20-23 novembre 1943 - Opération Galvanic: Tarawa la Sanglante

Pacifique Central. Dans les îles Gilbert, le 20 novembre 1943, l'opération Galvanic est déclenchée par la 5ème Flotte de l'amiral Raymond Spruance et le V Corps amphibie du général Holland M. Smith [USMC]. Objectifs: Tarawa et Makin. La plus dure, la plus éprouvante et la plus sanglante bataille de l'histoire du Corps des Marines américain commence...



Préliminaires à l'offensive américaine: reconquête des îles Marshall.

L'opération Galvanic est la première offensive et le premier débarquement amphibie de l'US Marine Corps dans le théâtre du Pacifique Central, sous l'autorité suprême de l'amiral Chester W. Nimitz. Les Mariannes étant extrêmement bien défendues par les Japonais, la prise des îles Marshall est nécessaire pour fournir les bases navales et aériennes nécessaires pour attaquer Guam, Tinian et Saipan.

Photos ci-dessous: les principaux chefs américains impliquées dans l'opération Galvanic, de gauche à droite. 1° Contre-amiral Charles A. Pownall, commandant de la Task Force TF50. 2° Général Holland M. Smith, commandant du V Corps amphibie US [USMC et US Army] dans le Pacifique Central. 3° Major-général Julian C. Smith, commandant de la 2ème Division de Marines. 4° Major-général Ralph C. Smith, commandant de la 27ème Division d'infanterie (US Army). 5° Colonel David M. Shoup, commandant du 2ème Régiment de Marines.


Mais la conquête des Marshall nécessite elle-même le contrôle préalable d'un avant-poste japonais au sud-est de l'archipel. Ce sont les îles Gilbert. Pour les Japonais, c'est une position hautement stratégique. Durant l'année qui vient de s'écouler, ils ont puissamment fortifié les deux atolls, en particulier celui de Tarawa. Pour les Américains, la prise des îles Gilbert est donc vitale pour préparer leurs plans de reconquêtes des archipels dans l'immensité du Pacifique. Tarawa et Makin sont leur première étape sur la longue route menant directement au Japon.

Carte ci-dessous: Les deux axes de progression américaine dans le Pacifique. Les îles Gilbert (Tarawa et Makin) figurent presque à la limite méridionale du théatre Pacifique Central, sous la responsibilité de l'amiral Chester Nimitz.


Défenses japonaises sur Betio (Intelligence Bulletin, mars 1944)

Les Japonais se sont emparés des îles Gilbert en septembre 1942. En novembre 1943, sur l'île de Betio, à l'extrémité sud-ouest de l'atoll de Tarawa, le contre-amiral Keichi Shibasaki a rassemblé 2,619 fusiliers marins de la 7ème Force spéciale de débarquement de Sasebo, une unité d'élite commandé par le lieutenant-commander Takeo Sugai. Plus 1,247 sapeurs (Seabees) du 111ème Régiment du génie et 970 hommes d'un bataillon de construction de la 4ème Flotte. Soit au total 4,836 hommes, dont environ 1,200 travailleurs coréens surnommés "Termites".


Shibasaki a proclamé qu'"une armée ennemie d'un million d'hommes ne viendrait pas à bout de ses défenses en moins de cent ans". Il a transformé Betio en véritable forteresse:
  • 40 pièces d'artillerie de tout calibre, couvrant tous les secteurs d'approche des forces amphibies américaines.
  • 12 pièces de gros calibres pour la défense côtière, dont certaines d'entre-elles proviennent de la prise de Singapour le 15 février 1942.

  • 14 chars légers Type 95 de l'armée impériale.
  • Des dizaines de fortins habilement camouflés, une centaine de batteries de mitrailleuses couvrant toute la longueur de plage, des barrages anti-débarquement, des bunkers recouverts d'une épaisseur de plusieurs mètres de terre, de sable et de tronc de cocotiers.
  • Une palissade de rondins de 1.2m de hauteur tout autour des plages de débarquement.


Un objectif particulièrement difficile dont la conquête coûtera très cher aux Américains. C'est le V Corps amphibie du général Holland M. Smith qui est chargé de la conquête des îles Gilbert.

Sur Makin, commandée par le lieutenant-général Seizo Ishikawa, une garnison de 560 soldats et 100 aviateurs japonais, et environ 400 "Termites" coréens.

Vidéo ci-dessous: rare film couleur. Tarawa: 76 heures d'enfer.



20 novembre 1943: déclenchement de l'opération Galvanic.

La Task Force TF50 du contre-amiral Charles A. Pownall, une escadre de plus de 150 navires, dont 17 porte-avions d'escadre ou d'escorte, 12 cuirassés, 8 croiseurs lourds, 4 croiseurs légers, 66 destroyers et 36 navires de transport, s'est approché la nuit précédente des atolls de Tarawa et de Makin, dans les îles Gilbert.


Photo ci-dessous: "Tarawa, c'est l'affaire des Smith!" A gauche, Holland Smith. A droite, Julian Smith.


A 5h07 du matin, les navires qui transportent les 35,000 hommes de la 2ème Division de Marines, commandée par le général Julian C. Smith, du 8ème Régiment de Marines (colonel Elmer Hall) et du 106ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie de l'Armée de terre (général Ralph C. Smith), ainsi que des unités auxiliaires, arrivent à faible distance de Betio, lorsqu'ils sont pris sous le feu d'artillerie des Japonais.

Ordre de bataille de la 2ème Division de Marines:
  • 2ème Régiment de Marines. Colonel David M. Shoup.
  • 6ème Régiment de Marines. Colonel Maurice G. Holmes.
  • 8ème Régiment de Marines. Colonel Elmer E. Hall.
  • 10ème Régiment de Marines. Brigadier-général Thomas E. Bourke.
  • 18ème Régiment de Marines. Colonel Cyril W. Martyr.
  • 2ème Bataillon de Véhicules Amphibies. Major Henry C. Drewes.
  • 2ème Bataillon de chars. Lieutenant-colonel Alexander B. Swenceski.

L'homonymie des officiers généraux impliqués dans l'opération sera à l'origine d'une réplique humoristique devenue célèbre: "Tarawa, c'est l'affaire des Smith!".

Le contre-amiral Howard F. Kingman, commandant du Task Group TG.53.4, le Fire Support Group chargé de pilonner l'atoll, s'est adressé la veille aux troupes d'assaut des Marines: "Nous n'allons pas neutraliser Betio. Nous n'allons pas seulement le détruire. Nous allons l'effacer de la carte!" (1) Ni les Américains ni les Japonais ne se doutent encore de ce qui les attend.

Quelques minutes plus tard, les gros calibres des cuirassés et croiseurs innondent Betio sous les obus, qui font exploser les dépôts de carburant et de munitions. Les gros navires cessent le feu à 5h42 pour laisser, selon les plans, la place à l'aviation embarquée des porte-avions, mais elle se perd en chemin et est en retard au rendez-vous.

Les défenseurs japonais en profitent pour réouvrir le feu sur les engins de débarquement avec les pièces de 203mm et de 140mm. Devant le désorganisation qui règne, l'heure H est repoussée d'une demi-heure, de 8h30 à 9h, car ce n'est qu'à 6h30 qu'arrivent enfin les bombardiers embarqués, qui effectuent sur l'îlot des raids brefs mais meurtriers.

A 8h25, enfin, la première vague américaine, le 2ème Bataillon du 2ème Régiment de Marines se met en mouvement. Elle a à franchir la barrière de corail de l'atoll, puis parcourir les 5,500 mètres du lagon à découvert pour atteindre Red 2. Mais le niveau de la mer est trop bas, si bien que bon nombre d'engins de débarquement ne parviennent pas à franchir le corail. Et c'est à ce moment-là que les Japonais ouvrent un feu d'enfer parmi les véhicules amphibies américains à découvert.

Elle est pratiquement décimée avant de poser le pied sur les plages, et les survivants qui y parviennent sont cloués sur le sable par le feu des mitrailleuses et des fortins japonais.



A 9h22, la deuxième vague du 2ème Bataillon de Shoup réussit à s'approcher de la plage et à débarquer sans trop de problème. Il s'ensuit de furieux combats au corps-à-corps et aux lance-flammes. Les 3ème et 4ème vagues suivantes arrivent elles aussi jusqu'à la plage, mais ne peuvent aller plus loin. A bord de quelques engins de débarquement lourds, les chars Sherman et les LVT qui doivent appuyer le débarquement peuvent arriver jusqu'à la barrière de corail, puis jusqu'à la plage en traversant le lagon aux points où l'eau est la plus basse.

A 9h17, le 2ème Bataillon du 8ème Régiment atteint Red 3. A 10h, le Colonel David Shoup et le 3ème Bataillon du 2ème Régiment de Marines débarquent sur Red 1.



Le soir, les pertes américaines sont catastrophiques. Sur les 5,000 hommes débarqués, 1,500 ont été tués ou blessés. Les Marines qui ont réussi à survivre se préparent à soutenir une contre-attaque suicide nocturne, suivant la technique employée si souvant par les Japonais sur Guadalcanal. A la tombée du jour, la 2ème Division de Marines tient une minuscule tête de pont d'environ 450m de large et 100m de profondeur. Le 8ème Régiment contrôle une partie de l'aérodrome japonais, mais la situation globale des Américains reste précaire.

Photo ci-dessous: des Marines tentent de s'abriter derrière un LVT Alligator, sur Beach Red 2.


Carte ci-dessous: situation sur Betio le soir du premier jour, à 18h.


Au large, pendant cette journée, le porte-avions d'escadre léger (CVE) Independence est endommagé par des bombardiers-torpilleurs japonais. Le cuirassé Mississippi est victime d'une explosion de munitions dans une de ses tourelles. Les destroyers Ringgold et Dashiel sont touchés par des batteries côtières japonaises.

La charge banzaï habituelle et attendue n'aura pourtant pas lieu. A la place, des actions individuelles de Japonais qui s'infiltrent dans les positions américaines, équipés de ceintures d'explosifs et chargés de se faire sauter au milieu des Américains ou de détruire des blindés ou des engins de débarquement.

Sur l'atoll de Makin, les choses se passent beaucoup plus facilement que sur Tarawa. Le débarquement américain débute à 8h30. Le 165ème Régiment de la 27ème Division d'infanterie, commandé par le général Ralph C. Smith, avec l'aide de blindés débarqués, élimine sans problème les Japonais rencontrés, progresse très rapidement et établit de solides têtes de pont dans l'îlot principal de l'atoll, Butaritari. Parallèlement, des détachements du même régiment d'infanterie occupent l'îlot de Kotabu, sans rencontrer la moindre opposition.

Ordre de bataille de la 27ème Division d'infanterie:
  • 105ème Régiment d'infanterie.
  • 106ème Régiment d'infanterie.
  • 165ème Régiment d'infanterie.
  • 104ème Bataillon d'artillerie de campagne.
  • 105ème Bataillon d'artillerie de campagne.
  • 106ème Bataillon d'artillerie de campagne.
  • 249ème Bataillon d'artillerie de campagne.
  • 102ème Bataillon du génie de combat.
  • 152ème Bataillon du génie de combat.
  • 27ème Compagnie QM.


(1) "Gentlemen, we will not neutralize Betio. We will not destroyed it. We will obliterate it!"


Deuxième jour: 21 novembre 1943.

A l'aube du deuxième jour, c'est de nouveau l'enfer pour les Marines. Durant la nuit précédente, l'amiral Raymond A. Spruance, le commandant de la 5ème Flotte qui dirige toute l'opération, a écouté les rapports catastrophiques des différents commandants d'unités, dont plusieurs ont suggéré le réembarquement. Mais il persiste dans ses attaques, étant donner la grande importance stratégique de l'objectif.

Photo ci-dessous: sur Beach Red 2, la situation et les pertes restent catastrophiques.


A 6h du matin, les réserves du 2ème Régiment de Marines du colonel David Shoup et les 1er et 3ème bataillons du 8ème Régiment de Marines, des majors Lawrence Hayes et Robert Ruud, traversent le lagon et débarquent sur Red 1 et Red 2.

Photo ci-dessous: les Marines du 2ème Régiment du colonel David Shoup franchissent le mur de rondins à l'aube du second jour.


Les japonais ouvrent un feu d'enfer sur les Marines qui approchent à découvert. Shoup, dont les hommes sont à l'extrémité est du lagon, ordonne une attaque désespérée dans le but de stopper le massacre de ses hommes rejoignant la rive. Seul 450 des 800 hommes qui débarquent y parviennent. Cependant, avec cet apport, les Marines sont désormais en mesure d'effectuer une percée à l'intérieur des terres, de nettoyer l'aérodrome japonais et d'atteindre la rive opposée, au sud de l'île.

Pendant ce temps, la marée haute a permis aux unités de débarquement de passer le récif, de traverser le lagon et d'atteindre plus facilement le rivage. Le soutien des blindés auprès des trois bataillons engagés va s'avérer crucial dans l'issue du combat. Les blindés foncent vers les lignes japonaises, écrasant sous leurs chenilles les nids de mitrailleuses et les fortins.

Pendant toute la journée, les Marines qui suivent nettoient ce qui reste des blockhaus et des casemates aux lance-flammes et dynamitent tout ce qui reste. Les positions japonaises tombent les unes après les autres.

Photos ci-dessous: 1° et 2° Des Marines du 1er Bataillon du 8ème Régiment de Marines éliminent les casemates japonaises aux lance-flammes ou aux explosifs sur la plage Red 2. 3° Un LVT-1 Alligator mis hors de combat en tentant de franchir le mur de rondins, sur Red 1.



L'aviation embarquée des porte-avions américains appuie plus ou moins efficacement les troupes à terre, qui ont ainsi la possibilité de mettre en place l'artillerie de campagne et de pilonner pendant toute la journée les emplacements japonais, réalisant quelques progrès.

Le soir, Shoup envoie par radio la situation suivante aux navires de commandement: "Pertes: nombreuses. Pourcentage de morts: inconnu. Efficacité du combat: nous gagnons". Au même moment, Shibasaki envoie un dernier message à Tokyo: "Nos canons sont détruits. Chacun d'entre nous attend l'assaut final. Puisse le Japon exister dix mille ans!"

A la tombée du jour, le 6ème Régiment de Marines du colonel Maurice Holmes aborde sur la plage ouest, Beach Green. Il effectue la jonction avec le 3ème bataillon du 2ème Régiment de Marines du major Michael Ryan, débarqué sur Beach Red 1.

Durant cette seconde journée, d'autres unités de la 2ème Division de Marines ont débarqué dans les autres îlots voisins de l'atoll de Tarawa.

Photo ci-dessous: un Marine abrité derrière des troncs de cocotier tire dans l'embrasure d'une casemate japonaise.


Carte ci-dessous: situatioon le soir du second jour, à 18h.


Troisième jour: 22 novembre 1943.

Durant cette troisième journée se poursuivent les combats sanglants au corps-à-corps et l'élimation des fortins japonais. Aviation, artillerie navale et de campagne pilonnent sans discontinuer les positions ennemies, qui succombe les unes après les autres.

Les Japonais respectent à la lettre leur code d'honneur du Bushido, qui interdit toute capitulation, et luttent jusqu'à la mort. Les blessés ou ceux qui sont trop faibles pour se battre se suicident en dégoupillant des grenades contre leur poitrine. Tous les bataillons débarqués font maintenant mouvement vers l'intérieur des terres. Le 6ème Régiment de Marines du colonel Maurice G. Holmes nettoie le rivage sud de Betio.


Avec l'infanterie et le support des lance-flammes, les Sherman ont anéanti les fortifications restantes sur les parties centrales et occidentales de l'îlot. Dans la soirée, de nouvelles troupes fraîches débarquent pour renforcer les Marines à bout de force après trois jours de furieux combats sans interruption. A la tombée de la nuit, les Marines nettoient les parties occidentale et centrale de Betio.


Les 1,100 survivants japonais, qui commencent à manquer de munition et privées de tout contact radio avec l'extérieur, se lancent dans une dernière charge banzaï suicidaire. Tous les Japonais encore en vie se ruent sur le 6ème Régiment du colonel Maurice Holmes, en particulier sur la compagnie B du lieutenant Norman Thomas, débordée par le nombre.

Les Marines commencent à se replier. Par radio, Thomas prévient son supérieur, le major William Jones, patron du 1er Bataillon: "Nous les tuons aussi vite qu'ils arrivent, mais nous ne tiendrons pas longtemps. il nous faut du renfort!"

La réponse de Jones parvient, singlante et sans appel: "Nous n'avons personne à vous envoyer. Vous devez tenir! Débrouillez-vous!"

Dans la nuit du 22 au 23 novembre, Malgré de lourdes pertes, le 1er bataillon du 6ème Régiment de Marines, bien qu'affaiblit et malmené, encaisse le choc. Au lever du jour, les Marines de Thomas tiennent toujours leurs positions.



Quatrième jour: 23 novembre 1943.

Au petit matin, tout est fini ou presque. Le 6ème Régiment de Marines dénombre plus de 900 cadavres japonais autour de ses positions. Il ne reste plus sur Betio que quelques petites poches de résistance japonaises.


Après un nettoyage minutieux du côté occidental de Betio, et malgré quelques tireurs isolés qui se manifesteront encore pendant plusieurs jours, l'îlot est déclaré conquis à 13h12, après 76 heures de combats acharnés. Le drapeau américain est hissé.

Sur une garnison de 4,836 hommes, seuls 17 japonais et 129 "Termites" coréens ont été fait prisonniers. De leur côté, le Corps des Marines américain enregistre sur Betio 868 tués et 2,296 blessés.


Sur Makin, les Américains ont enregistré 66 morts et 152 blessés. Sur les 768 hommes de la garnison, 3 Japonais et 101 "Termites" coréens ont été capturés vivants.

Le lendemain, le 24 novembre 1943, au large de Makin, le porte-avions d'escorte Liscombe Bay est coulé par un sous-marins japonais et entraînera avec lui 642 marins, sur un équipage de 698 hommes. Le prix à payer pour la conquête de Betio est exorbitant mais, en quelques semaines, l'atoll de Tarawa sera transformé en base servant de point de départ à la reconquête des îles Marshall.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 20 novembre 2012.


Sources principales:
Marines in WWII - The Battle of Tarawa (HyperWar)
Across the Reef, The Marines Assault of Tarawa (HyperWar)
The Battle of Tarawa (Wikipedia.org)

Guerre du Vietnam 1965-1975 - Stratégie "Search and Destroy": de la défensive à l'offensive

Le concept "Search and Destroy", ou "Seek and Destroy", ou encore S&D, fait référence à la stratégie militaire adoptée par les forces américaines au Sud-Vietnam durant le second semestre de l'année 1965, pour chercher le Vietcong insésissable, le "localiser et le détruire dans une guerre d'usure" (Attrition War). Cette stratégie est axée sur l'utilisation intensive d'une nouvelle arme révolutionnaire très mobile, l'hélicoptère, dans un type de guerre que les Français viennent juste d'expérimenter en Algérie: la "guerre anti-insurectionnelle" ou lutte anti-guerilla. Ce type d'opérations se poursuivra pendant pratiquement toute la durée du conflit.



Stratégie "Search and Destroy".

"Si l'ennemi ne vient pas à toi..." Quatre mois après l'arrivée des Marines à Da Nang, puisque le Vietcong demeure insésissable et refuse l'affrontement direct, il faut aller le débusquer et le détruire sur son propre terrain: la jungle. Voilà pour l'idée de base du commandement américain MACV.

La première phase est d'infiltrer de petites unités, de l'ordre de la section (Platoon) ou même parfois d'une compagnie entière, en territoire ennemi par la voie des air en utilisant une nouvelle arme expérimentale et révolutionnaire, l'hélicoptère de transport de troupe, qui vient juste de démontrer ses capacités en Algérie, et qui sera utilisé de manière beaucoup plus intensive par la suite.

La seconde phase, la plus difficile et la plus éprouvante moralement et physiquement, est de localiser les sanctuaires, les bases ou les caches du Vietcong. En général, l'unité américaine (Troop, Platoon ou Company) est déployée dans une zone près d'une route ou d'un sentier, où l'on suspecte une activité ennemie. Les GIs ou les Marines disposent des pièges sur les sentiers (mines Claymores, pièges à cons, ...) ou tendent des embuscades à des patrouilles ennemies. Quand ils se retrouvent eux-mêmes "accrochés" ou tombent dans des embuscades, ils demandent fréquemment un soutien aérien rapproché ou d'artillerie.

C'est une guerre d'attrition, ou d'usure, faites d'activités de patrouilles dans la jungle, d'une série d'embuscades ou de contre-embuscades, où les Américains essaient d'épuiser leurs adversaires, tirant grandement avantage de leur supériorité technique en mobilité et en puissance de feu.

De ce type d'opérations de lutte anti-guerilla, commencent égament à paraître dans les communiqués de presse les deux termes "Bodycount", le comptage des pertes amies et ennemies, et "kill ratio", le rapport entre les deux. Durant toute la durée du conflit, les combattants américains parviendront à maintenir un kill ratio assez constant d'un sur huit à un sur douze. C'est-à-dire que pour chaque soldat américain tombé au combat, entre huit et douze Vietcongs ou Nord-Vietnamiens sont tués à chaque engagement, sans compter le nombre de prisonniers capturés.

Les plus importantes missions "Search and Destroy" menées par les forces américaines au Sud-Vietnam seront les opérations Attleboro (14 septembre - 24 novembre 1966) et Junction City (22 février - 14 mai 1967).

Photo ci-dessous: un prisonnier vietcong est interrogé afin d'obtenir des renseignements.



Opération Starlite: le baptême du feu des Marines (17-24 août 1965).

L'opération Starlite est la première offensive militaire américaine au Sud-Vietnam. Au cours de l'été 1965, de multiples rapports arrivent à l'état-major du MACV à Saigon, sur le bureau de Westmorland. Tous signalent de vastes concentrations vietcong autour des enclaves tenues par les Américains. Si les renseignements fournis par les Sud-Vietnamiens ne se sont pas toujours montrés très fiables, cette fois l'affaire semble sérieuse.

L'opération est lancée sur base de renseignements fournis par le major-général Nguyen Chanh Thi, commandant les troupes de l'ARVN dans la zone tactique I CTZ, couverte par l'USMC. Le 15 août 1965, cette information est confirmée par l'interrogatoire d'un déserteur vietcong: le 1er Régiment VC, comprenant un effectif d'environ 1500 hommes, a installé sa base autour de Van Tuong, à 20km au sud du camp des Marines de Chu Lai, et prépare une attaque majeure contre la base américaine.

Pour prendre l'ennemi de vitesse, à l'état-major américain, le lieutenant-général Lewis W. Walt, commandant de la III Marine Amphibious Force (III MEF) et coordinateur de la I CTZ, conçoit le plan d'une attaque préventive pour détruire le régiment ennemi et éliminer la menace. Pour les Marines, habitués à conduire des opérations offensives, le temps de la revanche est enfin arrivé.

Le plan d'action de Walt, qui implique 5500 hommes de la III MEF (ex-9MEB), vise l'encerclement et l'anéantissement des 60ème et 80ème Bataillon du 1er Régiment vietcong, sans lui laisser le temps de disparaître dans la nature. Pour cela, trois attaques seront lancées simultanément.

La compagnie M du 3ème Bataillon du 3ème Régiment de Marines (M-3/3), arrivée par voie terrestre au terme d'une marche de 6.5km, doit traverser la rivière Tra Bong pour interdire au Vietcong toute possibilité de retraite vers le nord. Le reste du 3ème Bataillon, débarquant sur le plage d'An Cuong à bord de véhicules amphibies LVT, fera de même au sud.

La force d'assaut principale, le 2ème Bataillon du 4ème Régiment de Marines (2/4), sera déposée, par hélicoptères de transport UH-34 Choctaw, à l'ouest sur trois Landing Zone désignées LZ White, LZ Blue et LZ Red. L'appui feu sera fourni par le croiseur léger USS Galverston, les pièces de 155mm du 3ème Bataillon du 12ème Régiment d'artillerie, et des UH-1B Gunship. Le 3ème Bataillon du 7ème Régiment de Marines (3/7) de la Special Landing Force constituera la réserve et devra appuyer si nécessaire le 2/4.

L'opération Starlite débute le 17 août 1965 à 10h, quand l'élément nord, la compagnie N-3/3, est amenée par voie terrestre de Chu Lai à 6.5km au nord de Van Tuong et termine le trajet à pied dans la zone le 17 août 1965.

Le matin du 18 août 1965, les véhicules amphibies acheminant le reste du 3ème Bataillon abordent la plage d'An Cuong, mais les Marines sont bientôt stoppés par les tirs de mortiers et de mitrailleuses lourdes. Aussi les pièces de 152mm de l'USS Galveston interviennent et écrasent les positions vietcongs sous un véritable déluge de feu. Mais quand les Marines reprennent leur avance, ils sont accueillis par des nouveaux tirs ennemis. Il leur faudra encore de nombreuses heures de combat acharnés pour nettoyer et sécuriser la zone.


Sur les trois Landing Zones, à l'ouest, les combats sont également sérieux. Sur la LZ Blue, à 6h45 du matin, la compagnie H du 4ème Régiment (H-2/4) tombe pratiquement sur le 60ème Bataillon vietcong, embusqué sur la colline 30 Nam Yen, d'où celui-ci arrose la position américaine. Il faudra attendre l'intervention massive des chars et des hélicoptères UH-1B Gunship pour débloquer la situation.

Au même moment, plus au nord, sur la LZ White, la compagnie E (E-2/4) connait des problèmes similaires, et il faudra l'appui des pièces de 155mm du 3/12 et des 152mm du Galveston pour venir à bout des positions ennemies.

A gauche, sur LZ Red, la compagnie G (G-2/4) connait un meilleur sort et avance plus facilement.

Pendant toute cette journée, sous une chaleur épuissante, les Marines avancent ainsi péniblement et referment l'étau sur le 1er Régiment vietcong. Les combats sont particulièrement violants autour des hameaux de Nam Yen et d'An Cuong. Les Américains parviendront à détruire les positions ennemies, mais au prix de lourdes pertes.

Le lendemain, 19 août 1965, débutent les opérations de nettoyage des dernières poches de résistance vietcong. Elles vont être extrêmement éprouvantes et se poursuivre pendant encore plusieurs jours.

Première grande bataille américaine de la guerre du Vietnam livrée contre le Vietcong, l'opération Starlite s'achève par un succès américain. Les Marines annoncent avoir tué 614 vietcongs et capturé 51 prisonniers de guerre. Le FNL revendique pour sa part des pertes ennemies complètement absurdes: 919 tués américains, 22 chars ou véhicules blindés, et 13 hélicoptères détruits. Les Marines admettent 45 tués et 203 blessés de leur côté. Les deux bataillons du 1er Régiment VC sont virtuellement détruits.

Photo ci-dessous: durant l'opération Starlite, des prisonniers vietcongs attendent d'être transporter hors de la zone de combat par hélicoptère (ici un UH-34D).



Hauts-Plateaux: le 7ème Régiment de cavalerie à l'oeuvre à Ia Drang.

La bataille de la vallée de Ia Drang est la première et une des plus importantes batailles livrées entre l'US Army et l'Armée nord-vietnamienne (ANV). Elle se déroule du 14 au 18 novembre 1965 dans la région montagneuse dite des "Hauts-Plateaux", au centre du Sud-Vietnam.

Rappel de mémoire: entre 1963 et 1965, de multiples coups d'Etats et de bouleversements politiques ont secoué le pays, affaiblissement le pouvoir gouvernemental et les capacité de l'Armée sud-vietnamienne (ARVN). En 1965, le Vietcong et les unités de l'ANV infiltrées au Sud-Vietnam contrôlent une bonne partie des régions rurales.

Le 19 octobre 1965, les 32ème et 33ème Régiments ANV, commandés par le colonel Nguyen Huu An, lancent une attaque contre le camp des Forces Spéciales (Bérêts Verts) de Plei Me, à environ 40km au sud de Pleiku, alors base d'opération de la 3ème Brigade de la 1ère Division de cavalerie, récemment arrivée au Sud-Vietnam, au coeur de cette région montagneuse. L'offensive nord-vietnamienne, partie de la frontière cambodgienne, vers la côte, a pour objectif de couper le Sud-Vietnam en deux.


Pour contrer cette menace, le général William Westmorland donne l'ordre à la 1ère Division de cavalerie [aéromobile] de lancer une contre-attaque à la fin de ce mois d'octobre. L'ANV, menacée à son tour par cette riposte, doit reculer, et Westmorland décide d'utiliser la First Cav dans une mission "Search and Destroy" pour trouver et anéantir l'ennemi. Mais ce que les Américains ignorent, au début de novembre, c'est que les unités nord-vietnamiennes sont en train de se regrouper dans la Vallée de Ia Drang, située à 25km à l'ouest de Plei Me.



Photo ci-dessous: les hommes du 1er Bataillon commandés par le lieutenant-colonel Harold G. Moore sont déposés par hélicoptères sur la LZ X-Ray.



1° Premier jour.

Le 14 novembre 1965, le 1er Bataillon du 7ème Régiment de cavalerie (1/7 Cav), commandé par le lieutenant-colonel Harold G. "Hal" Moore, est héliporté dans cette vallée et déposé dans la vallée pour "rechercher et détruire" l'ennemi. L'appui-feu est fourni par l'artillerie de la Firebase Falcon, située à 8km au nord-est.


Après une préparation d'artillerie et d'aviation d'une demi-heure, les différentes unités du bataillon de Moore arrivent l'une après l'autre sur la LZ-Ray. A 10h48, des éléments de la Compagnie B du capitaine John Herren et l'état-major de Moore. A 11h20, le reste de la Compagnie B et un peleton de la Compagnie A du capitaine Tony Nadal. Puis à 12h10, le reste de la Compagnie A.

A 12h20, Herren ordonne à ses 1er et 2ème Peletons (lieutenants Al Devney et Henry Herrick) d'avancer en patrouille sur les deux flancs de la LZ pour localiser l'ennemi. Sur le flanc droit, Herrick avance rapidement lorsque soudainement il butte contre des forces nord-vietnamiennes très supérieures en nombre. Il tombe dans une ambuscade à une centaine de mètre de X-Ray, et est assaillis par des forces très supérieures en nombre. En moins d'une demi-heure, de nombreux Américains, dont Herrick lui-même, sont tués.

Le peleton d'Herrick se retrouvant isolé, les Compagnies A et B doivent formés un périmètre défensif, et se retrouvent elles-aussi attaquées par les Nord-Vietnamiens, ceux-ci lançant de nombreux assauts tous repoussés et subissant de lourdes pertes. A 13h32 arrive la Compagnie C du capitaine Bob Edwards, laquelle prend position au sud et au sud-ouest du périmètre américain, face à la Montagne Chu Pong.

Les 200 Américains qui ont été héliportés à ce moment font soudainement face à trois bataillons renforcés du 33ème Régiment ANV, comptant un effectif approximatif d'environ 1600 hommes.



Bilan de la bataille.

La bataille de Ia Drang est la première opération de grande envergure montée contre l'ANV. Pour Westmorland, elle prouve deux choses: les forces américaines peuvent vaincre l'élite de l'armée nord-vietnamienne, et la mobilité sur le champ de bataille apportée par les hélicoptères, associée à un appui-feu important, permet de remporter la victoire.

Les Américains ont perdu au cours de leur engagement dans la vallée de Ia Drang, et pas uniquement pour leur engagement sur la LZ X-Ray, 307 tués et 524 blessés. Le bodycount US des pertes nord-vietnamiennes s'élève à 1519 tués, 1178 blessés et 157 prisonniers.



Le film "Nous Etions Soldats" (We Were Soldiers) de Randall Wallace, avec les acteurs australien Mel Gibson, dans le rôle de Moore, et vietnamien Don Duong, dans celui de Huu An, relate pratiquement heure par heure cette terrible bataille.

Plus d'infos sur ce film


Iron Triangle: le "Triangle de Fer" au nord de Saigon.


Delta du Mékong: Brown Water Navy, la "Marine des Eaux Boueuses".


[Troisième partie: "1966-1967: l'engrennage fatal" - A suivre]


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Sources également disponibles:

Operation Starlite (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Starlite

Battle of Ia Drang (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Ia_Drang

Guerre du Vietnam 1965-1975 - Entrée en lice des Etats-Unis

La guerre du Vietnam, également connue aux Etats-Unis sous l'appelation de "Seconde Guerre d'Indochine", est un conflit long et meurtrier, une véritable guerre civile, qui a ensanglanté l'ancienne Indochine française, formée du Vietnam, du Laos et du Cambodge. Au Vietnam, la guerre s'est étendue du 26 septembre 1959, date de la première action armée du Vietcong contre le gouvernement sud-vietnamien, au 30 avril 1975, jour de la chute de Saigon et la fin du régime nationaliste de Nguyen Van Thieu.


Le Vietcong, ou "Front National de Libération du Sud-Vietnam", dépend largement de l'aide militaire et financier du Nord-Vietnam, lui-même entretenu par la Chine et surtout l'Union Soviétique. Le gouvernement sud-vietnamien, de son côté, est aidé à une écrasante majorité par les Américains, au nom de la politique du "Containment", c'est-à-dire la lutte contre l'expansion et l'influence du Communisme en Asie du Sud-Est, ainsi que par plusieurs autres pays occidentaux (Australie, Royaume-Uni) ou vicéralement anti-communiste (Corée du Sud) mais à une beaucoup moindre échelle que les Etats-Unis.

Les premiers "conseillers" militaires américains débarquent au Sud-Vietnam dès la création de l'armée sud-vietnamienne (ARVN), en octobre 1955, mais il faudra attendre dix ans pour que Lyndon B. Johnson engage massivement les unités de combat de l'US Army aux côtés de celle-ci.

L'offensive communiste du Têt, lancée fin janvier et en février 1968, marque psychologiquement le tournant de la guerre du Vietnam. Bien qu'au final, la guerilla Vietcong et les unités de l'Armée nord-vietnamienne (ANV) impliquées en sortent pratiquement anéanties, cette attaque de grande ampleur surprend complètement les militaires américains et provoque une terrible onde de choc dans la presse et l'opinion publique aux Etats-Unis. C'est ainsi que l'administration du président Richard Nixon, cherchant une solution diplomatique pour sortir de ce "bourbier", entame la même année des pourparlers de paix avec le Nord-Vietnam. 1969 marque le début du retrait militaire et de la "Vietnamisation du conflit". Les derniers combattants américains quittent le Sud-Vietnam à la fin du mois de mars 1973. Ne restent sur place que le détachement de Marine de protection de l'ambassade, et des coopérants civils.

Mais ces pourparlers entre les Etats-Unis et le Nord-Vietnam s'éternisent depuis 1968, parallèlement aux combats qui se poursuivaient sur le terrain. En juin 1969, le "Gouvernement Révolutionnaire provisoire" (GRP) est créé par le Parti Communiste sud-vietnamien, et absorbe ce qui reste du FNL/Vietcong détruit l'année précédente. En dépit des "Accords de Paris", initialement signés le 27 janvier 1973 par Henry Kissinger et Le Duc Tho, puis par les deux autres parties en présence (GRP et Sud-Vietnam), le conflit durera encore plus de deux ans. Les Nord-Vietnamiens, tirant les leçons de leur précédent échec de la Pâque 1972, brisent ces accords et lancent au début de l'année 1975 une offensive finale foudroyante, longuement et minutieusement préparée, envahissant le Sud-Vietnam, et pour celui-ci, c'est le début de la fin. Le conflit s'achève le 30 avril avec la prise de la capitale sudiste, Saigon, par les troupes nord-vietnamiennes.

Cette "sale guerre" qui a impliqué plus de 3.5 millions de jeunes conscrits âgés de 19 à 23 ans, et qui a été "perdue" dans les couloirs de la Maison-Blanche et l'opinion publique aux Etats-Unis, soit à 20000km du théâtre des opérations, continue à l'heure actuelle de traumatiser la société américaine.



Préambule: Accords de Genève et partition du Vietnam en 1954.

Après la victoire du Viet-Minh à Dien Bien Phu, le 7 mai 1954 (1), les "Accords de Genève", réunissant des délégués de la France, du Viet-Minh, des Etats-Unis, de la Chine et de l'Union Soviétique, divisent le Vietnam en deux entitées, séparées par une "Zone de Démarcation Militaire" (DMZ) le long du Dix-Septième Parallèle.

Cette partition provoque déjà, dès 1954, un premier exode massif de réfugiers. C'est l'opération Passage to Freedom exécutée par l'US Navy et la Marine française: 310000 Vietnamiens anti-communistes fuient le Nord par mer pour gagner le Sud.



La "République Démocratique du Vietnam" fondée par Ho Chi Minh en septembre 1945, reçoit le territoire au nord de celui-ci, avec la capitale Hanoi. S'installe alors une dictature communiste, soutenu par l'Union Soviétique et la Chine.

Au sud, la "République du Vietnam", l'empereur Bao-Dai rapelle des Etats-Unis Ngo Dinh Diem, où il vit en exil, et le nomme Premier ministre du nouvel Etat, avec pour capitale Saigon.

Diem, en tant que Catholique, est farouchement anti-communiste, et proclame la "République". Mais très vite, en 1955, il installe un pouvoir affairiste, autoritaire et népotique. Le gouvernement sud-vietnamien, soutenu par les Etats-Unis, devient très vite impopulaire aux yeux de sa population. Les Américains eux-même finiront par prendre leur distance en 1963.

Le "Front National de Libération du Sud Vietnam" (FNL) est fondé dès la partition du pays par les Communistes sud-vietnamiens pour lutter contre le gouvernement de Diem, et rassemble des anciens du Viet-Minh ayant décidé de reprendre le maquis. "Vietcong" est le nom usuel donné par les Américains au FNL, il résulte de la contraction phonétique de "Cong San Viet Nam" (Communistes Vietnamiens). Les relations ambigües du FNL avec Hanoi ont donné lieu à de nombreux débats politiques et des controverses, bien que le FNL se déclare lui-même autonome et indépendant du Nord-Vietnam.

Le 1er novembre 1963, Diem est devenu si impopulaire qu'il est renversé par un coup d'Etat fomenté par sa propre armée, l'ARVN, et dirigé par le général Duong Van Minh, lequel a reçu du président John F. Kennedy, par l'intermédiaire de son ambassadeur Henry Cabot Lodge, l'"assurance de ne pas interférer". Diem, qui a essayé de fuir le Palais présidentiel, est repris et fusillé par des militaires le lendemain, 2 novembre.

Van Minh est lui-même renversé le 30 janvier 1964 par le général Nguyen Khanh, lequel ne tarde pas à prendre exemple sur Diem, et à être "écarté" à son tour par un tandem de deux autres généraux, Nguyen Cao Ky et Nguyen Chanh Thi.

En 1964, cette succession de coups d'Etat et de renversements entraîne une période d'instabilité politique. L'autorité gouvernementale s'affaiblit, en particulier dans les zones rurales, où l'influence de la guerilla communiste Vietcong grandit et s'intensifie. Les Etats-Unis, pour soutenir le Sud-Vietnam, accroissent leur aide militaire.



(1) "Guerre d'Indochine - Bataille de Dien Bien Phu (13 mars - 7 mai 1954)"


Insurrection communiste au Sud-Vietnam (1956-1960).

En 1956, la brutalité des méthodes de Ngo Dinh Diem dans sa lutte contre les Communistes lui aliénent une grande partie de la population paysanne sud-vietnamienne. Face à ce pouvoir népotique et de plus en plus corrompu, des anciens du mouvement nationaliste Viet-Minh décide de se regrouper et choisissent la voie de la lutte armée contre le gouvernement Diem, en reprenant les tactiques employées contre les Français. Le "Front National de Libération du Sud-Vietnam" (FNL) sera officiellement proclamé en décembre 1960.

Le FNL, surnommé populairement "Vietcong" par les Américains, entame alors une campagne d'assassinats de chefs de village et de personnalités qui s'opposent à sa politique, d'attentats à la bombe et parfois de véritables attaques contre des casernes ou des unités de l'armée sud-vietnamienne (ARVN).

Le 8 juillet 1959, le Vietcong assassine, dans un village près de Bien Hoa, à 35km au nord-est de Saigon, deux conseillers militaires américains assistant à une projection cinématographique. Le major Dale Richard Buis et le sergent Charles Ovnand sont considérés comme les premiers tués américains de la guerre du Vietnam et leurs noms figurent en première place sur le Mur du Mémorial du Vietnam, à Washington DC.

Septembre 1959 est considéré par les historiens comme le début officiel de l'insurrection armée de la guerilla communiste contre le pouvoir et l'armée sud-vietnamienne. Un bataillon Vietcong tend une embuscade à deux compagnies de l'ARVN. Dans la province de Tay Ninh, près de la frontière cambodgienne, le Vietcong créé le "Truong Uong Cuc Mien Nam" (COSVN), un "état-major communiste centralisé pour le Sud" chargé de coordonner les actions des divers mouvements de résistance dans le pays.

En janvier 1960, une série de soulèvements se produit dans la province de Ben Tre (Delta du Mékong), et les communistes sud-vietnamiens fondent plusieurs "zones libérées".

Entretemps, en mai 1959, le gouvernement sud-vietnamien, de son côté, a voté la "Loi 10/59" qui autorise désormais l'application de la peine de mort pour "crimes contre la sécurité de l'Etat".

En 1961-1963, pour aider le Vietcong dans sa lutte, 40000 soldats nord-vietnamiens s'infiltrent au Sud par la "Piste Ho Chi Minh", un réseau complexe de routes et de sentiers serpentant dans les régions montagneuses le long des frontières laotienne et cambodgienne.



Politique vietnamienne de l'administration Kennedy (1960-1963).

Lorsque John F. Kennedy débute son mandat présidentiel en janvier 1961, une de ses premières mesures et de confirmer et d'accroître l'aide américaine au Sud-Vietnam. Il fera ainsi passer le nombre de conseillers militaires à 2000 à la fin de cette année, et seront 16500 hommes fin 1963, contre environ 900 à la fin de la précédente administration d'Eisenhower.

En mai 1961, le vice-président Lyndon B. Johnson effectue une visite à Saigon et rassure Diem sur l'aide des Etats-Unis. Le programme Strategic Hamlets ("Hameaux Stratégiques") est mis en place par les conseillers américains et l'armée sud-vietnamienne. Il s'agit de déplacer la population rurale dans des camps fortifiés, de manière à l'isoler du Vietcong, en leur fournissant protection, vivres, éducation et assistance médicale. Mais les résultats positifs de ce programme restent assez faibles et aléatoires, en raison principalement du mécontentement de la population locale, de la corruption généralisée au sein du gouvernement et de l'armée sud-vietnamienne, des infiltrations de la guerilla dans les camps, et de la politique d'élimination des opposants anti-communistes par les Vietcongs.

Le 8 février 1962, les Américains créent un commandement militaire spécialisé sur l'aérodrome de Tan Son Nhut, près de Saigon, le Military Assistance Command, Vietnam (MACV), commandé par le général Paul D. Harkins. L'US Air Force déploit également au Sud-Vietnam plusieurs unités de B-26 Invader et d'A-1 Skyraider, d'avions de transport et d'hélicoptères à Saigon et à Da Nang.

En janvier 1963, la bataille d'Ap Bac entre le Vietcong et l'ARVN démontre l'incapacité de cette dernière à combattre efficacement son adversaire. Au cours de cet affrontement, plusieurs conseillers américains qui encadrent les troupes sud-vietnamiennes sont tués ou blessés.

Parallèlement, Diem le Catholique instaure une série de mesures discriminatoires et entame une répression sauvage de la communauté bouddhiste de Hue. Le régime sud-vietnamien devient si impopulaire que les Américains commencent à prendre leur distance. Alors que dans l'ensemble, le Département de la Défense et les militaires américains restent assez favorables à Diem, le Département d'Etat de son côté commence à envisager la possibilité d'un changement de régime.

Durant l'été 1963, la CIA prend contact avec des généraux sud-vietnamiens pour organiser un putsch militaire. Diem est effectivement renversé le 1er novembre suivant par sa propre armée, avec le soutien tacite des Etats-Unis, et exécuté le lendemain avec son frère.

La "Division des activités spéciales" (SAD) de la CIA entame également une campagne clandestine et secrète d'assassinats de membres du Vietcong ou de sympathisants pro-communistes. C'est le "Programme Phoenix", exécuté par des unités spéciales des Navy SEALs ou de MACV-SOG (Studies and Observations Group).

Trois semaines après Diem, John Fitzgerald Kennedy est assassiné à son tour, le 22 novembre 1963 à Dallas au Texas.


Controverse sur l'"Incident du Golfe du Tonkin": Lyndon Johnson et l'escalade (1964-1965).

Le successeur de John F. Kennedy, Lyndon B. Johnson, hérite de l'engagement américain en Asie du Sud-Est, et prend une série de mesure pour encore le renforcer. Les plans dressés par les militaires américains en janvier 1964 prévoit désormais la surveillance électronique et radio des côtes nord-vietnamiennes par les navires de l'US Navy, les opérations secrètes incluant le sabotage, et des missions de bombardement (secrets) de la Piste Ho Chi Minh au Laos, par où transite l'aide matérielle au Vietcong.


L'US Navy lance l'opération Desoto, des missions de soutien de guerre électronique au large des côtes nord-vietnamiennes. Les navires américains ont reçu l'ordre formel de se tenir au-delà de la limite fixée des 13km (8 miles) dans les eaux internationales.

Le 2 août 1964, vers 15h, le destroyer USS Maddox, en mission d'écoute électronique dans le Golfe du Tonkin, à une quarantaine de kilomètres au large des côtes, c'est-à-dire dans les eaux internationales (2), signale qu'il est attaqué par trois vedettes lance-torpilles nord-vietnamiennes, qu'il a riposté au canon de 127mm et touché plusieurs d'entre-elles. Le destroyer parvient à éviter les torpilles envoyés contre-lui, puis se retire en s'éloignant de la côte vers le large. L'"incident" ne fait aucun morts ni blessés du côté américain.

Johnson, informé de l'attaque, prend des mesures et renforce le dispositif déjà en place: il autorise le porte-avions USS Constellation et rejoindre l'USS Ticonderoga dans la Mer de Chine méridionale, et ordonne à un second destroyer, l'USS C. Turner Joy, de porter assistance à l'USS Maddox.


Le lendemain, 3 août 1964, alors que les deux destroyers font route et se rapprochent de la côte, un violent orage éclate, dérèglant les radars et les instruments sonar. Le commandant du Maddox, le capitaine John J. Herrick, craignant une attaque, demande une couverture aérienne. Des F-8 Crusader décollent donc du Ticonderoga vers 21h.

Dans la nuit du 3 au 4 août 1964, les deux destroyers américains se mettent soudainement à zigzaguer et à ouvrir le feu dans toutes les directions, signalent qu'ils sont attaqués par un groupe de vedettes ennemies. Les opérateurs sonar repèrent pas moins de 22 sillages de torpilles, mais aucune d'elle n'atteint les deux destroyers, qui répliquent ainsi aux canons pendant deux heures.

Même si la première attaque du 2 août ne fait aucun doute, la réalité de cette "seconde attaque" fera l'objet longtemps de longues controverses. Bien que l'US Navy affirme avoir coulé deux navires ennemis, aucun débris ni corps de marins nord-vietnamiens ne sera retrouvé sur les lieux de l'engagement.

Il est très improbable qu'il y ait eu des forces nord-vietnamiennes dans ce secteur pendant le combat. Le capitaine John J. Herrick a même admis que ce n'était rien de plus qu'un opérateur sonar "excessivement zélé" qui "entendait battre la propre hélice de son navire". Toutefois à ce moment, une grande partie de l'équipage croyait vraiment être sous le feu ennemi. En 1995, le général Vo Nguyen Giap, à l'époque commandant suprême des forces nord-vietnamiennes, a confirmé l'attaque du 2 août, mais a nié toute participation dans celle du 4 août.

C'est l'élément déclencheur. En représaille de ces deux attaques, dont on sait aujourd'hui, grâce aux archives déclassifiées de la NSA, que la seconde n'a jamais eu lieu, même si les marins américains y ont cru de toute bonne foi, Lyndon Johnson se sert de ce prétexte pour franchir une étape supplémentaire et irreversible sur le chemin de la guerre.

Le 6 août 1964, le Congrès vote la "Résolution du Golfe du Tonkin", donnant de fait plein pouvoir au président américain. Johnson décrit lui-même la résolution comme la "chemise de nuit de grand-mère: elle couvre tout". Celui-ci apparaît sur les chaines de télévision nationale et annonce au peuple américain sa détermination à répondre à l'agression nord-vietnamienne. Son opposant républicain aux élections présidentielles de novembre, le sénateur Barry Goldwater, est forcé de l'approuver.

Au Sud-Vietnam, les nombreux coup d'Etat et changements politiques qui se succèdent entre novembre 1963 et mars 1965 ont des conséquences catastrophiques sur la conduite des opérations militaires contre le Vietcong. Celui, soutenu par le Nord-Vietnam, tirant parti des tensions sociales qui secouent le pays, étend sensiblement les zones contrôlées par ses partisans. L'armée sud-vietnamienne, découragée et touchée elle aussi par la propagande communiste, renonce pratiquement à appliquer les tactiques de contre-guerilla prônée par les conseillers militaires américains.

Le 31 octobre 1964, des commandos vietcong, déguisés en paysans, se rapprochent du périmètre de la base aérienne de Bien Hoa à bord de sampans, pour la bombarder aux mortiers. L'attaque se solde par la mort de quatre Américains, la destruction de cinq bombardiers, tandis que huit autres sont sérieusement endommagés.

La nuit du 24 au 25 décembre 1964, pendant le réveillon de Noel, un camion bourré d'explosif secoue l'Hotel Brink de Saigon, où de nombreux militaires américains assistent à un spectacle de Bob Hope. Bilan: 2 tués, 70 blessés, une partie de l'immeuble détruit.

Mais l'évenement qui, plus que tout les autres, décide Johnson à envoyer un véritable corps expéditionnaire à Da Nang, est sans conteste l'attaque de Camp Holloway à Pleiku, dans la nuit du 6 au 7 février 1965. Environ 400 Américains du 52nd Combat Aviation Battalion y dorment paisiblement lorsque des vietcongs, profitant d'une trêve religieuse, s'infiltrent dans la base américaine. A 2h du matin, ils ouvrent le feu, détruisent les stocks de munitions et détruisent de nombreux hélicoptères. Sept américains sont tués, environ une centaine d'autres blessés. Réaction de Johnson: "Ils tuent nos hommes pendant leur sommeil. Je ne peux plus leur demander de continuer à se battre les bras croisés."


Début mars 1965, des commandos vietcong essuie cependant un terrible échec en s'en prennant à un camp militaire près de Binh Dinh. Quand les survivants se retirent, des dizaines de cadavres sont dénombrés accrochés aux fils barbelés.


(2) Les Nord-vietnamiens ont affirmé, de leur côté, que le navire américain naviguait à l'intérieur de la limite des eaux nationales, à environ 6km (4 miles) du rivage.


Arrivée massive des troupes terrestres américaines (mars-décembre 1965).

L'escalade de la guerre du Vietnam commence officiellement le matin du 31 janvier 1965, lorsque les 49 chasseurs-bombardiers F-105 Thunderchief du 18th Tactical Fighter Wing, basés à Okinawa, sont transférés sur l'aérodrome géant de Da Nang. C'est l'opération Flaming Dart, le bombardement des bases de communication et de logistique du vietcong près de la Zone de Démarcation Militaire (DMZ), au Sud-Vietnam, et la réponse de Johnson à l'attentat du vietcong contre l'Hotel Brink de Saigon, la veille de Noel.


Le 2 mars 1965, après l'attaque de Pleiku, les Américains franchissent l'étape suivante. Les B-52D et B-52F Stratofortress du Strategic Air Command (SAC), commandés par le général d'aviation Curtiss B. LeMay et basés sur Andersen AFB, sur Guam dans les îles Mariannes, sont placés en état d'alerte. Les opérations Rolling Thunder et Arc Light, le bombardement intensif du complexe militaro-industriel et des bases du Nord-Vietnam par l'US Air Force, débutent. Ces campagnes se poursuivront pendant les huit années du conflit, marquées par plusieurs périodes d'interruption.


Entretemps, en juin 1964, le général William C. Westmorland, un vétéran de la 82ème Division aéroportée ayant combattu en Afrique du Nord, en Sicile et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, succède à Paul D. Harkins au Commandement Militaire Américain du Vietnam (MACV).



Arrivée massive des troupes américaines (mars-décembre 1965).

Entre janvier et décembre 1965, les forces américaines au Sud-Vietnam passeront de 23000 à 184300 soldats. L'arrivée massive du corps expéditionnaire débute le 8 mars 1965 à 9h, quand 3500 hommes de la 9th Marine Expeditionary Brigade (9MEB) débarquent sur la plage de Da Nang (China Beach), à 137km au sud-est de la DMZ. Leur mission est de sécuriser la zone du port et le périmètre de la base aérienne de l'US Air Force. En principe, en cas d'attaque ennemie, ils ont les mains libres pour riposter et "passer enfin à l'action".


Certains des Marines présents ont encore en tête l'enfer des débarquements dans le Pacifique, vingt ans plus tôt, et partagent leur pessimisme. Les Leathernecks (Nuques de Cuir), comme on les surnomme, ont appris à s'attendre à tout... sauf à ce qui les attend ce matin-là! Un tout nouveau genre de comité d'accueil et d'"adversaire": le maire de Da Nang, appareil polaroïd à la main, des jeunes filles avec banderoles "Bienvenue aux Marines" et de nombreux colliers de fleurs, une nuée de photographes et de cameramen de la presse internationale. Même le brigadier-général Frederick J. Karch, commandant la 9MEB, n'échappe pas à leur attention, et y passe. Une réception qu'il goûte cependant très modérément.



Les unités de l'US Marine Corps sont les premières troupes à débarquer au Sud-Vietnam, mais elles ne seront pas les seules. Le territoire est divisé en quatre "Corps Tactical Zone" (CTZ). La I CTZ (QG: Da Nang) couvre les provinces du nord et la zone au sud de la DMZ, les régions de Hue et de Da Nang, la II CTZ (QG: Pleiku) la région des Haut-Plateaux, la III CTZ (QG: Saigon) la capitale et les provinces environnantes (Bien Hoa, Cam Ranh, Tay Ninh, ...), et enfin la IV CTZ (QG: My Tho) couvre l'extrêmité sud du pays et le Delta du Mekong.


Les provinces du nord (I CTZ) sont sous la responsabilité des Marines. En août 1965, la 9MEB est renforcée et réorganisée, elle devient la III Marine Amphibious Force, composée des 3ème, 4ème, 7ème et 9ème régiments de Marines [infanterie], chacun avec leurs trois bataillons organiques.

Mais cela ne suffit toujours pas. Initialement, les troupes américaines déployées n'ont reçu qu'une mission défensive: assurer la sécurité des bases aériennes, surtout celles de Tan Son Nhut et de Da Nang.

En avril 1965, à Honololu, dans les îles Hawaii, se tient une conference entre le Secrétaire à la Défense, Robert MacNamara, et le général William Westmorland, le commandant en chef des troupes américaines au Sud-Vietman. A cette réunion, suivant les conseils de Westmorland, est prise la décision de doubler la présence militaire américaine, qui passe ainsi de 40200 à 82000 hommes.

Le 5 mai 1965, la 173ème Brigade aéroportée, la "Force de Réaction Rapide" de l'US Army dans le Pacifique, quitte ses bases d'Okinawa pour être déployée autour de Pleiku (II CTZ) et dans les Hauts-Plateaux. Prévue initialement pour être relevée par la 101ème Division aéroportée Screaming Eagles puis déployée dans la zone du III CTZ pour assurer la sécurité du commandement MACV de Saigon, finalement, lorsque les "Aigles Hurlants" débarquent, en juillet, les deux unités, imbriquées l'une dans l'autre, resteront en mission permanente dans cette région.

Le 21 septembre 1965, la 1ère Division de cavalerie [aéromobile] First Cav vient encore renforcer le dispositif de la II CTZ à An Khe.

Dans la zone d'opération III CTZ, autour de Saigon, en octobre, c'est le tour de la 1ère Division d'infanterie Big Red One, stationnée en Allemagne, de débarquer au sud-vietnam, renforcée deux mois plus tard par la 3ème Brigade de la 25ème Division d'infanterie Lightning, partie d'Alaska.

En mars 1965, sur le terrain, les Marines se bornent à effectuer des patrouilles autour du périmètre de la base aérienne américaine de Da Nang, dans les collines à l'ouest. Les premiers morts américains en opération de guerre sont victimes d'une tragique erreur de "tir ami". C'est ainsi que pour les Marines, la guerre du Vietnam débute véritablement.

Photo ci-dessous: en novembre 1965, une patrouille de la Big Red One inspecte une maison et vérifie s'il n'y a pas de cache d'armes ou d'approvisionnement destinés au Vietcong.


Du côté de l'Armée sud-vietnamienne, malgré l'arrivée progressive des unités de combat américaines, les taux de désertion et de désobéissance continuent de croître. En mai, c'est la bataille de Bin Giah, dans la province de Phuoc Tuy, au sud-est de Saigon. Les unités de l'ARVN engagées subissent de lourdes pertes et fuient honteusement. Le mois suivant, les Sud-Vietnamiens subissent une seconde et terrible défaite à la bataille de Dong Xoai.

En juin 1965, Westmorland informe le président que la situation de l'ARVN devient critique, et demande que les effectifs passent à 200000 hommes en décembre. Les militaires américains comprennent qu'ils ne peuvent plus se contenter de rester sur la défensive.


Autour de Da Nang, les patrouilles américaines dans les collines reviennent bredouille. Lourdement chargés, les Marines rentrent à leur base complètement épuisés sans avoir aperçu l'hombre d'un seul ennemi. Car durant les quatre mois qui suivent le débarquement des Marines à Da Nang, le Vietcong reçoit comme consigne d'éviter autant que possible la confrontation. Pour le général Wallace M. Greene, commandant de l'USMC, il n'y a pas pire et insupportable attente qui use les nerfs de ses troupes: "La mission de mes Marines est de tuer des Vietcongs. Ils ne peuvent le faire en restant assis sur leur sac."

Dans les premières heures du 1er juillet 1965, la guerilla change complètement de tactique et honore les voeux de Greene, en décidant de "sortir les Marines de leur torpeur." Un groupe de commandos vietcongs parvient à s'infilter à l'intérieur du périmètre américain, tire aux mortiers lourds contre la base aérienne et détruit ou endommage plusieurs avions et hélicoptères, avant de se retirer dans la nuit sans avoir été repéré ou inquiété. Un seul américain est tué, et les pertes matérielles somme toute assez minimes. Mais cette attaque a un énorme impact médiatique et moral, et c'est une formidable publicité pour la propagande communiste. Les Marines, furieux, jurent de se venger de cette "humiliation". La suite des évenements va bientôt leur en donner l'occasion...


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Sources également disponibles:

Vietnam War (Wikipedia.org)
http://en.wikipedia.org/wiki/Vietnam_War

Guerre du Vietnam (Wikipedia.org)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Vietnam