13 mars - 7 mai 1954 - Guerre d'Indochine: la Bataille de Dien Bien Phu

Dien Bien Phu est une des dernières et la plus importante bataille livrée par le Corps Expéditionnaire Français d'Extrême-Orient en Indochine. Celui-ci, commandé par le général Henri Eugène Navarre, est opposé au mouvement Vietminh et au parti communiste indochinois, dirigé par Nguyen Sinh Cung, universellement connu sous le surnom de "Ho Chi Minh", et Vo Nguyen Giap. Le Vietminh est financé et équipé par la République Populaire de Chine, et dans une moindre mesure, par l'Union Soviétique. En juillet 1954, la défaite de Navarre entraîne les Accords de Genève et le début de la décolonisation française, et l'Indochine se retrouve partitionnée en deux entitées: le Sud-Vietnam nationaliste et le Nord-Vietnam communiste, séparés par le Dix-Septième Parallèle et une zone démilitarisée.




Géographie et démographie de Dien Bien Phu.

Dien Bien Phu est à la fois le nom du village et le nom du district où s'est déroulée la bataille. Simple hameau ne comptant qu'une centaine d'âmes en 1953, elle est aujourd'hui une ville de moyenne importance florissante et prospère de 125,000 habitants, vivant du commerce du bois et du tourisme. Les projections démographiques estiment à 150,000 habitants la population d'ici l'année 2020. (1)

La majorité de la population fait d'ailleurs partie du groupe ethnique Thai, les Vietnamiens ne formant qu'environ un tier.

Géographiquement, la localité est située dans la vallée de Muong Thanh, un bassin de 20km de long sur 6km de large, à environ 35km de la frontière laotienne. La ville faisait partie de la province de Dien Bien et en 2004, elle a été ratâchée à la province de Lai Chau.

Photos ci-dessous: 1° Arrivée d'un An-26 Curl de Vietnam Airlines sur l'aéroport local de Dien Bien Phu (27 mars 2007). 2° Hotel Him Lam en 2016. 3° et 4° Ville de Dien Bien Phu en 2010.









(1) Dien Bien Phu: Development and Conservation in a Vietnamese Cultural Landscape


Contexte historique.

L'Indochine appartient à l'empire colonial français depuis la fin du 19ème siècle. Les territoires français sont administrés en trois colonies, le Tonkin au nord, l'Annam au centre, et la Cochinchine au sud, ainsi qu'en deux "protectorats", le Laos et le Cambodge.


En mars 1945, les Japonais font brutalement main basse sur l'Indochine. Après la capitulation nippone, six mois plus tard, le mouvement Vietminh dirigé par Ho Chi Minh proclame l'"indépendance" de l'Indochine. Après avoir tenté de négocier avec le Vietminh, la France décide de reprendre militairement ses colonies et envoit, en 1946, un Corps Expéditionnaire Français d'Extrême-Orient (CEFEO).

Après la victoire des communistes de Mao Zedong sur les nationalistes de Chang Kai-Chek et la proclamation de la République populaire de Chine, en octobre 1949, le Vietminh commence à bénéficier d'une aide matériel et logistique chinoise massive. Grâce à cela, le Vietminh constitue un solide corps de bataille de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, commandés par le général Vo Nguyen Giap.

En octobre 1950, après avoir constitué et entrainé son armée, Giap passe à l'offensive. Il chasse les Français de la zone frontalière avec la Chine. Temporairement stoppé au cours de la bataille de Hoa Binh au printemps 1952, il repart à l'assaut et conquiert le Laos à la fin de cette année. Pour anéantir le Vietminh une bonne fois pour toute, le CEFEO décide de fixer ses forces. En novembre 1953, dans cette optique, il lance une opération aéroportée près de la frontière laotienne, dans le Haut Tonkin, chasse la petite garnison ennemie locale, et entame la construction d'une base à Dien Bien Phu.


Concept de la "Défense hérisson".

En 1953, la "Guerre d'Indochine", tout comme la Guerre du Vietnam le sera aux Etats-Unis quelques années plus tard, est devenue très impopulaire dans l'opinion publique. Une succession de commandants en chef (Philippe "Leclerc" de Hautecloque, Jean-Etienne Valluy, Roger Blazot, Jean de Lattre de Tassigny et Raoul Salan) se sont montrés incapables de "mater" l'insurrection du Vietminh.

Durant la campagne lancée pendant l'hiver 1952-1953 par Giap, les territoires contrôlés par le Vietminh finissent même par s'étendre au Laos voisin, ses troupes progressant jusqu'à la capitale provinciale Luang Prabang et la Plaine des Jarres.

En mai 1953, pour reprendre l'initiative, le Premier ministre français René Mayer nomme le général Henri Navarre commandant en chef des "Forces de l'Union Française" en Indochine, en remplacement de Raoul Salan. Inspiré des enseignements tirés de la Bataille de Na San, au cours de laquelle l'armée française a établit un solide camp retranché près de la frontière laotienne et a infligé des pertes terribles à l'ennemi, Navarre décide de rééditer l'exploit, cette fois à une plus large échelle encore.

Le mois suivant, le général René Cogny, commandant la région militaire du Golfe du Tonkin, propose Dien Bien Phu comme cible, ce choix étant bientôt approuvé par Navarre. Des critiques sont émises par certains officiers supérieurs, dont le colonel Jean-Louis Nicot, commandant de l'aviation de transport, mais Navarre les rejette lors de la réunion d'état-major qui se tient le 17 novembre 1953, et fixe définitivement le déclenchement de l'opération trois jours plus tard.


A Na San (23 novembre - 2 décembre 1952) les Bodoïs de Giap s'étaient littérallement cassé les dents contre les positions fortifiées du camp retranché, celui-ci étant ravitaillé uniquement par voie aérienne. Même si à la fin, les Français ont du abandonner cette base, la réussite de l'évacuation (aérienne) et les pertes occasionnées à l'ennemi renforcent la conviction de Navarre dans ce système de "Défense hérisson" (Hedgehogs Defense), dans l'espoir d'"user" à la longue les divisions Vietminh.

Carte ci-dessous: bataille de Na San et système de "défense hérisson".



Opération Castor et occupation de Dien Bien Phu (20-22 novembre 1953).

Castor est le nom de code de l'opération aéroportée dont l'objectif est l'établissement d'une enclave dans la province de Dien Bien, en territoire contrôlé par le Vietminh, dans le nord-ouest de l'Indochine. Tout comme à Na San, l'idée générale du plan français est de couper les voies de ravitaillement ennemies venant du Laos, d'y attirer les divisions de Giap et de les anéantir dans une bataille d'usure (Attrition War).


L'opération est confiée au général de Brigade Jean Marcellin Gilles et débute le 20 novembre 1953 à 10h30. Les parachutages sont prévus pour s'échalonner les deux jours suivants, sur quarante-huit heures.

Le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC) du major Marcel Bigeard et le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes (2/1 RCP) commandé par le major Jean Bréchignac y participent, et seront acheminer par 65 C-47 Skytrain/Dakota et 12 C-119 Flying Boxcar, en deux vagues d'assaut, une le matin et l'autre le soir.




Leur objectif est la capture de l'aérodrome local, construit par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans cette première vague, ont également pris place le 17ème Régiment aéroporté du génie, chargé de remettre les installations en fonction, et l'état-major du Groupement Aéroporté 1 (GAP 1). Ils sont suivis en fin d'après-midi par le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux (1 BPC), des éléments du 35ème Régiment d'Artillerie Légère Parachutiste (35 RALP) et d'autres unités de soutien logistiques.

Le jour suivant, 21 novembre 1953, c'est le tour du Groupement Aéroporté 2 (GAP 2): l'état-major et la compagnie QG de Jean Gilles, le 1er Bataillon Etranger de Parachutistes, le 8ème Bataillon de Parachutistes de Choc (8 BPC) et d'autres éléments de soutien.

Le 22 novembre 1953, les dernières troupes sont larguées dans la vallée. Il s'agit du 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens (5 BPVN). Dans le vol, a pris place Brigitte Friang, une journaliste correspondante de guerre et ancienne membre de la Résistance, arrêtée par la Gestapo en 1943 et déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Elle est fraîchement diplomée de saut et a obtenu une autorisation spéciale du général de Navarre pour participer à l'opération Castor. (2)

Carte ci-dessous: positions françaises le 22 novembre 1953.


Photo ci-dessous: patrouille du 8 BPC autour de Dien Bien Phu.


Soit un effectif total de 4,195 parachutistes. Les largages s'effectuent correctement suivant l'horaire fixé, et dans la soirée du 22 novembre, tous les objectifs ont été atteints. L'unité Vietminh présente dans la vallée, un bataillon du 148ème Régiment d'Infanterie Indépendant, a été anéantie, le village et l'aérodrome de Dien Bien Phu sont sous contrôle.


Ordre de bataille initial de l'opération Castor (20-22 novembre 1953).

  • Groupement Aéroporté 1 (GAP 1).
      - GAP 1 Etat-major et compagnie HQ.
      - 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux (1 BPC).
      - 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC).
      - 2ème Bataillon, 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes (2/1 RCP).
      - 17ème Régiment de Génie Parachutiste (17 RGP).
      - 35ème Régiment d'Artillerie Légère Parachutistes (35 RALP).
  • Groupement Aéroporté 2 (GAP 2).
      - 1er Bataillon Etranger de Parachutistes (1 BEP).
      - 8ème Bataillon de Parachutistes de Choc (8 BPC).
      - 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens (5 BPVN).

Commencent alors les travaux consistant à établir et fortifier le camp retranché français. Fin novembre 1953, d'autres parachutages sont effectués. Six autres bataillons et de l'artillerie supplémentaire viennent renforcer les effectifs déjà sur place. Notamment 8 obusiers de 105mm de la Batterie d'Artillerie Autonome laotienne et des mortiers de 120mm de la 1ère Compagnie Etrangère de Mortiers Lourds (1 CEPLM).

Le 12 décembre 1953, le commandement du camps retranché est confié au colonel Christian de Castries, un officier de blindés, et à son adjoint, le lieutenant-colonel Pierre Langlais. L'artillerie française, six batteries de 105mm et trois batteries de 120mm, est confiée au colonel Charles Piroth et disposée sur les collines qui entourent et dominent l'aérodrome.

Photo ci-dessous: le colonel Christian de Castrie à Dien Bien Phu, au début de l'année 1954.


Le 12 mars 1954, la garnison française de Dien Bien Phu compte 10,814 hommes: troupes de la Légion Etrangère, coloniales d'Afrique du Nord (algériennes ou marocaines), ainsi qu'un bataillon de parachutistes vietnamien. En comptant les renforts pendant la bataille, jusqu'en mai, les effectifs totaux se chiffreront à environ 16,000 hommes.


(2) Oeuvres de Brigitte Friang: Les Fleurs du ciel, Paris, Robert Laffont, 1955. La Mousson de la liberté. Vietnam, du colonialisme au stalinisme, Paris, Plon, 1976.


Riposte du Vietminh (23 novembre 1953 - 12 mars 1954).

Dès le 23 novembre 1953, Le Vietminh réagit à l'attaque française et les Divisions 304, 308, 312 et 316, ainsi que la Division d'Artillerie/Génie 351, convergent vers Dien Bien Phu. Le 27 décembre, l'encerclement du camp retranché français est complet.

Photo ci-dessous: l'état-major vietminh pendant la bataille de Dien Bien Phu. De gauche à droite: Pham Van Dong, Ho Chi Minh, Truong Chinh et Vo Nguyen Giap.


En mars 1954, les effectifs Vietminh totaliseront environ 50,000 soldats. Si l'on prend en compte les renforts et les unités logistiques, le total est estimé à 80,000 hommes.

Photo ci-dessous: pièces d'artillerie AA mises en oeuvres par le Vietminh, conservées au Musée de Dien Bien Phu. 2 août 1997.

  • Division d'infanterie 304 Nam Dinh.
    Commandant: Le Chuong.
      - Régiment d'infanterie 9 (Tran Thanh Tu): Bataillons 353, 375, 400.
      - Régiment d'infanterie 57 (Nguyen Can): Bataillons 265, 346, 418.
  • Division d'infanterie 308 Viet Bac.
    Commandant: colonel Vuong Thua Vu.
      - Régiment d'infanterie 36 (Pham Hong Son): Bataillons 80, 84, 89.
      - Régiment d'infanterie 88 (Nam Ha): Bataillons 22, 29, 322.
      - Régiment d'infanterie 102 (Nguyen Hung Sinh): Bataillons 18, 59, 79.
  • Division d'infanterie 312 Ben Tre.
    Commandant: colonel Le Trong Tan.
      - Régiment d'infanterie 141 (Quang Tuyen): Bataillons 11, 16, 428.
      - Régiment d'infanterie 165 (Le Thuy): Bataillons 115, 542, 564.
      - Régiment d'infanterie 209 (Hoang Cam): Bataillons 130, 154, 166.
  • Division d'infanterie 316 Bien Hoa.
    Commandant: Le Quang Ba.
      - Régiment d'infanterie 98 (Vu Lang): Bataillons 215, 439, 938.
      - Régiment d'infanterie 174 (Nguyen Huu An): Bataillons 249, 251, 255.
      - Régiment d'infanterie 176 (?): Bataillons 888, 910, 999.
    Photo ci-dessous: soldats Vietminh dans une tranchée française à Dien Bien Phu.

  • Division d'artillerie/génie 351 Long Chau.
    Commandant: Dao Van Truong.
      - Régiment d'artillerie 45 (Nguyen Huu My): 12 obusiers de 105mm M101/M101A1 chacun.
      - Régiment d'artillerie 675 (Doan Tue): 20 mortiers de 75mm "Type-41" et 16 mortiers de 120mm M1938.
      - Régiment d'artillerie AA 367 (Le Van Tri): deux bataillons AA. 12 canons AA de 37mm M1939 chacun.
Le ravitaillement des divisions vietminh provient de la base arrière de Tung Giao au Laos, approvisionnée depuis la Chine par des centaines de camions. Le trajet Tung Giao-Dien Bien Phu est assuré par 75,000 porteurs, les "Coolies". Ceux-ci transportent dans des sacs à dos 25 kilos, parcourent 25km par jour sur terrain plat et 15km en montagne. Avec l'aide de bicyclettes Renault spécialement aménagées, chacun d'entre-eux peut emporter jusqu'à 75kg supplémentaires.

Le "Système Renault" pour acheminer le ravitaillement du Vietminh jusqu'à Dien Bien Phu.


Le Haut commandement français en Indochine prend connaissance à la fin de février 1954 de l'effort engagé par le Vietminh. Vu son ampleur, l'évacuation de la garnison de Dien Bien Phu vers le Laos ou la constitution de colonnes de secours sont envisagées. Mais, une nouvelle fois, la menace est sous-estimée par les Français, qui souhaitent la "bataille finale" pour porter un coup décisif à l'ennemi.

Des attaques d'infanterie vietminh ont lieu contre Dien Bien Phu dès le 26 janvier 1954. Mais non-coordonnées et privées de l'appui d'artillerie, elles échouent. Giap change alors radicalement de stratégie et décide d'attendre que ses unités d'artillerie soit en position.

Photo ci-dessous: maréchal Vo Nguyen Giap en 2008, à l'âge de 97 ans.



Ordre de bataille français (13 mars 1954).

Sur les 10,814 hommes présents dans le camp retranché le 13 mars 1954, 2,969 appartiennent à la Légion Etrangère: le 3ème Bataillon de la 13ème Demi-Brigade (3/13 DBLE) occupe le point d'appui Béatrice, au nord-est. Son 1er Bataillon (1/13 DBLE) est sur le point d'appui Claudine, couvrant le flanc ouest du PC-GONO (Groupe Opérationnel du Nord-Ouest). Le 1er Bataillon du 2ème Régiment Etranger d'Infanterie (1/2 REI) protège directement la piste d'aviation sur le même flanc avec les sept points d'appui Huguette. Le 3ème Bataillon du 3ème REI (3/3 REI) se trouve sur une position située 4km au sud du PC-GONO, Isabelle. Le 1er Bataillon Etranger de Parachutistes (1 BEP) est placé en réserve. Enfin, les 1ère et 2ème Compagnies de Mortiers Mixtes de la Légion Etrangère (CMMLE) et la 1ère Compagnie Etrangère de Mortiers Lourds (1 CEPML) sont en soutien autour de la position centrale ou dispersées au profit des unités.

Trois Bataillons de Tirailleurs Algériens (2/1 RTA, 3/3 RTA et 5/7 RTA), un Bataillon de Tirailleurs Marocains (1/4 RTM), deux Bataillons Thaï (BT 2 et BT 3), le 8ème Bataillon de Parachutistes de Choc (8 BPC), le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes (2/1 RCP), le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens, le 3ème Escadron du 1er Régiment de Chasseurs à Cheval (3/1 RCC), avec 10 chars M24 Chaffee (démontés puis réassemblés sur place), plus diverses unités d'artillerie, du génie, de transmissions, de services administratifs et de santé, constituent le reste de la garnison.


Groupe Opérationnel du Nord-Ouest (PC-GONO). Colonel Christian de Castrie.

1° Commandement.
  • Groupe Mobile 6 (GM 6). Lieutenant-colonel André Lalande. 3/3 REI, 2/1 RTA, 5/7 RTA.
  • Groupe Mobile 9 (GM 9). Lieutenant-colonel Jules Gaucher. 1/13 DBLE, 3/3 DBLE, 1/2 REI, 3/3 RTA.
  • 2ème Groupement Aéroporté (GAP 2). Lieutenant-colonel Pierre Langlais. 1 BEP, 8 BPC, 5 BPVN.
  • Artillerie. Colonel Charles Piroth. 2/4 RAC, 3/10 RAC, 11/4/4 RAC, 1 GAACEO, 1 CMMLE, 2 CMMLE, 1 CEPML).

2° Infanterie.
  • 1er Bataillon / 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère (1/13 DBLE). Major de Brinon / Major Robert Coutant. PA Claudine.
  • 3ème Bataillon / 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère (3/13 DBLE). Major Paul Pégot. PA Béatrice.
  • 1er Bataillon / 2ème Régiment Etranger d'Infanterie (1/2 REI). Major Clémençon. PA Hughette.
  • 3ème Bataillon / 3ème Régiment Etranger d'Infanterie (3/3 REI). Major Henri Grand d'Esnon. PA Isabelle.
  • 2ème Bataillon / 1er Régiment de Tirailleurs Algériens (2/1 RTA). Capitaine Pierre Jeancenelle. PA Isabelle.
  • 3ème Bataillon / 3ème Régiment de Tirailleurs Algériens (3/3 RTA). Capitaine Jean Garandeau. PA Dominique.
  • 5ème Bataillon / 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens (5/7 RTA). Major Roland de Mecquenem. PA Gabrielle.
  • 1er Bataillon / 4ème Régiment de Tirailleurs Marocains (1/4 RTM). Major Jean Nicolas. PA Eliane.
  • 2ème Bataillon Thai (BT 2). Major Maurice Chenel. PA Eliane.
  • 3ème Bataillon Thai (BT 3). Léopold Thimonnier. PA Anne-Marie.

  • Photo ci-dessous: petite unité d'auxiliaires Thaï prenant position.


3° Parachutistes.
  • 1er Bataillon Etranger de Parachutistes (1 BEP). Major Maurice Guiraud.
  • 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes (2 BEP). Major Hubert Liesenfelt.
  • 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC). Major Marcel "Bruno" Bigeard.
  • 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (8 BPC). Major Pierre Tourret.
  • 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamien (5 BPVN). Capitaine André Botella.
  • 2ème Bataillon / 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes (2/1 RCP). Major Jean Bréchignac.

4° Blindés.
  • 3ème Escadron / 1er Régiment de Chasseurs à Cheval (3/1 RCC) [10 chars M24 Chaffee]. Capitaine Yves Hervouët. PA Claudine et Isabelle.

5° Artillerie.
  • 2ème Groupe / 4ème Régiment d'Artillerie Colonial (2/4 RAC) [12 obusiers M101A1 Howitzer de 105mm]. Major Guy Knecht. PA Dominique.
  • 3ème Groupe / 10ème Régiment d'Artillerie Colonial (3/10 RAC) [12 obusiers M101A1 Howitzer de 105mm]. Major Alliou. PA Isabelle et Claudine.
  • 11ème Batterie / 4ème Groupe / 4ème Régiment d'Artillerie Colonial (11/4/4 RAC) [4 obusiers M114 Howitzer de 155mm]. Capitaine Déal. PA Claudine.
  • 1er Groupe d'Artillerie Anti-aérienne Colonial en Extrême-Orient (1 GAACEO) [4 mitrailleuses M2 de 12.7mm]. Lieutenant Paul Redon.
  • 1ère Compagnie de Mortiers Mixte de la Légion Etrangère (1 CMMLE) [8 mortiers M2 de 107mm]. Lieutenant René Colcy. PA Claudine.
  • 2ème Compagnie de Mortiers Mixte de la Légion Etrangère (2 CMMLE) [8 mortiers M2 de 107mm]. Lieutenant Fetter. PA Gabrielle et Anne-Marie.
  • 1ère Compagnie Etrangère Parachutiste de Mortiers Lourds (1 CEPML) [12 mortiers M2 de 107mm]. Lieutenant Paul Turcy. PA Claudine et Dominique.

6° Génie.
  • 31ème Bataillon du Génie (31 BG). Major André Sudrat.

7° Services de Santé.
  • 29ème Antenne Chirurgicale Mobile (ACM 29). Major Paul Grauwin.
  • 44ème Antenne Chirurgicale Mobile (ACM 44). Lieutenant Jacques Gindrey.
  • 3ème Antenne Chirurgicale Parachutiste (ACP 3). Lieutenant Louis Résillot.
  • 5ème Antenne Chirurgicale Parachutiste (ACP 5). Capitaine Ernest Hantz.
  • 6ème Antenne Chirurgicale Parachutiste (ACP 6). Lieutenant Jean Vidal.

8° Service, Logistique et soutien.
  • 2ème Compagnie / 822ème Bataillon de Transmissions (2/822 BT).
  • 2ème Compagnie / 823ème Bataillon de Transmissions (2/823 BT).
  • 342ème Compagnie Parachutiste de Transmissions (342 CPT).
  • 2ème Peleton / 5ème Compagnie de Réparations Moyennes de la Légion Etrangère (2/5 CRMLE).
  • 3ème Compagnie de Munitions (3 CM).
  • 730ème Compagnie de Ravitaillement [Carburant] (730 CR).
  • 712ème Compagnie de Circulation Routière (712 CCR).
  • 3ème Compagnie de Transport de Quartier-Général (3 CTQG).
  • 1er Groupe d'Exploitation Opérationnel [Quartier-Maitre] (GEO 1).
  • 3ème Légion de Marche / Garde Républicaine de la Gendarmerie Mobile (3 LM/GRGM).

  • 403ème Bureau de Police Militaire (403 BPM).

9° Armée de l'Air / Dien Bien Phu.
  • 1er Escadron / 22ème Groupe de Chasse (1/22 Saintonge) [10 Grumman F8F-1 Bearcat]. Capitaine Claude Payen.
  • 21ème Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 21) [Morane-Saulnier MS.500 Criquet (Fieseler Storch)]
  • 1ère Compagnie Légère d'Evacuation Sanitaire (1 CLES) [Sikorsky H-19 Chickasaw].

10° Soutien aérien extérieur.
  • 2ème Escadron / 22ème Groupe de Chasse (2/22 Languedoc) [F8F-1 Bearcat]. Haiphong/Cat Bi.
  • 1er Escadron / 19ème Groupe de Bombardement (1/19 Gascogne) [Douglas B-26 Invader]. Haiphong/Cat Bi.
  • 1er Escadron / 25ème Groupe de Bombardement (1/25 Tunisie) [Douglas B-26 Invader]. Haiphong/Cat Bi.
  • 2ème Escadron / 62ème Groupe de Transport (2/62 Franche-Comté) [Douglas C-47 Skytrain]. Hanoi/Bach Mai.
  • 2ème Escadron / 63ème Groupe de Transport (2/63 Sénégal) [Douglas C-47 Skytrain]. Hanoi/Gia Lam.
  • 1er Escadron / 64ème Groupe de Transport (1/64 Béarn) [Douglas C-47 Skytrain]. Hanoi/Gia Lam.
  • 2ème Escadron / 64ème Groupe de Transport (2/64 Anjou) [Douglas C-47 Skytrain]. Hanoi/Bach Mai.
  • 23ème Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 23) [Morane-Saulnier MS.500 Criquet (Fieseler Storch)]. Muong Sai.
  • 80ème Escadron de Reconnaissance Outre-Mer (EROM 80) [Grumman RF-8F Bearcat et Douglas B-26C Invader]. Hanoi/Bach Mai.
  • 52ème Escadron de Liaison Aérienne (ELA 52) [Sikorsky H-19 Chickasaw]. Bien Hoa.
  • 53ème Escadron de Liaison Aérienne (ELA 53) [Sikorsky H-19 Chickasaw]. Hanoi/Gia Lam.

  • Civil Air Transport (CAT) / CIA [Douglas C-47 Skytrain et Fairchild C-119 Boxcar]. Haiphong/Cat Bi.

11° Aéronavale.
  • Flotille 3F [Curtis SB2C-5 Helldiver]. Porte-avions Arromanches (Tourane) et Hanoi/Bach Mai.
  • Flotille 11F [Grumman F6F-5 Hellcat]. Porte-avions Arromanches (Tourane) et Haiphong/Cat Bi.
  • Flotille 14F [Vought F4U-7 Corsair]. Porte-avions Bois Belleau (Baie d'Along) et Hanoi/Bach Mai.
  • Flotille 28F [Consolidated PB4Y-1 Privateer]. Haiphong/Cat Bi.

  • Ci-dessous: 1° F4U-7 Corsair de la Flotille 14F de l'Aéronovale ayant pris part à la Bataille de Dien Bien Phu. 2° Porte-avions Bois Belleau en Indochine, cédé par l'US Navy à la Marine Nationale française en 1953. 3° B-26C Invader du 1/19 Gascogne (Cat Bi) cédé par l'US Air Force.






Bataille de Dien Bien Phu (13 mars - 7 mai 1954).

Avant l'assaut général, Giap a fait installer dans le plus grand secret ses pièces d'artillerie et du matériel lourd en pièces détachées, tirés mètre par mètre par des dizaines d'hommes, sur les flancs des montagnes qui dominent Dien Bien Phu, qui permettront un pilonnage systématique des positions françaises. Il envoit régulièrement des patrouilles pour tester les défenses françaises. Les Français font de même en tentant quelques sorties hors du camp. Ces escarmouches épisodiques n'inquiètent pas l'état-major de De Castries, qui attend un assaut ennemi massif.

Photo ci-dessous: char léger M24 Chaffee à Dien Bien Phu.



1° Assaut et premier succès vietminh sur Beatrice (13-14 mars 1954).

Le 13 mars 1954 à 17h15, le "festival pyrotechnique" commence. L'ensemble du camp retranché subit un barrage d'artillerie d'une violence inouïe. Les Français sont complètement surpris: ils ne s'attendaient pas du tout à un pilonnage vietminh de cette ampleur. Leurs pièces d'artillerie et leurs postes de commandement sont particulièrement visés. Toutes les mesures de contre-batterie se révèleront inefficaces. (3)

Carte ci-dessous: positions françaises et premiers affrontements des 13, 14 et 15 mars 1954 (source: archives de l'armée vietnamienne).


Au pied de Dominique-2, les servants de mortiers lourds de 120mm de la Légion sont décimés. Sur Béatrice, le 3/13 DBLE disparaît sous le déluge de feu adverse. Les positions des Légionnaires sont pulvérisées et les pertes augmentent rapidement. Vers 18h15, un obus touche de plein fouet le PC du bataillon, tuant le major Paul Pégot et son état-major au complet. Puis c'est le tour des commandants des 9ème et 11ème Compagnies du 3ème Bataillon. Au bout de deux heures de bombardement, l'assaut vietminh commence avec deux régiments de la Division 312, opposés à deux compagnies malmenées de Légionnaires.

Le 14 mars 1954, vers 3h du matin, la Division 312 se rend maître du point d'appui Beatrice. Les Légionnaires ont perdu en quelques heures 500 tués et disparus. Les pertes vietminh s'élèvent à environ 600 tués et 1,200 blessés. (4)

Dans la matinée, 66 survivants de la 9ème Compagnie du 3/13 DBLE parviennent à rejoindre les lignes françaises. Le Vietminh restituera également 14 blessés graves, dont le lieutenant Etienne Turpin, évacué le jour même par avion. Le 3ème Bataillon de la 13ème DBLE, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, a disparu en l'espace d'une seule nuit. La 13ème DBLE est d'autant plus éprouvée qu'elle perd son commandant, le colonel Jules Gaucher, tué avec plusieurs membres de son état-major le 14 mars vers 19h45 par un obus.

Les bombardements de l'artillerie vietminh se poursuivent pendant toute cette journée. A 14h, trois chasseurs-bombardiers F-8 Bearcat évacuent la base. Les six autres ont été détruits ou endommagés sur la piste. Désormais, l'appui aérien parviendra des bases du Golfe du Tonkin, distantes de 300km. Les avions de transport et de ravitaillement C-47 Skytrain commencent également à subir des pertes, la défense AA vietminh devenant chaque jour plus dense et efficace.



(3) Le commandant de l'artillerie française, le colonel Charles Piroth, devant l'impuissance de ses tirs de contre-batteries, se suicidera deux jours plus tard, le 15 mars 1954.

(4) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 236.



2° Point d'appui Gabrielle (14-15 mars 1954).

Le second objectif du Vietminh est le point d'appui Gabrielle, défendu par le 5ème Bataillon du 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens (5/7 RTA). Par ailleurs, le bois ne manquant pas aux alentours de la position, les blockhaus de Gabrielle sont réputés être les plus solides du camp retranché. La colline est d'ailleurs surnommée Le Torpilleur.

Après deux heures de préparation d'artillerie, deux régiments de la Division 308 montent à l'assaut sans succès et buttent contre les défenseurs algériens. En quelques heures, la division vietminh est saignée à blanc. Vers 4h du matin, le 15 mars, un obus touche le PC du bataillon, blessant sérieusement le major Roland de Mecquenem et plusieurs membres de son état-major. (5)

Le 15 mars 1954, vers 3h du matin, le Régiment 165 de la division 312, qui n'a pas été engagé sur Béatrice, prend la relève. Lentement, les défenseurs algériens sont submergés. Le colonel Christian de Castries ordonne une contre-attaque à l'aube pour rallier le 5/7 RTA.

Le 1/2 REI fournit deux compagnies. Arrivé en renfort par air pendant la journée précédente, le 5 BPVN participe également à l'opération, mais celui-ci est sous le feu constant de l'artillerie vietminh et subit de lourdes pertes, car il lui faut parcourir un kilomètre de nuit sur un terrain inconnu pour rejoindre la base de départ. Les légionnaires bousculent le bataillon vietminh placé en bouchon avec l'aide des chars Chaffee du 3/1 RCC. Vers 8h, ils ont presque atteint Gabrielle, quand ils aperçoivent des survivants du 5/7 RTA qui se replient et abandonnent le point d'appui. Les derniers Algériens de Gabrielle vont pourtant résister jusqu'à 13h.

La prise de cette position française coûte au Vietminh 2,000 tués (6), et aux défenseurs environ 500 tués et disparus. Mal coordonnée, la contre-attaque a échoué alors que tout restait possible. La panique règne désormais dans le camp retranché. Les chefs en place semblent incapable de reprendre la situation en main. Seul l'adjoint de De Castries, le lieutenant-colonel Paul Langlais, commandant des parachutistes de Dien Bien Phu, conserve son sang-froid.


3° Point d'appui Anne-Marie (16-17 mars 1954).

En raison des pertes subies, Giap rennonce provisoirement à l'attaque du point d'appui Anne-Marie, son troisième objectif. La Division 308 a effectivement perdu 1,500 tués dans l'attaque de Gabrielle, et la Division 312, 500 tués. Les blessés se comptant par milliers.

Anne-Marie est défendue par le 3ème Bataillon Thaï (BT 3). Mais le matin du 17 mars 1954, démoralisés par la perte de Béatrice et Gabrielle, la plupart de ceux-ci se débandent, ce qui force le reste des défenseurs français (2 CMMLE) et thaïs à abandonner la position. (7)


(5) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 237.

(6) Davidson, Philips. Page 238.

(7) Davidson, Philips. Page 239.



4° Période d'accalmie et crise du commandement français (16-30 mars 1954).

Le 16 mars 1954, l'espoir renaît un peu: le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC) du major Marcel Bigeard saute dans la Cuvette. Du 17 au 30 mars, c'est la période d'accalmie. Le Vietminh en profite pour consolider ses positions et panser ses plaies. Il encercle totalement la zone centrale du camp retranché français, formé des points d'appui Dominique, Eliane, Claudine et Huguette. Isabelle, au sud, avec ses 1,809 défenseurs (3/3 REI, 2/1 RTA et 3/10 RAC), se retrouve totalement isolé du reste de la garnison et forme une seconde poche de résistance. (8)

Les français en profitent également pour s'"enterrer" un peu plus et chaque nuit, ils entendent les Bodoïs du Vietminh creuser un réseau de tranchées autour de leur position, qui se rapproche toujours un peu plus.

Durant cette période d'accalmie, l'état-major français affrontent d'ailleurs plusieurs "crises du commandement", et les défenseurs ont bien besoin de ça! Il est devenu évident, aux yeux d'une partie des officiers du PC-GONO, et c'est un sentiment partagé par le général René Cogny himself, "Général Vitesse", à Hanoi, que De Castries est devenu incompétent et inapte à assurer le commandement de Dien Bien Phu.

Photo ci-dessous: état-major du PC-GONO. De gauche à droite, le major Maurice Guirad (1 BEP), le capitaine André Botella (5 BPVN), le major Marcel "Bruno" Bigeard (6 BPC), le capitaine Pierre Tourret (8 BPC), le lieutenant-colonel Pierre C. Langlais, commandant en chef du Groupement Aéroporté 2 à Dien Bien Phu, et le major Hubert de Séguin-Pazzis, chef d'état-major.


Le 17 mars, René Cogny tente de rallier par air le camp retranché pour reprendre personnellement le commandement en main. Mais au-dessus de Dien Bien Phu, son avion est violemment pris pour cible par la DCA adverse et sérieusement touché. Il envisage de sauter en parachute, mais les membres de son état-major l'en disuade. (9)

De Castries s'est isolé du reste du PC-GONO et est relevé de son commandement. Le 26 mars 1954, c'est le lieutenant-colonel Pierre Langlais, qui assume déjà le commandement des unités parachutistes, reprend le commandement de l'ensemble du camp retranché français.

Ce qui fait que le commandement français de Dien Bien Phu se retrouve divisé en deux camps: les pro-De Castrie et les pro-Langlais. C'est une situation inextricable, et les deux officiers français parviennent à un accord tacite: De Castries continuera à commander en apparance, mais c'est Langlais qui désormais assume le commandement effectif de la garnison. Et Bigeard reprend le commandement des troupes aéroportées.

Durant cette période, Dien Bien Phu est ravitaillé par air, mais la DCA Vietminh prélève un lourd tribut sur les avions de transport français. Si bien que le 28 mars, le major Marcel Bigeard lance une opération pour éliminer les canons AA ennemis.

L'attaque, menée par le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC) et le 8ème Bataillon de Parachutistes de Choc (8 BPC ou 8 BC), avec le 1er Bataillon Etranger de Parachutistes (1 BEP) en réserve, réussit pleinement et plus de 350 soldats Vietminh sont tués, un bon nombre de pièces AA de la Division 351 réduites au silence. Pour le prix de 20 pertes du côté français. (10)

Le moral français remonte en flèche, mais ce n'est hélas que "le calme avant la tempête".





(8) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 279.

(9) Davidson, Phillip. Pages 240-241.

(10) Davidson, Phillip. Page 244-245.



5° Assaut contre les positions centrales françaises (30 mars - 5 avril 1954).

La phase suivante de la bataille (30 mars - 5 avril 1954) est un assaut frontal massif de l'infanterie vietminh contre les positions centrales françaises, et en particulier Eliane et Dominique. Ces deux points d'appui sont défendus par un mélange de troupes de la Légion Etrangère, de Coloniaux, de Tirailleurs algériens ou marocains, de Vietnamiens et de Thaïs.
  • Eliane:
      - 1er Bataillon du 4ème Régiment de Tirailleurs Marocains (1/4 RTM).
      - 2ème Bataillon Thaï (BT 2).
      - 1er Bataillon Etranger de Parachutiste (1 BEP).
      - 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6 BPC).
  • Dominique:
      - 8ème Bataillon de Parachutistes de Choc (8 BPC).
      - 3ème Bataillon du 3ème Régiment de Tirailleurs Algériens (3/3 RTA).
      - 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens (5 BPVN).
      - 2ème Compagnie de Mortiers Mixtes de la Légion Etrangère (2 CMMLE).
      - 2ème Groupe du 4ème Régiment d'Artillerie Colonial (2/4 RAC).
      - 1ère Compagnie Etrangère Parachutistes de Mortiers Lourds (1 CEPML).

Photo ci-dessous: les positions françaises sous un déluge de feu de l'artillerie vietminh.


Le 30 mars 1954, à 19h, précédée d'un véritable déluge de feu, la Division Vietminh 312 monte à l'assaut et submerge Dominique-1 et Dominique-2. Sur Dominique-3, la seule position qui s'épare encore la Division 312 du QG français (PC-GONO), les obusiers de 105mm du 2/4 RAC tirent à vue en élévation "0-Degré" (pratiquement à bout portant) contre les vagues d'assaut ennemies, et d'autres batteries d'artillerie sur l'aérodrome ouvrent également le feu en utilisant des pièces AA. Ce qui force le Vietminh à stopper sa progression et à se retirer, ce qui permet d'éviter in-extrémis le désastre.

Photo ci-dessous: le 30 mars, les Bodoïs de la Division 312 montent à l'assaut des positions Dominique-1 et Dominique-2.



Sur les collines Eliane, le scénario est similaire. La Division Vietminh 316 s'empare d'Eliane-1, défendue par le 1/4 RTM. Après quatre heures de résistance désespérée, les Tirailleurs Marocains doivent abandonner leur position. Puis les Légionnaires d'Eliane-2 (1 BEP) parviennent à rallier les survivants du 1/4 RTM. Mais eux-mêmes succombent aux environs de minuit.

Juste après minuit, le 31 mars 1954, le commandement français de Langlais organise une contre-attaque dans le but de reprendre Eliane-2. Le 6 BPC et la 2ème Compagnie du 1 BEP reprennent la position et force le Vietminh au retrait.

Une autre contre-attaque française reprend Dominique-2 et Eliane-1. Mais le Vietminh reprend ses assauts. Les Français, manquant de réserves, doivent abandonner de nouveau les deux positions dans la nuit du 1er avril 1954. (11) Des renforts français sont également envoyés vers Isabelle, 4km au sud, mais ceux-ci n'arrivent pas à rallier le point d'appui et doivent faire demi-tour.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1954, Langlais ordonne à Bigeard d'abandonner les positions Eliane et de traverser la Nam Yum, mais ce dernier refuse. Sur Eliane-2, le 1 BEP, avec l'appui des chars Chaffee du 3/1 RCC, tient fermement ses positions. La Division 316 reprend ses attaques mais les Bodoïs sont taillés en pièce et refoulés.

Le 1er avril 1954, les premiers éléments du 2ème Bataillon du 1er Régiment Colonial Parachutistes (2/1 RCP) du major Jean Bréchignac, en provenance d'Hanoi, saute au-dessus d'Eliane-2 et viennent renforcer le point d'appui français.


A l'ouest, la Division Vietminh 308 parvient brièvement à s'emparer d'Huguette-7 (1/2 REI) au prix de terribles pertes, avant d'en être chassée par une contre-attaque du 8 BPC et quelques chars du 3/1 RCC dans la soirée du 1er avril 1954.

Dans la nuit du 1er au 2 avril 1954, le reste du 2/1 RCP saute en parachute. Dans la nuit du 3 au 4 avril, la Division 308 lance des attaques contre Huguette-6, défendu par la 1ère Compagnie du 1/2 REI, des éléments du 1/13 DBLE et du 8 BPC. Mais les Français s'accrochent au terrain et résistent désespérément. A l'aube du 4 avril, l'aviation française se joint à l'artillerie pour matraquer les Bodoïs survivants.

Photo ci-dessous: légionnaires français sur Huguette-6.


A l'aube du 5 avril 1954, le Vietminh jette l'éponge. Depuis le 30 mars, ses attaques lui ont coûté 6,000 tués, de 8,000 à 10,000 blessés, et 2,500 capturés. Giap suspend ses opérations et attend des renforts en provenance du Laos, le moral de ses troupes est au plus bas. En attendant, il poursuit le développement du réseau de tranchées autour du camp français. (12)


(11) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 248.

(12) Davidson, Phillip. Page 257.



6° Travaux de sappe vietminh (5-30 avril 1954).

Le 5 avril 1954, Giap change de tactique et fait développer considérablement les réseaux de tranchées qui entourent les positions françaises.

Le 10 avril 1954, les Français lancent une contre-attaque pour reprendre Eliane-1 et lever la menace directe qu'elle représente pour Elian-4. L'attaque, comme Bigeard l'a demandé, est précédé d'un court pilonnage d'artillerie. Celui-ci utilise de petites unités d'infiltration à la place d'un assaut frontale direct. Le Vietminh lance à son tour des attaques pour reprendre la position perdue.

Au cours de cette journée, Eliane-1 changera de main sept fois, mais à l'aube du 11 avril 1954, les Français contrôlent la position. Le Vietminh lance une ultime attaque le 12 avril pour reprendre Eliane-1, mais est refoulé. (13)

Durant ces combats pour Eliane-1, de l'autre côté du camp français, les réseaux de tranchées vietminh encerclent presque entièrement Huguette-1 et Huguette-6.

Dans la nuit du 10 au 11 avril 1954, la garnison d'Huguette-1 attaque les tranchées vietminh dans l'espoir de briser son encerclement. Attaques répétées les 14/15 avril et 16/17 avril.

Devant l'inutilité de ces attaques et les pertes croissantes qu'elles entraînent, Langlais ordonne le 18 avril d'abandonner définitivement Huguette-6. Ses défenseurs tentent une sortie pour rejoindre les lignes françaises, mais seul un petit nombre d'entre-eux y parviendra. (14)

Le Vietminh poursuit les travaux de sappe autour d'Huguette-1 et, le 22 avril 1954, la position française est totalement submergée et perdue. Avec la perte d'Huguette-1, le Vietminh contrôle maintenant 90% de l'aérodrome, ce qui rend fort périlleux et aléatoires les parachutages d'armes, d'approvisionnement et de renforts français.

Le lendemain, 23 avril 1954, les Français lancent une attaque dans l'espoir de reprendre Huguette-1, mais celle-ci est repoussée.

A Hanoi, bien que tout le monde sait que tout est perdu, l'état-major organise des recrutements destinés à être parachuter sur Dien Bien Phu. Des centaines de personnes, civils ou militaires, formant un ensemble hétéroclite d'origines sociales diverses, y répondent. Ils n'ont jamais sauté en parachutes et seront une cible de choix pour le Vietminh, mais "tentent le coup". Leur motivation est d'aller se battre "pour aider les copains" ou pour "l'honneur". Une fois arrivés sur zone, en raison de la confusion et de la pagaille qui règnent dans le camp retranché, une partie d'entre-eux atterrit même chez l'ennemi. (15)

Le Vietminh utilise la même technique de sappe, lente mais inexorable et implacable, contre Isabelle, au sud, où à la fin du mois, les défenseurs se retrouveront à court d'eau potable, de vivres et de munitions. (16)

Ci-dessous: blessés français attendant d'être évacués du Chaudron. Jusqu'à la fin, les C-47 de l'Armée de l'Air essaieront de sauver le maximum de personnes.



(13) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 265.

(14) Davidson, Phillip. Pages 258 et 260.

(15) Pierre Schoendoerffer, Dien Bien Phu, 1991.

(16) Davidson, Phillip. Page 260.



7° Assaut final (1er-7 mai 1954).

Les Bodoïs lancent l'attaque finale contre les défenseurs français épuisés dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1954. Ils emportent Eliane-1, Dominique-3 et Huguette-5. Eliane-2 parvient à résister et refoule les vagues d'assaut ennemies.

Le 6 mai 1954, le Vietminh lance une autre attaque massive contre Eliane-2. Au cours de cet assaut, le Vietminh emploit pour la première fois des fusées Katioucha. (17)

L'artillerie français innove également: elle met au point les tirs de saturation TOT (Time On Target), où les obus des différentes batteries d'artillerie arrivent au même moment sur leurs objectifs. Ces barrages d'artillerie en général causent des ravages dans les rangs de l'infanterie ennemie et brise les attaques du Vietminh. (18)

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, vers 2h du matin, les Bodoïs qui ont creusé des galleries souterraines sous Eliane-2 et les ont bourré d'explosif, font sauter littéralement le sommet de la position française. Sur les autres points d'appui, les vagues d'assaut de l'infanterie Vietminh se succèdent sans arrêt et, peu à peu, les défenseurs sont submergés. (19)

A l'aube du 7 mai 1954, Giap ordonne une ultime attaque massive contre le reste du camp retranché français. Vers 17h, Christian De Castries envoit un dernier message radio au GQG français à Hanoi: "Les Viets sont partout. La situation est très grave. Les combats sont confus et je sens qu'ils approchent. La fin est imminente, mais nous combattrons jusqu'au bout..."

Le général René Cogny lui répond: "Bien compris. Vous combattrez jusqu'à la fin. Il est hors de question de hisser le drapeau blanc après votre résistance héroïque." (20)

En fin de journée, c'est la fin: toutes les positions centrales françaises ont succombé. Les défenseurs d'Isabelle qui tiennent encore, 4km au sud du PC-GONO, effectuent une sortie pour échapper à l'encerclement du Vietminh. Seuls 70 survivants, sur une garnison initiale d'environ 1,700 hommes, parviendront à s'échapper et à gagner le Laos. (21)

Photo ci-dessous: les soldats Vietminh de la division 316 investissent le PC-GONO dans la soirée du 7 mai 1954.



(17) Davidson, Phillip (1988), Vietnam at War, New York: Oxford University Press, 1988. Page 236.

(18) Davidson, Phillip. Page 261.

(19) Davidson, Phillip. Page 262.

(20) Time Magazine, The Fall of Dien Bien Phu, 17 mai 1954.

(21) Davidson, Phllip. Page 263.



Bilan de la bataille et camps de rééducation Vietminh.

Dien Bien Phu a été la plus longue et la plus sanglante bataille de l'après Seconde Guerre Mondiale. On estime à près de 25,000 le nombre des Bodoïs tués pendant le siège, entre le 13 mars et le 7 mai 1954.

L'armée française compte 2,293 tués et 11,721 prisonniers recensé par le Vietminh, dont 4,436 blessés, dans ses rangs. 71% de ces derniers décèderont dans les mois qui suivent en captivité. A l'instar de la Marche de la Mort de Bataan, aux Philippines, ils doivent marcher à travers jungle et montagnes sur 700km, de nuit pour échapper à l'aviation française. Ceux qui sont trop faibles meurent ou sont achevés en chemin. Puis ils sont cantonnés dans des camps en zone frontalière chinoise.

Là, un autre calvaire les attend. Les conditions d'hygiène sont effroyables, et les prisonniers sous-alimentés doivent subir sans arrêt le matraquage de la propagande communiste. Cela se traduisait par des séances d'autocritique où ceux-ci devaient avouer les crimes commis contre le peuple vietnamien (réels ou supposés), implorer le pardon, et être reconnaissant de la "clémence de l'Oncle Ho qui leur laisse la vie sauve."

La majorité des tentatives d'évasion ont échoué, malgré l'absence de barbelés ou de miradors de surveillance. Les distances à parcourir étaient trop grandes pour espérer survivre dans la jungle, surtout pour des prisonniers très diminués physiquement. Ceux qui étaient repris étaient exécutés.

Après la Conférence de Genève, la France et le Vietminh parvinrent à un accords sur le principe d'échange des prisonniers. 3,290 combattants de Dien Bien Phu furent restitués, dans un état squelettique comparable à celui des survivants des camps de la mort nazis, à la Croix-Rouge internationale. Par contre, le destin des 3,013 prisonniers d'origine vietnamienne demeure à ce jour inconnu. (22)

Photos ci-dessous: 1° "Accord de Genève" au Palais des Nations, 21 juillet 1954. Dans l'assemblée, on reconnait les représentants de l'Union Soviétique, Vyacheslav Molotov, et de Grande-Bretagne, Anthony Eden. Les délégués du Vietminh apparaissent de dos, à l'avant plan. 2° Prisonnier de guerre restitué par le Vietminh après les Accords de Genève. 3° Affiche cinéma du film Dien Bien Phu de Pierre Schoenderffer (1992). 4° Signature du Livre d'Or au QG de l'Armée française à Hanoi. 5° PC-GONO aujourd'hui.







(22) Jean-Jacques Arzalier, Les Pertes Humaines, 1954-2004: La Bataille de Dien Bien Phu, entre Histoire et Mémoire, Société française d’histoire d'outre-mer, 2004.


Georges Boudarel, le Camp 113 et le rôle du Parti communiste français.

Né le 21 décembre 1926 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille catholique, Georges Boudarel fait de bonnes études chez les Pères Maristes, puis obtient sa licence de philosophie.

Boudarel prend sa carte du Parti Communiste Français en 1946. Nommé enseignant en Indochine, alors qu'il n'a pas encore effectué son service militaire et se trouve en situation de "sursis", il embarque pour l'Indochine au début d'avril 1948. Débarqué en Cochinchine, il est affecté au Lycée Yersin de Dalat comme professeur de philosophie.

A Saigon, il établit des contacts suivis avec la cellule du Kominform appelée "Groupe culturel marxiste numéro 106". Il remplit diverses missions pour l'Education Nationale: correction du baccalauréat à Hanoi en juin 1949, stage au Collège de Vientiane au Laos en automne 1949, affectation au lycée Marie Curie à Saigon fin 1949.

En 1950, il décide de sauter le pas, écrit-il, et rejoint le maquis vietminh. Il y sert pendant deux ans. Plus tard, il sera appelé sous les drapeaux sur le territoire indochinois et, ne se présentant pas aux autorités militaires françaises, il sera considéré comme "insoumis", et non comme déserteur.

Pendant cette période, il devient membre du Parti Communiste Indochinois d'Ho Chi Minh, qui se transforme peu après, le 3 mars 1951, en Parti des travailleurs (Dang Lao Dong). Il est affecté à la radio "Saïgon-Cholon libre" où il a en charge l'émission en français. Il prend le nom vietnamien de Daï Dong, c'est-à-dire: "Fraternité universelle".

Fin 1951, il est désigné pour servir au Nord en vue de faire de la propagande en faveur de la paix et du rapatriement du Corps Expéditionnaire français (CEFEO) auprès des prisonniers que le Vietminh envisage de libérer pour faciliter la fin des hostilités.

Il se met en route début 1952 et mettra presque un an à rejoindre le Tonkin, en passant par les pistes de montagne de la Cordillère Annamitique, et en évitant soigneusement les forces françaises.

Le 22 décembre 1952, il arrive au Viet-Bac (Zone "libérée" par le Viet Minh) et se voit nommé "Instructeur Politique adjoint" au commissaire politique du Camp 113. Il est assimilé à un chef de compagnie avec une rémunération triple, soit trois kilos de paddy par jour. Le kilo de paddy, riz non décortiqué, est alors l'unité monétaire dans les zones occupées par le Vietminh.

Il arrive le 7 février 1953 au Camp 113, situé à Lang-Kieu, non loin de la frontière chinoise, au sud d'Ha-Giang, dans le bassin de la Rivière Claire (Song Lô), à une vingtaine de kilomètres de Vinh Thuy.

Il y appliquera consciencieusement le programme de lavage de cerveau conçu par le Dich Van, organisme du gouvernement central chargé de la rééducation politique des prisonniers de guerre.

Il mesure parfaitement les absurdités du système, et parfois même son ignominie, surtout lorsqu'il constate le taux très élevé de la mortalité parmi les captifs: 50%, au sujet duquel il alerte sans succès sa hiérarchie. Il écrira par la suite: "Comme les détenus, j'étais prisonnier du système" (Voir son autobiographie).

Il quitte le Camp 113 en février 1954 et se voit affecté à l'émission radio La voix du Vietnam, situé dans un endroit tenu secret du Tonkin.

En octobre 1954, à la suite des Accords de Genève, il rejoint Hanoï où il restera dix ans.

Déçu par l'évolution du régime communiste et les purges de 1955-1956 qu’il décrira plus tard dans un livre témoignage (23), il quitte le Vietnam et se réfugie à Prague en 1964. Il y obtient un poste à l'"Institut d'Etudes Orientales", puis il entre comme rédacteur à la "Fédération Syndicale Mondiale". Il découvre alors la sclérose du système communiste dénoncé par Nikita Krouchtchev.

Entre temps, en France, il a été condamné à mort pour "insoumission et désertion". Le 17 juin 1966, à Paris, l'Assemblée Nationale vote la loi d'amnistie relative aux infractions commises en relation avec les évènements d'Algérie. Un amendement communiste constitue l'article 30 de cette loi. Il stipule que "sont amnistiés de plein droit tous crimes et délits commis en liaison avec les évènements consécutifs à l'insurrection vietnamienne, et antérieurement au 1er octobre 1957".

Georges Boudarel profite de ces dispositions pour rentrer en France après dix-huit ans d'absence qu'il qualifiera pudiquement, par la suite, de "voyage d'études en Extrême-Orient". Il reprend une vie normale sans être ennuyé, y compris en ce qui concerne son service militaire qu'il n'a pas encore effectué. Grâce à l'amnistie, il est redevenu simple sursitaire. Le réalisme politique prévalant, il en est "exempté pour raison médicale".

Il entre à l'université Jussieu-Paris-7, dès sa création en 1970, et y devient maître de conférence d'Histoire. Il milite pendant un temps au sein du "Front de solidarité Indochine" trotskiste, puis fait deux courts séjours au Vietnam en 1978 et 1989.

Il prend position contre le régime d'Hanoï dont il dénonce les méthodes d'endoctrinement et le système en publiant un second livre. (24)

Il vivra tranquille jusqu'à la fin de sa vie. Le 13 février 1991, au cours d'un colloque organisé au Sénat par le "Centre des Hautes Etudes sur l'Afrique et l'Asie Modernes", il doit prendre la parole. Il est alors pris à partie par Jean-Jacques Beucler, ancien ministre et ancien député, qui a été lui-même captif en Indochine quatre ans durant et parle au nom des nombreux anciens prisonniers du Vietminh qui l'entourent.

Ainsi débute "l'Affaire Boudarel". Boudarel, qui est accusé de "torture envers des prisonniers de guerre français", sera soutenu par de nombreuses personnalités de gauche, au nombre desquelles Pierre Vidal Naquet, qui, sans pour autant l'exonérer, "refuse de cautionner, même par un simple silence, la chasse à l’homme qui est en train de se dérouler" (Le Monde, 23 mars 1991).

Plus tard, il quittera le Parti Communiste Français, déclarant au journal Le Monde en 1991: "J'étais stalinien, je le regrette à 100%..." C'était bien tard...

Il cesse d'exercer à Jussieu en 1992, date de son départ à la retraite. Il s'éteint paisiblement le 26 décembre 2003 à l'âge de 77 ans.

Biographie de Boudarel

Georges Boudarel (Wikipedia.org)


(23) Georges Boudarel, "Cent fleurs éclosent dans la nuit du Vietnam", Jacques Bertoin, 1991.

(24) Georges Boudarel, "La bureaucratie au Vietnam", L'Harmattan, 1983.



Opération Vulture: participation américaine à la bataille.

En vertu de la Loi d'Assistance et de Défense Mutuelle (Mutual Defense Assistance Act), les Etats-Unis fournissent déjà le Corps Expéditionnaire français en matériel depuis 1945. Aide matérielle consistant principalement en avions B-26 Invader, P-63 Airacobra, C-47 Skytrain, F6F Hellcat, F8F Bearcat, Vought F4U Corsair, SB2C Helldiver et Douglas A-1D Skyraider. En outre, 34 pilotes de la Civil Air Transport (CAT), la compagnie aérienne des Tigres Volants créée par Claire Chennault et affraitée par la CIA, effectuent des vols au-dessus de la "Cuvette" dès novembre 1953.

Le 31 mars 1954, après la chute des positions Beatrice, Gabrielle et Anne-Marie, un groupe de sénateurs et de représentants du Congrès américain soumettent la question d'une éventuelle participation, active et directe, des forces armées américaines au chef d'état-major adjoint interarmes (Chairman of the Joint Chiefs of Staff), l'amiral Arthur W. Radford.

Après la demande d'assistance d'Henri Navarre, Radford fournit aux Français deux squadrons de B-26 Invader. 34 de leurs équipages américains accompliront 682 sorties de bombardements des positions Vietminh jusqu'à la fin. Mais Radford avoue qu'il est désormais trop tard pour que l'US Air Force sauve le camp retranché français.

Dès le début de l'opération Castor, en novembre 1953, le général Chester McCarty fournit aux Français douze C-119 Flying Boxcar de transport pour convoyer les parachutistes français sur zone. Ceux-ci serviront pendant toute la durée de la bataille de Dien Bien Phu, et deux aviateurs américains, Wallace Bufford et James McGovern, Jr, seront tués en service commandé de la France.

Le 20 février 2005, les sept derniers pilotes américains de la CAT ou de la CIA encore en vie qui ont participé à la bataille de Dien Bien Phu, sont décorés du titre de "Chevalier de la Légion d'Honneur", la plus haute distinction française, par Jean-David Levitte, l'ambassadeur français aux Etats-Unis. (24)

L'écrivain français Jules Roy suggère également que l'amiral Arthur Radford discuta avec l'état-major français la possibilité d'utiliser des armes atomiques (une des options envisagées par l'opération Vulture), larguées par des B-29 sur les positions et les voies de ravitaillement du Vietminh autour de Dien Bien Phu. Mais cette option aurait été finalement rejettée par le gouvernement français.

On rapporte que John Foster Dulles, alors Secrétaire d'Etat du président Dwight Eisenhower, aurait également envisagé l'utilisation d'armes nucléaires tactiques. Et d'autres sources encore prêtent un avis similaire au Ministre britannique des Affaires Etrangères, sir Anthony Eden.

Photos ci-dessous: 1° Fairchild C-119 Flying Boxcar de la CIA, avec cocardes françaises, ravitaillant Dien Bien Phu. 2° Grumman F8F-1B Bearcat de l'Armée de l'Air, Groupe de Chasse GC 1/22 Saintonge, à Dien Bien Phu en janvier 1954. 3° F4U-7/AU Corsair du Marine Attack Squadron VMA-324 sur le pont du USS Saipan, au large de Tourane (Da Nang), porte-avions "prêté" à la marine française en avril 1954 pour aider le camps retranché.





(24) France to Fete American Pilots, Los Angeles Times, Feb 20, 2005.


Article modifié le 25 février 2017.


Sources principales:

• Battle of Dien Bien Phu (Wikipedia.org)
• Chemin de mémoire - La Bataille de Dien Bien Phu (gouv.fr)

7 mars 1945 - Allemagne: capture du pont Ludendorff à Remagen

La prise du pont de chemin de fer de Remagen, sur le Rhin, en début d'après-midi du 7 mars 1945, est un extraordinaire coup de chance pour les Alliés, un évenement inattendu qui va complètement bouleverser les plans d'opérations du général Dwight D. Eisenhower. Tard dans la matinée de ce 7 mars, des véhicules de reconnaissance appartenant à la Compagnie Able du 14ème Bataillon de chars, une unité intégrée au sein du Combat Command B de la 9ème Division blindée "Phantom" du III Corps de l'US Army, et commandée par le lieutenant Karl H. Timmermann, débouchent des bois de l'Eifel (prolongation des Ardennes en Allemagne) sur un chemin secondaire qui surplombe le Rhin, en face de la ville de Remagen.

Au premier coup d'oeil vers le fleuve, Timmermann et ses hommes restent ébahis, incrédules et n'en croient pas leurs yeux: il y a un pont qui enjambe le Rhin, un pont encore intact! Et surmonté d'une double voie ferrée qui franchit le fleuve. Inscription sur la photo ci-dessous: "Vous traversez le Rhin à pied sec grâce à la 9ème Division blindée."




Le spectacle est inattendu et spectaculaire, et même sans aucun doute unique dans le paysage allemand de mars 1945. En effet, depuis le début de l'année, les responsables allemands des points de passage sur le Rhin ont reçu l'ordre formel d'Adolf Hitler de faire sauter les 47 ponts (22 routiers et 25 ferroviaires) immédiatement après que les troupes allemandes auront atteint la rive orientale du fleuve: aucun de ces ouvrages ne doit, sous peine de mort du responsable, tomber intact aux mains des Alliés. La double voie ferrée sur le pont Ludendorff de Remagen conduit, sur la rive orientale, à un tunnel traversant une colline, le Erpeler Ley, et dans lequel sont entassés civils et militaires allemands en déroute. Pourquoi le pont est-il encore intact à ce jour? Personne ne connait la réponse. Ce mystère s'explique peut-être par le retard dans les opérations d'évacuation de la population civile de la rive gauche du Rhin qui n'a pas permis de le détruire en temps voulu. Peut-être aussi les Américains sont-ils arrivés plus tôt que les Allemands ne le prévoyaient.

Photo ci-dessous: vue du pont Ludendorff de Remagen, depuis le sommet de l'Erpeler Ley, après sa capture. Le soldat dont le cliché est pris de dos est Don Feltner, du 66ème Bataillon de Tank Destroyer affecté à la 9ème Division blindée.



Situation générale des fronts alliés début février 1945.

En ce début de février 1945, après la conclusion de la Bataille des Ardennes et l'élimination du saillant allemand, la situation du front est redevenu stationnaire sur le front Ouest. Les Anglo-Américains sont pratiquement revenus sur les positions qu'ils occupaient à la veille de l'Opération Wacht am Rhein, le 15 décembre 1944, le long de la Ligne Siegfried. Le Troisième Reich en est désormais réduit à défendre le "Réduit National". Les Allemands occupent de solides positions de défense. A l'est, ils sont disposés le long de l'Oder-Neisse. A l'ouest, ils bénéficient des défenses et installations de la Ligne Siegfried, sur toute la largeur du front, des Pays-Bas à la frontière suisse.

A l'Est, comme prévu, l'Armée Rouge exécute la Campagne Vistule-Oder. Elle s'élance le 12 janvier de la Vistule, en Pologne, et en moins d'un mois, au terme d'une offensive foudroyante, elle franchit 480km et atteint la frontière orientale de l'Allemagne et l'Oder. Le 2 mars, sur la rive de l'Oder, elle se trouve à 70km de la capitale ennemie et, épuisée, elle marque le pas. Désormais, sa priorité est de nettoyer les poches de résistance qu'elle a laissé derrière elle, de conquérir les pays Baltes et la Prusse-Orientale.

Photo ci-dessous: offensive foudroyante de l'Armée Rouge en Pologne (12 janvier - 2 février 1945). Un ISU-122 traverse la ville de Lodz.


Après l'échec de l'opération Market-Garden, les Alliés s'interrogent sur la manière de donner le coup de grâce au Troisième Reich et d'envahir le coeur de l'Allemagne. Contrairement à septembre 1944, où le maréchal britannique Bernard L. Montgomery avait "imposé" une offensive en un seul point du front pour atteindre le coeur industriel de l'Allemagne, la Ruhr, le Commandement Suprême Allié (SHAEF) du général américain Dwight Eisenhower se décide cette fois pour une offensive générale sur l'ensemble du front.

Carte ci-dessous: situation du front occidental le 8 février 1945.



Opérations Veritable, Grenade et Lumberjack: la Course au Rhin (Rhineland Run).

1° Opération Veritable.

Comment donner le coup de grâce au Troisième Reich sur le Front Occidental? Au nord, dans le secteur anglo-canadien du XXIème Groupe d'Armées opposé à la 1ère Armée allemande de parachutistes de Kurt Student, l'état-major de Montgomery met au point les Opérations Veritable et Grenade. Depuis la région de Nimegue-Groesbeek, la 1ère Armée canadienne du général Henry Crérar, avec les divisions du XXX Corps britannique, exécute l'opération Veritable. Elle doit attaquer et percer les lignes allemandes vers le sud-est à travers la zone forestière du Reichswald, en direction de Xanten où, dans un large mouvement d'enveloppement, elle effectuera sa jonction avec la 9ème Armée américaine du lieutenant-général William H. Simpson (Opération Grenade).

L'offensive anglo-canadienne débute le 8 février, mais la 1ère Armée canadienne doit affronter des obstacles naturels, des terrains détrempés et gorgés d'eau, et avance à l'allure d'escargots. Elle prend du retard sur l'horaire programmé. Elle perce la ligne Siegfried le 10 février, mais il lui faudra au moins deux semaines pour franchir le Reichswald.

Photo ci-dessous: en février 1945, la 1ère Armée canadienne pénètre en Allemagne et franchit le Reichswald.





2° Opération Grenade.

La 9ème Armée américaine doit pour sa part attaquer vers nord-est et franchir les barrages de la Roer. Initialement programmée le même jour que l'offensive anglo-canadienne, en raison de pluie, de la boue et du dégel, l'offensive de Simpson est reportée au 23 février. Le double objectif sur la Roer n'est finalement rempli qu'à moitié: si les Américains arrivent bien à s'emparer du barrage de l'Urft, les Allemands ont cependant le temps de saboter celui de Schwammenauel. Le retard pris tant par les Anglo-Canadiens que par les Américains permettent à la plupart de forces allemandes d'effectuer une retraite et d'échapper à la manoeuvre d'encerclement des Alliés.

Photo ci-dessous: fantassins de la 30ème Division d'infanterie américaine, appuyée par des chars Sherman, pendant l'Opération Grenade (février 1945).



3° Opération Lumberjack.

L'offensive de la 1ère Armée américaine du lieutenant-général Courtney H. Hodges, qui fait face grosso-modo à la 15ème Armée Allemande de Gustav-Adolf von Zangen et à l'aile droite de la 5ème Panzerarmee de Hasso von Manteuffel, démarre le 21 février 1945, sous de bien meilleures hospices que les unités du XXIème Groupe d'armées. Elle avance très facilement, en rencontrant peu d'opposition, vers l'est et le sud-est, direction Dusseldorf, Cologne et Coblence, sur le Rhin. L'objectif intermédiaire, la Roer, est franchie le 1er mars. Les unités allemandes des LXXXI Korps (9ème et 11ème Divisions panzers, 476ème, 363ème et 59ème Divisions d'infanterie) et LVIII Panzerkorps (353ème et 12ème Divisions d'infanterie, 3ème Division de Panzergrenadiers) refluent précipitament et en désordre vers le Rhin.

La 1ère Armée américaine comprend, de gauche à droite, les VII Corps (99ème, 104ème et 8ème Divisions d'infanterie, 3ème et 4ème Divisions blindées), III Corps (1ère et 9ème Divisions d'infanterie, 9ème Division blindée), et enfin V Corps (28ème, 69ème et 106ème Divisions d'infanterie).

Carte ci-dessous: avance de la 1ère Armée américaine vers le Rhin (1er-7 mars 1945):


Plus au sud, encore, la célèbre 3ème Armée américaine du lieutenant-général George Patton avance dans la Sarre, nettoie les rives de la Moselle, et atteint le Rhin le 10 mars. Dans le secteurs de la 1ère Armée française, le général de Lattre de Tassigny termine le nettoyage de la poche allemande de Colmar.

Le 4 mars 1945, les Américains de la 1ère Armée capturent Euskirchen. Le lendemain, ils atteignent Cologne, où ils doivent se livrer à de durs combat de rue. Plus au sud, dans la zone d'opération du III Corps, l'élément de pointe, le CCB de la 9ème Division blindée Phantom, s'approche de la ville de Remagen, l'atteignant à l'aube du 7 mars.

Photo ci-dessous: épave d'un char Panther devant la cathédrale de Cologne, le 6 mars 1945.




Capture du pont Ludendorff.

1° Approche du pont: la "Bataille de Remagen".

Dans les premières heures de la matinée du 7 mars 1945, les véhicules de la Compagnie A du 14ème Bataillon de chars, commandée par Karl H. Timmermann, débouchent de la forêt sur une hauteur surplombant la ville de Remagen, située sur le Rhin à environ mi-distance entre Cologne et Coblence. Les Américains sont sidérés par ce qu'ils contemplent: la vue sur le pont Ludendorff intact est spectaculaire. La nouvelle ne tarde pas à remonter toute la chaîne de commandement de la 9ème Division blindée, sous les ordres du major-général John W. Leonard. Les ordres initiaux, qui sont de ne s'emparer que de la ville, puis de rejoindre la 3ème Armée de Patton dans la région de Coblence, plus au sud, changent totalement: il faut maintenant s'emparer le plus vite possible du pont, car des prisonniers et des déserteurs allemands ont indiqué que le commandand du secteur Remagen, le major Hans Scheller, a l'intention de faire sauter le pont à 16h.


A 9h, le brigadier-général Thomas L. Harrold, à la tête du Combat Command B, ordonne donc au lieutenant-colonel Leonard E. Engeman, commandant du 14ème Bataillon de chars, de constituer une Task Force pour s'emparer de l'ouvrage. Cette Task Force consiste en un peloton du 89ème Escadron de reconnaissance, avec quelques M8 Greyhound, de la Compagnie A du 27ème Bataillon d'infanterie blindée, équipé de M3 Half-Track et commandé par le major Murray Deevers, d'un peloton de la compagnie B du 9ème Bataillon du génie blindé, dirigé par le lieutenant Hugh Mott, et enfin des trois compagnies du 14ème Bataillon de chars, commandés respectivement par les lieutenants Karl H. Timmermann, Jack Liedke et William E. McMaster.

Timmermann, qui est lui-même d'origine allemande, est né à Frankfurt-sur-le-Main en 1922, à 160km au sud-est de Remagen, et a immigré aux Etats-Unis en 1924. A 22 ans, il a été promu la veille, le 6 mars, au commandement de la Compagnie Able du 14ème Bataillon de chars. Cette unité est le fer de lance de la Task Force Engeman chargée de s'emparer de l'ouvrage, laquelle compte des M4 Sherman et 4 nouveaux chars lourds M26 Pershing, dont elle va tirer grandement profit. Répartis en colonnes sur trois axes différents de progression, les hommes de Timmermann profitent du chaos provoqué par leur arrivée pour traverser la ville de Remagen, pratiquement sans opposition exceptés quelques foyers de résistance ici et là, la grande majorité des Jeunesses Hitleriennes et les vieillards de la Volksturm stationnés dans la ville ayant fuit en franchissant le pont au cours des jours précédents. Les Américains sont davantage gênés par les manoeuvres des chars dans les petites rues étroites, que par la résistance ennemie elle-même, et perdent du temps pour arriver jusqu'à l'ouvrage.

Photo ci-dessous: en 2014, la stèle commémorative du lieutenant Karl H. Timmermann (tué le 21 octobre 1951 en Corée), à West Point dans le Nebraska, où il suivit sa scolarité.



A 15h, un des trois pelotons de Timmermann, commandé par le sous-lieutenant Emmett James "Jim" Burrows, et les quatre Pershing arrivent aux pieds des deux grandes tours qui gardent l'entrée du pont, mais une grande explosion secoue l'air: les sentinelles alllemandes qui gardent l'entrée nord du pont ont eu, avant de se réfugier dans le tunnel, le reflexe d'actionner le dispositif de destruction des deux pilliers massifs soutenant l'ouvrage, une heure avant sa destruction programmée. Mais inexplicablement, seule une partie des explosifs ont fonctionné, creusent un énorme cratère à travers le plancher du pont, au niveau du pilier nord (1).



2° La prise du pont.

Mais une fois la fumée de l'explosion dissipée et la poussière retombée, le pont est toujours là, apparemment sans dommages sérieux apparents, excepté l'énorme trou dans le plancher au niveau du pilier nord. A 15h30, Timmermann ordonne l'assaut. Un énorme cratère sur le chemin bloquant l'entrée du pont aux véhicules, lui et ses hommes doivent traverser l'ouvrage à pieds en courant, en s'abritant derrière ses structures métalliques, et rejoignent très vite la rive opposée du fleuve, sous le tirs de mitrailleuses ennemies placées sur une barge au voisinage du pont et dans les tours de garde. Tandis que des civils allemands disparaissent dans le tunnel et que les GIs traversent le pont, en éliminant les postes de mitrailleuses ennemies dans les tours, trois artificiers du 9ème Bataillon du génie, le lieutenant Hugh Mott lui-même, les sergents John Reynolds et Eugene Dorland, profitent de la confusion et parviennent à couper les fils du second détonateur qui n'a pas fonctionné et des petites charges placées sur toute la longueur sous le plancher du pont. Le sergent Alexander A. Drabik, du peloton Burrows, est le premier soldat américain à poser les pieds sur la rive opposée du Rhin, après avoir parcouru au pas de charge les 117 mètres de l'ouvrage. Il est également le premier militaire étranger à franchir le fleuve mythique depuis les guerre napoléoniennes.

Photos ci-dessous: 1° Pont de Remagen. On distingue les dommages causés à la structure par l'explosion au niveau du pilier nord. 2° Le sergent Alex Drabik est le premier soldat américain à traverser le pont de Remagen, en cet après-midi du 7 mars 1945. Il est décoré de la Distinguished Service Cross (DSC).




Le pont ferroviaire de Remagen, bien qu'endommagé, vient de tomber en moins d'une demi-heure aux mains des Américains, pratiquement sans livrer le moindre combat. La nouvelle de sa prise et de la traversée du Rhin à Remagen fait rapidement le tour du front et remonte toute la chaine de commandement alliée, suscitant partout une très vive surprise, particulièrement au GQG des forces expéditionnaires alliées en Europe (SHAEF), à Versailles. Eisenhower, lorsqu'il en est informé dans la soirée, modifie complètement ses plans d'opérations, pourtant complexes et très rigides, et ordonne au général Omar Bradley, commandant du XIIème Groupe d'armées, dont dépend la 1ère Armée américaine de Hodges, de faire converger toutes ses divisions vers un unique point. De les faire traverser le Rhin sur le pont Ludendorff.

Pendant quinze jours, fait unique dans la mémoire collective des riverains, les civils allemands, stupéfaits et incrédules, vont voir défiler dans leurs rues toute la panoplie du "Charodrome" américain: chars, half-track, obusiers automoteurs, jeeps, engins du génie, etc. Des véhicules de toutes sortes et de toute taille, roulant au pas, pare-choc contre par pare-choc, jours et nuits sans interruption pendant deux semaines. Ce qui constitue pour la police militaire chargée de regler le traffic routier, de véritables casse-têtes.

Photos ci-dessous: 1° Vue du pont Ludendorff du côté nord, après sa capture par la 9ème Division blindée. 2° Entrée du tunnel sous l'Erpeler Ley.




Dans la soirée de ce 7 mars, 8,000 soldats américains auront réussi à traverser le Rhin sur le pont Ludendorff. Par une extraordinaire faculté d'adaptation, les Américains sont ainsi en mesure d'exploiter totalement la chance inouïe qui leur est offerte. La 9ème Division blindée établit sans délai une solide petite tête de pont au-delà du Rhin.

Photo ci-dessous: travaux de consolidation du génie pontonnier américain, quatre heures avant l'effondrement du pont.


L'incroyable nouvelle arrive également au bunker de la Chancellerie, à Berlin, où la fureur d'Hitler est indescriptible. Avec une court martiale itinérante et improvisée, il fait condamner à mort et fusiller quatre officiers: les trois majors Hans Scheller, August Kraft et Herbert Strobel, le lieutenant Karl Heinz Peters. Un cinquième, capturé par les Américains, est jugé et condamné à mort par coutumace: le capitaine Willi Bratge.

Le commandant en chef du front Ouest (OB-West), le maréchal Gerd von Rundstedt, considéré comme responsable de ce "catastrophique évenement", est relevé le 10 mars de ses fonctions et remplacé par le maréchal Albert Kesselring, rappelé d'Italie. "C'est un homme fini, je ne veux plus en entendre parler", déclare Hitler.

Très utile et efficace, surtout du point de vue psychologique, la conquête du pont de Remagen ne constitue pas pourtant un épisode décisif dans le déroulement de l'offensive alliée: en effet, un seul pont sur le Rhin ne représente pas en soi une solution stratégique. Il faudra encore beaucoup d'efforts et d'autres têtes de pont dans les jours qui suivent, en amont et en aval de Remagen, pour que les Alliés puissent franchir en force le Rhin, dernier obstacle naturel pour pénétrer dans le coeur de Allemagne. Les Allemands, conscients de l'importance de l'ouvrage, lanceront plusieurs attaques aériennes dans le but de le détruire à tout prix, mais sans succès. Y compris avec les nouveaux bombardiers à réaction Arado Ar-234 et 11 fusées V2.

Vidéo ci-dessous: Prise du pont de Remagen par la compagnie du lieutenant Timmermann. Documentaire Nat Géo Channel (2014).


Dessin ci-dessous: des bombardiers à réaction Ar-234 attaquent le pont de Remagen.


Le 17 mars 1945, dix jours après sa capture par la 9ème Division blindée, l'ouvrage s'écroule tout seul dans le Rhin. Mais pour les Allemands, il est désormais trop tard.



(1) A l'origine, les artificiers allemands devaient installer 600 kg d'explosif militaire. Mais en raison des pénuries et de la confusion, ils installèrent à la place 300kg de charges industriels, la donarite (mélange nitrate ammonium), à l'efficacité moindre, qu'ils doivent répartir sur les deux piliers. Seul le détonateur de la charge du pilier nord fonctionne.


Ruines du pont Ludendorff aujourd'hui.

Aujourd'hui, du pont Ludendorff ne subsistent plus que les quatre tours de garde. Un musée de la paix se trouve depuis le 7 mars 1980 à l'intérieur des deux tours situées sur la rive occidentale, du côté de la ville de Remagen. L'initiateur de ce musée était l'ancien maire de la ville, Hans Peter Kürten, qui vendit pour la première fois le 7 mars 1978 des pierres du pont en tant que souvenirs. Cette action connu un écho important et c'est avec les recettes de la vente de ces pierres et de nombreuses photos d'époque qu'il est parvenu à rassembler les fonds nécessaire à l'aménagement du musée.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La campagne d'Allemagne 1945 - 2° Bataille de Berlin.













Article modifié le 7 mars 2020.


Sources principales:
• Luddendorf Bridge (Wikipedia.org)
• Operation Lumberjack (Wikipedia.org)

Guerres en ex-Yougoslavie - Pour se souvenir de Vukovar, Srebrenica et Sarajevo

Quelques rappels de faits historiques étayés et de commentaires personnels pour tenter d'expliquer que le barbarisme et la monstruosité du nationalisme d'extrême-droite ne sont pas morts en 1945 dans les ruines de Berlin. Je vais relater ici quelle fut l'horreur de la purification ethnique planifiée et pratiquée par les Serbes, avec l'aide de l'Armée Fédérale Yougoslave (JNA) de Slobodan Milosevic, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo.

J'expliquerai comment, encore une fois, l'ONU, l'opinion publique internationale et les divers gouvernements de la Communauté européenne, pourtant toujours si prompts à dénoncer les "crimes" d'Israel au Moyen-Orient, baissèrent les bras et contemplèrent pratiquement sans réagir le dernier conflit ethnique et religieux européen du 20ème siècle, images de colonnes de réfugiés, de massacres et de "camps de concentration" que le monde entier n'avait plus vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale... Jusqu'à l'intervention directe de l'administration Clinton et des forces armées de l'OTAN dans les Balkans à la fin de l'année 1995.




Plan d'ensemble général et table des matières.

1° [Blogosphère Mara] Origine et causes des conflits de l'ex-Yougoslavie

2° [Blogosphère Mara] Conflit en Croatie (1991-1995)

3° [Blogosphère Mara] Conflit en Bosnie-Herzégovine (1992-1995)

4° [Blogosphère Mara] Conflit au Kosovo (1998-1999)



Raisons et causes des conflits dans l'ex-Yougoslavie.

Pour mieux comprendre le comment et le pourquoi de cette tragédie, il faut se replonger dans l'histoire de la République Fédérale Populaire de Yougoslavie, fondée par le Croate Jozip "Tito" Broz en 1945, et gouvernée par le Parti Communiste yougoslave.

La République Fédérale Populaire de Yougoslavie (RFPY) est le nom de l'Etat socialiste de Yougoslavie à partir du 29 novembre 1945, lors du premier rassemblement du parlement à Belgrade. Son premier président est Ivan Ribar et le Premier ministre Josip Broz. En 1953, Tito est élu à la présidence.


Le 31 janvier 1946, la constitution de la RFPY voit le jour et créé six Républiques.

  1. République socialiste de Bosnie-Herzégovine. Capitale: Sarajevo.

  2. République socialiste de Croatie. Capitale: Zagreb.

  3. République socialiste de Macédoine. Capitale: Skopje.

  4. République socialiste de Monténégro. Capitale: Titograd (aujourd'hui Podgorica).

  5. République socialiste de Serbie. Capitale: Belgrade. Incluant:
    • Province socialiste autonome du Kosovo. Capitale: Pristina.
    • Province socialiste autonome de Voïvodine. Capitale: Novi Sad.

  6. République socialiste de Slovénie. Capitale: Ljubljana.


Les cinq premières années d'existence de l'Etat communiste yougoslave voient se développer la répression contre les opposants: Eglises, mouvements nationalistes tant croates que serbes.

A la différence des autres Etats d'Europe Centrale et de l'Est, la Yougoslavie a la possibilité de se détacher de la tutelle et de l'influence de Moscou. Elle n'est ni membre du Pacte de Varsovie, ni membre de l'OTAN, et initie le mouvement des Etats non-alignés avec Gamal Abdel Nasser et Jawaharlal Nehru.

La modification la plus significative de ses frontières a lieu en 1954 lorsque le territoire libre de Trieste est dissous par le traité d'Osimo. La "zone-B" de 515.5km² du territoire, déjà occupée par l'armée populaire yougoslave, intégre la RFPY.

Le 7 avril 1963, la RFPY est renommée République Fédérale Socialiste de Yougoslavie (RFSY). Cet Etat communiste, tout comme la RFPY, s'étend sur les territoires des Etats, aujourd'hui indépendants, de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Kosovo, de République de Macédoine, de Serbie, du Monténégro et de Slovénie.

En 1979, Tito est élu Président à vie. Mais il meurt l'année suivante, le 4 mai 1980. Les tensions communautaires entre les différentes Républiques de la SFRY et différents groupes ethniques, et plus particulièrement entre Serbes et Albano-Kosovars, s'accroissent alors. Si bien qu'en 1991, la Croatie, la Slovénie, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine font sécession, provoquant avec l'armée fédérale de Yougoslavie (JNA), contrôlée par les Serbes, plusieurs conflits armés (1991-1999).

Après les Accords de Paix de Dayton, en 1995, la Yougoslavie ne compte plus que deux républiques: la Serbie et le Monténégro, qui formeront la République Fédérale de Yougoslavie (RFY). Celle-ci sera dissoute et renommée Communauté d'Etats Serbie-et-Monténégro en 2003.

Puis cette communauté éclate à son tour, en se séparant en deux Etats totalement indépendants le 3 juin 2006, après la proclamation de l'indépendance du Monténégro suite à un référendum populaire.


Slobodan Milosevic et le Parti communiste de Serbie (1984-1992).

Slobodan Milosevic, parfois orthographié Slobodan Milosevitch, nait le 20 août 1941 à Pozarevac, en Serbie, et décède d'un infarctus du myocarde le 11 mars 2006 à Scheveningen, aux Pays-Bas, pendant son procès au Tribunal Pénal International de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), où il est jugé pour crime de guerre, crime contre l'humanité et crime de génocide, pour son rôle actif et sa responsabilité dans les conflits qui ont ensanglanté les Balkans de 1991 à 1999. Il est inhumé une semaine plus tard, le 18 mars, dans sa ville d'origine.

Milosevic commence à s'intéresser à la politique en 1959 pendant ses études à la Faculté de droit de l'Université de Belgrade, et rejoint la branche estudiantine de la Ligue des Communistes de Yougoslavie. Durant cette période universitaire, il fait la connaissance et devient un des plus proches amis d'Ivan Stambolic, dont son oncle Petar occupe le poste de Premier ministre communiste de Serbie.

En 1964, il termine ses études de droit. Il travaille d'abord dans l'industrie (Technogaz), où Stambolic est également employé, et devient le PDG de cette société en 1973. Avant de se spécialiser dans la finance, où il exerce de 1978 jusqu'en 1983 la fonction de directeur de la Beogradska Banka (ou Beobanka), la "Banque de Belgrade".

Milosevic entame sa carrière politique le 16 avril 1984 lorsqu'il est élu pour un mandant de deux ans président du Commité du Parti Communiste de Belgrade. Il fomente un coup d'Etat, évince et remplace deux ans plus tard, le 28 mai 1986, son ami de longue date Ivan Stambolic, à la tête du Comité Central du Parti Communiste de Serbie, et est réelu à ce même poste en 1988.


Hors des frontières de la Yougoslavie, il commence à faire parler de lui en 1987, lorsqu'il déclare publiquement devant les médias internationaux son soutien à la minorité serbe du Kosovo qui, dit-il, subit "l'oppression du gouvernement serbe de la province du Kosovo, dominé par la majorité albano-kosovar", élevée par la Constitution yougoslave au rang de nationalité, majorité composant alors 88% de la population de cette province autonome.

Le 8 mai 1989, Milosevic est élu Président de Serbie et avance ses idées prônant un nationalisme ethnique. Il décide de "mettre au pas" le Kosovo en annulant toute les mesures autonomistes prises par Tito depuis 1945. Le Communisme étant en déliquescence dans tous les pays de l'Europe de l'Est, il transforme en 1989 le Parti communiste de Serbie en Parti socialiste. Il préside également au changement de la Constitution qui lui permet de se donner des pouvoirs accrus.

Dans l'opposition serbe et y compris dans son propre parti, certaines voix commencent à s'élever contre la menace nationaliste (1), mais le 20 décembre 1992, il est réélu à la présidence, cette fois au suffrage universel direct. Mis en cause par la justice serbe dans des affaires de corruption, de fraudes électorales (les élections de septembre 2000) et d'abus de pouvoir, il est arrêté à Belgrade le 31 mars 2001.

Le 28 juin suivant, la Court Pénale Internationale ayant émis un mandat d'arrêt à son encontre pour sa responsabilité dans le déclenchement et la conduite de la guerre en ex-Yougoslavie, le Premier ministre Zoran Dzindic signe son ordre d'extradition vers La Haye, où il doit répondre devant le TPI des chefs d'accusation de crime de guerre, crime contre l'humanité et crime de génocide. Au cours de son procès, Milosevic meurt d'un infarctus du myocarde dans sa cellule de Scheveningen, aux Pays-Bas, le 11 mars 2006.


(1) Cercle de Belgrade, ou Beogradski Krug. ONG indépendante composée d'intellectuels serbes (philosophes, sociologues, historiens, etc.) défenseurs des Droits de l'homme, opposés au nationalisme et à la politique de Slobodan Milosevic, et fondée en 1991. Le Cercle de Belgrade a publié la revue Republika, organisé des colloques, réunions et prises de positions publiques, édité des ouvrages collectifs dont L'autre Serbie. Certains de ses membres, menacés par la police de Milosevic, ont du s'exiler et ont obtenu l'asile politique à l'étranger, notament en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Quelques membres illustres: Ivan Colovic, ethnologue, écrivain et professeur de littérature serbe né en 1938 et décoré de la Légion d'honneur par Jacques Chirac en 2001. Bogdan Bogdanovic, architecte et ancien maire de Belgrade, décédé à Vienne, en Autriche, le 18 juin 2010. Vidosav Stevanovic, écrivain. Obrad Savic, philosophe, dissident politique et ancien président de l'Association des Etudiants à l'Université de Belgrade, actuel Président du Cercle de Belgrade, et résidant dans le Massachusetts.



Eclatement de la Yougoslavie et guerres successives (1991-1999).

Le 25 janvier 1990, face à l'intransigeance des Serbes lors du 14ème Congrès de la Ligue Communiste de Yougoslavie, les délégations de la Croatie et de la Slovénie, "Etats indépendants et souverains" aux termes de la Constitution du 21 février 1974, déclarent ne plus adhérer à la République Fédérale Socialiste de Yougoslavie et quittent l'Assemblée. Lorsque la dissolution de cette fédération est constatée en janvier 1992, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine refusent de rejoindre l'union de la Serbie et du Monténégro, que Milosevic a constituée en avril 1992 sous le nom de République Fédérale de Yougoslavie (RFY).

Milosevic entreprend alors de "corriger" par la force les frontières de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine, sous prétexte que "les minorités serbes y vivant depuis le 15ème siècle sont menacés". Ces frontières ont été définitivement fixées en 1945 par Tito mais datent pour l'essentiel de plus de deux siècles, et la Constitution de 1974 précise que c'est "dans le cadre des républiques et des provinces autonomes" que les "peuples et les nationalités" exercent leurs "droits souverains".

Il lance donc deux guerres successives de conquête de territoires et d'extermination (ou expulsion) de leurs populations non-serbes: la première en été 1991 contre la Croatie, avec une Armée Fédérale Yougoslave (JNA) dont il a usurpé le commandement. La deuxième en mars 1992 contre les Bosniaques musulmans, derrière le prétexte d'une "insurrection locale" des Serbes contre le gouvernement légal d'Alija Izetbegovic.

A partir de février-mars 1998, dans la vallée de la Drenica, Milosevic entreprend une série de massacres et de tueries au Kosovo (Prekaz Qirez, Likoshan, Izbica, etc.) pour y provoquer une révolte de la population, albanaise à 88%, et ainsi neutraliser l'opposition serbe sous prétexte d'urgence patriotique. En effet, après les accords de Dayton de 1995, la population serbe, lassée des projets de sa "Grande Serbie" ethniquement pure, lui demande des comptes et vote contre lui: son parti perd les élections municipales de novembre 1996, et l'opposition devra manifester jour et nuit jusqu'en février 1997 pour qu'il finisse par reconnaître les vrais résultats. En juillet 1997, il est néanmoins élu à la présidence de la "République fédérale de Yougoslavie" (RFY).

Photo ci-dessous: charnier d'Izbica, au Kosovo, 1999.


Les massacres serbes au Kosovo qui, sous couleur de contre-insurection, ont fait entre 4,400 et 10,000 morts civils et près d'un million de réfugiés kosovars, finissent par convaincre les pays occidentaux, et en particulier les Etats-Unis, au bout de huit années de violences, que l'action militaire contre Slobodan Milosevic est nécessaire. Le 24 mars 1999, l'OTAN ordonne, contre l'opposition de la Russie au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, des frappes aériennes contre la RFY.

L'opération de l'OTAN Allied Force, au bout de 78 jours de bombardements, force Milosevic à signer les accords de Kumanovo le 10 juin 1999, où il s'engage à retirer son armée régulière et ses forces paramilitaires du Kosovo. Le même jour, le Conseil de Sécurité de l'ONU vote la Résolution 1244, qui prévoit une administration provisoire de l'ONU (MINUK) et une présence militaire dirigée par l'OTAN: la KFOR.



Yougoslavie, suicide d'une nation européenne.

Vidéos documentaire de la BBC en six parties datant de 1995 et en version française, très instructives. Elles retracent l'enchainement des évenements et l'histoire entre 1989 et 1995 sur les causes et les responsabilités des guerres en ex-Yougoslavie, des crimes de guerre et génocides planifiés par les Serbes en Bosnie et en Croatie. Les évenements de 1998-1999 au Kosovo n'y figurent cependant pas.













Article modifié le 25 octobre 2019.


Vous pouvez aussi visionner:
• Blogosphère Mara, Guerres en ex-Yougoslavie - Origine et causes
• Blogosphère Mara, Guerres en ex-Yougoslavie - Conflit en Croatie (1991-1995)
• Blogosphère Mara, Guerres en ex-Yougoslavie - Conflit en Bosnie-Herzégovine (1992-1995)
• Blogosphère Mara, Guerres en ex-Yougoslavie - Conflit au Kosovo (1998-1999)


Sources disponibles:

• Socialist Federal Republic of Yugoslavia (Wikipedia.org)
• Breakup of Yugoslavia (Wikipedia.org)
• Yugoslav Wars 1991-1995 (Wikipedia.org)