19-25 août 1944 - Libération de Paris et 2ème Division Blindée française

La libération de Paris est l'aboutissement de la bataille de Normandie. Elle débute dans la nuit du 18 au 19 août 1944, avec le déclenchement du soulèvement de la population parisienne, et se termine le 25 août, date de la reddition du général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire allemand de la ville. Cet évenement marque également le rétablissement de la "République Française" (GPRF) comme gouvernement légitime, la fin de l'AMGOT en France, et le départ du régime de Vichy en exil à Sigmaringen, en Allemagne. Elle sacre le général Charles de Gaulle, qui a incarné pendant quatre ans la poursuite du combat contre le Troisième Reich aux côtés des Alliés, ainsi que les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) et la 2ème Division blindée du général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque.



Contexte historique.

A la mi-août 1944, la stratégie globale des Alliés est de poursuivre ce qui reste de la Wehrmacht en France, en train de retraiter vers l'Allemagne. Le général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces expéditionnaires alliées en Europe (SHAEF), et la plupart de ses subordonnés ne considèrent pas la libération de Paris comme un objectif prioritaire. La principale raison de l'Américain est d'être forcé de livrer de sanglants combats de rue et de rééditer un second Stalingrad ou Varsovie, et il n'ignore pas qu'Adolf Hitler a formellement donné au général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de la région parisienne, l'ordre de détruire la ville plutôt que de laisser les Alliés s'en emparer. Les plans d'Eisenhower sont plutôt de contourner Paris, de traverser la Seine de part à d'autre dans un double mouvement de prise en tenaille, de battre les troupes allemandes de vitesse et de les y encercler.

Carte ci-dessous: "Course à la Seine", l'avance des armées alliées (16-25 août 1944).


De plus, à ses considérations morales, s'ajoutent des problèmes plus pragmatiques, comme le ravitaillement de la ville et le coût logistique que cela entraînerait. Les estimations les plus optimistes des alliés chiffrent à 4,000 tonnes de vivres journaliers les besoins vitaux des Parisiens. Un tel effort aurait pour conséquence de détourner les besoins du front et d'immobiliser ou de ralentir considérablement les divisions alliées, au moment critique où elles éprouvent elles mêmes des difficultés dans leur ravitaillement. Ce qui permettrait ainsi aux troupes allemandes de s'échapper en Allemagne pour se reconstituer.

Mais le général Charles de Gaulle, qui dirige le gouvernement provisoire français (GPRF) et incarne la France Libre, est d'un avis contraire à cette vision. Selon lui, c'est l'attitude passive d'Eisenhower qui laisserait à Hitler l'occasion de détruire Paris. Il ordonne donc à la 2ème Division blindée du général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque de se préparer à faire mouvement de la poche de Falaise vers la capitale, même si pour cela Leclerc doit désobéir à son supérieur hiérarchique direct, le général Leonard T. Gerow, commandant du V Corps américain.

Photo ci-dessous: char M4A2 Sherman "Ile de France", du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique de la 2ème Division blindée française, débarquant du LST-517 sur Utah Beach le 2 août 1944.



Soulèvement de la population parisienne (19-23 août 1944).

A Paris, le pouvoir clandestin français est assumé depuis 1943 par le Conseil National de la Résistance (CNR), présidé par le catholique George Bidault, et secondé par sa commission militaire, le COMAC, sous les ordres du communiste Pierre Villon. Le Comité Parisien de Libération (CPL) est présidé par un autre communiste, André Tollet. Et c'est également un troisième communiste, Henri Tanguy alias "Colonel Rol", un ancien des Brigades Internationales durant la Guerre d'Espagne, qui dirige les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) pour la région parisienne.

Ces organismes sont assistés par le délégué général du GPRF, Alexandre Parodi, et son délégué militaire national en France, Jacques Chaban-Delmas. C'est, comme nous l'avons lu plus haut, l'avance foudroyante des Alliés à la mi-août, qui met à l'ordre du jour l'"épineux problème" de Paris. Dwight Eisenhower se propose de déborder la capitale en franchissant la Seine des deux côtés, de ne pas l'investir tout de suite, de manière à y enfermer les 17,000 hommes du général Dietrich von Choltitz, lequel a reçu d'Hitler en personne l'ordre de résister jusqu'au dernier homme et de préparer la destruction des ponts, des bâtiments officiels et des symboles (Arc de triomphe, Tour Eiffel, Invalides, ...) de Paris.

Mais ni de Gaulle ni Rol-Tanguy ne veulent attendre l'issue des combats et l'avance alliée, attitude passive qui risque selon le premier d'entraîner la destruction de la ville.

Le 10 août 1944, les cheminots de la région parisienne se mettent en grève. Ils sont suivis le 15 août par la Préfecture de Police, et le 16 août par les postiers et les Transport en Communs (métro).

Le 16 août 1944, 35 résistants sont victimes d'un piège tendu par un informateur français de la Gestapo, capturés et fusillés par les Allemands dans le Bois de Boulogne.


Le 17 août 1944, le Comité militaire National des Trancs Tireurs et Partisans (FTP), intégrés depuis février 1944 dans les FFI, proclame la "mobilisation générale". Le lendemain, c'est le tour de l'état-major et du reste des FFI. Pierre Laval, le maréchal Philippe Pétain et le gouvernement de Vichy quittent Paris sous escorte allemande, direction Siegmaringen.

Le 18 août 1944, grève générale des PTT.

Photo ci-dessous: camion des FFI, avec le symbole de la "République Libre du Vercors" peint sur les portières. Véhicule exposé à l'occasion du 60ème anniversaire de la Libération de Paris.


Dans la nuit du 18 au 19 août 1944, des milliers d'affiches signés par Rol-Tanguy, proclamant le soulèvement général de la population parisienne, sont apposés sur les murs, les monuments et les troncs d'arbres en peu partout dans la ville.

A l'aube du 19 août 1944, Alexandre Parodi, nommé cinq jours plus tôt "Ministre-Délégué du GPRF à Paris" par de Gaulle, enterine officiellement le soulèvement populaire. Le premier acte de cet insurrection est la prise de la Préfecture de Police de Paris par près de 300 policiers en grève, rejoint par des FFI/FTP. Durant la journée, des embuscades sont tendues par les FFI aux troupes allemandes circulant dans les rues et des escarmouches éclatent un peu partout, le but principal étant de s'emparer des armes et des munitions des soldats allemands capturés ou tués. D'autres résistants en profitent pour s'emparer de l'Hotel de Ville et divers autres bâtiments officiels.

Photo ci-dessous: la Préfecture de Police de Paris, sur la place Louis Lepine, est le premier baptiment officiel capturé par les Résistants français, dans la matinée du 19 août 1944.


Le 20 août 1944, des tranchées sont creusées en arrachant les pavés, et ceux-ci servent à ériger des barricades aux carrefours. Entretemps, la réaction des Allemands ne s'est pas fait attendre: plusieurs chars Panther assiègent la Préfecture. Mais les FFI ne disposent pratiquement d'aucune arme lourde, juste quelques chars légers Somua sortis des musées, et bientôt manquent cruellement de munitions. Si bien que certains membres du CNR entament avec Dietrich von Choltiz, par l'intermédiaire du Consul de Suède Raoul Nordling, des pourparlers en vue d'une trêve.

Photo ci-dessous: général Dietrich von Choltitz en 1940.


Acceptée dans la soirée du 20 août par le CNR, à une faible majorité, cette trêve, où certains membres communistes des FFI y voient une trahison, déclenche une violente dispute entre les différents responsables de la Résistance.

Le 21 août 1944, après une séance particulièrment orageuse, où on a frôlé la rupture, le CNR décide de rompre unilatéralement cette trêve.

Le 22 août 1944, l'insurrection parisienne reprend de plus belle et Paris se couvre de barricades. Ce même jour, pressé par les émissaires envoyés par l'état-major FFI, le haut commandement américain accepte de modifier ses plans et de laisser la 2ème Division blindée française foncer vers la capitale.


"C'est d'accord. Foncez sur Paris!" (22-24 août 1944).

Le 22 août 1944, à Laval, le général Philippe "Leclerc" de Hauteclocque rencontre l'envoyé spécial de Rol-Tanguy, le capitaine de réserve Roger Cocteau, alias "Commandant Gallois", qui l'informe de la situation dramatique des insurgés FFI et de la population dans la capitale, où l'insurrection, après une brève trève conclue entre la Résistance et le général allemand Dietrich von Choltitz, par l'intermédiaire du consul suédois Raoul Nordling, est repartie de plus belle. Depuis peu, la 2ème Division blindée française a été cédée temporairement par le XV Corps de Patton et subordonnée au V Corps (1ère Armée américaine), commandé par le général Leonard T. Gerow. Stationnée dans la région d'Argentan, elle ronge son frein.

Leclerc atterrit sur l'aérodrome de Laval vers 10h30 et y rejoint Cocteau-Gallois. Les deux Français ont l'espoir de rencontrer le général Omar Bradley, le commandant en chef du XIIème Groupe d'armées alliées. Il est tendu, car il a décidé de court-circuiter son supérieur direct, Gerow, et d'en référer directement au sommet de la hierarchie alliée, aux généraux Omar Bradley et Dwight Eisenhower. Sur place, Omar Bradley est malheureusement absent, mais Leclerc y retrouve Cocteau-Gallois. Les deux Français décident d'attendre ensemble Bradley. Gallois avait déjà rencontré Gerow auparavant, mais celui-ci lui avait donné un avis défavorable. Finalement, l'Américain atterrit dans son petit Piper-Cub le soir, à 19h15, après s'être entretenu avec Eisenhower en Angleterre.

Au crépuscule, Bradley donne l'ordre historique à Leclerc: "C'est d'accord, vous avez gagné! Foncez sur Paris!". Le commandant du XIIème Groupe d'armées alliées donne personnellement son accord à la 2ème Division blindée française pour faire mouvement sur Paris. L'Américain ordonne également à la 4ème Division d'infanterie du général Raymond Barton (VII Corps), une vétérante de la bataille de Normandie, de se tenir prête à appuyer les Français en cas de besoin.


Le 23 août 1944, dans le secteur de la 1ère Armée américaine à Argentan, au petit matin, la 2ème Division blindée française s'ébranle sur deux colonnes pour secourir les FFI assiégés dans Paris. Elle a rendez-vous avec l'Histoire. Le soir, à 18h, Leclerc parvient à Rambouillet, où il établit son PC. Entre Argentan et Rambouillet, il n'a rencontré pratiquement aucune résistance ennemie et parcourut 200km en dix heures.


Entrée de la Division Leclerc dans Paris (24-25 août 1944).

A l'aube du 24 août 1944, la 2ème Division blindée française reprend sa progression suivant deux axes.

  • Task Force de Langlade. Rambouillet -> Chevreuse -> Toussus-le-Noble -> Villacoublay -> Clamart -> Sèvres -> Porte de Saint-Cloud.
  • Task Force Billotte. Rambouillet - > Limours -> Arpajon -> Longjumeau -> Croix-de-Berny, où elle se scinde en trois groupes:
    1. Détachement Dio, par la Porte d'Orléans.
    2. Détachement Billotte, par la Porte de Gentilly.
    3. Détachement Dronne, par la Porte d'Italie.

Vers 19h, après de durs combats à Anthony et à La Croix-de-Berny, et devant le piétinement de ses troupes, Leclerc donne un ordre au capitaine Raymond Dronne, le commandant de la 9ème Compagnie du 3ème Bataillon du Régiment de Marche du Tchad, composé en majorité de volontaires espagnols anti-franquistes et de Pieds-Noirs: "Dronne, filez sur Paris, entrez dans Paris, passez par où vous voudrez, évitez les Allemands, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division toute entière sera dans Paris."

A 20h45, le détachement Dronne, composé de trois chars Sherman "Romilly", "Champaubert" et "Montmirail" (cédés par la 2ème Compagnie du 501ème Régiment de Chars de Combat) (RCC), ainsi que 18 half-tracks, 5 Jeeps et 4 camions de la 9ème Compagnie de marche du Tchad, nommée Nueve en raison des volontaires espagnols qui la compose, au total environ 150 hommes, fait une entrée mémorable et inoubliable dans la capitale par la Porte d'Italie, et fonce, sans rencontrer la moindre opposition allemande, jusqu'à l'Hotel de Ville qu'il atteint à 21h22.


Photo ci-dessous: char Sherman "Montmirail", premier véhicule allié à entrer dans Paris.



Le lendemain 25 août 1944, c'est au tour du reste de la 2ème Division blindée française du général Philippe Leclerc, suivie une demi-heure plus tard par la 4ème Division d'infanterie américaine du général Raymond Barton, de faire son entrée dans "la plus belle ville du monde". A 2h du matin, les 16,000 hommes et les 4,200 véhicules de la 2ème Division blindée française entrent dans la ville, articulés en trois colonnes. Par la Porte de Gentilly, la Porte de Saint-Cloud et la Porte d'Orléans. Moins d'une heure plus tard, la 4ème Division d'infanterie entre dans la Ville Lumière par la Porte d'Italie, sous une marée humaine indescriptible.

Après quelques combats sporadiques, en fin d'après-midi, le général Dietrich von Choltitz est capturé dans l'Hôtel Meurice et amener à la Gare Montparnasse pour y signer la reddition officielle de la garnison allemande de Paris.

Photo ci-dessous: Choltitz et son état-major du "Gross-Paris" fait prisonnier dans l'Hotel Meurice.


Quelques heures plus tard, le général Charles de Gaulle salue du balcon de l'Hôtel de Ville et prononce son speech devenu célèbre: "... Paris outragé! Paris martyrisé! Mais Paris libéré! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées françaises". On estime le nombre de pertes de la Division Leclerc (23-25 août 1944) à 130 tués et 319 blessés. Les pertes allemands s'établissent à environ 3,200 tués et 12,800 prisonniers. Du côté américian, les pertes de la 4ème Division d'infanterie ne sont pas publiées.

Le 26 août 1944 à 15h30, alors que des accrochages sporadiques se poursuivent encore dans la banlieue et que des coups de feu sont échangés avec quelques "tireurs des toits", le président du GPRF, entouré des responsables de la Résistance intérieure parisienne, descendra triomphalement les Champs-Elysées à pied. Deux divisions d'infanterie américaines tout juste arrivées dans la capitale, les 28ème et 29ème, défilent également sur les Champs Elysées lors de la "Victory Parade", avant de rejoindre le front. Dans la soirée, la 2ème Division blindée française fait face à une contre-attaque de la 47ème Division d'infanterie allemande, de chars Tiger et de Panzergrenadiers, attaque qui est facilement repoussée, à Montmorency et au Bourget, au nord de Paris.





Formidable épopée de Leclerc et de sa 2ème Division blindée.

Etre fait prisonnier deux fois et s'évader deux fois au cours d'une campagne d'à peine six semaines n'est pas le fait de n'importe qui. Cet par cet exploit que le capitaine Philippe François Marie, comte de Hauteclocque, âgé de 37 ans, inaugure "sa guerre", au cours de la désastreuse campagne de mai-juin 1940.

Né le 22 novembre 1902 au Château de Belloy-Saint-Leonard, dans la Somme, fils du comte Adrien de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), il grandit au sein d'une famille de la noblesse picarde. Il entre à l'Ecole de Saint-Cyr en 1922 et en sort major de sa promotion en 1924. Exploit réédité en 1925 à l'Ecole de Cavalerie de Saumur. Il est affecté au 5ème Régiment de Cuirassiers à Trèves, en Allemagne. Puis dans l'Armée coloniale, au sein du 8ème Régiment de Spahis au Maroc, où il participe à la Guerre du Rif et à la "Pacification" du territoire. En 1929, il subit son baptême du feu à la tête du 38ème Régiment de Goumiers Marocains. Philippe de Hauteclocque est ensuite rappelé en métropole, et devient en 1931 instructeur à Saint-Cyr. Après un second sejour au Maroc en 1937, il est promu au grade de capitaine. Il entre en 1938 à l'Ecole de Guerre (aujourd'hui Collège Interarmée de Défense) à Paris, et en sort l'année suivante, là aussi major de sa promotion.

Le 10 mai 1940, il sert dans l'état-major de la 4ème Division d'infanterie (7ème Armée française) du général Felix Musse, stationnée sur la frontière belge. Fait prisonnier dans la poche de Lille, il parvient à s'évader et à rejoindre les lignes alliées, et reprend les armes.

Le 15 juin 1940, il participe à une contre-attaque en Champagne. Blessé à la tête, il est de nouveau capturé par les Allemands, et deux jours plus tard, s'échappe de nouveau pour poursuivre la lutte.

Au cours d'un périple mouvementé où il traverse la France en bicyclette, il essaie une première fois de franchir les Pyrénées depuis Bayonne, mais sans y parvenir. La seconde tentative réussit, depuis Perpignan. Traversant L'Espagne et le Portugal, il embarque sur un navire pour gagner Londres. Rallié au général de Gaulle le 25 juillet 1940, et afin que des représailles ne soient pas exercées contre sa famille, il prend le pseudonyme de "Leclerc". De Gaulle, reconnaissant en lui un homme d'exception, le promeut commandant et lui donne l'ordre de rallier l'Afrique Equatoriale Française (AEF) à la France Libre. Quelques jours plus tard, Felix Eboué, gouverneur du Tchad, fait savoir qu'il est disposé à rompre avec le régime de Vichy du maréchal Philippe Pétain.

Le 6 août 1940, accompagné de René Pleven, secrétaire général de l'AEF, et du commandant Claude Hettier de Bloisambert, Leclerc quitte l'Angleterre. Il débarque trois semaines plus tard dans le port de Douala, au Cameroun. Il fait la connaissance de Louis Dio, qui arrive de Fort Lamy à la tête d'un détachement de Tirailleurs Sénégalais. Finalement, il parvient à convaincre les autorités vychistes du Cameroun, du Tchad et du Congo-Brazzaville de se rallier à la France Libre, sous l'autorité de Felix Eboué, lequel est nommé général de l'AEF. Ce dernier sera d'ailleurs l'un des instigateurs de la Conférence de Brazzaville en 1944.

En novembre 1940. Leclerc est promu au grade de colonel et prend de fait le commandement militaire du Tchad. Il va faire de l'Afrique Equatoriale Française sa base stratégique pour les futures opérations militaires africaines de la France Libre. Parti de N'Djamena à la tête du "Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad" (RTST) le 25 janvier 1941, avec un effectif d'à peine 300 hommes, il parcourt une distance de 650 kilomètres dans le désert libyen et attaque la garnison italienne de l'oasis de Koufra, la forçant à capituler. Il prononce alors son célèbre serment: "Jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la Cathédrale de Strasbourg." Une semaine plus tard, il est nommé "Compagnon de la Libération" par de Gaulle. Promu au grade de général de brigade, du 27 février au 14 mars 1942, il mène une campagne de harcèlement des Italiens dans le sud du Fezzan. Puis il organise la défense du Tibesti.

Le 12 décembre 1942, à la tête de la "Colonne L", à partir du Tchad, il entame audacieusement sa "Longue Marche", la conquête du Fezzan italien. Audacieusement parce qu'il ne dispose que de 3,000 hommes et d'un matériel élémentaire. Mais l'enjeu est politique autant que militaire. Les Anglo-Américains viennent de débarquer en Afrique du Nord française, où l'armée d'armistice française est encore aux mains de Vichy. Sur la côte libyenne, Rommel, refoulé par la 8ème Armée britannique après sa défaite d'El Alamein, est en complète déroute. La bataille de Tunisie, où l'Afrikakorps se reconstitue, va s'engager. En quelques jours, la "Colonne L", conquiert le Fezzan. Le 6 janvier 1943, elle prend Oum et Araneb. Le 24 janvier, elle s'empare de Ghamadès, et établie sa jonction avec la 8ème Armée britannique de Montgomery, qui poursuit de l'Afrikakorps de Rommel.

Le 12 avril 1943, Leclerc et ses hommes pénètrent dans Kerouan. Le 8 mai 1943, il défile triomphalement avec les Britanniques dans Tunis. Le 15 mai 1943, sa "Colonne L" devient la "2ème Division Française Libre". Elle est réorganisée selon le nouveau modèle de la "division blindée" US et est rééquipée avec du matériel neuf: chars Sherman, véhicules semi-chenillés Half-Track et jeeps Willis.

Le pari militaire est gagné. Reste à gagner le pari politique. L'Armée française d'Afrique du nord vient juste d'entrer en guerre aux côtés des Anglo-américains. Mais ces cadres, restés longtemps fidèles à Vichy, ont à surmonter "quelques difficultés" et "réticences" à l'égard des Alliés, surtout des Américains, et des "dissidents" français. Alternant la persuasion et la fermeté, Leclerc impose l'amalgame entre les Forces françaises libres de de Gaulle (FFL) et les unités de l'ex-Armée d'armistice de Giraud. Ensemble, ils participeront avec succès à la libération de la Tunisie.

Pour Leclerc, une page est refermée: celle de l'aventure "africaine" de sa "Colonne L". Une autre s'ouvre: celle de l'Armée moderne, équipée par les Américains. Contrairement aux autres unités de l'Armée française d'Afrique, la Division Leclerc gagne l'Angleterre et ne participera pas à la campagne du CEFI dans la péninsule italienne. Devenu officiellement "2ème Division blindée française" le 24 août 1943, elle embarque et quitte la Tunisie en avril 1944 pour l'Angleterre.

Ci-dessous: insigne de la 2ème DB adoptée en Angleterre en 1944.



La 2ème Division blindée française (ou 2ème D.B.), avec un effectif total d'environ 14,500 hommes (dont 3,600 Maghrébins et 350 Espagnols anti-franquistes), appareille de Southampton le 29 juillet 1944, et débarque sur Utah Beach à partir du 1er août 1944. Elle est d'abord incorporée au XV Corps américain du général Waddet Haislip, lequel est placé sous l'autorité de la 3ème Armée du général George Patton.


Ordre de bataille en France (août 1944).

  • Unitées d'infantrie (Jeep Willys, camions 4x4 Dodge et 6x6 GMC, véhicules Half-Track):
      - 1er Régiment de Marche du Tchad.
      - 2ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 3ème Régiment de Marche du Tchad.
  • Reconnaissance (auto-mitrailleuses M8 Greyhound):
      - 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains.
  • Unités blindées (chars M4 Sherman):
      - 501ème Régiment de Chars de Combat.
      - 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique.
      - 12ème Régiment de Cuirassiers.
  • Tank Destroyers (chasseurs de chars TD M10):
      - Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM)
    Photo ci-dessous: Tank-Destroyer M10 "Le Malin" du RBFM.

  • Artillerie de campagne (obusiers automoteurs 105mm M7 Priest):
      - 1er groupe du 3ème Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC).
      - 1er Groupe du 40ème Régiment d'Artillerie Nord Africain (1/40 RANA).
      - 2ème Groupe du 64ème Régiment d'Artillerie.
  • Artillerie DCA:
      - 22ème Groupe Colonial de FTA.
  • Génie:
      - 13ème Bataillon du Génie.
  • Transmissions (Signal Troops):
      - 97/84ème Compagnie Mixte de Transmissions.
  • Transport et services:
      - 97ème Compagnie de Quartier Général.
      - 197ème Compagnie de Transport.
      - 297ème Compagnie de Transport.
      - 397ème Compagnie de Circulation Routière.
      - 497ème Compagnie de Services.
  • Ravitaillement:
      - 15ème Groupe d'Escadrons de Réparations (15 GER).
  • Unités médicales:
      - 1ère Compagnie Médicale et Groupe d'Ambulancières "Rochambeau" ("Rochambelles").
      - 2ème Compagnie Médicale et Groupe d'Ambulancières de la Marine ("Marinettes").
      - 3ème Compagnie Médicale et groupe d'Ambulancières "Quakers" (unité britannique).
Organisation tactique.
  • • Groupement Tactique "Dio" (GTD). Commandant: colonel Louis Dio.
      - 1er Régiment de Marche du Tchad.
      - 4ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (4 RMSM).
      - 12ème Régiment de Cuirassiers.
      - 3ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (3 RBFM).
      - 1/3ème Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC).
      - 2/13ème Bataillon du génie.
  • Groupement Tactique "Langlade" (GTL). Commandant: colonel Paul G. De Langlade.
      - 2ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 2ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (2 RMSM).
      - 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique (12 RCA).
      - 4ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM).
      - 1/40ème Régiment d'Artillerie Nord Africain (1/4 RANA).
      - 2/13ème Bataillon du génie
    Photo ci-dessous: char Sherman "Champagne" du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique.

  • Groupement Tactique "Billotte" (GTB). Commandant: Colonel Paul Billotte, puis lieutenant-colonel Jacque de Guillebon.
      - 3ème Régiment de Marche du Tchad.
      - 3ème Régiment de Marche de Spahis Marocains (3 RMSM).
      - 501ème Régiment de Chars de Combat (501 RCC).
      - 2ème Régiment Blindé de Fusiliers Marins (2 RBFM).
      - 11/64ème Régiment d'artillerie (11/64ème RA).
      - 2/13ème Bataillon du génie.
Après son regroupement à La-Haye-du-Puits, les 2 et 3 août 1944, Leclerc reçoit l'ordre d'avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers le Mans. Le 9 août 1944, il entre au Mans. Le 10 août 1944, la Division Leclerc subit son baptême du feu et livre ses premiers combats à Granville. Le 11 août 1944, il entre à la tête du XV Corps dans Alençon. Intégrée provisoirement au V Corps de la 1ère Armée américaine, elle participe ensuite à la liquididation de la poche allemande de Falaise, jusqu'au 21 août 1944. Le soir du 22 août 1944, sur l'aérodrome de Laval, Omar Bradley en personne donne à Leclerc son accord: "C'est d'accord. Foncez sur Paris!"

Durant la bataille de Normandie, du 10 au 21 août 1944, la 2ème D.B. perd 133 hommes tués, 648 blessés et 85 disparus. Les pertes matérielles s'élèvent à 76 chars, 7 canons, 27 Half-Tracks et 133 autres vehicules. En contre-partie, elle inflige aux Allemands d'énormes pertes: la 9ème Division panzer anéantie et diverses autres unités décimées, 4,500 Allemands tués et 8,800 prisonniers capturés. 117 chars, 79 canons et 750 autres véhicules ennemis détruits.

Le 25 août 1944, après des combats sporadiques dans la capitale, à son QG de la Gare Montparnasse, il reçoit, au nom des forces françaises libres, la capitulation du général Dietrich von Choltitz et de la garnison allemande du "Gross-Paris". Sa division participe ensuite à la campagne de Patton dans l'Est de la France, à la course de la Meuse à la Moselle. Le 13 septembre 1944, elle détruit la 112ème Brigade panzer à Dompaire. Intégrée de nouveau au sein du XV Corps de la 7ème Armée américaine, elle combat ensuite dans les Vosges.

Photos ci-dessous: 1° Général Leclerc durant la campagne d'Alsace-Lorraine, 1944. 2° Char Sherman M4A2 "Corse" du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique (12 RCA), qui participe notamment à la bataille de Dompaire (13 septembre 1944), ici exposé au Musée des blindés de Saumur. 3° Tank Destroyer M10 "Siroco" du Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM) de la 2ème Division blindée française devant l'Arc de Triomphe, le 25 août 1944.






Le 23 novembre 1944, de nouveau intégrée au XV Corps (maintenant de la 7ème Armée américaine), la 2ème Division blindée française combat dans les Vosges. Elle passe par le col de Saverne, contourne les défenses allemandes, débouche du massif des Vosges, et entre triomphalement dans Strasbourg. Le serment de Koufra est enfin respecté. La 2ème DB participe ensuite, avec la 1ère Armée française, aux combats lors de l'offensive allemande d'Alsace, l'opération Nordwind, déclenchée le 1er janvier 1945, puis à la réduction de la poche allemande de Colmar, du 22 février au 9 mars 1945.

En mars-avril 1945, elle est rappelée en France pour participer à la réduction de la poche allemande de Royan. Le 15 avril 1945, la Division Leclerc est expédiée en Allemagne pour l'offensive finale alliée. Elle combat en Bavière et occupe la ville de Bad Reichenhall le 4 mai 1945.

Le 4 mai 1945, talonné par la 101ème Division aéroportée, Leclerc pénètre dans Berchtesgaden, investie la veille par la 3ème Division d'infanterie américaine. Beaux joueurs, les Américains lui laissent prendre le Berghoff, la propriété personnelle d'Adolf Hitler, et atteindre son Nid d'Aigle, perché au sommet de l'Obersalzberg à 1,834 mètres d'altitude. Sa carrière est ensuite entâchée par une triste affaire. A Bad Reichenhall, le 8 mai, il fait sommairement exécuté des prisonniers de guerre français ayant combattu sous l'uniforme allemand au sein de la 30ème Division de Waffengrenadiers-SS "Charlemagne".

Total des pertes de la 2ème Division blindée (août 1944 - Mai 1945): 1687 tués, dont 108 officiers, et 3,300 blessés. Son tableau de chasse est impressionnant: 12,100 soldats allemands tués, 41,500 autres capturés, 332 chars ennemis, 426 canons et pièces d'artillerie, et 2,200 autres véhicules ennemis détruits.

Devenu commandant en chef des Forces françaises en Indochine, c'est Leclerc qui signe, pour la France, l'acte de capitulation du Japon, le 2 septembre 1945, à bord du cuirassé américain Missouri ancré dans la baie de Tokyo.



En octobre 1945, son Corps Expéditionnaire d'Extrême-Orient (CEEO) stoppe l'offensive du Vietminh contre Saigon, l'affronte ensuite dans le Delta du Mékong. En 1946, il est nommé "Inspecteur Général de l'Armée française en Afrique du Nord". Leclerc meurt le 28 novembre 1947 dans un accident lorsque le B-25 Mitchell qui le transporte s'écrase en Algérie, près de Colomb-Béchar. Il est fait "Maréchal de France" à titre posthume en 1952.

Photo ci-dessous: Mémorial Leclerc à Strasbourg (16 septembre 2007).



2ème Division blindée d'après-guerre.

Le 13 mai 1945, la 2ème Division blindée française est retirée du contrôle opérationnel du Haut-Commandement Suprême Allié (SHAEF). Du 23 au 28 mai, elle est affectée à la garnison de la région parisienne. Puis dissoute le 31 mars 1946. La 2ème Division blindée est reformée en 1977, et jusqu'en 1999, elle est subordonnée au 3ème Corps d'armée français avec son QG installé à Versailles. Durant cette période, elle est notamment équipée de chars AMX-30.


En 1999, dans le cadre d'une restructuration profonde de l'armée française, avec le niveau divisionnaire disparaissant, la 2ème Division blindée est convertie en 2ème Brigade blindée.
  • 12ème Régiment de Cuirassiers (12 RC) [52 chars Leclerc].
  • 501ème Régiment de Chars de Combat (501 RCC) [Mourmelon-le-Grand, 52 Leclerc].
  • Régiment de Marche du Tchad (RMT) [Meyenheim, VBCI].
  • 16ème Bataillon de Chasseurs (16e BC) [Bitche, VBCI].
  • Un bataillon du 40ème Régiment d'Artillerie (40 RA) [Suippes, AMX30 AuF1].
  • Un bataillon du 1er Régiment d'Artillerie (1 RA) [Belfort, MLRS].
  • Un bataillon du 54e Régiment d'Artillerie (54 RA) Anti-aérien [Hyeres, missiles Roland et Mistral].
  • 13ème Régiment du Génie (13 RG) [Valdahon].
  • 2ème Compagnie de Commandement et de Transmissions (2 CCT) [Illkirch-Graffenstaden, VAB].
  • Escadron d'éclairage et d'investigation de la 2e Brigade blindée (EEI12 - 2 BB) Orléans, VBL].

Ci-dessous: 1° Char Leclerc de la 2ème Brigade blindée, héritière de la 2ème DB, à Paris, 14 juillet 2006. 2° Obusier automoteur de 155mm AMX-30/AuF1 du 40ème RA de Suippes, 14 juillet 1998. 3° VAB (Véhicule de l'Avant Blindé] de l'OTAN équipé d'une tourelle avec canon de 20mm et de protection blindée supplémentaire, en Afghanistan, 19 août 2009.







Affiche, thème musical original (1978) et vidéo du film "Paris Brûle-t'il?".






Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 24 août 2020.


Sources principales:
Liberation of Paris (Wikipedia.org)

Guerre d'indépendance (1775-1783) - Bilan et conséquences du conflit

Après la capitulation du général Charles Cornwallis à Yorktown, en octobre 1781, des pourparlers de paix s'ouvrent à Paris, en France. Le Traité définitif, signé le 3 septembre 1783, est ensuite ratifié par le Congrès de la Confédération, le 14 janvier 1784, puis par le Roi George III d'Angleterre le 9 avril suivant.

Ce document met formellement fin à la guerre entre l'Empire britannique et ses anciennes colonies d'Amérique du Nord, et reconnaît l'indépendance des "Etats-Unis d'Amérique".




Traité de Paix définitif de Paris (3 septembre 1783).

La victoire franco-américaine et la capitulation de l'Armée britannique à Yorktown en Virginie, le 19 octobre 1781, provoque la chute du gouvernement du Premier ministre anglais Frederick North, le 22 mars 1782. Dès lors, les Commons (Chambre des Communes), c'est-à-dire la "Chambre Basse" du Parlement anglais, vote la fin des hostilités et entame des pourparlers de paix avec ses anciennes colonies d'Amérique du Nord. Un texte préliminaire est d'abord signé à Paris en novembre 1782.

Photo ci-dessous: le tableau (en 2008) représentant les signataires (préliminaires) du Traité de Paris de novembre 1782. Anecdote: la délégation britannique ayant refusé de poser, la toile est restée inachevée.


Le 3 septembre 1783, le Traité officiel et définitif entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis est signé dans l'Hotel d'York, aujourd'hui au n°56 de la Rue Jacob à Paris, par John Adams, Benjamin Franklin et John Jay, pour les Etats-Unis, et par David Hartley, membre du Parlement anglais représentant son monarque.

Le même jour, la Grande Bretagne signe, séparément, des traités similaires avec la France et l'Espagne (et provisoirement avec les Pays-Bas). L'empire britannique cède la Floride orientale et la Floride occidentale à l'Espagne. L'île de Minorque, dans les Baléares, les îles Bahamas, la Grenade et Montserrat, conquis par les Français et les Espagnols, retournent sous la juridiction britannique.

Photo ci-dessous: plaque commémorative du Traité de Paris, sur la façade de l'immeuble de la rue Jacob, au n°56, où fut signé le document reconnaissant l'indépendance des Etats-Unis. Cliché pris le 8 juillet 2009.


Le Congrès de la Confédération américaine, qui siège temporairement à Annapolis, dans le Maryland, ratifie le Traité de Paix de Paris le 14 janvier 1784. C'est la "Journée de la Ratification" (Ratification Day). D'autres copies sont envoyés en Europe aux autres parties impliqués, la première atteignant la France en mars 1784. Le Roi George III ratifie la sienne le 9 avril 1784. Les deux copies américaine et anglaise sont ensuite échangées à Paris le 12 mai 1784.

Le texte de ce Traité compte dix points (Ten Articles):
  1. Reconnaissance des Treize Colonies comme Etats libres, souverains et indépendants, par le Roi d'Angleterre et ses descendants.
  2. Etablissement de frontières entre les "Etats-Unis d'Amérique" et les autres colonies britanniques d'Amérique du Nord (Quebec, Nouvelle-Ecosse, île du Prince Edward, Terre-Neuve, ...)
  3. Garanties britanniques sur le libre accès des zones de pêche au large de Terre-Neuve et du Golfe du Saint-Laurent.
  4. Reconnaissance des dettes contractées de chaque côté.
  5. Recommandations du Congrès de la Confédération américaine aux législatures d'Etat pour reconnaitre les droits des sujets britanniques (Loyalistes) dont les biens ou propriétés ont été confisqués par les Colonies.
  6. Les Etats-Unis lutteront et empêcheront les futures confiscations des biens et propriétés des Loyalistes.
  7. Echanges des prisonniers de guerre dans les deux camps, et restitution des biens (y compris des esclaves) confisqués par la Grande-Bretagne à leur propriétaires d'origine.
  8. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis assureront chacun l'accès perpétuel au fleuve Mississippi.
  9. Les territoires capturés par les Américains après le Traité de Paix seront tous restitués sans aucune compensation.
  10. Ratification du Traité endéant les six prochains mois par les parties contractuelles.

Ci-dessous: dernière page (Article 10th) du Traité de Paix de Paris de 1783, exposé dans le "Batiment des Archives Nationales des Etats-Unis", ou National Archives and Records Administration (NARA).


Remarques sur l'application future de ce Traité:
  1. Les Etats américains, individuellement, ignoreront les recommandations fédérales de l'article 5, sur la restitution des biens et propriétés confisqués des Loyalistes, et l'article 6, sur la prévention des futures confiscations.
  2. Plusieurs Etats américains, notamment la Virginie, contreviendront à l'article 4, en maintenant des lois contre le remboursement de leurs dettes contractées envers des Britanniques.
  3. La Grande-Bretagne ignorera l'article 7 sur la restitution des esclaves noirs à leur propriétaire.
  4. Le Traité spécifie une frontière sud pour les Etats-Unis, mais la séparation avec les deux Florides (orientale et occidentale) espagnoles ne sera jamais clairement définie.

Bilan humain et coût économique de la Guerre d'indépendance.

1° Bilan humain.

Le coût total en vie humaine résultant de la Guerre d'indépendance américaine n'est pas connu. Comme c'est habituellement le cas dans les guerres de cette époque, les maladies et blessures ont tué plus de personnes que directement sur les champs de bataille. Entre 1775 et 1782, une épidémie de variole très contagieuse a tué plus de 130,000 personnes dans toute l'Amérique du Nord. Les effets de cette épidémie ont été particulièrement dévastateurs à Boston, pendant l'occupation britannique et le siège américain de la ville, en 1775. L'historien américain Joseph J. Ellis suggère que la décision de George Washington de vacciner ses troupes contre la variole a été l'une de ses plus importantes décisions.

Approximativement 25,000 révolutionnaires américains sont morts durant leur service militaire, dont 8,000 directement sur les champs de bataille, les 17,000 autres ont succombé à des maladies et des blessures, dont 8,000 à 12,000 torturés ou privés de soins pendant leur captivité dans les prisons britanniques. Le nombre de combattants américains sérieusement blessés ou mutilés est estimé entre 8,500 et 25,000 pertes.

Le nombre total des pertes américaines au cours du conflit, de 1775 à 1783, s'élève donc à environ 50,000 tués, blessés ou disparus.

Environ 171,000 marins britanniques ont combattu pendant la guerre d'indépendance. 1,240 ont été tué au combat, et 18,500 autres de maladies ou de blessures diverses. Dans la Royal Navy, la principale cause de mortalité a été le scorbut, dont les marins apprirent à combattre les effets grâce à l'introduction et à la consommation de citrons à bord des navires. Environ 42,000 autres marins britanniques ont déserté durant le conflit.

A ce bilan s'ajoutent environ 1,200 Hessois ou mercenaires allemands tués au combat, et 6,354 autres de maladies ou par accidents. Environ 16,000 Allemands sont retournés dans leur pays, 5,500 autres restant aux Etats-Unis et devenant des citoyens américains.

Il n'existe aucune autre statistique officielle concernant le nombre de pertes de soldats réguliers britanniques (Habits Rouges), soldats espagnols, français, de Noirs ou d'Amérindiens.


2° Coût économique.

Les Britanniques ont dépensé 80 millions de £ivres de cette époque, et ont contracté à la fin des hostilités une dette nationale de 250 millions de £ivres. La France, de sont côté, a dépensé 1.3 milliard de £ivres, et leur dette nationale s'élevait à 187 millions de £ivres.

Les Etats-Unis ont dépensé 37 millions de dollars au niveau fédéral (ou national), plus 114 millions de dollars au niveau des Etats. Ce coût fut largement couvert grâce à des emprunts contractés auprès de la France et des Pays-Bas. Les Américains ont fini par régler leur dette et leur inflation en février 1791, lorsqu'Alexander Hamilton, Secrétaire du Trésor, fonda la First Bank of the United States, la première institution financière nationale du pays.


Création et développement des institutions fédérales américaines.

Le 15 novembre 1777, le Second Congrès continental rédige les "Articles de la Confédération" (Articles of Confederation). Ce document constitutionnel est l'un des textes fondateurs de la jeune nation américaine. Il regroupe les Treize Etats en une confédération baptisée "Etats-Unis d'Amérique" (United States of America), établit les bases d'un gouvernement fédéral, tout en laissant une souveraineté aux Etats, et fonde les trois premiers Ministères (Departments): War Department, ou Ministère de la Défense, Department of Foreign Affairs, le Ministère des Affaires étrangères chargé des relations internationales, et Department of Tresury, le Ministère des Finances.


Cependant, les Articles de la Confédération n'entrent en vigueur qu'après avoir été ratifiés par tous les Etats, en mars 1781. Pour bien marquer cette transition, le "Congrès de la Confédération" est instauré et se substitue au Second Congrès continental, les délégués de cette nouvelle assemblée demeurant inchangés.

Ces Articles sont remplacés le 21 juin 1788, lors de la Convention Constitutionnelle de Philadelphie, par la "Constitution des Etats-Unis" (Constitution of the United States), celle-ci entrant en vigueur le 4 mars 1789. Ce document est aujourd'hui la plus vieille constitution écrite encore en usage dans le monde. C'est le texte de lois suprême des Etats-Unis: elle instaure une fédération de treize Etats, ceux-ci gardant leurs prérogatives au sujet de la Justice et de l'Education, le système bicaméraliste (à deux chambres) du Congrès, et définit les pouvoirs respectifs des trois branches exécutif, législatif et judiciaire. (1)

Le 30 avril 1789, George Washington devient le premier président des Etats-Unis. Il est ensuite réélu pour un second mandat de quatre ans de 1793 à 1797. Le 17 novembre 1800, le siègle du gouvernement fédéral, qui jusqu'alors se tenait depuis le Congress Hall de Philadelphie, déménage et s'installe à Washington dans le District de Columbia (Washington, DC).


Video ci-dessous: Histoire de l'Amérique. Série documentaire réalisée en 2013 pour Nat Geo Channel. EP 02/10: la Révolution.



(1) Blogosphère Mara, "Constitution des Etats-Unis d'Amérique"


Article modifié le 14 juin 2015.


Sources principales:
History of the United States (Wikipedia.org)
• Elise Marienstras, Naomi Wulf, "Révoltes et révolutions en Amérique", Atlande, 2005.
• Jacques Binoche, "Histoire des Etats-Unis", Paris, Ellipses, 2003.

Guerre d'indépendance (1775-1783) - Déroulement du conflit

La guerre d'indépendance américaine a opposé les Treize colonies britanniques d'Amérique du Nord à leur métropole, de 1775 à 1783. Elle est le point culminant de la Révolution par laquelle les Colons ont rejeté la légitimité de la Grande-Bretagne. C'est l'événement fondateur de l'histoire du pays ainsi que, par ricochet, du Canada britannique. Elle entraîne à partir de 1777 l'intervention, directe ou indirecte, d'autres puissances européennes.

La France de Louis XVI, qui est la plus importante d'entre-elles, s'est d'abord engagée de manière officieuse, par la fourniture de matériel et d'aides diverses en faveur des Insurgés américains. Puis officiellement et directement à partir de 1778 jusqu'à la fin. L'effort de guerre français, terrestre et naval, a contribué de manière incontestable à la victoire finale américaine, notamment à Yorktown. Le conflit s'achève par le traité de Paris en septembre 1783, qui reconnaît de fait les "Etats-Unis d'Amérique".




Forces en présence.

1° "Loyalistes" et "Patriotes".

Les Colons qui sont favorables à l'indépendance sont appelés "Americains", "Insurgés", "Patriotes" ou encore "Congressistes", le terme d'avant guerre "Whigs" étant également occasionnellement utilisé. Ceux qui s'opposent à l'indépendance sont appelées "Loyalistes" ou "Hommes du roi". Ces qualificatifs sont utilisés des deux côtés sans ambiguïté.

En 1775, Le Second Congrès continental dispose de 40% à 45% d'opinions favorables dans la population. Près de 15% à 20% de la population, les "Loyalistes", sont partisans du roi Georges III. Pendant le conflit, quelques-uns, particulièrement en Caroline du Nord et du Sud, changeront de camp, et d'autres resteront neutres.

Les Loyalistes auront jusqu'à 50,000 soldats durant les années de guerre pour soutenir l'Empire britannique. Certains historiens affirment que la révolution américaine fut plus une guerre civile entre Loyalistes et Patriotes, qu'une révolte contre l'Empire britannique.


2° Armée continentale et milices américaines.

L'"Armée continentale" (Continental Army) est le nom donnée aux troupes des Treize colonies américaines, placés sous le commandement unique de George Washington. Elle combat les "Habits Rouges" (Red Coats), les soldats réguliers de l'Empire britannique. Le Second Congrès continental crée cette armée continentale en juin 1775 et la dissout en septembre 1783 après la signature du Traité de Paris. Elle est remplacée aussitôt par l'"Armée des Etats-Unis" (United States Army).

Lorsque la guerre d'indépendance éclate en avril 1775, les colons ne possèdent pas encore d'armée régulière professionnelle. Chacune des Treize colonies dispose de sa propre milice, composée de citoyens volontaires armés, qui assurent la défense locale.

Après le vote des Intolerable Acts par le Parlement britannique, les Insurgés commencent à réformer le système des milices et se préparent à un conflit avec leur métropole. Certains colons comme Richard Henry Lee proposent alors de créer une milice nationale, mais le Premier Congrès continental finit par rejeter son idée.

Après la bataille de Lexington et de Concord (19 avril 1775), des milliers de miliciens se rassemblent autour de Boston pour établir le siège de la ville, où se concentrent les forces britanniques.

Le 7 juin 1775, le Second Congrès continental décide de mettre en place une armée continentale afin d'assurer la défense commune des colonies. Cette armée de la Nouvelle-Angleterre, placée sous son contrôle, constitue l'embryon de la future armée fédérale américaine. Ce mois-là, elle compte 15,000 "Réguliers" Américains contre 6,500 soldats britanniques retranchés dans Boston.

Ce même jour, le Second Congrès continental choisit George Washington, un ancien officier de l'Armée britannique vétéran de la Guerre de Sept ans, pour la commander. Il prend officiellement ses fonctions le 3 juillet 1775. Quatre majors-généraux et huit brigadiers-généraux sont également désignés. Une marine de guerre continentale est également constituée.

Alors que les prérogatives du Second Congrès continental s'accroissent, elle est l'objet de nombreux débats parmi les représentants des Colonies: un grand nombre d'entre-eux exprime leur aversion vis-à-vis d'une armée permanente. Mais d'un autre côté, la guerre contre la Grande-Bretagne nécessite un minimum d'organisation et de discipline.

Les soldats de l'Armée continentale sont des citoyens qui s'engagent de manière volontaire pour une période variant d'une à trois années, et qui sont payés. Le "Turnover", c'est-à-dire la responsabilité de chaque Etats d'assurer la logistique, constituera un élément de faiblesse pendant toute la durée du conflit, en particulier au cours du terrible hiver 1776-1777.

Photo ci-dessous: soldats d'infanterie de l'Armée continentale (1779-1783)


En 1775, l'armée est composée principalement de soldats originaires de la Nouvelle-Angleterre, répartis en trois divisions par George Washington. Philip Schuyler a la charge des dix régiments qui envahissent le Canada.

En 1776, les effectifs de l'Armée continentale s'élève à 20,000 hommes, dont environ deux tiers d'engagés, et le reste composé de diverses milices. Elle est réorganisée: on tente de recruter des hommes au-delà du Nord-Est, mais sans grand succès.

En 1777-1780, le Second Congrès continental vote la résolution 88 afin que chaque Etat contribue à l'envoi de soldats, proportionnellement à son importance démographique.

George Washington est autorisé à lever quinze nouveaux bataillons pour faire face aux renforts envoyés par la Grande-Bretagne. Le contrat d'engagement est allongé de deux à trois ans, voire jusqu'à la fin de la guerre.

L'Armée continentale connait ses heures les plus difficiles en 1781-1782 lorsque le Congrès ne put plus payer les soldats et que ces derniers se mutinent en Pennsylvanie et dans le New Jersey.

Vers 1778, les Insurgés n'ont plus qu'une petite armée régulière de 5,000 hommes et l'essentiel des forces repose sur les milices.

Bien que plus de 250,000 hommes servent du côté américain, l'Armée continentale ne dépassa jamais au même moment 90,000 hommes, et Washington n'en commande directement pas plus de 17,000.

De plus, cette armée américaine est bien moins organisée que l'armée britannique: elle est moins disciplinée, subit de nombreuses désertions et les paiements de soldes restent aléatoires.

Former une véritable armée est le premier objectif de Washington. Le refus du Congrès continental de l'aider le frustrait énormément. Ses hommes avaient désespérément besoin de tentes, de chaussures, de nourriture, de fusils et de munitions.

Après le traité de paix signé en septembre 1783, l'Armée continentale est dissoute pour être aussitôt remplacée par l'Armée des Etats-Unis (United States Army).


3° Armée britannique.

Au début de 1775, l'armée britannique dans les Colonies d'Amérique du Nord dispose d'environ 36,000 hommes, commandés par le lieutenant-général Thomas Gage. Au cours du conflit, le recrutement augmentera sensiblement les effectifs. En 1778, elle compte 50,000 Habits Rouges, auxquels s'ajoutent 30,000 mercenaires allemands, les "Hessiens", et environ 10,000 Colons "loyalistes". A la fin du conflit, 60,000 soldats britanniques, comprenant 10,000 Loyalistes, sont dispersés sur un immense territoire allant du Canada à la Floride.


4° Afro-Américains et Amérindiens.

Les Afro-américains, qu'ils soient esclaves ou émancipés (libres), participent à la guerre dans les deux camps, Loyalistes ou Insurgés. Des Noirs s'engagent dans les milices américaines, et cette pratique inquiètent les planteurs du sud qui refusent que les esclaves soient armés. On estime que 5,000 Afro-Américains ont combattu dans l'Armée continentale.

En novembre 1775, le gouverneur de Virginie Lord Dunmore promet l'affranchissement à tous les esclaves qui serviront dans l'armée britannique. En 1779, Sir Henry Clinton édicte une loi similaire pour la région de New York.

La plupart des esclaves servent comme plantons, ouvriers ou éclaireurs. Plus de la moitié mourront dans les épidémies de variole qui frappent les armées britanniques. En dépit des promesses de certains gouverneurs britanniques, la majorité des esclaves ne seront pas affranchis. Par contre, du côté des Insurgés, on recense de nombreux cas d'affranchissement.

Les Amérindiens vivant à l'est du Missississi sont également impliqués dans la Guerre d'indépendance américaine. Plusieurs tribus se retrouvent divisées sur la question de savoir à quel camps apporter son soutien. Ils s'engagent donc dans les deux camps.

Mais une majorité d'Amérindiens sont opposés aux Etats-Unis, en raison de l'attitude des Colons dans les Territoires indiens et leur politique d'immigration. Environ 13,000 Amérindiens combattront du côté britannique. Le groupe le plus important d'entre-eux, la Confédération Iroquoise (nations Mohawk, Seneca, Onondaga et Cayuga), fournit à l'Armée britannique un contingent d'environ 1,500 hommes. Les deux autres nations de cette Confédération (Tuscarora et Oneida) combattent du côté des Insurgés.

Video ci-dessous: Histoire de l'Amérique. Série documentaire réalisée en 2013 pour Nat Geo Channel. EP 02/10: la Révolution.



Premières batailles: campagne du Massachussetts (1775-1776).

Le lieutenant-général Thomas Gage, commandant en chef des troupes britanniques dans les Treize Colonies américaines, a installé son QG dans Boston et y dispose de quatre régiments d'infanterie, avec un effectif d'environ 4,000 soldats réguliers, surnommés par les colons Red Coats.

Dans la nuit du 18 au 19 avril 1775, Gage envoie 700 hommes commandés par le lieutenant-colonel Francis Smith pour saisir armes, munitions et stocks de ravitaillement des dépôts de la milice du Massachussetts à Concord. Mais un groupe de Patriotes, dont fait partie Paul Revere, les précèdent pour avertir les miliciens américains (Minutemen) massés autour de la ville.


De sorte qu'à l'aube du 19 avril 1775, 77 d'entre-eux se sont regroupés à l'entrée de Lexington et s'opposent à la progression des soldats de Smith. Il s'ensuit un premier échange de tir, les miliciens américains, en infériorité, doivent se retirer et les Britanniques reprennent leur avance vers Concord.

Au North Bridge, un pont qui enjambe la rivière Concord, les Britanniques s'opposent cette fois à une force estimée à plusieurs centaines de miliciens.


Grâce à l'arrivée de renforts, les Américains infligent de lourdes pertes aux Britanniques. Les "Habits Rouges" doivent faire demi-tour et se retirer vers Boston, pourchassés par les Minutemen. C'est la première bataille de la guerre, qui se solde par une victoire américaine. Les Britanniques doivent faire demi-tour et se retrancher dans Boston. Le siège de la ville commence et se poursuivra jusqu'au 17 mars 1776.

Mais bientôt, 4,500 soldats britanniques commandés par le major-général William Howe arrivent par mer, de la métropole, et doublent d'un seul coup leur nombre dans Boston.

Le 10 mai 1775, des miliciens américains commandés par le colonel Benedict Arnold s'emparent par surprise du Fort Ticonderoga, capturent la garnison britannique et font main basse sur l'artillerie de la forteresse.

Le 17 juin 1775, c'est la bataille de Bunker Hill. Un contingent d'environ 3,000 Habits Rouges franchit le détroit entre Boston et Charlestown, débarque et entame le nettoyage de la péninsule. Bunker Hill est considérée comme une des batailles les plus sanglantes de la guerre. Le général Israel Putnam commande la milice du Massachussetts, et Howe les troupes britanniques. Bien que cette bataille soit connue sous le nom de Bunker Hill, la majorité des combats se déroulent sur une autre colline à proximité, Breed's Hill. A leur troisième assaut, les forces britanniques s'emparent des fortifications de Breed's et Bunker Hill.

Les pertes américaines s'élèvent à 100 tués, 271 blessés et 30 capturés. Mais pour les Britanniques, qui perdent de leur côté plus de 1,000 hommes, tués et blessés, c'est une victoire à la Pyrrhus. L'objectif de Howe est atteint, mais l'attaque démontre la capacité des Américains à soutenir une bataille rangée et ne change pas le statut du siège de Boston.


L'armée britannique capture d'une des rares batteries d'artillerie des Américains et semble réduire les efforts de George Washington autour de la ville assiégée. Les Britanniques prennent donc la péninsule de Charlestown, mais à un prix très élevé: 228 morts et 826 blessés, une quantité disproportionnée des pertes étant des officiers. La plupart des pertes américaines intervennient pendant la retraite.

Les morts et blessés britanniques comprennent la plupart de leurs officiers. De l'état-major entier de campagne de Howe, ce dernier est le seul à ne pas avoir été touché. L'avance britannique balaie toute la péninsule.

Mais sous les ordres de Putnam, les Américains se remettent rapidement en position sur le continent. Et avec l'extrême fatigue des troupes de Howe, il y a peu de chances pour celui-ci d'avancer sur Cambridge et de briser le siège de Boston.

L'attitude des Britanniques envers les Américains change significativement, à la fois à titre individuel et au niveau gouvernemental. Thomas Gage est bientôt rappelé et remplacé par Howe. Le rapport de Gage au cabinet répète ses avertissements précédents: "une grande armée serait nécessaire pendant longtemps pour réduire ces gens".

Le fameux ordre américain "Don't shot until you see the whites of eyes!" ("Ne tirez pas jusqu'à ce que vous voyiez le blanc de leurs yeux!") est popularisé par les récits sur la bataille de Bunker Hill. Son origine est incertaine, différents auteurs l'attribuant à Putnam ou Prescott, ou encore d'autres officiers subalternes.

Le front du Massachussetts reste ensuite stationnaire et ne changera plus beaucoup. En novembre 1775, George Washington renforce son Armée continentale à Dorchester Heights avec l'artillerie capturée à Fort Ticonderoga en mai, et bombarde durement les positions britanniques.

Le commandant britannique, le major-général William Howe, comprend qu'il n'y a plus d'espoir de l'emporter et, le 17 mars 1776, évacue par mer ses troupes de Boston et se retire vers Halifax, en Nouvelle-Ecosse. C'est l'Evacuation Day, célébré chaque année dans le Comté de Suffolk (Massachussetts).


Attaque du Canada britannique (1775).

Le 28 août 1775, un corps expéditionnaire américain, commandé par le brigadier-général Richard Montgomery et composé de quatre régiments d'infanterie de l'Armée continentale, représentant un effectif d'environ 4,000 hommes, quitte le Fort Ticonderoga, dans l'Etat de New York, et via le lac Champlain, descend le cour du fleuve Richelieu.


L'objectif de Montgomery est la prise de Montreal et de Quebec. Il assiège le Fort Saint-Jean du 6 septembre au 3 novembre 1775. Mais avec l'arrivée de l'hiver, la situation des Américains commence à se dégrader rapidement. Et pour couronner le tout, une grande partie des "enlisted" de l'Armée continentale arrive à l'expiration de leur engagement d'un an.

Après la prise du Fort Saint-Jean, Montgomery reprend sa progression vers Montreal, qui tombe sans combat dix jours plus tard, le 13 novembre 1775. Il est à deux doigts de capturer Guy Carleton, gouverneur général britannique de la province du Quebec.

Montgomery laisse environ 200 hommes en garnison à Montreal, sous le commandement du major-général David Wooster, et le 28 novembre 1775, lorsqu'il embarque sur des navires pour descendre le Saint-Laurent vers Quebec, son armée ne compte plus que 300 hommes. En chemin, il parvient cependant à rallier le 1st Canadian Regiment, composé de 200 volontaires quebecois ou canadiens francophones, sous les ordres du colonel américain James Livingston.

Parallèlement à la colonne de Montgomery, George Washington ordonne l'envoi d'un second corps expéditionnaire. Celui-ci, regroupant 1,100 volontaires et miliciens de Pennsylvanie et de Virginie l'Armée continentale, est commandé par le colonel Benedict Arnold. Son objectif est d'établir sa jonction avec Montgomery à Québec.

Arnold quitte Cambridge dans le Massachussetts le 11 septembre 2001. Son plan est de suivre le cour des rivières Kennebec et Chaudière, et de rallier la ville de Quebec en 20 jours. Il progresse d'abord Newbury Port par la mer, à l'embouchure de la Kennebec, qu'il atteint le 19 septembre 1775.

Après une série de retards dus à la construction bâclée de barges pour naviguer, de la perte d'une bonne partie des vivres, de troubles, de désertion et enfin de mutineries, lorsque Benedict atteint Quebec, le 9 novembre 1775, sa troupe ne comprend plus que 600 hommes sur les 1,100 du départ.

Quebec est défendue par 150 Américains loyalistes du 84th Regiment des Royal Highland Emigrants, commandé par le lieutenant-colonel Allen McClean, renforcé par 500 hommes de la milice quebecoise pro-anglaise, et 400 marins britanniques en permission.

Les miliciens américains sont inférieurs en nombre et sans artillerie, et doivent faire face à une ville bien défendue. Arnold décide de se rendre à Point-aux-Trembres afin d'y attendre les soldats de Montgomery. Ce dernier y arrive le 9 décembre 1775.

Les deux colonnes réunies repartent alors vers Quebec pour l'assiéger, et lance leur attaque finale le 31 décembre 1775. Mais les Américains, qui ne sont pas équipé en vêtements et uniformes d'hiver au contraire des Britanniques, sont repoussés. Montgomery est tué et Arnold blessé, 350 miliciens et soldats de l'Armée continentale sont fait prisonniers. Le siège est levé.


En janvier 1776, la campagne du Canada se solde donc par une retraite américaine précipitée et désordonnée vers Fort Ticonderoga, et par une victoire britannique.

C'est ensuite l'arrivée de renforts britanniques (3,000 hommes) du général John Burgoyne et de ses mercenaires Hessois, arrivant depuis la métropole. Puis la contre-attaque de Guy Carleton, les batailles de Trois-Rivières (8 juin 1776) et de l'île Valcour (11-13 octobre 1776), au terme de laquelle Carleton reprend Fort Ticonderoga (20 octobre 1776).


Campagnes de New-York et du New Jersey (1776-1777).

La campagne de New York et du New Jersey est une série de batailles qui oppose les Britanniques du lieutenant-général William Howe à l'Armée continentale, commandée par le général George Washington. Elle débute le 3 juillet 1776, avec le débarquement des troupes britanniques à Staten Island, et se conclue par la retraite de Washington en Pennsylvanie et dans le New Jersey. C'est la période la plus noire pour l'Armée continentale et les Insurgés américains.


Après s'être retirés de Boston en mars 1776, les Britanniques se concentrent maintenant sur la capture de New York. En juillet 1776, Howe commence par amasser une armée de 22,000 hommes, dont 9,000 mercenaires Hessois, sur Staten Island.

George Washington, qui dispose dans cette région de 19,000 "réguliers" de l'Armée continentale, ignorant tout de l'endroit où Howe a décidé de porter son coup, commet une erreur stratégique, lourde de conséquences, en divisant son armée. Dès lors, les Britanniques ont beau jeu d'engager des forces américaines éparpillées, et de les battre une par une.

Dans les mois qui suivent, Howe et Washington s'affrontent ainsi à plusieurs reprises. Et finalement, ce dernier devra se retirer dans le New Jersey.

En août 1776, les Britanniques entament leurs mouvements à partir de Staten Island et débarquent leur armée à Long Island.

Du 27 au 30 août 1776, c'est la bataille de Long Island, qui se termine par une victoire décisive britannique. Les Américains perdent 3,000 hommes, tués, blessés ou prisonniers, et les Britanniques, 367 hommes.


Après Long Island, c'est le tour de Manhattan, où Washington s'est retranché. Howe et Charles Cornwallis y débarquent le 12 septembre 1776 avec 12,000 hommes, et prennent rapidement le contrôle de la ville.

Le 16 septembre 1776 se déroule la bataille de Harlem Heights, où les Américains remportent un vif succès défensif. Ce qui a pour effet de remonter un peu leur moral.

Lorsque Howe entreprend d'encercler l'armée ennemie, en octobre 1776, Washington doit ordonner une nouvelle retraite. Mais au lieu de poursuivre l'Armée continentale, le Britannique retourne à Manhattan et capture Fort Washington le 16 novembre 1776, où il fait environ 3,000 prisonniers américains. Quatre jours plus tard, Fort Lee, en face de Fort Washington sur l'autre rive de l'Hudson, tombe également aux mains de Britanniques.

Manhattan et Long Island sont définitivement perdus pour les Américains et resteront sous contrôle britannique jusqu'à la fin de la guerre, en 1783.

George Washington et l'Armée continentale poursuivent leur retraite à travers le New Jersey, talonnés par le général Charles Cornwallis. Les Américains ont subis de lourdes pertes, mais Washington parvient à maintenir un moral, bien qu'assez bas, et évite autant que possible le contact avec les troupes britanniques.

Lorsqu'il atteint la Pennsylvanie au début du mois de décembre 1776, il a perdu environ 5,000 hommes, tués, prisonniers ou déserteurs, et son armée ne compte plus que 1,400 conscripts, dont la période d'engagement expire à la fin de l'année. L'armée continentale franchit le fleuve Delaware et se réfugie en Pennsylvanie. Le moral américain est très bas, et le Second Congrès Continental abandonne Philadelphie, menacé, pour Baltimore, dans le Maryland.

Ci-dessous: George Washington et l'Armée continentale repassant le fleuve Delaware, le 25 décembre 1776.


Mais les Américains ne tardent pas à réagir: le jour de Noël, le 25 décembre 1776, le général George Washington déclenche sa contre-offensive avec une armée reconstituée tant bien que mal, une force estimée entre 5,000 et 6,000 hommes, et repasse les eaux glacés de la Delaware.


Il surprend et attaque par surprise 1,500 Hessois commandés par le général allemand Johann Gotlieb Rall à Trenton, dans le New Jersey. Le 2 janvier 1777, c'est la bataille de Trenton, qui se conclue par une victoire décisive américaine et la mort de Rall.


Le même jour, Washington écrase les Britanniques de Cornwallis à la bataille d'Assunpink Creek. Le lendemain, nouvelle victoire américaine: c'est la bataille de Princeton. Washington reprend la ville de Morristown.


Ces succès redonnent confiance aux Américains, leur moral remonte en flèche. C'est le renversement de vapeur et un tournant décisif de la guerre. Le général Charles Cornwallis doit à son tour entamer une douloureuse retraite jusqu'à Brunswick, dans le Maine. Le 5 mars 1777, le Second Congrès continental se réinstalle à Philadelphie, désormais dégagée de toute menace.


Campagne de Saratoga (1777).

La campagne de Saratoga est une série de batailles pour le contrôle du fleuve Hudson, entre juillet et octobre 1777. Cette année est également la période où la France commence à aider la jeune nation américaine, d'abord de manière officieuse, en fournissant aide matérielle et financière. Puis, à partir de 1778, en intervenant directement dans le conflit, aux côtés de l'Armée continentale de George Washington, avec un corps expéditionnaire français commandé par le marquis de La Fayette (1).

Le 30 novembre 1776, le lieutenant-général William Howe, commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord, conçoit un plan audacieux pour s'emparer de Philadelphie et de la Pennsylvanie.

De son côté, le général John Burgoyne, qui est arrivé recemment de Londres et a succédé à Guy Carleton à la tête de la province du Quebec, conçoit de son côté un plan pour s'assurer le contrôle du fleuve Hudson et le lac Champlain, isoler la Nouvelle-Angleterre. Les Treize Colonies américaines se retrouveraient ainsi pratiquement coupés en deux.

Pour cela, deux armées britanniques vont intervenir. La première, commandée personnellement par Burgoyne, avec un effectif d'environ 10,000 hommes, fait mouvement depuis Montreal en suivant le lac Champlain puis l'Hudson. Une force de diversion commandée par le colonel Barry St Leger, partie de Fort Oswego avec 2,000 hommes, devra suivre la vallée du fleuve Mohawk. Les deux colonnes convergent vers Albany, où elles devront se joindre aux forces de Howe, dans la région de New York.


Burgoyne se met en route à partir de la ville de Quebec en juin 1777, et recapture Fort Ticonderoga en juillet 1777. Ensuite, sa progression est constament ralentie par une série d'obstacles naturels dressés par les arrière-gardes américaines.

En août 1777, un détachement britannique est envoyé pour s'emparer de stocks de ravitaillement. Mais le 16 août, ce détachement se fait anéantir par environ 2,000 miliciens du New Hampshire et du Massachussetts commandés par le général John Stark. C'est la bataille de Bennington. Burgoyne se retrouve ainsi privé d'environ un millier d'hommes.

Pendant ce temps, les troupes de St Leger, 300 soldats réguliers anglais, 650 Canadiens et un millier de guerriers Mohawk dirigé par le chef Joseph Brant, établissent le siège de Fort Stanwix, sur le fleuve Mohawk le 2 août. 740 miliciens américains épaulés par environ 100 Indiens alliés Oneidas essaient de porter secours à la garnison assiégés, mais tombent dans une embuscade et sont anéantis à la bataille d'Oriskany, le 6 août.

Mais le 22 août, les Britanniques, Canadiens et Mohawks de St Leger et de Brant doivent lever le siège lorsqu'une seconde force expéditionnaire approche, commandée par le général Benedict Arnold. St Leger fait demi-tour et regagne le Quebec. Cette retraite contribuera beaucoup dans la future défaite de Burgoyne à Saratoga.

Burgoyne, dont ses forces sont maintenant réduite à 6,000 hommes, après avoir laissé une garnison à Fort Ticonderoga et ses pertes à Bennington, commence à manquer de ravitaillement. Malgré cela, il est déterminé à poursuivre son avance vers Albany.

Une armée américaine d'environ 8,000 hommes, commandés par le général Horatio Gates, s'est retranchée sur des positions défensives établies sur Bernis Heights, 16km au sud-ouest de la ville de Yorktown, dans l'Etat de New York.

Le 19 septembre 1777, Burgoyne essaie d'abord de déborder les Américains par les flancs, mais ses troupes sont stoppées à Freeman's Farm. C'est la première bataille de Saratoga, ou bataille de Freeman's Farm.

La situation de Burgoyne devient désespérée, mais il n'est toujours pas décidé à abandonner et espère toujours rejoindre l'armée de Howe à New York. Mais celui-ci, absorbé par sa campagne contre Philadelphie, n'interviendra pas.

De plus, Gates a reçu des renforts, son effectif est maintenant passé à 11,000 hommes. Après avoir été écrasé définitivement à la seconde bataille de Saratoga, Burgoyne capitule le 17 octobre 1777. C'est la fin de la campagne de Saratoga, qui se solde par une victoire écrasante des Américains.



(1) Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, dit "Marquis de la Fayette" (6 septembre 1757 - 20 mai 1834), général et homme politique français et américain, héros de la guerre d'indépendance américaine et personnalité de la Révolution française. Il a été fait citoyen d'honneur des Etats-Unis d'Amérique en 2002, à titre posthume. Il est enterré au cimetière de Picpus, à Paris.


Campagnes de Pennsylvanie et du New Jersey (1777-1778).

Après avoir capturé et sécurisé la ville de New York en 1776, l'armée britannique du lieutenant-général William Howe se concentre maintenant sur Philadelphie, siège du gouvernement rebelle. A la fin du mois d'août 1777, Howe débarque avec 15,500 hommes dans la baie de Chesapeake, à environ 90km au sud-ouest de Philadelphie, en Pennsylvanie.

George Washington a positionné 14,100 hommes, soit à peu près le même effectif, entre Philadelphie et les forces de Howe. Mais il est pourtant débordé et battu à la bataille de Brandywine, le 11 septembre 1777. Les Britanniques perdent dans l'engagement 587 hommes, dont 93 tués. Les pertes américaines ne sont pas connues avec exactitude, mais tournent autour de 1,200 à 1,300 hommes hors de combat: 300 tués, 600 blessés et 400 prisonniers.


Bien que Howe ait battu l'armée américaine, sa résistance inattendue l'empêche cependant de la détruire complètement. Le moral des Américains reste stable, malgré leurs pertes.

Les jours suivants, les forces britanniques et américaines manoeuvrent l'une autour de l'autre, avec plusieurs engagements mineurs, telle la bataille de Paoli, dans la nuit du 20 au 21 septembre 1777, qui se conclue par une autre victoire britannique.

Désemparés, l'Armée et le Second Congrès continental doivent abandonner Philadelphie pour se réfugier d'abord à Lancaster, puis à York, en Pennsylvanie. Le 26 septembre 1777, les Britanniques s'emparent de Philadelphie sans opposition.


Le 4 octobre 1777, Washington attaque sans succès les Britanniques près de Germantown, puis est obligé de retraiter vers Valley Forge, où il se place en défensive. Il y restera pendant six mois. Durant l'hiver, 2,500 Américains, soit un quart des effectifs de l'Armée continentale, meurent de froid ou de faim. Mais au printemps, Washington reconstitue ses troupes.

Ci-dessous: Washington et Lafayette durant le terrible hiver 1777-1778 à Valley Forge.


Clinton et les restes de son armée parviennent dans la ville de New York en juillet 1778, juste avant l'arrivée d'une escadre navale française, commandée par l'amiral Jean Baptiste Charles Hector, dit "Comte d'Estaing", devant les côtes américaines. De son côté, l'Armée continentale de Washington s'installe à White Plains, au nord de New York. Chacune des deux armées ennemies occupent pratiquement les positions qu'elles tenaient deux ans plus tôt, et la guerre sur ce théâtre d'opérations nord n'évoluera plus beaucoup jusqu'à la fin des hostilités, en septembre 1783.


Alliance franco-américaine (1778).

Les conséquences politiques de la défaite de Burgoyne à Saratoga ne tardent pas à se faire sentir. Le 4 décembre 1777, la nouvelle parvient à Benjamin Franklin, chargé d'une mission diplomatique à Versailles, en France. Deux jours plus tard, souvrent des négociations avec Louis XVI pour une alliance franco-américaine.

Le traité d'alliance franco-américain est signé le 6 février 1778. C'est le début de la reconnaissance internationale de l'indépendance des Treize colonies américaines. Un mois plus tard, Louis XVI déclare la guerre à la Grande-Bretagne. Désormais, la France interviendra directement et officiellement dans la guerre d'indépendance américaine.


Guerre dans les Colonies du Sud (1778-1781).

Durant les trois premières années de guerre, les opérations militaires se sont concentrées sur le front nord. Après l'entrée en guerre officielle de la France, en 1778, l'attention des Britanniques se tourne désormais vers les Colonies du Sud.

Le 29 décembre 1778, un corps expéditionnaire britannique, commandé par le lieutenant-général Henry Clinton et parti de New York, débarque et s'empare de Savannah, en Géorgie. Une contre-attaque franco-américaine pour reprendre la ville échoue le 9 octobre 1779.

En mars 1780, Clinton entame ensuite le siège de Charleston, en Caroline du Sud, et après deux mois, capture la ville et la majorité des effectifs de l'Armée continentale du Sud, commandée par le major-général Benjamin Lincoln. Avec relativement peu de pertes, Clinton s'assure le contrôle du plus grand port dans le Sud des Colonies.


Les restes de l'Armée continentale du Sud entament une douloureuse retraite vers la Caroline du Nord, pourchassés par les troupes britanniques du lieutenant-colonel Banastre Tarleton, lequel écrase les Américains à la bataille de Waxhaws, le 29 mai 1780. Avec cet évenement, la résistance organisée américaine prend fin, et la suite des opérations, sous forme de guerilla, sera menée par les partisans du lieutenant-colonel Francis Marion.

Le général Charles Cornwallis remplace Clinton et prend le commandement des troupes britanniques dans le Sud, à la fin de l'année 1780. De côté américain, Horatio Gates est désigné par George Washington pour reformer l'armée continentale du Sud.

Le 16 août 1780, Gates est battu par Cornwallis à la bataille de Camden, ce qui prépare le terrain le britannique dans son projet d'invasion de la Caroline du Nord. Les succès de Cornwallis seront cependant de courte durée, car une grande partie de son armée est écrasée lors de la bataille de la Kings Mountain, le 7 octobre 1780, et Tarleton battu par les troupes américaines du major-général Daniel Morgan, à la bataille de Cowpens, le 17 janvier 1781.

Le général Nathanael Greene, qui remplace Gates, procède à des opérations militaires pour affaiblir et fatiguer les Britanniques dans une série d'escarmouches et d'engagements mineurs.

En mars 1781, lors de la Bataille de Guilford Court House, Cornwallis bat Greene, mais c'est une victoire à la pyrhus. Les britanniques doivent se replier sur Wilmington, en Caroline du Nord, pour se ravitailler et se renforcer. Après quoi, ils abandonnent les Caroline et la Géorgie pour se diriger vers le nord, en Virginie.


George Washington envoit Lafayette pour défendre la Virginie et, en avril 1781, un corps expéditionnaire britannique commandé par Benedict Arnold (après sa défection) débarque. Celui-ci fait mouvement à travers la Virginie, détruisant au passage des dépôts de ravitaillement américains, avant de se joindre à l'armée de Cornwallis.

Lafayette engage Cornwallis, avec des forces nettement inférieures en nombre, dans une série d'escarmouches, tout en évitant une bataille majeures. En juillet 1781, incapable de battre ou de capturer le Français, Cornwallis décide de replier son armée vers Yorktown, pour y réembarquer et retourner à New York. Mais il n'y arrivera jamais.

En effet, le 5 octobre 1781, une flotille française commandée par François-Joseph Paul, "Comte de Grasse", écrase les navires de la Royal Navy lors de la Bataille navale de Chesapeake, coupant ainsi tout espoir de retraite au général Charles Cornwallis.


17,000 Franco-Américains commandés par George Washington, Lafeyette et le Comte de Rochambeau, convergent des fronts nord et sud vers Yorktown et, au début d'octobre 1781, entament le siège de la ville. Pendant plusieurs jours, l'artillerie terrestre et la flotte française au large pilonnent les positions britanniques.


Le 19 octobre 1781, c'est la fin: Cornwallis, sachant ses positions indéfendables, se résout à capituler avec toute son armée de 7,000 hommes. Après cette capitulation, des pourparlers de paix s'ouvre entre les Insurgés et les Britanniques, qui déboucheront deux ans plus tard sur le Traité de Paris.

Tableau ci-dessous: capitulation de Cornwallis à Yorktown, le 19 octobre 1781.



Article modifié le 14 juin 2014.


Sources principales:
History of the United States (Wikipedia.org)
• Elise Marienstras, Naomi Wulf, "Révoltes et révolutions en Amérique", Atlande, 2005.
• Jacques Binoche, "Histoire des Etats-Unis", Paris, Ellipses, 2003.