20 octobre - 31 décembre 1944 - Opération King II: Leyte, le grand retour de MacArthur aux Philippines

Le 20 octobre 1944 à 10h05, les Task Forces américaines TF78 et TF79, nommées "Northern Attack Force" et "Southern Attack Force", commandées respectivement par le vice-amiral Daniel E. Barbey et le contre-amiral Theodore S. Wilkinson, font débarquer, sur la côte orientale de l'île, quatre divisions et 120,000 hommes de la 6ème Armée américaine, commandée par le lieutenant-général Walter Krueger.

Dans l'après-midi, Douglas MacArthur, le commandant en chef des forces alliées du Pacifique Sud-Ouest, son chef d'état-major, le général Richard Sutherland, le président philippin en exil, Sergio Osmena, ainsi que de nombreux officiers supérieurs des deux pays, débarquent d'une péniche et prennent pied sur le sol philippin. Sa célèbre promesse "Je reviendrai!", faite aux Philippins deux ans et demi plus tôt, est honorée. L'Américain tient maintenant sa revanche et son humiliation de 1942 est enfin lavée. La longue et sanglante campagne américaine des Philippines 1944-1945 commence...




Contexte historique.

Economiquement, les Philippines sont pour les Japonais une très importante source de ravitaillement en matières premières, en particulier pour le caoutchouc, en provenance de l'Asie du Sud-Est. Pour Tokyo, militairement, le contrôle de l'archipel est vital pour sa survie. Géographiquement, les Philippines ont également une position hautement stratégique: sa perte signifierait l'isolement des forces japonaises stationnées en Asie du Sud-Est (Formose, Thailande, Birmanie, Malaisie, Bornéo et Indochine) de la métropole.

Pour le général Douglas MacArthur, qui en avril 1942, au moment de la fulgurante expansion japonaise, avait solennellement promis au peuple philippin "Je reviendrai!", c'est aussi une question d'honneur. Depuis la fin de la campagne de Nouvelle-Guinée et les opérations américaines contre les îles Palau et Morotai, à la mi-septembre 1944, l'aviation embarquée de la 3ème Flotte américaine, commandée par l'amiral William Frederick "Bull" (Taureau) Halsey, Jr, règne en maître absolu: elle a détruit plus de 500 avions et coulé 180 navires marchands ennemis. Stratégiquement, le contrôle des Philippines permettrait à MacArthur de faciliter l'invasion de Formose (Taiwan) et d'Okinawa.



20 octobre 1944 - Opération King II: débarquement américain sur Leyte.

Pacifique Sud-Ouest. Philippines. Leyte. 10h05. Les Task Forces TF78 et TF79, désignées "Northern Attack Force" et "Southern Attack Force" et commandées respectivement par le vice-amiral Daniel E. Barbey et le contre-amiral Theodore S. Wilkinson, font débarquer, sur la côte orientale de l'île, quatre divisions et 120,000 hommes de la 6ème Armée américaine du général Walter Krueger.

Photos ci-desssous: les différents commandants en chef américains impliqués dans l'opération King II. De gauche à droite: le général Douglas MacArthur, commandant suprême du théâtre des opérations alliées du Pacifique Sud-Ouest, le lieutenant-général Walter Krueger, commandant de la 6ème Armée, le vice-amiral William F. Halsey, commandant de la 3ème Flotte, et le vice-amiral Thomas C. Kinkaid, commandant de la 7ème Flotte.


350 Liberty Ship et 400 navires de transport ou de débarquement de tout type de la 7ème Flotte du vice-amiral Thomas C. Kinkaid, protégés par 6 vieux cuirassés, 18 porte-avions d'escorte, 2 croiseurs lourds, 4 croiseurs légers, 82 destroyers d'escadre, 18 destroyers d'escorte et 22 sous-marins.


La 3ème Flotte du vice-amiral William Halsey est chargée du soutien aéronaval et de la protection de la 7ème Flotte. Son épine dorsale est constituée par la Task Force TF38 du vice-amiral Marc Mitscher, avec dix-huit porte-avions d'escadre et 1,450 avions embarqués.

Le commandement général des opérations est assuré par le général Douglas MacArthur, celui des forces de soutien et d'appui de la 7ème Flotte par Kinkaid.

La reconquête terrestre de Leyte, désignée "Opération King II", est confiée à Krueger. Précédés par un bombardement naval meurtrier déclenché à 6h et interrompu à 8h50 à cause des mauvaises conditions météorologique, au cours duquel l'aviation embarquée américaine déverse des centaines de tonnes de bombes dans la région de Dulag, les débarquements sont effectués sur un front large de 29km, sur deux têtes de ponts séparées.


Le X Corps du général Franklin C. Sibert, comprenant la 1ère Division de cavalerie et la 24ème Division d'infanterie, doit débarquer au nord, entre Tacloban et Palo. Le XXIV Corps du général John R. Hodge, composé des 7ème et 96ème Divisions d'infanterie, au sud entre Tanauan et Dulag. Dans l'après-midi, MacArthur, son chef d'état-major, le général Richard Sutherland, et le président philippin en exil, Sergio Osmena, ainsi que de nombreux officiers supérieurs américano-philippins, débarquent d'une péniche et prennent pied sur le sol philippin.

Sa célèbre promesse "Je reviendrai", faite aux Philippins le 11 mars 1942, est honorée. Utilisant un petit poste émetteur, il s'adresse, ému, aux Philippins, leur rappellant qu'il est de retour et les invitent à collaborer avec les libérateurs: "People of the Philippines, I have returned! By the grace of Almighty God, our forces stand again on Philippine soil."

Pour défendre l'ensemble de l'archipel philippin, l'armée japonaise disposent au total de 260,000 hommes, sous les ordres du maréchal Hisaichi Terrauchi, commandant du "Groupe d'Armées expéditionnaires du Sud", dont dépendent les Philippines. Sur Leyte, la défense est confiée aux 55,000 hommes des 16ème, 30ème, 26ème et 102ème Divisions de la 35ème Armée japonaise, commandée par le général Tomoyuki Yamashita, surnommé le "Rommel d'Extrême-Orient" ou "Tigre de Malaisie", le vainqueur des Britanniques à Singapour, le 15 février 1942.

Photo ci-dessous: de gauche à droite, le maréchal Hisaichi Terrauchi, commandant du Groupe d'Armées Sud et des Philippines, et le général Tomoyuki Yamashita, commandant des troupes de la 15ème Armée japonaise sur Leyte.


Dans l'île, pour préparer et faciliter le débarquement de la 6ème Armée américaines, opèrent également environ 3,000 guerilleros philippins sous le commandement du lieutenant-colonel Ruperto Kangleon. Sous une constante couverture aérienne, les Américains occupent très vite le terrain d'aviation de Tacloban, la péninsule de Cataisan, l'accès nord de la vallée de Leyte, San José et Dulag.

A 12h30, retardé par des conditions météorologiques défavorables, le 6ème Bataillon de Rangers débarque sur les îles voisines de Saluan, Homonhon et Dinagat. A l'extrêmité sud, le 21ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie effectue un petit débarquement sur Panoan.

La réaction japonaise du premier jour n'est violente que dans certains secteurs. Comme toujours, suivant la stratégie japonaise, les attaques suicides et les charges banzaï sont lancées dans la nuit du 20 au 21 octobre, mais sont contenues par les Américains. Au large, des bombardiers japonais endommagent le porte-avions d'escorte Sangamon. Des bombardiers-torpilleurs touchent le croiseur léger Honolulu. Au crépuscule, les deux têtes de pont américaines, profondes de 1.5 à 2.5km, sont encore distantes de 16km.


Terrible bataille de Leyte (20 octobre - 31 décembre 1944).

1° Avance américaine dans la Vallée de Leyte (20-28 octobre 1944).

La bataille de Leyte est la première bataille de la campagne des Philippines entreprise par le général Douglas MacArthur en 1944 et 1945. Elle commence le 20 octobre avec le débarquement initial de la 6ème Armée américaine sur la côte orientale de l'île (voir plus haut) et se poursuivra jusqu'au 31 décembre 1944. Avec elle commence la longue et sanglante libération des Philippines, après trois ans d'occupation japonaise.


Dans les premiers jours, la 6ème Armée progresse régulièrement, en général face à une résistance japonaise sporadique et non coordonnée. Le 21 octobre 1944, la 1ère Division de cavalerie du major-général Verne D. Mudge sécurise Tacloban, le chef-lieu de la province. Le 23 octobre, MacArthur y préside une cérémonie officielle pour restaurer le gouvernement légitime philippin. Les 1ère et 2ème Brigades de cavalerie entament ensuite la consolidation de leur tête de pont pour prévenir une éventuelle contre-attaque japonaise partie des montagnes de l'intérieur des terre.


Sur le flanc gauche du X Corps, la 24ème Division d'infanterie, commandée par le major-général Frederick A. Irving, avance vers l'intérieur de l'île et doit faire face à une dure résistance ennemie. Après plusieurs jours et nuits de combats sanglant et avoir tué plus de 800 Japonais, les 19ème et 34ème Régiments de la division agrandissent et renforcent leur tête de pont, prenant le contrôle des hauteurs dominant l'entrée du nord de la vallée.

Le 1er novembre 1944, les deux régiments, après sept jours de progression avec l'aide des chars et de l'artillerie, atteignent la côte nord de l'île et le port de Carigara. Le jour suivant, la 2ème Brigade de cavalerie libère la ville du même nom. Dans sa progression à travers la vallée de Leyte, la 24ème Division d'infanterie a tué plus de 3,000 soldats ennemis. Mais le principal port de l'île, Ormoc sur la côte occidentale, reste encore sous le contrôle des Japonais.


Dans la zone d'opération du XXIV Corps, les deux divisions de Hodge progressent dans la partie sud de la vallée de Leyte, qui comprend quatre aérodromes japonais. La 96ème Division d'infanterie du major-général James L. Bradley donne l'assaut à Catmon Hill, un promontoire culminant à 420 mètres d'altitude, d'où l'artillerie japonaise harcelait sans cesse les positions américaines depuis le jour-J.

Les hommes de Bradley avancent également à travers la zone marécageuse à l'ouest et au sud de leur tête de pont de Labiranan. Après trois jour de durs combats, le 382ème Régiment de cette division s'empare d'une grande base logistique ennemie à Tabontabon, le 28 octobre 1944. Simultanément, deux bataillons des 381ème et 383ème Régiments avancent péniblement de chaque côté de Catmon Hill, et doivent faire face à une féroce résistance. Lorsque les Américains nettoient enfin la colline fortifiée japonaise, le 31 octobre 1944, ils y découvrent des dizaines de bunkers ou casemates, un vaste réseau complexe de galleries souterraines et de caves reliées entre-elles, ainsi que plusieurs positions protégées servant à l'artillerie lourde.


Sur le flanc gauche du XXIV Corps, la 7ème Division d'infanterie, commandée par le major-général Archibald V. Arnold, avance à l'intérieur de l'île pour s'emparer des aérodromes japonais et des petites localités situées entre Dulag et Burauen. Le 21 octobre 1944, le 184ème Régiment s'empare de l'aérodrome de Dulag. Le 17ème Régiment, de son côté, doit éliminer la résistance fanatique et suicidaire des Japonais dans son secteur et est bloqué. Et le 32ème Régiment, pour sa part, s'empare de l'aérodrome de Buri.

Pendant que deux bataillons du 184ème Régiment couvrent le flanc gauche du XXIV Corps, à l'extrêmité sud de la tête de pont, le 17ème Régiment, auquel a été rattaché le 2ème Bataillon du 184ème Régiment, tourne au nord vers Dagami pour effectuer sa jonction avec le X Corps. La 7ème Division d'infanterie s'en empare le 30 octobre 1944.

En attendant, le 29 octobre 1944, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment, précédé par le 7ème Escadron de cavalerie de reconnaissance, avance au sud le long de la côté orientale, vers Abuyong, et au cours des jours suivants, lancera en direction de l'ouest des patrouilles en profondeur à travers les montagnes, avançant vers la côte occidentale sans rencontrer d'opposition.



2° Contre-attaques aériennes et navales japonaises (24-28 octobre 1944).

Pendant que la 6ème Armée s'enfonce à l'intérieur de l'île, le haut-commandement japonais organise une série de contre-attaques aériennes de l'aviation basée à terre, et lance l'opération Sho-Go ("Victoire") dans l'intention de détruire la flotte d'invasion américaine en une seule "bataille décisive".

Le 24 octobre 1944, entre 150 et 200 avions japonais approchent des têtes de pont et des navires de la 7ème Flotte par le nord. 50 chasseurs de la 13th Air Force décollent en urgence et interceptent la force d'attaque japonaise, revendiquant entre 66 et 84 victoires. D'autres raids aériens, diurnes et nocturnes, se poursuivront encore pendant quatre jours, endommageant plusieurs dépôts de ravitaillement et installations terrestres, et menaçant les navires américains dans le Golfe de Leyte.

Le 28 octobre 1944, pour écarter définitivement cette menace, les Américains organiseront à leur tour une grande opération aérienne visant à détruire l'aviation japonaise et ses aérodromes sur les îles voisines (Bornéo, Luçon, Samar, Mindanao). Mais au large, dans le Golfe de Leyte, c'est l'opération aéronavale Sho-Go lancée par ce qui reste de la marine impériale qui met en péril les navires de la 7ème Flotte, laissés pratiquement sans protection par les porte-avions d'escadre lourds de la TF38, partis au nord à la recherche de la "Flotte Appât" d'Ozawa. Cette bataille aéronavale fera de ma part l'objet d'un article séparé.



3° Avance américaine vers Ormoc (2 novembre - 10 décembre 1944).

Le renforcement continuel de l'armée japonaise par mer pose d'énormes problèmes aux forces du général Walter Krueger. Si bien qu'au lieu de poursuivre le nettoyage de la Vallée d'Ormoc au sud et de la côte orientale, la 6ème Armée américaine se prépare maintenant à avancer directement vers l'ouest, à travers les montagnes. Objectif: le grand port et la Vallée d'Ormoc, où afflue le ravitaillement japonais.


Sur la côte nord, les 1ère Division de cavalerie et 24ème Division d'infanterie convergent rapidement vers Carigara le 2 novembre 1944. Après dix-sept jours de combat, la 6ème Armée a donc accomplit les premières et deuxièmes phases de ses objectifs. Des éléments de la 7ème Division d'infanterie, dans la zone d'opération du XXIV Corps, prennent le contrôle des approches de Baybay, sur la côte occidentale.

Pour nettoyer la Vallée d'Ormoc, Krueger a planifié une vaste opération d'encerclement, avec le X Corps constituant l'élément nord de la tenaille, avançant au sud à travers les montagnes, et le XXIV Corps, l'élément sud, remontant vers le nord le long de la côte occidental. Krueger dispose pour cela de nouvelles divisions fraîches, jusqu'alors tenues en réserve: les 32ème et 77ème Divisions d'infanterie. La 11ème Division aéroportée est également créée et activée par MacArthur.

Le 3 novembre 1944, dans la zone d'opération du X Corps, le 34ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie fait mouvement depuis Carigara le long de la côte nord, vers l'ouest. Soutenu par le 63ème Bataillon d'Artillerie de campagne, il s'empare au cours de la nuit suivante de la ville de Pinanopoan, abandonnée par les Japonais. Il marque ensuite une brève halte sur la Highway 2 (HWY2), avant de bifurquer au sud à travers les montagnes.


4° Sanglantes batailles de Breakneck Ridge et Kiley Ridge (7 novembre - 2 décembre 1944).

Le 7 novembre 1944, le 21ème Régiment de la 24ème Division d'infanterie, fraîchement débarqué dans l'île, livre son premier combat sur une hauteur le long de la HWY2, près de la Baie de Carigara. Il perce les défenses de la 1ère Division d'infanterie japonaise, récemment arrivée elle-aussi et disposée d'ouest en est au-travers de la route, qui elle est d'orientation nord-sud. Les Japonais y ont organisé un solide réseau de point d'appui fortifiés, interconnectés avec plusieurs lignes de tranchées. Les Américains surnommeront bientôt ce dispositif Breakneck Rigde, la "Colline de la Nuque Brisée".


Le 8 novembre 1944, un typhon apparaît et les pluies torrentielles vont ralentir considérablement l'avance américaine pendant plusieurs jours. Malgré ces conditions météo exécrables, le 21ème Régiment n'en poursuit pas moins la "Bataille de Breakneck Ridge". Des contre-attaques succèdent aux attaques dans les deux camps, et la colline changera de mains plusieurs fois.

Les Américains s'emparent d'une autre hauteur, la Colline 1525, 3km au sud-est de Breakneck Ridge, créant ainsi une brêche large de 6.5km au travers des défenses ennemies sur la HWY2.




Au cours des cinq jours suivants, les Américains repousseront deux contre-attaques nocturnes contre la Colline 1525. Pour anéantir les défenses japonaises, le major-général Frederick A. Irving, commandant la 24ème Division d'infanterie, décide alors d'effectuer un double mouvement d'enveloppement des positions ennemies. Le 2ème Bataillon du 19ème Régiment contourne le flanc droit japonais et coupe la HWY2 environ 5km au sud de Breakneck Ridge. Le 1er Bataillon du 34ème Régiment du lieutenant-colonel Thomas E. Clifford, arrivé par navires depuis Carigara, contourne le flanc gauche japonais par l'ouest. Après avoir traverser une ligne de collines et la rivière Leyte, les hommes de Clifford approchent du flanc gauche ennemi installé sur Kiley Ridge, la position dominant toute la région et culminant à 270m d'altitude.

Les deux bataillons américains accomplissent leur mouvement d'encerclement et effectuent leur jonction le 13 novembre 1944, à environ un kilomètre derrière les lignes japonaises. Le bataillon de Clifford tente un assaut contre Kiley Ridge par l'ouest, tandis que l'autre attaque une colline voisine à l'est. Mais ils sont repoussées et aucun des deux ne réussit à s'emparer de son objectif, principalement en raison de la nature détrempée du terrain, des pluies et de la boue persistante.


Il faudra encore deux longues semaines d'assauts du bataillon de Clifford, avec l'aide de l'artillerie de campagne, des mortiers lourds et des lance-flammes, pour s'emparer enfin de Kiley Ridge, le 2 décembre 1944. Au prix de 26 tués et 101 blessés du côté américain, près de 900 morts du côté japonais. Pour leur action, les deux unités impliquées recevront plusieurs citations présidentielles, et Clifford sera décoré de la Distinguished Service Cross, la Croix du Mérite décernée par le Congrès. Mais ce n'est que le 14 décembre 1944 que cette zone Breakneck Ridge-Kiley Rigde sera totalement nettoyée et sécurisée par la 1ère Division de cavalerie et la 32ème Division d'infanterie.


5° Prise d'Ormoc (10 décembre 1944).

Pendant que le X Corps avance dans les montagnes du nord, le XXIV Corps du général John R. Hodge n'a encore sur la côte occidentale de l'île que la 32ème Division d'infanterie, la plus grande partie de la 7ème Division d'infanterie devant sécuriser la région de Burauen. Ce n'est qu'après sa releve par la nouvelle 11ème Division aéroportée qu'Hodge disposera de la 7ème Division en entier.

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, la 32ème Division d'infanterie est attaquée par la 26ème Division d'infanterie japonaise, et certaines de ses unités doivent reculer. Mais l'infanterie américaine regagne le terrain perdu le jour suivant, avec l'aide du 767ème Bataillon de chars, du 49ème Bataillon d'artillerie de campagne (105mm) et du batterie de Long Tom (155mm) des Marines.

Harcelés par le bombardement de ces unités, les Japonais concentrent leurs efforts contre elles dans la nuit du 23 au 24 novembre 1944, détruisent plusieurs obusiers de 155mm. La journée du lendemain, le 57ème Bataillon d'artillerie de campagne vient renforcer le dispositif américain. La bataille pour Shoestring Ridge se poursuit, et les Japonais lancent encore deux autres attaques nocturnes consécutives, en dépit de leurs lourdes pertes.

Le 27 novembre 1944, le XXIV Corps passe à l'offensive générale et avance péniblement vers Ormoc, confronté à une résistance ennemie suicidaire.

Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1944, des engins amphibies du 776ème Bataillon de chars effectuent un petit débarquement sur le littoral, à environ un kilomètre derrière les lignes japonaises. Le matin suivant, cela permet aux 17ème et 184ème Régiments de la 7ème Division d'infanterie de reprendre leur avance. Cette tactique de débordement désorganise complètement les défenses de la 26ème Division d'infanterie japonaise.

Les deux régiments américains avancent ensuite au nord mais buttent contre les défenses ennemies sur la Colline 918, d'où l'on a une vue imprenable du littoral jusqu'à Ormoc. Deux jours d'intenses combats sont nécessaires pour en chasser les Japonais et sécuriser la position. Après quoi, la progression de la 7ème Division d'infanterie s'accélère. Le 6 décembre, le bataillon de tête du major-général Archibald V. Arnold est à 16km au sud d'Ormoc.


Le XXIV Corps reçoit en renfort la 77ème Division d'infanterie du major-général Andrew B. Bruce. Le 7 décembre 1944, ses 305ème, 306ème et 307ème Régiments effectuent un second débarquement à Ipil, derrière les positions japonaises. En raison de la faible réaction ennemie, leur avance est rapide.

Mais la réaction aérienne japonaise est, elle, très forte: une cinquantaine de kamikazes s'abattent sur la flotte de débarquement, coulant un Landing Ship Tank (LST), endommageant deux destroyers, deux navires de transport et quatre autres LST.

Les troupes de Bruce, appuyées par les 305ème et 902ème Bataillons d'artillerie de campagne, pénètrent enfin dans la ville à l'aube du 10 décembre 1944, après avoir tué 1,506 soldats japonais et capturés 7 prisonniers de guerre, au prix de 123 tués ou blessés et 13 disparus du côté américain. Avec la prise d'Ormoc, les X et XXIV Corps se retrouvent encore séparés par 26km. Au nord de la ville, la dernière poche japonaise résiste encore pendant deux jours aux assauts répétés du 12ème Régiments d'infanterie indépendant, avant d'être liquidé à l'artillerie lourde et aux lance-flammes du 305ème Régiment.

Parallèlement à l'avance américaine vers Ormoc, le 6 décembre 1944, les Japonais organisent une contre-attaque surprise contre les aérodromes de Burauen, effectuée par leurs 16ème et 26ème Divisions d'infanterie, à partir des montagnes du centre. Elle est combinée avec un assaut de 350 parachutistes des 3ème et 4ème Régiments aéroportés japonais, partis de Luçon et largués près des aérodromes de Buri et de San Pablo. Bien que mal cordonné, l'assaut japonais désorganise le front arrière américain au cours des quatre jours suivants, causant des dégâts à l'aviation stationnée sur les aérodromes. En général, les troupes de soutien logistique et de services administratifs de la 7ème Division d'infanterie tiennent cependant bon jusqu'à l'arrivée des renforts de la 11ème Division aéroportée et de la 38ème Division d'infanterie.


Les deux divisions américaines se concentrent dans l'élimination des parachutistes japonaises, terminée le 11 décembre 1944. En définitive, cette contre-attaque n'a que peu de conséquences sur la conduite des opérations américaines sur Leyte.


6° Marche vers l'ouest et fin de la bataille (10-31 décembre 1944).

Après la prise d'Ormoc, la 77ème Division d'infanterie s'empare le 18 décembre 1944 de l'aérodrome de Valencia, 11km au nord de la ville, et poursuit son avance au nord établir le contact avec le X Corps.

Le même jour, le général Franklin C. Sibert ordonne à la 1ère Division de cavalerie de poursuivre et de terminer son avance au sud. Le 12ème Régiment de cavalerie débouche des montagnes dans la Vallée d'Ormoc en suivant la Highway 2 (HWY2), suivie par le 271ème Bataillon d'artillerie de campagne qui nettoie les portions de route derrière l'infanterie. Au nord de la vallée, la 32ème Division d'infanterie lutte toujours face à une féroce résistance de la 1ère Division d'infanterie japonaise, sur la HWY2, après avoir fait mouvement au sud de Kiley Ridge et pénétré dans une jungle épaisse. Utilisant des lance-flammes, des chars et des mortiers, les 126ème et 127ème Régiments, au prix de sanglants combats au corps-à-corps et à la baïonnette, avance de 1,600m en cinq jours. Ce seront les pires affrontements de la campagne de Leyte.

Le 21 décembre 1944, le contact entre deux patrouilles du 12ème Régiment de cavalerie et du 306ème Régiment d'infanterie marque la jonction entre les 10ème et XXIV Corps, et la fin de la manoeuvre en tenaille de la 6ème Armée américaine entamée le 3 novembre.

Pendant que les 77ème et 32ème Divisions opèrent dans la Vallée d'Ormoc, la 11ème Division aéroportée du major-général Joseph M. Swing fait mouvement des montagnes centrales vers l'ouest. Après une dure progression entamée le 25 novembre 1944, le 511ème Régiment de parachutistes atteint Mahonag, 16km à l'ouest de Burauen, le 6 décembre, le jour où les parachutistes japonais lancent leur contre-attaque contre les aérodromes américains de Buri et de San Pablo.

Le 16 décembre 1944, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment entame le mouvement de la 7ème Division vers l'est à travers les montagnes, pour faire sa jonction avec la 11ème Division aéroportée, qui avance vers l'ouest.

Le 23 décembre 1944, après avoir éliminer la résistance japonaise sur plusieurs collines, le 2ème Bataillon du 32ème Régiment effectue enfin sa jonction avec les troupes du 2ème Bataillon du 187ème Régiment d'infanterie planée. Ce qui met un terme définitif aux opérations des deux divisions américaines sur Leyte.

Le major-général Andrew D. Bruce entame le mouvement de sa 77ème Division d'infanterie vers Palompon, à l'aube du 22 décembre 1944, en faisant avancer les 2ème et 3ème Bataillon du 305ème Régiment, avec un soutien blindé, vers l'ouest en suivant le réseau routier. Ils sont accompagnés par le 302ème Bataillon du génie, qui répare et renforce les ponts pour permettre le passage des chars, de l'artillerie et des véhicules de ravitaillement. Les unités de Bruce avancent rapidement face à une résistance sporadique japonaise, jusqu'à ce que celle-ci se durcisse subitement, à environ 13km de Palompon. Pour contourner les positions ennemies, le commandant américain ordonne au 1er Bataillon du 305ème Régiment d'effectuer un débarquement depuis Ormoc.

Appuyés par les tirs de mortiers de la 2ème Brigade du génie spécial et les obusiers de 155mm du 531ème Bataillon d'artillerie de campagne, les GIs débarquent le 25 décembre 1944 à 7h20 et sécurisent le port et la zone côtière en quelques heures à peine. Avec la prise du dernier port encore aux mains des Japonais, le général Douglas MacArthur annonce la fin de la résistance organisée ennemie sur Leyte.

Le lendemain 26 décembre 1944, MacArthur transfère la conduite des opérations sur Leyte et Samar à la 8ème Armée américaine, nouvellement constituée. Les divisions des X et XXIV Corps passent donc sous son autorité. Et la 6ème Armée s'apprête à entamer son prochain grand objectif: le débarquement sur l'île de Luçon, programmer pour le 9 janvier 1945.

En attendant, les opérations se poursuivent. Le 28 décembre 1944, la 1ère Division de cavalerie atteint la côte occidentale de Leyte à Tibur et Villaba, pendant que la 32ème Division d'infanterie liquide les derniers foyers de résistance japonaise à Tabango et à la Pointe d'Antipolo. Les défenseurs japonais continueront à combattre jusqu'au 31 décembre 1944, et les derniers d'entre-eux se rendront aux autorités américaines le 8 mai 1945.



7° Bilan de la bataille de Leyte.

La bataille de Leyte est la première campagne américaine visant à la reconquête des îles Philippines. Les pertes terrestres américaines s'élèvent à 15,584 hommes mis hors-de-combat, dont 3,504 tués. Les pertes japonaises sont difficiles à établir avec certitude, mais elles sont estimées par les Américains à environ 49,000 tués, sur les 55,000 soldats qui ont combattu sur l'île pendant six semaines. Organiquement, quatre divisions de la 35ème Armée japonaise ont été détruites, ainsi que plusieurs autre unités de combat indépendantes. La marine impériale a également perdus au cours de cette période 26 navires de guerre et 46 navires de transport ou marchands.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 18 octobre 2015.


Sources principales:
Battle of Leyte (Wikipedia.org)
The US Army campaigns of World War II - Leyte (HyperWar)

2-21 octobre 1944 - Allemagne: bataille d'Aix-la-Chapelle

La bataille d'Aix-la-Chapelle (Aachen) s'est déroulée du 2 au 21 octobre 1944. C'est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés. Fin septembre, les Anglo-Américains, après avoir gagné la longue et sanglante bataille de Normandie, ont libéré en un temps record le Nord de la France et la Belgique.

Après l'échec des Britanniques à Arnhem, en Hollande, l'espoir des Américains de finir la guerre avant la fin de l'année et l'arrivée de l'hiver est de percer la Ligne Siegfried le long de la frontière belgo-allemande et de foncer jusqu'à Cologne (Köln), ce qui permettrait du même coup le contrôle des digues de la Roer (Rur) et de la Fôret de Hürtgen (Hürtgenwald), leur assurant ainsi un solide point de passage sur le Rhin.




Objectif du général Omar Bradley.

A la mi-septembre 1944, la Wehrmacht, après sa désastreuse retraite de Normandie et du sud de la France, est maintenant réduite à défendre le territoire national sur le front occidental. Les Allemands se sont retranchés sur la Ligne Siegfried (Westwall), un système de fortifications, de bunkers et d'obstacles bétonnés disposés le long de la frontière allemande, du nord des Pays-Bas jusqu'à la frontière suisse.


En dépit des pertes énormes qu'ils ont subit depuis juin 1944, les Allemands sont pervenus à recompléter une partie de leur forces sur le front occidental. Fin septembre 1944, la Wehrmacht alligne sur la Ligne Siegfried l'équivallent de 25 divisions reconstituées tant bien que mal et 230000 hommes. Mais ceux-ci comptent désormais une forte proportion de jeunes inexpérimentés et de vieillards de la Volksturm, mal équipés, mal commandés et faiblement entraînés.

Le 11 septembre 1944, lorsque la 1ère Armée US du général Courtney Hodges, après avoir libéré la totalité de la Belgique, franchit pour la première fois la frontière allemande dans la région d'Aix-la-Chapelle, l'officier allemand commandant la garnison de la ville, pris de panique, écrit une lettre à Adolf Hitler lui demandant l'autorisation de capituler. Le Führer, en réponse, le destitue et le fait remplacer par le colonel Gerhard Wilck, commandant de la 246ème Division de Volkgrenadiers (246.VGD). Le Haut-commandement allié du général Dwight Eisenhower comprend dès lors qu'il lui faudra enlever l'ancienne capitale de l'Empire Germanique par la force, au prix de durs combats hurbains, rue par rue.

Le plan de Hodges et de sa 1ère Armée US est d'encercler d'isoler la ville ennemie grâce à un double mouvement de débordement de part et d'autre, avec les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie.


Défenses du secteur d'Aix-la-Chapelle.

Le 1er octobre 1944, le front de l'ouest a été plus ou moins stabilisé, et la Wehrmacht en profite pour se reconstituer et réorganiser une solide ligne de défense. Dans ce secteur, outre les forces de première ligne, des unités de la 6ème Panzerarmee-SS de Joseph "Sepp" Dietrich ont été placé au repos à l'arrière du front et sont en cours de réorganisation. C'est le cas des 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler, 2ème Division panzer-SS Das Reich, et 12ème Division panzer-SS Hitler Jugend, ainsi que des 9ème et 116ème Divisions panzers.

Photo ci-dessous: Dents de Dragon (obstacles antichars) de la Ligne Siegfried dans la région d'Aix-la-Chapelle.


Aix-la-Chapelle, dont la population de 160000 habitants a été evacuée sur ordre d'Hitler, est sous la responsabilité du 81ème Korps commandé par le général Friedrich Koechling, qui comprend quatre divisions incomplètes: 183ème et 246ème de Volksgrenadiers, 12ème et 49ème d'infanterie. Ces forces, auxquelles sont ratâchés les blindés du 506ème Bataillon et de la 108ème Brigade panzers, regroupent 20000 hommes. Koechling peut également compter sur un embryon des 116ème Division panzer et 3ème Division de panzergrenadiers, détruites pendant la libération de la France et reformées, 4000 hommes.

La 246ème Division de Volksgrenadiers remplace la 116ème Division panzer et est chargée de la défense intérieure. Le secteur nord est couvert par la 183ème Division de Volksgrenadiers et la 49ème Division d'infanterie. Le secteur sud, par la 12ème Division d'infanterie. Au cours de la bataille, durant les semaines suivantes, des unités des divisions de la 6ème Panzerarmee-SS viendront renforcer les défenseurs allemands. Ses renforts seront estimés à 20000 hommes supplémentaires.

Soit un effectif total de 44000 soldats allemands.

Photo ci-dessous: le Feldmarshall Walter Model, commandant du Heeresgruppe B, inspectant le front de la 246ème Division de volksgrenadiers dans la région d'Aix-la-Chapelle, en octobre 1944.



Forces américaines engagées.

L'encerclement et la capture d'Aix-la-Chapelle reviennent à deux divisions d'élite américaines: la 30ème Division d'infanterie du 19ème Corps US (Charles H. Corlett), au nord, et la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US (Joseph Collins), au sud.

Au nord, la 30ème Division d'infanterie du major-général Leland Hobbs est assisté dans sa tâche par les chars de la 2ème Division blindée, et ses flancs couverts par la 29ème Division d'infanterie.

Au sud, des éléments des 9ème Division d'infanterie et 3ème Division blindée renforcent le dispositif de la 1ère Division d'infanterie, commandée par le major-général Clarence R. Huebner.

Les forces américaines engagées dans cette bataille sont estimées à environ 45000 GIs.


Combats de rue dans l'ancienne capitale de Charlemagne.

1° Avance américaine au nord (2-8 octobre 1944).

L'offensive du 19ème Corps US débute le 2 octobre 1944 avec une préparation d'artilerie de la 30ème Division d'infanterie. Mais la résistance allemande est très efficace et très dure, les pertes américaines sont lourdes. Les GIs doivent éliminer péniblement les bunkers et points d'appui allemands aux lance-flammes et aux charges d'explosifs. Dans la soirée, cependant, la 30ème Division d'infanterie perce le front ennemi et s'empare de la localité de Palenberg. Durant cette première journée, les actions de la 30ème Division ont été secondé également par une attaque de diversion de la 29ème Division, sur son flanc gauche.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque, qui est finalement brisée par l'artillerie américaine.


Le 3 octobre 1944, l'avance de la 30ème Division d'infanterie est sans cesse ralentie par une succession de contre-attaques allemandes. La localité de Rimburg est prise. Des chars Sherman de la 2ème Division blindée s'emparent d'Ubach. En fin de journée, les Américains franchissent la rivière Wurm. Les Allemands poursuivent leurs contre-attaques pour reprendre Ubach, causant de lourdes pertes dans l'infanterie et l'artillerie américaine.

Le 4 octobre 1944, l'avance américaine est limitée, bien que les localités d'Hoverder et de Beggendorf soient occupées. En trois jours de combat, la 30ème Division d'infanterie a enregistré la perte de 1800 tués et blessés.

La progression américaine s'accélère le 5 octobre 1944, avec la prise de Merkstein-Herbach. Des contre-attaques allemandes infructueuses pour reprendre Urbach se poursuivent le jour suivant, toutes brisées par l'infanterie américaine.

Une ultime contre-attaque allemande est lancée le 8 octobre 1944, avec l'appui de chars Tigre de la 108ème Brigade panzer, mais est elle-aussi repoussée sur ses positions de départ, bien qu'elle occasionne de pertes sérieuses dans les rangs américains. Un peleton de chars Sherman attaque la localité de Mariadorf, à l'arrière du front, et en chasse les Allemands en fin de journée.

Dans l'incapacité de stopper l'avance américaine au nord d'Aix-la-Chapelle, le commandement allemand procède au transfert de la 3ème Division de panzergrenadiers à l'intérieur de la ville pour renforcer les défenseurs. Le déplacement de cette division est suivi par celui du 1er Panzerkorps-SS, composé de la 116ème Division panzer et des Tigre du Bataillon de Chars Lourds 101 de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.


2° Avance américaine au sud (8-11 octobre 1944).

Au sud, la 1ère Division d'infanterie du 7ème Corps US débute son offensive le 8 octobre 1944. Les combats sont particulièrement violents à Verlautenheide et sur la Colline 231, surnommée "Crucifix Hill" et capturée en fin de journée par la compagnie C du 18ème Régiment, commandée par le capitaine Bobbie E. Brown.

Le 9 octobre 1944, bien que ralentie par les contre-attaques allemandes visant à reprendre Crucifix Hill, la 1ère Division d'infanterie poursuit avec succès l'encerclement de la ville.

Le 10 octobre 1944, le commandant divisionnaire, le major-général Clarence R. Huebner, délivre un ultimatum aux défenseurs allemands, les sommant de capituler avant vingt-quatre heures. Mais ceux-ci rejettent l'offre catégoriquement.

En réponse à cela, le lendemain, l'artillerie américaine entame le pillonage et déverse sur la ville 5000 obus et 153 tonnes d'explosifs rien que dans la journée du 11 octobre 1944. Aix-la-Chapelle devient également la cible de l'aviation tactique.


3° Jonction des 1ère et 30ème Divisions d'infanterie (11-16 octobre 1944).

Les pertes américaines s'accroissent en raison des continuelles contre-attaques et de l'efficacité des réseaux de bunkers et de fortifications allemandes.

Le 12 octobre 1944, les Allemands lancent une contre-attaque majeure contre la 30ème Division d'infanterie. Mais elle est brisée grâce à l'intervention de l'artillerie de campagne divisionnaire et des défenses antichars mises en place par les Américains. Dans le village de Birk, un seul char Sherman bloque l'avance allemande pendant trois heures et parvient à mettre plusieurs blindés ennemis hors de combat, forçant ainsi les Allemands à se retirer sur leurs positions de départ.

La position du char américain est ensuite renforcée grâce à l'arrivée inopinée de la 2ème Division blindée dans cette zone. La 30ème Division d'infanterie repasse à l'offensive sur toute la largeur de sa ligne de front, et en dépit des incessantes contre-attaques allemandes, elle poursuit son avance au sud d'Aix-la-Chapelle, cherchant le contact avec la 1ère Division d'infanterie. Pour l'aider dans cette tâche, le commandement lui a adjoint plusieurs bataillons d'infanterie de la 29ème Division d'infanterie voisine.

Le même jour, au nord, deux régiments d'infanterie allemands contre-attaquent la 1ère Division d'infanterie, dans l'intention de reprende Crucifix Hill. Sur cette hauteur, les combats seront particulièrement durs et sanglants, les deux régiments allemands réussissant à prendre temporairement le contrôle de la position, avant d'être isolés et complètement détruits en fin de journée.

Entre le 11 et le 13 octobre 1944, l'artillerie de la 1ère Division et l'aviation alliée bombardent directement les défenseurs allemands à l'intérieur d'Aix-la-Chapelle même.

Le 14 octobre 1944, le 26ème Régiment de cette division reçoit l'ordre de nettoyer la zone industrielle, dans sa périphérie, pour préparer son avance dans les rues du centre-ville.

Le 16 octobre 1944, les Allemands lancent une enième attaque contre les positions de la 1ère Division d'infanterie, avec le même résultat décevant des précédentes, dans l'espoir de stopper le mouvement d'encerclement des deux bras de la pince américaine.

La 30ème Division d'infanterie, avec des éléments de la 29ème Division et de la 2ème Division blindées, poursuit son attaque vers le sud, entre les 13 et 16 octobre 1944, en particulier dans la zone du village de Würselen. Cependant, en dépit du soutien aérien et de l'artillerie de campagne, ces unités ne parviennent plus à éliminer les défenses allemandes, à avancer et effectuer leur jonction avec les forces américaines au sud d'Aix-la-Chapelle.

Par conséquent, le major-général Leland Hobbs décide de ne plus attaquer de front mais de tenter une percée décisive par les flancs, en attaquant avec deux bataillons d'infanterie dans d'autres secteurs. Sa manoeuvre réussit pleinement et, ce 16 octobre, les 1ère et 30ème Divisions d'infanterie réussissent enfin à établir leur jonction. A cette date, depuis le début de l'offensive américaine, deux semaines plus tôt, les combats ont coûté au 19ème Corps US près de 400 tués et 2000 blessés, 72% de ces pertes venant de la 30ème Division. Du côté allemand, environ 630 tués et 4400 blessés.

C'est le tour de la 3ème Division de panzergrenadiers, tout juste arrivée sur zone, de lancer ses propres attaques contre la 1ère Division d'infanterie. Mais après avoir subit de lourdes pertes, près de 600 tués et blessés, elle doit renoncer à son tour et suspendre ses opérations offensives.



4° Combats hurbains (13-21 octobre 1944).

Il reste maintenant aux Américains à réduire le "noyau dur" allemands: la défense intérieure d'Aix-la-Chapelle est assurée par 5000 Allemands, de la Wehrmacht, des Panzers-SS, de personnel de l'aviation, de la marine et de la police municipale.

Le 13 octobre 1944, en raison des opérations d'encerclement menées simultanément, les forces américaines ne peuvent alligner pour investir la ville que les 2ème et 3ème Bataillons du 26ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie, équipés de lance-flammes, de mortiers, de mitrailleuses lourdes, de quelques chars Sherman et d'une batterie d'obusiers de 155mm.

Ce seront les pires combats de la bataille d'Aix-la-Chapelle. Les Allemands et les Américains s'y livreront de féroces combats de rues, de maisons, d'escarmouches, d'embuscades. Des dizaines de foyers de résistances que les GIs devront implacablement réduire un par un, aux lance-flammes, à la baïonnette et au corps-à-corps s'y nécessaire.

Le 18 octobre 1944, le 3ème Bataillon du 26ème Régiment s'apprête à prendre d'assaut l'Hotel Quellenhof, servant de QG à la "Forteresse Aachen" et le point de résistance allemand le plus solide. Dans la nuit du 18 au 19 octobre, les défenseurs du bâtiment sont encore renforcés par 300 combattants aguerris de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH.

Pour réduire cette position stratégique, les Américains ne prennent pas de risques inutiles: ils pilonnent l'hôtel en tirs directs aux mortiers, aux chars et aux obusiers de 155mm.

Le 21 octobre 1944, pour les Allemands, c'est la fin! Le 26ème Régiment d'infanterie américain nettoie les derniers foyers de résistance dans les parties centre et ouest de la ville. Le lendemain, après la prise des ruines de l'Hotel Quellenhof, ce qui reste de la garnison allemande dépose les armes.


Bilan de la bataille.

La bataille d'Aix-la-Chapelle aura coûté aux deux adversaires de lourdes pertes. Du côté allemand, sur un effectif total engagé de 44000 hommes, environ 5000 tués et blessés, 5600 prisonniers capturés. Durant les combats de rues à l'intérieur même de la ville (13-21 octobre), le commandement allemand admet la perte de 5100 hommes, dont 3473 prisonniers.

Du côté américain, la 30ème Division d'infanterie enregistre la perte de 3000 tués et blessés. La 1ère Division d'infanterie, 150 tués et 1200 blessés.

Organiquement, la Wehrmacht a perdu en trois semaines deux divisions d'infanterie ou de volksgrenadiers complètes. Plus huit autres endommagés à divers degrés. Mais c'est au niveau du symbole que l'effet est le plus dévastateur pour le Troisième Reich: Aix-la-Chapelle est la première ville allemande à tomber aux mains des Alliés, occidentaux ou soviétiques.


De toute façon, les opérations offensives américaines dans cette zone du front sont loin d'être terminées. Car la 1ère Armée US du général Courtney Hodges est maintenant durement engagée dans la Fôret de Hürtgen, la région de Düren au sud-est d'Aix-la-Chapelle, et le contrôle des barrages sur la Roer.





Série documentaire, les "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Dailymotion.


"La bataille d'Allemagne" - 1ère partie: "Le dernier sursaut d'Hitler".












Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article rédigé le 27 décembre 2014.


Sources principales:
The Battle of Aachen (October 1944) (Wikipedia.org)

Armée de l'Air française en 2009: un siècle d'histoire

La force aérienne française, appelée communément "Armée de l'Air", est créée en 1909, d'abord en tant que "Service Aéronautique" de l'Armée de Terre. C'est donc la plus ancienne aviation militaire du monde. Devenue indépendante et autonome en 1934, elle compte aujourd'hui un effectif d'environ 65000 hommes et femmes, un inventaire de 560 avions et hélicoptères, et est commandée par le général d'armée aérienne Jean-Paul Paloméros.



Histoire de l'Armée de l'Air française (1909-2009).

1° Premières années (1909-1914).

L'histoire de l'aviation en France débute avec des pionniers comme Henri Farman et Louis Blériot durant la première décennie du vingtième siècle. Et comme beaucoup d'autres pays à cette époque, la France ne voit d'abord dans l'"aéroplane" qu'un simple outil d'observation et de reconnaissance aérienne au profil de l'armée de terre.

En décembre 1909, le Département de la Guerre français envoie des officiers et des aspirants officiers, provenant de toutes les branches de l'Armée mais en grande majorité du génie et de l'artillerie, pour s'entraîner dans des écoles civiles de pilotages, en tant qu'"élèves-pilotes", à Reims ou Bron.

En mars 1910, l'"Etablissement Militaire d'Aviation" (EMA) est fondé pour mener des expériences avec des avions. Le mois suivant, le "Service Aéronautique" voit le jour, avec un commandement aérien distinct, comprenant l'EMA, et plusieurs compagnies de ballons (aérostat) d'observation. Finalement, l'armée de terre se dote de sa propre "force aérienne", désignée "Aéronautique Militaire", le 22 octobre 1910, sous le commandement du général Pierre Roques.

Néammoins, il faudra encore attendre jusqu'à la moitié de l'année 1911 pour que les premiers "brevets militaires d'aviation" soient homologués et décernés aux élèves-pilotes de l'armée. En outre, ce n'est qu'après le vote d'une loi à l'Assemblée, le 29 mars 1912, que l'Aéronautique Militaire fait officiellement partie des forces armées nationales, aux côtés des quatres autres composantes traditionnelles de cette époque: l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie et le génie.

Le premier brevet militaire de pilote français est décerné au lieutenant Charles de Tricornot de Rose, qui a accomplit son instruction à l'école aérienne Blériot de Pau, une école fondée et inaugurée par les frères Orville et Wilburt Wright l'année précédente dans le sud-ouest de la France.

Quoique l'Allemagne forme à la même époque l'embryon d'un corps aérien, nombre de personnes et d'historiens considèrent l'aviation militaire française comme la plus ancienne du monde, même si elle ne deviendra véritablement l"Armée de l'Air" indépendante que le 2 juillet 1934, soit seize ans après que le British Royal Flying Corps (RFC) est donné naissance à "Royal Air Force" indépendante.



2° Première guerre mondiale (1914-1918).

Lorsque la France déclare la guerre à l'Allemagne, le 3 août 1914, l'Aéronautique Militaire française compte vingt-et-un escadrons et 132 machines. Ce sont essentiellement des avions de reconnaissance Farman MF.2. Le 8 octobre 1914, cependant le commandant en chef, le général Barès, envisage une expansion radicale à 65 escadrons. Il propose en outre que quatre types d'avions soit assignés à quatre types de tâches différentes: Morane-Saulnier pour l'aviation de chasse, Voisin pour le bombardement, Farman pour la reconnaissance et Caudron pour l'observation et le réglage d'artillerie.

Au début de la Première Guerre mondiale, la disparition d'avions en missions est exclusivement le fait des tirs terrestres ennemis. Bien que le 5 octobre 1914, le sergent Joseph Franz et son mécanicien Louis Quénaut abattent à coup de pistolet un avion de reconnaissance allemand Aviatik. C'est le premier combat aérien de l'Histoire et la première victoire aérienne homologuée au cours de ce conflit.

Cependant, le "combat aérien" ne devient vraiment révolutionnaire que quand un pilote français, Roland Garros, a l'idée ingénieuse de monter une mitrailleuse Hotchkiss sur le capot moteur de son Morane-Saulnier L et d'ajouter des plaques déflectrices en métal pour protéger les pales d'hélice en bois, lorsqu'il tire. Plus tard, il mettra au point un système de synchronisation entre la mitrailleuse et l'hélice.

Roland Garros deviendra ainsi le premier as de l'aviation en détruisant plusieurs avions ennemis, avant d'être lui-même abattu et capturé en avril 1915. Evadé et ayant regagné les lignes françaises, il combattra de nouveau, jusqu'à ce qu'il soit tué au combat un mois avant l'armistice du 11 novembre 1918, à la veille de son 30ème anniversaire.

L'invention de Garros inspire à son tour le concepteur d'avion néerlandais Anthony Fokker, qui travaille pour les Allemands en mettant au point son monoplan E.I, un avion révolutionnaire pour l'époque (1915), qui changera radicalement la tactique du combat aérien et assurera la maîtrise aérienne absolue en 1915 au-dessus du champs de bataille.

Tout au long du conflit, naissent les premiers as de l'aviation. Du côté français, René Fonck, l'as des as allié, qui finira la guerre avec un tableau de chasse impressionant de 75 victoires homologuées, Georges Guynemer, tué en septembre 1917 (54 victoires), et Charles Nungesser (43 victoires). Du côté allemand, Manfred von Richthofen, tué en avril 1918 après sa 80ème victoire, Ernst Udet (62 victoires) et Erich Löwenhardt, tué en août 1918 (54 victoires). Du côté britannique: William Bishop (72 victoires), Edward Mannock, tué en juillet 1918 (61 victoires) et le néo-zélandais Raymond Collishaw (60 victoires). Du côté américain: Edward Rickenbacker (26 victoires) et Raoul Luftbery (16 victoires).


En 1916, la plupart des escadrons français sont regroupés dans le secteur de Verdun. On assiste alors aux combats aériens les plus sanglants du conflit. Le combat aérien individuel fait place au combat aérien en formation, et les stratèges alliées introduise la notion de "wing" ou de "group", qui regroupe plusieurs escadrons.

La bataille de Verdun est vraiment le premier théâtre pour les combats aériens à grande échelles, où plusieurs escadrons s'affrontent dans de furieuses mêlées. A la fin de l'année 1916, après plusieurs mois de combats intensifs, l'aviation français a regagné péniblement la suprémacie aérienne dans cette zone.

C'est également l'époque où sont engagés en France les premiers volontaires américains de l'escadron La Fayette. Volants sur Nieuport 17 ou SPAD XIII, gagnant leur réputation de "bravoure et d'audace" en s'adjugeant un tableau de chasse total de 57 victoires, jusqu'à ce qu'ils soient réaffectés dans l'US Army Air Service en février 1918. L'as des as de cette unité américaine sous commandement français sera le bi-national Raoul Luftbery.

En avril 1917, l'Aéronautique Militaire compte 2870 avions, dont 400 d'observation ou de reconnaissance, 60 escadrons de chasse et 20 escadrons de bombardement. En mai 1918, 600 chasseurs et bombardiers sont regroupés sous le commandement unique de la "Division aérienne". Deux mois plus tard, les squadrons de reconnaissance à long rayon d'action voient le jour, évoluant selon des tactiques mises au point par un Américain.

Lors de l'armistice du 11 novembre 1918, l'Aéronautique Militaire alligne sur le front occidental 3608 avions de combat, répartis dans 331 escadrons opérationnels. Elle revendique 2049 avions et ballons ennemis abattus, pour 3500 tués au combat, 2000 tués par accidents et 3000 blessés ou disparus dans ses rangs.



3° Entre-deux-guerres (1919-1939).

La fin du conflit apporte une paix relative, le pays et ses infrastructures ont été ravagé par quatre longues années de guerre ininterrompue, comme la France n'en avait encore jamais éprouvé, et les cicatrices laissées ne sont pas uniquement physique.

L'industrie met un certain temps pour récupérer et s'adapter au temps de paix. Après l'armistice de 1918, les commandes d'avions militaires chutent. Cela entraîne une diminution du nombre d'escadrons, un phénomène encore plus marqué au sein de la nouvelle Royal Air Force.

A l'instar du Royaume-Uni, la France a un immense empire colonial à diriger, où elle doit maintenir l'ordre et lutter contre les véléités indépendantistes. Au Maroc, des éléments anti-français menés par le chef berbère Abd el-Krim se soulèvent et veulent se séparer de leur puissance de tutelle. Ils fondent la "Confédération républicaine des tribus du Rif".

Le 27 avril 1925, des opérations aériennes de "maintien de l'ordre" débutent au Maroc. C'est le début de la "Guerre du Rif", qui se poursuivra pendant environ une année, jusqu'à la reddition d'Abd el-Krim à l'armée française.

Au début des années trentes, l'industrie aéronautique française se compose de petites firmes comme Marcel Bloch, Latécoère, Morane-Saulnier et Amiot. Pour faire face à la crise économique qui frappe l'industrie, les constructeurs Henri Potez et Marcel Bloch s'associent pour former la "Société Aéronautique de Sud-Ouest" (SASO) et produisent des avions comme les bombardiers MB.200 et MB.210.

Néammoins, l'industrie aéronautique se montre incapable de produire assez d'avions pour honorer les demandes de l'Armée de l'Air, malgré le fait qu'Hitler se réarme en secret, et qu'il finit d'ailleurs par défier ouvertement les puissances occidentales en annonçant publiquement en 1935 l'existance de la Luftwaffe. Pour combler ces insuffisance, le gouvernement français se tourne vers la l'industrie aéronautique étrangère, les Etats-Unis en particulier.

La sécurité nationale étant clairement menacée, Pierre Cot, le Secrétaire à l'Aviation, finit par décréter la nationalisation des constructeurs aéronautiques, afin d'accélérer leur production. Mais malgré cette mesure, la production demeure encore assez faible.

En juillet 1936, avec le début de la guerre civile espagnole, le gouvernement français a créé six grandes industries aéronautiques d'Etat définis par leur localisation géographiques. Les usines Bloch sont nationalisées en janvier 1937 et deviennent partie intégrante de la "Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest" (SNCASO). Puis Pierre Cot place Marcel Bloch à la direction de la SNCASO. Cependant, les motoristes échappent à la nationalisation, ce qui fait que la production des moteurs d'avions se montrera incapable de produire suffisamment pour tenir le rythme de la production d'avions.

En 1937, il est clair que des avions plus modernes et plus performants sont nécessaires. L'Armée de l'Air utilise toujours des avions techniquement dépassés comme les Dewoitine D.500 et D.501, qui servent au sein du célèbre escadron "Cigognes". Celle-ci, qui fait partie du Groupe de Chasse I (GC I), est stationnée sur l'aérodrome de Chartres-Champbol, et n'abandonnera ses D.500 et D.501 au profit du nouveau Morane-Saulnier MS.406 que quelques jours seulement avant l'invasion allemande de la Pologne, en septembre 1939. Le MS.406, armé avec un canon de 20mm et de deux mitrailleuses de 7.5mm, volant à la vitesse maximale de 489km/h, représente alors le chasseur français le plus moderne à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.


Le besoin de produire plus de 2500 avions modernes, comme le bombardier Bloch MB.170 ou le chasseur Dewoitine D.520, est une réponse aux demandes du gouvernement français pour remplacer son parc de machines obsolètes.



4° Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

5° Période coloniale (1945-1962).


Structures et organisation actuelle de l'Armée de l'Air.

L'Armée de l'Air française est organisée en trois niveaux: le commandement central, les commandements opérationnels et organiques, et le commandement des bases aériennes.

1° Commandement central.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, est commandement en chef des forces armées françaises, il est responsable de la politique de défense globale. Le Premier ministre est quant à lui responsable de la politique de défense nationale. Et le Ministre de la Défense de l'exécution de cette politique dans le domaine militaire.

Ils sont secondés et conseillés par le Chef d'Etat-Major des Armées (CEMA), l'amiral Edouard Guillaud (depuis le 27 janvier 2010) qui succède au général Jean-Louis Georgelin. Le CEMA est responsable de l'utilisation et du contrôle des opérations militaires. Lui sont subordonnés un Chef d'Etat-Major pour chacune des composantes des forces armées nationales: Armée de Terre, Armée de l'Air et Marine Nationale.

Le Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'Air (CEMAA), actuellement le général d'aviation Jean-Paul Palomeros, détermine les doctrines de la force aérienne et conseille le CEMA sur les capacités de déploiement des moyens aériens. Il est responsable de la préparation des opérations aériennes et du soutien logistique à leur apporter. Le CEMAA est assisté dans ses tâches par un état-major et divers autres services, comme l'Inspection de l'Armée de l'Air (IAA) et l'Inspection du Service de Santé de l'Armée de l'Air (ISSAA).


2° Commandements opérationnels et organiques.

Dans l'Armée de l'Air, les responsabilités sont réparties en deux types de commandements: les "Commandements Opérationnels", directement responsables du déploiement et des missions des forces aériennes françaises, et les "Commandements Organiques", chargés du soutien logistique.

Les Commandements Opérationnels sont au nombre de trois:

• Commandement des Forces Aériennes Stratégiques (CFAS).

Avec leur quartier-général implanté sur la Base Aérienne 921 de Taverny, en Val-d'Oise au nord de Paris, les CFAS sont responsables du déploiement des chasseurs-bombardiers à capacité nucléaire. Il est prévu que ce commandement soit dissous en 2010.

Le CFAS est composé de trois escadrons de Mirage 2000N, en service depuis 1993 et capable de transporter le missile Air-Sol à Moyenne Portée (ASMP) équipé d'une tête nucléaire de 150kt à 300kt, et d'un escadron d'avions mixte transport/ravitailleurs en vol Boeing C-135FR Stratotanker.

Mirage 2000N de l'escadron de chasse EC 3/4 "Limousin" (Istres/Le Tubé):


Boeing C-135FR du Groupe de ravitaillement en vol 93 "Bretagne" (Istres/Le Tubé):


• Commandement de la Force Aérienne de Combat (CFAC). C'est un nouveau commandement inauguré en 2006, qui reprend à son compte toutes les escadrons de combat conventionnel, de guerre électronique (ELINT), de détection aérienne aéroportée avancée (AWACS). Son quartier-général est implanté sur la Base Aérienne 128 de Metz/Frescaty. Le CFAC a sous son autorité:

- 16 escadrons de chasse/bombardement et 25 escadrons de défense aérienne ou d'interception: Mirage 2000C/2000D/2000-5F, F1CR/F1CT, Rafale-B et Rafale-C.

- 1 escadron de guerre électronique ELINT: Transall C-160G Gabriel.

Ci-dessous: Mirage F1CT de l'escadron de chasse EC 2/30 "Normandie-Niemen" (Colmar/Meyenheim):


Mirage 2000-5F de l'escadron de chasse EC 1/2 "Cigogne" (Dijon/Lonvic):


Rafale-C de l'escadron de chasse EC 1/7 "Provence" (Saint-Dizier/Robinson):


• Commandement de la Défense Aérienne et des Opérations Aériennes (CDAOA). Son quartier-général est également installé sur la Base Aérienne 921 de Taverny. Le CDAOA est responsable du système de veille et de détection radar de l'espace aérien sur tout le territoire national, mais également de l'exécution et du suivi des opérations aériennes. Il ne possède pas d'avions en propre.

L'Armée de l'Air française compte également trois grands commandements organiques:

• Commandement de la Force de Protection et de Soutien de l'Armée de l'Air (CFPSAA). Avec son quartier-général installé sur la base aérienne 107 de Villacoublay, le CFPSAA est responsable des avions et hélicoptères de transport ou de liaison: Transall C-160NG, Lockheed C-130H/C-130H-30 Hercules, CASA CN-235/200, Airbus A-310/A-319/A-340, Eurocopter AS-532 Cougar, AS-355 Ecureuil, AS-555 Fennec, Aérospatiale SA-330 Puma, Dassault Falcon-50 et Falcon-900. Il est également responsable des moyens de lutte anti-incendie, des unités de lutte et de décontamination NBC, des unités d'entraînement et du personnel administratif ou de la logistique.

Transall C-160 de l'escadron 2/64 "Anjou" (Evreux/Fauville):


Lockheed C-130H et C-130H-30 de l'escadron 2/61 "Franche-Comté" (Orléans/Bricy):



Airbus A-340 de l'escadron de transport 3/60 "Esterel" (Creil/Senlis):


• Commandement des Ecoles de l'Armée de l'Air (CEAA). Quartier-général implanté sur la base aérienne 705 de Tours. Le CEAA est responsable de l'instruction de tout le personnel, naviguant ou au sol, de l'Armée de l'Air française. Il dispose pour cela d'écoles ou de centres d'instruction et de simulateurs de vol, ainsi que d'un grand nombre d'Alpha Jet-E, de Mirage 2000B, de Jodel D-140, d'Embraer EMB-312F Tucano et EMB-121 Xingu.

Embraer EMB-121 de l'Ecole de l'Aviation de Transport.


Dassault/Dornier Alpha Jet-E de l'Ecole de l'Aviation de chasse.


• Commandement Air des Systèmes de Surveillance, d'Information et de Communication (CASSIC). Responsable des moyens aériens (E-3F AWACS) et terrestres (Centre de Détection et de Contrôle) de surveillance et de communications. Le CASSIC est intégré depuis 2007 à la Direction Interarmées des Réseaux Infrastructures et des Systèmes d'Information (DIRISI). Son quartier-général est installé dans le fort de Bicêtre, dans le Val-de-Marne.

Boeing E-3F AWACS de l'escadre de détection aéroportée 36 (36 EDA) (Avord):


Centre de Détection et de Contrôle (CDC) de Drachenbronn (Bas-Rhin):



Bases aériennes et inventaire des avions et hélicoptères (2009).

1° Commandement des forces aériennes stratégiques (CFAS).

• Base Aérienne 116 (Luxeuil/Saint-Sauveur):
- Escadron de chasse EC 1/4 "Dauphiné" (Mirage 2000N).
- Escadron de chasse EC 2/4 "La Fayette" (Mirage 2000N).

• Base Aérienne 125 (Istres/Le Tubé):
- Escadron de chasse EC 3/4 "Limousin" (Mirage 2000N).
- Groupe de ravitaillement en vol 93 "Bretagne" (C-135FR Stratotanker).



2° Commandement de la Force Aérienne de Combat (CFAC).

• Base Aérienne 102 (Dijon/Longvic):
- Escadron de chasse EC 1/2 "Cigognes" (Mirage 2000-5F).
- Escadron d'entraînement EE 5/2 "Côte d'Or" (Alpha Jet-E).

• Base Aérienne 103 (Cambrai/Epinay):
- Escadron de chasse EC 1/12 "Cambrésis" (Mirage 2000C/RDI).
- Escadron de chasse 02.012 "Picardie" (Mirage 2000C/RDI).

• Base Aérienne 112 (Reims/Champagne):
- Escadron de reconnaissance 01.033 "Belfort" (Mirage F1CR).
- Escadron de reconnaissance 02.033 "Savoie" (Mirage F1CR).

• Base Aérienne 113 (Saint-Dizier/Robinson):
- Escadron de chasse 01.007 "Provence" (Rafale-B/C).
- Escadron de chasse EC 1/91 "Gascogne" (Rafale-B/C).

• Base Aérienne 115 (Orange/Caritat):
- Escadron de chasse EC 2/5 "Ile-de-France" (Mirage 2000C/RDI).

• Base Aérienne 118 (Mont-de-Marsan):
- Escadron de chasse et d'expérimentation 05.330 "Côte d'Argent".
(Rafale-B/C, Mirage 2000B/C/D/N/5F, Mirage F1CR, Alpha Jet, Socata TBM-850)


• Base Aérienne 128 (Metz/Frescaty):
- Escadron électronique aéroportée EEA 1/54 "Dunkerque" (Transall C-160G Gabriel).

• Base Aérienne 132 (Colmar/Meyenheim):
- Régiment de chasse 1/30 "Normandie-Niemen" (Mirage F1CT).

• Base Aérienne 133 (Nancy/Ochey):
- Escadron de chasse 01.003 "Navarre" (Mirage 2000D).
- Escadron de chasse 02.003 "Champagne" (Mirage 2000D).
- Escadron de chasse EC 3/3 "Ardennes" (Mirage 2000D).

• Base Aérienne 188 (Djibouti):
- Escadron de chasse EC 3/11 "Corse" (Mirage 2000C/2000D).