19-25 août 1944 - Libération de Paris et 2ème Division Blindée française

La libération de Paris est l'aboutissement de la bataille de Normandie. Elle débute dans la nuit du 18 au 19 août 1944, avec le déclenchement du soulèvement de la population parisienne, et se termine le 25 août, date de la reddition du général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire allemand de la ville. Cet évenement marque également le rétablissement de la "République Française" (GPRF) comme gouvernement légitime, la fin de l'AMGOT en France, et le départ du régime de Vichy en exil à Sigmaringen, en Allemagne. Elle sacre le général Charles de Gaulle, qui a incarné pendant quatre ans la poursuite du combat contre le Troisième Reich aux côtés des Alliés, ainsi que les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) et la 2ème Division blindée du général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque.



Contexte historique.

A la mi-août 1944, la stratégie globale des Alliés est de poursuivre ce qui reste de la Wehrmacht en France, en train de retraiter vers l'Allemagne. Le général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces expéditionnaires alliées en Europe (SHAEF), et la plupart de ses subordonnés ne considèrent pas la libération de Paris comme un objectif prioritaire. La principale raison de l'Américain est d'être forcé de livrer de sanglants combats de rue et de rééditer un second Stalingrad ou Varsovie, et il n'ignore pas qu'Adolf Hitler a formellement donné au général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de la région parisienne, l'ordre de détruire la ville plutôt que de laisser les Alliés s'en emparer. Les plans d'Eisenhower sont plutôt de contourner Paris, de traverser la Seine de part à d'autre dans un double mouvement de prise en tenaille, de battre les troupes allemandes de vitesse et de les y encercler.

Carte ci-dessous: "Course à la Seine", l'avance des armées alliées (16-25 août 1944).


De plus, à ses considérations morales, s'ajoutent des problèmes plus pragmatiques, comme le ravitaillement de la ville et le coût logistique que cela entraînerait. Les estimations les plus optimistes des alliés chiffrent à 4,000 tonnes de vivres journaliers les besoins vitaux des Parisiens. Un tel effort aurait pour conséquence de détourner les besoins du front et d'immobiliser ou de ralentir considérablement les divisions alliées, au moment critique où elles éprouvent elles mêmes des difficultés dans leur ravitaillement. Ce qui permettrait ainsi aux troupes allemandes de s'échapper en Allemagne pour se reconstituer.

Mais le général Charles de Gaulle, qui dirige le gouvernement provisoire français (GPRF) et incarne la France Libre, est d'un avis contraire à cette vision. Selon lui, c'est l'attitude passive d'Eisenhower qui laisserait à Hitler l'occasion de détruire Paris. Il ordonne donc à la 2ème Division blindée du général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque de se préparer à faire mouvement de la poche de Falaise vers la capitale, même si pour cela Leclerc doit désobéir à son supérieur hiérarchique direct, le général Leonard T. Gerow, commandant du V Corps américain.

Photo ci-dessous: char M4A2 Sherman "Ile de France", du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique de la 2ème Division blindée française, débarquant du LST-517 sur Utah Beach le 2 août 1944.



Soulèvement de la population parisienne (19-23 août 1944).

A Paris, le pouvoir clandestin français est assumé depuis 1943 par le Conseil National de la Résistance (CNR), présidé par le catholique George Bidault, et secondé par sa commission militaire, le COMAC, sous les ordres du communiste Pierre Villon. Le Comité Parisien de Libération (CPL) est présidé par un autre communiste, André Tollet. Et c'est également un troisième communiste, Henri Tanguy alias "Colonel Rol", un ancien des Brigades Internationales durant la Guerre d'Espagne, qui dirige les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) pour la région parisienne.

Ces organismes sont assistés par le délégué général du GPRF, Alexandre Parodi, et son délégué militaire national en France, Jacques Chaban-Delmas. C'est, comme nous l'avons lu plus haut, l'avance foudroyante des Alliés à la mi-août, qui met à l'ordre du jour l'"épineux problème" de Paris. Dwight Eisenhower se propose de déborder la capitale en franchissant la Seine des deux côtés, de ne pas l'investir tout de suite, de manière à y enfermer les 17,000 hommes du général Dietrich von Choltitz, lequel a reçu d'Hitler en personne l'ordre de résister jusqu'au dernier homme et de préparer la destruction des ponts, des bâtiments officiels et des symboles (Arc de triomphe, Tour Eiffel, Invalides, ...) de Paris.

Mais ni de Gaulle ni Rol-Tanguy ne veulent attendre l'issue des combats et l'avance alliée, attitude passive qui risque selon le premier d'entraîner la destruction de la ville.

Le 10 août 1944, les cheminots de la région parisienne se metent en grève. Ils sont suivis le 15 août par la Préfecture de Police, et le 16 août par les postiers et les Transport en Communs (métro).

Le 16 août 1944, 35 résistants sont victimes d'un piège tendu par un informateur français de la Gestapo, capturés et fusillés par les Allemands dans le Bois de Boulogne.


Le 17 août 1944, le Comité militaire National des Trancs Tireurs et Partisans (FTP), intégrés depuis février 1944 dans les FFI, proclame la "mobilisation générale". Le lendemain, c'est le tour de l'état-major et du reste des FFI. Pierre Laval, le maréchal Philippe Pétain et le gouvernement de Vichy quittent Paris sous escorte allemande, direction Siegmaringen.

Le 18 août 1944, grève générale des PTT.

Photo ci-dessous: camion des FFI, avec le symbole de la "République Libre du Vercors" peint sur les portières. Véhicule exposé à l'occasion du 60ème anniversaire de la Libération de Paris.


Dans la nuit du 18 au 19 août 1944, des milliers d'affiches signés par Rol-Tanguy, proclamant le soulèvement général de la population parisienne, sont apposés sur les murs, les monuments et les troncs d'arbres en peu partout dans la ville.

A l'aube du 19 août 1944, Alexandre Parodi, nommé cinq jours plus tôt "Ministre-Délégué du GPRF à Paris" par de Gaulle, enterine officiellement le soulèvement populaire. Le premier acte de cet insurrection est la prise de la Préfecture de Police de Paris par près de 300 policiers en grève, rejoint par des FFI/FTP. Durant la journée, des embuscades sont tendues par les FFI aux troupes allemandes circulant dans les rues et des escarmouches éclatent un peu partout, le but principal étant de s'emparer des armes et des munitions des soldats allemands capturés ou tués. D'autres résistants en profitent pour s'emparer de l'Hotel de Ville et divers autres bâtiments officiels.

Photo ci-dessous: la Préfecture de Police de Paris, sur la place Louis Lepine, est le premier baptiment officiel capturé par les Résistants français, dans la matinée du 19 août 1944.


Le 20 août 1944, des tranchées sont creusées en arrachant les pavés, et ceux-ci servent à ériger des barricades aux carrefours. Entretemps, la réaction des Allemands ne s'est pas fait attendre: plusieurs chars Panther assiègent la Préfecture. Mais les FFI ne disposent pratiquement d'aucune arme lourde, juste quelques chars légers Somua sortis des musées, et bientôt manquent cruellement de munitions. Si bien que certains membres du CNR entament avec Dietrich von Choltiz, par l'intermédiaire du Consul de Suède Raoul Nordling, des pourparlers en vue d'une trêve.

Photo ci-dessous: général Dietrich von Choltitz en 1940.


Acceptée dans la soirée du 20 août par le CNR, à une faible majorité, cette trêve, où certains membres communistes des FFI y voient une trahison, déclenche une violente dispute entre les différents responsables de la Résistance.

Le 21 août 1944, après une séance particulièrment orageuse, où on a frôlé la rupture, le CNR décide de rompre unilatéralement cette trêve.

Le 22 août 1944, l'insurrection parisienne reprend de plus belle et Paris se couvre de barricades. Ce même jour, pressé par les émissaires envoyés par l'état-major FFI, le haut commandement américain accepte de modifier ses plans et de laisser la 2ème Division blindée française foncer vers la capitale.


"C'est d'accord. Foncez sur Paris!" (22-24 août 1944).

Le 22 août 1944, à Laval, le général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque rencontre l'envoyé spécial de Rol-Tanguy, le capitaine de réserve Roger Cocteau, alias "Commandant Gallois", qui l'informe de la situation dramatique des insurgés FFI et de la population dans la capitale, où l'insurrection, après une brève trève conclue entre la Résistance et le général allemand Dietrich von Choltitz, par l'intermédiaire du consul suédois Raoul Nordling, est repartie de plus belle. Depuis peu, la 2ème Division blindée française a été cédée temporairement par le XV Corps de Patton et subordonnée au V Corps (1ère Armée américaine), commandé par le général Leonard T. Gerow. Stationnée dans la région d'Argentan, elle ronge son frein.

Leclerc atterrit sur l'aérodrome de Laval vers 10h30 et y rejoint Cocteau-Gallois. Les deux Français ont l'espoir de rencontrer le général Omar Bradley, le commandant en chef du XIIème Groupe d'armées alliées. Il est tendu, car il a décidé de court-circuiter son supérieur direct, Gerow, et d'en référer directement au sommet de la hierarchie alliée, aux généraux Omar Bradley et Dwight Eisenhower. Sur place, Omar Bradley est malheureusement absent, mais Leclerc y retrouve Cocteau-Gallois. Les deux Français décident d'attendre ensemble Bradley. Gallois avait déjà rencontré Gerow auparavant, mais celui-ci lui avait donné un avis défavorable. Finalement, l'Américain atterrit dans son petit Piper-Cub le soir, à 19h15, après s'être entretenu avec Eisenhower en Angleterre.

Au crépuscule, Bradley donne l'ordre historique à Leclerc: "C'est d'accord, vous avez gagné! Foncez sur Paris!". Le commandant du XIIème Groupe d'armées alliées donne personnellement son accord à la 2ème Division blindée française pour faire mouvement sur Paris. L'Américain ordonne également à la 4ème Division d'infanterie du général Raymond Barton (VII Corps), une vétérante de la bataille de Normandie, de se tenir prête à appuyer les Français en cas de besoin.


Le 23 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée américaine à Argentan, au petit matin, la 2ème Division blindée française s'ébranle sur deux colonnes pour secourir les FFI assiégés dans Paris. Elle a rendez-vous avec l'Histoire. Le soir, à 18h, Leclerc parvient à Rambouillet, où il établit son PC. Entre Argentan et Rambouillet, il n'a rencontré pratiquement aucune résistance ennemie et parcourut 200km en dix heures.


Entrée de la Division Leclerc dans Paris (24-25 août 1944).

A l'aube du 24 août 1944, la 2ème Division blindée française reprend sa progression suivant deux axes.

  • Task Force de Langlade. Rambouillet -> Chevreuse -> Toussus-le-Noble -> Villacoublay -> Clamart -> Sèvres -> Porte de Saint-Cloud.
  • Task Force Billotte. Rambouillet - > Limours -> Arpajon -> Longjumeau -> Croix-de-Berny, où elle se scinde en trois groupes:
    1. Détachement Dio, par la Porte d'Orléans.
    2. Détachement Billotte, par la Porte de Gentilly.
    3. Détachement Dronne, par la Porte d'Italie.

Vers 19h, après de durs combats à Anthony et à La Croix-de-Berny, et devant le piétinement de ses troupes, Leclerc donne un ordre au capitaine Raymond Dronne, le commandant de la 9ème Compagnie du 3ème Bataillon du Régiment de Marche du Tchad, composé en majorité de volontaires espagnols anti-franquistes et de Pieds-Noirs: "Dronne, filez sur Paris, entrez dans Paris, passez par où vous voudrez, évitez les Allemands, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division toute entière sera dans Paris."

A 20h45, le détachement Dronne, composé de trois chars Sherman "Romilly", "Champaubert" et "Montmirail" (cédés par la 2ème Compagnie du 501ème Régiment de Chars de Combat) (RCC), ainsi que 18 half-tracks, 5 Jeeps et 4 camions de la 9ème Compagnie de marche du Tchad, nommée Nueve en raison des volontaires espagnols qui la compose, au total environ 150 hommes, fait une entrée mémorable et inoubliable dans la capitale par la Porte d'Italie, et fonce, sans rencontrer la moindre opposition allemande, jusqu'à l'Hotel de Ville qu'il atteint à 21h22.


Photo ci-dessous: char Sherman "Montmirail", premier véhicule allié à entrer dans Paris.



Le lendemain 25 août 1944, c'est au tour du reste de la 2ème Division blindée française du général Philippe Leclerc, suivie une demi-heure plus tard par la 4ème Division d'infanterie américaine du général Raymond Barton, de faire son entrée dans "la plus belle ville du monde". A 2h du matin, les 16,000 hommes et les 4,200 véhicules de la 2ème Division blindée française entrent dans la ville, articulés en trois colonnes. Par la Porte de Gentilly, la Porte de Saint-Cloud et la Porte d'Orléans. Moins d'une heure plus tard, la 4ème Division d'infanterie entre dans la Ville Lumière par la Porte d'Italie, sous une marée humaine indescriptible.

Après quelques combats sporadiques, en fin d'après-midi, le général Dietrich von Choltitz est capturé dans l'Hôtel Meurice et amener à la Gare Montparnasse pour y signer la reddition officielle de la garnison allemande de Paris.

Photo ci-dessous: Choltitz et son état-major du "Gross-Paris" fait prisonnier dans l'Hotel Meurice.


Quelques heures plus tard, le général Charles de Gaulle salue du balcon de l'Hôtel de Ville et prononce son speech devenu célèbre: "... Paris outragé! Paris martyrisé! Mais Paris libéré! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées françaises". On estime le nombre de pertes de la Division Leclerc (23-25 août 1944) à 130 tués et 319 blessés. Les pertes allemands s'établissent à environ 3,200 tués et 12,800 prisonniers. Du côté américian, les pertes de la 4ème Division d'infanterie ne sont pas publiées.

Le 26 août 1944 à 15h30, alors que des accrochages sporadiques se poursuivent encore dans la banlieue et que des coups de feu sont échangés avec quelques "tireurs des toits", le président du GPRF, entouré des responsables de la Résistance intérieure parisienne, descendra triomphalement les Champs-Elysées à pied. Deux divisions d'infanterie américaines tout juste arrivées dans la capitale, les 28ème et 29ème, défilent également sur les Champs Elysées lors de la "Victory Parade", avant de rejoindre le front. Dans la soirée, la 2ème Division blindée française fait face à une contre-attaque de la 47ème Division d'infanterie allemande, de chars Tiger et de Panzergrenadiers, attaque qui est facilement repoussée, à Montmorency et au Bourget, au nord de Paris.





Formidable épopée de Leclerc et de sa 2ème Division blindée.

Etre fait prisonnier deux fois et s'évader deux fois au cours d'une campagne d'à peine six semaines n'est pas le fait de n'importe qui. Cet par cet exploit que le capitaine Philippe François Marie, comte de Hauteclocque, âgé de 37 ans, inaugure "sa guerre", au cours de la désastreuse campagne de mai-juin 1940.

Né le 22 novembre 1902 au Château de Belloy-Saint-Leonard, dans la Somme, fils du comte Adrien de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), il grandit au sein d'une famille de la noblesse picarde. Il entre à l'Ecole de Saint-Cyr en 1922 et en sort major de sa promotion en 1924. Exploit réédité en 1925 à l'Ecole de Cavalerie de Saumur. Il est affecté au 5ème Régiment de Cuirassiers à Trèves, en Allemagne. Puis dans l'Armée coloniale, au sein du 8ème Régiment de Spahis au Maroc, où il participe à la Guerre du Rif et à la "Pacification" du territoire. En 1929, il subit son baptême du feu à la tête du 38ème Régiment de Goumiers Marocains. Philippe de Hauteclocque est ensuite rappelé en métropole, et devient en 1931 instructeur à Saint-Cyr. Après un second sejour au Maroc en 1937, il est promu au grade de capitaine. Il entre en 1938 à l'Ecole de Guerre (aujourd'hui Collège Interarmée de Défense) à Paris, et en sort l'année suivante, là aussi major de sa promotion.

Le 10 mai 1940, il sert dans l'état-major de la 4ème Division d'infanterie (7ème Armée française) du général Felix Musse, stationnée sur la frontière belge. Fait prisonnier dans la poche de Lille, il parvient à s'évader et à rejoindre les lignes alliées, et reprend les armes.

Le 15 juin 1940, il participe à une contre-attaque en Champagne. Blessé à la tête, il est de nouveau capturé par les Allemands, et deux jours plus tard, s'échappe de nouveau pour poursuivre la lutte.

Au cours d'un périple mouvementé où il traverse la France en bicyclette, il essaie une première fois de franchir les Pyrénées depuis Bayonne, mais sans y parvenir. La seconde tentative réussit, depuis Perpignan. Traversant L'Espagne et le Portugal, il embarque sur un navire pour gagner Londres. Rallié au général de Gaulle le 25 juillet 1940, et afin que des représailles ne soient pas exercées contre sa famille, il prend le pseudonyme de "Leclerc". De Gaulle, reconnaissant en lui un homme d'exception, le promeut commandant et lui donne l'ordre de rallier l'Afrique Equatoriale Française (AEF) à la France Libre. Quelques jours plus tard, Felix Eboué, gouverneur du Tchad, fait savoir qu'il est disposé à rompre avec le régime de Vichy du maréchal Philippe Pétain.

Le 6 août 1940, accompagné de René Pleven, secrétaire général de l'AEF, et du commandant Claude Hettier de Bloisambert, Leclerc quitte l'Angleterre. Il débarque trois semaines plus tard dans le port de Douala, au Cameroun. Il fait la connaissance de Louis Dio, qui arrive de Fort Lamy à la tête d'un détachement de Tirailleurs Sénégalais. Finalement, il parvient à convaincre les autorités vychistes du Cameroun, du Tchad et du Congo-Brazzaville de se rallier à la France Libre, sous l'autorité de Felix Eboué, lequel est nommé général de l'AEF. Ce dernier sera d'ailleurs l'un des instigateurs de la Conférence de Brazzaville en 1944.

En novembre 1940. Leclerc est promu au grade de colonel et prend de fait le commandement militaire du Tchad. Il va faire de l'Afrique Equatoriale Française sa base stratégique pour les futures opérations militaires africaines de la France Libre. Parti de N'Djamena à la tête du "Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad" (RTST) le 25 janvier 1941, avec un effectif d'à peine 300 hommes, il parcourt une distance de 650 kilomètres dans le désert libyen et attaque la garnison italienne de l'oasis de Koufra, la forçant à capituler. Il prononce alors son célèbre serment: "Jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la Cathédrale de Strasbourg." Une semaine plus tard, il est nommé "Compagnon de la Libération" par de Gaulle. Promu au grade de général de brigade, du 27 février au 14 mars 1942, il mène une campagne de harcèlement des Italiens dans le sud du Fezzan. Puis il organise la défense du Tibesti.

Le 12 décembre 1942, à la tête de la "Colonne L", à partir du Tchad, il entame audacieusement sa "Longue Marche", la conquête du Fezzan italien. Audacieusement parce qu'il ne dispose que de 3,000 hommes et d'un matériel élémentaire. Mais l'enjeu est politique autant que militaire. Les Anglo-Américains viennent de débarquer en Afrique du Nord française, où l'armée d'armistice française est encore aux mains de Vichy. Sur la côte libyenne, Rommel, refoulé par la 8ème Armée britannique après sa défaite d'El Alamein, est en complète déroute. La bataille de Tunisie, où l'Afrikakorps se reconstitue, va s'engager. En quelques jours, la "Colonne L", conquiert le Fezzan. Le 6 janvier 1943, elle prend Oum et Araneb. Le 24 janvier, elle s'empare de Ghamadès, et établie sa jonction avec la 8ème Armée britannique de Montgomery, qui poursuit de l'Afrikakorps de Rommel.

Le 12 avril 1943, Leclerc et ses hommes pénètrent dans Kerouan. Le 8 mai 1943, il défile triomphalement avec les Britanniques dans Tunis. Le 15 mai 1943, sa "Colonne L" devient la "2ème Division Française Libre". Elle est réorganisée selon le nouveau modèle de la "division blindée" US et est rééquipée avec du matériel neuf: chars Sherman, véhicules semi-chenillés Half-Track et jeeps Willis.

Le pari militaire est gagné. Reste à gagner le pari politique. L'Armée française d'Afrique du nord vient juste d'entrer en guerre aux côtés des Anglo-américains. Mais ces cadres, restés longtemps fidèles à Vichy, ont à surmonter "quelques difficultés" et "réticences" à l'égard des Alliés, surtout des Américains, et des "dissidents" français. Alternant la persuasion et la fermeté, Leclerc impose l'amalgame entre les Forces françaises libres de de Gaulle (FFL) et les unités de l'ex-Armée d'armistice de Giraud. Ensemble, ils participeront avec succès à la libération de la Tunisie.

Pour Leclerc, une page est refermée: celle de l'aventure "africaine" de sa "Colonne L". Une autre s'ouvre: celle de l'Armée moderne, équipée par les Américains. Contrairement aux autres unités de l'Armée française d'Afrique, la Division Leclerc gagne l'Angleterre et ne participera pas à la campagne du CEFI dans la péninsule italienne. Devenu officiellement "2ème Division blindée française" le 24 août 1943, elle embarque et quitte la Tunisie en avril 1944 pour l'Angleterre.

Ci-dessous: insigne de la 2ème DB adoptée en Angleterre en 1944.



La 2ème Division blindée française (ou 2ème D.B.), avec un effectif total d'environ 14,500 hommes (dont 3,600 Maghrébins et 350 Espagnols anti-franquistes), appareille de Southampton le 29 juillet 1944, et débarque sur Utah Beach à partir du 1er août 1944. Elle est d'abord incorporée au XV Corps américain du général Waddet Haislip, lequel est placé sous l'autorité de la 3ème Armée du général George Patton.


Ordre de bataille en France (août 1944).

  • Unitées d'infantrie (Jeep Willys, camions 4x4 Dodge et 6x6 GMC, véhicules Half-Track):
      - 1er Régiment de Marche du Tchad.
      - 2ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 3ème Régiment de Marche du Tchad.
  • Reconnaissance (auto-mitrailleuses M8 Greyhound):
      - 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains.
  • Unités blindées (chars M4 Sherman):
      - 501ème Régiment de Chars de Combat.
      - 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique.
      - 12ème Régiment de Cuirassiers.
  • Tank Destroyers (chasseurs de chars TD M10):
      - Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM)
    Photo ci-dessous: Tank-Destroyer M10 "Le Malin" du RBFM.

  • Artillerie de campagne (obusiers automoteurs 105mm M7 Priest):
      - 1er groupe du 3ème Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC).
      - 1er Groupe du 40ème Régiment d'Artillerie Nord Africain (1/40 RANA).
      - 2ème Groupe du 64ème Régiment d'Artillerie.
  • Artillerie DCA:
      - 22ème Groupe Colonial de FTA.
  • Génie:
      - 13ème Bataillon du Génie.
  • Transmissions (Signal Troops):
      - 97/84ème Compagnie Mixte de Transmissions.
  • Transport et services:
      - 97ème Compagnie de Quartier Général.
      - 197ème Compagnie de Transport.
      - 297ème Compagnie de Transport.
      - 397ème Compagnie de Circulation Routière.
      - 497ème Compagnie de Services.
  • Ravitaillement:
      - 15ème Groupe d'Escadrons de Réparations (15 GER).
  • Unités médicales:
      - 1ère Compagnie Médicale et Groupe d'Ambulancières "Rochambeau" ("Rochambelles").
      - 2ème Compagnie Médicale et Groupe d'Ambulancières de la Marine ("Marinettes").
      - 3ème Compagnie Médicale et groupe d'Ambulancières "Quakers" (unité britannique).
Organisation tactique.
  • • Groupement Tactique "Dio" (GTD). Commandant: colonel Louis Dio.
      - 1er Régiment de Marche du Tchad.
      - 4ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (4 RMSM).
      - 12ème Régiment de Cuirassiers.
      - 3ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (3 RBFM).
      - 1/3ème Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC).
      - 2/13ème Bataillon du génie.
  • Groupement Tactique "Langlade" (GTL). Commandant: colonel Paul G. De Langlade.
      - 2ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 2ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (2 RMSM).
      - 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique (12 RCA).
      - 4ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM).
      - 1/40ème Régiment d'Artillerie Nord Africain (1/4 RANA).
      - 2/13ème Bataillon du génie
    Photo ci-dessous: char Sherman "Champagne" du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique.

  • Groupement Tactique "Billotte" (GTB). Commandant: Colonel Paul Billotte, puis lieutenant-colonel Jacque de Guillebon.
      - 3ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 3ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (3 RMSM).
      - 501ème Régiment de Chars de Combat (501 RCC).
      - 2ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (2 RBFM).
      - 11/64ème Régiment d'artillerie (11/64ème RA).
      - 2/13ème Bataillon du génie.
Après son regroupement à La-Haye-du-Puits, les 2 et 3 août 1944, Leclerc reçoit l'ordre d'avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers le Mans. Le 9 août 1944, il entre au Mans. Le 10 août 1944, la Division Leclerc subit son baptême du feu et livre ses premiers combats à Granville. Le 11 août 1944, il entre à la tête du XV Corps dans Alençon. Intégrée provisoirement au V Corps de la 1ère Armée américaine, elle participe ensuite à la liquididation de la poche allemande de Falaise, jusqu'au 21 août 1944. Le soir du 22 août 1944, sur l'aérodrome de Laval, Omar Bradley en personne donne à Leclerc son accord: "C'est d'accord. Foncez sur Paris!"

Durant la bataille de Normandie, du 10 au 21 août 1944, la 2ème D.B. perd 133 hommes tués, 648 blessés et 85 disparus. Les pertes matérielles s'élèvent à 76 chars, 7 canons, 27 Half-Tracks et 133 autres vehicules. En contre-partie, elle inflige aux Allemands d'énormes pertes: la 9ème Division panzer anéantie et diverses autres unités décimées, 4,500 Allemands tués et 8,800 prisonniers capturés. 117 chars, 79 canons et 750 autres véhicules ennemis détruits.

Le 25 août 1944, après des combats sporadiques dans la capitale, à son QG de la Gare Montparnasse, il reçoit, au nom des forces françaises libres, la capitulation du général Dietrich von Choltitz et de la garnison allemande du "Gross-Paris". Sa division participe ensuite à la campagne de Patton dans l'Est de la France, à la course de la Meuse à la Moselle. Le 13 septembre 1944, elle détruit la 112ème Brigade panzer à Dompaire. Intégrée de nouveau au sein du XV Corps de la 7ème Armée américaine, elle combat ensuite dans les Vosges.

Photos ci-dessous: 1° Général Leclerc durant la campagne d'Alsace-Lorraine, 1944. 2° M4A2 "Corse" du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique (12 RCA), qui participe notamment à la bataille de Dompaire, ici exposé au Musée des blindés de Saumur. 3° Soldat français posant sur un char Panther mis hors de combat le 12 septembre 1944, à Dompaire.






Le 23 novembre 1944, de nouveau intégrée au XV Corps (maintenant de la 7ème Armée américaine), la 2ème Division blindée française combat dans les Vosges. Elle passe par le col de Saverne, contourne les défenses allemandes, débouche du massif des Vosges, et entre triomphalement dans Strasbourg. Le serment de Koufra est enfin respecté. La 2ème DB participe ensuite, avec la 1ère Armée française, aux combats lors de l'offensive allemande d'Alsace, l'opération Nordwind, déclenchée le 1er janvier 1945, puis à la réduction de la poche allemande de Colmar, du 22 février au 9 mars 1945.

En mars-avril 1945, elle est rappelée en France pour participer à la réduction de la poche allemande de Royan. Le 15 avril 1945, la Division Leclerc est expédiée en Allemagne pour l'offensive finale alliée. Elle combat en Bavière et occupe la ville de Bad Reichenhall le 4 mai 1945.

Le 5 mai 1945, Leclerc pénètre dans Berchtesgaden, libéré la veille par la 3ème Division d'infanterie américaine. Sa carrière est ensuite entâchée par une triste affaire. A Bad Reichenhall, le 8 mai, il fait sommairement exécuté des prisonniers de guerre français ayant combattu sous l'uniforme allemand au sein de la 30ème Division de Waffengrenadiers-SS "Charlemagne".

Total des pertes de la 2ème Division blindée (août 1944 - Mai 1945): 1687 tués, dont 108 officiers, et 3,300 blessés. Son tableau de chasse est impressionnant: 12,100 soldats allemands tués, 41,500 autres capturés, 332 chars ennemis, 426 canons et pièces d'artillerie, et 2,200 autres véhicules ennemis détruits.

Devenu commandant en chef des Forces françaises en Indochine, c'est Leclerc qui signe, pour la France, l'acte de capitulation du Japon, le 2 septembre 1945, à bord du cuirassé américain Missouri ancré dans la baie de Tokyo.



En octobre 1945, son Corps Expéditionnaire d'Extrême-Orient (CEEO) stoppe l'offensive du Vietminh contre Saigon, l'affronte ensuite dans le Delta du Mékong. En 1946, il est nommé "Inspecteur Général de l'Armée française en Afrique du Nord". Leclerc meurt le 28 novembre 1947 dans un accident lorsque le B-25 Mitchell qui le transporte s'écrase en Algérie, près de Colomb-Béchar. Il est fait "Maréchal de France" à titre posthume en 1952.

Photo ci-dessous: Mémorial Leclerc à Strasbourg (16 septembre 2007).



2ème Division blindée d'après-guerre.

Le 13 mai 1945, la 2ème Division blindée française est retirée du contrôle opérationnel du Haut-Commandement Suprême Allié (SHAEF). Du 23 au 28 mai, elle est affectée à la garnison de la région parisienne. Puis dissoute le 31 mars 1946. La 2ème Division blindée est reformée en 1977, et jusqu'en 1999, elle est subordonnée au 3ème Corps d'armée français avec son QG installé à Versailles. Durant cette période, elle est notamment équipée de chars AMX-30.


En 1999, dans le cadre d'une restructuration profonde de l'armée française, avec le niveau divisionnaire disparaissant, la 2ème Division blindée est convertie en 2ème Brigade blindée.
  • 12ème Régiment de Cuirassiers (12 RC) [52 chars Leclerc].
  • 501ème Régiment de Chars de Combat (501 RCC) [Mourmelon-le-Grand, 52 Leclerc].
  • Régiment de Marche du Tchad (RMT) [Meyenheim, VBCI].
  • 16ème Bataillon de Chasseurs (16e BC) [Bitche, VBCI].
  • Un bataillon du 40ème Régiment d'Artillerie (40 RA) [Suippes, AMX30 AuF1].
  • Un bataillon du 1er Régiment d'Artillerie (1 RA) [Belfort, MLRS].
  • Un bataillon du 54e Régiment d'Artillerie (54 RA) Anti-aérien [Hyeres, missiles Roland et Mistral].
  • 13ème Régiment du Génie (13 RG) [Valdahon].
  • 2ème Compagnie de Commandement et de Transmissions (2 CCT) [Illkirch-Graffenstaden, VAB].
  • Escadron d'éclairage et d'investigation de la 2e Brigade blindée (EEI12 - 2 BB) Orléans, VBL].

Ci-dessous: 1° Char Leclerc de la 2ème Brigade blindée, héritière de la 2ème DB, à Paris, 14 juillet 2006. 2° Obusier automoteur de 155mm AMX-30/AuF1 du 40ème RA de Suippes, 14 juillet 1998. 3° VAB (Véhicule de l'Avant Blindé] de l'OTAN équipé d'une tourelle avec canon de 20mm et de protection blindée supplémentaire, en Afghanistan, 19 août 2009.







Affiche, thème musical original (1978) et vidéo du film "Paris Brûle-t'il?".








Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 10 mai 2016.


Sources principales:
Liberation of Paris (Wikipedia.org)

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