzerkorps SS, commandé par le SS-Obergruppenführer (lieutenant-général) Wilhelm "Willy" Bittrich, et comprenant les 9ème et 10ème Divisions panzer-SS Hohenstaufen et Frundsberg, très expérimentées et redoutables. Depuis la réduction de la poche de Falaise, ce II Panzerkorps-SS a été réduit à 25-30% de ses effectifs initiaux et ne comprend pas plus de 6,000 à 7,000 hommes. Model ordonne de le placer en réserve dans la région d'Arnhem-Nimègue pour se reposer et se reconstituer.

Plusieurs autres formations de la 15ème Armée allemande sont en cours de reformation ou d'instruction en Hollande, et viendront par la suite renforcer les forces de Bittrich. Comme par exemples les éléments provenant des 59ème, 176ème, 245ème, 711ème, 712ème et 719ème Divisions d'infanterie, plusieurs unités de combat formés avec du personnel de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe, des bataillons d'intendance de la Division panzer Herman Goering, de panzergrenadiers, d'artillerie ou du génie, ou encore des unités de Fallschirmjäger (parachutistes) sous l'autorité du général Kurt Student.

Photo ci-dessous: soldats allemands dans la région d'Arnhem (17 septembre 1944).



Déroulement de la bataille (17-25 septembre 1944).

Dimanche 17 septembre 1944.

A l'aube, 875 B-17 de la 8th Air Force commencent par bombarder une série d'aérodromes locaux allemands et des batteries de FlaK.

Vers 13h, les parachutistes et hommes d'infanterie planée de la 1ère Armée aéroportée alliée, transporté par avions de transport et planeurs du IX Troop Carrier Command de la 9th Air Force, et de la Royal Air Force, sont déposés ou parachutés aux Pays-Bas. Market commence assez bien pour les Américains.




Au sud, la 101ème aéroportée du major-général Maxwell Taylor est la plus chanceuse des trois divisions engagées. Dans l'ensemble, elle rencontre peu de résistance et capture quatre des cinq ponts désignés comme objectifs. Seul le pont de Son, sur le Canal Zuid-Wilhelmine, est détruit à la barbe du 506ème Régiment de parachutistes par un canon de 88mm. Dans la soirée, des contre-attaques menées par des unités de la 59ème Division d'infanterie allemande sont repoussées, et les Screaming Eagles ("Aigles Hurlants") se concentrent dans la région autour du pont Son. Il faudra cependant attendre la nuit du 18 au 19 septembre pour que le génie du XXX Corps britannique y construise un nouveau pont Bailey.

Photo ci-dessous: parachutistes de la 101ème Division aéroportée inspectant la carcasse d'un planeur Waco détruit à l'atterrissage.


Carte ci-dessous: zone de largage de la 101ème Division aéroportée.


La 82ème Division aéroportée du major-général James Gavin, le plus jeune de l'armée américaine (37 ans), saute sur Grave et Nimègue, avec mission de s'emparer des deux gros ouvrages sur le Maas (Meuse) et le Waal, le second bras du Rhin inférieur.

Les parachutistes sont largués en peu partout, et seule une compagnie du 504ème Régiment de parachutistes est déposée à proximité de son objectif: le pont de Grave, sur la Meuse, dont elle s'empare presque immédiatement.

Plus au nord, pour le pont de Nimègue, sur le Waal, il en va tout autrement. Le 508ème Régiment de parachutistes entre dans les faubourgs dans la soirée. Mais le centre-ville est solidement défendu par un régiment de la 9ème Division Panzer-SS, et les parachutistes américains n'arrivent pas jusqu'au pont.

Il leur faudra entamer d'éprouvants combats de rue et attendre le 19 septembre pour qu'ils parviennent, à l'aide de la Division blindée des Gardes, aux abords sud de l'ouvrage.

Photo ci-dessous: largage de la 82ème Division aéroportée à Grave.


Carte ci-dessous: zones de largages (Drop Zones) de la 82ème Division aéroportée entre Nimègue et Grave.


A Arnhem, dès le début, la situation se complique pour les parachutistes britanniques. les "Red Devils" d'Urquhart ont une énorme et désagréable surprise. A la place des unités disparatres de la 1ère Armée de parachutistes et de la 15ème Armée allemandes qu'ils pensaient affronter, ils se retrouvent face à face avec des unités aguerries qui ne sont pas censées être dans ce secteur: le II Panzerkorps-SS de Wilhelm Bittrich.

Carte ci-dessous: zone de largage et d'atterrissage planeur de la 1ère Division aéroportée britannique.


Situation qui tourne vite à la catastrophe. Les véhicules légers spéciaux qui devaient foncer sur le pont d'Arnhem et s'assurer du contrôle du pont tombent dans une embuscade et sont détruits.

Seul le 2ème Bataillon du colonel John Frost parvient à atteindre le pilier nord du pont enjambant le Lek. Et là, nouvelle surprise: l'ouvrage est défendu par des unités de la 9ème Division panzer-SS. Les parachutistes de Frost sont incapable de s'emparer du pont et se retrouvent isolés au nord de l'ouvrage.

Photo ci-dessous: colonel John Frost, photographié le 27 février 1942.


La phase terrestre principale est confié au XXX Corps britannique du général Brian G. Horrocks, disposé le long de la frontière belge. Le coup d'envoi de cette attaque terrestre est fixé à 14h35, et les blindés se mettent en branle depuis Neerpelt.

Le plan de consiste en la création d'un "couloir" le long de l'axe Eindhoven-Grave-Nimègue-Arnhem, où les divisions aéroportées devront assurer le contrôle des ponts pour permette la progression des véhicules du XXX Corps.

L'attaque initiale de ce 17 septembre est confiée au Régiment blindé des Irish Guards, de la Division blindée des Gardes, sous les ordres du colonel John O.E. "Joe" Vandeleur, qui est placés en tête de ligne, sur le canal de l'Escault à la Meuse.


Là aussi, dès le début de l'offensive britannique, la résistance allemande est beaucoup plus rude que prévue: dans les premières minutes, les blindézs de Vandeleur tombent dans une embuscade d'antichars tendue sur le bas-côté de la route par des éléments de parachutistes et de la 9ème Division panzer-SS. De plus, la nature particulière du paysage hollandais et l'étroitesse des routes ne sont pas faits pour arranger les choses. Entre Neerpelt et Eindhoven, celle-ci est d'ailleurs surélevée et à voie unique, offrant peu de couvert ou de marge de manoeuvre aux blindés britanniques.

Le soir, au prix de lourdes pertes, la Division blindée des Gardes, qui devait être raccordé à la 101ème Division aéroporée en quelques heures, n'a parcouru qu'une dizaine de kilomètres et n'a toujours pas opéré sa jonction avec les Screaming Eagles de la 101ème Division. 93km le séparent encore du pont d'Arnhem.

Photo ci-dessous: chars Sherman des Irish Guards sur la route, surelevée et à unique voie, entre Neerpelt et Eindhoven.



Lundi 18 septembre 1944.

Au nord, dans Arnhem, la situation de la 1ère Division aéroportée britannique s'aggrave d'heure en heure. Les parachutistes d'Urquhart, face à la résistance déterminée des Panzer-SS de Wilhelm Bittrich, se révèlent incapables de rejoindre le bataillon du colonel John Frost, encerclé, qui contrôle toujours l'accès nord du pont d'Arnhem, malgré les attaques répétées des Allemands.

Pour couronner le tout, Urquhart et le colonel Gerald Lathbury, le commandant de la 1ère Brigade de parachutistes britanniques, partis inspecter les positions avancées, se perdent et se retrouveront isolés pendant les prochaines trente-six heures. Ainsi, au moment le plus crucial, les parachutistes britanniques se retrouvent privés de leur chaine de commandement. Cette paralysie du commandement de la division est très grave. Encore compliquée par l'absence de liaisons radio entre les unités.

Les mauvaises conditions météorologiques compliquent encore les choses. Le largage de la 4ème Brigade de parachutistes, qui devait avoir lieu cette matinée, est repoussée jusqu'au lendemain.

Au sud, dans Eindhoven, le XXX Corps établit sa jonction avec la 101ème Division aéroportée. Mais les Irish Guards de la Division blindée des Gardes, qui progressent en tête, sont sans cesse harcelés et considérablement ralentis par les nombreux point d'appui antichars allemands.

La ville est entièrement nettoyée dans la soirée, et le génie britannique peut entreprendre la construction d'un pont Bailey à Son, au nord d'Eindhoven, sur le canal Wilhelmine.

Toute la nuit suivante, les sapeurs britanniques y travaillent d'arrache-pied. Ce n'est que le 19 septembre, à 6h15 du matin, que la voie est ouverte vers Grave et la 82ème Division aéroportée.


Selon les horaires de Montgomery, dans la soirée, le XXX Corps devait avoir rejoint la 82ème Division aéroportée à Nimègue, mais celui-ci est encore bloqué par la construction du pont Bailey à Son. En deux jours, il n'a progressé que de 22km. Il lui reste encore 80km à parcourir jusqu'au pont d'Arnhem.


Mardi 19 septembre 1944.

Au sud de Grave, à 8h30, le XXX Corps britannique opère enfin sa jonction avec la 82ème Division aéroportée, qui assure depuis le 17 septembre le contrôle du pont sur la Meuse.

A Nimègue, en fin d'après-midi, la 82ème Division aéroportée et la Division blindée des Gardes livrent de furieux combats de rues pour parvenir au pilier sud du pont sur le Waal, un des deux bras du Rhin inférieur.

Comparé au deux jours précédents, la progression des Irish Guards est plus facile et plus rapide. Le soir, le XXX Corps est à 37km du pont d'Arnhem.

A Arnhem, pendant toute la journée, la 1ère Division aéroportée britannique tente, en vain, d'arriver jusqu'au pont d'Arnhem.

Au nord du pont d'Arnhem, les hommes du colonel John Frost sont sans cesse harcelés par les tireurs embusqués et les assauts continus des Panzer-SS de Wilhelm Bittrich. Ils commencent à manquer de munitions et de vivres.

Face aux blindés lourds allemands et aux troupes aguérries de la 9ème Division panzer SS, les parachutistes britanniques cèdent peu à peu du terrain et sont refoulés de Arnhem sur Oosterbeek, à l'ouest.

Cette triste journée devient pour les Red Devils d'Urquhart "Black Tuesday" ("Mardi Noir"). Le largage de la brigade de parachutistes polonaise du major-général Stanislaw Sosabowski, qui devait avoir lieu dans l'après-midi du 18 septembre, est reporté une seconde fois jusqu'au lendemain. Le XIX Tactical Air Command de la 9th Air Force effectue des missions de ravitaillement à l'opération Market-Garden.

Ci-dessous: progression des panzers-SS de Bittrich vers Oosterbeek.



Mercredi 20 septembre 1944.

Dans Arnhem, le 2ème Bataillon de parachutistes du colonel John Frost s'accroche désespérément au pilier nord du pont. Ses effectifs ne représentent plus que 150 hommes valides, sur les 850 du début. Ils sont à court de munition. Frost lui-même et grievement blessé aux jambes. C'est le major Freddie Gough qui le remplace.

A Osterbeek, les survivants de la 1ère Division aéroportée britannique du général Roy Urquhart forment une poche de résistance en forme de U avec pour base la rive nord du Rhin inférieur.

A Driel, sur la rive sud du Lek, s'effectue enfin le largage de la brigade de parachutistes polonais de Sosabowski. Mais les berges étant sous le feu constant de l'artillerie allemande, sa tentative dans la nuit du 20 au 21 septembre pour le traverser et rejoindre les Red Devils d'Urquhart dans Osterbeek échoue lamentablement.

A Nimègue, un bataillon du 504ème Régiment de parachutiste franchit le Waal sur des canots et prend d'assaut, en subissant de lourdes pertes, l'extrémité nord du pont et désamorce les charges d'explosifs allemands.


Simultanément, les chars de la Division blindée des Gardes donnent l'assaut au côté sud du pont et emporte l'ouvrage. Mais l'infanterie ne suit pas et livre toujours de furieux combats de rues dans Nimègue. L'offensive a débuté depuis maintenant quatre jours, et le soir, les éléments avancés du XXX Corps sont encore à 25km du pont d'Arnhem.

Photo ci-dessous: les blindés britanniques franchissent le pont de Nimègue, le 20 septembre 1944.



Jeudi 21 septembre 1944.

Dans Arnhem, à 9h, les survivants du 2ème Bataillon de parachutistes britannique du major Freddie Gough, qui défendent le pilier nord du pont, capitulent, à cours de munitions et à bout de force. Les Panzers-SS de Wilhelm Bittrich reprennent donc le contrôle total de l'ouvrage.




Dans Osterbeek, le martyre de la 1ère Division aéroportée britannique continue. Les parachutistes du général Urquhart forment un périmètre défensif en forme de U, avec la base sur la rive nord du Lek, et se prépare à résister à la 9ème Division panzer SS.

Photo ci-dessous: parachutistes britanniques dans les ruines d'Oosterbeek.


Plus au sud, sur la Route Nationale 69 à deux bandes de circulation, surnommée Hell's Highway ("Route de l'Enfer"), les Irish Guards de la Division blindée des Gardes sont bloqués par les pièces anti-aériennes de 88mm allemands, reconverties pour l'occasion en antichars, devant Reisen, à 10km du pont d'Arnhem.

En fin d'après-midi, la 49ème Division d'infanterie finit par prendre la localité.


Vendredi 22 septembre 1944.

A Driel, à 8h, des éléments de reconnaissance de la Division blindée des Gardes établissent le contact avec la Brigade de parachutistes du général Stanislaw Sosabowski.

A 17h, la 49ème Division d'infanterie britannique liquide les derniers foyers de résistance allemande sur la "Route de l'Enfer" et fait également son entrée dans Driel.

Dans Osterbeek, la 1ère Division aéroportée de Roy Urquhart se représente plus qu'un tier des effectifs, sur les 10,000 hommes qui ont sauté sur Arnhem. Leur situation empire et devient critique.

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, les parachutistes polonais se massent sur la rive sud du Rhin inférieur et tentent une nouvelle fois, avec l'aide du XXX Corps, de traverser le fleuve sur des canots pneumatiques et de secourir les restes de la 1ère Division aéroportée encerclé dans Osterbeek. Mais ils sont repousés avec de lourdes pertes.

Photo ci-dessous: parachutistes britanniques essayant de débusquer un sniper allemand dans les ruines d'une école.



Samedi 23 septembre 1944.

A Osterbeek, il pleut toute la journée. Les Panzer-SS de Wilhelm Bittrich poussent le long des berges nord du Lek, afin d'isoler le périmètre défensif britannique du fleuve. Pour la première fois depuis le déclenchement de l'opération Market-Garden, le 17 septembre, une liaison radio est établie entre la 1ère Division aéroportée et le XXX Corps. Sur la rive sud du Rhin, l'artillerie britannique continue de pilonner les positions allemandes sur la rive opposée.

Les 82ème et 101ème Divisions aéroportées sont redéployées dans le secteur Nimègue-Arnhem, sur la "Route de l'Enfer". Mais ces éléments positifs ne peuvent plus suffire pour soulager le martyre des défenseurs britanniques d'Oosterbeek, durement malmenés par les blindés et les mortiers des Panzer SS de Bittrich.

A la tombée du jour, les parachutistes polonais du brigadier-général Stanislaw Sosabowki tentent un nouvel essai pour traverser le Rhin et secourir les hommes de Urquhart. Mais là aussi, les Polonais sont repérés et subissent de lourdes pertes. A peine 200 d'entre-eux réussissent à traverser et viennent renforcer le périmètre défensif britannique.

Dans le ciel hollandais, 586 P-38 Lightning, P-47 Thunderbolt et P-51 Mustang des 8th et 9th Air Force engagent le combat avec 150 chasseurs allemands dans la région de Nimègue.

Ville et pont de Nimègue après la bataille, 28 septembre 1944.



Dimanche 24 septembre 1944.

Les Allemands qui combattent à Oosterbeek reçoivent des renforts de la 9ème Division panzer-SS Hohenstauffen, notamment des blindés lourds et des canons d'assaut automoteurs. Dans la ville en ruine, la situation des parachutistes du général Roy Urquhart devient désespérée. A cause des mauvaises conditions météorologiques, les parachutages de vivres/ravitaillement de la Royal Air Force sont interrompus depuis deux jours.

Les Red Devils manquent de tout: de vivres, de munitions, de médicaments. Pour completer ce sinistre tableau, 8,000 civils hollandais se terrent et se mélangent aux blessés britanniques et allemands dans les caves. Dans cette mélée confuse n'apparaît qu'une note d'humanité: un cessez-le-feu provisoire et un accord sur le sorts des blessés. Un code d'honneur s'établit sur ce point dans les deux camps.

L'hôpital Sainte-Elizabeth, sous contrôle allemand, devient le grand centre de rassemblement où opèrent médecins allemands, néerlandais et britanniques. 2,200 blessés britanniques sont évacués du périmètre d'Oosterbeek et y trouvent refuge, sous la protection de la Croix-Rouge hollandaise.

Photo ci-dessous: Roy Urquhart devant l'Hôtel Hartenstein, qui sert de QG à la 1ère Division aéroportée, dans Oosterbeek.


La "Route de l'Enfer", entre Nimègue et Arnhem, est de nouveau coupé par une contre-attaque allemande. Les péniches destinés à la traversée de la 43ème Division d'infanterie britannique se retrouvent bloquées sur un tronçon de la Hell's Drive, quelque part au sud. Le soir, face à la menace des Allemands qui risquent de le couper de la rive nord du Rhin, Roy Urquhart demande l'évacuation de ses hommes d'Oosterbeek. Demande qui lui est accordée.

Au sud, sur la frontière belgo-hollandaise, dans le secteur de la 1ère Armée canadienne, la 3ème Division d'infanterie britannique (1er Corps britannique) établit une tête de pont au-delà du canal Anvers-Turnhout.


Lundi 25 septembre 1944.

Echec final de l'opération Market Garden. Désormais, le maréchal Bernard Montgomery renoncera à imposer au général Dwight Eisenhower sa propre vision stratégique, se mettant pour une fois à son entière disposition.

L'objectif principal de cette opération avait été de couper les Pays-Bas en deux et de faciliter l'accès du XXIème Groupe d'armées au bassin industriel de la Ruhr, dans le nord de l'Allemagne.

L'autre objectif de Montgomery avait été de s'emparer des rampes de lancement de V2, situé sur l'île de Walcheren et dans la région de la Haye, qui depuis le 8 septembre s'abattent sur Londres et Anvers. Les lancements de V2, qui s'étaient interrompus le 17 septembre 1944, lors du déclenchement de Market Garden, reprennent avec une intensité accrue ce 25 septembre.

C'est la principal raison pour laquelle Hitler ne veut en aucun cas se résigner à renoncer aux Pays-Bas.

21h. Opération Berlin. Sous une pluie battante, les survivants de la 1ère Division aéroportée britannique de Robert "Roy" Urquhart commencent à évacuer discrètement leurs positions défensives dans Oosterbeek. Les troupes du génie du XXX Corps britannique procèdent à leur transfert sur la rive sud. Pour les couvrir, l'artillerie de la 43ème Division d'infanterie pilonne les positions allemandes au nord du Rhin.

A l'aube du 26 septembre, les traversées du Lek/Bas-Rhin doivent s'interrompre. 2,720 parachutistes ont réussi à passer de nuit. 300 sont encore sur la rive nord. Certains d'entre-eux choisissent de traverser à la nage, les autres attendront la nuit suivante.

Durant plusieurs jours, de petits groupes ou des isolés réussiront encore à rejoindre, à l'aide de la Résistance hollandaise, les positions du XXX Corps.


Bilan et pertes de l'opération Market-Garden.

Les Red Devils ont payé très cher l'opération Market Garden. Environ 2,800 rescapés sur un effectif de départ de 11,000 hommes. 1,500 tués, 6,450 prisonniers, la plupart blessés.

Ci-dessous: tombe d'un parachutiste britannique à Arnhem, photographié après sa libération, le 15 avril 1945.


La 1ère Division aéroportée britannique devait tenir deux jours. Elle aura résisté pendant huit jours.

Le pont d'Arnhem, l'objectif final de l'opération, n'a donc pas été atteint. Les combats et les escarmouches se poursuivront au sud du Rhin et le front allemand se stabilisera à la mi-octobre 1944.

Les Hollandais ont également payés un lourd tribu. Environ 500 d'entre-eux sont morts pendant les combats. Oosterbeek et Arnhem sont en ruines, Nimègue a subi de très graves dégâts. Ils devront encore attendre sept longs mois leur délivrance. Arnhem, en effet, ne sera libérée que le 14 avril 1945 par la 1ère Armée canadienne. Trois semaines avant la capitulation allemande.

Les pertes du Heeresgruppe B allemande s'élèvent entre 22,315 et 29,300 tués et blessés, celle du XXX Corps britannique à environ 500 tués et blessés, et celle du XVIII Corps aéroporté américain (82ème et 101ème Divisions) entre 3,542 et 3,974 tués et blessés.

Carte ci-dessous: front allié du 15 septembre au 15 décembre 1944.



Photo ci-dessous: pont routier "John Frost" d'Arnhem aujourd'hui.



Les musiques du film "A Bridge Too Far" (1978), composées par l'Orchestre philarmonique de la BBC, sont dirigées par Rumon Gamba. La vidéo contient un medley des titres suivants: 1° The Ouverture. 2° Parts of Paratrooper Marche. 3° Dutch Rhapsody. 4° Bailey Bridge. 5° Airlift from Original Album.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 20 novembre 2014.


Sources principales:
Operation Market Garden (Wikipedia.org)

Voir aussi:
Blog D'Iberville, "Saviez-vous que..."

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