
Les état-majors anglo-américains reçoivent, le 10 avril 1944, la confirmation d'un débarquement sur les côtes Nord de la France, et plus précisément en Basse-Normandie. Cette opération, nom de code "Neptune", sera supervisée en personne par le commandant en chef des forces navales alliées: l'amiral anglais Bertram H. Ramsay.

4 juin 1944 - "Let's Go!": déclenchement de l'opération Overlord.
1er juin 1944. 21h. Un message personnel lancé sur les ondes après les informations de la BBC est intercepté par le service d'écoutes de la 15ème Armée allemande. Ce message, c'est les trois premiers vers de "la chanson d'automne" du poète Paul Verlaine: "Les sanglots longs / Des violons / De l'automne..."
L'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, les services secrets militaires allemands, a informé les forces armées que ces trois vers constituent la première partie d'un message qui, lancé le 1er et le 15 d'un mois quelconque à l'adresse de la Résistance française, doit annoncer l'imminence du débarquement. Les trois vers suivants, "Blessent mon coeur / D'une langueur / Monotone", devant être retransmis vingt-quatre à quarante-huit heures avant le début de l'invasion.
Après l'interception des trois premiers vers, dans la nuit du 1er au 2 juin 1944, la 15ème Armée allemande, dans le Pas-de-Calais, est placée en état d'alerte. Mais, par suite d'une mésentente entre les services de renseignements de l'OKW du général Alfred Jodl, le commandant en chef des forces allemandes à l'Ouest, le maréchal Gerd von Rundstedt, et Rommel, on a "tout simplement oublié" d'en aviser la 7ème Armée allemande, stationnée dans le Calvados, en Basse-Normandie.
Dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, àprès le journal de la BBC, la première partie du poème de Verlaine est répétée une seconde fois, ce qui n'est pas sans déconcerter les services de renseignements allemands, qui ne s'expliquent pas cette seconde retransmission. Entretemps, le maréchal Erwin Rommel, commandant du Heeresgruppe B, s'apprête à partir pour l'Allemagne.
En Angleterre, d'une roulotte de forain placée dans un bois près de Portsmouth, au sud de l'île, le général Dwight Eisenhower va donner l'ordre d'invasion.
Trois millions de soldats, aviateurs et marins dépendent de lui. Le déclenchement de l'opération Overlord a été décidé par Eisenhower le 8 mai, confirmée le 17 mai. Le D-Day ("Jour J") est d'abord fixé le 5 ou le 6 juin, au plus tard le 7 juin, lorsque deux conditions météos indispensables à la réussite de l'opération seront réunies.

La première, une nuit de pleine lune, pour favoriser les parachutages et atterrissages de planeurs des 20000 hommes des 101ème et 82ème Divisions aéroportées américaines et la 6ème Division aéroportée britannique.
La seconde, une marée basse à l'aube, mettant à découvert les obstacles et les mines de Rommel sur les plages, de façons à permettre aux commandos plongeurs de la marine américaine, les Navy Seals, qui précéderont la première vague d'assaut, de les neutraliser aisement, en faisant sauter les mines et en détruisant les obstacles.
Seuls ces trois jours de juin réunissent toutes ces conditions. Le 19 juin, il est vrai, les marées seraient à nouveau favorables, mais il n'y aura plus de pleine lune et les forces aéroportées seraient obligées d'attaquer dans l'obscurité la plus totale. Il faudrait alors attendre le mi-juillet, mais un report aussi reculé, comme le dira par la suite Eisenhower, est "trop compliquer à envisager".
Mais le 4 juin 1944, jour prévu de Rommel pour son départ en Allemagne, Eisenhower repoussera le Jour-J, initialement prévue pour le lendemain, de vingt-quatre heures, en raison de la mer démontée et des mauvaises conditions météorologiques dans la Manche.
Du fait de ce report, les convois qui ont déjà appareillé en partie des ports et ancrages du sud de l'Angleterre doivent faire demi-tour sur une mer plus agitée d'heure en heure. Les fantassins à bord des navires de transport souffrent d'un terrible mal de mer.
Vers 22h, après avoir entendu les chefs alliés et pris connaissance du communiqué météorologique de la Royal Air Force du Group Captain James M. Stagg, Eisenhower annonce l'irrévocable décision: le débarquement aura lieu le 6 juin.
Photo ci-dessous: les chefs et planificateurs de l'opération Overlord. De gauche à droite: lieutenant-général Omar N. Bradley, amiral Bertram H. Ramsay, maréchal de l'air adjoint sir Arthur Tedder, général Dwight D. Eisenhower, maréchal Bernard L. Montgomery, maréchal de l'air sir Trafford Leigh-Mallory, et général Walter Bedell-Smith. (US National Archives).

"Je n'aime pas ça, déclare-t-il, mais il me semble que nous n'avons pas le choix... Je suis absolument persuadé que nous devons donner l'ordre..."
A minuit, les convois bourrés d'hommes déjà en proie au mal de mer se reforment et reprennent la direction des côtes normandes.
Le mauvais état de la mer, par contre, rassure les Allemands: au sein de leur 7ème Armée, qui, comme nous l'avons vu, n'a pas été placée en état d'alerte, règne le calme absolu.
Ironie: quelques officiers supérieurs, dont le commandant du 84ème Korps, à Saint-Lo, qui garde précisément le secteur désigné pour le débarquement allié, le général Erich Marcks, sont attendus le 6 juin à Rennes, pour participer à un Kriegspiel, un exercice théorique et topographique, destiné à préparer un plan contre un débarquement allié imaginaire... en Normandie!
Le rapport des forces au moment du débarquement est le suivant: les Allemands disposent en France de 28 divisions, dont 8 panzers, avec les fameux chars lourds Tiger et Panther. La Luftwaffe alligne 165 bombardiers et 183 chasseurs. Mais quelques jours plus tôt, des dizaines d'entre-eux ont été retirés du nord de la France, alors que Hitler avait promis à ses généraux 1000 avions supplémentaires pour appuyer, le jour de l'invasion alliée, la Wehrmacht.
L'organigramme allemand se présente ainsi: le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant suprême des forces allemandes sur le front occidental, QG à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Dépend de lui le maréchal Erwin Rommel, Heeresgruppe B, sur les côtes de la Manche, QG à La Roche-Guyon.
Le Heeresgruppe B comprend la 7ème Armée allemande du général Friedrich Dollmann, QG Le Mans, qui défend la Bretagne et la région du Calvados, de l'Orne à la péninsule du Cotentin, jusqu'à Cherbourg. Et la 15ème Armée allemande du général Hans von Salmuth, QG Tourcoing, qui garde les côtes de la Manche entre la Hollande et l'Orne.
Positions des divisions allemandes en Normandie, le 6 juin 1944.
http://www.6juin1944.com/assaut/allemagne/index.php
De leur côté, les Alliés disposent de 86 divisions, dont 25 blindées, dotées de tanks lourds Churchill et Sherman, de tanks légers Chaffee, et 55 divisions d'infanterie, totalement motorisées, soit dit en passant.
Les forces aériennes ne sont pas en reste. 3100 bombardiers lourds et moyens, 5000 chasseurs et chasseurs-bomdardiers, 2000 avions de transport et planeurs, dont 980 Douglas C-47 Skytrain, les fameux DC-3 Dakota civils des années trentes, l'âge d'or de l'aviation commerciale aux Etats-Unis.
Le commandement suprême des forces expéditionnaires alliées a été confié au général américain Dwight D. Eisenhower, assisté du maréchal de l'air anglais Arthur W. Tedder.
Les forces aériennes alliées sont placées sous l'autorité du maréchal de l'Air Trafford Leigh-Malory. Les forces terrestres alliées sont commandées par le maréchal Bernard L. Montgomery, surnommé "Monty" par les Américains, et les forces navales par l'amiral Bertram H. Ramsey. Ils sont tous trois britanniques.
Les forces aériennes stratégiques américaines, la 8ème US Air Force en Angleterre et la 15ème US Air Force en Méditerrannée, sont confiées au général d'aviation Carl Spaatz.
L'aviation de bombardement alliée en Angleterre, qui regroupe le RAF Bomber Command et la 8ème US Air Force, est placée sous le commandement unique du maréchal de l'air britannique Arthur "Bomber" Harris.
Le 5 juin 1944, à 22h15, le centre d'écoute radio de la 15ème Armée allemande intercepte la seconde partie du poème de Verlaine à l'adresse de la Résistance française, celle qui, selon l'amiral Canaris, commandant de l'Abwehr les services secrets militaires allemands, précédera l'invasion de quarante-huit heures au maximum: "Bercent mon coeur / D'une langueur / Monotone..."
Encore une fois, seule la 15ème Armée allemande est placée en état d'alerte. Et pour la seconde fois, la 7ème Armée allemande est oubliée.
Peu après le crépuscule, les 2000 C-47 Skytrain et planeurs alliés quittent les terrains d'aviation en Angleterre. Juste après minuit, le ciel de Normandie s'embrase de fusées éclairantes et de tirs traçants, et s'emplit du vrombissement des avions alliés et des tirs de DCA.

"Grand Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées,
"Soldats, Marins et Aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d'armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d'Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.
"Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.
"Mais nous sommes en 1944! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations-Unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d'homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d'importantes réserves d'hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire!
"J'ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n'accepterons que la victoire totale!
"Bonne chance! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise."
[Dwight D. Eisenhower]
Opération Neptune: "Prochain arrêt: la Normandie!".
Neptune désigne la traversée de la Manche et la phase d'assaut initial du Jour-J sur les plages de Normandie. Les cinq gigantesques convois de transport, les Forces U, O, G, J et S, refont, neuf siècles plus tard et en sens inverse, pratiquement le même chemin que la flotte de Guillaume le Conquérant.

Les effectifs humains sont tous simplement incroyables: environ trois millions de soldats, aviateurs et marins! 1.6 million d'Américains, un million d'Anglo-Canadiens, ainsi que des contingents d'autres nationalités: Français, Belges, Polonais, Tchèques, Brésiliens, Néerlandais, Danois et Norvégiens.
En deux ans les bases aériennes se sont multipliées. Au cours de l'année précédente, 163 aérodromes ont vu le jour, et s'ajoutent aux dizaines qui existaient déjà. 11000 avions ont transformé la Grande-Bretagne en porte-avions géant et incoulable.
Pour cette opération titanesque, la plus formidable armada navale de tous les temps, les Alliés ont rassemblé 6939 navires de huit nationalités différentes! De tout type et de toute taille. Soit 1213 navires de guerre, 4126 navires de transport et de débarquement (LCI, LCT, LCM), 736 navires de soutien et 864 navires de la marine marchande.
Au printemps 1944, deux millions de tonnes de matériels ont déjà été aménées des Etats-Unis et dissimulés un peu partout dans le paysage anglais. On ne sait plus où les mettre, on les parquent sur le bord des routes, dans les bois, dans les champs, dans les bruyères, sur les plages. Au total, un demi-million de véhicules! Des chars, automitrailleuses, camions, jeeps et half-track à perte de vue!
Voir aussi:
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2136 "Pas très entraînant".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2136-pas-trs-entranant.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2137 "Panne de moral".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2137-panne-de-moral.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2138 "Si l'Anglais essaie de débarquer ici..."
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2138-si-langlais-essaye-de-dbarquer-ici.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2139 "Let's Go!".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2139-lets-go.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2144 "Festival pyrotechnique".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2144-festival-pyrotechnique.html
5-6 juin 1944: Plages de débarquement Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword.
Les plages de débarquement assignée à l'opération Neptune sont au nombre de cinq, s'étendant sur 80km de large, de Saint-Martin-de-Varreville, dans la péninsule du Cotentin, jusqu'à Ouistreham et l'embouchure de l'Orne: deux américaines (Utah et Omaha), deux britanniques (Gold et Sword), et une canadienne (Juno).
Le débarquement dans la baie de Normandie sera précédé par le largage de trois divisions aéroportées alliées avec une effectif d'environ 20000 parachutistes et troupes de planeurs, deux américaines, les 82ème et 101ème (13500 hommes) et une britannique, la 6ème (6500 hommes). L'assaut terrestre proprement dit sera effectué par 135000 hommes provenant de six divisions d'infanterie: d'ouest en est la 4ème Division américaine sur Utah, les 29ème et 1ère Divisions américaines sur Omaha, la 50ème Division britannique sur Gold, la 3ème Division canadienne sur Juno et la 3ème Division britannique sur Sword.
Nous arrivons ainsi à la journée fatidique du mardi 6 juin 1944...

Sources disponibles.
1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/
2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/
3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord

4 juin 1944 - "Let's Go!": déclenchement de l'opération Overlord.
1er juin 1944. 21h. Un message personnel lancé sur les ondes après les informations de la BBC est intercepté par le service d'écoutes de la 15ème Armée allemande. Ce message, c'est les trois premiers vers de "la chanson d'automne" du poète Paul Verlaine: "Les sanglots longs / Des violons / De l'automne..."
L'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, les services secrets militaires allemands, a informé les forces armées que ces trois vers constituent la première partie d'un message qui, lancé le 1er et le 15 d'un mois quelconque à l'adresse de la Résistance française, doit annoncer l'imminence du débarquement. Les trois vers suivants, "Blessent mon coeur / D'une langueur / Monotone", devant être retransmis vingt-quatre à quarante-huit heures avant le début de l'invasion.
Après l'interception des trois premiers vers, dans la nuit du 1er au 2 juin 1944, la 15ème Armée allemande, dans le Pas-de-Calais, est placée en état d'alerte. Mais, par suite d'une mésentente entre les services de renseignements de l'OKW du général Alfred Jodl, le commandant en chef des forces allemandes à l'Ouest, le maréchal Gerd von Rundstedt, et Rommel, on a "tout simplement oublié" d'en aviser la 7ème Armée allemande, stationnée dans le Calvados, en Basse-Normandie.
Dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, àprès le journal de la BBC, la première partie du poème de Verlaine est répétée une seconde fois, ce qui n'est pas sans déconcerter les services de renseignements allemands, qui ne s'expliquent pas cette seconde retransmission. Entretemps, le maréchal Erwin Rommel, commandant du Heeresgruppe B, s'apprête à partir pour l'Allemagne.
En Angleterre, d'une roulotte de forain placée dans un bois près de Portsmouth, au sud de l'île, le général Dwight Eisenhower va donner l'ordre d'invasion.
Trois millions de soldats, aviateurs et marins dépendent de lui. Le déclenchement de l'opération Overlord a été décidé par Eisenhower le 8 mai, confirmée le 17 mai. Le D-Day ("Jour J") est d'abord fixé le 5 ou le 6 juin, au plus tard le 7 juin, lorsque deux conditions météos indispensables à la réussite de l'opération seront réunies.

La première, une nuit de pleine lune, pour favoriser les parachutages et atterrissages de planeurs des 20000 hommes des 101ème et 82ème Divisions aéroportées américaines et la 6ème Division aéroportée britannique.
La seconde, une marée basse à l'aube, mettant à découvert les obstacles et les mines de Rommel sur les plages, de façons à permettre aux commandos plongeurs de la marine américaine, les Navy Seals, qui précéderont la première vague d'assaut, de les neutraliser aisement, en faisant sauter les mines et en détruisant les obstacles.
Seuls ces trois jours de juin réunissent toutes ces conditions. Le 19 juin, il est vrai, les marées seraient à nouveau favorables, mais il n'y aura plus de pleine lune et les forces aéroportées seraient obligées d'attaquer dans l'obscurité la plus totale. Il faudrait alors attendre le mi-juillet, mais un report aussi reculé, comme le dira par la suite Eisenhower, est "trop compliquer à envisager".
Mais le 4 juin 1944, jour prévu de Rommel pour son départ en Allemagne, Eisenhower repoussera le Jour-J, initialement prévue pour le lendemain, de vingt-quatre heures, en raison de la mer démontée et des mauvaises conditions météorologiques dans la Manche.
Du fait de ce report, les convois qui ont déjà appareillé en partie des ports et ancrages du sud de l'Angleterre doivent faire demi-tour sur une mer plus agitée d'heure en heure. Les fantassins à bord des navires de transport souffrent d'un terrible mal de mer.
Vers 22h, après avoir entendu les chefs alliés et pris connaissance du communiqué météorologique de la Royal Air Force du Group Captain James M. Stagg, Eisenhower annonce l'irrévocable décision: le débarquement aura lieu le 6 juin.
Photo ci-dessous: les chefs et planificateurs de l'opération Overlord. De gauche à droite: lieutenant-général Omar N. Bradley, amiral Bertram H. Ramsay, maréchal de l'air adjoint sir Arthur Tedder, général Dwight D. Eisenhower, maréchal Bernard L. Montgomery, maréchal de l'air sir Trafford Leigh-Mallory, et général Walter Bedell-Smith. (US National Archives).

"Je n'aime pas ça, déclare-t-il, mais il me semble que nous n'avons pas le choix... Je suis absolument persuadé que nous devons donner l'ordre..."
A minuit, les convois bourrés d'hommes déjà en proie au mal de mer se reforment et reprennent la direction des côtes normandes.
Le mauvais état de la mer, par contre, rassure les Allemands: au sein de leur 7ème Armée, qui, comme nous l'avons vu, n'a pas été placée en état d'alerte, règne le calme absolu.
Ironie: quelques officiers supérieurs, dont le commandant du 84ème Korps, à Saint-Lo, qui garde précisément le secteur désigné pour le débarquement allié, le général Erich Marcks, sont attendus le 6 juin à Rennes, pour participer à un Kriegspiel, un exercice théorique et topographique, destiné à préparer un plan contre un débarquement allié imaginaire... en Normandie!
Le rapport des forces au moment du débarquement est le suivant: les Allemands disposent en France de 28 divisions, dont 8 panzers, avec les fameux chars lourds Tiger et Panther. La Luftwaffe alligne 165 bombardiers et 183 chasseurs. Mais quelques jours plus tôt, des dizaines d'entre-eux ont été retirés du nord de la France, alors que Hitler avait promis à ses généraux 1000 avions supplémentaires pour appuyer, le jour de l'invasion alliée, la Wehrmacht.
L'organigramme allemand se présente ainsi: le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant suprême des forces allemandes sur le front occidental, QG à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Dépend de lui le maréchal Erwin Rommel, Heeresgruppe B, sur les côtes de la Manche, QG à La Roche-Guyon.
Le Heeresgruppe B comprend la 7ème Armée allemande du général Friedrich Dollmann, QG Le Mans, qui défend la Bretagne et la région du Calvados, de l'Orne à la péninsule du Cotentin, jusqu'à Cherbourg. Et la 15ème Armée allemande du général Hans von Salmuth, QG Tourcoing, qui garde les côtes de la Manche entre la Hollande et l'Orne.
Positions des divisions allemandes en Normandie, le 6 juin 1944.
http://www.6juin1944.com/assaut/allemagne/index.php
De leur côté, les Alliés disposent de 86 divisions, dont 25 blindées, dotées de tanks lourds Churchill et Sherman, de tanks légers Chaffee, et 55 divisions d'infanterie, totalement motorisées, soit dit en passant.
Les forces aériennes ne sont pas en reste. 3100 bombardiers lourds et moyens, 5000 chasseurs et chasseurs-bomdardiers, 2000 avions de transport et planeurs, dont 980 Douglas C-47 Skytrain, les fameux DC-3 Dakota civils des années trentes, l'âge d'or de l'aviation commerciale aux Etats-Unis.
Le commandement suprême des forces expéditionnaires alliées a été confié au général américain Dwight D. Eisenhower, assisté du maréchal de l'air anglais Arthur W. Tedder.
Les forces aériennes alliées sont placées sous l'autorité du maréchal de l'Air Trafford Leigh-Malory. Les forces terrestres alliées sont commandées par le maréchal Bernard L. Montgomery, surnommé "Monty" par les Américains, et les forces navales par l'amiral Bertram H. Ramsey. Ils sont tous trois britanniques.
Les forces aériennes stratégiques américaines, la 8ème US Air Force en Angleterre et la 15ème US Air Force en Méditerrannée, sont confiées au général d'aviation Carl Spaatz.
L'aviation de bombardement alliée en Angleterre, qui regroupe le RAF Bomber Command et la 8ème US Air Force, est placée sous le commandement unique du maréchal de l'air britannique Arthur "Bomber" Harris.
Le 5 juin 1944, à 22h15, le centre d'écoute radio de la 15ème Armée allemande intercepte la seconde partie du poème de Verlaine à l'adresse de la Résistance française, celle qui, selon l'amiral Canaris, commandant de l'Abwehr les services secrets militaires allemands, précédera l'invasion de quarante-huit heures au maximum: "Bercent mon coeur / D'une langueur / Monotone..."
Encore une fois, seule la 15ème Armée allemande est placée en état d'alerte. Et pour la seconde fois, la 7ème Armée allemande est oubliée.
Peu après le crépuscule, les 2000 C-47 Skytrain et planeurs alliés quittent les terrains d'aviation en Angleterre. Juste après minuit, le ciel de Normandie s'embrase de fusées éclairantes et de tirs traçants, et s'emplit du vrombissement des avions alliés et des tirs de DCA.

"Grand Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées,
"Soldats, Marins et Aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux alliés et nos frères d'armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d'Europe et vous apporterez la sécurité dans un monde libre.
"Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.
"Mais nous sommes en 1944! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations-Unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d'homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d'importantes réserves d'hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire!
"J'ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n'accepterons que la victoire totale!
"Bonne chance! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise."
[Dwight D. Eisenhower]
Opération Neptune: "Prochain arrêt: la Normandie!".
Neptune désigne la traversée de la Manche et la phase d'assaut initial du Jour-J sur les plages de Normandie. Les cinq gigantesques convois de transport, les Forces U, O, G, J et S, refont, neuf siècles plus tard et en sens inverse, pratiquement le même chemin que la flotte de Guillaume le Conquérant.

Les effectifs humains sont tous simplement incroyables: environ trois millions de soldats, aviateurs et marins! 1.6 million d'Américains, un million d'Anglo-Canadiens, ainsi que des contingents d'autres nationalités: Français, Belges, Polonais, Tchèques, Brésiliens, Néerlandais, Danois et Norvégiens.
En deux ans les bases aériennes se sont multipliées. Au cours de l'année précédente, 163 aérodromes ont vu le jour, et s'ajoutent aux dizaines qui existaient déjà. 11000 avions ont transformé la Grande-Bretagne en porte-avions géant et incoulable.
Pour cette opération titanesque, la plus formidable armada navale de tous les temps, les Alliés ont rassemblé 6939 navires de huit nationalités différentes! De tout type et de toute taille. Soit 1213 navires de guerre, 4126 navires de transport et de débarquement (LCI, LCT, LCM), 736 navires de soutien et 864 navires de la marine marchande.
Au printemps 1944, deux millions de tonnes de matériels ont déjà été aménées des Etats-Unis et dissimulés un peu partout dans le paysage anglais. On ne sait plus où les mettre, on les parquent sur le bord des routes, dans les bois, dans les champs, dans les bruyères, sur les plages. Au total, un demi-million de véhicules! Des chars, automitrailleuses, camions, jeeps et half-track à perte de vue!
Voir aussi:
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2136 "Pas très entraînant".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2136-pas-trs-entranant.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2137 "Panne de moral".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2137-panne-de-moral.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2138 "Si l'Anglais essaie de débarquer ici..."
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2138-si-langlais-essaye-de-dbarquer-ici.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2139 "Let's Go!".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2139-lets-go.html
- Diberville, "Saviez-vous que...", 2144 "Festival pyrotechnique".
http://diberville.blogspot.com/2009/01/2144-festival-pyrotechnique.html
5-6 juin 1944: Plages de débarquement Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword.
Les plages de débarquement assignée à l'opération Neptune sont au nombre de cinq, s'étendant sur 80km de large, de Saint-Martin-de-Varreville, dans la péninsule du Cotentin, jusqu'à Ouistreham et l'embouchure de l'Orne: deux américaines (Utah et Omaha), deux britanniques (Gold et Sword), et une canadienne (Juno).
Le débarquement dans la baie de Normandie sera précédé par le largage de trois divisions aéroportées alliées avec une effectif d'environ 20000 parachutistes et troupes de planeurs, deux américaines, les 82ème et 101ème (13500 hommes) et une britannique, la 6ème (6500 hommes). L'assaut terrestre proprement dit sera effectué par 135000 hommes provenant de six divisions d'infanterie: d'ouest en est la 4ème Division américaine sur Utah, les 29ème et 1ère Divisions américaines sur Omaha, la 50ème Division britannique sur Gold, la 3ème Division canadienne sur Juno et la 3ème Division britannique sur Sword.
Nous arrivons ainsi à la journée fatidique du mardi 6 juin 1944...

Sources disponibles.
1° ""Saviez-vous que..." (Blog D'Iberville).
http://diberville.blogspot.com/
2° "D-Day Normandie 1944 - Débarquement et bataille de Normandie".
http://www.6juin1944.com/
3° "Operation Overlord" (Wikipedia.org) [en français et en anglais].
http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Overlord
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Overlord



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