Char lourd M1 Abrams

Le M1 est un blindé de troisième génération. Il a été baptisé ainsi en l'honneur du général Creighton Abrams, l'ancien chef d'état-major de l'US Army, et commandant en chef des forces américaines au Vietnam de 1968 à 1972. C'est un véhicule très mobile et équipé d'un puissant blindage en matériaux composites, et a été conçu à l'origine pour affronter les chars du Pacte de Varsovie en Europe. Ses spécifications majeures incluent une turbine à gaz et deux magazins de munitions détachables en cas de besoin pour la sécurité de l'équipage. Avec une masse de 62 tonnes métriques (dans sa version M1A2), c'est un des plus lourds chars de combat en service à l'heure actuelle.

L'Abrams est entré en service en 1980 pour remplacer le M60. En 2010, il reste le principal char de bataille de l'US Army et de l'US Marine Corps, et il équipe également l'Egypte, le Koweit, l'Arabie Saoudite, l'Irak et l'Australie. Trois principales versions ont été produites, le M1, le M1A1 et le M1A2, avec diverses améliorations de l'électronique, du blindage et de l'armement au fil des années. Le M1A3 est actuellement en cours de développement.




Historique du développement.

Dans les années soixantes, la République fédérale d'Allemagne (RFA) et les Etats-Unis entreprennent le développement concerté d'un nouveau char lourd de combat, connu sous la désignation de MBT-70. Cependant, le projet est annulé en juillet 1970 pour diverses raisons. Les Etats-Unis développent alors une version plus austère, désignée XM803, mais qui est également abandonnée car jugée encore trop chère et trop sophistiquée.

En février 1972, une équipe d'ingénieur et de techniciens de l'armée américaine est constituée pour concevoir et développer un char de combat standard (Main Battle Tank ou MBT). Les objectifs fixés pour ce nouveau véhicule sont, en autres et dans l'ordre d'importance, la sécurité de l'équipage, la possibilité de coup au but dès le premier tir, la rapidité pour acquérir et frapper l'objectif, la mobilité et la vitesse tout-terrain, l'intégration d'un armement secondaire, la sécurité du matériel, le potentiel de développements technologiques ultérieurs et la facilité de transport du char par air.

L'US Army lance un appel d'offre aux firmes Detroit Diesel Allison, une filiale de General Motors, et Defense Division, de Chrysler. La compétition doit permettre d'obtenir les meilleures solutions à moindres coûts. Ce nouveau projet de chars de combat reçoit la désignation de XM815.

Après octobre 1973, les équipes de développement jugent indispensables d'inclure dans le projet XM815 les leçons tirées de la guerre du Kippour, au Moyen-Orient. Une des nouveautés de ce conflit est l'emploi intensif de missiles AT-3 et de roquettes antichars RPG-7 d'origine soviétique employés par la Syrie. L'enseignement le plus important de cette guerre reste que le char lourd de combat demeure indispensable sur un champ de bataille moderne. On relance donc le projet en intégrant toutes les modifications proposées.

General Motors et Chrysler continuent de développer leur prototype respectif. Les premiers exemplaires pour la phase de validation apparaissent entre janvier et mai 1976. Au terme de la compétition, Chrysler est finalement déclarée vainqueur le 12 novembre 1976 et signe un contrat pour la construction d'un prototype XM1 et onze véhicules de présérie, qui sont tous livrés en 1978. Le XM1 reçoit par la suite la désignation officielle de M1.

Photo ci-dessous: XM-1 Abrams, au cours d'une démonstration, à Fort Knox, dans le Kentucky, en 1979.


La production du M1 en petite série débute le 7 mai 1979. En février 1981, sa production en grande série est approuvé par le Congrès, et on lui donne le nom de baptême Abrams, en l'honneur du chef de bataillon de la 4ème Division blindée américaine qui s'était particulièrement distingué dans la bataille des Ardennes, et qui était un des fervents partisans du projet XM1 en 1972: Chreighton W. Abrams (1).

3,273 M1 Abrams sont produits entre 1979 et 1985, et les premiers d'entre-eux entrent en service au sein de l'US Army en 1980, armés de la version américaine du canon Royal Ordnance L7 de 105mm. Un modèle modifié désigné M1IP est produit brièvement en 1984, avec plusieurs petites améliorations. Le M1IP est notamment utilisé par le Canadian Army Trophy, une compétition des systèmes d'armes des chars des membres de l'OTAN, en 1985 et 1987.

Photo ci-dessous: M1 Abrams équipé du canon RO L7 de 105mm, à Grafenwöhr, Allemagne, en 1986.


La coque et la tourelle reçoivent un blindage de type Chobham (2), un alliage d'origine britannique constitué de matériaux composites, développé pour équiper le char Challenger, censé apporté le plus haut degré de protection jamais développé sur un char américain.


La première phase dans l'évolution du M1 est l'adoption du canon M68 de 105mm amélioré, similaire à celui qui équipe la série des M60 Patton, mais avec un système de contrôle de tir plus élaboré comprenant un télémètre laser et un traceur d'images thermiques, qui permet au char d'acquérir une cible de jour comme de nuit. Le canon est stabilisé dans les deux axes (azimut et vertical) et permet de tirer en mouvement.

La seconde évolution est l'installation d'une version simplifiée du canon allemand Rheinmetall de 120mm, ce qui aboutit à la version M1A1 en août 1984. En octobre 1988, apparait une nouvelle sous-version, le M1A1 HA, pour Heavy Armor ("Armure Lourde"), qui incorpore au blindage une couche spéciale de mailles d'uranium appauvri UA pour doubler la protection contre les obus de types SABOT ou APFSDS (Armor-Piercing Fin-Stabilized Discarding Sabot) (3).

Le production du M1A1 débute en 1986. Outre son canon de 120mm, il dispose d'un blindage plus épais, et d'un nouveau système de protection Chemical, Biological, Radiogical and Nuclear (CBRN). 4,976 exemplaires sont construits pour l'US Army, 221 pour le Corps des Marines (USMC), 755 pour l'Egypte, et 59 pour l'Australie. La production totale des M1 et M1A1 dépasse les 9,000 exemplaires, pour un montant unitaire de 3.4 millions de dollars.

Photo ci-dessous: M1A1 du 1er Bataillon de chars de la 23ème Division d'infanterie (Fort Lewis, Washington), équipé du canon M256 de 120mm, au cours d'un déploiement en Corée du Sud, 2 novembre 1998.


Le M1A2 commence à remplacer le M1A1 sur les chaînes d'assemblage en 1992. 77 unités produites pour l'US Army, et plus de 600 M1A1 sont mis aux standard du M1A2, dont 315 pour l'Arabie Saoudite et 218 pour le Koweit. Le M1A2 dispose d'un Force XXI Battle Command Brigade and Below (FBCB2), un écran de visualisation et un nouveau programme informatique (Linux) permettant d'afficher en temps réel la position des véhicules amis et hostiles sur le champ de bataille.


Le M1A2SEP (System Enhancement Package), avec un blindage composite dit de "troisième génération", constitué d'Uranium appauvri mélangé à du graphite, a été développé. 240 nouveaux exemplaires sont sortis des chaînes de montage, 300 M1A2 et 400 M1A1 mis au standard M1A2SEP, pour l'armée américaine.

Une sous-variante du M1A2 a également été produite, sous la désignation M104 Wolverine, pour les unités du génie pontonnier de l'US Army.


En 2010, une nouvelle désignée M1A1M, est produite par reconversion de M1A1 existants, pour équiper la nouvelle armée de terre irakienne. C'est une variante simplifiée et moins performante, sans alliage d'Uranium Appauvri. 140 exemplaires ont été commandés, et les 11 premiers d'entre-eux livrés au début de l'année 2011.


(1) Creighton Williams Abrams, Jr. (15 septembre 1914 - 4 septembre 1974). Général américain s'étant illustré dans l'emploi des blindés durant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir participé à la guerre de Corée (1950-1953), il a commandé les forces américaines déployées au Vietnam (1968-1972), puis occupé le poste de Chef d'Etat-major de l'US Army (1972-1974). Il est décédé d'un cancer à Washington, DC et est enterré dans le cimetière militaire national d'Arlington, en Virginie.

(2) Chobham: blindage conçu à l'origine par l'Arsenal de Chobham en Angleterre pour équiper le char Challenger. C'est un alliage composé de blocs de céramique espacés et noyés dans une matrice de résine-tissu entre des couches de blindage conventionnel. Ce type de blindage est même noyé dans de l'uranium appauvri à partir des M1A1 et M1A2, ce qui double sa protection et le rend particulièrement résistant aux tirs ennemis. Le Chobham remplace l'ancien blindage classique (M60, Léopard, T55, ...) constitué par l'empilement de tôles d'acier.

(3) Obus SABOT et HEAT: également appellé obus "flêche". L'obus SABOT contient sa propre cartouche de combustible, l'énergie cinétique (KE) lui donnant une puissance d'impact accrue. C'est ce qui le distingue de l'obus HEAT (High Explosive Anti-Tank) classique.



Carrière opérationnelle.

Le baptême du feu de l'Abrams a lieu en 1991 lors de l'opération Tempête du Désert, lorsque 1,848 chars sont déployés en Arabie Saoudite. Il se comporte très bien face à une force mécanisée conventionnelle composé de T-55, T-62 et T-72 d'origine soviétique. Techniquement très supérieur aux blindés qui lui sont opposés, seul 23 d'entre-eux sont détruits ou endommagés lors de ce conflit, dont certains par des tirs fratricides. Les Abrams détruisent plus d'un millier de chars ennemis.

Durant les hostilités, la plupart des Abrams sont modifiés en opérations en ajoutant des plaques de blindage supplémentaires et en montant des rouleaux amovibles de chaines (chars Fléau) pour ouvrir des passages dans les champs de mines. Les améliorations apportées après la fin des hostilités incluent un nouveau système de tir et d'acquisition de cibles.

Photo ci-dessous: deux M1A1 de la 3ème Division blindée dans le désert saoudien, peu avant le déclenchement de l'opération Desert Storm, 15 février 1991.


A partir de 1995, l'US Army et les Marines américains l'emploient en Bosnie-Herzégovine, puis en 1999 au Kosovo.

En 2003, lors de l'opération Iraqi Freedom, 1,100 M1A1 et M1A2 sont engagés, causant des ravages dans l'armée régulière irakienne. L'invasion de l'Irak détruit le potentiel militaire de Saddam Hussein, mais le véhicule démontre ensuite une vulnérabilité aux roquettes et aux mines antichars: en deux ans de guerre dite "asymétrique", 80 chars sont tellement endommagés qu'ils doivent être rapatriés aux Etats-Unis pour y être complètement révisés.

Photo ci-dessous: 1° Deux M1A1 du 1er Bataillon de chars du 35ème Régiment de la 1ère Division blindée défilent sur la Place des Cérémonies, à Bagdad en avril 2003. 2° Un Abrams de l'US Army franchit l'Euphrate sur un pont du génie, 15 avril 2003.




Au cours des années suivantes, des modifications sont effectuées pour mieux l'adapter à la guerre urbaine irakienne. Il s'agit du programme Tank Urban Survival Kit (TUSK). Les postes de mitrailleuses en tourelles sont maintenant protégés par un bouclier, les flancs du chars protégés par des blocs de Chobham et un bouclier réactif, etc.



Le Corps des Marines a déployé une compagnie d'Abrams en Afghanistan à la fin de l'année 2010.


Inventaires: l'Abrams en service en 2011.

  • L'US Army et l'US Marine Corps emploient au total 8,725 M1, M1A1 et M1A2 Abrams (y compris en diverses sous-variantes).

    1. Inventaire US Army: 2,385 M1 (placés en réserve), 4,393 M1A1, 1,547 M1A2 et M1A2SEP.
    2. Inventaire US Marine Corps: 403 M1A1.

    Photo ci-dessous: M1A1 du Corps des Marines (13 MEU) en Irak, 14 décembre 2003.


  • Arabie Saoudite. 373 M1A2 mis au standard M1A2S.
  • Koweit. 218 M1A2 simplifiés et moins performants. Sans blindage à l'Uranium Appauvri.
  • Egypte. 1,005 M1A1, produit par les Etats-Unis ou fabriqués sous licence par l'Egypte. Seconde commande passée en juillet 2011, portant sur 125 autres exemplaires.

  • Photo ci-dessous: M1A1 egyptiens déployés dans la ville de Tahrir, 4 février 2011.


  • Australie. 59 M1A1SA commandés en 2006 et livrés en 2007, pour remplacer les Leopard AS1. Variante hybride des équipements d'Abrams de l'US Army et de l'US Marine Corps.
  • Irak. 140 M1A1M commandés en 2010, 11 premiers exemplaires livrés au début de 2011. 446 chars M1A1M livrés en 2016. Version simplifiée et moins performante, sans blindage à l'Uranium Appauvri.

  • Photo ci-dessous: M1A1M irakiens lors d'une parade à Bagdad, 6 janvier 2011.


Plan de remplacement de l'Abrams dans le futur.

Au début des années nonantes, le canon automoteur M8 Armored Gun System, est conçu pour succéder au M551 Sheridan, en tant que possible supplétif du char Abrams dans les conflits de basse intensité comme l'Irak ou l'Afghanistan. Des prototypes sont construits, mais le programme est ensuite annulé. A la place, les Etats-Unis développe un véhicule à huit roues, le M1128 Mobile Gun System (ou MGS Stryker). D'une masse de 15 tonnes ou plus, c'est un canon M68A2 de 105mm monté sur un chassis de LAV Stryker, et il commence à entrer en service au sein de l'US Army et des forces armées canadiennes.


L'Armée de terre américaine espère lancer le programme du futur XM1202 Mounted Combat System, qui fait partie de la famille Ground Combat Vehicles (GCV) et basé sur le chassis du M2A2 Bradley, lorsque les fonds nécessaires auront été débloqués par le Département de la Défense. La famille GCV doit remplacer dans l'avenir les Abrams, et les premiers prototypes sont prévus pour 2015 ou 2016, cependant l'US Army prévoit que le M1A1 restera en service actif jusqu'en 2021, et le M1A2 jusqu'en 2050 (4).


(4) Jane's Armour and Artillery: General Dynamics Land Systems M1/M1A1/M1A2 Abrams MBT (United States)


Caractéristiques techniques et armement.

Côté armement principal, le M1 Abrams de la version d'origine comprend un canon M68A1 de 105mm classique, basé sur le British Royal Ordnance L7, similaire à celui du char M60A3 Patton, mais en y incorporant un télémètre laser et un moniteur traceur d'imagerie thermique, ce qui permet au char d'acquérir une cible de nuit comme de jour. De plus, le M68A1 est stabilisé dans les deux axes azimutal et vertical, et peut donc tirer en mouvement.

Les deux versions suivantes, M1A1 et M1A2, se distinguent par un canon M256A1/A2, une variante du Rheinmetall de 120mm d'origine allemande qui équipe le Léopard 2A5, et qui peut tirer des obus HEAT ou SABOT. Le M829A2 a spécifiquement été développé pour se mesurer au blindage réactif des T-80U et T-90.

Le canon M256 de 120mm est alimenté par 44 obus (HEAT, SABOT, incendiaires, ...), placés dans deux casiers à munitions détachables (2*22), disposés de chaque côté de la tourelle, et accessibles par une trappe amovible.

Tableau ci-dessous: différentes munitions de 120mm employées par le M1A1 et le M1A2.


Le M1A2 se voit attribuer un nouveau système de conduite de tir avec viseur thermique et un poste d'armes indépendant pour le chef de char, ainsi qu'un nouvel ordinateur de bord, avec interface d'acquisition de données et de transmissions, équipements de navigation et de positionnement. Ce mastodonte de 62.1 tonnes métriques (5) est mené par un équipage de quatre hommes et peut rouler sur route à la vitesse maximale de 72km/h, et ce, sur 465km.

L'armement secondaire comprend trois mitrailleuses défensives. Une tourelle de mitrailleuse M2HB de calibre 12.7mm, à la disposition du chef de char, et deux autres armes M240 de calibre 7.62mm, l'une en tourelle et l'autre en coaxiale avec le canon principal.

Photo ci-dessous: armement principal et secondaire de l'Abrams.



Spécifications techniques:

  • Type de véhicule. Char de combat lourd.
  • Equipage. 4 personnes: un chef de char (commander), un artilleur (gunner), un chargeur/pourvoyeur (loader) et 1 chaufeur (driver).
  • Masses. Maximales [M1] 55.7 tonnes métriques. [M1IP] 57 tonnes métriques. [M1A1] 61.3 tonnes métriques. [M1A2] 62.1 tonnes. [M1A2SEP TUSK] 63 tonnes.
  • Blindage. Armure Homogène Metallique (RHA), Composite Uranium Appauvri, Chobham et Kevlar. [M1] Blindage chassis et tourelle: 350mm contre obus SABOT ou APFSDS, 700mm contre obus HEAT. [M1A1] Chassis et tourelle: 600mm contre APFSDS, 700mm contre HEAT. [M1A1HA] Chassis: 600mm contre APFSDS, 700mm contre HEAT. Tourelle: 800mm contre APFSDS, 1,300mm contre HEAT.
  • Armement principal. (M1) Un canon M68A2/British Royal Ordnance L52 de 105mm. (M1A1/M1A2) Un canon M256/Rheinmettal de 120mm. Capacité des magazins de munitions: 42 obus (HEAT, SABOT, fumigène, ...)
  • Armement secondaire. Une mitrailleuse lourde M2HB de 12.7mm alimentée par 900 cartouches, sur tourelle, au poste de chef de char. Deux mitrailleuses M240 de 7.62mm, l'une montée en tourelle et l'autre coaxiale avec le canon principal, alimentée par 8,800 cartouches.
  • Propulsion. Une turbine à gaz Honeywell AGT-1500 de 1,500 chevaux (1120 kW). Capacité du réservoir de carburant: 500 gallons US (1,900 litres).

    Photo ci-dessous: Montage d'un moteur AGT-1500 d'un M1A1 de l'USMC, à Camp Coyote au Koweit, 8 février 2003.

  • Performances. Vitesse maximale sur route [M1A2]: 42 noeuds (67.6km/h). Vitesse maximale hors route [M1A2]: 30 noeuds (48.28km/h). Rayon d'action opérationnel [M1A2]: 265 miles (426km).

Photo ci-dessous: M1A1 au nord de Frankfurt, en Allemagne, au cours de l'Exercise Ready Crucible en février 2005.



Article modifié le 23 septembre 2016.

Sources principales:
M1 Abrams (Wikipedia.org)

Forces armées irakiennes en novembre 2011

L'ancienne armée irakienne, dissoute en mai 2003, est née en 1921 après le retrait de l'administration britannique. Au sommet de sa puissance, en 1991, elle alligne entre 900000 et un million d'hommes. Ce qui en fait à ce moment, en terme d'effectifs, la quatrième puissance militaire du monde, après la Chine, l'Union Soviétique et les Etats-Unis.

Lors du déclenchement de l'opération Iraqi Freedom, douze ans plus tard, elle ne dispose plus que d'une quarantaine de divisions et d'une vingtaine de brigades de l'armée régulière et des troupes paramilitaires, Garde République ou Garde Spéciale Républicaine. Avec un effectif total estimé entre 300000 et 400000 hommes.

Cette armée de Saddam Hussein, calquée sur le modèle russe, est dissoute le 23 mai 2003, pour être aussitot reformée, financée et entrainée par les Américains.




Forces armées de l'ancien régime baasiste (1922-2003).

1° Garde Spéciale Républicaine (GSR).

La Garde Spéciale Républicaine est plus une unité paramilitaire ou "Garde Prétorienne", qu'une véritable force de combat. Elle est responsable de la protection rapprochée de Saddam Hussein et de ses proches, de la sécurité du Palais présidentiel en particulier, et plus largement de celle de Bagdad. A l'occasion, elle peut également servir comme force militaire pour réprimer n'importe quel coup d'Etat ou rebellion.

La GSR est la seule unité militaire irakienne autorisée à circuler dans la capitale. Appelée également "Division d'Or" (Golden Division), elle regroupe quatre brigades dont une blindée, un commandement de la défense aérienne (AD-Com) et un commandement de deux régiments de chars T-72 (TK-Com) qui lui sont propres.

Cette unité d'élite est fondée au début de 1992 par Saddam Hussein. Bien que son nom entraîne souvant une certaine confusion avec la Garde Républicaine, c'est une force totalement distincte et autonome de celle-ci, avec des fonctions différentes. En 2002, les effectifs de la GSR sont estimés à 12000 hommes et quatorze bataillons. Chacune des quatre brigades comprennent en général 2500 hommes.


2° Commandement des Forces de la Garde Républicaine (CFGR).

La Garde Républicaine est une formation d'élite créée en 1980. Composée essentiellement de Sunnites ayant juré fidélité à Saddam Hussein, elle rassemble les meilleures unités de combat de l'armée irakienne, ayant reçu un meilleur entrainement et disposant d'un matériel de meilleur qualité que le reste des forces régulières.

Cette organisation est spécialement destinée à la protection du régime baasiste de Saddam Hussein. Créé en 1980, elle est considérablement renforcée pendant les deux dernières années de la Guerre Iran-Irak (1980-1988). A la fin de ce conflit, le CFGR constitue 20% de l'Armée de terre irakienne, avec huit divisions. Il est alors équipé de chars de combat T-54, T-55, T-62 et T-72, de véhicules blindés BMP de transport de troupes, d'origine soviétique, d'obusiers autopropulsés français GCT de 155mm, une version dérivée de l'AMX-30, et d'obusiers tractés autrichiens GHN-45 de 152mm.

Ci-dessous: 1° char Type 69 QM2 (copie chinoise du T-54) de la Garde Républicaine irakienne, capturé pendant la Guerre du Golfe 1991 et conservé au Royal Australian Armoured Corps Tank Museum de Puckapunyal, près de la ville de Seymour, Etat de Victoria, au sud-est de l'Australie. 2° Obusier GHN-45 irakien capturé lors de l'opération Iraqi Freedom et conservé au US Army Field Artillery Museum de Fort Sill, en Oklahoma, 23 juillet 2005.



Le 1er août 1990, les huits divisions du CFGR sont organisés en deux corps d'armée. Le 1er Corps CFGR, avec les Divisions blindées Hammurabi et Medina, la Division mécanisée Tawakalna et une division d'infanterie motorisée, est disposé le long de la frontière koweitienne et participe à l'invasion de l'émirat. Stationnées au nord du Koweit, ces unités sont décimées ou anéanties par l'aviation alliée en février et mars 1991, pendant l'opération Desert Storm.

Le 2ème Corps CFGR, stationné au sud de Bagdad, comprend les deux divisions d'infanterie mécanisées Nebuchadnezzar et Adnan.

Dans et autour de la capitale, est présente une formation indépendante, la Division d'infanterie mécanisée Bagdad. Le CFGR compte également sur la Division As Saiqa regroupant une brigade de forces spéciales, une brigade de parachutistes et une brigade de fusiliers marins.

Ordre de bataille de la Garde Républicaine fin 2002.

• Corps CFGR Nord Allah Akbar [Al Rachid et Tikrit]
- 2ème Division blindée Al Medina [Al Rachid et Al Taji]
- 5ème Division d'infanterie mécanisée Baghdad [Jabal Maglub/Magloob]
- 7ème Division d'infanterie mécanisée Adnan [Mosul]

• Corps CFGR Sud Al Fateh Al Mubin [Al Hafriah/Hafreia]
- 1ère Division blindée Hammurabi [Al Wihdah/Wahda, Al-Suwaira]
- 6ème Division mécanisée Nebuchadnezzar [Karbala, Al Khut]
- Division blindée Al Nida [Abi Saidah, Baaquba]


3° Armée de terre irakienne (1921-2003).

L'Armée de terre irakienne nait officiellement le 21 juin 1921, lorsqu'est formé le premier bataillon de volontaires. Elle est destinée à remplacer progressivement l'Armée britannique qui rentre au pays.

A la fin de 1922, les forces terrestres irakiennes comptent 4000 volontaires répartis dans trois bataillons d'infanterie stationnés à Mosul, Bagdad et Hilla. Elles continuent de croître les années suivantes et à la fin de 1929, comptent dans leurs rangs 10446 hommes, dont 582 officiers.

En 1934, est instaurée la conscription militaire. Et en 1941, les effectifs s'élèvent à environ 41000 hommes. Après la Seconde Guerre mondiale, la réduction des effectifs ramène ce chiffre à 20000, en comptant les unités de la Gendarmerie.

Une série de coups d'Etat, entre 1939 et 1968, a pour conséquence la division et la réorganisation des forces armées irakiennes entre plusieurs factions politiques. Cependant, après la prise de pouvoir par le parti Baas en 1968, un contrôle unique de l'Armée est reformé et renforcé.

Ci-dessous: après une révolte et la chute du gouvernement pro-anglais en avril 1941, un corps expéditionnaire britannique intervient et occupe le pays. Ici, des soldats britanniques sur les bords du Tibre, à Bagdad, le 11 juin 1941.


L'Armée irakienne est à l'origine formée sur le modèle britannique. Mais l'influence grandissante de l'Union Soviétique au cours de la Guerre Froide, combinée à l'expérience acquise pendant la guerre contre l'Iran (1980-1988), bouleverse profondément ce modèle et les doctrines d'emploi.

Durant le mois d'octobre 1973, une force expéditionnaire irakienne est impliquée dans la Guerre du Yom Kippour contre israel. Au cours de la fin des années septantes et de la première moitié de la décennie suivante, les forces irakiennes connaissent plusieurs réformes majeures, et ce à tous les niveaux. De profonds changements dans le nombre d'effectifs, les structures, l'approvisionnement, la hiérarchie, mais surtout dans le domaine politique.

Entre 1980 et 1990, Saddam Hussein fait passer les effectifs de son armée de terre de 180000 à environ un million d'hommes. En 1987, en tenant compte des réservistes et des unités paramilitaires, l'Armée irakienne compte 1.7 million d'hommes, sept corps d'armées, trente divisions d'infanterie, cinq divisions blindées et trois divisions mécanisées.

En août 1990, lorsqu'elle envahit le Koweit, elle atteint un maximum avec cinquante divisions, dont trente-quatre d'infanterie et sept blindées. Elle est devenue, en terme d'effectifs, la quatrième puissance militaire du monde, après la Chine, l'Union Soviétique et les Etats-Unis.

Conséquence du conflit contre l'Iran, le régime baasiste irakien est devenu le plus important marché international d'armes et d'équipements militaires. En plus des fournitures massives d'armes en provenance d'Union Soviétique et de France, Saddam Hussein achète à l'Allemagne Fédérale (puis réunifiée), l'Italie, la Chine, le Brésil, la Pologne, la Tchécoslovaquie et l'Egypte.

L'"Agence Américaine de Désarmement et de Contrôle des Armes", ou United States Arms Control and Disarmement Agency (ACDA), estime en 1987 que l'Irak a acheté pour un montant total de 24 milliards de dollars de matériels militaires, pour la seule période allant de 1981 à 1985.

Après sa désastreuse aventure au Koweit en 1990-1991, l'armée irakienne réduit drastiquement le nombre de divisions d'active. Ainsi, elle passe de cinq divisions blindées, trois divisions d'infanterie mécanisées et vingt divisions d'infanterie, en avril 1991, à trois divisions blindées, trois divisions d'infanterie mécanisées et onze divisions d'infanterie, à la fin de cette année.

Photo ci-dessous: char Type-69 (copie chinoise du T-54) irakien au Koweit, 24 février 1991.


Ordre de bataille de l'Armée de terre irakienne fin 2002:

Onze divisions d'infanterie, trois divisions mécanisées, trois divisions blindées.

Front Nord [Kurdistan].

• 1er Corps irakien [Kirkuk]:
- 2ème Division d'infanterie [Al Rabee]
- 5ème Division d'infanterie mécanisée [Kirkuk/Shuwan]
- 8ème Division d'infanterie [Shuwan]
- 38ème Division d'infanterie [Tappahlo/Quader Karam]

• 2ème Corps irakien [Diyala/Mansouria Alijabal Camp]
- 3ème Division blindée [Saadiah/Jalawolaa]
- 15ème Division d'infanterie [Amirli]
- 34ème Division d'infanterie [Khanagin]

• 5ème Corps irakien [Mosul]
- 1ère Division d'infanterie mécanisée [Makhmoor-Gayarah]
- 4ème Division d'infanterie [Baa'sheeqa]
- 7ème Division d'infanterie [Al Adnani/Alton Kopri/Al Mansour]
- 16ème Division d'infanterie [Mosul/Saddam Dam]

Front Sud.

• 3ème Corps irakien [Qualah Salih]
- 6ème Division blindée [Nasha]
- 11ème Division d'infanterie [Qualah Salih Sud/Al Naserria]
- 51ème Division d'infanterie mécanisée [Al She'ebah-Basrah/Zubair]

• 4ème Corps irakien [Mamoon/Amara/Almayar]
- 10ème Division blindée [Al Teeb/Al Mara]
- 14ème Division d'infanterie [Salam/Al Mara Sud-Sud-Est]
- 18ème Division d'infanterie [Qala Salih/Al Mushara/Al Kahla]




4° Armée de l'Air irakienne (1927-2003).

L'Armée de l'Air irakienne (IQAF) est fondée en 1927, lorsque les cinq premiers élèves-pilotes partent effectuer leur formation en aéronautique au Cranol College, en Grande-Bretagne. Par la suite, trente-deux autres étudiants "mécaniciens" sont formés à l'entretien du parc d'avions. Au terme de leur instruction, les cinq pilotes brevetés retournent en Irak et se posent sur l'aérodrome d'Al-Washash le 22 avril 1931.

L'aviation irakienne subit son baptême du feu en mai 1941, lorsqu'elle prend part aux opérations de l'Axe au Proche-Orient, contre les Britanniques. Puis elle participe aux trois guerres israélo-arabes de 1948 et octobre 1973.

Entre 1950 et 1958, l'aviation irakienne s'équipe essentiellement d'avions achetés au Royaume-Uni. Ses premiers jets à réaction, des De Havilland Vampire, sont livrés en 1953. L'IQAF reçoit également des De Havilland Venom et Hawker Hunter durant la seconde moitié des années cinquantes.

Photo ci-dessous: De Havilland Vampire FB 52 irakien, 7 août 1953.


Après le coup d'Etat du 14 juillet 1958 pour renverser la monarchie Hachémite, l'Irak développe durablement des relations diplomatiques et commerciales avec les membres du Pacte de Varsovie. Les pays communistes d'Europe de l'Est (URSS, Pologne, RDA, Yougoslavie) lui fournissent des MiG-17 Fresco, MiG-19 Farmer et MiG-21 Fishbed, ainsi que des bombardiers Ilyushin Il-28 Beagle. Durant les deux décennies suivantes, l'aviation irakienne se fournit également en Egypte et en Syrie pour accroître son parc aérien. En 1966, le capitaine Munir Redfa fait défection à bord de son MiG-21 et se réfugie en Israel. Le chasseur est ensuite envoyé au Etats-Unis pour y être étudié.

Au cours des années quatre-vingt, pour remplacer ses MiG-17, MiG-19 et MiG-21, l'IQAF reçoit des MiG-23 Flogger, MiG-25 Foxbat et MiG-29 Fulcrum. En 1981, elle achète également à la France des Mirage F1EQ, des Super Etandard et des missiles antinavires Exocet.

Photos ci-dessous: 1° MiG-23MLA irakien conservé au Musée de l'Aviation de Belgrade, 29 août 2008. 2° Mil Mi-24 Hind-D (nom de code dans la nomenclature de l'OTAN) capturé lors de l'opération Desert Storm, en 1991.



Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), l'IQAF a un rôle assez limité en s'attaquant à des cibles stratégiques, des villes comme Téhéran, l'aviation ou les bases aériennes ennemies. Elle enregistre plus de succès contre les navires, iraniens ou neutres, circulant dans le Golfe Persique, et en particulier, contre les supertankers chargés d'acheminer le pétrole brut iranien. Le 17 mai 1987, un Mirage F1 tire par erreur deux Exocet contre la frégate USS Stark et tue 37 marins américains.

Photo ci-dessous: la frégate américaine USS Stark touchée par un missile Exocet le 17 mai 1987.


Entre 1980 et 1990, grâce à l'aide massive de l'Union Soviétique, le nombre total de ses avions passe de 332 à 950. En 1987, les effectifs de l'IQAF atteignent 40000 hommes, 10000 d'entre-eux servant dans le Commandement de la Défense Aérienne (ADC). En outre, elle dispose de vingt-quatre bases aériennes et d'une trentaine d'aérodrome secondaires dits de "dispersion". Son QG est installé à Bagdad, et les grandes bases aériennes étaient Basra, H-3, Kirkuk, Mosul, Rashid et Ash Shuaybah. Au total, 24 bases opérationnelles, 30 bases secondaires dites "de dispersion".

En 1990, à la veille de l'invasion du Koweit, l'IQAF compte 500 avions de combat, deux squadrons de bombardiers, onze squadrons de chasse ou d'attaque au sol, et cinq squadrons d'intercepteurs. Chacune de ces unités comprenant de 10 à 30 avions. L'aviation irakienne est équipée essentiellement de matériel soviétique, comme des MiG-23 Flogger, MiG-25 Foxbat, MiG-29 Fulcrum, Su-17/20/22 Fitter, Su-24 Fencer, Su-25 Frogfoot, Tu-16 Badget, Tu-22 Blinder, mais également de chasseurs français Mirage F1, et des Chenyang J-6 et J-7, copies chinoises des MiG-19 et MiG-21.

Pendant l'opération Desert Storm ("Tempête du Désert"), une grande partie de l'IQAF est anéantie par l'aviation alliée au sol ou dans les airs, et le reste échappa à la destruction en se réfugiant en Iran, où les pilotes resteront consignés jusqu'à la fin du conflit.

Photos ci-dessous: 1° MiG-29 Fulcrum irakien détruit au sol lors de l'opération Desert Storm, 2 mars 1991. 2° MiG-21 Fishbed et MiG-25 Foxbat (derrière) de l'IQAF abandonnés sur la base d'Al Asad, dans l'ouest de l'Irak.



En 2003, en raison de l'embargo sur les armes décrété par l'ONU en 1990, l'IQAF n'alligne plus qu'un nombre d'avions estimé à 180, dont la moitié seulement est encore en état de voler.

Photo ci-dessous: MiG-25 Foxbat de l'IQAF tracté par un véhicule du génie américain, avril 2003.



Emblème de la Force aérienne irakienne (1927-2003):


Globalsecurity.org: Inventaire de la Force aérienne irakienne en 2002

Globalsecurity.org: Bases aériennes et aérodromes irakiens en 2002


Globalsecurity.org: Inventaire de la défense anti-aérienne irakienne en 2002



Nouvelle armée irakienne: les réformes (2003-2011).

Après l'invasion de l'Irak par les troupes de la Coalition internationale, le Ministère de la Défense et les forces armées de l'ancien régime baasiste sont formellement dissous, par la "Circulaire n°2 de l'Autorité Provisoire de la Coalition" (Coalition Provisional Authority Order Number Two), du 23 mai 2003.

Photo ci-dessous: C-130H de la Nouvelle Force Aérienne Irakienne, cédé par l'US Air Force. Aéroport d'Al Basrah, 1er avril 2005.


Le 25 juin 2003, la Vinnel Corporation, une société privée internationale spécialisée dans l'entraînement, la logistique et le soutien de systèmes d'armes, signe un contrat pour créer et former les neufs premiers bataillons de la "Nouvelle Armée" irakienne, enrôler et entraîner 9000 nouvelles recrues (sur les 44000 du total prévus). L'"Equipe d'Entraînement et d'Assistance Militaire de la Coalition" (Coalition Military Assistance Training Team) voit le jour et est placée sous le commandement du major-général de l'US Army Paul D. Eaton. Un plan pour la constitution de dix nouvelles divisions terrestres irakiennes démarre.

Photo ci-dessous: recrues irakiennes du 1er Bataillon / 2ème Brigade / 8ème Division à l'entraînement au tir par des soldats américain de la 4ème Division d'infanterie, à Al Hillah, le 18 février 2006.


Le 22 avril 2004, par la "Circulaire n°73 de l'Autorité Provisoire, tout le personnel, les installations et l'équipement du "Corps de Défense Civil" sont placés sous l'autorité du nouveau Ministère de la Défense, en tant que composantes des "Forces Armées irakiennes".

Photo ci-dessous: défilé célébrant la promotion des recrues de la 3ème Brigade de la 14ème Division irakienne, au camp d'entraînement de Besmaya, 13 février 2008.


Après la dissolution de l'Autorité Provisoire de la Coalition, le 28 juin 2004, les forces de la Coalition resteront dans le pays à la requête du gouvernement de transition irakien et sous mandat des Nations Unies, pour d'une part combattre les Insurgés et Al-Qaida, et d'autre part constituer et former la nouvelle armée irakienne. Jusqu'en 2006, les "forces de sécurité" irakiennes sont entraînées pour mener des opérations de contre-insurrection.

L'Armée irakienne exécute ses premières opérations de guerre autonomes, à l'échelon divisionnaire, le 25 mars 2008, en participant à la Bataille de Bassorah contre les milices shiites de l'Armée du Mahdi. C'est la première offensive majeure de l'Armée irakienne depuis le début de l'opération Iraqi Freedom 2003.

Le 1er janvier 2009, le Contrôle militaire et les opérations de sécurisation des provinces irakienne passent totalement sous l'autorité du gouvernement irakien, en vertu de l'US-Iraq Status of Forces Agreement.

Photo ci-dessous: soldats du 4ème Bataillon / 2ème Brigade / 5ème Division irakienne au camp d'entraînement de Buhriz, 31 janvier 2007.



1° Structures de l'Armée de terre irakienne (Août 2009).

En août 2009, l'organisation de l'Armée de terre irakienne se présente comme telle:

Centre National des Opérations. QG Bagdad.

• Commandement Opérationnel de Bagdad. QG Bagdad. Lieutenant-général Abud Qanbar.

- Karkh Area Command (KAC). Ouest de Bagdad. Responsable des districts de Kadhimiyah, Karkh, Mansour, Bayaa et Doura.

- Rusafa Area Command (RAC). Est de Bagdad. Responsable des districts de Rusafa, Adhamiyah, Sadr City, New Baghdad et Karadah.

- 6ème Division motorisée. Ouest de Bagdad. 22ème Brigade motorisée Cobra (Kadhamiyah), 24ème Brigade motorisée Muthanna (Abu Ghraib), 54ème Brigade motorisée [Assaut] Defenders of Baghdad (Mansour et Kadhamiyah), 56ème Brigade mécanisée ou blindée Baghdad (Bagdad), 3ème Brigade de transport (Al Kasik). Equipement: M1113 Hummvee, ILAV Cougar, BMP-1, BTR-94, mortiers de 120mm.

- 9ème Division blindée. Tajii. 34ème Brigade mécanisée Desert Lions (Tajii et Besmaya), 35ème Brigade blindée (Tajii, Besmaya et Al Rashiid), 36ème Brigade blindée, 37ème Brigade mécanisée (Tajii), 9ème Brigade de transport (Tajii). Equipement: T-72, M-1M Abrams, M109A5 Howitzer, M113, M1113 Hummvee, ILAV Cougar, BTR-94, mortiers de 120mm.

- 11ème Division d'infanterie. Est de Bagdad. Plan de conversion possible en division mécanisée. 42ème Brigade d'infanterie Shadow (Adhamiyah, Sadr City), 43ème Brigade d'infanterie (Rusafa, New Baghdad, Abu Ghraib), 44ème Brigade d'infanterie (Ur, Sadr City, Adhamiyah), 45ème Brigade d'infanterie (NO Wassit, Adhamiyah), 11ème Brigade de transport (Rustimiyah). Equipement: MT-LBV, BMP-1, camions, ILAV Cougar, mortiers de 120mm.

- 17ème Division de Commando. QG Mahmadiyah. Major-général Ali Jassam Mohammad. 23ème Brigade Commando (Mahmadiyah, Tarfa), 25ème Brigade Commando [Forces Spéciales] Baghdad Eagles (Mahmadiyah, Lutifiyah, Sud de Bagdad), 55ème Brigade Commando (Gharb Jihila, Zubaidah, Adwaniyah, Zambraniyah). Equipement: ILAV Cougar, M1113 Hummvee, mortier de 120mm.

Photos ci-dessous: 1° parade et défilé de T-72 irakiens à Bagdad, 30 juin 2009. 2° Entrainement d'un M1A1 de la 9ème Division blindée au Camp d'entrainement au combat de Besmaya. 16 janvier 2010.




Commandement des Forces Terrestres irakiennes. QG Base Victory, Aéroport International de Bagdad. Lieutenant-général Ali Gheedan.

• Commandement Opérationnel de Nimewa. QG Mosul.

- 2ème Division d'infanterie motorisée. QG Al Kindi. Brigadier-Général Mutaa al-Khazraji. 5ème Brigade motorisée Citadel (SE Mosul, Makhma, Qara Qosh), 6ème Brigade d'infanterie [Assaut] Spear (Mosul, Al Tanak), 7ème Brigade motorisée (Est Mosul, Al Intasir, Palestine, Tamooz), 8ème Brigade motorisée (Habbenayah), 2ème Brigade de transport (Ghizlani, Al Kindi). Equipement: ILAV Cougar, camions, mortiers de 120mm.

- 3ème Division motorisée. QG Al Kisik. 9ème Brigade motorisée (Al Kisik, Ghizlami, Al Karama), 10ème Brigade motorisée Desert Lions (Tal Afar, Ghizlami, Mosul, Besmaya), 11ème Brigade motorisée [Assaut] (SO Kirkuk, Ghizlami, Sinjar), 12ème Brigade d'infanterie (Mosul, Nabi Youmis, Merez), 3ème Brigade de transport (Al Kisik). Equipement: M113, BMP-1, camions, mortiers de 120mm.

Photo ci-dessous: 1° ILAV Cougar en Irak, 25 février 2007. 2° BMP-1 de transport blindé, 25 mars 2006.




Article modifié le 21 octobre 2012.


Sources principales:
Iraqi Armed Forces (Wikipedia.org)
New Iraqi Army (Wikipedia.org)

Forces armées de la République Islamique d'Iran en 2011

L'"Armée de la République Islamique d'Iran" est le nom usuel donné à l'Armée de Terre iranienne. En Iran, elle est également appelée Artesh, le nom perse pour "Armée". En 2007, d'après les estimations du Center for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion américain, elle compte 465000 soldats (235000 conscripts et 230000 professionels). A cela viennent s'ajouter 350000 réservistes. Soit un effectif total de 815000 hommes. En fait, l'Iran alligne deux forces terrestres parallèles subordonnées au haut-commandement militaire: l'Artesh, ou armée régulière, et les "Gardiens de la Révolution" également appelés Pasdarans.



Bref historique.

1° Antiquité et Moyen-Age.

Une armée régulière existe en Iran depuis le début de l'empire perse, au 6ème siècle avant JC. Les armées permanentes étaient généralement employées aux confins de l'empire, tandis que des mercenaires et des armées de conscripts étaient recrutés, de manière temporaire, pour assurer l'ordre à l'intérieur du pays. Le noyau dur des troupes régulières et de la Garde impériale était appelé les "Immortels", corps d'armée d'élite fondé en 580 avant JC par Cyrus le Grand.

Les Immortels sont remplacés par le Junishaput Shahanshah (nom du monarque perse qui se traduit par "Roi des Rois", l'équivalent du titre d'Empereur), au cours de la Dynastie Sassanide (224-651), après une période d'instabilité et de chaos.

Après l'invasion arabe de l'Iran et la résurgence des dynasties iraniennes, une nouvelle armée nationale et permanente est créée sous le nom de Qazelbash, pendant la Dynastie Safavid (1501-1736).

La période Qajar (1785-1925) voit plusieurs tentatives pour remodeler l'armée iranienne selon des standards occidentaux, avec cependant des résultats mitigés.

Photo ci-dessous: armure de la cavalerie iranienne, datant de 1450, conservé au Metropolitan Museum of Art de New-York. 7 février 2007.



2° Période pré-révolutionnaire (1925-1978).

Après l'arrivée de la Dynatie Palhavi au pouvoir, en 1925, la constitution d'une nouvelle "Armée impériale iranienne" devient une priorité. Des réformes profondes, entreprises avec la présence et l'aide de nombreux conseillers militaires occidentaux, pendant les cinquantes prochaines années, conduit l'armée iranienne à occuper la cinquième position dans le classement mondial des puissances militaires, en terme d'effectif.

Au cours des années septantes, les "Forces armées impériales iraniennes", telles qu'elles sont alors appelées, connaissent une transformation radicale et une montée en puissance rapide.

En 1979, l'armée de terre iranienne dispose d'une force blindée ou mécanisée d'environ 285000 hommes. Organisée en trois Corps d'Armée, avec leur QG implanté à Téhéran, à Shiraz (dans le sud) et à Kermanshah (près de la frontière irakienne). A la fin de cette décénnie, un plan additionnel pour la création d'un quatrième Corps d'armée (QG dans le complexe de Chah Bahar) est entrepris.

Les formations principales se présentent comme suivant:

• Trois divisions blindées (plus une quatrième en cours de formation à Sistan Baluchestan). Chacune d'entre-elles comprenant six bataillons de chars et cinq bataillons d'infanterie mécanisée.

• Trois divisions d'infanterie.

• Deux divisions de la Garde Impériale.

• Quatre brigades indépendantes (une blindée, une d'infanterie, une aéroportée, et une de forces spéciales).

• Un commandement de l'aviation de l'armée de terre.

Ces formations de combat, soutenues par leurs unités de soutien logistique habituelles, sont opérationnelles à 85%.

Photo ci-dessous: F-14 Tomcat acheté par l'Iran avant la révolution islamique.



3° Période post-révolution (1979-Présent).

Immédiatement après la révolution islamique de 1979, une série de purge privent l'armée d'une grande partie de ses officiers expérimentés et entraînés à l'occidentale. Le dernier commandant en chef de l'armée impériale, le général Gholam Ali Oveisi, est assassiné à Paris en 1984. Il est remplacé par le général Gharebaghi, qui a tôt fait de démanteler l'armée impériale et de la remplacer par la nouvelle "Armée de la République Islamique d'Iran". Ces purges affaiblissent considérablement la valeur des forces armées iranienne, particulièrement au début de la Guerre Iran-Irak (1980-1988).

Un nouveau corps d'officiers, formés par leur expériences accumulées pendant le conflit, voit le jour, et réduit considérablement l'aide militaire étrangère. Après la guerre, l'armée iranienne poursuit une profonde restructuration, plus ou moins secrètement. Après cette période de troubles, l'Artesh reprend sa croissance, tant en effectifs qu'en capacité.

En 1987, l'Artesh est organisé de la manière suivante:

• Trois divisions mécanisées. Chacune composée de trois bataillons blindés et six bataillons mécanisés, organisés en trois brigades.

• Sept divisions d'infanterie.

• Une division de forces spéciales (avec quatre brigades).

• Une brigade aéroportée.

• Un commandement de soutien aérien.

Ainsi que plusieurs brigades blindées indépendantes, et une force de défense côtière.


Structure et organisation actuelles de l'Artesh.

L'organisation, l'ordre de bataille et le système d'identification des forces armées iraniennes varient d'une source à l'autre. L'évolution des unités militaires reste souvent opaque aux renseignements étrangers. Parfois, il y a confusion entre les identifications de brigades et de divisions. Durant la Guerre Iran-Irak, parfois, des brigades formaient le noyau de nouvelles divisions, et retournaient au sein de leur formation d'origine après la fin des hostilités.

Le magazine Jane's indique que l'armée iranienne compte trois commandements d'armées, avec douze divisions.

L'institut International d'Etudes Stratégiques (IISS), un institut de recherche britannique, rapporte dans sa "Balance Militaire 2008", cinq QG régionaux de Corps d'armée, quatre divisions blindées et six divisions d'infanterie, avec également plusieurs brigades indépendantes, une brigade de forces spéciales, deux divisions de commandos, plus une brigade aéroportée. Il existe en outre six groupes d'artillerie, et des forces de soutien d'aviation. Le nombre de divisions ne change pas beaucoup d'une année à l'autre. L'armée iranienne comprend la 23ème Division de forces spéciales, formée en 1993-1994, et la 55ème Division de parachutistes. Une autre source indique de cette 23ème Division constitue une des unités les plus professionnelles de l'Artesh, avec 5000 militaires de carrière et pratiquement aucun conscript.

Les divisions blindées régulières, et cela inclut la 92ème Division blindées, sont chacune subdivisées en trois brigades.

L'armée régulière (Artesh) compte un nombre de brigades et de groupes indépendants, bien qu'il n'existe aucun renseignement fiable sur leur nombre et leurs effectifs. Ces formations incluent une brigade logistique, une brigade d'infanterie, une brigade aéroportée, des brigades de forces spéciales (Takavaran), et cinq brigades/régiments d'artillerie. Il existe également des unités de défense côtière, un nombre grandissant de groupes de défense aérienne et d'unités logistiques et de soutien, entre quatre et six unités de l'aviation de l'armée de terre dotées d'hélicoptères.

On note une variété de rapports non vérifiables. Certaines sources affirment que les petites formations légères de l'Artesh comprennent chacune un groupe de forces aéromobiles, créées après la guerre Iran-Irak. Ces formations incluent la 29ème Division de forces spéciales, formée en 1993-1994, et la 55ème Division de parachutistes.

D'autres sources non confirmées indiquent que les forces commandos de l'armée régulière et des Pasdarans sont regroupées et intégrées dans un Corps d'environ 30000 soldats, qui dispose de capacités propre en hélicoptères d'attaque et de transport d'assaut. Des troupes aéroportées et des troupes des forces spéciales ont été aperçues s'entraînant ensemble dans la région de Shiraz.

Il est également indiqué que l'Iran est aujourd'hui un des cinq pays dans le monde ayant des capacités de mener des opérations de "cyber-attaques" (1). Assez récemment, la Chine a accusé les Etats-Unis d'avoir mené contre l'Iran des cyber-attaques, par l'intermédiaire de Twitter et de Youtube, dans l'intention de créer des troubles. On rapporte également qu'au début de 2010, deux unités iraniennes de Cyber-Guerre se sont installées à Zanjan et Isfaphan.

L'Armée des Gardiens de la Révolution, quant à elle, constitue une véritable armée parallèle, bien distincte de l'armée régulière, qui dispose de ses propres formations (blindées, infanterie, forces spéciales, forces aériennes et forces navales). Elle alligne un effectif de 125000 soldats, et contrôle également les milices paramilitaires Basij, fortes de 90000 hommes. Soit un effectif total d'environ 215000 hommes.


(1) Iran among 5 states with cyber warfare capabilities: US institute


Du côté de l'Armée de l'Air iranienne.

1° Période impériale (1920-1979).

La Force Aérienne impériale iranienne (Imperial Iranian Air Force, IIAF) est une des branches des forces armées du Shah d'Iran, au même titre que l'Armée de Terre ou la Marine impériale iranienne. Elle est créée par Reza Shah Palhavi en 1920, et devient opérationnelle avec la fin d'instruction et la qualification de ses premiers pilotes, le 25 février 1925. Et après la révolution en 1979, elle sera rebaptisée "Force aérienne de la République Islamique d'Iran".

Photos ci-dessous: 1° Principaux officiers généraux de l'IIAF posant devant un De Havilland Tiger Moth, le 25 août 1933. Ahmad Khan Nakhitchevan (quatrième en partant de la gauche) est le commandant en chef de l'aviation iranienne, et le capitaine Azami (cinquième), le commandant de l'Ecole d'aviation de Téhéran. 2° F-4E Phantom II ravitaillés par un KC-135R Stratotanker de la force aérienne impériale iranienne, durant la guerre Iran-Irak.



La première tentative pour acheter des avions aux Etats-Unis échoue en 1920, en raison des traités de limitation des armements, après la Grande Guerre, et du refus de Washington d'exporter du matériel militaire.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'inventaire de l'IIAF consiste entièrement en avions d'origine européenne, et en particulier britannique. Bien que l'Iran se soit déclarée officiellement neutre, la Grande-Bretagne et l'URSS l'envahissent fin août 1941. Reza Shah doit alors abdiquer et céder son trône à son fils, Mohammed Reza Palhavi. L'aviation iranienne est détruite ou démantelée, et ses bases aériennes sont occupées par les Alliés jusqu'à la fin des hostilités.

Après ce conflit, l'IIAF est entièrement reconstituée, ses avions provenant principalement des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Au cours des années soixantes, l'IIAF achète 90 Canadair Sabre (F-86 américain fabriqués sous license) provenant des surplus de la Royal Canadian Air Force (RCAF), mais ceux-ci seront ensuite cédés au Pakistan.

Au cours des années septantes, l'IIAF devient l'unique force aérienne étrangère (hors Etats-Unis) à recevoir des Grumman F-14 Tomcat. Après la révolution islamique, ils seront progressivement retirés du service opérationnel en raison de l'embargo américain et du manque de pièces détachées, à l'instar des autres types d'avions ou d'hélicoptères d'origine américaine. L'Iran adoptera alors la "cannibalisation", c'est-à-dire la pratique qui consiste à prélever des pièces sur des avions endommagés ou immobilisés pour réparer les autres.

Photo ci-dessous: F-4D Phantom II de l'IIAF sur la base aérienne de Shiraz, 16 avril 1974.


L'IIAF tente également d'acquérir 150 General Dynamics F-16 Fighting Falcon à partir de 1976, mais la livraison sera annulée après l'arrivée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeini, ces avions étant alors reversés à la Force Aérienne israélienne.


2° Révolution islamique et Guerre Iran-Irak (1979-1989).

La chute du Shah et la révolution islamique en février 1979 modifient l'organisation des forces armées iraniennes. L'armée de l'air est rebaptisée "Force Aérienne de la République Islamique d'Iran" (Islamic Republic of Iran Air Force, IRIAF), et hérite largement du matériel de l'ancienne IIAF. En raison de l'embargo sur les armes décrété par l'Occident, l'Iran se tourne vers la Russie et la Chine populaire pour se fournir en nouveaux équipements.

Dans le chaos post-revolutionnaire, l'IRIAF perd cependant la majorité de ses officiers expérimentés, essentiellement ceux qui sont demeurés fidèles au Shah et les pro-US. Le personnel de l'IRIAF est ainsi décimé par les purges, beaucoup de pilotes étant emprisonnés ou s'exilant à l'étranger. Ces défections ont pour conséquences de diminuer grandement la valeur et les capacités de combat de l'aviation au début du conflit Iran-Irak. Ainsi, entre février 1979 et juillet 1980, l'IRIAF se retrouve avec des effectifs pratiquement reduits de moitié.

Les soudaines attaques de l'aviation irakienne (IrAF) contre six aérodromes et quatre autres installations iraniennes, lancées dans l'après-midi du 22 septembre 1980, sont une surprise complète et provoquent un choc au sein de l'IRIAF, qui en est encore à la moitié de sa réorganisation entreprise un an plus tôt. Néammoins, cette offensive aérienne irakienne est moins dévastatrice que l'Iran ne le craignait, et provoque somme toute relativement peu de dommage. L'IRIAF réplique sévèrement à l'invasion irakienne. Les 140 McDonnell Douglas F-4 Phantom II s'en prennent aux aérodromes, aux installations pétrolifères et aux systèmes de communications irakiens. L'intense activitée de l'IRIAF dans l'espace aérien irakien, au cours de la première semaine de guerre, oblige l'IrAF à se maintenir dans une posture défensive. Les dommages sèvères infligés aux raffineries et aux plate-formes de forage de Saddam Hussein le forcent à interrompre ses exportations de pétrole brut pendant plusieurs années.

Après cette semaine déterminante, et en raison d'une situation de crise dans la province du Khuzestan, l'IRIAF est massivement jettée dans la bataille terrestre, principalement dans les régions de Khoramshahr, Ahvaz et Dezful. Là, les performances et la supériorité de l'IRIAF sur l'IrAF surprennent grandement les observateurs extérieurs et les services de renseignement étrangers. Les attaques aériennes iraniennes contre les colonnes de véhicules et les voies de ravitaillement ennemies sappent progressivement la puissance et l'intensité de l'offensive irakienne. En raison des lourdes pertes en hommes et en blindés, ainsi que des dommages subis par ses installations pétrolifès et ses réseaux de communications, Bagdad se voit contraint de stopper son offensive. Cependant, l'IRIAF paie très cher ses succès, perdant des douzaines de pilotes parmis les mieux entraînés et expérimentés, au cours de la période entre septembre et décembre 1980.

Bien que le niveau de préparation de l'IRIAF augmente significativement au cours des mois suivants, son rôle global et son influence sur le déroulement du conflit vont aller en diminuant, le gouvernement islamique iranien donnant la priorité à la formation des milices du Corps de Gardiens de la Révolution et de sa composante aérienne.

Après la reconquête de la plupart des territoires iraniens perdus, à la fin du printemps 1982 la situation de l'IRIAF change radicalement. D'une nature jusqu'alors offensive, elle est maintenant reléguée principalement à des missions de défense aérienne. Elle n'en poursuit pas moins ses incursions contre les cibles industrielles et militaires en Irak, mais à une bien moindre intensité. Simultanément, l'IRIAF doit apprendre à maintenir opérationnelle sa flotte d'avions et d'hélicoptères d'origine américaine, malgré les sanctions des Etats-Unis. Pour contrebalancer les pénuries, l'Iran commence alors à développer sa propre industrie aéronautique. Ces efforts resteront secrets et dissimulés au reste du monde jusqu'à récemment.

Malgré l'embargo américain, l'Iran parvient tout de même à obtenir des armes et une quantitée limitée de pièces de rechange venant des Etats-Unis, par des moyens détournés. L'exemple le plus connu est l'Affaire Iran-Contragate, où des armes américaines sont vendus secrètement et illégalement par le président Ronald Reagan. Dans cette affaires, Israel sert d'intermédiaire entre les Etats-Unis et l'Iran.

En 1984 et 1985, l'IRIAF se retrouve confrontée au renforcement et à une meilleure organisation de l'IrAF. En effet, maintenant Saddam Hussein se fournit en chasseurs et en chasseurs-bombardiers auprès de la France et de l'Union Soviétique. L'aviation irakienne entame alors une campagne de bombardements des villes et des installations pétrolifères iraniens dans le Golfe Persique. Ces engagements sont connus aujourd'hui sous les désignations de "Guerre des Tankers" ou "Guerre des Villes". Pour se défendre contre un nombre croissant de raids aériens ennemis, l'IRIAF compte essentiellement sur son importante flotte de Grumman F-14 Tomcat, utilisés en tant qu'avions de détection radar avancée (pour d'autres types d'avions) et chasseurs de supériorité aérienne. Ces F-14 sont principalement déployés au-dessus de l'île de Khark, le plus grand terminal pétrolier iranien, et de Téhéran. Entre 1980 et 1988, les Tomcat iraniens livreront ainsi plus de 300 engagements contre les chasseurs, chasseurs-bombardiers et bombardiers de l'IrAF.

Confronté à l'épineux problème du manque de pièces détachées, pendant presque toute la durée du conflit, l'IRIAF met en place le système de la "cannibalisation" de son inventaire aérien, c'est-à-dire la pratique consistant à prélever des pièces sur des avions ou hélicoptères endommagés, pour maintenant les autres en état de vol opérationnel.

L'IRIAF se retrouve même impliquées dans une série d'"incidents" avec l'aéronavale américaine dans le Golfe Persique. Entre août 1987 et avril 1988, des affrontements entre l'IRIAF et l'aviation embarquée de l'US Navy se déroule régulièrement, ce qui a pour conséquence d'épuiser petit à petit les capacités de l'Iran à défendre son espace aérien.

Photo ci-dessous: Lockheed C-130 Hercules de l'IRIAF, 21 décembre 1988.



3° Période d'après guerre (1988-Présent).

Immédiatement après la fin de la Guerre Iran-Irak, l'IRIAF se reconstruit partiellement en achetant des chasseurs MiG-29 et des bombardiers Su-24 à l'Union Soviétique. Parallèlement à cela, elle acquiert des F-7M et FT-7 (copie du MiG-21) auprès de la Chine populaire. Mais ces avions ne remplaceront jamais complètement les anciens types d'avions d'origine américaine, notamment les F-4 Phantom II, F-5 Tiger II et F-14 Tomcat. L'Iran développe également, grâce à son industrie aéronautique, des programmes de modernisation ou de remise à niveau des avions américains sus-mentionnés.

Durant la Guerre du Golfe de 1991, un certain nombre de pilotes irakiens ont fait défection et se sont refugiés avec leur machine à Iran. Après les hostilités, l'Iran a restitué les aviateurs irakiens internés, tout en gardant pour elle les avions, qui sont venus grossir les rangs de l'IRIAF. Il en va ainsi d'un Il-76 Adnan AWACS, de 24 Mirage F-1EQ et F-1BQ, de plusieurs MiG-21 Fishbed, MiG-23 et MiG-27 Flogger, MiG-29 Fulcrum, Su-17, Su-20 et Su-22M Fitter, Su-24 Fencer et Su-25 Frogfoot.

Photo ci-dessous: Lockheed P-3F Orion de l'IRIAF en mission de patrouille maritime dans le Détroit d'Hormuz, 1er août 1994.


En 2006, après que les médias iraniens aient publié des rapports suggérant que le Vénézuela est interessé de revendre 21 F-26 Fighting Falcon, un conseiller d'Hugo Chavez a confirmé à l'Associated Press que son pays considérait de céder sa flotte de F-16 à un autre pays, sans nommément citer l'Iran. En riposte à cela, Sean McCormack, un porte-parole du Département d'Etat, a averti Chavez que "sans le consentement des Etats-Unis, le Vénézuela ne pouvait pas transférer du matériel militaire d'origine américaine à un pays tier" (2).

Selon Moscow Defense Brief, un magazine bi-mensuel russe publié en langue anglaise, la Russie a fourni à l'Iran 6 Su-25BK, avions d'entrainement d'attaques au sol, 21 Mi-171 et 12 Mi-171Sh, hélicoptères de transport dérivés du Mi-8 Hip, ainsi que 3 Mi-17B-5 d'évacution médicale, entre 2000 et 2006. Un programme de modernisation et de réparation des MiG-29 et Su-24 de l'IRIAF a également été lancé par la Russie, pour un montant total de 700 millions de dollars.

Le 22 septembre 2009, au cours de la Parade aérienne annuelle de Téhéran, l'Il-76 Adnan est entré en collision avec un F-5E. Les deux machines se sont écrasée au sol, tuant tous les sept membres d'équipage.

Photo ci-dessous: Lockheed C-130H Hercules de l'IRIAF, 3 décembre 2010.


Estimation des unités de l'IRIAF en 1993.
(Source: Jane's Sentinel, Islamic Republic of Iran Air Force, 1993)

Bases aériennes tactiques | Localisation | Types d'avions | Unités.

- TAB1 | Mehrabad | F-5E Tiger II | Squadron.
- TAB1 | Mehrabad | F-7M (MiG-21) Fishbed | Squadron.
- TAB1 | Mehrabad | F-14A Tomcat et MiG-29 Fulcrum | Squadron.
- TAB1 | Mehrabad | C-130H Hercules et Il-76 Candid | Squadron.
- TAB1 | Mehrabad | F27 Friendship | Squadron.

- TAB2 | Tabriz | F-4D/4E Phantom II | Squadron.
- TAB2 | Tabriz | F-5E Tiger II | Squadron.
- TAB2 | Tabriz | F-7M (MiG-21) Fishbed | Squadron.
- TAB2 | Tabriz | C-130H Hercules | Flight.

- TAB3 | Hamadan | F-6 (MiG-19) Farmer | Squadron.
- TAB3 | Hamadan | F-7M (MiG-21) Fishbed | Squadron.

- TAB4 | Dezful | F-4D/4E Phantom II | Squadron.
- TAB4 | Dezful | F-5E Tiger II | Squadron.

- TAB5 | Non identifiée

- TAB6 | Bushehr | F-4D/4E Phantom II | Squadron.
- TAB6 | Bushehr | F-7M (MiG-21) Fishbed | Flight.
- TAB6 | Bushehr | C-130H Hercules | Flight.

- TAB7 | Shiraz | F-5E Tiger II | Squadron.
- TAB7 | Shiraz | F-14A Tomcat et MiG-29 Fulcrum | Squadron.
- TAB7 | Shiraz | C-130H Hercules et Il-76 Candid | Squadron.
- TAB7 | Shiraz | F27 Friendship | Flight.


Liste d'inventaire de l'aviation iranienne (1922-Présent)

Parmi l'inventaire actuel des avions de l'IRIAF, notons:

Type d'avions | Origine | Mission | Années de livraison | Quantitée | Remarque.


Chasseurs de supériorité aérienne.

• F-14A Tomcat Etats-Unis | Supériorité aérienne | 1974-1979 | 44 livrés | 24 opérationnels en 2009.

Mirage F-1EQ et F-1BQ | France | Supériorité aérienne | 1991 | 24 en service en 1991.

• MiG-29B/UB Fulcrum-A | Russie | Supériorité aérienne | 40 en service.


Multirôle.

• Shenyang F-6 Farmer | Chine | Multirôle | Années 1960 | 18 en service | Copie du MiG-19.

• F-4D/E Phantom II | Etats-Unis | Multirôle | Années 1960 | 65 en service | Commande initiale de 224 exemplaires, stoppée en 1979.

• F-5E Tiger II | Etats-Unis | Multirôle | 1965 | 75 en service | Commande initiale de 166 exemplaires + 15 RF-5E, livraison stoppée en 1979.

• HESA Saeqeh | Iran | Multirôle | 2007-Présent | 5 en service | Commande initiale de 24 exemplaires, dérivé du F-5 américain.

Photos ci-dessous: 1° HESA Saeqeh iranien, un dérivé du F-5E. 2° biplace MiG-29UB Fulcrum-B (désignation nationale: Sharifi) de la Force Aérienne de la Republique Islamique d'Iran (IRIAF).




(2) Fox News, "Venezuela Threatens to Sell F-16 Fleet to Iran"


Equipement de l'Armée de Terre iranienne.

Les chars de bataille iraniens incluent 100 Zulfiger (M60 Patton), 480 T-72S, 75 T-62, 540 T-54/T-55/Type-59 d'origine russe, 168 M-48 et 150 M-60A1 Patton d'origine américaine, ainsi que 100 Chieftain Mk3/Mk5 d'origine britannique.

Photos ci-dessous: Char lourd Zulfiger, un dérivé iranien inspiré du M48/M60 Patton. Conçu par le brigadier-général Mir-Younes Masoumzadeh, et produit à partir de 1997. 21 septembre 2012.


La flotte d'hélicoptères de l'Armée de Terre de la République Islamique d'Iran (IRIAA) est composée principalement d'AH-1J/W Super Cobra, achetés aux Etats-Unis avant la révolution de 1979, ainsi que d'un nombre indéterminé de Panha 2091 Toufan, une version modernisée de l'AH-1J, construit sans droit de licence par les industries nationales Panha.

Photo ci-dessous: Dassault Falcon 20 de l'IRIAA, ici photographié sur l'aérodrome de Basel/Mulhouse en avril 1982.


Depuis 2010, les usines aéronautiques Qods fabriquent des drônes UAV, avec l'aide du Vénézuela, essentiellement pour le compte de son armée de terre. Essentiellement des Karrar, des Mohajer I/II/III/IV et des Saeghe.

Photos ci-dessous: matériel volant utilisé par l'armée de terre. 1° hélicoptère Esphahan (CH-47C) construit par les usines Panha. 2° Drone Mohajer IV.





Article modifié le 26 avril 2013.


Sources principales:
Iranian Armed Forces (Wikipedia.org)